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Full text of "Les familles d'outre-mer"

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LES 


FAMILLES  D'OITRE-MER 


DE    Dl     CANGE. 


PUBLIEES 


PAR   M.  E.-G.  RE  Y, 


MKMIIIIK     DK     1.1     SOCIIJTK     IMPlillI  AI.F.     DESWn 


IQI  AIRES     DE     FRINCE.     ETC.     ETC. 


.»i 


PARIS. 


IMPRIMERIE    IMPERIALE. 


M  DCCC  LXl.X. 


7  ;  :^ 


"j) 


PREFACE. 


Si  la  publication  des  Assises  du  royaume  de  Jérusaleii)  el  celle 
de  plusieurs  carlulaires,  tels  que  ceux  de  Tordre  de  rilôpital  de 
Saint-Jean  et  du  Saint-Sépulcre,  ont  répandu  beaucoup  de  bunière 
sur  l'état  intérieur  des  principautés  de  Syrie  durant  les  croisades, 
il  reste  encore  de  nombreuses  lacunes  que  d'beureuses  décou- 
vertes permettront  peut-être  un  jour  de  combler.  Nous  ne  saurions 
donc  nous  dissimuler  tout  ce  qu'il  y  a  encore  à  faire  pour  l'étude 
de  cette  époque  si  féconde  en  grands  événements. 

L'histoire  des  familles  composant  la  société  franco-orientale, 
qui  pendant  plus  de  trois  siècles  habita  les  colonies  chrétiennes 
de  Terre  Sainte,  est  si  intimement  liée  à  la  nôtre,  qu'elle  devient 
un  des  sujets  les  plus  intéressants  sur  lesquels  puissent  se  |)0)t('r 
les  investigations  el  les  recherches.  Parmi  ces  familles,  les  unes 
conservèrent  alors  les  noms  qu'elles  portaient  en  Europe;  les  autres 
latinisèrent  en  les  adoptant  ceux  des  liefs  qu'elles  possédèrent  imi 
Orient  :  ce  dernier  point  est  surtout  remarquable  pour  les  familles 
établies  en  Chypre. 

C'est  leur  histoire,  ainsi  que  celle  des  gramis  dignitaires  de  ces 
principautés  que  Du  Cange  s'était  proposé  d'écrire  en  complé- 
tant le  livre   d'il  ÏAgnages  iToutre-mer,  à  l'aide  de  tous  les  docu- 


„  l'HEFACE. 

iiiciils  liisU)ii(|ii('s  (111110  aullionlicil''  inconlestable  qu'il  avait  pu 

r('iniir. 

MalluMirousement  son  travail  demeura  inachevé.  Déposé  depuis 
dans  la  collection  des  nianiiscrils  de  la  Bibliothèque  impériale,  il 
y  demeura  lon.o;lemps  oublié,  (le  fut  seulement  à  Tépoque  où  M.  de 
Mas-Lai  rie  commença  ses  savants  travaux  sur  le  royaume  de 
Chypre  (|ue  cette  œuvre  inédite  fut  appréciée  à  sa  juste  valeur. 

Sur  la  proposition  du  Comité  des  documents  écrits  de  THistoire 
de  France,  la  publication  du  manuscrit  des  Familles  d'outre-mer 
de  Du  Cange  fut  décidée  au  mois  de  décembre  18^9. 

Le  Comité  voulant  que  ce  livre  fût  à  la  hauteur  des  progrès  faits 
par  la  science  depuis  la  mort  de  Tillustre  érudit,  il  fut  résolu  que 
l'ouvrage  serait  continué  et  complété  au  moyen  de  notes  et  d'ad- 
ditions. 

Un  arrêté  de  M.  de  Parieu,  alors  Ministre  de  l'instruction  publi- 
que et  des  cultes,  confia  l'édition  à  MM.  de  Mas-Latrie  et  Taranne. 
Plus  tard,  le  premier  n'ayant  pu  participer  aux  travaux  prépara- 
toires de  cette  publication,  M.  Taranne,  bibliothécaire  à  la  Maza- 
rine.  en  resta  seul  chargé  par  une  décision  du  6  juin  i854. 

Quand  une  mort  prématurée  vint  enlever  M.  Taranne  à  la 
science,  le  travail  complémentaire  du  volume  de  Du  Cange  était 
loin  d'être  terminé,  et  les  chapitres  additionnels  indiqués  par  l'au- 
teur lui-même  restaient  entièrement  à  faire.  De  plus,  l'annotation 
de  la  plupart  des  autres  avait  besoin  d'être  revue.  Par  suite  de 
cet  événement,  le  projet  de  publication  fut  ajourné  et  le  travail 
demeura  en  cet  état  aux  mains  de  la  famille  Taranne  jusqu  à  la 
(in  de  1860. 

A  cette  époque,  je  rentrais  en  France,  après  avoir  rempli  en 
Syrie  et  en  Chypre  une  mission  que  j'avais  reçue  du  Ministère 
de  l'instruction  publique,  et  je  commençais  à  préparer  la  publi- 
cation de  mes  études  sur  l'architecture  militaire  des   croisades. 


PRÉFACE.  ai 

Ce  sujot  touchait  de  si  près  à  celui  de  Du  Gange  et  les  recherches 
nécessaires  pour  l'un  pouvaient  si  facilement  être  menées  de  IVonl 
pour  l'autre,  que  M.  de  Mas-Latrie  me  conseilla  d'entre[)ren(hv 
l'achèvement  du  travail  Interrompu  par  la  mort  de  M.  Taranne. 

Ayant  donc  alors  été  chargé  par  Son  Exe.  le  Ministre  de  l'instruc- 
tion publique  de  la  publication  de  l'histoire  des  P'amilles  d'outre- 
mer, je  crois  devoir  indiquer  la  part  de  mon  prédécesseur  el  hi 
mienne  dans  la  préparation  de  cet  ouvrage. 

Lorsque  le  manuscrit  de  M.  Taranne  me  fut  remis,  je  dus  j)n!- 
céder  à  une  révision  complète  des  parties  déjà  annotées. 

Les  rois  de  Jérusalem  et  de  Chypre  sont  demeurés  tels  que  les 
avait  laissés  mon  devancier. 

Pour  les  rois  d'Arménie  et  les  autres  chapitres  concernant  ce 
pays,  j'ai  du  refaire  en  entier  le  travail  avec  le  concours  de 
M.  Edouard  Dulaurier,  membre  de  l'Institut,  à  la  bienveillance 
duquel  je  tiens  à  rendre  ici  un  juste  hommage. 

Plusieurs  familles  importantes  furent  également  à  re[)rendre, 
entre  autres,  celles  des  seigneurs  de  Saône,  du  Toron  et  de 
Montfort,  de  Tyr,  de  Giblet,  etc. 

Aux  familles  données  par  Du  Cange  j'ai  cru  utile  d'ajouter  celle 
de  Brie,  ainsi  que  toutes  celles  qui  composent  les  feuilles  76  el  77. 

Les  chapitres  que  j'ai  consacrés  aux  grands  officiers  d'Arménie 
et  à  ceux  des  principautés  d'Antioche  et  de  Tripoli  sont  de  même 
venus  compléter  cette  première  partie  du  travail,  où  j  ai  dû,  en 
outre,  combler  un  grand  nombre  de  lacunes  el  de  desiderata 
laissés  en  blanc  pai'  mon  prédécesseur. 

Quant  à  la  seconde  partie,  comprenant  la  Syrie  Sainte  et  les 
"ordres  militaires,    l'annotation  des  patriarches,  des  archevêques 
et  des  évéques  était  assez  avancée,  mais  les  autres  chapitres  se 
boi*naient  au  texte  de  Du  Cange. 

Pour  ce  qui  concei'ne  les  grands  maîtres  de  l'ordre  du  Temple. 


,v  PFIÉFACK. 

il  ii"\  :i\;iit  ipio  lo  lexlo  de  Du  Canj^fc,  et  quant  aux  chevaliers  teu- 
l<itii(|ues,  tous  les  documents  consistaient  alors  en  une  simple  men- 
lidii  indiquant  ce  chapitre  comme  h  faire. 

La  iK'ccssité  de  ne  pas  nous  écarter  du  plan  adopte'  par  Du  (Jange 
cl  (le  resjjocter  intép^ralenient  son  manuscrit,  ainsi  que  1  obliga- 
tion de  rédiger  les  notes  et  les  additions  de  manière  à  ce  qu'elles 
se  )'a|)prochassent  le  plus  possible  du  texte  primitif,  nous  a  ame- 
iK's  successivement,  mon  prédécesseur  et  moi,  à  adopter  pour  les 
parlies  (pic  nous  avons  ajoutées  le  style  bref  et  la  rédaction  un 
peu  sommaire  du  manuscrit  que  nous  ne  nous  sommes  pas  crus 
autorisés  à  modifier,  [)as  plus  pour  la  forme  que  pour  le  fond. 

.le  ne  terminerai  |»as  cette  Préface  sans  remercier  hautement 
M.  Huillard-Bréholles.  chef  de  section  aux  Archives  de  l'Em- 
pire, membre  du  Comité,  délégué  comme  commissaire  de  cette 
publication,  dont  le  concours  si  amical  m"a  permis  de  mener  à 
bonne  fin  la  tâche  délicate  qui  m'était  confiée. 

Je  tiens  également  à  témoigner  ici  ma  reconnaissance  à  mon 
confrère  et  ami,  M.  Paul  Riant,  qui  pour  le  chapitre  des  cheva- 
liers teutoniques  a  bien  voulu  mettre  à  ma  disposition  une  partie 
des  précieux  documents  qu'il  a  réunis  sur  cet  ordre  célèbre. 

G.  REV. 


LES 


FAMILLES   D'OUTRE -MER 


DIVISION 
DU   ROYAUME  DE  HIÉRUSALEM. 


Comme  j'entrepreiis  de  décrire  icy  les  suites,  l'histoire  et  les  généa- 
logies des  roys  de  Hiérusalem,  comme  aussi  des  princes  et  des  grands 
seigneurs  qui  ont  possédé  divers  Estais  en  ce  royaume,  ou  qui  s'y  sont 
habituez,  il  semble  nécessaire,  avant  (jue  d'entrer  d'abord  dans  mon 
sujet,  de  donner  un  léger  crayon  de  ces  nouvelles  conquestes,  ahn 
qu'ayant  représenté  les  provinces  et  les  places  qui  ont  servi  comme  de 
théâtre  à  leur  valeur,  je  puisse  donner  quelque  ordre  à  tout  cet  ou- 
vrage, en  réduisant  chaque  seigneurie  particulière  sous  les  générales. 
C'a  esté  une  maxime  et  une  politi(jue  pratiquées  de  tout  temps  par 
ceux  qui  ont  entrepris  de  grandes  conquestes,  d'en  faire  part  aux  com- 
pagnons de  leurs  fortunes,  et  aux  soldats  qui  les  avoient  suivis  dans 
leurs  expéditions  militaires;  et  véritablement  il  estoit  juste  qu'ayant 
partagé  avec  eux  les  périls  et  les  fatigues  qui  accompagnent  ordinaire- 
ment les  guerres,  les  uns  et  les  autres  recueillissent  le  fruit  des  vic- 
toires et  des  avantages  ausquels  ils  avoient  contribué  par  leurs  armes  ; 
ce  qui  s'est  observé  particulièrement  dans  les  entreprises  qui  ont  esté 
faites  par  ceux  qui  estoient  en  quelque  manière  égaux  en  dignité  et 
en  condition.  Car,  comme  ils  ne  cédoient  les  uns  aux  autres  que  dans 
la  subordination  du  commandement,  il  estoit  de  l'équité  ([u  ils  parta- 


2  I-ES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

geassent  ensemble  avec  une  espèce  d'égalité  les  places  et  les  provinces 
cojHiuises.  D'aiitiT  pari,  (;oinme  l'indépeiidance  cause  ordinairement 
Fanarchie  et  la  confusion,  jette  la  division  entre  les  princes  égaux  en 
dignité  et  en  naissance,  et  donne  les  moyens  à  leurs  ennemis  communs 
de  les  attaquer  avec  plus  de  succès,  les  conquérans  se  sont  choisi  des 
souverains;  et,  comme  ils  se  sont  soumis  volontairement  aux  hommages 
et  aux  services  militaires  envers  eux,  ainsy  les  souverains  de  leur  costé 
se  sont  obligez  de  secouiir  de  leurs  forces  leurs  vassaux,  lorsqu  ils 
sei-oient  atta(|uez  par  leurs  ennemis. 

C'est  ce  qui  s'est  pratiqué  dans  la  conqucste  du  royaume  de  Hiéru- 
salem  et  dans  celle  de  l'empire  de  Gonstantinople  par  les  François. 

Les  auteurs'  remarquent  que  celle  du  royaume  de  Hiérusalem  fut 
entreprise  par  divers  princes  et  seigneurs  particuliers  qui,  s' estant  faits 
chefs  de  quelque  nombre  de  trouppes,  conspirèrent  Ions  à  une  mesme 
lin.  qui  estoil  de  délivrer  la  terre  sainte  des  mains  des  infidèles;  mais 
l'expérience  de  quelques  divisions  qui  survinrent  entre  eux  dans  les 
commencemens  leur  fit  connoistre  qu'ils  ne  pourroient  pas  subsister 
longtemps  dans  ces  terres  éloignées  s'ils  ne  se  choisissoient  un  général 
à  (pii  ils  dussent  obéir  tous  :  c'est  ce  qui  les  porta,  après  la  prise  de  la 
ville  de  Hiérusalem,  d'élire  Godefroy  de  Bouillon  pour  souverain,  s'es- 
lans  obligez  de  le  servir  [lui]  et  ses  successeurs,  dans  leurs  guerres,  et 
de  leur  faire  hommage,  à  cause  des  terres  qui  leur  échurent  en  pai- 
tage,  comme  l'on  avoit  coutume  d'en  user  en  France. 

Par  ce  partage  le  royaume  de  Hiérusalem  fut  divisé  en  quatre  prin- 
fipautez  ou  baronnies,  sç.avoir,  la  seigneurie  de  Hiérusalem,  le  comté 
de  TiupoLY,  la  principauté  d'ÂMiocHE,  et  le  comté  d'ÉDESSE-.  Les  pos- 
sesseurs de  ces  quatre  baronnies  avoient  droit  d'avoir  un  connétable. 

'    Willelnius  Tyrensis.   I.   XVI.  c.  x\ix.  J.  dlbelin  .  t.  l,c.  i,p.  ai.  ■•■2.  imIII.  IVu- 

—  Jncobiis  (le  Vitiiaco.  L  1.  c.  xx\,   \\\i  gnot. 

pt  seq.  —  Mnriiius  Samitus,   Sccretn  filr-  '  Assisesdc  Jénis.  l.  I .  c.  colmx.  p.  ài-j. 

Hum,  I.  111.  pari.  7.  c.  1.  —  Gesta  Liido-  /11  9,  et  not.  è,  p.  6  18.  —  Mariniis  SanuUis. 

viri  VU ,  c.  wii.  —  Assises  de  Jèrusnleiii .  Secvetn  JidvUiim .  i.  111.  part.  7.  c.  1.  p.  170. 

préface,    p.  'iCi"  .  éilil.  Lalibf.  —  î.irro  de  176. 


DIVISION  DU   ROYAUME  DE  JÉRUSAEEM.  3 

un  niavéclial,  et  cotte  prérogative  qu'ils  ne  pouvoieiit  estre  jugez  de 
leurs  corps,  de  leurs  fiefs  et  de  leur  honneur,  c'est-à-dire  en  clioses 
qui  regardoient  leui's  baronnies,  que  par  leurs  pairs,  ausquels  aucuns 
ajoutent  le  connétable  et  le  maréchal  du  royaume. 

La  baronnie  de  Hiérusaleni  i'ut  laissée  au  roy  comme  la  principale, 
d'où  elle  est  appelée  ordinairement  par  Albert  d'Âix  et  Guillaume  de 
Tvr,  Regnmii,  >-cle  royaume',  n  Elle  commençoit  à  un  petit  ruisseau  qui 
est  entre  Gibelet  et  Barut,  villes  maritimes  de  la  Pliénicie,  et  linissoit  au 
désert,  qui  est  au  delà  de  Darun,  du  côté  de  l'Egypte ^  Elle  compre- 
noit  les  villes  de  Hiérusaleni,  de  Naples,  d'Acre  et  de  Tyr,  et  quelques 
autres  places,  bourgs  et  villages,  qui  appartenoient  immédiatement  an 
roy,  comme  de  son  domaine.  Outre  cela  le  roy  y  avoit  plusieurs  sei- 
gneurs qui  lui  estoient  vassaux,  scavoir  :  quatre  barons  principaux,  qui 
estoient  les  comtes  de  Japhe  et  d'Ascalon,  desquels  dépendoient  les 
seigneurs  de  Rame,  de  Mirabel  et  d'Ibelin;  les  princes  de  Galilée;  les 
seigneurs  de  Sajette,  desquels  les  seigneurs  de  Césarée  et  de  Bethsan. 
ou  Bessan,  relevoient;  et  les  seigneurs  de  Crac  et  de  Montréal  l  Tous 
ces  seigneurs  avoient  cour,  coins,  c'est-à-dire  droit  de  uîonnoye  et  jus- 
tice, qui  est  ce  que  l'on  appeloit  hante  coi(r'\  Les  seigneurs  de  Rame, 
d'Ibelin,  de  Bessan,  de  Saint-Abraham,  de  Blanchegarde,  d'Ârsur,  du 
Chasteaupèlerin,  de  Cayphas,  de  Caimont,  de  Scandélion,  de  Sur, 
de  Thoron,  de  Belinas,  de  Barut,  et  quelques  autres,  qui  tous  estoient 
dans  l'étendue  de  la  baronnie  de  Hiérusaleni,  avoient  encore  les  mesnies 


privilèges^ 


Les  comtes  de  Japhe  dévoient,  à  cause  de  Japhe,  vingt-cinq  cheva- 
liers, et  autant  à  cause  d'Ascalon;  quarante  à  cause  de  Rame  et  de 
Mirabel,  et  dix  à  cause  d'Ibelin''. 


'  Albcrtus  Aqiiensis,  1.  XII,  c.  sxx.  —  '  Albertus  Aqiiensis,  1.  XTI,  c.  xsx. 

Will.  Tyr.  1.  XIV.  c.  VIII.  '  Assises   de  Jénisalem ,    Labbe,    t.    II, 

-   Marin.  Sanut.  1.  III,  pari.  7,  CI,  p.  176.  p.  i>â'i-ô%o.  --  Assises  de  Jérusalem,  Livre 

'  Assises  de  Jérusalem,   Livre   de    Jean  do  Jean  d'Ibelin,   t.   I,   c.  cci.xxi.  cclxxm  . 

d'Ibelin,  t.  l,  c.  cclxix,  p.  417,  4i8  et  note.  p.  h-i-i.-k-i-],  édit.  Beugnot. 

*  Assis,  ihid.  c.  ccLxx,  p.  4 19. 


û  LES   FAMILLES  D'OIJTRE-MER. 

Los  princes  do  Galilé(3  devoieiil  cent  chevaliers,  snivoir,  soixaiile  à 
cause  (le  la  lorro  on  deçà  dn  Jourdain .  ot  (|uarante  pour  collo  qui  est 

au  delà. 

Les  seigneurs  de  Sajclle  dovoienl,  à  cause  de  Sajctte  et  de  Heaulorl, 
soixante  chevaliers;  à  cause- de  Gésarée,  vingt-cinq,  et  quinze  à  cause 
de  Bcthsan. 

Les  seigneurs  du  Crac  dévoient,  à  cause  du  Crac  et  de  Montréal, 
(luarante  chevaliers,  et  vingt  à  cause  de  Saint-Abraham. 

La  seigneurie  du  comte  Joscelin,  c'est-à-dire  de  Joscelin  111,  comte 
d'Édesse,  dont  le  père  avoit  esté  dépossédé  de  son  comté  par  les  infi- 
dèles, devoit  vingt-quatre  chevaliers,  tant  à  cause  des  chasteaux  du  Roy 
et  de  JMontfort  que  pour  d'autres  seigneuries. 

L'évesque  de  Saint-Georges  de  Lidde  devoit  dix  chevaliers;  l'arche- 
vescpie  de  Nazaret,  six;  le  Thoron,  quinze;  le  Maron,  trois,  et  ainsy 
du  reste. 

La  cité  de  Hiérusalem,  à  cause  des  vassaux  qui  en  dépendoient  im- 
nukliatement,  devoit  quarante-trois  chevaliers;  la  ville  do  Naples, 
vingt-cinq;  la  cité  d'Acre,  soixante-douze,  et  celle  de  Sur,  vingt-huit. 
Les  églises  et  les  bourgeois  des  villes  dévoient  encore  certain  nombre 
de  sergeans  ou  de  gens  de  pied ,  que  le  livre  des  Assises  l'ait  monter,  en 
la  baronnie  de  Hiérusalem,  à  5,076,  comme  celuy  des  chevaliers  à 
870',  ne  s'accordant  pas  avec  Sanudo-,  qui  ne  compte  que  5i8  che- 
valiers et  6,776  sergeans. 

La  seconde  baronnie  du  royaume  de  Hiérusalem  estpit  le  comté 
de  Tripoly,  qui  commençoit  au  ruisseau  d'entre  Gibelet  et  Barut,  et 
(inissoit  à  un  autre  qui  est  entre  Maraclée  et  Valenie,  villes  mari- 
times, et  qui  coule  au-dessous  du  chasteau  de  Margat^ 

La  troisième  baronnie  estoit  la  principauté  d'Antioche,  qui  compre- 
noit  toute  cette  étendue  de  pays  qui  est  depuis  le  ruisseau  dont  je 

'  Ces  nombres  viirient  selon  les  ninnus-  ^  Sanut.  1.  III,  pari.  7.  ca]).  1. 

crits,  elles  additions  ne  sont  presque  jamais  '  Jacohus  de  Vilriaeo,  Histor.  Uierosul. 

exaetes.   (Voir  Assises  de  Jérusalem,   l.   I.  cap.  x\x-\xxiv. 
p.  h-i'}.-h-?.-].  édit.  BeiiiTnof.) 


DIVISION   DU   ROYAUME   DE  JERUSALEM.  5 

viens  de  parler,  et  qui  coule  sous  Margnt,  à  la  ville  de  Tliaisc  t-n  (li- 
licie,  du  costé  de  l'occident. 

La  quatrième  estoit  le  comté  d'Edesse  ou  de  Rolias,  situé  au  pays 
des  Mèdes,  qui  commençoit  à  la  forest  de  Marrins  ou  Marliit,  et  s'é- 
tendoit  du  côté  de  l'orient  au  delà  de  l'Euplirate,  et  contenoit  plu- 
sieurs villes  et  chasteaux. 

Toutes  ces  baronnies  avoieiit  send^lahienient  leurs  vassaux  qui  dé- 
voient le  service  militaire,  comme  je  viens  de  remarquer  de  celle  de 
Hiérusalem.  Et  ordinairement  les  barons  ne  se  contentoient  |)as  dallf-- 
trouver  le  rov,  dans  les  occasions  de  guerre,  avec  le  seul  nombre  des 
chevaliers  et  des  sergeans  qu'ils  estoient  obligez  de  luv  l'ournir  '.  mais 
chacun  s'efforçoit  de  luv  en  conduire  un  plus  grand,  selon  la  puissaiicr 
de  leurs  facultez  et  la  f(U"ce  de  leurs  seigneuries. 

'    Saniil.  ).  III .  [jail   7.  r,.  1, 


LES   ROYS   [)K   HÎKRUSALEM. 


GoDEFROY,  diu'  de  la  basse  Lunaine,  seigneur  du  chasteau  de  Bouil- 
lon, en  suite  de  la  prise  de  la  ville  de  Hiérusalem  jiar  les  clirestiens  le 
vendredy  i  S""  jour  de  juillet,  l'an  1099,  en  fut  élu  seigneur  et  prince 
huit  jours  après'.  Il  refusa  le  titre  de  roy,  qui  lui  lut  déféré  par  les  ba- 
rons d'un  consentement  universel,  n'ayant  pas  voulu  porter  la  couronne 
royale  en  un  lieu  où  le  Sauveur  du  monde  avoit  esté  couronné  d'épines, 
quoyque  Orderic  Vital  et  quelques  autres  disent  le  contraire'-. 

[Ekkeliard,  auteur  conlemporain,  appelle  Godefroi  duc  :  '-anno  \ic.  miIi 
Godefrido  duce  lerosolyiiiitanani  ecclesiam  defensanle  '...  'i  Enfin,  ce  ipii  sendilr 
prouver  d'une  manière  j)éremptoire  que  Godefroi  n'avait  pas  pris  le  titn-  de  roi, 
c'est  qu'il  n'est  pas  compté  parmi  les  rois  de  .Jérusalem.  Baudouin  1".  Bau- 
douin II,  Foulques,  etc.  s'intitulent  toujours  dans  l(>nrs  diplômes*.  1",  2'. 
3'  roi  des  Latins  de  Jérusalem,  et,  quand  ils  parlent  du  foudaleur  de  ce 
royaume,  ils  ne  l'appellent  que  le  duc  Godefroi.  Mais  ce  duc  n'en  étail  pas 
moins  regardé  connue  le  souverain  du  royaume  de  Jérusalem.  Tancrède.  prince 


'   .Allieitus  Aquensis.  I.  \l.  c.  \^\m.  —  siiilc  tie  Cimiaimis.  p./iyu.  :]7i .  éilit.  tOyu.  i 

Tuklebodus ,  I.  V.  —  Du   Cliesne.  1.   IV,  —  Assises  de  Jmis.  Lahhc .  \.  I,  |i.  'ni-'j.— 

p.  819.  —  Fulcheriiis  Camotensis,  et  alii.  La  Thauniassière,  c.  cclxxxi.  p.  180;  étlil 

—  Assises  de  Jérus.  Liore  de  Jean  illbclii) ,  Beugnot,  t.  1 ,  c.  i ,  p.  a  2  ;  C.  ccLXxni ,  p.  !i>^-i 

t.  Il .  c.  1 .  p.  9 1 .  édit.  Beugnot.  —  La  Clef  des  et  07,1. 
assises  de  la  hante  conr,  prolofjiie,  p.  675.  '  Ordericus  Vitaiis.  I.  X    p.  -jif-'i. 

Will.  Tyr.  I.  IX.  c.  n.  —  Fulcher.  I.  I.  '   Ekkehardus.  De  sacra  expedilione  lero 

c.  x\ni.édit.  Bongars.  —  Guihert.  Novigent.  sobjmitaua ,  apud  Mactène,  Aiiiplissiinn  (jd- 

I.  VII.  c.  XXII.  —  Gesia  Francorum  e.vpiigiiaii-  leclio  .  (.  \  .  col.  59à  b,  il. 
livm  Jérusalem.  1.  I.c.  xx.xv,  p.  579,  apud  '   Cartul.  S.  Sepulc.  —  Codice  dijdomai. 

Bonp-ars.  (Voii'  Nol.  ad  Annam  Comnea .  à  l:i  ])assiiu 


8  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

de  Galil(5e,  dans  un  acte  de  looi  ',  le  qualilie  de  «prince  sérénissime  de  lout 

rOrienI;»  el  dll  que  son  frère  Baudouin  lui  succéda  «au  royaume  d'Asie,  r] 

il  .;sU)il  (ils  (i'EusUiclie,  1^  du  nom,  comte  de  Bologne,  et  de  Ide, 
lille  de  Godefroy  II,  duc  de  la  bas.sc  Lorraine,  et  petit-fils  d'Eustachc  ^^ 
comte  de  Bologne,  (jui  espousa  Mahaut,  fdle  de  Lambert,  comte  de 
Louvain  '\  Il  mourut  sans  alliance  le  i  8"  jour  d'aoust  l'an  1 1  oo ,  ayant 
gouverne  cet  Estât  un  an  un  mois  et  deux  jours,  et  fut  inhumé  en  la 
ville  de  Hiérusalem,  en  l'église  du  Saint-Sépulchre,  sous  le  mont  du 
Calvaire,  où  Nostre-Seigneur  souffrit  la  passion,  et  où  ses  successeurs 
furent  depuis  inhumez.  On  lui  dressa  celte  épitaphe,  qui  se  voit  en  la 
chapelle  du  saint  mont  de  Calvaire  ^  : 

HIC  lACET  liNCLlTVS  DV.\  GODEFRIDVS 
DE  BVLLON;  QVI  TOTAM  ISTAM  TERRAM 
ACQVISIVIT  CVLTVl  CHBISTIANO;  CVIVS 
AMMA  REG^ET  CVJl  CHRISTO.  AMEN. 

Ou  cette  autre,  qui  est  rapportée  par  Reineccius*  : 

FKANCORVM  GENTIS,  SION  LOCA  SANCTA  PETECTIS, 
MIRIFICVM  SYDVS  DVX  HIC  RECVBAT   GODEFRIDVS 
.«GYPTI  TERROR,  ARABVM  FVGA,  PERSUJIS  ERROR; 
REX  LICET  ELECTVS,  REX  NOLVIT  INTITVLARI, 
NEC  DIADEMARI,  SED  SVB  CHRISTO  FAMVLARI. 
HVIVS  ERAT  CVRA,  SVA  SION  REDDERE  IVRA, 
CATHOLICEIJVE  SEQVl  PIA  DOGMATA  IVRIS  ET  EQVl, 
TOTVM  SCHISMA  TERl  CIRCA  SE  IVSQVE  FOVERI; 
ET  SIC  CVM  SVPERIS  POTVIT  DIADEMA  MERERI, 
MIUTI.E  SPECVLVM,  POPVLI  VIGOR,  ANCHORA  CLERI. 
HVIG  VIRTVTE  PARI  FRATER  DATVR  ASSOCIARI, 
BALDVIN  INSIGNIS,  GENTILIBVS  ET  FERVS  IGRIS. 

'   Sebastien  Paoli,  Codice  diplomal.  t.  I,  Carnot.  I.  I,  cap.  ull.  edil.  Rongars.  c.  xxii; 

p.  900,  n°  i56.  et  alii.  —  I)e  viris  illnslr.  diœces.  Tarvanens. 

'  Guibert.  1.  Vit.  c.  :^\ii.  —  Gesta  Fran-  apud  Martène,  Ampl.  Coll.  I.  V,  col.  SSg  e. 

corum  expvgnant.  Jerus.  1.   I,   c.   xxxv.  —  '  Vr.  Quaresin.  Eliicid.   I.  VIII.  —  Jean 

Will.  Tyr.  1.  IX,  c.  xxui;  1.  XI,  c.  xii.  —  Znallanlo,  Viaggio  di  Gierusakmme,  p.  i8(j . 

Albert.  Aquens.  I.VII,  c.  xxi.^ —  Lupus  pio-  187. 

tospatb.  Cliron.  apud  Muratoii,  Itulkamm  '  lieineriis  Reinecciiis. /-(c  Af/Zu  .«nccti /(/.s- 

mum  scriptores,  t.  V,  col.  ig.  —  Fiilcber.  lor.  loi.  3G8  v°. 


LES  ROIS  DE  JÉRUSALEM.  9 

[Godelï-oi  de  Bouillon'  avait  établi,  pour  la  police  de  son  nouveau  royaume, 
deux  cours  de  justice  :  la  haute  cour,  pour  les  seigneurs,  présidée  par  le  roi; 
la  basse  cour,  pour  les  bourgeois,  présidée  par  un  vicomte.  11  avait  fait  aussi 
rédiger  un  code  de  lois  ou  de  coutumes  qui  est  devenu  célèbre  sous  le  nom 
d'/lsswp.s  (le  Jérusalem;  mais  cette  première  rédaction  fut  modifiée  peu  à  peu 
jusqu'à  celle  qui  fut  e.xécutée  par  Jean  d'Ibelin,  vers  le  milieu  du  xiii'  siècle, 
et  qui  est  restée  le  texte  définitif,  du  moins  pour  les  assises  de  la  haute 
cour.] 

Baudouin,  comte  d'Édesse,  fui  appelé  à  la  succession  du  royaume 
de  Hiérusalem  après  la  moii.  du  duc  Godefroy,  son  frère,  el  en  fut 
couronné  roy  solemnellement  en  l'église  de  Bethléem  par  Daimbert, 
patriarche  de  Hiérusalem,  le  jour  de  Noël'-,  et  non  pas  le  jour  de  la 
Pentecoste,  comme  écrit  un  auteur ^  Tan  i  loi  *;  ayant  esté  le  pre- 
mier qui  prit  ce  titre,  comme  il  tesmoigne  liiy-mesme  en  ses  patentes, 
et  n'ayant  pas  voulu  recevoir  la  couronne  en  la  ville  de  Hiérusalem 
pour  la  mesme  raison  qui  avoit  porté  son  frère  à  la  refuser  ^ 

Il  mourut  le  i  G'' jour  du  mois  de  mars,  l'an  1 1 19-,  selon  noslre  fa- 
çon de  compter,  en  un  lieu  appelé  Laris^  au  retour  de  la  guerre  qu'il 
lit  dans  l'Egypte,  après  avoir  régné  dix-huit  ans  et  trois  mois'*.  Son 
corps  fut  apporté  en  la  ville  de  Hiérusalem  le  jour  de  Pasques  flories, 
et  fut  inhumé  auprès  de  son  frère''  sous  le  Calvaire,  au  lieu  appelé 


'  Assises  de  Jcnis.  édit.  Deugnot,  t.  I, 
préface,  p.  xiv,  xv.  —  Line  de  Jean  d'Ibe- 
lin, c.  I,  H,  p.  23,  23.  —  Ihsl.  litlér.  de  la 
France,  t.  XXI,  p.  iSg. 

'  Will.  Tyr.  1.  X,  c.  ix.  —  Albert.  Aquens. 
I.  VII ,  c.  xLiii.  —  Fulclier.  Cnrnot.  1.  II ,  c.  v  ; 
édil.  Rongars,  c.  xxiv.  —  Ekkebard.  apud 
Martène,  A7npl.  Coll.  t.  V,  col.  5a5  d,  e. 

'  Conrad.  Usperg. 

'  Lan  1)00,  selon  notre  manière  de 
compter.  (  L'Art  de  vérifier  les  dates  :  les  Rois 
de  Jérusalem.)  Guillaume  de  Tyr  semble 
commencer  l'année  à  Noël. 

'  Will.  Tyr.  1.  II.  c.  xii.  —  Jacobus  de 


Vili-iaco,  Hislor.  Ilicrosol.  c.  xciii. —  Al- 
bert. Aquens.  1.  VII,  c.  \liii. 

'  En  i  1  i8.  (L'Art  de  vérifier  les  dates.) 

''  Ville  maritime,  située  dans  le  désert, 
entre  TÉgyple  et  la  Syrie  (aujourd'hui  El- 
Aiiscb). 

'  Albert.  Aq.  I.  Xll .  c.  \\\n\.  —  Fulclier. 
Garnot.  I.  II,  c.  l\ii;  édit.  Rongars,  c.  xliv. 
—  Hislor.  Hierosul.  part.  2.  p.  (5i3.  apud 
Rongars.  —  Will.  Tyr.  I.  XI,  cap.  ult.  — 
Willelmus  Malinesb.  Gestn  regiiiii  Aiin-lorum  . 
1.  IV,  p.  i5o.  —  Sanut.  I.  III,  part.  li, 
c.  vu,  p.  361. 

'   Ilist.  Hierosol.  part.  2,  p.  Ci  3. 


10  LES  FAMILLES  D'OUTHE-MER. 

Colgolha.   où   cello  ôiiilaplic   liiy   fut  dressée,   (|ui  est  rapporté»^  par 

rauteni-  du   Lij>iia{;e  (l'oulic-incr  '  (!t  autres-: 

RKX  BALDEWINUS,  JUDAS  ALTEU  MACHABEUS, 
SPES  PATRIE,  VIGOR  ECCLESl.E,  VIRTUS  UTRIUSQUE  : 
OUEM   KORMIDABANT,  OUI  OONA,  TRIBUTA  FEREBAN'T 
CEDAR  ET  .EGYPTUS,  DAN  AC  IIOMICIDA   DAMASCUS, 
PROU  DOLOR!  IN  MODICO  CLAUDITUB   HOC  TUMULO^ 

Il  fut  marié  trois  l'ois,  la  première  avec  une  dame  nouimée  par  Al- 
bert d"Aix*  (iochvere,  par  Giiillauiue,  archevesque  de  Tyr^  (iutiieve,  et 
par  Orderic  VitaF' [et  Guillaume  do  .luiniéges  ■],  Godehilde.  Elle  estoit 
lille  de  Haoul,  1^  du  nom,  sei{;ueur  de  Tpény  et  de  Gonclies,  porte- 
enseigne  de  Normandie,  et  d'Élisabetli ,  lille  de  Simon,  comte  de 
MontforI,  et  petite  fille  de  Roger,  seigneur  de  Toëny,  qui  tiroit  son 
extraction  de  Malaliulce.  oncle  de  Rollo,  premiei'  duc  de  Normandie. 
Klle  avoit  espousé  premièrement  Robert  de  Beaumont,  comte  de 
Meulant\  du(]uel  ayant  esté  séparée,  elle  fut  conjointe  avec  Bau- 
douin, (prpllo  accompagna  eu  son  voyage  de  la  terre  sainte,  où  elle 


'  Lignages  d'oulrc-mer,  édit.  Beugnot. 
I.  H.  r.  I,  p.  'i /il. 

'  Zwallarilo.  Vingg-  etc.  p.  186.  187. 
—  Assises  de  Ji'riis.  Livre  de  J.  d'Ihelin  . 
I.  I.  C.  CCLXXIII  ,  p.  h-2^. 

'  Cette  épilaphe  et  celle  de  GodelVoi  nyaiil 
été  rapportées  par  les  divers  voyageui's  avec 
quelques  différences  dans  la  disposition  des 
lignes,  la  forme  des  lettres,  l'orthographe 
et  même  la  nature  de  certains  mots ,  nous 
avons  cru  devoir  les  reproduire  telles  que  les 
,1  données  Du  Gange ,  mais  non ,  comme  lui . 
en  caractères  d inscription,  puisque  nous 
ne  pouvons  établir  quelle  leçon  est  la  re- 
présentation lidèle  des  épitaphes  originales , 
maintenant  détruites.  (Voir  Gotovic.  Itinerar. 
Hierosolym. p.  1 88 , 1 89.  —  Fabricius ,  Scdu- 
liiris  lii.r  Ernngelii ,  p.  .^-2  1  seq.  et  Chateau- 
briand, Itinéiaiie ,  3'  partie,  t.  II,  p.  igô. 


c.   XWII. 

1,    c.    WMI: 


édit.  Ladvocat.  —  Archives  des  missions  scien- 
tifiques, i8.T0.  t.  1,  p.  107,  Rapport  de 
M.  de  Mas-Latrie  1 

'   .Albertus  Aquensis.  I.  111 

'  Willelmus  Tyrensis.  I. 
I.X,c.i. 

'  Oïdericus  Vitalis,  (.  Il,  I.  V.  c.  xui, 
p.  kui-lioli.  57(3;  t.  111.  I.  Vlll.  c.  \iv, 
p.  S'ig,  85o.  G89. 

'  VVillelmus  Gemetic.  I.  V,  c.  .\;  1.  VII. 
c.  111. 

'  Selon  Guillaume  de  Jumiéges  (I.  Vlll. 
c.  \u),  c'est  à  Robert  de  Ncubourg,  neveu 
de  Robert ,  comte  de  Meulan ,  que  Godehilde 
fut  mariée  en  jjremières  noces.  M.  Le  Pré- 
vost adopte  cette  opinion.  L'Art  de  ven- 
fier  les  dates  a  suivi,  comme  Du  Gange,  celle 
d'Orderic  Vital.  (Ordericus  Vitalis.  I.  II. 
p.  io4 ,  note  '1.  I 


LKS  HOIS  DE  JERUSALEM. 


11 


mourut,  avant  que  les  nostres  arrivassent  à  Antioche.  des  grandes  fa- 
tigues du  voyage,  en  la  ville  de  Marèse,  où  elle  lut  inhumée.  Albert 
d'Aix'  et  Guillaume  de  Tyr^Tont  estimée  Angloise  d'origine,  peut-estre 
parce  qu'elle  estoit  sujette  du  roy  d'Angleterre,  à  qui  la  Normandie 
appartenoit.  Baudouin  estant  devenu  ensuite  comte  d'Edesse,  Taplinuz, 
l'un  des  principaux  seigneurs  d'x'\rménie,  luy  donna  en  mariage  sa 
fille,  dont  le  nom  n'est  pas  exprimé  dans  les  auteurs'  [Sébastien  Paoli* 
la  nomme  Arda,  sans  citer  aucune  autorité],  avec  soixante  mille  bezans 
de  dot,  outre  toutes  les  forteresses  qu'il  possédoit,  dont  il  l'institua  son 
héritier.  Il  la  quitta  vers  l'an  i  io5,  et  l'obligea  de  s'enfermer  au  mo- 
nastère de  Sainte-Anne  de  Hiérusalem  et  d'y  prendre  l'habit  de  reli- 
gieuse. Les  raisons  (pii  le  portèrent  à  ce  divorce  sont  rapportées  par 
Guibert^  et  par  l'archevesque  de  Tyr'\  qm  semblent  l'en  blasmer.  Le 
dernier  écrit  ([u'eile  s'évada  de  co  monastère  sous  prétexte  d'aller  vi- 
siter ses  parens  à  Constantinople,  où  elle  s'abandonna  à  tous  venans, 
sans  aucun  respect  de  sa  dignité  royale. 

Quelque  temps  après,  sça voir  l'an  i  i  i /i  \  il  espousa  en  troisièmes 
noces  Adèle,  nièce  [ou  fille]  deBonitace,  marquis  de  Montferrat -,  pour 
lors  veuve  de  Roger,  comte  de  Sicile,  qui  lu)  apporta  de  grands  tré- 
sors, en  veue  desquels  il  contracta  cette  alliance  contre  toutes  les 
formes,  sa  femme  estant  encore  vivante".  Il  la  quitta  pareillement  in- 
continent après,  Arnoul,  patriarche  de  Hiérusalem,  l'ayant  obligé  à  s'en 


'  Albertus  Aquensis,  I.  III.  c.  xxvii. 

"  VVilielmus  Tyrensis.  loc.  citât. 

'  Aibeitus  Aquensis,  1.  III.  c.  xxxi;  1.  V. 
c.  xviii.  —  Wiilelnius  Tyrensis.  1.  X.  c.  i. 
—  Ordericus  Vitalis.  I.  XI,  p.  83 1.  — 
Fulcherius,  I.  I,  c.  xxiii;  c.  xxi,  édit.  Bon- 
gars.  (Voir  Les  Rois  d'Arménie.) 

*  Coclice  dipl.  t.  I,  p.  346,  355. 

'  Guibertus  Novig.  1.  VII,  c.  XLiir.  — 
Assises  de  Jériis.  t.  II,  p.  i8-2. 

'   WiilelniusTyr.  1.  XI.  c.  i. 

'  VVilielmus  Malmesb.  1. 1 V,  p.  1 5o.  —  Al- 
bertus .4quensis ,  i.  XII ,  c.  xin.  —  Fulcherius 


Carnotensis,  1.  II.  e.  xli\;c.  xl.  éd.  Bongars. 
— •  Hist.  Hierosol.  part,  a  .  p.  6 1  o.  6 1 1 .  — 
Willelinus  Tyr.  I.  XI,  c.  xxi.  —  Ordeiicus 
Vitalis,  I.  XII,  p.  88i;  1.  XIII.  p.  898.  — 
Albericus,  ann.  iii3.  — Sanutus,  1.  III 
part.  i5 ,  c.  XX.  —  Chron.  magn.  Belg.\).  1  h\/.. 

'  L'Art  de  vérifier  les  dates  :  Chronol.  des 
marquis  de  Montferrat.  —  Ekkehardus,  An- 
pliss.  Collect.  t.  V,  col.  533  b. 

'  Du  Gange .  Les  Familles  normandes,  ms 
fol.  287.  (Voir  plus  loin  dans  ce  volume.; 
—  Albertus  Aquensis,  I.  XH.  c.  xxiv. 
Willelmus  Tyr.  I.  XI,  c.  xv. 


12  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

séparer,  en  suite  de  Tordre  qu'il  en  avoit  receu  du  pape  :  ce  qu'il  fit 
solemnellement  en  l'église  de  Sainte-Croix  d'Acre.  Quelques-uns'  écri- 
vent qu'il  la  (juitta,  sous  prétexte  qu'elle  avoit  les  pai'lies  propres  à  la 
génération  rongées  d'un  chancre.  Elle  se  retira  en  Sicile,  l'an  1117,  et 
mourut  Tannée  suivante  inconfinent  après  son  mari-,  et  fut  inhumée 
en  l'église  cathédrale  de  Pacte'  où  se  voit  son  épitaphe. 

Il  ne  laissa  point  (Teid'ans  de  ses  trois  femmes*,  quoyque  Orderic 
Vital ^  luy  (hinne  une  Tdle,  qu'il  confond  avec  la  fille  de  Baudouin  II. 

[Baudouin  1"  esl  ([ualifié  dans  ccrlains  actes  de  roi  de  Babylone  et  d'Asie''. 
Kn  1100,  il  s'empara  d'Assur  et  de  Césarée;  en  1101,  i\  possédait,  outre 
Jérusalem  et  ces  deux  villes,  Bethléem,  Joppé,  Nicopolis  ou  Emmaùs,  le  mont 
Thabor,  Hébron,  Tibériade.  11  y  ajouta  Acre  et  Accaron,  peu  avant  son  troi- 
sième mariap-e  avec  Adclo,  d,  vers  le  même  temps,  rendit  Ascalon  tribnt.-iire 
des  chrétiens;  mais,  à  ce  qu'il  paraît,  cet  assujettissement  ne  fut  que  tempo- 
raire. Libéral  envers  l'Église  \  il  confirma  et  augmenta  les  privilèges  du  Snint- 
Sépulcre  et  de  Tordre  naissant  des  Hospitaliers.  A  Téglise  du  Saint-Sauveur, 
sur  le  mont  Thabor,  il  fit  don  de  trente-trois  casaux,  dont  plusieurs  étaient 
encore  au  jîonvoir  des  Turcs.] 

Baudouin,  I^  du  nom,  comte  (TÉdesse,  surnommé  de  Bourg \  parce 
(pi'il  estoit  seigneur  de  ce  lieu,  en  Bethelois^  et  d'Aiguillon  ou  Acu- 
/e(/.s,  et  par  Bomuald '^  archevesque  de  Salerne,  de  Riibaia,  sans  que 
j'en  sache  la  raison,  fils  de  Hugues,  comte  de  Bethel  et  de  Mélissende  de 

'   VVillelmus  Malraesb.  —  Albericus.  éd.  Rongars,  p.  ô.*?;.  —  Assis,  de  Jénts.  éd. 

'  Fulcheriiis  Carnotensis ,  1.  II,  c.  iviii;  Beugnot.  Anonyme  cité,  t.  II.  p.  i8i-i«i. 

c.  XLiv,  éd.   Rongars.  —  Willelmus  Tyr.  —  Willelnius  Tyr.  1.  XI,  c.  xii.  (Voir,  plus 

I.  XII,  c.  V.  loin.  Les  Comtes  de  Japhe  et  d' Ascalon.) 

'  Rocch.  Pirnis,  iii  Episcopatu  Pnctensi ,  '   Carlul.  S.  %»/c.  n°  a;),  p.  5/i ,  5.5.— 

p.  3f)o.  Codice  diplom.  l.  I ,  n°  i ,  p.  i  ;  n°  2  ,  p.  a  ,  'à. 

'  Willelmus  Malmesb.  —  Albericus.  '  Titres  inss. 

'  Ordericus  Vitalis,  I.  XI,  p.  83o.  '  Assis,  de  Jérus.  p.  ZigS,  Livre  de  Jean 

"  Cartul.  S.  Sepulc.  n°  36,  p.  71 .  —  Co-  dTbelin  ,  t.  I,  c.  cclxxiii,  p.  29.  —  Willel- 

dice  diplom.  t.  I,  n°  i56,  p.  201.  —  Ekke-  mus  Tyr.  I.  XII,  c.  i. 

bardus,  Ampl.  Coll.  t.  V,  col.  SaS  e,  ôag  e,  '"  Rorauaidus,  arch.  Salernit.  Chrun.  apud 

532,  533.  — GuibertusNovig.  l.VII.c.xLr,  Muratori,  Italie,  rer.  scripl.  t.  \\\.  col.  i8-j. 


LES  ROIS  DE  JÉRUSALEM.  13 

Montlhéry',  lut  élu  roy  de  Hicrusalem,  le  jour  niesme  de  la  mort  du 
roy  Baudouin  I"',  duquel  il  esloit  proche  parent  \cogiialH.s],  si  nous  en 
croyons  l'auteur  de  l'Histoire  des  comtes  d'Anjou^  [germamis,  selon  Gui- 
bert  de  Nogent^  consangumeus ,  dans  Guillaume  de  Tyr'].  11  l'ut  ensuite 
couronné  solemnellement  par  Arnoul,  patriarche  de  Hiérusalem.  le 
jour  de  Pasques,  selon  Albert  d'Aix^  ou,  selon  Guillaume  de  Tyr«,  le 
2<^  jour  d'avril,  l'an  1119;  et  derechef  en  l'église  de  Bethléem,  le  jour 
de  Noël,  l'an  1  lao '.  Eustache«,  comte  de  Bologne,  avoii  esté  mandé 
par  quelques  barons,  pour  venir  recueillir  la  succession  à  la  coui-onne 
qui  lui  estoit  écheue  par  la  moit  de  Baudouin,  son  frère ^  et  mesnje  d 
estoit  venu  jusque  en  la  Fouille;  mais,  ayant  aiquis  ([ue  Baudouin  11 
avoit  esté  élu,  il  s'en  retourna  en  son  pays,  de  ci'ainte  de  trord)ler  le 
succez  des  armes  des  clirestiens. 

Le  roy  Baudouin  mourut  en  la  vdie  de  Hiéi'usalem,  le  lâ,  selon 
Orderic  Vital  ",  ou,  selon  Guillaume  de  Tyr,  le  9. 1'  "  jour  d'aousl,  l'an 
ii3i^'-,  s'estant  fait  porter,  durant  sa  maladie,  dans  la  maison  du  pa- 
triarche, qui  estoit  voisine  de  l'église  de  la  Sainle-Bésurrection,  ou  du 
Saint-Sépulcre,  où  il  se  fit  donner  l'habit  de  chanoine  régulier.  Il  liil 
inhumé  sous  le  mont  de  Calvaire,  vis-à-vis  de  Golgotlia.  cl  réjjna 
douze  ans  quatre  mois  dix-huit  jours. 

Il  avoit  espousé  Marfie,  fille  d'un  grand  baron  d'Arménie,  iionuné 


'  Guibertus  Xovig.  1.  Vil,  c.  \xxv.  — 
Willelimis  Tyr.  1.  XII,  c.  11.  m. 

^  Gesta  consul.  Andfgav.  apiul  d'Aciiery, 
Spicil.  t.  X,  p.  .507. 

'  Guibertus  Novig.  I.  Vil,  r.  x\>lvi. 

'  Willelnius  Tyr.  1.  XII,  ci. 

'  Alberlus  Aquensi.s,  1.  XII,  c.  xxx.  — 
FuicheriusCarnotensis,  I,  III,  c.  i;  c.  xliv  Ins. 
éd.  Bongars. 

'  Willelnius  Tyr.  1.  XII,  c,  iv. 

'  Will.  Tyr.  1.  XII,  c.  \ii.  —  Fulcher. 
Carnot.  1.  III,  c.  vu;  c.  xui,  éd.  Bongars. 

'  Du  Gange  avait  mis  Estienne;  ce  qui 
était  probablement  un  lapsus  calami ,  puisque 


les  auteurs  qu  il  elle  à  la  marge  le  noniiiieiit 
Eustache.  C'était  Euslacbe  lit.  (Voir  aussi 
L'Art  (h  vérifier  les  dates  :  Les  (irrites  de 
Boulogne.  ) 

'  VVillelmus  Tyr,  1.  XII.  0.  m.  —  Sanu- 
tus,  I.  III.  part.  (5.  c.  ix. 

'°   Ordericns  Vitalis,  1.  XII,  p.  ««9. 

"  (juillauine  de  Tyr,  au  cbapilre  xxvni 
dii  livre  XIII.  dit  qu'il  mourut  le  si  août: 
au  cbapitre  11,  I,  XI\  .  le  11' jour  des  ca- 
lendes de  septembre;  ce  qui  serait  le  a  a  août, 

'^  Sanulus,  1.  111,  part.  6.  c.  xiv. —  As- 
sis, de  J drus.  t.  I .  c.  cklxxiii,  p.  629,  U^3. 
—  Maltlueu  Paris,  ami,  ii.3i. 


U  LKS  F  A. Mil,  LE  S   D'OUTlili-MKll. 

(iavéras  par  Albert  tl'Aix  ',  et  [)iii'  daulres-  Gabriel,  qui  estoit  seigneur 
de  IVIeletin  ou  de  Mélilène,  ville  capitale  de  la  seconde  Arménie,  et, 
quoyque  Arménien  de  nation,  snivoil  la  créance  de  l'Eglise  grecque. 
Il  en  eut  qnaliT.  filles,  scavoir  Mélissende,  Alix,  llodierne  ou  Odiart, 
et  .luëte  ou  Joye\  Mélissende  fut  mariée,  du  vivant  de  son  père,  à 
Fouques,  comte  d'Anjou.  (|ui  succéda  à  son  beau-père,  au  royaume 
de  Hiéiusalem.  Alix  espousa  Boémond  II,  prince  d'Antioche;  Hodierne 
fui  conjointe  |)ar  mariage  avec  Raymond  II,  comte  de  Tripoli;  et  Joye\ 
(pi'il  (Mit  de  sa  femme  depuis  qu'il  fut  parvenu  à  la  couronne,  fut 
abbesse  du  monastère  de  Saint-Lazare  de  Bétbanie^ 

Galbert"  écrit  que,  durant  la  prison  de  Baudouin'  [qui  dura  de 
février  i  i  -[iS  au  29  août  1 1  au  ,  c'est-à-dire  dix-huit  mois],  les  barons, 
qui  n'estoient  pas  satisfaits  de  son  gouvernement  et  qui  le  liaïssoient,  à 
cause  de  son  avarice,  envoièreut  oflrir  la  couronne  à  Charles  de  Dane- 
marc,  comte  de  Flandres,  mais  qu'il  ne  la  voulut  pas  accepter. 

[Comme  son  prédécesseur,  Baudouin  II  accorda  des  privilèges  aux  églises, 
surtout  à  celle  du  Saint-Sépulcre  *,  à  laquelle  il  fit  plusieurs  dons  de  casaux 
et  de  villains.  Par  égard  pour  le  patriarche  de  Jérusalem,  et  sur  sa  demande. 


'  Aibertus  Aqinnisis,  i.  Vil,  c.  \x\ii, 
ÏXVIII,  xxix. 

'  VVilielmus  Tyr.  I.  X,  c.  \xi\;  1.  XI, 
c.  Il;  1.  XII.  c.  IV. —  Jacobiis  lie  Mliiaco, 
I.  I,  c.  LXXiv. —  Lijjnnges  â'ouirc-mer,  t.  Il, 
C.  i,p.  kh-2.  —  Ordeiicus  Vitaiis,  1.  XI. 

'  Wiilelmus  Tyr.  1.  XII,  c.  iv. 

•  Wiilelmus  Tyr.  1.  Xlll,  c.  .xti;  1.  XV. 
c.  XXVI ;  1.  XVIII,  c.  xxvil;  1.  XXI,  c.  ii.  — 
Lignages  d'oulre-mer.  t.  11.  c.  i,  p.  hh'i. 

'■■  Wiilelmus  Tyr.  1.  Xll.  c.  xvii;  I.  XIII, 

c.  XV. 

''  rialbertus,  in  ViUi  Cnroli ,  comit.  Flnndr. 
n"  ().  Bollaml.  -2  mars,  |).  i8i.  —  llistor. 
(le  Fronce,  t..  XIII,  p.  35o  a,  b.  note  b. 

'  L'objet  de  Du  Gange  n'était  pas  de  ra- 
conter, même  sommairement,  les  actions 
des  rois  de  Jérusalem  ni  les  événements  de 


leur  règne;  il  ne  voulait  que  dresser  un  ta- 
bleau exact  et  aussi  complet  que  possible  de 
leur  généalogie  et  de  leurs  alliances.  Il  se 
contente  donc  de  mentionner  ici .  par  un 
seul  mot.  la  captivité  de  Baudouin  11.  dont 
il  suppose  l'histoire  connue  d'ailleurs.  Nous 
ne  devons  pas  non  plus  prétendre  à  com- 
bler toutes  les  lacunes  de  ce  genre  que  l'on 
rencontrera  dans  cet  ouvrage.  Qu'il  nous 
sutTise  de  renvoyer,  pour  les  détails  de  ce 
fait  et  de  plusieurs  autres  assez  importants, 
au  principal  historien  des  croisades  (Wiilel- 
mus Tyrensis.  1.  XII,  c.  xvii-xxi),  et  d'in- 
diquer quelques  actes  qui  auront  pour  but 
de  faire  mieux  connaître  l'esprit  religeux  ou 
les  vues  politiques  des  rois  de  Jérusalem. 

'   Carlul.  S.   Seimlc.  n°   3o,  p.  5G,  67; 
n-  63,  64.  p.  8o-83;  n°  65,  p.  83-85. 


LES   ROIS   DE  JÉRUSALEM.  15 

il  exenipla  du  droit  d'eiilréc,  aux  porlos  de  Jërusaloui,  tous  les  marcliands. 
chrélieus  ou  sarrasins,  qui  y  apportaient  du  lAi',  de  l'or^je,  des  fèves,  des 
lentilles  et  des  pois.  Par  le  luêiue  motif,  et  probablement  aussi  en  vue  d'en- 
courager le  commerce,  il  accorda  certaines  franchises  au  port  d'Acre,  pur 
exemple,  l'exemption  de  tout  droit  d'entrée  pour  les  draps  et  les  étoffes  cou- 
pées et  cousues  en  forme  de  vêtements,  et  pour  tout  autre  objet  de  marchan- 
dise n'excédant  pas  /lo  besanfs',  etc.  Un  des  diplômes  de  Baudouin  II  est  daté 
de  son  palais  de  Tyr-.  Cette  ville  avait  été  prise  par  les  chrétiens  en  ii-?.h, 
la  seconde  année  de  la  captivité  du  roi.  Par  un  acte  du  2  mai  t  iqS,  dalé 
d'Acre',  il  accorda  des  privilèges  à  la  république  de  Venise*.] 

FoiQUES,  comte  d'Anjou,  de  Tours  et  du  Mans,  succéda  à  Bau- 
douin II,  loy  de  Hiéiusalein -'.  II  estoit  lils  de  Fouques,  surnommé  Re- 
chin,  comte  d'Anjou  el  de  Tours,  et  de  Bertrade  de  Montfort,  et  avoit 
espousc  en  premières  noces  Guiburge  ou  Kremburge,  fille  unique 
d'HcIie,  comte  du  Mans,  de  laquelle  il  eut,  entre  autres  enfans''. 
Geofiioy  [Plantagenet],  comte  d'Anjou,  ([u'il  maria,  en  l'an  11 -27,  à 
Maliaut,  fille  unique  d'Henry,  1''' du  nom,  roy  d'Angletei're".  (le  mariage 
achevé  *,  Fouques,  estant  veuf  de  sa  femme  et  presque  sexagénaii'e  ',  fut 


'   Cartul.  S.  Sepulc.  11°  46,  p.  85,  8(5. 

•   Cartul.  S.  Sepittc.  n°  3o,  \i.  37. 

'  Brevis  narratio  belli  sacri,  apud  Mar- 
tène,  Ampl.  Coll.  t.  V.  coL  539.  (Voir,  plus 
loin ,  Les  Seigneurs  de  Ti/r.  ) 

'  Fontes  renim  Aiistrlacariiin ,  f.  Xil .  11°  6  1 , 
p.  90,  94. 

'  VVilielimis  Tyreiisis.  i.  XIV,  c.  i.  — 
Gonradus  Usperg.  ami.  1 107. 

'  Willelmus  Maliiif^sb.  Hist.  Nov.  \.  I, 
apud  Saviie,  p.  175.  —  Citron.  S.  Albini, 
anii.  1 126  .  1 199.  —  Labbe,  t.  1,  p.  277. — 
Onlericus  Vilalis,  1.  \II,  p.  889.  —  Willei- 
nms  Tyr.  I.  XIII,  c.  xxiv.  —  Robertns  de 
Monte,  ann.  1197. 

'  Les  trois  autres  enfants  que  Foulques 
eut  de  sa  première  femme  sont  :  Hélie ,  pré- 
tendant au  comté  du  Maine  ;  Malhilde ,  épouse 


de  Guillaume,  lils  de  Henri  I".  roi  d  Vn- 
g-leterre,  puis  religieuse  à  Fontevrault;  Si- 
bylle, femme  de  Thierri  d'Alsace,  comte  de 
Flandre,  morte  en  Syrie,  dans  l'exercice  des 
bonnes  œuvres.  (  Sébastien  Paoli  .  Codice 
diploin.  t.  I.  p.  371,  3 6 -2.  —  L'Art  de  vérif. 
les  dates  :  les  Comtes,  vice-ducs  d'Anjou.  ) 

'  Chron.  S.  Albini,  ann.  1128.  —  Wil- 
lelmus Tyr.  I.  XIV.  c.  i,  11.  — Joannes  Mo- 
nach.  Majoi'.  Mon.  I.  I ,  tlist.  Gan/inl.  |i.  ■>  1 . 

'  C'est  une  erreur  de  Guillaume  de  Tyi-. 
Bertrade,  mère  de  Foulques,  n'avait  pas  été 
mariée  à  Foulques  le  liecliin  avant  1  aiinéc 
1089;  leui'  (ils  n  était  né  que  vers  1091  ou 
1092;  il  n'avait  donc,  en  1129,  que  trente- 
sept  ou  trente-huit  ans  au  plus.  1  L'Art  de  ré- 
rij.  les  dates  :  Les  Rois  de  Jérusalem.  —  His- 
tor.  de  France.  I.XVI.  iiifrod.  p.  '10.) 


jD  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

inaiidé  [»ar  le  roy  Baudouin,  l'année  suivante,  à  dessein  de  iny  faire 
épouser  Mélissende,  sa  fille;  ensuite  de  quoy  il  vint  en  la  tene  sainte, 
et  arriva  en  la  ville  d'Acre'  avec  une  belle  suite,  vers  le  printemps  de 
l'an  1  l'-îg,  et  là,  suivant  les  traitez  qui  avoient  esté  arrestez  aupara- 
vant, il  espousa  solenuiellenient.  peu  avant  la  Pentecoste,  la  princesse 
Mélissende.    Quelques    auteurs  2   écrivent   que   Baudouin   envoya    en 
France,  pour  chercher  un  gendre  à  sa  lillc,  de  l'avis  des  principaux  du 
royaume,  et  que  Fouques  fut  choisy  par  le  conseil  du  roy  Louys,  des 
évesques  et  des  grands  seigneurs.  Tant  y  a  que  Baudouin,  attendant  la 
succession  du  royaume,  qui  devoit  appartenir  à  Fouques  après  sa  mort, 
luy  donna  la  jouissance  des  villes  de  Tyr  et  d'Acre.  Guillaume  de  Tyr' 
dit  (|u'il  refusa  d'accepter  la  couronne  du  royaume  de  Hiérusalem  du 
vivant  de  son  beau-père,  qui  la  lui  oflVit;  cependant  il  y  a  lieu  de  croire 
qu'entre  les  conditions  de  son  mariage  avec  la  fdle  de  Baudouin,  il  fui 
convenu  que,  dès  l'instant   du   traité  qui  en  fut  passé  en  France,  il 
prendroit  le  litre  de  roy,  veu  (pi'd  se  voit  un  titre  de  luy*,  sans  date, 
passé  à  Angers,  avec  les  chanoines  de  Saint-Lô  de  la  même  ville,  où  il 
prend  la  qualité  de  roy  de  Hiérusalem  et  de  comte  d'Anjou.  Mais  il  est 
constant  (ju'il  ne  fut  couronné  avec  sa  femme  qu'après  le  décez  du  roy, 
en  l'église  du  Saint- Sépulcre  de  Hiérusalem  par  les  mains  du  pa- 
triarche Guillaume,  le  1/1'=  jour  de  septembre,  auquel  échet  la  feste  de 
l'exaltation  de  Sainte-Croix,  l'an  1  i3i. 

Il  mourut  de  la  chute  de  son  cheval,  poursuivant  un  lièvre  à  la 
chasse  ^  en  la  plaine  d'Acre,  le  iS*^  jour  de  novembre,  l'an  1 1  62  ^  ayant 
régné  onze  ans  deux  mois  vingt-trois  jours.  Il  fut  inhumé  en  la  niesme 
église  du  Saint-Sépulchre,  sous  le  mont  de  Calvaire,  entrant  à  droite, 

'  CliroH.  S.  Alhini,  iinn.  1 128.  '  WiUelmus  Tyr.  i.  XV,  c.  ult.  —  Ma- 

°-  Joannes  Monachus,   1.   1,   p.   21.  —  ibicii   Paris,   ann.  iiùa.  —  Robertus  de 

Gesta  constihim  Andegavenshim ,  apud  d"A-  Monte,  iii3.  —  Nicol.  Trivett.  ann.  iiâ3. 

chery.  Spicil.  t.  X,  p.  .^00,  5oG.  apud  d'Actiery,  Spkll.   t.  VIII.  —  Assises 


c.  II. 


Willelnnis  Tyr.  I.  XIII,  c.  xxiv;  1.  XIV,         de  Jérusalem,  t.  I,  p.  6-29;  l.  II.  p.  196  et 

note  h. 

'  Du  Cange  n'indique  pas  où  il  a  vu  ce  '  Il  mourut  en  11  44.  {L'Art  de  vérif. 

tlti-o.  les  diiles  :  Les  Ruis  de  Jérusuleiii.) 


LES   ROIS   DE  JÉRUSALEM.  17 

vers  la  porte,  avec  ses  prédécesseurs  K  La  reyne  Mélisseiide,  sa  femme, 
après  avoir  gouverné  prudemment  le  royaume,  qui  luy  appartenoit  de 
son  clief,  l'espace  de  trente  années,  tant  du  vivant  de  son  mary,  (pie 
sons  le  jeune  Baudouin,  son  fils,  décéda  le  1 1  de  septembre,  l'an  1161, 
ayant  eu  deux  enfans  de  son  mary,  Baudouin  et  Amaury,  cpii  furent 
successivement  roys  de  Hiérusalem.  Saint  Bernard  luy  a  écrit  quelques 
lettres^. 

[Foulques,  qui  n'était  roi  que  par  sa  femme,  déclare  dans  les  actes ^  où  il 
lait  quel([ue  donation,  soit  au  Saint-Sépulcre,  soit  à  l'ordre  de  l'Hôpital,  qu'il 
agit  du  consentement  de  la  reine  Mélissende.  son  épouse,  et  même  de  son  fds 
Baudouin,  lequel,  en  effet,  tenait  de  sa  mère  ses  droits  à  la  couronne.  Par 
un  molif  analogue*,  tandis  qu'il  était  baile  de  la  principauté  d'Antioclie  et  tu- 
teur de  la  jeune  princesse  Constance,  il  ne  confirma  au  Saint-Sépulcre  la  pos- 
session de  certaines  terres,  situées  dans  le  territoire  d'Antioclie.  qu'après  avoir 
pris  conseil  du  paliiarclie,  des  évoques,  des  barons  de  cette  principauté  et  des 
bourgeois  de  la  ville,  dont  plusieurs  furent  témoins  de  l'acte.  J 

Baudouin,  lll^du  nom,  estoit  âgé  de  treize  ans  lorsque  son  père  mou- 
rut et  lorsqu'il  vint  à  la  couronne  de  Hiérusalem'',  hujuelle  il  reçut, 
avec  sa  mère,  par  les  mains  du  patriarcbe  Guillaume,  en  l'église  du 
Sainl-Sépulchre,  le  dimanche  qui  suivit  le  décez  de  son  père. 

"Guillaume  de  Tyr'^  s'est  étendu  fort  au  long  sur  les  belles  (jualitez 
de  ce  prince,  qui  donna  des  mai'ques  de  sa  générosité  et  de  sa  pru- 
dence dans  le  cours  de  sa  vie,  qu'il  finit  en  la  ville  de  Barut^  à  l'âge 

'   VVillelmus  Tyi-.  I.  XVI.  c.  iii;l.  WIII,  '  Willelmus   Tyiensis,  I.  X\.  c.   xwii  ; 

C.   XXVII,  XXXII.  I.   XVI,   c.  1,  III. 

-  Sancti  Beniiinli /i/jM?.  206,  289,876;  "  Willelmus    Tyrensis,   1.  XVI,  c.  i    et 

ou  356  et  355  ,  éd.  Mabillon  ,1690,  col.  )  96,         seq. 

.^   g    3.^,  '  Willelmus  Tyrensis,  1.  XVIII,  c.  wxiv. 

'   Cartul.  S.  Sepulc.  n'  3i,   p.   67,  58;  —  Du  Cliesne,  Histoire  de  France,  t.  IV. 

n°"  32,  33,  p.  58,  Qi.  — Assises  de  Jerus.  p.  ()9'i.  —  Episl.  Amalrici  régis  ad  regem 

t.  Il,  p.  /199,  A93.  —  Codicediplomat.  t.  I,  Lndovicum   VIL  [Recueil  des   Historiens  de 

„o  ,'    .,    18.  France,  t.  XVI,  p.  36,  87.  )  —  Cinnamus, 

"   Cartnl.  S.  Sepulc.  n"  86,  p.  166,  167.  1.  V,  c.  xvu. 
—  Assises  de  Jériis.  t.  II,  p.  igi. 


i8  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

fie  trente-trois  ans,  en  l'an  i  iGo,  selon  nostre  façon  de  compter,  le 

1  0"=  jour  de  février,  non  sans  soupçon  d'avoir  esté  empoisonné,  ayant 
régné  vingt  ans  trois  mois  moins  deux  jours.  Son  corps  fut  porté  en 
la  vHle  de  Hiérusalem,  et  y  fut  inhumé  en  l'église  du  Saint-Sépulchre, 
avec  ses  prédécesseurs.  Il  espousa,  au  mois  de  septembre.  Tan  1 158. 
Théodora,  fdle  d'isaac  Comnène  Sebastocrator,  et  nièce  de  l'empe- 
reur Manuel  ',  pour  lors  âgée  de  treize  ans,  de  laquelle  il  n'eut  point 
(I  enians". 

[Baudouin  111  coalirma  plusieurs  fois^  et  pres(|ue  toujours  avec  l'assen- 
liinent  de  sa  mère  Mélissende  et  de  son  frère  Amauri.  toutes  les  conces- 
sions faites  précédemment  au  Saint -Sépulcre  et  à  Tordre  de  l'Hôpital.  On 
peut  croire  que  c'est  lui  qui  fit  le  serment''  d'accorder  loi,  justice  et  paix  à 
J'Rtrlise  fie  Jérusalem  et  au  peuj)Ie  à  lui  soumis,  et  de  confirmer  toutes  les 
donations  faites  aux  patriarches  et  aux  évêfjues  par  les  empereurs,  les  rois  et 
les  princes. 

A  l'exemple  de  Baudouin  I",  il  donna  aux  Hospitaliers  de  Jérusalem  (i  i  6o, 

2  0  novembre)  cinquante  tentes  de  Bédouins  fpn  ne  lui  étaient  pas  soumis^. 

11  est  à  reniar([uer  que.  dans  un  acte''  où  Baudouin  III  confirme  la  vente 
d'un  terrain  faite  au  Saint-Sépulcre  par  Hugues  fl'Ibelin,  le  i  4  janvier  i  i55. 
on  voit,  parmi  les  témoins,  des  barons  du  roi  et  des  hommes  du  roi  formant 
deux  classes  distinctes:  mais  les  actes  de  Hugues,  qui  fait  cette  vente,  et  d'A- 
mauri ,  frère  du  roi .  qui  l'approuve ,  quoique  conçus  tous  deux  dans  les  mêmes 
termes  et  reproduisant  les  noms  des  mêmes  témoins ,  ne  présentent  pas  cette 
distinction. 

Nous  remarquerons  aussi  un  accord  ''  de  Baudouin  III  avec  Rainald  le  Fau- 
connier, qui  autorise  le  roi  à  détourner  du  fleuve  Belus,  près  d'Acre,  autant 
de  cours  d'eau  qu'il  voudra  pour  l'exploitation  d'un  plant  de  cannes  à  sucre . 

'  Voir  la  Généalogie  des  Comnènes,  dans  53.  r>lt  e(  siiiv.  —  Codin  lUjil.  t.  1 .  n"  -ik  . 

1)11   Gange,  FamiUw  Auguslœ   Byzanttnœ,  3o,  .Sa  ,  34  et  .suiv. 
p.  i83. —  Codicc  ilij>l.  t.  I,  n°  5o,  p.  5i.  '   Cartul.  S.  Scinde.  n°  laa,  p.  225. 

'  Assises  (le  Jénis.  Labbe.  t.  I,  p.  igS;  ''  Codice  illpl.  t.  1,  ii°  36.  ]).  37. 

La  Thaumassière ,  c.  cclxxxi  ,  p.  1 87  :  édit.  '  Cartul.  S.  Sepule.  n°  ôG .  p.  11  ■?.  ;  n°  69  , 

Beugnot,t.  I,  c.  ccLxxni,  p.  iag.  p.  ii9;n°  (y?.,  p.  1-26. 

'   Cartul.  S.  Sejnilc.  n"'  33  .  Si  .  5 1 .  62  ,  '    Codice  dlplom.  l.  I ,  n"  5o  .  p.  ûo  .  5  ) . 


LES  ROIS  DE  JERUSALEM.  19 

à  condition  ([ue,  tous  ses  frais  couverts,  le  roi  accordera  à  Rainald  le  cinquième 
de  son  gain,  et,  sur  tous  les  moulins  d'Acre,  les  mêmes  droits  que  ce  dernier 
avait  déjà  sur  ceux  du  fleuve  Belus.  Ce  diplôme  fut  donné  par  le  roi,  tandis 
qu'il  assiégeait'  Blaliasent  (Bethasem?),  avec  l'assentiment  de  sa  femme  Tliéo- 
dora  et  de  son  frère  Amauri,  comte  d'Ascalon. 

Plusieurs  autres  documents  attestent  que  la  culture  des  cannes  à  sucre  était 
pratiquée  en  Syrie  au  temps  des  croisades.  Hugues  de  Césarée  (an  i  166)  se 
réserve  ^  la  faculté  de  conduire  de  l'eau  d'une  certaine  fontaine  au  canal  des 
buffles ,  ad  caniuimellns  fnciendns .  Baudouin  IV  accorde  ^  (  1  1  8  2  )  à  la  maison  des 
Hospitaliers  d'Acre  un  (pihitarium  de  sucre  par  an,  pour  le  soulagement  des 
malades.  Les  cannes  à  sucre  sont  encore  mentionnées  dans  un  accord  *,  entre 
les  Hospitaliers  et  les  Templiers,  fait  à  Acre  en  12G2;  ce  qui  n'a  rien  d'éton- 
nant, puisqu'elles  étaient  un  produit  du  sol  dans  le  royaume  de  Jérusalem, 
comme  on  le  voit  par  le  chapitre  ccxlii  des  Assises  de  la  cour  des  bourgeois, 
article  i  5 ,  et  par  les  observations  de  plusieurs  historiens  des  premiers  temps 
des  croisades^. 

11  paraît  que  la  culture  n'en  fut  abandonnée  (ju'après  la  prise  d'Acre  par 
les  Turcs;  mais  on  la  retrouve  florissante  en  Chypre  sous  les  Lusijjnan.  Lne 
mlinité  de  documents''  nous  prouvent  que  le  sucre  était  poui-  ce  pa\s  im  des 
objets  de  commerce  les  plus  lucratifs.  ] 

Amalric  ou  Amaurï,  comte  de  Japhe  et  d'Ascaion,  frèi'e  et  successeur 
de  Baudouin  111,  estoit  âgé  de  vingt-sept  ans  lorsqu'il  arriva  à  la  cou- 
ronne \  laquelle  il  reçut  solemnellement  en  l'église  du  Saint-Sépuichre, 
parles  mains  du  patriarche  Araalric  ^  le  1  8*^  jour  de  février,  l'an  1 1 63 . 
selon  nostre  façon  de  compter,  et  la  tint  dix  ans  ciiuj  mois  moins  sept 
jours,  estant  décédé  d'une  fièvre  en  la  ville  de  Hiérusalem,  le  i  l'^jour 

'  WillelmusTyrensis,  1.  XIII,  c.  xxv.  ihid.  p.  270.  —  JacoLus  de  Vitriaco,  1.  I, 

'   Cartul.  S.  Scpulc.  n°  i55,  p.  -277.  c.  lui;  ibid.  p.  1076. 

'  Codice  dipl.  t.  I,  11°  907, p.  aig.  '  DeMas-Latvie,  Histoire  de  Chypre, t. U. 

'  Codice  dipl.  t.  I.n°  lia,  p.  178.  p.  96.  378.  io3,  àili.  igg,  5oo,  629; 

^  Assises  de  Jénis.  t.  Il,  p.  17^,  et  note  t.  111,  p.  88-90,  176,  218-221,  etc. 

e.  —  Codice  dipl.  t.  I,  p.  5oi.  —  Ftilcbe-  '   Cartul.  S.  Sepulc.  n"  /18,  Ag,  p.  88, 

rius  Carnotensis  .   c.  x\  ,   apud   Bongars.  gi.elc. 

p.  4oi .  —  Alberlus  Aquensis,  I.  V,  c.  xxsi;  '  Willelraus  Tyrensis,  I.  XIX ,  c.  i. 

3. 


20  LES  FAMILLES  D•OUTR^;-^!E^. 

(le  juillet,  l'ail  i  17.3,  âgé  de  trente-huit  ans.  H  fut  iiiliumé  avec  ses 

prédécesseurs. 

[Guillaume  de  Tyr'  dit  qu'il  mourut  en  1178,  dans  la  douzième  année  de 
son  règne;  mais  1  178  n'en  serait  que  la  onzième.  Nous  avons  dans  Paoii'-' 
deux  diplômes  de  ce  prince,  18  avril  et  fin  de  juin  117/1.  Ce  dernier  chifTre 
cadrerait  mieux  avec  le  compte  de  ses  années  de  règne.  La  date  de  ces  deux 
diplômes  est-elle  fausse  ?  Y  a-t-il  altération  dans  le  chiflVe  de  l'année  et  de 
l'indiction  vu,  (jui  correspond  à  l'année  117/1,  °"  Guillaume  de  Tyr  s'est-U 
trompé  sur  l'année  de  la  mort  d'un  roi  dans  l'intimité  duquel  il  vivait,  étant 
le  précepteur  de  son  fils?  C'est  ce  que  nous  ne  prendrons  pas  sur  nous  de 
décider.] 

11  fut  marié  deux  fois  :  la  première,  en  Tan  1  167,  avec  Agnès  de 
Courtenay,  nommée  par  cjueli{ues-uns^  Béatrix,  fille  de  Joscelin  11, 
comte  d'Édesse,  pour  lors  veuve  de  Renaud  de  Mares,  de  laquelle  il 
eut*,  vers  l'an  1  1  G  1 ,  Baudouin  IV,  roi  de  Hiérusalem,  et  Sibylle,  qui 
fut  donnée  en  mariage  par  son  frère  à  Guillaume  Longue-Espée,  mar- 
quis de  Monlferral,  duquel  elle  eut  Baudouin  V,  roi  de  Hiérusalem; 
puis,  en  secondes  noces ^  elle  se  remaria  avec  Guy  de  Lusignan,  fils  de 
Hugues  le  Brun,  qui  fut  aussi  roi  de  Hiérusalem  à  cause  de  cette  al- 
liance. Ce  premier  mariage  du  roy  Amaury  fut  contracté  contre  les 
formes,  Amaury  ayant  enlevé  cette  princesse  à  Hugues  d'Ibelin,  qui 
l'a  voit  fiancée,  et  qui  la  reprit  depuis,  et  nonobstant  l'opposition  que 
le  patriarche  Foucher  y  fil,  à  cause  qu'ils  estoient  parens  au  ([uatrième 
degré '^.  C'est  pourquoi  Amaury  venant  à  la  couronne  après  le  décez  de 
son  frère,  le  patriarche  Amalric  refusa  de  le  couronner  qu'il  ne  l'eust 

'    WillelniiisTyrensis,i.  XX,  c.  XXXIII. —  tor.   lUei-osohjm.  p.    1170,   apiid    lîongars. 

Assises  de  Jénis.  Labbe,  t.  I,  p.  698;  La  "  Willoliniis  Tyrensis.  I.  XVIII ,  c.  \iix; 

Thaumassière,   c.   cclxxxi,    p.   187;  édit.  1.  XXI,  c.  xm.  —  Amoldus  Liibec.  I.  111. 

Beugnol,  t.  I,  c.  ccLxxni,  p.  629.  c.  xxiii.  —  Roger  de  Hoveden,  p.  5i5.  — 

'  Coilice  âipl  t.  I,  n°'  aoo,  201,  p.  aiS.  Jacobiis  de  Vitriaco.  1.  1,  c.  xciii. 

26/1.  '  Willelmus  Tyrensis,  1.  XXI 1,  c.  1. 

'  Huliertus  de  Monte,   ann.    1157.  —  ''  Willeinuis  TjTensis,  1.  XIX,  c.  iv.  — 

Willelmus  Tyrensis,  I.  XIX,  c.  iv.  —  His-  Lignages  d'uutre-mer,  c.  i. 


LES  ROIS  DE  JÉRUSALEM.  21 

quittée;  ce  (jiril  tut  obligé  de  l'aire.  Cecy  a  esté  touclié  par  Guillaume 
de  Tyr'  en  termes  couverts.  Ce  uiariage  ayant  esté  dissous  à  condition 
que  les  enfans  qui  on  estoient  issus  seroient  réputés  légitimes \  Agnès 
reprit  Hugues,  seigneur  d'Iholin. 

Le  roy  Amaury  espousa,  en  l'an  ll67^  Marie  Comnène,  fdle  de 
Jean  Comnène,  petile-fdle  d'Andronique  Comnène  Sebastocrator,  qui 
estoit  frère  aisné  de  l'empereur  Manuel,  et  eut  d'elle  Isabelle',  mariée 
premièrement  à  Huml'roy,  seigueur  de  Toron,  puis  à  Conrad  de  Mont- 
ferrat,  à  liein-y,  coiute  de  Cbampagne ,  et  à  Amaury  de  Lusignan;  et 
une  autre  fille  [Alix]',  «pii  mourut  en  jeunesse.  La  reyne  Marie,  estant 
veuve  du  roy  Amaury '%  elle  se  remaria  avecBalian,  seigneur  d'Ibelin. 

[domme  comte  de  Joppé  et  d'Ascalon ,  aussi  bien  que  comme  roi,  Amaury 
confirma  aux  divers  établissements  religieux'',  à  l'église  du  Saint- Sépulcre 
entre  autres  et  à  l'hôpital  de  Saint-Jean  de  Jérusalem,  tous  les  dons,  tous  les 
privilèges  accordés  par  ses  prédécesseurs,  et  leur  en  concéda  de  nouveaux  :  ce 
qui  lui  lut  conunun  avec  les  autres  rois  de  Jérusalem.  Mais  on  peut  remarquer 
un  acte  du  i  i  octobre  ii68\  par  lequel  il  donne  aux  Hospitaliers  la  ville 
de  Belbeis  ou  Péluse,  en  Egypte,  avec  des  terres  et  des  hommes  sur  le  terri- 
toire de  cette  ville,  juscpi'à  concurrence  d'un  revenu  annuel  de  100,000  be- 
sants;  plus  Bo.ooo  besanis  assignés  sur  dix  villes  de  l'Egypte,  Babylone  (le 
Caire),  Tanis,  Damlelle,  Alexandrie,  etc.  Les  1  00,000  besants  furent  portés 
à  i5o,ooo  par  un  diplôme  de  l'année  suivante.  Il  ne  lui  en  aurait  pas  coûté 
davantage  de  leur  abaiulonner  tout  le  royaume  de  Noradin,  où  déjà  d  ne  pos- 
sédait plus  rien.  C'est  ainsi  (pi'll  ii'ur  céda,  en  1  170  ,  ileux  châti'aux  rumés 

'   Willeliiius  Tyreiisis,  \.  XIX,  c.  i,  iv.  '  Hisl.  Hierosol.  p.  i  170.  «[lud  Borigars. 

-  ContinualeurdeGuin.ileTyr,  1.  XXIII,  —Lignages  d'outrc-mer.   c.  iii;é(lil.  Beu- 

c.  III.  —  Historiens  des  Croisades,  t.  II,  p.  5.  gnot,  t.  H,  p.  kh^. 

'  Willelnuis  Tyrensis,  1.  XX,  c.  1,  xxiv.  '  Lignages  d'outre-mer,  c.  vi.  —  Labbe . 

—  Hist.  translat.  brachii  s.  Philippi,  11°  ^1.  p.  871,  43o. 

—  Robertus  de  Monte ,  ann.  1 1 G7.  —  Cinna-  '  Cartul.  S.  Sepulc.  n"'  58,  60,  6 1 ,  p.  1 1 5, 
mus,  1.  V,  c.  XVII,  p.  187,  i38.  —  Généu-  120,  laS;  n"  i/i4,  p.  a6-2-268.  —  As- 
logiedesComnhies,  FamiliœBijzanl.T^.i%->..  sises  de  Jénis.  t.  II.  n°  89,  p.  3-2 4.  — 
P.  Papebi-och.  l.  I  maii.  p.  16.  Codice  diplom.  t.  I,  n°  Sa,  p.  3/i  ;  n"  197, 

"  VVilldmus  Tyrensis.  1.  XXI,  c.  xiii.  —        p.  261,  etc. 
Jacobus  de  Vitiia'co.  I.  1 .  c.  xciii.  '  Codice  dipl.  l.  I ,  n"  ^17,  48 ,  p.  '.8.  4y . 


22  F.RS  FAMIIJ.ES  D'OllTUE-MEH. 

par  un  trenibloinent  (Je  terro,  ol  d'autres  droits  dans  le  coudé  de  Tripoli,  dont 
il  (5tait  le  procurateur,  et  où  il  agissait  comme  souverain  pendant  la  captivité 
du  comte  Uaymond  IP. 

Un  dilTérend  du  roi  Amaury  avec  Gérard,  seigneur  de  Sidon  ou  de  Sajette, 
son  vassal ,  changea  la  loi  constitutive  de  l'hommage  pour  les  vassaux  ^.  Gérard 
avait  dépossédé  un  homme  de  son  fief  sans  en  donner  connaissance  à  la  cour 
du  souverain.  Amaury  [loursuivit  son  droit  par  la  guerre;  et  l'accord  se  fit  au 
moyen  d'une  assise  ou  loi,  ordonnant  (jue  désormais  les  hommes  d'un  vassal 
du  roi  feraient  hommage  au  roi  directement  :  prérogative  jusqu'alors  réservée 
aux  hommes  liges  ou  vassaux  immédiats  de  la  couronne.  ] 

Baudouin,  IV''  du  nom  \  succéda  à  son  père,  ayant  à  peine  atteint  lage 
de  treize  ans,  et  fut  couronné  solemnellement,  dans  l'église  du  Saint- 
Sépulchre,  par  le  patriarche  Amalric,  le  1 5"^  jour  de  juillet.  Tan  1173. 
11  fut  surnommé  le  Mesel,  ou  le  Lépreux,  parce  qu'il  fut  atteint  de  la 
lèpre  [dès  son  enfance,  comme  l'atteste  Guillaume  de  Tyr*,  qui  avait 
été  son  instituteur];  nonobstant  laquelle  maladie  il  ne  laissa  pas  d'agir 
et  de  faire  de  belles  actions  contre  les  infidèles,  sur  lesquels  H  remporta 
des  victoires  signalées.  A  la  fin  néantmoins  il  fut  obligé  de  se  démettre 
du  p-ouvernement^;  et,  avant  fait  couronner  le  jeune  Baudouin  son  ne- 
veu,  fils  de  sa  sœur  Sibylle,  qui  n'avoit  pas  encore  cinq  ans,  i\  donna 
la  régence  du  royaume,  premièrement  à  Lusignan^  comte  de  Japhe 
et  d'Ascalon,  qui  avoit  espousé  sa  sœur  après  la  mort  du  marquis,  et,  la 
luy  ayant  ostée  sur  quelques  démeslez  [et  surtout  pour  cause  d'inca- 
pacité'], il  la  donna  à  Raymond,  comte  de  Tripoly.  11  décéda  quelque 

'   Codice  dipl.  1. 1 .  Il"  5 1 ,  p.  5 1 .  5a.  5o  1 .  '  Roger  de  Hoveden ,  p.  63 1 .  —  Willel- 

5o2.  mus  Tyrensis,  1.  XXII,  c.  xxix.  —  Assises 

'  Assises  de  Jénis.  l.  1,  c.  cxL.  p.  Qi6,  rfe/eVî/s.  éd.  Beugnot,  t.  I,c.cclxxui,  p./iacj. 

notes  a,  h.  —  Lim-e  de  Jacques  d'ibelin,  '  Mathieu  Paris,  ann.   iiBi.  —  Arnol- 

c.  ni,p.  i55  et  note  c;  p.  /i56-i!)8.  et  note  dus  Lubec.  I.  III.c.  xxiii.  — Willeimus  Ty- 

a.  —  Livre  de  Philippe  de  Navarre,  c.  xl,  rensis.  1.  XXII.  c.  .xxv.  .xxix.  —  Jacobus  de 

p.    617;   c.  xLii.  p.  5i8;  c.  L.   p.   595,  Vitriaco.  1. 1.  c.  ,\cin. 

.',26.  '  Continuateur  de  Guill.de Tyi'.  I.  \.\IiI, 

'  Willeimus  Tyrensis,  1.  XXI,  c.  11.  ci,  11.  —  Histor.  occident,  des  Croisiides . 

'  Willeimus  Tyrensis.  1.  XXI.  c.  1.  l.  M    |).  i-'i. 


LES  ROIS  DE  JÉl'.USALEM.  23 

temps  après,  sçavuir  l'an  118/1,  ou  rannoe  suivante,  selon  le  Moine 
d'Auxerre',  sans  avoir  esté  marié,  ayant  régné  onze  ans. 

[Entre  autres  concessions,  ce  prince  confirma  (1  i^G)-  à  l'Hôpital  de  Jéru- 
salem les  donations  de  son  père  sur  les  terres  d'Egypte,  quand  on  les  aurait 
conquises,  et  y  ajouta  3 0,0 00  besants  de  rente  annuelle,  à  prendre  sur  le  ter- 
ritoire de  Belbeis,  si  toutefois  on  pouvait  les  en  retirer.  Ces  clauses  condition- 
nelles, sans  lesquelles  la  donation  était  nulle  et  dérisoire,  n'étaient  pas  énon- 
cées dans  les  actes  de  ce  genre  donnés  par  les  rois  précédents.  Ils  ne  doutaient 
pas,  en  effet,  que  tout  ne  cédât  bientôt  à  leurs  armes,  ou  que  l'ordre  célèbre 
auquel  ils  faisaient  ces  concessions  ne  trouvât  en  lui-même  toutes  les  ressources 
nécessaires  pour  rendre  la  donation  valable  et  réelle ,  et  pour  remplir  les  in- 
tentions du  donateur.  Mais  il  semble  que  la  confiance  abandonne  ce  rui  ma- 
lade, qui  n'avait,  il  est  vrai,  (pie  trop  de  sujets  de  pressentir  la  décadence  ra- 
pide et  la  chute  jiroclunne  du  royaume  de  Jérusalem.] 

Baudouin,  V'=  du  nom,  lils  de  Guillaume,  mai-(|iiis  de  Monllenat,  et 
de  Sibylle^,  l'ut  couronné  le  20  de  novembre,  l'an  1  i83,  du  vivant 
de  son  oncle,  (|ui  luy  fil  rendre  les  hommages  par  les  barons  du 
royaume,  et,  en  mourant,  le  mit  sous  le  gouvernement  du  comte  de 
Tripoly. 

[Le  Continuateur  de  Guillaume  dp  Tyr*  place  le  cuuronnemcul  de  Bau- 
douin V  après  que  le  roi  Baudouin  IV  eut  fait  accepter  lu  biiilie  ou  r(''pence 
du  royaume  à  Baymond  de  Tripoli;  Guillaume  de  Tyr  dit  qu'il  eut  lieu  aupa- 
ravant. Le  petit  prince,  à  son  couronnement,  fut  porté  par  Balian  d'Ibelin, 
pour  qu'il  ne  parut  pas  plus  petit  que  les  chevaliers.  A  la  mort  de  Baudouin  IV, 
il  fut  conduit  à  Acre,  sous  la  garde  du  comte  Joscelin,  son  grand-onde  ma- 
ternel; car  le  comte  de  Tripoli  avait  refusé  la  garde  du  jeune  prince,  pour 
n'être  pas  responsable  des  accidents  qui  pourraient  survenir''.] 


'   MonacliiisAltissiodor.  p.88,<inn.  1 185.  sades ,  t.  li.  ]>.  j-i^^.  —  Assises  de  Jénis.  t.  I, 

"   Codice  dipl.  t.  I.  n"  (Jo,  ().  Go.  P- ''^y- 

'  Willelmus  Tyreiisis ,  I.  XXII,  c.  xxi.x.  *  Coiiliiuialeur.  loc.  citai,  etc.  iv,  p.  7; 

p.  io4o,  loûi.  —  Contimialeur  de  Guiil.  c.  vi,  p.  9,10;  c  xvu,  p.  aS. 
de  Tyr,  I.  XXHl,  c.  v.  —  Uistuv.  des  Crut-  ''  Contimialeur,  i.  XXIIl,  c.  iv,  p.  6. 


■M  LES   FAMILLES   D'OUTRE-MER. 

Il  décéda  [dans  la  ville  d'Acre]'  r;iii  i  186,  âgé  de  sept  ans,  ou  de 
neuf,  selon  Arnoul  de  Lubeck'  et  (Inillaiime  de  Neubourj]^,  non  sans 
soupçon  d'avoir  esté  empoisonné  par  le  comte  [de  Tripoli]  son  tuteur, 
qui  aspiroit  à  la  couronne.  Mais  le  patriarche  et  les  barons  l'adjugèrent 
à  la  mère  du  roy,  qui  estoit  pour  lors  mariée  à  Guy  de  Lusignan,  (jui 
fut  aussy  couronné  roy*.  Baudouin  fut  inhumé  avec  ses  prédécesseurs, 
où  cette  épitaphe  lui  fut  dressée^  : 

SEPTIMUS  IN  TUMULO  PUER  ISTO  REX  TUMULATUS 
EST  BALDEWINUS,  REGUiM  DE  SANGUINE  NATUS, 
'  QUEM  TCLIT  E  MUNDO  SORS  PRIME  CONDITIONIS, 

UT  PARADYSIACE  LOCA  POSSIDEAT  REGIONIS '. 

Guy  DE  Lusignan,  (ils  puisné  de  Hugues,  seigneur  de  Lusignan  [ou 
Lesignan),  Vlll''  du  nom,  comte  de  la  Marche,  ayant  esté  banny 
d'Angleterre  ''  pour  avoir  tué  Patrice,  comte  de  Sarisbery,  en  l'an  1  1  ()8 , 
entreprit  le  voyage  de  la  terre  sainte,  et  vint  se  mettre  au  service  de 
Baudouin  le  Lépreux  \  qui  luy  donna  en  mariage  Sibylle,  sa  sœur, 
pour  lors  veuve  du  marquis  de  Montferrat.  Cette  alliance  luy  apporta 
la  couronne  du  royaume  de  Hiérusalem.  [Il]  en  fut  solemnellement 
invest\  ^  et  fut  couronné  roy  vers  la  my-septembre,  l'an  1186,  sans 
prendre  le  consentement  du  comte  de  Tripoly,  à  qui  la  régence  du 


'  llisl.lllcrosnl.  p.  1 170.  a|)ud  Bongars. 
—  lîofjiM-  (le  ttovodrn  ,  p.  6?ili. 

'"  Ariioldus  Liibec.  1.  IH,  c  \xiii. 

'  WilleliuusNeuhrig.l.  111 .  c.\\].(llisloi-. 
de  France,  t.  XVIII ,  p.  8.) 

'   Miilliieu  Paris,  p.  ()8  ,  ann.  i  i  K(). 

'  J.  (lotovic.  Itiiicrariuin  Ihcrosoli/iitit. 
p.  .89. 

*  Cette  épitaphe  est  rajiportée  par  Du 
Gange  en  caractères  d'inscriplioii  et  eu  éeri- 
lure  oi'diuaire.  Nous  In  doniuius  suus  celte 
dernière  forme  seulement,  pour  les  mêmes 
motifs  f|ue  nous  avons  exposés  plus  haut, 
p.  10,  note  3,   à  l'occasion  des  épilaphes 


de  Godefroi  et  de  Baudouin  1  '.  Gelle-ci  est 
tirée  des  mêmes  relations,  quoique  Du  Gange 
ne  cite  ici  auciuie  autorité. 

'  Roger  de  iloveden,  p.  .^l'i.nn  11C8. 
—  Willeluius  Ncuhrig.  I.  111.  c.  xvi. 

•  Willelmus  Tyr.  1.  XXil,  c.  i.  —  Nie. 
Trivett.  ann.  1181. 

"  llisl.  iiis.  (li's  guerres  saintes.  —  Gon- 
tiiiuateur  de  Ihistoii'e  de  Guill  de  Tyr  en 
français.  —  Martène,  Anij}l.  Coll.  t.  V, 
col.  Sg'i.  —  Mathieu  Taris,  p.  100.  ann. 
1186.  —  Arnoldus  Lidjec.  I.  111,  c.  ,\\in, 
.\.\iv,  XXV.  XXVI,  XXVII.  —  Jacobus  de  Vi- 
liiaco,  1.  I,  c.  xcm,  xciv,  xcv. 


LES  ROIS  UE  JÉHUSALEM.  25 

royaume  avoit  esté  donnée  par  le  roy  Baudouin  IV,  jusqu'à  ce  que  le 
jeune  roy  eiisl  atteint  i'age  de  quinze  ans',  soit  qu'il  vécust  ou  non. 

[Malgré  le  vice  de  la  construction  de  la  phrase,  on  comprend  que  ces  der- 
niers mois  doivent  s'entendre  de  Baudouin  IV.  Gui  fut  élu  roi  de  Jérusalem"^, 
seulement  après  que  sa  femme  Sibylle  eut  été  reconnue  et  sacrée  reine  par 
les  chefs  du  clergé,  le  grand  maître  du  Temple  et  ses  chevaliers,  Renaud  de 
Châtillon,  seigneur  de  Montréal,  et  d'autres  amis,  qui  avaient  fait  fermer  les 
portes  de  Jérusalem,  pour  que  personne  ne  pût  entrer  ni  sortir  [lendant  l'aij- 
sence  des  grands  barons  du  royaume,  qui  se  seraient  opposés  à  l'élection. 

Gui  fut  couronné  à  la  mi-septembre-^.  Baudouin  de  Rame  prédit  alors  qu'il 
ne  serait  pas  roi  un  an.] 

Ce  qui  donna  matière  à  une  grande  division  entre  ces  princes  ',  la- 
quelle causa  par  la  suite  la  ruine  totale  de  la  terre  sainte.  Car  Saladin, 
ayant  eu  avis  du  mécontentement  du  comte,  qui  d'abord  feignit  une 
réconciliation  avec  le  nouveau  roi,  s'allia  avec  luy  et  entra  avec  de 
puissantes  troupes  dans  les  terres  des  chrestiens^;  et,  ayant  déliait  le 
roy  Guy,  qu'il  fit  prisonnier,  et  toute  l'armée  chrestienne°,  le  h  de  juillet, 
l'an  1187,  il  s'empara  des  villes  d'Acre,  de  Barut,  de  Sajette,  de 
Gibelet,  d'Ascalon  et  des  principales  places  de  la  principauté  d'Antioche, 
et  enfin  de  la  ville  de  Hiérusalem'',  lacpielle  il  prit  le  2'' jour  d'octobre 


'  Arnoldus  Luijec.  1.  111,  c.  xxiu. 

"  Radulphus  Goggeshale,  De  E,ipiiiiiwl. 
terrœ  sanctœ,  apud  Ampliss.  Collcct.  t.  \, 
col.  5^7.  —  Continuateur  Je  Guill.  de  Tyi', 
I.  XXIII,  c.  xvn,  p.  26-29. 

"  Continuateur, etc.  ibid.  c.  wui.p.  3o. 

'  Continuateur  de  Guill.  de  Tyr,  iliid. 
f.  XXIV,  p.  35. 

■^  Willelmus  Neubrig.  I.  III,  c.  xvi,  xvn, 
xviii.  —  Marinus  Sanutus.  j.  III,  part.  f). 
c.  VI.  —  Monachus  S.  Mariani  Altissiodor. 
ann.  1 187,  fol.  89  et  v°.  —  Mathieu  Paris, 
an  1187.  —  Roger  de  Hoveden.  — •  Al- 
bericus.  —  Ariioldus   Lubec.  —  Expediliu 


Asiulica  Frcderici.  —  Continuât,  de  Guill. 
do  Tyr,  i.  XXIII,  c.  xxix,  p.  i5. 

'  Continuateur,  etc.  1.  XXIII,  c.  xl,  xli. 
p.  Gû-dih;  c.  XLiv,  XLV,  p.  66-08.  (Voir 
Les  Comtes  de  Joplie  et  d'Ascalon.) 

'  Continuateur,  etc.  c.  LV-Lxi,p.  82-9/1. 

—  Art  de  vérifier  les  dates  :  Les  Rois  de  Jéru- 
salem. —  Marinus  Sanutus.  —  Monaclins 
S.  Mariani,  loc.  cit.  fol.  90.  ■ —  Appeudi.c  ad 
chron.  Marcianensc ,  p.  902.  —  Abulfarag. 
p.  278.  —  .\vnoldus  Lubec.  I.  III,  c.  xxvii. 

—  Radulphus  Coggesb.  Ampliss.  Coll.  t.  V, 
col.  567-572.  —  Reinaud.  Extraits  des  his- 
toriens arabes  ;  p.  200-209. 


26  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

après  quatorze  jours  de  siège  [le  3  oclobre,  selon  Coggesliale],  ou, 
selon  d'autres,  le  28  de  septcndjre  de  la  mesuie  année,  après  avoir 
esté  possédée  par  les  nostres  l'espace  de  quatre-vingt-huit  ans.  Un 
auteur  de  ce  temps-là'  semble  attribuer  la  prise  de  Hiérusalem,  ou 
pliitost  les  succez  de  Saladin,  non-seulement  à  la  perfidie  du  comte  de 
Ti-ipoly,  mais  encore  à  celle  d'Isaac,  empereur  de  Constantinople. 

|Tliierri,  grand  précepteur  de  l'ordre  du  Temple,  dans  une  lettre  au  roi 
Henri  II  d'Angleterre  (1188,  janvier)-,  lui  fait  connaître  l'état  du  royaume 
après  la  prise  de  Jérusalem,  et  la  résistance  qu'opposent  encore  à  Saladin 
(]racli  de  Montréal;  Sapliet,  appartenant  à  l'ordre  du  Temple;  Cracli,  ap- 
partenant à  l'ordre  de  l'Hôpital;  Margat,  Chaslelblanc;  la  terre  de  Tripoli  et 
la  terre  d'Antioclie. 

Enfin  Saladin,  dit-il,  a  été  forcé  de  lever  le  siège  de  Tyr,  défendue  par 
Conrad,  marquis  de  Moniferrat. 

(lui,  devenu  libre,  le  k  septembre  1187  ^,  s'était  rendu  à  Tyr;  mais,  n'y 
ayant  pas  été  reçu  par  le  marquis  Conrad  de  Moniferrat,  il  alla  avec  peu  de 
monde  former  le  siège  d'Acre,  quoiqu'il  eût  promis,  par  serment,  à  Saladin 
de  ne  jamais  porter  les  armes  contre  lui;  il  prétendait  remplir  sa  promesse  en 
faisant  porter  son  épée  par  son  cbeval. 

Ce  siège  entrepris  avec  si  peu  de  moyens,  où  les  assiégés  étaient  quatre  lois 
plus  nombreux  que  les  assiégeants*,  réveilla  l'ardeur  belliqueuse  de  la  che- 
valerie en  Europe  et  stimula  sou  émulation.  Le  camp  des  chrétiens  devant 
Acre  fut,  comme  on  sait,  le  rendez-vous  de  tous  les  guerriers  de  la  troisième 
croisade.  La  prise  de  cette  ville  importante  (1191)  prolongea  d'un  siècle 
l'existence  d'un  royaume  chrétien  en  Syrie.  C'est  une  obligation  que  la  chré- 
tienté eut  à  Gui,  ce  prince  si  peu  ca[)able  d'ailleurs,  mais  dont  elle  se  montra, 
même  alors,  peu  reconnaissante,  puisqu'on  le  dépouilla  de  la  royauté  de  .lé- 
rusalem  en  faveur  de  Conrad  de  Moutferral,  célèbre,  il  est  vrai,  par  la  défense 
de  Tyr,  mais  qui  avait  abandonné  le  siège  d'Acre  lors  de  son  nun-iage  avec  la 

'  Appcndiœndchron.Marcianense,\).^o3.  Syi  a.  —  Continuateur  de  Cniilt  de  Tyr, 

'  Roger  dç  Uoveden,  Annal,  p.  645.  —  1.  XXIV,  11,  p.  121;  c.  xni-xv,  p.  1  2/1-1  iC 

Codice  diplom.  t.  I ,  n°  36 ,  p.  3 1 5 ,  3 1 6.  —  et  suiv.  xx ,  p.  1 3 1 . 

Histor.  de  France,  l.  XVll,  p.  i8-J.  '  Continuateur,    etc.    1.    XXIV.    c.    xiv. 

Radulpli.  Cogjjeshal.  foc.  f(V.  cnl.  573  e.  p.  isS. 


LES  ROIS  DE  JÉRUSALEM.  27 

princesse  Isabelle',  et  avait  néglige  d'envoyer  aux  assiégeants  les  vivres  et  les 
secours  qu'il  leur  avait  promis,  en  les  laissant  dans  une  situation  des  plus 
critiques.] 

H  survint  incontinent  après  une  autre  division  dans  l'Estat  d  ou- 
tre-mer 2;  car,  la  rcyne  Sibylle  estant  décédée  sans  enfans  de  ce  mariage, 
Conrad,  marquis  de  Montferrat,  qui  avoit  espousé  Isabelle,  sa  sœur, 
prétendit  à  la  couronne.  Le  roy  Guy^  eut  d'elle  [Sibylle]  quatre  fdles, 
qui  moururent  du  vivant  de  leur  mère,  laquelle  décéda  aussy  bien 
quelles  durant  le  siège  d'Acre,  l'an  1189  [ou  plutôt  vers  juillet 
1190].  Roger  de  Hoveden ''  ne  parle  que  de  deux  fdles,  comme 
aussy  Conrad,  abbé  d'Usperg^  [et  le  Continuateur  de  Guillaume  de 
Tyr»]. 

Conrad  de  Montferrat,  fds  de  Guillaume  III,  marquis  de  Montt'erral 
[et  non  de  Boniface,  comme  il  est  dit  dans  la  continuation  de  Guil- 
laume de  Tyr''],  et  frère  puisné  de  Guillaume  Longue  Espée,  qui  avoit 
espousé  Sibylle  de  Hiérusalem^  estant  arrivé,  incontinent  après  la  mal- 
heureuse deflaite  de  Guy  °,  en  la  ville  de  Tyr,  la  défendit  généreusement 
contre  les  attaques  de  Saladin,  et  en  obtint  la  seigneurie,  qui  luv  fut 
contestée  par  le  roy  Guy  '°.  Cette  division  s'accrut  incontinent  après 
par  le  mariage  de  Conrad  avec  Isabelle  ",  sœur  consanguine  de  la  reyne 
Sibylle,  laquelle  il  enleva  à  Hnmfroy,  seigneur  de  Toron,  son  légitime 
espoux,  la  princesse  consentant  à  cet  enlèvement,  sous  prétexte  de 

'  Radulpli.  Coggesh.  i/«j!(/Ms.  Coll.l.\.  "  Continualeiir,  elc.    I.    XXIII,  c.  xliv, 

col.  574  d,  576  d.  74-7'J- 

''  Jacobus  de  Vitrinco,!.  I,  \cviii.  "  \  oh-  Les  Seigneurs  de  Tyr. —  Radulfus 

'  Hist.  Uierosol.  p.  1 1 70 ,  1 1 7  1 .  de  Dieeto,  apud  Twisden,  1.  II .  col.  Gia. 

*  Roger  de  Hovcden,  p.  G79,  085.  "  Radulfus  de  Dicclo.  ihid.  col.  667.  — 

^  Conradus  Usperg.  Acta  Innocenta  lll ,  p.  30.   Inuoceut  III, 

'  Continuateur,  elc.  1.  XXV,  c.  x ,  p.  1 5 1 .  Epist.  xvi ,  1 5 1 .  —  Hist.  HierosoL  p.  1171. 

^  Continuateur,  etc.  1.  XXIII,  c.  X,  p.  i4  .  1170.  —  Arnoldus  Lubec.  1.  V,  c.  ni. — 

lo;  c.  XLiv,  p.  00.  fiadulph.  Coggeshal.  AmpHss.  Collect.  t.  V, 

'  Codice  diphm.  l.   I,  p.  .3C7,  368.  —  coi.  5766,  876  a.  —  Continuateur  de  Guii- 

L'An  de  vérifier  les  dates  :  Les  Marquis  de  laume  de  ïvr,  1.  XXV,  c.   xi,  xii,  p.   i5i- 

Montferrat.  —  Ughelli.  Archiep.  Pisaii.  î5/i. 

4. 


28  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

iiiillilé  de  son  mariage,  à  cause  du  défaut  de  consentement.  [Isabcile 
cédait  surtout  aux  obsessions  de  sa  mère,  Marie  Comnène  II,  qui  haïs- 
sait son  gendi-e  llumfroy  de  Toron,  autant  qu'elle  en  était  liaïe,  et  fa- 
voi-isait  les  prétentions  de  Conrad'.]  Mais  Pliilippe-Augnste,  roy  de 
France,  et  lîicliard,  roy  d'Angleterre,  qui  estoient  venus  en  la  terre 
sainte  pour  réparer  les  pertes  des  clirestiens,  nioiennèrent  un  accord 
entre  ces  princes,  l'an  1 191,  le  2  8<^  jour  de  juillet  2,  par  lequel  il  fut 
convenu  que  Guy  jouiroit  de  la  dignité  de  roy  sa  vie  durant ^  sans  que, 
quoyqu'ii  se  remariast,  ses  enfans  pussent  rien  prétendre  au  royaume, 
([ui  aj)partiendroit  à  Conrad  et  à  sa  femme  et  à  leurs  héritiers,  après  le 
décez  de  Guy  ;  cependant  que  les  revenus  seroient  partagez  entre  eux; 
que  Conrad  posséderoit  les  villes  de  Tyr,  de  Sajette,  de  Barut,  et  la 
moitié  d'Acre,  dont  il  feroit  hommage  au  roy,  avec  les  services  accou- 
tumez. Mais  ces  différends  ne  furent  pas  tellement  appaisez,  qu'il  n'y 
eust  eu  encoi'e  quelques  mauvaises  suites,  si  la  mort  de  Conrad  ne 
fust  survenue,  ayant  esté  tué  par  deux  assassins  envoyez  par  le  Vieil 
de  la  Montagne,  au  sortir  d'un  repas  qu'il  avoit  fait  avec  l'évesque  de 
Beauvais  [Philippe  de  Dreux],  le  ?.8'=  jour  d'avril,  l'an  1  192*. 

[Ce  fut,  (lit-on \  une  vengeance  du  prince  des  Assassins,  parce  que,  sur  le 
conseil  de  Bernard  du  Temple,  son  bailli  à  Tyr,  Conrad  avait  fait  piller  des 
bartpies  de  marchands  de  cette  peuplade.  Selon  la  plupart  des  historiens, 
le  meurtre  de  Conrad  eut  lieu  h;  37  avril;  selon  L'Art  de  vérifier  les  dates, 
le  a 9  avril.] 

'  Continuateur  ilo  Guili.  de  Tjr,  1.  XXV,  ris.  —  Willelnms  Neubrig.  1.  IV,  c.  xxiv.  — 

r.  II,  p.  1 5 1-1 5.3.  Roger  de  Hoveden,  ann.  119-?,  \>-  71''-  — 

'  Roger  de  Hoveden,  p.  697.  —  Joaiin.  Hislor.de Fr.  t.  XVII,  p.  548.— Rronipton. 

Rromplon,p.  i-io8.  p.  laiS.  i-345.   1266.  iqSq.   laliS.  — 

'  On  voit  un  acte  du  3i  janvier  1191,  Acia  Iniwccutii  III,  p.  3(î.  —  Godefridus 
par  lequel  Gui  donne  aux  Hospitaliei's  d'Acre  monach.  ann.  1191,  1193.  —  Arnoldus  Lu- 
une  rue  de  cette  ville,  en  mémoire  de  feu  la  bec.  1.  III ,  c.  \xxvn.  —  Monaehus S.  Mariani , 
reine  Sibylle,  sa  femme;  il  y  prend  encore  fol.  gS  v°.  —  Jacobus  de  Vitriaco,  i.  I,  c.  c. 
le  titi-e  de  buitième  roi  des  Latins  dans  la  —  Radulfus  de  Diceto.  ann.  1192-  —  Xi- 
\]\p.iieiémsn\em.{CoilicediploM.  1. 1,  n''79,  celas,  Isaac.  I.  II.  note  1. 


|,.  85 ,  8C.  )  '  Continuateur  de  GuilI.  de  Tyr,  I.  XXVI , 

'  Voir  Lrs  Uoi.s  de  Chypre.  — Matbieu  Pa-        c.  xiii ,  p.  192,  198  et  note  b. 


LES  ROIS  DE  JERUSALEM.  29 

Conrad ,  abbé  cVUsperg' ,  dit  qu'on  parloil  diversement  de  la  cause 
de  sa  mort,  les  uns  l'attribuant  au  roy  d'Angleterre,  les  autres  à 
Humfroy  de  Toron -.  Cet  auteur  lui  donne  un  fort  bel  éloge.  Il  laissa 
une  fille  nommée  Marie,  de  laquelle  il  sera  parlé  dans  la  suite. 

Henry,  comte  de  Champagne,  qui  estoit  arrivé  en  la  terre  sainte 
durant  le  siège  d'Acre ^  [et  qui  avait  été  mis  à  la  tète  de  l'armée  *  avant 
l'arrivée  de  Richard  et  de  Philippe-Auguste],  espousa,  le  5"=  jour  de  may, 
l'an  1 192 ,  la  veuve  du  marquis,  sept  jours,  et  non  pas  trois,  comme 
dit  Sanudo^  après  sa  mort,  par  les  intrigues  et  à  la  persuasion  de 
Richard,  roy  d'Angleterre,  son  oncle,  et  des  Templiers  ^ 

[Raoul  de  Diceto''  dit  que  le  meurtre  eut  lieu  le  h  des  calendes  de  mai 
(98  avril),  et  le  mariage  le  3  des  noues  de  mai  (5  mai)  suivant.  Selon  le  Con- 
tinuateur de  Gudlaume  de  Tyr\  Richard  fit  épouser  à  Henri,  le  jeudi ,  In  veuve 
de  Conrad,  tué  le  mardi  précédent;  ce  qui  le  fit  soupçonner  de  n'avoir  pas 
été  étranger  à  l'assassinat  du  marquis.  Il  parait  du  moins  que  le  comte  Henri 
resta  en  bonne  relation  avec  le  prince  des  Assassins.  A  son  retour  d'Arménie'-', 
où  il  avait  été  médiateur  d'un  accord  entre  Livon  et  Roéinond  III  d'Anlioche 
(1197),  il  visita  le  Vieux  de  la  Montagne,  qui  lui  fit  connaître,  dit-on,  par  un 
exemple  terrible  ,  jusqu'où  allaient  le  dévouement  de  ses  hommes  pour  sa  per- 
sonne, e(  leur  soumission  à  ses  ordres.] 

Par  cette  alliance  [avec  Isabelle],  il  devint  seigneur  d'Acre  et  de  T\r, 
et,  après  la  mort  du  roy  Guy,  arrivée  en  l'an  1 196,  de  tout  le  royaume 
de  Hiérusalem.  Mais  il  ne  voulut  pas  s'en  iaire  couronner  roy  '"  parce 

'  Gonradus  Uspergensis.  Rigorcl,  ami.  1 199.  Hist.de France,  t.  XV II 

•■'   Codice  diplomat.  t.  I ,  p.  869.  p.  'i-;.— Citron.  Marcianense,  i.  lll ,  p.  877  ; 

'  Hist.  Ilkros.  p.  1169,  1 170.  Hislor.  de  France,  t.  XVIII ,  p.  557  c,  d. 
'  Radulplius  Coggesh.    Iw/^/.  Coll.  t.  V,  '  Radulfus  deDicelo,  loco  citalo. 

col.  575  e.  '  Continuateur. etc. i. XXVI, c. XIV, p.  nj5. 

Sanutus.  \.  lit,  part.  10,  e.  \ii.  "  Continuateur,  etc.  I.  XXVI.  c.  xwnt. 


5  c 


Radulfus  de  Diceto,  p.  667;  Eisl.  de        p.  il  G. 
France,  t.  XVII,  p.  643.  — Mathieu  Paris,  '"  Jacobus  de  Vitriaco.  —  Continuateur 

p.  ii().— Jacobus  de  Vitriaco,  I.  I,  c.  r..—        de  Guili.  de  Tyr,  1.  XXVI ,  c.  xxi,  p.  -208. 


;îO  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MEP,. 

(juil  [se]  proposait  toujours  de  retourner  en  France.  Et  comme,  quelques 
années  après,  ii  faisoit  des  préparatifs  pour  cet  efîet,  la  mort  le  surprit, 
sestant  laissé  tomber  du  haut  de  la  fenestrc  du  chasteau  d'Acre,  où  ii 
prenoit  l'air,  ou,  selon  d'autres,  où  d  urinoit,  dans  les  fossez  de  la  ville, 
s'estant  écrasé  la  teste;  ce  qui  arriva  en  Tan  i  197  '•  [Isabelle,  qui  l'avoit 
espousé  presque  malgré  elle  tcsmoigna  de  sa  mort  la  plus  vive  dou- 
leur-.]  Il  eut  de  son  niariaoe  avec  Isabelle  trois  filles^:  Marie,  qui 
décéda  sans  alliance.  Fan  1209;  Alix,  mariée  premièrement  avec  Hu- 
jrues,  roy  de  Cypre,  puis  avec  Boémond,  prince  d'Antiodie,  et  en  troi- 
sièmes nosces*  avec  Raoul,  frèi'e  du  comte  de  Soissons^  et  Philippe, 
(pii  fut  alliée  avec  Érard  de  Brienne,  seigneur  de  Rameru,  qui  disputa 
lonjjtemps  le  comté  de  Champagne  au  droit  de  sa  femme.  L'estat  de  la 
naissance  de  ces  fdles  fut  disputé  devant  le  pape  Honorius  III,  au  sujet 
du  comté  de  Champagne,  dont  elles  se  prétendoient  héritières  «. 

Amairy  de  Lusignan,  frère  puisné  de  Guy,  roy  de  Hiérusalem,  auquel 
il  succéda  au  royaume  de  Cypre  en  l'an  1  19^ ',  devint  aussy  roy  de 
Hiérusalem  par  le  mariage  qu'il  contracta  avec  la  reync  Isabelle*, 
l'an  1  198,  à  la  prière  des  barons  [des  Templiers  et  des  Hospitaliers], 
qui  dépesclièrent  vers  luy  l'archevesque  de  Tyr. 


gord. 


(loiiliiiLiat.  elc.  I.  WVI.  p.  ?.  iG.  —  Ri- 
M;illi.  Paris.— Ullio  de  S.  Blasio, 
c.  xLii.  apud  Uistis.  p.  -m.  —  Albericus, 
ann.  1 197.  —  Roger  de  tloveden.  p.  77a  ; 
Hist.  (le  Friincc,  I.  WII.  p.  584:  t.  WllI, 
p.  760.  —  Conradus  Usperg.  —  Ariioldiis 
Luljec.  1.  V,  c.  II.  —  Sanutus.  —  Monaclius 
S.  Mariani. —  Cliron.  Andrense,  p.  998. 
999.  —  D'Achery,  Spicil.  t.  IX.  p.  619. 
Chron.  Sclav.  inler  Scriptoi-es  rcrum  Sept. 
p.  a85. —  Coiitiiiualeur  de  (iuill.  de  Tyr. 
I.  XXVII.  c.  iiK  p.  220. 

'  Continuai,  de  Guill.  de  Tyr,  I.  XWII. 
c.  IV,  p.  221 . 

Sanutus,  1.  111.  part.  u.c.  n. 


*  Sanutus,  i.  111,  pari.  n.  c.  iv.  xvi: 
part.  1 2  ,  c.  I.  — Lignages  d'oulrc-mcr,  c.  n  ; 
édit.  Beugnot.  t.  II,  p.  ^^7. 

^  Jean  II  de  Nesie,  dit  le  Bon  et  le 
Bègue.  (L'Art  de  vérifier  les  dates.)  Voir  plus 
loin  :  Alix  ,  reine  de  Jérusalem. 

'  Voir  Coiiipihil.  Décret,  lit.  V,  e.  1.  —  Dé- 
cret. Gregor.  1.  II,  tit.  X,  c.  m.  —  Honoriilll 
Epist.  Ilistor.  de  France,  t.  XIX,  p.  63i- 
633.  G49-G5i,  G75,  676,  688-690.  710, 
711.  735.736. 789. 

'   \  oir  Les  Bois  de  Chypre. 

'  Sanutus ,  1.  III ,  part.  1  0  ,  c.  vin.  —  Ja- 
cobus  de  Vitriaco.  1. 1 ,  c.  c.  —  Innocent  III . 
Epist.  1.  I,  p.  287.  328. 


LES  ROIS  DE  JÉRUSALEM.  31 

[Les  barons  s'étaient  déterminés  en  sa  faveur,  de  préférence  à  Raoul  de  Ta- 
barie,  qui  prétendait  à  la  main  d'Isabelle,  parce  qu'il  leur  paraissait,  plus  que 
tout  autre,  capable  de  défendre  et  de  protéger  le  royaume  de  Jérusalem.  Ils 
ne  voulaient  plus  d'un  souverain  pauvre  et  sans  ressources  pécuniaires',  tel 
qu'avait  été  le  comte  de  Cbampagne,  qui  vivait  au  jour  le  jour,  et  souvent  le 
matin  ne  savait  pas  ce  que  lui  et  sa  maison  mangeraient  dans  la  journée.  Par 
ce  mariage,  Isabelle  eut  pour  la  première  fois  le  titre  de  reine.] 

Le  patriarche  de  Hiérusalem,  qui  d'abord  avoit  apporté  quelque 
opposition  à  ce  mariage,  sous  prétexte  de  parenté,  s'en  estant  dé- 
parti, les  couronna  solcmneliement  en  la  ville  de  Barut-,  en  pré- 
sence de  l'arclievesque  de  Mayence,  chancelier  de  l'empereur  Henry 
[VI].  11  tint  ce  royaume  jusques  à  sa  mort,  arrivée  Tan  1206. 

Il  eut  de  la  reyne  sa  [seconde]  femme  un  fils  nommé  Amaury  [ou 
Amarin],  auquel  les  barons  donnèrent  pour  tuteur  Jean  d'ibelin,  sei- 
gneur de  Barut,  frère  utérin  de  la  reyne  Isabelle.  Mais  il  décéda  du 
vivant  de  sa  mère  [avant  son  père,  selon  Robert  d'Auxerre  et  le  Con- 
tinuateui-  de  Robert  du  Mont;  après,  selon  Sanudo  et  le  Continuateur  de 
Guillaume  de  Tyr;  ce  qui  est  plus  probable,  puisque  les  baions  lui 
nomment  un  tuteur]^.  Quelques-uns  ont  mis  en  avant  qu'il  mourut 
de  poison^  ou  de  sortilège.  Il  laissa  encore  [de  la  reine  Isabelle]  deux 
fdles  :  Isabelle  [ou  plutôt  Sibylle],  qui  espousa  Léon,  I'^''  du  nom,  roy 
d'Arménie^;  et Mélissende.  femme  de  Boémond,  surnommé  le  Borgne, 
prince  d'Antioclie  et  comte  de  Tripoly.  La  reyne  Isabelle  survécut  son 

'  Continuateur  du  Cuill.  de  Tyr,  1.  XXVII ,  Roberli  de  Monte  ;  Hist.  de  France,  t.  XVIIl . 

c.  V,  1).  aaa,  aaS.  p.S'iad.  —  Lignages d'oiilre-incr,  c.iu;édi(. 

-  Rog-er  de  Hoveden,  p.  77.3;  Hislor.  de  Beugnot,  t.  II,  p.  Idtk,  àlt5.  —  Continua- 

France,  t.  XVII,  p.  585.  teur  de  Guillaume  do  Tyr.  1.  XXX,  c.  xi, 

'  Sanulus.l.  III,  part.  1  i.c.  II.  —  Mona-  p.  3o5. 
chus  Aitissiodor.  fol  101;  Hislor.  de  France ,  "  Il  cavalière  Loredano ,  De'  re'  Liisign.  "' 

t.  XVllI.  p.  272  c.  —  Acia  Innocenta  III  1.  I,  p.  a'i  ;  trad.  fr.  t.  I,  p.  97. 
;jayjff,  p.yS.  —  Anonym. continuât,  append.  '  Codice  diplom.  l.  I,  p.  .370. 

'■'  Le  tllre  de  col  ouvra(;e  est  :  Historié  de'  re'  Lnsignani  puhlicala  da  llenrico  GilAet  cavalier,  liln-i  undeci ,  iii 
Bologna,  1647,  in-i°.  —  Traduite  en  français,  1732,  avol.in-12.  —  Le  véritable  auteur  est  François  Lorédan. 
n  est  souvent  inexact  dans  les  commencements  de  son  histoire.  (Voir,  entre  autres  exemples,  ce  qu'il  dit  des 
premiers  maris  de  la  reine  Isabelle.) 


:52  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

inary  et  son  fils  de  peu  de  temps,  estant  décédée  [vers]  l'an  1208'. 
\près  sa  mort,  les  barons  du  royaume  de  Hiérusalem,  avec  le  pa- 
triarche et  les  prélats  -,  avisèrent  ensemble  pour  choisir  un  prince  qui 
j)ust  gouverner  et  detl'endre  cet  Estât  attaqué  par  tant  d'ennemis,  et  qui 
pust,  par  un  mariage  avec  Marie,  fille  de  Conrad,  marquis  de  Mont- 
terral  [surnommée  pour  cette  raison  la  marquise^  légitime  héritière  du 
royaume,  en  prendre  possession  à  juste  titre  ^.  Pour  y  parvenir,  ils 
envoyèrent  [en  1208,  selon  Sanudo  ",  ce  qui  l'ait  supposer  la  reine 
Isabelle  morte  peu  auparavant],  l'evesque  d'Acre  et  Aymar,  prince 
de  Césarée,  vers  Philippe,  roy  de  France,  qui  leur  présenta  Jean  de 
Brienne  comme  lun  des  plus  vaillans  chevaliers  de  son  royaume, 
frère  puisné  de  Gautier  III,  comte  de  Brienne  en  Champagne. 

[Gautier  111  est  appelé  Gautier  11  dans  la  généalogie  de  la  maison  de 
Brienne  ^  11  épousa  Albicie,  fdle  aînée  de  Tancrède,roi  de  vSicile,  et  fut  père 
de  Gautier  111,  ou  IV,  le  Grand,  comte  de  JafTa*^,  qui  épousa  Marie  de  Chypre, 
fille  du  roi  Hugues  I",  et  mourut  en  1  9/1/1.  Jean  n'était  pas  comte  de  Brienne", 
mais  il  tenait  le  comté  pour  son  neveu  Gautier.  Au  dire  de  ([uelques  personnes, 
le  choix  que  Philippe-Auguste  fit  de  ce  seigneur  aurait  été  déterminé  par  des 
motifs  moins  honorables  pour  fous  les  deux.] 

.Iean  de  Bbie»e  partit  de  France  avec  un  grand  nombre  de  croisez, 
et  arriva  [non]  en  la  ville  d'Acre  [mais  au  port  de  Cayphas,  à  k  lieues 
au  sud  d'Acre],  le  jour  [ou  plutôt  la  veille]  de  l'Exaltation  de  la  Sainte- 
(iroix  [10  septembre],  l'an  1  2  1  0  **.  Le  lendemain  [ilx  septembre] ^  il 
épousa   Marie  de  Montlerrat,  reyne  de   Hiérusalem:  et  le  dimanche 

■  Continuateur. etc.  i. XXX,  c.xi.  p.  3o5.  '  Marin.  Sanutus,  i.  10.  jinrt.  1 1.  c.  iv. 

'  Marin.  Sanutus, LUI, part  n,  c.  ui  etiv.  —  Continuât,  etc.  i.  XXX,  c.  xin,  p.  3o6 

'  Continuât,  etc.  1.  XXX,  c.  xi,  p.  3o5;  et  note/,  p,  807;  c.  xiv,  p.  3o8. 

c.  XII, p.  3o5.  5o(J:  c.  XIV,  p.  3o8;  1.  XXX,  '  Monachus  S.  Mariani.  1209;  Histor.  de 

c.  VIII.  p.  3-20.  Fronce, t.  XVIII.  p.  276.  —  Sanutus.  1.  II!. 

'  Sanutus.  /.  c.  c.  m,  p.  2o5.  jiart.  11.   c.  iv.  v. —  Codice  diplom.  t.   1. 

'  Du   Cange,  Histoire  de  Conslniiiiiiuplc  p.  /i3S. 

.■ious  les  empereurs  français ,  p.  317.  '  Continuât,  etc.   i.  XXX,  e.  \m,  xmi. 

Voir  Les  Comtes  de  Japhe  et  d'Asciihn.  \i.  3 1  o  et  note  d;  1.  XXXI  .ci.  p.  3 1 1 .  3 1  ■' . 


LES  nOlS  DE  JERUSALEM.  33 

après  la  feste  de  saint  Michel  [3  oclohre],  l'un  et  laulie  luienl  cou- 
ronnez solemnellemenl  en  la  ville  de  Tyr  [et  trois  jours  '  après  ils 
rentrèrent  dans  Acre]. 

[Selon  leConlinualeur  de  Guillaume  de  Tyr-,  Jean  de  Brienae  aborda  au  port 
de  Caypha  un  mercredi,  veille  de  la  Sainte-Croix  ,  en  septembre,  en  l'an  i  20M. 
C'est  donc  le  1  3  septembre.  Mais  on  ne  trouvi:  le  1  3  septembre  tombant  un  mer- 
credi que  pour  les  années  1200,  1206,  1-217,  dont  aucune  ne  peut  s  accorder 
avec  les  autres  notes  chronologiques  relatives  à  ce  fait.  On  voit  plus  loin  ^  que  les 
deux  époux  furent  couroiuiés  à  Tyr  le  dimanche  1  "  octobre  1  2  0  8  ;  or  le  1  "  octobre 
ne  tombe  un  dimanche  que  dans  ces  mêmes  années  1200, 120  (>,  1217,  etc.  De 
toute  façon  il  y  a  erreur,  soit  dans  le  jour  de  la  semaine,  soit  dans  le  chifTre  de 
l'année ,  et  probablement  dans  tous  les  deux.  Une  lettre  d'Innocent  111  à  Philqjpe- 
Auguste",  pour  l'exhorter  à  seconder  de  tout  son  pourvoir  Jean  de  Brieinie ,  époux 
désigné  de  la  reine  de  Jérusalem,  est  datée  du  9  des  calendes  de  mai  (28  avril), 
1 2'année  du  pontificat,  c'est-à-dire  en  Tan  1209.  Cette  lettre,  on  le  voit,  est  an- 
térieure au  mariage,  qui,  par  consé(pient,n'a  |iu  avoir  lieu,  au  [dus  tôt,  (|ue  le 
ik  septembre  de  cette  même  année.  Mais  les  dé[)utés  étaient  partis  en  1  208^, 
pour  demander  un  roi  à  Philijipe-Auguste.  Lorsque  Jean  de  Brienne  eut  été 
choisi  ^  il  promit  de  se  renthc  à  la  terre  sainte .  dans  deux  ans ,  époque  où  devait 
expirer  la  trêve  faite  avec  Saphadin.  C'est  donc,  (i'a])rès  ce  récit,  en  1210  (ju'eu- 
rent  lieu  son  arrivée  et  son  mariage,  comme  l'uidique  Sanudo''.  D'autre  pari, 
deux  lettres  d'Innocent  Ul ,  du  9  janvier  1210,  adressées  au  patriarche  et  au  roi 
de  Jérusalem,  et  dans  iesipiclles  il  parle  de  la  mort  de  la  reine  Marie  comme  d'un 
événement  récent,  nous  prouvent  que  cette  princesse  mourut  en  1212.  Et  le 
Continuateur  de  Guillaume  de  Tyr-  nous  apprend  (pi'elle  ne  vécut  que  deux  ans 
après  son  mariage.  Ce  qui  en  fixe  encore  répo(pie  à  l'année  1210.  Il  ne  peut  pas 
non  plus  avoir  été  célébré  plus  tard,  puisqu'un  diplôme  de  Jean  de  Brienne  et  de 
la  reine  Marie,  sa  fenuiie^,  en  faveur  du  Saint-Sépulcre,  est  daté  du  1"  juillet 

'   Conliimat.  etc.  i.  XXXI,  c.  11,  p.  3i3.  — Continuât,  etc.  1.  \XX,  c.  \iv.  p.  3o8.-- 

=   Continuât,  etc.  1.  XXX,  c.  ivii.p.  3io.  Tiilemont,  Vie  de  saint  Louis,  t.  1,  p.  264. 

'  Continuât,  etc.  1.  XXXI.  c.  1.  p.  3i  1.  '  Sanulus,  i.  III,  c.  v,  p.  206.  —  Inno- 

3 1 .3 .  cent.  III ,  Regisl.  epistol.  I.  XXV,  epist.  210. 

*  Histor.deFraiice,l.\[\.]>.hiiJ,oi'j.  2  1 1  :  c^it.  Baiuze,  t.  Il,  p.  708. 

'  Sanutus,  1.  III.  part.  1  1.  c.  111,  p.  2o5.  '  Continuât,  etc.  1.  XXXI.  c.  vin,  p.  32o. 

'  Sanutus.  1.  III.  (.art.  11.  c.  iv,  p.  200.  '   Cm-ttil.  ,S.  6V/«//c.  n"  1  45,  p.  268.  269. 


.•V.  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

12  11.  (-0  mariage  est  donc  au  plus  tôt  de  i  aog  et  au  plus  tard  de  1 9  i  o ,  mais 
plus  vraiseinl)lal)loaicnt  de  celte  dernière  année  '.] 

Sanuflo-  écrit  ([iie  c(>tle  reyne  mourut  en  l'an  1219,  durant  le  siège 
de  Damietlo,  et  que  sa  mort  fut  suivie  de  celle  de  son  fds,  à  Tage  de 
quatre  ans,  qui  survint  quinze  jours  après.  Ce  qui  est  contraii-e  à  ce 
que  portent  les  épistres  du  paj)e  Innocent  III  ^  qui  nous  apprenneni 
qu'elle  mourut  en  l'an  1212  [deux  ans  après  son  mariage],  et  qu'elle 
ne  laissa  (pi'une  fille,  qui  fut  Isabelle  [appelée  Yolande  par  quelques 
auteurs'],  que  son  père  accorda  en  mariage ^  en  présence  du  pape 
Honorius  III ,  en  l'an  1  2  2  3 ,  à  l'empereur  Frédéric  II ,  pour  estre  accora- 
ply  lorsque  la  princesse  auroit  atteint  l'age  de  quatorze  ans,  n'en 
ayant  alors  que  dix  ou  onze. 

[Marin  Sanudo  n'a  rien  dit  de  la  mort  de  la  reine  Marie  de  Montlerrat. 
Dans  le  passage  cité  et  critiqué  par  Du  Gange,  U  parle  évidemment  de  la  se- 
conde femme  de  Jean  de  Brienne,  princesse  d'Arménie ,  dont  il  va  être  ques- 
tion dans  l'alinéa  suivant,  morte,  en  effet,  pendant  l'occupation  de  Damiette, 
(taao).  Il  est  vrai  que  Sanudo  n'avait  pas  mentionné  ce  second  mariage  de 
.lean  de  Brienne;  mais  d  n'y  avait  pas  lieu  de  s'y  tromper,  ce  semble,  puisque 
ce  même  auteur  ajoute  que  le  roi  Jean  se  préparait  à  revendiquer,  au  nom  de 
sa  femme,  le  trône  d'Arménie,  vacant  par  ia  mort  du  roi  Livon,  lorsqu'elle- 
mème  mourut,  et  que,  quinze  jours  après,  son  fds,  âgé  de  quatre  ans,  mourut 
aussi.  Ce  fils  n'était  donc  pas  le  fds  de  Marie  de  Montferrat,  comme  l'a  cru 
Le  Nain  de  Tillemonl".] 

Ce  roy,  dans  une  lettre  qu'il  écrivit  à  Gervais,  abbé  de  Prémonstré'', 
lui  donne  avis  de  son  mariage  avec  la  fille  du  roy  d'Arménie,  par  le 

'  Tiliemont,    Vin   de  saiiit  Louis,   t.  L  nald.  laao ,  n"  3,  4.  —  Godef'ridus  niona- 

p,  2(j4.  chus,  anii.  laaS.  —  Continuateur  de  (Juill. 

'  Sanutus,  I.  III,  part.  11,  c.  ix.  de  Tyr,  1.  XXXI,  c.  ix,  p.  820;  I.  X,XXII , 

■  Innocentius  III  £/)/*?.  1.  III,  ao8,  909.  c.  xix,  p.  355,  356. 
—  Continuât,  etc.  1.  XXXI,  c.  vni,  p.  3-10;  '  Tiliemont,   Vie  de  saint  Louis,    t.    1. 

^dit.  Bosquet,  p.  48i,  1x8-2.  p.  aG6. 

Codice  diplom.  t.  I,  p.  38o.  '  Ilugon.  Stivag.  Sacrœ  aiiliquitatis  mo- 

'  Sanutus,  1.  m,  part.  11,0.  X.—  Vlberi-  numenla,  t.  1.  p.  36,  07.   Epist.  Gervasii 

eus.  ann.  1  a-io.—  Conradus  Usperg.  —  Ray-  Prœnionstr.  36  et  37. 


LES  ROIS  DE  JÉIÎUSALEM.  35 

conseil  de  tous  ses  barons,  dans  l'espérance  que  cette  alliance  devoit 
estre  beaucoup  utile  à  la  terre  sainte;  et  Gervais  l'en  congratule  par  une 
autre  lettre.  Cette  reyne  ne  peut  avoir  esté  autre  qu'Isabelle,  fdle  de 
Hupin,  roy  d'Arménie,  qui  vivoit  alois.  Cependant  nous  ne  lisons  pas 
qu'il  soit  parlé  de  ce  mariage  dans  aucun  auteur;  ce  qui  peut  laire  [)ré- 
sumer  que  ce  mariage  n'eut  aucun  effet  dans  la  suite  dn  tenqjs,  iu)n 
plus  que  celui  de  ceste  princesse  avec  le  fds  du  roy  de  Hongrie. 

[Le  mariage  de  Jean  de  Brienne,  veuf  de  Marie,  avec  une  princesse  d'Armé- 
nie, estaltesté  par  les  deux  lettres  que  cite  Du  Gange,  par  deux  diplômes  de 
Léon  ou  Livon,  roi  d'Arménie',  qui  parlent  de  l'alliance  de  sa  fille  avec  le 
roi  de  Jérusalem;  enfin  par  le  Continuateur  de  Guillaume  de  Tyr-,  cpii  la 
nomme  Estefenie ,  princesse  évidemment  distincte  d'Isabelle ,  qui  succéda  à  son 
père  Livon ,  et  non  pas  Rupin ,  comme  le  disait  Du  Gange.  En  i  -j  a  o  •*,  Jean  de 
Brienne,  chef  de  l'armée  des  croisés,  apprenant  la  mort  de  Livon,  saisit  cette 
occasion  de  quitter  Damiette,  alors  au  pouvoir  des  chrétiens'',  parce  (pie  le 
légat  Pelage  prétendait  diriger  seul  toutes  les  opérations,  et  alla  l'aire  valoir 
ses  droits  sur  le  royaume  d'Arménie.  Lorsqu'il  se  disposait  à  y  mener  sa 
femme,  elle  mourut,  et,  quinze  jours  après,  il  perdit  un  fils  (pi'il  avait  eu 
d'elle,  âgé  de  quatre  ans^:  c'est  celui  dont  parle  Marin  Sanudo''.  Une  variante 
porte  qu'il  en  avait  une  fille ^,  et  qu'ayant  appris  que  sa  mère  voulait  l'empoi- 
sonner par  jalousie  contre  cette  enfant,  dont  Jean  de  Brienne  tirait  ses  droits 
au  trône  d'Arménie,  il  frappa  sa  femme  de  ses  éperons  si  violemment  qu'elle 
en  mourut.  Cette  version  ne  dit  pas  ce  que  devint  l'enfant.  L'alliance  de  Jean  de 
Brienne  avec  le  roi  d'Arménie  est  donc  un  fait  hors  de  doute ,  quoique  L'Art  de 
vérifier  les  dates^  n'en  ait  rien  dit.  Jean  de  Brienne  retourna  à  Damiette,  et, 
par  suite  de  l'impéritie  du  légat,  fut  contraint  de  rendre  cette  vdle  (1221)  que 
les  chrétiens  avaient  gardée  trois  ans'.] 

'   CW/ce  (/»p/oHi.  t.  I .  n"  gg.  100  ,  p.  10/1 ,  '  Oliveiius.  ///«Z.  Umiiial.  iipuJ  Eccurd. 

io5.  (.  II,  col.  i  h-}.h. 

■  Continuateur,  etc.  t. XXXI,  c. IX,  p.  3i!0.  '  Sanutus,  I.  III.  part.  1 1,  c.  i\,  p.  aog. 

"  Continualeui-,  etc.l.XXXII,c.i,p.329.  3/i2,343. 

"  Continuateur,  etc.  I.  XXXII,  c.  xv,  xvi.  '  Martène.  Ampli-'is.  Coll.  t.  V,  col.  038. 

p.  3i8,  3^9.  —  Etienne  de  Lusignan ,  Ge-  '  L'Artdevérif.  le^  dates:  Les  Rois  de  Jér. 

néalogie  des  rois  d'Arménie,  fol.  3o.  (  \'oy.  *  Continuateur,  etc.   1.  XXXH.    c.   \vi. 

plus  bas  Les  Rois  d'Arménie.)  p.  35o.  35). 


;j(i  LES  FAMILLES  D'OUTRE- MER. 

Tiiiil  y  a  ([ue  le  roy  Jean  estant  venu  en  France'  pour  chercher 
des  secours  du  roy  Philippes  [après  avoir  établi  à  sa  place,  pour 
«Tarder  le  pays,  le  connétable  Eiules  de  Montbeliard^],  il  passa  de  là  en 
Ks|)aoiie,  où  il  éiiousa  Béreiigère,  sœur  du  roy  de  Castille  et  nièce  de 
Blanche,  reyne  de  France,  mère  du  loy  saint  Louys^  :  de  laquelle  al- 
liance il  eut  plusieurs  enfans  ([ui  furent  surnomme/,  d'Acre,  à  cause 
(pic  leur  pèi'e  csloit  vulgairement  reconnu  sous  le  tilre  de  roy  d'Acre. 


Frédéric  11,  empereur,  envoya  l'archevesque  de  Capoue  en  la  terre 
sainte  pour  amener  la  princesse  Isabelle,  qui  lui  avoit  esté  accordée  en 
mariage",  laquelle  fut  couronnée  solemnellement  en  la  ville  de  Tyr  par 
raiTheves(jue  Simon,  et  de  là  elle  fut  conduite  par  son  père  en  la  ville 
de  Brandis,  en  la  Fouille-',  où  le  mariage  fut  accomply.  L'empereur 
ensuite,  dès  le  jour  même  du  mariage  °,  fit  instance  vers  son  beau-père 
pour  lui  faire  lascher  la  possession  du  royaume ,  contre  la  parole  qu'Her- 
m.;n,  grand  maistre  des  Allemans,  qui  avait  esté  médiateur  en  ce  ma- 
riage, luy  avoit  portée  de  sa  part,  qu'on  luy  en  laisseroit  la  jouissance 
sa  vie  durant.  Jean  de  Brienne  ayant  esté  obligé  de  quitter  le  royaume 
à  l'empereur ^  il  se  retira  en  France,  mal  satisfait  de  son  gendre,  avec 
lequel  il  fut,  depuis  ce  temps-là,  en  mauvaise  intelligence.  De  là,  Fré- 
déiic  dépesclia  en  la  terre  sainte  l'évesque  de  Melphe,  pour  recevon- 
les  hommages,  y  laissant  néantmoins  Hugues  [ou  plutôt  Eudesj  de 
Montbéliard  en  qualité  de  baile  ou  de  régent\  laquelle  il  avoit  tenue 
auparavant  sous  le  roy  Jean^  et  auquel  il  lit  succéder  (M1  cette  dignité 
Thomas,  comte  de  Calan. 

'    Willelmiis  l;i'ilo,  I.  XII,  p.  a5o,  -jôi  ;  '   Loredano,  I.  1,  i>.  -i^^:  Inidiu-tioii  f'ivui- 

V.   563  et  ait?,,  663;  Histor.  de  France,  çaise,  l.  I.  p.  6o. 

t.  WII,  I).  a8o.  ûSi.  •.>.8a.  "  Continuateur  de  GuilL  de  Tyr.  1.  \XXII , 

^  Continuat.etc.l.  XXXIl.c.xix,)).  355.  c.  xv.  p.  357.  358,  369.  —  Raynaldtis. 

'■'   Vita  Ludovici  VIII  régis  Fr.  {Histur.  de  ann.  1  aaO,  11°  1  1  ;  ann.  1  aay,  n"  1 ,  a. 

France ,  I.  XVII ,  p.  3o3  ,  c.  )  —  Marinus  Sa-  '   Sanutus ,  loc.  cit. 

luitu.s,  I.  III.  part.  I  I.  c.  X.  '  Continuât,  etc.  1.  XXXII.  c.  xx,  p.  35y., 

'  Henricus  Slero,  Aimnl.imu.  i?a3.  —  "  Continuateur,  etc.   I.  XXXII,  c.  xxiv. 

SaiMilus,  I.  m.  c  N.  [>■  :î6'i  et  note  .y..  —  Ass.dc  .1er.  t.  II.  p.  3(,y. 


LES  ROIS  DE  JÉRUSALEM.  37 

ICe  Thomas,  comte  de  Calan,  (jui  aurait  remplacé  Eudes  de  iMoiilbi'iiard 
comme  baile  du  royaume  de  Jérusalem,  est  appelé  parSanudo',  et  dans  les  do- 
cuments relatifs  à  la  successibilité  au  trône  et  à  la  régence 2,  le  comte  Thomas, 
sans  aucun  surnom.  Loredano^  et  les  traducteurs  français  le  nomment  Tomaso. 
Thomas,  avec  des  points  à  la  suite  du  mot,  qui  tiennent  la  place  du  surnom  ou 
de  la  (jualification.  C'est  assurément  le  même  (|ue  Thomas  de  Lacerne,  men- 
tionné par  Du  Gange  un  peu  plus  loin,  c'est-à-dire  Thomas  d'Aquin,  comte 
d'Acerra.  ou  de  Lacherne,  comme  l'appelle  le  Continualeur  de  Guillaume  de 
Tyr*  et  luw  l'on  voit,  précisément  à  la  même  époque,  étahli  par  Fn'dénc  11 
pour  être  son  lieutenant  au  royaume  de  Jérusalem. 

C'est  donc  par  suite  d'une  confusion  que  Du  Cange  Tappelh"  comte  de  Calan, 
nom  qui  paraît  être  une  altération  de  celui  de  Celano.  Il  y  eut  bien  à  la  même 
époque  un  autre  Thomas,  comte  de  Celano,  qui.  s'étant  révolté  contre  Fré- 
déric II.  fut  dépouillé  de  ses  biens.  C'est  celui-là  qui  est  nonnné  comte  de  Cha- 
lan  par  le  Continuateur  de  Guillaume  de  Tyr^  et  qui,  en  1  229,  fut ,  avec  Jean 
de  Brienne,  capitaine  des  troupes  du  pape  contre  l'enqjereur.  Quant  à  Tliomas 
d'Aquin ,  comte  d'Acerra ,  il  ne  reçut  et  ne  porlajamais  le  titre  de  comte  deCelano.  | 
Cependant  rimpératrice  Isabelle  estant  décédée  en  couche"  l'an  1  -j  a  8, 
d'un  fils  nommé  Conrad,  qui  fui  depuis  empereur  et  roy  de  Hiérusa- 
lem,  l'empereur  Frédéric  partit  pour  la  terre  sainte,  non  obstant  les 
delTenses  du  pape  Grégoire  \\\  parce  qu'il  estoit  exconnnunié,  et  vint 
au  royaume  de  Cypi'e,  d'où  il  passa  en  la  ville  d'Acre,  puis  il  envoya* 
Ralian,  seigneur  de  Tyr  [ou  idutôl  Balian,  seigneur  de  Sajette,],  et 
Tliomas,  comte  de  Lacerne,  vers  Melec-E(|uemel,  sultan  des  Turcs'' 

'  Mariiuis  Sanutus,  I.  III,  [nirl.  1 1 ,  c.  \  ,  '  Heiiricus  Slei'o.  anii.  i3q8.  —  Sanii- 

p.  .211.  tus ,  loc.  cit.  —  Conliiiiialeur,  etc.  1.  XXXIII . 

'  Assis.  deJérus.  t.  Il,  c.  n,  p.  399.  c.  i,  p.   3(56  et  notes  a,  h,  c.  —  Assis,  de 

'  Historié  de'  re'  Lusigimni ,  [>.  38;  Ira-  Jérus.  t.  II,  p.  399. 
fiuclion  française,  t.  I,  p.  k'à.  '  Sanutus,  \.  III,  c.  \i .  \ii.  —  Grego- 

'  Continuateur  de  Guill.  de  Tyr,  I.  XXXII .  ru  IX  Epist.  I.  III ,  -3  h  .  3'i ,  apud  Raynald. 

c.  \xxiv,  p.  363,  364  et  note  d;  \.  XXXIII,  ann.  1^29,  n"  3. 

,.    I    p.  36y.  _  Codice  diphm.  t.  I,  n°  3.  '  ContinuateurdeGuiil.deTyr,!. XXXIII, 

p. ,  ,9._DeMas-Lalrie,/ïïs(o/rc(/eC%pre,  c.  iv,  vi,  p.  870,  37-2.  (Voir  Les  Seigneurs 

t.  H,  p.  16  el  noies.  de  Tyr.) 

'■  Continuateur,  etc.   1.   XXXIII,  c.   vu,  '  Malek  el-Kainei,  sultan  d'Egypte.  (i'Jw 

p.  378;  c.  .\n,  p.  378,  379.  de  vérifier  les  dates.) 


38  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

[pour  lui  demander  la  remise  des  saints  lieux];  et  ayant  fait  alliance, 
sous  certaines  conditions,  avec  luy,  il  vint  en  la  ville  de  Hiérusalem ,  qui 
luy  fut  livrée,  où  il  prit,  en  l'église  du  Saint-Sépulcre,  la  couronne  de 
dessus  Tautel  et  se  la  mit  sur  la  teste,  pas  un  prélat  n'ayant  osé  faire  les 
cérémonies  accoutumées  en  ces  occasions,  à  cause  qu'il  estoit  excom- 
munié '.  De  là,  il  retourna  à  Acre,  d'où  il  passa,  par  l'isle  de  Cypre,  à 
Brandis,  où  il  arriva  en  l'an  1-229.  Api'ès  le  départ  de  l'empereur. 
Alix,  reyne  de  Cypre,  mère  du  roy  Henry,  vint  à  Acre,  et  demanda  le 
royaume  de  Hiéru«alem,  comme  petite-fdle  du  roy  Amaury,  de  par 
sa  fdle^  Les  barons  luy  firent  response  qu'ils  ne  pouvoient  pourvoir  à 
sa  demande,  parce  que  l'empereur  avoit  un  baile  ou  régent  qui,  en  son 
nom  et  en  qualité  de  tuteur  de  son  fds  Conrad,  gouvernoit  le  royaume. 
Ils  avisèrent  néantmoins  de  dépesclier  des  ambassadeurs  vers  l'empe- 
reur, pour  le  prier  de  leur  envoier  Cbni'ad,  qui  prenoit  alors  le  titi'e 
d'héritier  du  royaume  de  Hiérusalem,  en  dedans  l'an,  lequel  passé 
ils  aviseroient  à  se  donner  un  roy.  L'empereur  leur  dit  qu'il  en  useroil 
pour  le  mieux,  et  leur  envoya  Richard,  fds  d'Oger  [JiHiun  AugeriK 
ou,  en  un  seul  mot,  Filaugemun,  Felingher,  Fihmgieri],  maréchal  de 
l'empire,  qui  continua  les  persécutions  et  les  malversations  de   son 
maistre.  Enfin  les  barons,  lassez  de  ce  genre  de  gouvernement,  et  piquez 
de  ce  que  l'on  enfreignoit  journellement  leurs  privilèges  [s'allièrent 
d'abord  contre  Frédéric  avec  Henri,  roi  de  Cliypre\  puis  enfin]  recon- 
nurent, en  l'an  t  -iho , 

Alix,  veuve  du  roy  de  Cypre,  pour  reyne  de  Hiérusalem ,  sauf  néant- 
moins  le  droit  de  l'héritier  Conrad ^  Alix  s'estoit  pour  lors  remariée  avec 

'  Raynaidus,  ann.  15-29,  c.  sv,  xvi.  —  '  Continuateur,  etc.  p.  3G7,  note  4.  —  De 

Matliieu  Paris,  1 0-29.  p.  -2 ko,  ^Jij.  —  Con-  Mas-Latrie,  lllsloire  de Chjpre .  t.  II,  p.  16. 

radus  Usperg.  ceci.  A.  —  Gio.  Villani.  1.  VI,  note  2. 

c.  xvni.  —  De  Mas-Latrie.  Hist.  de  Chypre,  '  Continuât,  etc.  1.  XXXIII.  c.  xl,  p.  4o6. 

t.  III.  p.  (3-36.  629.  —  Continuateur,  etc.  ^  Continuât,  etc.  1.  XXXIII .  c.  l,  p.  i-20. 

i.  XXXIII,  c.  vni.  p.  376,  370.  —  Assis. deJérus.\..\\,\i.ko\,ho-2.— Do- 

'  Sanutus.  1.  III.  c.  xui.  —  Continuât.  ciimeiils  sur  In  successibilité .  etc.  t.  I ,  c.   a, 

I.  XXXIII.  c.  \ni.  p.  38o.  p.  3i-2.  note. 


LES  ROIS  DE  JÉRUSALEM.  39 

Raoul,  que  Sanudo  dit'  avoir  esté  frère  d'un  comte  (ju'il  uoiiinie  contes 
Asasotiis;  mais  il  faut  lire  en  cet  endroit  Snessioiiis.  Ce  Raoul  estoit 
seigneur  de  Conivres  et  frère  de  Jean  11,  comte  de  Soissons,  comme 
nous  apprenons  de  Baudouin  d'Avesnes^  et,  après  hiy,  de  l'auteur 
du  lignage  de  Coucy,  qui  parh;  de  ce  seigneur,  en  ces  termes  :  rrCis 
«Raoul  fut  moult  vaillant  homs,  et,  pour  la  bonté  de  ly,  le  print  à 
rrmary  la  reine  de  Cypre;  mais  il  n'ot  nul  hoir  de  ly^n  Raoul  lit  plu- 
sieurs instances  envers  les  barons  pour  avoir  le  gouvernement  du 
royaume,  qui  appartenoit  de  droit  à  sa  feumie,  et  la  délivrance  de  la 
ville  de  Tyr,  qui  avoit  esté  enlevée  [ly/io],  [)ar  le  seigneur  de  Barut' 
[Balian  d'ibelin],  au  [frère  du]  régent  [Ytier  Filangieri].  Mais,  voyant 
qu'il  n  estoit  pas  en  grande  considération  parmy  les  barons  ^,  et  que  les 
parens  de  la  reyne  faisoient  tout,  il  la  quitta  et  s'en  retourna  en  Fi'ance 
avec  le  roy  de  Navarre,  le  comte  de  Bretagne,  et  autres  croisez",  où  il 
espousa,  après  le  décez  de  la  reyne  Alix,  ari'ivé  en  l'an  la/iG,  la  fille 
de  Jean  de  Hangest,  de  laquelle  il  laissa  une  seule  lille,  héritière  de  la 
terre  de  Cœuvres. 

[Un  autre  lignage  de  (loncy,  du  xv' siècle  \  dont  le  manuscrit  de  Duchesne 
paraît  être  un  extrait,  dit  que  Raoul  de  Soissons  eut  par  sa  femme  la  bailie 
du  royaume  de  Chypre  et  du  royaume  de  Jérusalem.  Il  liif ,  en  efl'et,  gouver- 
neur, plutôt  que  baile,  du  royaume  de  Jérusalem,  au  nom  de  sa  femme;  mais 
sans  aucune  autorité,  comme  l'alllrment  les  témoignages  contemporains.  Quant 
au  royaume  de  Chypre,  il  n'en  pouvait  avoir  la  hailie,  pui.sque  le  roi  Henri  I" 
était  majeur,  âgé  de  vingt-trois  ans  en  12/10,  lorsque  Alix,  sa  mère,  épousa 
Raoul  de  Soissons.  Le  lignage  dit  aussi  que  ce  seigneur,  après  la  moit  de  la 

'  Marinus  Sanutus.l.  III,  part.  1 1,  c.  XVI,  ^  Continuât.  I.  XXX  III,  c.  l,  p.  iao, 

p.  21O.  c.  Li[i,  p.  ia3.  —  Assis,  de  Jérus.  t.  II, 

-  Chronique  de  Flandres,  c.  x.x. —  Hisl.  p.  /loo,  /loi.   —  Uisl.  litlér.  de  la  France, 

de  Béthunc,  \.  IV,  c.  m.  t.  XXHI,  p.  699. 

'  Lignage  de  Concy,  mss.  de  Du  Cliesne ,  °  Saiiutus ,  1.  III ,  part.  1 1 ,  c.  \vi ,  part.  1  •:>. , 

48,  fol.  .il  v".  —  Bald.  de  Avenis.  apud  c.  1.  ■ —  Jordan,  apud  Raynaid.  aim.  laitj, 

d'Achery,  Spicil.  1.  Vil ,  p.  607.  n°  ,5 1 ,  t.  XXI ,  p.  365  ,  édit.  Lucques ,  1  y'iy. 

"  Continuât.  1.  XXXIII,  c.  lu,  lui,  l\  ,  '  lîiblioth.  inipér.  inss.  de  dom  Grenier, 

p.  62a,  4a3,  4a6,  627.             <■  n°C,p.  4f).                                   , 


40 


LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 


reine  fie  Chypre,  épousa  la  fiHe  de  Jean  de  Hangest;  mais  il  se  tait  sur  son 
ri^tour  pr/'eipité  en  France,  tandis  que  la  reine  sa  feuiine  restait  en  Syrie. 

Cependant  (lai/i)  les  karisniiens  avaient  pris  Jérusalem,  qui,  dès  ce  mo- 
nic^il .  lut  à  jamais  perdue  pour  les  chrétiens'.] 


Henry,  roi  de  Cypre,  après  la  inorl  de  sa  mère,  prit  le  titre  de  roy 
de  Hiérusalem,  et  envoya  en  celte  tjualité  un  baile  ou  régent  en  la  ville 
d'Acre'^.  Mais  c'estoit  toujours  saul  le  droit  de  l'héritier  Conrad,  lequel 
ayant  esté  élu  roy  des  Romains,  du  vivant  de  son  père,  prenoit  ce 
titre  :  Conradus  dont.  Aupisli  Iinp.  Frcderici  filins,  Dei  gratia  rex  electus, 
sempcr  Aiiguslus,  liœres  et  dounnus  regni  H ierosobjmitani^ .  Et  niesnie 
l'empereur  Frédéric  eut  cjuelque  dessein  de  laisser  le  royaume  de  Hié- 
rusalem à  son  fils  Henry,  qu'il  avoit  eu  de  son  mariage  avec  Isabelle 
d'Angleterre*,  si  la  disposition  qu'il  en  fit,  au  rapport  de  Mathieu  Paris. 
est  véritable.  Néantmoins,  le  pape  Innocent  IV  ^  qui  estoit  en  division 
avec  Frédéric,  fa\orisa  le  roy  de  Cypre  en  cette  occasion ,  ayant  exhorté 
les  barons  du  royaume  [de  Jérusalem]  de  luy  obéir,  et  l'ayant  relevé 
du  serment  de  fidélité  «ju'il  avoit  fait  à  l'empereur  [i-^iy,  5  mars]'. 
Henry  mourutlan  i253"  [cl  Conrad,  fils  de  Frédéric,  en  laB/i]. 

Hugues,  II*"  du  nom,  roy  de  Cypre,  prit,  comme  son  père,  le  titre 
de  lov  de  Hiéiusalem**,  et,  comme  il  esloit  lort  jeune  lorsque  son  père 
mourut'',  la  reyne  Plaisance,  sa  mèi'e,  tint  le  bail  et  la  régence  des 
deux  rovaumes,  et  laissa  celle  du  l'ovaume  de  Hiérusalem  à  Jean 
d'Ibelin.  seigneur  d'Arsui'. 


■  Mathieu  Paris,  ann.  laii. —  Codice 
diploin.  I.  I.  p.  3 ai.  Sai.  n°  i/i.  —  Conti- 
nuât, de  Guill.  de  Tyr.  i.  XXXtIl .  c.  Lvi , 
p.  isS,  elc. 

"  Sanutus.  loc.  cit.  —  .ioi-dan.  hc.  cit. 
n"  S?. .  p.  3GG. 

'  Carlul.  (le  Mnnosfjtic.  —  (mUco  diplom. 
t.  1 .  11°  1  1  1 ,  p.  1  iS. 

'    Walliiru  Paris,  aiiii.  i-jSi. 


'  Innocentius  IV.  I.  IV.  Ep.  car.  ep.  hh\ 
I.  \  .  ep.  1,  apud  Raynald.  anii.  i  •ih'j.  n°  .55  : 
1  •j'iG,  n°  Sa. 

De  Mas-Latrie ,  Histoire  de  Chypre ,  t.  Il . 
p.  63,  Gi. 

■   Mariiius  Saïuitus,  I.  III,  jiart.  i  j  .  c.  i\ 
p.  a -2  0. 

'  Assis,  de  Jérus.  t.  IL  p.  ioi.  ioa. 

"  SaiiLilus.  I.  III.  part,  la  .  c.  v.  vi .  \ii. 


LES  ROIS  DE  JÉRUSALEM.  il 

[A  la  mort  du  roi  Henri  (i953)'.  les  barons  du  royaume  de  Jérusalem 
nommèrent  baile  du  royaume  Jean  d'ibelin,  seigneur  d'Arsur-,  troisième  lils 
de  Jean  dlbelin  le  vieux,  sire  de  Barutli.  Son  cousin,  Jean  d'ibelin,  seigneur 
de  Japbe  et  d'Ascalon,  le  remplaça  dans  cette  dignité  [i-iblx),  qu'il  lui  rendit 
en  1956^.  En  1257  seulement,  la  reine  Plaisance  vint  à  Acre  avec  son  fils,  ci 
là  requit  et  obtint  la  bailie  du  rojaume.  Lorsqu'elle  s'en  retourna  à  Tripoli . 
l'année  suivante,  elle  laissa  la  bailie  au  seigneur  d'Arsur*.] 

Qui  mourut  en  l'an  la58^  auquel  succéda  GcolVoy  de  Sergines, 
sénéchal  du  royaume,  qui  extermina  tous  les  malfaiteurs  par  la  ri- 
gueur de  sa  justice"^.  Cependant  la  reyne  Plaisance  estant  décédée  en 
l'an  1261,  Henry  d'Antioche,  avec  Isabelle  sa  femme,  lille  dn  roy 
Hugues  \",  vint  quelque  temps  après  à  Acre,  pour  demander  le  baU  du 
royaume  de  Hiérusalem,  duquel  il  estoit  le  plus  apparent  héritier,  à 
ca*use  de  sa  femme,  ce  qui  lui  fut  accordé'';  mais,  parce  qu'il  n'avoil 
pas  amené  avec  soy  l'héritier,  les  barons  refusèrent  de  luy  l'aiie  hom- 
mage; ce  qui  fut  cause  qu'Isabelle  retourna  en  Cypre,  laissant  son 
mari  à  Acre,  en  qualité  de  baile.  Gela  se  passa  en  l'an  i-jlUi.  Henr\ 
tint  cette  dignité  tant  que  sa  femme  vécut^  Estant  décédée  [en  cette 
même  année  126/j],  il  y  eut  une  grande  contestation  entre  Hugues, 
son  fils,  d'une  part,  et  Gantier,  comte  de  Brienne,  fils  de  Marie,  sœur 
aisnée  d'Isabelle,  d'autre  :  ceiny-cy  soutenant  qu'il  devoit  eslre  préféré, 
dans  le  bail  du  royaume  de  Hiérusalem,  à  Hugues,  parce  qud  estoil 
fils  de  l'aisnée;  l'autre  prétendant  qu'il  luy  devoit  appartenir,  parce 
qu'il  estoit  le  plus  âgé.  Les  raisons  et  les  plaidoyers  de  l'un  et  île 
l'autre  sont  rappoilez  dans  les  Assises  de  Hiérusalem'-'.  Enfin,  l'atTairc» 

'   Assis,  (le  Jérus.  t.  H.  p.  Aoi  ;  Sitccessi-  '   Conliniiat.  I.  XXXIV.  c.  in,  p.  àli!i. 

bililé,  etc.  c.  n.  '  Continuai.  1.  XXXIV,  c.  iv,  p.  khq. 

-  Voir  plus  loin  les  {rénéalog-ies  de  la  fa-  "  Assises  de  Jérusalem,  p.  5i5,  édil.  de 

mille  des  Ibelin.  Lahlie,  c.  xn  et  suiv.  édit.  Beugnot.  l.  II. 

'  Continuât,  de  Gnill.  deTyr,  1.  XXXIV.  append  p.  4oi,  c.  m  et  suiv.  —  Continuai, 

c.  II.  p.  A/11  ;  c.  m,  p.  4/13.  I.  XXXIV,  c.  IV.  p.  lifiS. 

'   Gonlinuat.  i.XXXIV.ch.  ui.p.  443. —  °  Celte    discussion,  publiée    par   Labbe 

Saiiulus,  1.  III ,  part.  1  a  ,  c.  v,  p.  aao ,  aa  1 .  (  Ibré/jé roijal  de  rnlliimce  ch-oiwloijitiue ,  ele. 

'  Continuât.  1.  XXXIV,  c.  m.  p.  443.  I.  I,  p.  5i4  cl  suiv.  0.  \ii  et  suiv.  de  la 

0 


!r2  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

jiyaiit  esté  lucurcmcul  discutée  en  ht  liante  cour  de  ce  royaume,  le 
lijiil  lui  adju'jé  à  IIu;>ues,  et,  à  l'inslanl ,  Geol'roy  de  Sergines,  se  dé- 
pouillaul  de  la  qualit»''  de  baile,  il  alla,  le  premier,  faire  liommage  à 
Hugues,  et  fut  suivi  des  autres  barons  et  des  bourgeois'.  Le  jeune  roy 
mourut  en  lan  i  267,  et  eut  pour  successeur  le  même 

HuGii;s  III.  roy  de  C\pre^,  lequel  vint  en  la  terre  sainte,  et  se  fil 
couroimer  l'oy  de  Hiérusalem.  en  la  ville  de  Tyr,  par  l'évesque  deLidde, 
commis  à  cet  etl'et  par  le  patriarche,  le  2/1'' jour  de  septembre.  Tan 

[('a-  royaume  l'Iait  alors  pi'esijiii'  réduit  à  rien,  par  les  pertes  successives 
d'Ascalon  en  12/17,  d'Azol,  de  (Jésarée,  de  Sapliel,  etc.  en  1266'.  On  peut 
voir,  sur  i'élal  des  affaires  à  cette  époque^.  In  lettre  du  patriarche  de  Jérusa- 
lem, des  grands  maîtres  de  l'Hôpital,  du  Temple,  de  l'ordre  Teutonicpie,  de 
Geoffroy  de  Sargines,  sénéchal  du  royaume,  à  Thihaud  V,  comte  de  Cham- 
pagne. Quelques  années  plus  tard,  Beybars  Bendoqdâry,  soudan  d'Egypte,  par 
une  trêve  conclue,  le  2-2  avril  1272,  avec  Hugues  HI ,  ne  lui  garantissait  que 
la  plaine  d'Acre  et  le  chemin  de  Nazareth''.  Et  cependant  ce  débris  de  royaume 
était  encore  un  objet  d'ambition  et  un  sujet  de  discorde  entre  des  princes  chré- 
tiens et  les  membres  d'une  même  famille.] 

Marii;,  fille  de  Boémond  IV,  prince  d'Antiocbe,  s'opposa  au  couron- 
neinent  de  Hugues,  soutenant  «pielle  lui  devoit  estre  |)référée.  comme 


■2'  partie  tles  Assises  de  Jérusalem)  par  I^a  et  ixile  i.  —  Codive  dlplojiKtt.  t.  I.  p.  188, 

Tliaumassière  (p.  19.5  et  suiv.  c.  ccxciii  et  189,  n"  168. 

suivants  de  son   texte  des  Assises),  a  été  '  Continuât.  I.  XXXIII.  c.  l\i,  p.  ti'.ili, 

lejetée  par  le  dernier  éditeur  des  Assises  6.i5.  —  Martène,  Thenatir.  miecdot.   t.   Il, 

dans  un  appendice,  sous  le  titre  de  Docu-  col.  h-î-2\  epist.    ioa.  —  Codice  diplomat. 

i/ienls  relatifs  à  la  siiccessibilité  ait  trône  et  t.  I.  n°  4.3.  p.  S-aS,  556. 

à  In  réfrénée,  c.   m  et  suiv.   t.   11.   p.   '101  '   Du  Gange.  Ohserv.  sur  Joinrille .  p.  63, 

et  suiv.  (ji.  —  Codice  diploiiial.  t.  1.  u'  60.  p.  SaG, 

Assis,  de  Jénis.  t.  11,  c.  11,  p.  '11  5.  °  Continuai.  I.  \XXI\  ,  c.  \v,  p.  'i()9. — 

•  Marinus  Sanutus.  1.  III.  part.  1-1.  c.  i\.  Mariuus  Sanutus,  I.   III.    pari,    i  •? .   c.   11, 

Continuât,  I.  XXXIV.  c.   \ii  ,   p.   à^)-j,  p.  -ja^. 


LES  ROIS  DE  JÉItlJSALEM.  'iS 

seule  héritière  iégiliine  de  ce  royaume,  d'autant  qu'elle  esloit  lille  <!<• 
Mélissende,  qui  estoit  fille  d'Amaury  de  Lusignan.  roy  de  Hiérusaleiii, 
et  de  la  reyne  Isabelle,  où  le  roy  Hugues  111  ne  pouvoit  rien  prétendre 
à  raison  de  la  parenté,  l'alliance  en  vertu  de  laquelle  les  roys  de  Cyprr 
l'avoient  tenu  estant  finie  en  la  personne  de  Hugues  11,  décédé  sans 
enfans,  qui  estoit  issu  de  la  reyne  Alix,  fille  de  la  reyne  Isabelle'.  L." 
roy  Hugues  se  deftendoit  par  des  raisons  de  droit  et  de  l'usage  du 
royaume,  qui  se  voient  aux  Assises  de  Hiérusalem ,  dont  la  principab' 
estoit  que,  par  cet  usage,  celuy  qui  veut  demander  une  succession  ou 
héritage,  le  doit  faire  de  par  celuy  qui  en  a  esté  ensaisiné  le  dernier. 
s'il  est  du  lignage  ;  et  ainsy  Hugues  estant  le  plus  prochain  héritier  du 
roy  Hugues  11,  qui  avoit  esté  saisy  le  dernier  du  royaume  de  Hiérusa- 
lem, il  devoitseul  lui  succéder.  Enfin,  sur  ce  que  le  patriarche  tesinoi- 
gna  vouloir  couronner  le  roy  de  Gypre,  elle  en  appela  au  Saint-Siége, 
nonobstant  lequel  appel ,  le  patriarche  passa  outre.  Sur  ce  diiïérend,  le 
pape  Grégoire  X  commit,  en  l'an  1272,  l'arclievesque  de  INazareth  et 
les  évesques  de  Bethléem  et  de  Belinas,  pour  informer  des  droits  des 
parties,  et  pour  les  citer,  en  la  cour  de  Rome,  devant  Sa  Sainteté,  qui 
y  rendroit  son  jugement-.  L'alïaire  a^aiit  traisné  en  longueur,  Marie 
vint  en  France,  au  concile  (|ui  se  tenoit  à  Lyon  l'an  i  27(1 ,  pour  y  de- 
mander justice.  Le  roy  de  Gypre  y  envoya  aussy  des  ambassadeurs; 
et,  sur  leurs  contestations,  l'évesque  d'Albe,  cardinal,  fut  commis  par 
le  concile  pour  décider  ces  dilïérens.  Le  roy  de  Gypre  soutint  (ju  ils  ne 
dévoient  pas  estre  jugez  par  la  cour  romaine,  mais  par  les  barons  du 
royaume;  ce  que  iVlarie  accepta.  Mais  durant  le  procez^  dont  elle  ciai- 
gnoit  l'événement  à  cause  <le  la  puissance  du  roy  de  Gypre,  elle  céda, 
en  l'an  1^77,  en   présence   des  cardinaux,  des  prélats  et  de  la   plus 


'   Assises  (le  Jérus.  p.  687  et  seq.   édit.  Raynald.  ann.  127-3  .   11°    18,   19.   20.  — 

Labbe.  c.  xxiii-x.xvi;  édit.  Beugnot,  t.  Il,  Bzov.  ann.  1276,  11"  10.  — Jordan,  ajuid 

p.  /iiS-iiç).  -  Assis,  t.  I,  p.  27.5,  note  h.  Haynald.  ann.  1277,  n°  17,  t.  XXll,  p.  il  S; 

—  Sanutus.  I.  111.  part.  12.  c.  \in,  x\.  —  André  Dundul.  Jacoh.  Coulai-,  c.  i\. 

Continnal.  I.  XXXIV.  c.  xvu.  p.  40i.  '  Continuât,  de  Nangis,  ann.  1278;  ou 

-'  Sanutus.  I.  111.  pari.  12  ,  c.  xiii.  x\ .  —  plutôt  la  Glii'onique  elle-même. 

0. 


ItU  LES   RAMILLES  DOllTRE-MER. 

frraiule  partie  de  la  cour  romaine ,  lous  ies  droits  (ju'elle  a  voit  au  royaume 
de  Hiérusalem,  comme  en  estant  légitime  JK-ritière,  à  Cliarles  1"  du 
nom,  roy  de  Sicile',  moyennant  une  pension  annuelle  de  quatre  mille 
livres  tournois  sur  son  comté  d'Anjou,  dont  il  fut  dressé  un  acte  au- 
thentique, autorisé  des  sceaux  des  cardinaux  et  des  prélats'-^. 

Chables,  roy  de  Sicile,  ayant  esté  sais)  du  royaume  de  Hiérusalem 
par  cette  donation,  non-seulement  il  commença  à  ]H-endre  le  titre  de 
roy  de  ce  royaume  et  à  apposeï'  à  ses  patentes  la  date  du  temps  qu'il  en 
entra  en  possession,  mais  encore  il  envoya  des  trouppes  sous  la  conduite 
de  Roger  de  Saint-Severin ,  comte  de  Marsique^  [dont  Lorédan"  lait  deux 
personnages  différents],  à  qui  il  donna  la  ([ualité  de  baile  ou  de  régent 
de  ce  royaume;  lequel  arriva,  avec  six  galères,  le  7''  jour  de  juin,  l'an 
I  9,77,  à  Acre-',  qui  lui  l'ut  l'endue  [sans  l'ésistance,  grâce  à  ses  intelli- 
gences avec  les  Templiers]  par  Balian,  seigneur  d'Arsur,  qui  l'avoit 
enlevée  à  l'empereur  Frédéric*^;  reçut  les  hommages  des  barons  [qui 
avaient  d'abord  consulté  Hugues  III  sur  ce  qu'ils  devaient  faire,  et  n'en 


'    Descripl.  rict.  obi.  per  Carohim  l.  (  //(6'- 
Inr.  (le  France,  t.  V.  p.  85o.) 

-  Marinus  Saïuiliis.  L  III,  paît.  la.  c.  \v, 
n.  ■?.■>.•]. — Continuateur  de  Gnill.  de  Tyr, 
I.  XXXIV,  e.  xxi\,  \xx,  p.  '175,  '17(3  et 
note  h.  — De  Mas-Latrie,  Hisl.  de  Cliijjirr. 
t.  Il,  p.  (SB-Hç)  i.')0.  —  Job.  Iperiiis,  Clir. 
S.  Bciliiti.  Tlies.  aiiecd.  l.  IH,  coi.  7;Vi  e. 
.  '  Raynald.  ann.  1-278,0°  66.  —  Sanut. 
1. 111.  part.  la.  c.  xvi,p.  927.  a 28. — Geslii 
Philip})! in,  reg.Fraiir.p.  009. — DuChesne, 
I.  V,  et  Histor.  de  France,  t.  XX,  p.  rnd  d. 

'  Loredauo,  I.  lit,  p.  168;  traduction 
française,  t.  I.  p.  186,  187. 

'  Continuai.  1.  XXXIV,  c.  x\.\ni,  p.  '17H. 
/i7().  —  Cliron.  de  Pv.  Jordan.  —  De  Mas- 
Lalrie.  lli-fl.  tic  Clii/pre.  1.  II.  [i.  80.  81, 
i3o,  i3i.  —  Joli.  Iperius,  Clir.  S.  Bcriiiii. 
Thés,  aiiecd.  t.  111.  col.  7.55  a.  d:  7.16  a. 


''  Il  y  a  ici  probablement  quelque  confu- 
sion dans  les  noms  et  dans  les  faits.  On  n'a 
vu  ni  quand  ni  ]iar  qui  Acre  fut  enlevée  au 
parti  lie  l'empereur,  et  occupée  par  les  offi- 
ciers du  roi  de  Chypre  Henri  L";  mais  ce  ne 
peut  être,  au  plus  tard,  que  vers  l'an  1  9,47, 
lorsque  le  pape  délia  ce  prince  du  serment 
de  fidélité  à  l'empereur.  Or,  à  cette  époque. 
Ralian  dlbelin .  sire  d'Arsur,  devait  être 
bien  jeune  encore,  puisqu'il  fut  armé  che- 
valier, dans  la  ville  d'Acre,  par  saint  Louis, 
en  1254.  (Coiitm.  de  Guill.  deTyr.  1.  XXXIV. 
c.  II,  p.  i'ii.  —  Marinus  Sanutus,  1.  III. 
part.  f!.  c.  IV.  p.  220.)  Mais  Tyr  avait 
été  enlevée  aux  impériaux  (12/10)  par 
Balian  III  dlbelin,  sire  de  Baruth,  oncle 
de  Balian.  sire  d'Arsur.  C'est  peut-être  la 
resseiiiblaiiee  des  noms  <jui  aura  été  cause 
de  l'erreur. 


LES  ROIS  DE  JERUSALEM.  ^lo 

avaient  point  reçu  de  réponse],  et  niesnie  du  prince  d'Antioche,  et 
établit  un  séneschal ,  un  coiniestable ,  un  niaresclial ,  un  vicomte  et  autres 
officiers.  La  guerre  s'excita  ensuite  entre  les  deux  roys,  que  !e  pape 
Nicolas  tascha  d'apaiser,  sans  effet.  Le  roy  de  Gypre  vint  la  niesme  an- 
née à  Tyr,  avec  700  chevaliers  et  d'antres  trouppes,  à  dessein  de  faiic 
une  entreprise  sur  la  ville  d'Acre,  dans  laquelle  il  avoit  intelligence; 
mais,  n'ayant  pas  réussi,  il  s'en  retourna  en  Gypre \  Depuis,  il  passa 
encore  une  fois  en  la  terre  sainte,  et  vint  à  Barut  au  mois  de  janvier, 
l'an  1  28.3  ;  et,  au  mois  de  septembre  suivant,  il  vint  à  Tyr,  où  il  mourut 
le  26"=  jour  de  mars,  l'an  128/i'^. 

Le  roy  Gharles  avoit  rappelé  quelque  temps  auparavant  le  comte  de 
Saint-Severin,  après  la  révolte  de  la  Sicile,  et  luy  avoit  substitué  un 
autre  baile  ou  régent.  Ge  comte  prend  ces  titres  en  des  lettres  du  18  de 
septembre  1278  ^  :  ce  Roger  de  Saint-Severin,  par  la  grâce  de  Dieu, 
ff  comte  de  Marsique  et  général  vicaire  et  baile  au  royaume  de  Hiérusa- 
rrlem,  de  par  le  roy  di;  Iliérusalem  *.  n 

Hkm\y  [11],  lils  du  roy  Hugues  IIP,  ayant  succédé  à  Jean  son  frère 
aux  royaumes  de  Hiérusalem  et  de  Gypre,  vint  en  l'an  1  28(i ,  avec  une 
belle  aimée  navale,  à  Acre,  où  il  fut  reçu  sans  difficulté  par  les  barons  ^ 
ayant  obligé  Hugues  de  Pélichin,  qui  tenoit  le  cliasteau  pour  le  ro\ 
Gharles,  où  il  avoit  fait  entrer  toutes  les  trouppes  de  France,  et  ceux 
qui  t(Mini(>iit  le  party  du  roy  de  Sicile,  de  le  rendre  après  cinq  jours 

'   Di'  Mas-Latrie,  Hixl.  dv  Cliijim'.  Cliroii.  pilai  de  Jérusalem,  se  sont  entremis  connjie 

de  frère  JonJan.  t.  IL  p.  i3i.  arbitres  pour  terminer  ses  dillerends  avec 

-  Sanuins.  1.  IH.  c.  mx    p.  -i-jg.  frère  Pol,  évoque  de  Tripoli.  Nous  croyons 

'   Cartitl.  (le  Mmiosqiie.  bien  que  cet  acte  est  celui  que  Du  Gange 

''   Nous  trouvons  ces  mêmes  qualilications  avait  vu  dans  le  cartulaire  de  Manosque. 

données  à  lîoger  de  Saint-Severin  dans  un  '  Nicol.  de  Triveto,  ann.  1-387.  — ^''" 

acte  du  même  jour  (  Cndice  diplomut.  t.  I.  nutus,  I.  III,  c.  xix,  p.  -i-sg. 

n°   1.55.   p.    19S,    199,  SSf)).   [>ar  lequel  '  Assises  de  Jmis.  t.  II.  p.  :'>5-]  ;  Briiix  e! 

Boémond  VU,  prince  d'Antiocbe,  comte  de  ordonnances  des  rois  de  (Ihupro .  n°  1. — De 

Tripoli,  déclare  que  Roger  de  Saint-Severin  Mas-Latrie.  Uist.  de  Chypre,  t.  II.  p.  i3i; 

et  Nicolas  de  Lorgne,  grand  maître  de  THô-  I.  III ,  ().  Oy  1 -C70. 


46  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

fie  siège  [29  juillet?].  Ensuite  de  quoy  le  roy  Henry  fut  couronné  so- 
Iciiineliement  roy  de  Hiérusaiem  en  la  ville  de  Tyr ',  ou  en  celle  d'Acre, 
connue  écrivent  Walsin^'hani  -  et  le  Continuateur  de  Guillaume  de  Nan- 
tis'', le  jour  de  l'Assoniplion  de  Nostre-Danie;  et  parce  que  le  comte 
d'Artois,  qui  estoit  régent  du  royaume  de  Naples,  crut  que  les  clieva- 
lieis  dn  Temple  et  de  l'Hospital  avoient  trempé  dans  les  desseins  du 
i(i\  de  (lypre,  il  fit  saisir  tous  leurs  revenus  dans  l'étendue  du  royaume 
dont  il  avoit  le  gouvernement.  Le  roy  Henry,  après  avoir  établi  Philippe 
il'lhelin,  son  oncle,  baile  ou  régent  du  royaume,  retourna  en  Gypre  la 
veille  de  la  feste  de  saint  André.  Mais  il  jouit  peu  de  temps  du  fruit  de 
ce  succez'';  car  Melec-Messor,  sultan  de  Babylone,  entra  en  la  teri'e 
sainte  avec  une  armée  de  60,000  clievaux  et  de  160,000  piétons; 
prit  piemièrement  les  villes  de  Tripoli  et  de  Laodicée,  en  l'an  1287 
et  1  288,  puis,  en  lan  1  29  1  '\  il  vint  mettre  le  siège  devant  Acre  [alors 
partagée  entre  dix-sept  juridictions  diflerentes,  et  par  conséquent  sans 
uiiilé  dans  son  gouvernement  et  dans  ses  moyens  de  défense''],  qu'il 
emporta  [le  18  mai];  comme  il  lit  encore  les  villes  de  Tyr,  de  Barul. 
de  Sajette .  de  Tortose  et  autres,  qui  furent,  pour  la  plupart,  aban- 
données par  les  clirestiens,  qui  se  retirèrent  au  i-oyanme  de  Gypre.  Ce 
prince  estoit  venu  au  secours  de  la  ville  d'Acre,  sur  l'avis  des  grands 
apprests  des  Sarrazins,  el  s\  enfeima  [le  h  mai]  avec  3oo  chevaliers. 
[200   chevaliers  et  000  hommes  de  pied,  selon  Sanudo,]  aus(|uels  se 


Ldri'ihiiio,    I.    I\  .    |).   iHi;    Irailuclioii 
française  ,  t.  ! .  |i.  199. 

'   Thomas  Walsiiigh.  aiui.  1288. 
(jonliiiuat.   [ou   plutôt   Chronique]  de 
(iuillaume  de  Nangis.  nnn.  1^87.  —  Nicol. 
(le  Trivet .  loc.  cil. 

'  Marinus  Saniitus,  I.  111,  part.  fa. 
c.  \x.  .\\i.  \Mi.  —  Thomas  ^\alsing■h. 
ann.  1  29a. 

'  D'après  Marin  Sanudo  hii-mèine.  1.  111 . 
pari.  la.  c.  \\i.  Melec-Messor  (Maiek  ei- 
Mansour  )  mourut  en  1  290  .  lorsqn  il  s  avan- 
çait pom- assir-Mcr  la  villi' d  Acre,  (ie  fut  soji 


lilb  Serai  ^kalil-.isclnal  1  (jm  s  en  empara 
sur  les  chrétiens,  en  1291.  le  18  mai.  — 
On  sait  que  nos  auteurs  du  xui'et  mv' siècle 
appellent  sultans  de  Babylone  les  sultans 
d'Éfjvptc.  du  nom  de  la  ville  de  Babylone. 
que  l'on  croit  avoir  été  sur  reni|)lacenienl 
du  Vieux-Caire.  (Danville.  Géographie  un- 
cienne,  c.  19'!.  graml  in-fol.  —  Histor.  de 
France,  t.  X\ .  p.  89.  aia.  note.  etc.  ) 

Elienne  de  Lu.si[;nan  .  Ilist.  de  Cyprc . 
M.  ilîS  V'.  !?>[).—  Lored.  1.  IV.  p.  i8f.. 
uSj  :  Iradiicliiin  Irançaise.  t.  I.  p.  ao(J, 
007, 


LES   ROIS   DE  JERUSALEM.  Ul 

joignirent  la  plupaii  des  trouppes  chrétiennes  (pii  rusloiciit  dans  la 
terre  sainte^  [mais  il  se  retira  peu  honorablement,  le  i5  mai,  en 
voyant  l'état  désespéré  des  affaires].  Depuis  ce  temps-là,  le  roy  Henry 
ordonna  ([uà  l'avenir  les  roys  de  Cypre  prendroient  la  couronne  Au 
royaume  de  Hiérusalem  en  la  ville  de  Famagouste,  et  celle  de  Cypre 
en  la  ville  de  Nicossie  ^  :  ce  qui  fut  observé  jusques  h  la  prise  de  Fa- 
magouste par  les  Génois.  Car  alors  les  roys  de  Cypre  prirent  les  deux 
couronnes  dans  Nicossie.  Ils  continuèrent  aussy  de  donner  les  dignité/, 
et  les  titres  des  charges  de  ce  royaume  aux  grands  de  leur  cour;  mesme 
conservèrent  les  noms  des  plus  illustres  seigneuries,  qu'ils  affectèi'ent 
à  certains  fiefs,  dont  ils  revestirent  les  principaux  seigneurs^. 

[Henri  11  ne  (!éses|)éra  pas  de  voir  se  rétablir  à  son  prolil  le  rouiiinie  de 
Jérusalem  dont  il  avait  conquis  le  titre.  11  existe  de  ce  prince  un  mémoire*  en- 
voyé au  pape  Clément  V,  en  i3i  i-i3i2,  sur  les  mojens  de  recon(|uérir  la 
terre  sainte  et  d'anéantir  la  puissance  des  sultans  d'Egypte.  A  la  même  épocpie. 
selon  le  texte  de  Baluze  •'.  mais  probablement  avant  l'arreslalion  des  Templiers, 
le  grand  maître  de  l'ordre  avait  donné  à  ce  pape  des  conseils  [lour  le  même 
objet.  En  i3i  i-i3i-j,  des  mémoires  furent  également  adressées  à  (llémenf  V 
par  Guillaume  Nogaret '',  chancelier,  et  Benoît  Zacharia.  amiral  du  roi  de 
France,  sur  le  projet  d'une  nouvelle  croisade,  (l'est  encore  dans  le  même  but 
(|ue  Marin  Sanudo  composa  son  traité  Secretii  Jidelium.  etc.  de  i3o()  à  i32i, 
et  qu'un  anonyme,  avocat  du  roi  dans  les  causes  ecclésiasli(pics  au  duché  de 
Guyenne,  adressa  au  roi  d'Angleterre  Edouard  I"  un  curieux  uM'uioire  De  revu- 
perntione  Terne  Sanctw .  qui  se  lit  à  la  lin  du  recueil  de  Bongars,  p.  3i6-36i. 
Tous  ces  conseils,  tous  ces  expédients,  proposés  comme  infaillibles  pour  le  re- 
couvrement de  la  terre  sainte ,  n'aboutirent  à  rien ,  pas  même  à  l'entreprise  d'une 
nouvelle  croisade.  ] 


en. 


'  Hisl.  e.vciiUi  Acmnis,  iiis.  n[iu(l  Martène,  p.  liSO  .  note  û. —  Et.du  Lusijjiiiin  ,  Hist.ijéi 

Ampliss.  Collecl.  t.  V,  col.  ylib  c.  d;  770  b,  ik  l'isle  de  Cypre,  c.  wiu.  |).  79  et  suiv. 
c. —  Reiiiaud  ,  E.Th-nilx  des  histnv.  arabes,  '   De  Mas-Lnirie,  Uisl.  de  Clii/pre,  t.  II. 

p.  570-873.  p.  1 18-1 -20. 

"  Etienne  de  Lusignan  ,  Gcncfl/og/e*  ;  Le*'  *  Baluze.   Viue  paimnnn  Aeeuion.  t.  Il, 

Roisde  Hiérus.  (o\.  i3v°.  —  Hist.  génér.  de  coi.  17G-180. 
Cypre,  fol.  187.  '  De  Mas-Lalrie.  Ilisl.  de  Chypre,  L  II, 

'  De  Mas-Latiie.  Hisl.  di>  Chypre,  1.  III.  p.  1-28,  129. 


',8  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

Le  roy  de  Hiérusalem  avoit  cour,  coiiij]  ou  droit  de  monnoye  et  jus- 
tice, qui  estoit  la  liaute  cour;  et  il  la  pou  voit  tenir  en  tous  les  lieux 
(le  son  royaume,  où  bon  lui  sembloit'. 

[Le  roi  (le  .lériisalcin.  dit  .Icaii  d'ibelin^,  ne  tient  son  royaume  que  de 
Dieu.  Il  doit  êlr{>  couronné  à  Jérusalem,  en  l'église  du  Saint-Sépulcre,  si  cette 
ville  est  entre  les  mains  des  chrétiens;  sinon,  à  Tyr,  par  le  patriarche;  s'il 
n\  a  ])as  de  j)atriarche,  par  l'archevêque  de  Tyr,  primat  des  archevêques  du 
royaume;  à  son  défaut,  par  l'archevêque  de  Césarée;  et,  à  défaut  de  ce  der- 
nier, par  l'archevêque  de  Nazareth. 

On  peut  lire,  dans  le  chapitre  suivant  du  même  Jean  d'ibelin  ^  la  cérémonie 
du  couronnement  du  roi,  avec  la  fornude  de  son  serment  au  patriarche.  Ce  ser- 
ment se  retrouve  encore  ailleurs '.  le  même  pour  le  fond,  mais  assez  différent 
par  la  forme  :  tel  est  celui  (jui  fut  prononcé  |(ar  Ainieri,  roi  de  Chypre  et  de 
Jérusalem  '•'. 

L'existence  du  royaume  de  Jérusalem  se  termine  à  la  prise  d'Acre;  mais  le 
nom  survécut  longtemps  à  la  réalité.  Les  rois  de  Chypre  se  regardèrent  toujours 
connue  rois  de  JéTusalem.  En  même  temps,  les  empereurs,  comme  successeurs 
de  Frédéric  11  cl  de  Conrad;  les  rois  de  Sicile,  comme  successeurs  de  Frédéric  II 
et  de  Charles  d'Anjou,  aucjuel  Marie  d'Antioche  avait  cédé  ses  droits,  pre- 
naient également  ce  titre,  l^lus  tard,  les  ducs  de  Savoie,  par  suite  de  la  cession 
des  droits  de  Charlotte,  reine  de  Chypre  et  Venise,  par  le  fait  même  de  la  pos- 
session de  cette  île.  s'intitulèrent  aussi  rois  de  Jérusalem.  Parmi  ces  divers 
prétendants  au  titre,  à  la  couronne  et  à  la  possession  du  royaume  de  Jérusa- 
lem, et  une  foule  d'autres  énumérés  par  le  père  Etienne  de  Lusignan,  dans  un 
ouvrage  spécial  sur  ce  sujet '%  les  ducs  de  Savoie,  rois  de  Sardaigne.  paraissent 
avoir  eu  les  prétentions  les  mieux  fondées \  connue  héritiers  légitimes  des  rois  de 
Chvpre,  qui  avaient  été  les  successeurs  naturels  des  anciens  rois  de  Jérusalem.] 


'   Assises  (Iv  .hrusnlem,  \>.  55 1  ;  édition  '   Assis,  de  Jcriis.  t.  L  [>.  iS/i;  Livre  de 

Laijbe.  L  1,  p.  A 19,  c.  cclxx.  et  édition        Jncques  d'Iiielin. 
Reiionol.  '  Caiiiil.  S.  Sepitlc.  n°  i54,  p.  275,  27G. 


p.  39 


Assises   (le    Jérusalem,    L    1.    c.    M.  <■  Les  droits .  miloritez  el  prérogatives  que 

jirctcndeiil    au    roijuume  de   Hiérusalem   les 
■'  Assises  de  ] crus.  t.  I.  c.  mi.  p.  ny'-U:         princes  et  seigneurs,  etc.  1  586 .  w-h". 


c.  rci.vi,  ji.  '107. 


Ibid. 


LES   ROYS  DE  CYPRE. 


Je  ne  prétens  pas  écrire  l'histoire  entière  de  Tisie  de  Cypre,  ny  (pii 
furent  ceux  à  qui  elle  a  obéi  preniièrenieat  :  je  me  contente  seule- 
ment de  remarquer  que,  depuis  qu'elle  lut  enlevée  aux  Ptolémées 
d'Egypte  par  les  Romains,  elle  demeura  toujours  en  leur  domination  , 
jusques  au  règne  du  grand  Constantin  :  auquel  temps  Galoccère,  qui 
en  estoit  gouverneur,  s'estant  révolté,  s'en  lit  jirodamer  roy;  mais 
H  fut  déliait  par  Dalmace  César,  ([ui  le  lit  biuslei'  vif  en  la  ville  <le 
Tarse'. 

Les  Sarrazins  et  les  Arabes,  ayant  commencé  à  faire  des  courses 
dans  les  terres  de  l'empire,  se  jetèrent  sur  l'isle  de  Cypre,  qu'ils 
conquirent,  sous  la  conduite  de  Mégavie,  ou  Muliavie,  lils  d'Abuba- 
char,  général  des  armées  du  calyphe  Othman-,  l'an  7  de  l'empire 
d'Héracléonas l  II  la  ruina  de  telle  manièie  ([u'il  en  chassa  les  habi- 
.  tans*  et  la  laissa  toute  déserte,  en  sorte  ([ue  Jean,  l'archevesque  de 
cette  isle,  s'estant  retiré  à  Constantinople,  l'empereur  Justinien  Rhi- 
notmète  luy  donna  la  ville  de  Cyzique  pour  y  exercer  les  fonctions  de 
métropolitain,  et  fit  ordonner  au  synode  qui  fut  tenu  in  Trullo'-',  l'an 

'  Cedreniis,  p.  296. —  Etienne  de  Lu-  el  non  dVlnibècre.  ([>eljeau.  Ili-st.  du  âJh.s- 

signan.  Histoire  de  Ci/pre ,  107,  108.  Empire.  I.  XII.  |).  d-hj.  —  L'Art  de  vérifier 

"   Elmaein,  c.  IV.  —  Theophanes,  p.  a8.5.  les  dates.) 

—  Cedren.  p.  k3i.  —  Constantin.  De  The-  "  Constantin.  De  Admiiiislraiido  imperio . 

matibus,  I.  I,  p.  i6.  (Banduri,  t.  I,  p.  17.)  c.  xxii.  xi.vii,  xLviii.  (  l'andiiri,  t.  I,  p.  7/1. 

■''  Héracléonas  n'avait  régné  que  six  mois.  lay.  100.) 

C'est  en  648,  la  septième  année  du  règne  de  ''  S//ho(/«.v  Tndlituw,  c.  wxix ,  aj)iid  Cons- 

Constant  II,  que  Chypre  fut  enlevée  aux  eni-  tantin.  De  Administnitulo  imperiu.  (  Banduri , 

pereurs  par  Moavias.  fils  d'Aljou  Soffiant.  t.  1.  p.  i3o.) 


50  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

707',  (|u'à  ravoiiir  ccluy  qui  soroit  archevesquo  do  Cyziquc,  le  seruil 
aussi  (le  Cypro.  Sept,  ans  après,  cri  ompcrciir  la  repeupla;  ce  (ju'il  fil 
(In  couseiiteiueuL  du  calyplie,  qui  donna  ordre  que  tous  les  liahitans 
(pii  avoient  esté  dispei'sez  dans  la  Syrie  lussent  renvoyez  en  Cypre.  Mais 
«lopuis,  ensuite  des  guerres  survenues  entre  les  Arabes  et  les  Grecs, 
sous  l'empereur  Niccphore  [ancien  Logotliète],  général,  le  calyplie 
\aron  la  l'uina  entièrement,  y  renversa  les  églises  et  en  chassa  encore 
une  lois  les  liabilans,  qu'il  disjiersa  en  divei's  endroits  de  ses  Estais  : 
ce  (pii  arriva  vers  l'an  807 -.  L'empereur  Basile  le  Macédonien,  ([ui 
régna  <[uel(|ue  temps  après,  la  repeupla  derechef,  et  luy  donna  le  titre 
de  province  de  l'emiiire^,  y  ayant  envoyé  x\lexandre  pour  en  prendre 
le  gouvernement,  qui  le  tint  l'espace  de  sept  ans,  à  la  fin  desquels  les 
Sarrazins  s'en  rendirent  maistres  pour  la  troisième  fois;  et  ils  la  conser- 
vèrent tant  (jue  l'empereur  Nicéphore  Phocas  s'en  empara  sur  eux, 
I  an  9()(),  en  ayant  chassé  tous  les  habitans  sarrazins,  et  l'ayant  re- 
peuplée de  chrétiens. 

Cette  isle  demeui-a  en  cet  estât,  sous  l'empire  des  Grecs,  jusques 
sous  le  règne  d'Andronique  le  Tyran,  qu'ls.wc  Commène,  de  la  famille 
duquel  j'ay  parlé  ailleurs",  durant  les  divisions  de  1  empire,  s'en  em- 
para, et,  assisté  des  foices  de  Sicile,  s'y  maintint  longtemps,  s'y  faisant 
appeler  empereur.  Ce  seigneur  conniiandoit  à  cette  isle^,  lorsque  Ri- 
cliai'd ,  roy  d'Angleterre ,  alla  en  la  terre  sainte,  avec  toute  son  armée  na- 
vale, dont  une  partie  (ut  attaquée  de  la  tem])este  et  jetée  sur  les  costes 
de  Cypre.  Isaac,  en  ayant  eu  avis'',  fit  marcher  ses  troupes  contre  les 
Anglois,  les  battit  et  en  fit  beaucoup  de  prisoiniiers,  quil  maltraita 
iidnimainement,  ayant,  suivant  quelques  auteurs,  usé  du  droit  receu 

'   Ce  concile   fut  toiiii  on  liga.  sous  le  '  Dans  les  l'otniliw  Auguslw  Uijzantmn' . 

pieniier  règne  de  JusUnien  tl.   (Faliricius,  p.  iSi. 

/)')/)//(;//(. gjwc.  t.  XI,  p.  670  , '171 . — -Fleury,  ^   Conliuualeur   de   (luillanme    de    Tyi-, 

Hisl.  ecdcs.  1.  XI>,  n"  5 1 .  —  Lebeau  ,  Uist.  1.  XXV,  c.  wii.  —  llist.  accid.  des  Croisades  . 

du  Has-Eiiipiro ,  l.  XIII.  p.  18-J-184,  elc.  )  t.  II,  p.  i5().  —  Martène  ,  Ampliss.  Collecl. 

"  Cedienus.  p    678.  t.  V,  col.  632  d. 

■  Cons'antin.  De  Tlicmalilius .  I.  1.  |).  '17.  °  Continuateur  deliuill.  di>  T\t,  I.  \XV, 

(R.induri.  t.  I.  p.   17.)  c.  xi\-xxn,  p.  i(Ji-i(k|. 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  51 

en  ce  temps-là  dans  toutes  les  costes  de  la  nier,  qui  peinielloil  au  sei- 
{jneur  de  s'emparer  des  persoiuies  qui  avoient  fait  naufrage  et  de  tous 
leurs  biens.  La  nouvelle  en  estant  venue  à  Richard,  il  lit  voile  du  costé 
de  Cypre,  à  dessein  de  tirer  vengeance  de  cette  déloyauté;  et,  y  estani 
descendu  avec  ses  troupes,  il  la  réduisit  entièrement  sous  son  jion- 
voir,  le  premier  jour  de  juin ,  veille  de  la  Pentecoste,  ou,  selon  quel- 
ques autres  écrivains,  au  mois  de  juillet  l'an  1191,  s'estant  saisi  de  la 
personne  d'Isaac  et  de  sa  fille,  qui  eurent  la  fortune  que  j'ay  décrite 
ailleurs ^  Cette  conqueste  se  fit  en  l'espace  de  deux  mois'^;  un  autre 
auteur^  dit  en  moins  de  quinze  jours. 

Richard  estant  ainsy  devenu  possesseur  de  Cypre,  avant  sou  dépari 
pour  la  terre  sainte,  en  laissa  le  gouvernement  à  Richard  de  Cam- 
ville  et  à  Robert  de  Tourncliem '',  ou,  selon  d'autres,  aux  chevaliers 
du  Temple  ^  Les  barons  et  les  nobles  du  pays  le  vinrent  trouvei'  eu 
mesme  temps,  et  luy  accordèrent  la  moitié  de  leurs  biens,  à  condition 
cju'il  les  laisseroit  dans  les  libertez  et  les  privdéges  dont  ils  avoient 
jouy  sous  l'empire  de  Manuel''.  Estant  arrivé  en  la  terre  sainte,  il  \ 
trouva  les  affaires  fort  brouillées,  à  cause  du  diflerent  (pii  estoit  entre 
Conrad,  manpiis  de  Montferrat,  et  Guy  de  Luzignan,  au  sujet  dn 
royaume  de  Hiérusaleni  que  l'un  et  l'autre  prétendoient.  Le  ro\  de 
France  favorisoit  le  marquis,  à  la  persuasion  duquel  il  demanda  à 
i'Anglois  la  moitié  de  lisle  de  Cypre",  suivant  les  conventions  qui 
avoient  esté  faites  entre  eux,  par  lesquelles  ils  éloient  demeurez  d'ac- 
cord de  partager  également  leurs  conquestes.  Mais,  comme  les  traitez 
ne  regardoient  que  celles  cjui  se  dévoient  faire  sur  les  infidèles,  le  roy 
Philippe  s'en  désista.  Pendant  ce  temps-là,  Robert  de  Tournehem\  qui 


'   \oiv SteminaComneiiiciDii  {FamiliieAug.  ^  Sanulus,  I.  111 ,  part.  io,c.  iv.  jj.  198. 

Byzantinœ ^  \i.  i84.)  '  Rronipton.  p.  laoo. 

■  Willelmus    Armorie.    Philipj).    I.    IV.  '  Rromptou ,    j).    1202.    —  Wilielinus 

p.  i38.  Neubrig.  I.IV,  c.xxi.  —  Innocentiiis  111 , 1. 1. 

Nicol.  deTi'ivetto,  ann.  1191.  epist.  i35. 

'  Rroniplon.p.  1200.  *  Du  Caiigc.  Hi.st.  By.uut.  p.  iSh. 


52  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

estoit  resté  seul  gouverneur  de  Tisle  à  cause  que  Richard  de  CaniviUe 
esloit  mort  au  siéjje  d'Acre,  dcfllt  un  pareul  d'Isaac  qui  s'esloit  fait 
proclaniei'  empereur,  et  le  fit  attacher  ù  un  gibet.  Durant  les  divisions 
de  ce  royaume,  la  mort  du  marquis  estant  survenue,  le  roy  Richard 
fil  espouser  sa  veuve  à  Henry,  comte  de  Cliampagne,  son  neveu,  au 
droit  de  laipu-lle  ce  comte  devint  roy  de  Hiérusalein ';  et,  afin  de  dé- 
dommager le  roy  Guy,  qui  avoit  des  prétentions,  il  luy  donna  lislc  de 
Cypre,  dont  il  se  réserva  riiomniage.  Un  autre  auteur'^  dit  qu'il  la 
donna  au  comte  et  à  Guy  conjointement.  De  fait,  nous  apprenons  des 
Actes  du  pape  Innocent  111  ^  que  l'empereur  de  Constantinople  s'adressa 
à  Sa  Sainteté  pour  faire  en  sorte  que  le  roy  Henry  lui  restituast  cette 
isle,  ([ue  le  ro;^  Richard  avoit  erdevée  aux  Grecs.  Peut-estre  que  l'hom- 
mage en  fut  cédé  par  l'Anglois  à  Henry.  Roger  de  Hoveden*  dit  que 
l'isle  de  Cypre  ne  fut  donnée  à  Guy  (jue  pour  en  jouir  sa  vie  durant. 
Rigord^  écrit  (pi'auparavant  «pu'  de  la  donner  à  Guy,  il  l'avoit  vendue 
aux  chevaliers  du  Temple  pour  la  somme  de  vingt-cinq  mille  marcs  d'ar- 
gent, et  que,  le  traité  ayant  esté  résolu  et  rompu,  il  la  revendit  à  Guy. 
Sanudo*^  dit  (pi'après  l'avoir  prise  il  en  laissa  le  gouvernement  à  ces 
chevaliei's.  Mais  il  est  plus  probable  que  Guy  la  posséda  par  la  libé- 
ralité de  ce  roy,  qui  luy  fit  (piitter,  par  cette  donation,  ses  prétentions 
sur  le  royaume  de  Hiérusalem  en  faveur  du  comte  de  Champagne,  son 
neveu. 

[Nous  voyous,  par  le  récit  (hi  Continuateur  de  Guillaume  de  T)r^  ce  qu'il 
faut  penser  de  la  prétendue  libéralité  du  roi  Richard  à  l'égard  de  Gui  de  Lusi- 
gnan.  Du  reste,  relativement  à  l'occupation  de  l'île  de  Chypre  par  Richard  et 
à  la  manière  dont  ce  prince  la  céda  aux  Templiers,  puis  à  Gui  de  Lusignan, 
nous  n'avons  pas  cru  devoir  relever  et  noter  ici  toutes  les  variantes,  souvent 
contradictoires,  qui  résuhent  des  diverses  copies  manuscrites  de  la  coiituuia- 

Matliieu  Paris,  ann.  )  191.  p.  1 1<>.  —  '  Roger  de  Hoveden,  p.  yiO. 

Willelmus  Neulirig.  I.  IV,  c.  xxix.  —  Ar-  '  Wirrovd.  mm.  11  gi.  — Ligiwif es il'uutn- 

iioldus  Lulicc.  I.  m.  c.  xxxvii.  mer,  c.  11. 

-  Bropipton.  p.  laSo.  '  Snnuliis.l.  III,  pari.  10.  c.  iv. 

'   Geslu  hiuncciilii  III.  p.  4().  '   L.  XX\  1 ,  c.  Xl,  xii,  p.  191.  iÇ^-2. 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  58 

tion  de  Guillaume  de  Tyr.  On  peut  les  voir  réunies  dans  le  tome  II  des  Histu- 
riens  occidentaux  des  Croisades,  pages  i  Bg-i  69  ,  1 89-1 99  ;  et  dans  les  preuves 
deYHtstoirede  Chypre  par  M.  de  Mas-Latrie,  t.  Il,  p.  i-aS,  et  t.  III,  p.  .^gi- 

595-] 

Guy  de  Luzignan,  roy  de  Hiérusalem,  ayant,  esté  fait  seigneur  de  Tisle 
de  Cypre,  partit  aussytost  de  la  terre  sainte  pour  en  aller  prendre 
possession,  et  emmena  avec  soy  grand  nombre  de  familles  de  ces  pro- 
vinces, qui  vinrent  s'habituer  dans  celte  isle,  ausquelles  il  distribua  les 
fiefs,  pour  estre  régis  et  gouvernez  suivant  les  usages  et  les  statuts  du 
royaume  de  Hiérusalem,  qud  voulut  y  estre  observez'.  Il  érigea  les 
grandes  dignitez,  et  donna  celle  de  connestable  à  son  frère  Amaury; 
bastit  la  ville  de  Limissa  et  l'église  cathédrale  de  Nicossie,  dédiée  à 
sainte  Sophie;  et  enfin,  après  avoir  possédé  Cypre  environ  trois  ans, 
il  mourut  âgé  de  soixante-cinq  ans,  l'an  1 19^,  selon  Sanudo-,  et  non 
pas  1196,  comme  écrit  Eslienne  de  Luzignan^  Guy  ne  prit,  de  son 
vivant,  autre  litre  que  celuy  de  roy  de  Hiérusalem  et  seigneur  de 
Cypre  ". 

AiMERY  DK  LuziGNAN,  counestable  de  Hiérusalem  et  de  Cypre,  succéda 
à  son  frère  en  la  seigneurie  de  Cypre  [au  défaut  de  Geolfroi,  comte 
de  Joppé,  son  frère  aine,  ([ui,  appelé  à  la  souveraineté  de  Chypre  par 
les  dernières  volontés  de  Guy  et  par  Tassentiment  des  seigneurs,  refusa 
obstinément  de  se  rendre  à  leurs  désirs''].  Désirant  s'en  faire  couronner 
roy,  il  envoya  Renier  de  Gibeiet  en  ambassade  vers  l'empereur  Fré- 

'  Etienne  (le  Lusignaii ,  f//s«oîVe c/e  Q//«-e ,  '   Continualeur  île    (iuillniiine  de  Tyr, 

i.  I,  p.  1-23.  —  Loredano,  1.  I,  p.  6.  7,  et  I.  XXVI,  c.  xii,  p.   19-2  et  note  b;  c.  sxi, 

suiv.  la  traduct.  française,  1. 1 .  |>.  7  et  suiv.  p.  -203  et  -208 .  -2 1 1 .  —  De  Mas-Latrie ,  Hist. 

—  Continuât,  de  Guill.deTyr,!.  XXVI,  c.  MI.  ik  Chiijire .  t.  II,   p.  3   et  note  9,  p.   i-i 

p.  191,  iga,  et  variant,  p.  1S8-190.  fil  !î3  ;  t,    III,    p.    Sgo  ,    696    et  note  .j. 

'  Sanut.l.IU,  part.  10,  c.  VIII.  —  Benoit  de  Péterboroug  {Historiens  de 

'  Et.  de  Lusi^. ///«f. f/eC(//)re,foi.  ISO  v°.  France,  t.  XVII,  p.    T^'io  b).   —  Cod.  di- 

"  De  Mas-Latrie, ///.sro(VcrfeC/i(//»v',  t. II.  phmia.   t.  I,  p.  870:   tableaux  gént^alogi- 

p.  1 1  et  note  2  ;  t.  Hl,  p.  663.  ques. 


b!t  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

délie  11  [ou  plutôt  Henri  VI],  pour  en  obtenir  de  luy  le  titre'.  L'em- 
pereur, qui  avoil  receu  une  niesme  prière  de  la  part  de  Léon,  prince 
d'Arménie,  leur  envoya  Conrad,  archevesrpie  de  Mayence,  son  chan- 
celier, ({ui,  au  so;iir  de  Sicile,  vint  abordei'  en  l'isle  de  Cypre,  assisté 
du  comte  Âdolplie  et  d'autres  grands  seigneurs  allemans,  et  y  cou- 
ronna solemnellement  Ainiery  en  l'église  du  Dôme  de  Nicossie[i  196]-; 
et  de  là  il  |iassa  en  Arménie,  où  il  couronna  le  j'ov  Léon.  Incontinent 
après,  la  mort  de  Henry,  comte  de  Champagne,  estant  survenue,  et  le 
roy  Aimery  estant  veuf  de  sa  femme  Eschive,  fdle  de  Baudouin  dlhelin, 
seigneur  de  Rame,  les  barons  du  royaume  de  Hiérusaleni  dépeschèrent 
vers  luy  pour  le  prier  de  vouloir  espouser  la  reyne  Isabelle,  veuve  du 
comte,  et  de  recevoir  par  mesme  moyen  le  gouvernement  du  royaume^: 
ce  qu'il  accepta  en  l'an  1  198,  ayant  espousé  la  reine  et  ayant  ensuite 
esté  couronné  roy  de  Hiérnsalem.  L'auteur  des  Assises  de  ce  royaume* 
écril  qu'Amaury.  df  pauvre  varlel  el  geulilliomuie,  s'éleva  à  la  supresme 
qualité  de  roy  de  deux  royaumes  par  sa  propre  vertu,  ayant  passé 
auparavant  par  toutes  les  dignitez  du  royaume  de  Hiérusalem,  depuis 
celle  de  chambellan  jusques  à  celle  de  connestable,  et  ([u'il  gouverna 
ses  Estats  tant  qu'il  vécut  avec  beaucoup  de  prudence,  observant  les 
assises  et  les  usages^,  dont  il  avoit  une  parfaite  connoissance''.  Il  mourut 
[d'indigestion,  après  avoir  mangé  des  dorades''],  l'an  1206,  âgé  de 
soixante  ans,  ayant  laissé  de  la  revue  Isabelle,  qui  lui  survécut,  deux 


'  Anioldus  Luljec.  I.  V,  c.  11.  —  lllii. 
\Viltebi'.  iib  Oldiniljorg.  p.  lia. 

'  liOiodaiio,  1. 1 ,  p.  1 7  ;  traduct.  Irançaise, 
I.  i.  p.  19.  —  Continuateur  de  Guill.  deTyr. 
1.  XXVI,  c.  XXIV,  p.  aia;  c.  xxvii.  p.  ai 5. 

■  Saiiut.  1.  m,  part,  lo,  c.  viii,  p.  aoi. 
—  Roger  de  Hoveden,  p.  778. 

'  Assises  de  Jérusalem ,  p.  ^98,  696.  — 
Labbe,  Abrège  roijal;  édit.  Beugnol.  I.  1. 
e.  ccLxxiii ,  p.  409  ,  i3o.  —  De  Mas-Latrie. 
Hisinire  lie  Clii/pre.  t.  1 .  p.  a 3. 

'  Assises  lie  Jérus.  t.  I,  p.  oOg.  .570  cl 
note  a. 


'  11  y  aurait  encore  d  autres  observations 
intéressantes  à  faire  sur  le  caractère  et  sur 
les  actes  d'Aimeri  de  Lusignan,  comme  con- 
nétable du  royaume  de  Jérusalem  ,  seigneur 
puis  roi  de  Cbypre,  enlin  roi  de  Jérusalem. 
Mais  pour  les  détails  de  la  vie  de  ce  prince, 
comme  de  tous  les  autres  Lusignan  rois  de 
Chypre,  ses  successeurs,  nous  nous  con- 
tenterons de  renvoyer  en  général  à  l'IIisloire 
lie  Clii/pre,  par  .\1.  de  Mas-Latrie. 

'  .Marin.  Sanut.  1.  lit.  part.  11.  c.  m. 
p.  aoS.  —  Continuai,  de  Guill.  de  Tyr, 
1.  XXX .  e.  n.  p.  3o5. 


LES   ROIS   DE   CHYPRE.  T)» 

filles  dont,  j'ay  parlé  ailleurs*.  Quant  à  ceux  qui  naquirent  du  premier 
lit,  il  y  eut  trois  fils  et  trois  filles^  Les  fils  furent  Hus;ues,  qui  lui 
succckla;  Guy  et  Jean,  (pii  décédèrent  jeunes.  Le  Ligiiaoe  (VmUre-mo- 
ne  lait  mention  que  dn  premier.  Les  filles  lurent  Bourgoigne,  qui 
espousa  Gauthier  de  Montbéliard\  qui  eut  de  cette  alliance  une  fille 
nommée  Escliive,  mariée  à  Girard,  neveu  d'Eustorge,  archevesque  de 
Nicossie;  Helvis,  conjointe  avec  Rupin  d'Arménie,  prince  d'Antioche, 
qui  l'enleva  à  Eudes  de  Dampierre,  qui  l'avoitespousée  en  légitime  ma- 
riage* ;  et  x\gnès,  décédée  en  jeunesse.  Le  moine  des  Vaux  de  Sernay  ■' 
fait  mention  d'une  fille  du  duc  de  Cypre  qui,  ayant  esté  alliée  à  Ray- 
mond VI,  comte  de  Tolose,  fut  par  luy  répudiée;  ce  qui  peut  estre 
rapporté  à  quelqu'une  des  filles  d'Aimery. 

[L'existence  d'une  iille  d'Aiiiicri  mariée  au  comte  de  Toulouse,  Haiinond  VI, 
était  un  point  resté  obscur  jusqu'ici.  Dom  \'nissète'^,  se  fondant  sur  le  texte 
du  Continuateur  de  Guillaume  de  Tyr.  donm''  ])ar  Martène\  dit  <|ue  Rai- 
mond  VI  épousa  Bourgogne,  tille  du  roi  Aimeri.  L'Art  de  rérijicr  ks  dates  ^ 
suit  l'opinion  de  dom  Vaissète.  Cependant  le  texte  de  Martène  ne  nonuue  pas 
ici  Bourgogne,  et  dit  seulement  qu'une  dame,  iille  du  roi  de  Chypre  (qu'il 
ne  nomme  pas  non  plus),  fut  prise  pour  femme  par  le  comte  de  Saint-Gdles 
(Raimond  VI),  et  que  ce  seigneur  la  répudia  peu  après  pour  épouser  la  sœur 
du  roi  d'Aragon;  f[ue  cette  dame  épousa  ensuite  un  chevalier  parent  du  lomte 
de  Flandre  Baudoin,  qui  passa  en  Chypre  et  recpiit  du  roi  Aimeri  le  royaume 
au  nom  de  sa  femme.  Sa  re(piéte  fut  repoussée  avec  mépris,  et  le  roi  lui  en- 
joignit avec  menaces  de  (piiller  l'île  au  plus  vite.  Or  le  texte  de  Martène  ne 
dit  pas  que  ce  fût  à  son  beau-père  que  le  chevalier  flamand  adressât  cette 
n'ilamalion.  Elle  eût  été,  en  ce  cas,  le  comble  de  l'absurdité,  puisque  Aimeri 
tenait  le  royaume  de  Chypre  de  son  chef,  couune  héritier  de  son  frère  Gui, 

'  Xoiv  Les  Rois  (le  Jénisniem.  ^  Monachus   [Petnis|  Vnilium    Sarnaii, 

'  Loredario,    1.    I,   [i.   \i^'^\    tiaduction  c.  iv.  (Hist.  de  Fi\  t.  XIX.  p.  9,  c.  note.) 

française,   I.   I,   p.   ao.  —  Marin.  Sanut.  ^  Histoire  du  Languedoc,  t.  Ili,  p.  85. 

1.  m.  [)ai'[.  1 1.  c.  IV.  p.  aoi).  —  Continuât.  86,  ioq,  io3,  548,  SAg,  note  x. 

do  Gnili.  de  Tyr,  I.  XXX,  c.  xv,  p.  3o8.  '  Ampliss.  Coll.  t.  V.  col.  609  a,  b,  c. 

Conliniial.  etc.  1.  XXVI,  c.  xxi,  p.  -loS.  '  Les  Rois  de  Clii/pre  :  —  Les  Comtes  de 

'  Innocentius  III ,  1.  iV,  epist.  io5.  Toulouse. 


5f,  LES  FAMILLES  DOIITRE-MER. 

ot  (|iio  sa  fille,  en  supposant  même  (pi'elle  eût  été  son  héritière  unique,  n'avait 
rien  à  v  prétendre  qu'après  sa  mort.  Pierre  fies  Vau\-cle-Gernay  '  dit  que  Rai- 
mond  VI  avait  épousé  successivement  Béatrice,  sœur  du  vicomte  de  Béziers: 
une  tille  du  duc  de  Chypre,  ipi'il  ne  nomme  pas;  Jeanne,  soeur  du  roi  d'An- 
idelerre:  Éléonorc.  sœur  du  roi  d'Aragon.  Les  éditeurs  du  XLV  volume  des 
llislorie)i.i  (le  France  ont  pensé  aussi,  d'après  Vaissète,  qu'il  .s'agissait  ici 
d'une  fille  du  roi  Aimeri;  et  nous  voyons  que  Du  Gange  avait  avancé  la  même 

opinion. 

Cependant  Sanudo-  avait  «lit  (pie  la  fille  de  l'empereur  de  Chypre,  pri.se 
autrefois  par  Richard,  se  maria  à  un  chevalier  de  Flandre,  (pii  réclama  en 
son  nom  le  royaume  de  Chypre;  et  Du  Cange  lui-même  a  rappelé  ce  fait  dans 
ses  Familles  byzantines'. 

Or  nous  savons  que  la  dame  mariée  à  Raimond  \  I  de  Toulouse  était  la 
même  que  celle  qui  épousa  depuis  un  chevalier  flamand,  et  que  cette  princesse 
était  fille  d'Isaac,  ancien  roi,  duc  ou  empereur  de  Chypre.  Mais  la  Continuation 
puhliée  par  Martène  était  inconnue  à  Du  Cange,  qui  paraît  n'avoir  que  peu 
consulté  les  copies  manuscrites  des  diverses  continuations  de  Guillaume  de  Tyr. 

Enfin  le  texte  de  la  Continuation,  qui  forme  le  IP  volume  des  Histoneiix 
onklentaux  des  Croisades  lève  toutes  les  difficultés*,  en  établissant  nettement 
que  ce  chevalier  flamand,  nommé  Baudoin,  parent  du  comte  Baudoin,  empe- 
reur de  Constantinople,  renconira  à  Marseille  une  dame,  fille  de  l'empereur 
de  Chypre,  autrefois  emmenée  caj)tive  par  le  roi  Richard.  Devenue  libre  après 
la  mort  du  roi  d'Angleterre,  elle  s'était  rendue  à  Marseille;  là  le  comte  de 
Saint-Gilles  (Raimond  VI.  comte  de  Toulou.se)  l'avait  épousée,  puis  répudiée 
(pielque  temps  ajjrès.  De  retour  à  Marseille,  elle  épousa  en  secondes  noces  le 
chevalier  flamand  ipii  réclama  en  son  nom  le  royaume  de  Chypre,  etc. 

Ainsi  tout  s'explique  :  il  n'y  a  plus  ni  obscurité,  ni  contradiction,  ni  invrai- 
semblance, dans  les  divers  mariages  d'une  fille  d'un  roi  de  Chypre,  ni  dans  les 
revendications  poursuivies  en  son  nom.  Quanta  Bourgogne,  fille  du  roi  Aimeri. 
il  paraît  certain  cpi'elle  n'épousa  jamais  le  comte  Raimond  VI.  et  qu'elle  n'eut 
d'autre  mari  (jue  Gautier  de  Montbéliard  ^J 

'  Hisi.    Albigctts.   c.   IV.    [Uisloriens  ilf            *  Continuât,  (le  Giiill.  de  Tyr.  I.  XXVIII . 

France,  t.  XIX,  p.  9  et  notée.)  c.  \.  p.  a5G,  -iSy. 

-   Livre  111.  part.  11.  c.  i.  p.  -lo-i.  '    Lalibe.   Lignages  d'mlve-mer,  p.  358. 

■   FnmiL  ÀKgiist.  Uijumt.  p.  l8i.  i-2.").  —  Cudic.  diplom.  t.  I.  p.  072  :  ^otkei 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  57 

Hugues,  fils  d'Aimery,  estoit  fort  jeune  lorsque  son  père  mourut'. 
C'est  pourquoy  les  estais  avisèrent  de  luy  donner  pour  tuteur  et  régent 
du  royaume,  Gautier  de  Montbéliard,  son  beau-frère,  qui  le  gou- 
verna en  cette  qualité  avec  peu  de  conduite  2,  ayant  fait  plusieurs  et 
indues  exactions  sur  les  peuples,  qui  luy  attirèrent  non-seulement  leui' 
haine,  mais  encore  l'aversion  de  Hugues,  qui,  estant  devenu  majeur, 
le  cita  devant  la  cour  des  pairs \  arresta  tous  ses  biens,  et  l'obligea  de 
se  retirer  à  Acre*;  dont  Gautier  se  plaignit  au  pape  Innocent  111,  qui 
'donna  commission,  en  l'an  1211,  au  patriarche  de  Hiérusalem,  pour 
apaiser  ce  différente  L'année  suivante,  il  eut  quelques  démeslez  avec 
Jean  de  Brienne ,  roy  de  Hiérusalem ,  comme  on  apprend  des  épistres 
du  niesme  pape®. 

Hugues  se  trouva  avec  le  roy  de  Hongrie,  le  duc  d'Autriche  et  autres 
princes  chrestiens,  en  la  ville  d'Acre  l'an  1217,  lorsqu'ils  se  prépa- 
rèrent pour  le  siège  de  Damiette^  Mais  le  roy  de  Hongrie  abandonna 
laschement  cette  entreprise  et  attira  à  son  party  le  roy  Hugues  avec  le- 
quel il  se  retira  en  la  ville  de  Tripoly,  où  le  roy  de  Cypre  mourut 
quelque  temps  après  [peu  de  jours  après  le  maiiage  de  sa  sœur  Mé- 
lissende  avec  Boémond  IV  le  Borgne,  prince  d'Antioche],  l'an  1218', 
ayant  à  peine  atteint  l'âge  de  trente  ans.  Son  corps  fut  inhumé  en 
l'église  de  Tripoli,  et  depuis  fut  porté  en  Cypre  en  l'église  de  Saint- 
Jean  de  l'Hospital  de  Nicossie. 

généalogiques.  —  Du  Gange,   Obset-i'ations  même,  se  réfugia  à  Acre,  au  lieu  de  rendre 

sur  Villehardoin ,  p.  aSa.  ses  comptes. 

'  Samit.  1.  III,  part.  1 1,  c.  ni,  p.  aoo.—  '  Innocentius  III,  1.  XIV,  epist.  loi. 

Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXVI,  c.  xxi.  "  Innocentius  III,  1.  XV,  epist.  206. 

p.  ao8;l.  XXX,  c.  xu,  p.  3o5.  —  Assises  '  Sanulus,  1.  III,  c.   vi.  —  Continuai. 

de  Jérusalem,  t.  H.  p.  iaS.  I.  XXXI,  c.  x,  p.  3aa,  3a3. 

'  Loredano,  1.  l,  p.  aS;  Irad.  fr.  t.  I.  '  Sanut.  1.  III,  c.  vu,  p.  ao8.  —  Gode- 

p.  98. —  Sanut.  L  III,  part.  1 1,  c.  v,p.aoC.  fridus  Mon.  ann.  laiy,  p.  a86.  — Jordan. 

■'  Assises  de  Jériis.  t.  I ,  p.  /igfi ,  note  1 .  apud  Raynald.  t.  XX ,  p.  436  ;  1  a  1 8 ,  n°  1 8. 

''  Selon  le  Continuateur  de  Guillaume  de  —  Continuât.  1.  XWI,   c.  xni,   p.  3a 5; 

Tyr(l.  XXXI,  c.  v,  p.  3i5,  3i6)  et  Lorédan  i.  XXXII,  c.  xxi,  p.  36o.  —  Loredano,  1. 1, 

(1.   I,  p.   a8;  traduction  française,  t.   I,  p.    33,    34;    traduction    française,    t.    I, 

p.   3o-3a),    c'est    Gautier  qui,    de   lui-  p.  38.  ig. 

8 


58  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

Ilavoil, espoiisi",(lès  l'an  1208,  Alix,  fille  de  Henry,  comte  de  Cham- 
pagne et  d'Isabelle,  reyne  de  Hiérusalem  [comme  il  avait  été  convenu 
dès  Tannée  1196  entre  le  comte  Henri  de  Champagne  et  Aimeri, 
alors  connétable  du  royaume  de  Jérusalem;  et]  suivant  les  conventions 
qui  en  avoient  esté  dressées  l'année  pi-écédente  [1207]  entre  Jean 
d'Ibelin,  bade  ou  régent  du  royaume  de  Hiérusalem,  son  frère  Philippe 
d'Ibelin  et  Guillaume  de  Dampierre  d'une  part,  et  Garnier  de  Legny 
chevalier  de  la  part  de  la  comtesse  de  Champagne,  en  présence  de 
C[larembaud],archevesquede  Tyr'.  Ce  Gudlaume  de  Dampierre  avoit 
eu  dessein  de  l'espouser  dès  l'an  i2o5-;  mais  il  en  fut  empesclié  par 
le  pape  Innocent  IH^,  à  cause  de  la  parenté  qui  estoil  entre  eux, 
comme  l'on  apprend  d'une  bulle  de  ce  pape,  adressée  à  cet  effet  à  lar- 
chevesque  de  Sens  et  à  l'évesque  de  Cliaalons.  Il  se  maria  depuis  avec 
Marguerite,  qui  fut  comtesse  de  Flandres. 

[Celte  bulle,  (|ui  serait  en  effet  de  l'an  i2o5,  iS  août,  c'est-à-dire  de  la 
8'  année  du  pontificat  d'Innocent  111 ,  si  elle  était  de  ce  pape ,  est  d'Honorius  III , 
la  S'  année  de  son  pontificat,  c'est-à-dire  laaS,  même  date  du  mois.  En 
effet  la  princesse  Alix  y  est  traitée  de  reine  de  Chypre  :  >or  elle  n'épousa  le  roi 
de  Chypre,  Hugues  I",  qu'en  1208;  donc  cette  bulle  ne  peut  être  que  d'une 
date  postérieure  à  son  veuvage ,  qui  eut  lieu  en  1918.  D'ailleurs ,  en  1  2  0  5 ,  Alix 
avait  à  peine  onze  ou  douze  ans,  étant  née  au  plus  tôt  en  1 198,  peut-être  en 
119/1,  puisque  Henri  de  Champagne,  son  père,  n'épousa  ht  reine  Isabelle 
qu'en  1  1  «ja,  et  qu'Alix  ne  l'ut  pas  l'aînée  de  ses  filles,  s'd  faut  en  croire  L'ir? 
de  vérifier  les  dates ^,  qui  nomme  une  princesse  Marie,  morte  enfant,  comme 
étant  née  avant  elle.  Baluze  et  les  éditeurs  du  tome  XIX  des  Historiens  de 
France  ont  publié  cette  lettre  comme  étant  d'Honorius.  Le  Cartulaire  même 

'  Sanut.  1.  III,  c.  IV,  p.  2o5.  —  Cartii-  do  Guill.  de  Tyr,  I.  XXVI.  c.  xxi,  p.  209: 

iaire    de    Champagne    de    M.    de    Thou.  I.  XXX,  c.  x\.  p.  809. 
n°  80.  (Ribliotlièque  impériale,  fonds  latin.  "  Carlul.deChampagnedelaBibl.duRoy, 

ms.  5999,  fol.  61  v°.)  — Paclum  Matrimo-  fol.  oo.  (Bil)i.  iuip.  anc.  lus.  lat.  5998  .i.  1 
nii,  etc.  (Martène  Thesmir.  Anecdoct.  t.  1 .  Epist.  Innocentii  111;  Baluze,  apjiend. 

col.  806,  807.)  —  Innocentius  111  papa.  t.  11,  p.  852. —  Histor.de  France,  t.  XIX , 

Epist.  —  De  Baluze,  t.  Il  — De  Mas-Lalrie .  p.  735. 
Hist.  de  Chypre,  t.  H,  p.  34.  —  Continuât.  ''  Comtes  de  Champagi 


ne. 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  59 

de  Champagne,  cite  par  Du  Gange,  la  donne  sous  le  nom  d'Honorius.  D'après 
ce  document,  le  mariage  d'Alix  avec  Boémond  V  ne  serait  pas  antérieur  à 
l'année  laaS;  et  par  conséquent  Guillaume  de  Dampierre  n'aurait  épousé 
Marguerite  de  Flandre  cpi'en  cette  même  année  au  plus  tôt,  quoicpie  les  Dates  ' 
mettent  cette  alliance  en  i  a  i  8.] 

Le  roi  Hugues  laissa  de  cette  alliance  Henry,  qui  lui  succéda,  et 
deux  filles,  dont  Tune,  nommée  Marie,  espousa  Gautier  IV,  comte  de 
Brienne;  l'autre,  appelée  Isabelle,  fut  donnée  en  mariage  à  Henry, 
fils  puisné  de  Boémond  IV,  prince  d'Antioche,  cjui  en  eut  Hugues  lîl, 
roy  de  Cypre,  et  Marguerite,  femme  de  Jean  de  MonUbrt,  seigneur  de 
Tyr-.  La  reyne  Alix,  après  le  décez  de  son  mary,  reprit  une  seconde 
alliance  avec  Boémond  V, prince  d'Antioche,  l'an  i  222^;  et,  ce  mariage 
ayant  esté  dissous  l'an  laSS'*,  elle  se  remaria,  deux  ans  après,  avec 
Baoul,  seigneur  de  Cœuvre,  frère  du  comte  de  Soissons,  comme  j'ay 
remarqué  ailleurs^. 

Henry,  surnommé  le  Gros,  fils  du  roy  Hugues  et  de  la  reyne  Alix, 
navoit  que  neuf  mois  lorsque  son  père  décéda •".  D'abord  il  y  eut  quel- 
ques bruits  et  quelques  difficultez  sur  le  gouvernement,  tant  que  le 
jeune  prince  eust  atteint  son  âge.  Ce  qui  obligea  le  pape  Honorius  III  ', 
non-seulement  de  prendre  le  soin  de  ce  royaume  en  le  mettant  sous  la 
protection  du  Saint-Siège,  mais  encore  donnant  ordre  à  Pelage,  évesque 
d'AIbe,  légat  apostolique,  et  au  grand  maistre  des  Templiers,  de  veiller 
à  sa  conservation.  D'antre  part  la  reyne  Alix,  mère  du  roy,  donna  la 

'    Comtes  de  Flandre.  "  Assises  de  Jérusalem,  p.  543;  Labbc. 

■  Continuai,  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXXH.  édil.   Beiignot,   t.    II.   p.    hw.  —  Sanul. 

c.  XXI.  p.  3Co.  —  Etienne  de  Lusignan.  1.  111.  part.  11,  c.  vu,  p.  308.  —  Jordan. 

Généalogie  des  roijs  de  Ci/pre.  foi.  10  v°  et  16.  apud  Raynald.  1218,  n°iS,  t.  XX,  p.  iSôb. 

—  Labbe,  Lign.  d'outre-mer.  p.  869.  iaS.  — Contin.  de  Guillaume  de  Tyr,  I.  XXXII, 

Continuât,  etc.  1.  XXXII,  c.  XXI,  p.  36i;  c.  xxi.p.  36o.  —  De  Mas-Latrie ,  f/wto/re  rfc 

I.  XXXIII,  c.  xni,  p.  38o.  CJnjiyre,  t.  II,  p.  33 ,  note  a. 

^  Conlinuat.etc.I.XXXIII,c.xLi,p. /108;  '  Honorius  III.  £)«'«/.  I.  li.  1267,  1270. 

c.  L,  p.  iao.  —  De  Mas-Latrie,  Histoire  de  Cluiprc .  t.  Il, 

^  Voir  Le*  Rois  de  Jérusalem.  p.  /17;  t.  III,  p.  610,  611. 


60  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

conduite  de  toutes  les  ailaires  du  royaume  à  ses  deux  oncles  Jean  et 
Philippe  d'll)elin,  qui  firent  couroiuier  le  jeune  Henry  par  Eustorge. 
archevesque  de  Nicossie,  n'estant  encore  âgé  que  de  sept  ans,  du  con- 
sentement de  sa  mèi'e  et  de  la  haute  cour'.  PhHippe  d'Ibelin,  baile 
de  Cypre,  estant  décédé  l'an  1228  2,  le  gouvernement  demeura  au 
seigneur  de  Barut,  son  frère,  contre  lequel  la  reyne  eut  quehjues 
différents,  et  mesme  ayant  esté  obligé  de  se  retirer  en  la  ville  de  Tri- 
poli, elle  voulut  déposséder  le  seigneur  de  Barut  et  luy  substituer  Ga- 
merin  Barlas;  mais  il  ne  put  estre  receu  par  la  haute  cour  en  cette 
qualité. 

[D'après  le  Continuateur  de  Guillaume  de  Tyr  ^  c'est  peu  après  son 
mariage  avec  Boémond  V  (laû-!)  que  la  reine  Alix  voulut  déposséder,  non  le 
seigneur  de  Baruth.  mais  Philippe  d'Iheiin.  son  h-ère,  de  la  régence  du  royaume 
de  Giiypre,  pour  lui  subslituer  Camerin  ou  Aimeri  Barlais.  Mais  Philippe  ré- 
sista, p(  tous  les  seigneurs  s'accordèrent  pour  le  maintenir  dans  ses  fonctions, 
hors  un  seul,  Baudouin  de  Belesme,  qui  déclara  ne  reconnaître  d'autre  baile 
du  royaume  que  la  reine  mère.  A  ces  mots,  tous  les  partisans  des  Ibelin  lui 
coururent  sus  et  le  laissèrent  pour  mort.  Le  récit  de  Lorédan  ^  est  un  peu  dif- 
férent, et  suppose  que  Philippe  d'Ibelin  avait  quitté  la  régence,  mais  qu'il  ne 
vonhit  point  souffrir  Camerin  Barlais  pour  successeur.] 

Ensuite  quelques  barons  de  Cyj)re,  qui  favorisoient  la  l'eyne,  appe- 
lèrent l'empereur  Frédéric,  «pii  passoit  en  la  terre  sainte  pour  recueillir 
la  couionne  du  royaume  de  Hiérusalem.  (jui  luy  estoit  échue  du  chef 
de  sa  femme ^  Frédéric  estant  entré  en  Cypre,  le  seigneur  de  Barut  le 
vint  trouver  avec  le  jeune  roy^  L'empeieur  les  traita  d'abord  humai- 
nement, puis,  faisant  éclater  son  dessein,  fit  arrester  l'un  et  l'autre.  Il 
forma  ensuite  diverses  contestations  contre  le  seigneur  de  Barut,  luy 


'   Loredaiio,  1.1.  p.  3i;  traduction  li-aii-  Mann.  Sanut.    1.   111.  c.  \i,   p.   an. 

çaise,  t.  I.  p.  39.  -213.  —  Mathieu,  Paris,  ann.  i-i-îi).  —  Joi- 

"  Sanut.  I.  III,  c.  .\i,  p.  -211.  dan.  n|i.  Raynaid.   i-Jag.  11°  3i,    t.  XXI, 

'  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr.  I.  .XXXIl.  p.  ;). 

c.  x.\i.p.  3()0-363.                   '  '  Continuât,   etc.    I.   XXXIII.   '■.    i-m. 

"   Lored.  I.  1.  p.  63;  Irad.  f'r.  t.  1.  p.  /19.  p.  3(16-3r)(). 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  61 

rlispulaiit  la  seigneurie  de  Barut  et  la  (jualité  de  baile  de  Cypre.  Mais 
par  l'entremise  de  quelques  grands  il  l'ut  convenu  que,  pour  le  premier 
point,  il  serait  décidé  par  les  barons  du  royaume  de  Hiérusalem,  et. 
pour  le  second  par  ceux  de  Cypre.  Cependant  Frédéric,  avant  de  passer 
en  la  terre  sainte,  donna  le  gouvernement  de  Cypre  à  cinq  seigneurs, 
sçavoir  :  à  Camerin  Barlas.  Almeric  de  Bessan,  Caain  Le  Boux,  Guil- 
laume de  Bivet  et  Hugues  de  Gibelet,  tant  que  le  roy  fust  majeur'.  \ 
laissant  des  trouppes  alemandes  poui-  garder  les  places. 

[Le  Continuateur  de  Guillaume  de  Tyr '^  présente  ces  derniers  faits  fout  au- 
trement. C'est  au  moment  de  partir  d'Acre  pour  l'Italie  (1229),  et  non  avant 
de  passer  dans  la  terre  sainte,  que  l'empereur  Frédéric  céda  à  ces  cinq  sei- 
gneurs le  gouvernement  ou  la  bailie  de  Chypre,  qu'il  avait  droit  de  tenir  pondant 
trois  ans,  juscpi'à  la  majorité  du  roi.  Il  le  leur  vendit  pour  dix  mille  man.s 
d'argent,  qu'ils  devaient  remettre  à  Balian  de  Sajette  et  à  Garnier  l'Alemant. 
ses  baillis  au  royaume  de  Jérusalem.] 

Les  allaires  demeurèrent  en  cet  estât  jusques  en  l'an  laSa,  que  le 
seigneur  de  Barut,  avec  des  troupes,  entra  dans  l'isle  de  Cypre 3.  se 
joignit  avec  le  roy,  qui  estoit  en  la  garde  des  cinq  barons,  et  se  rendit 
maistre  de  l'isle.  L'empereur  ayant  envoyé  contre  luy  Hicliard,  mares- 
chal  de  l'empire,  il  le  deffit  entièrement.  Il  y  eut  divers  sièges  de  places, 
où  plusieurs  grands  seigneurs  perdirent  la  vie. 

[Ce  récit  est  confus  et  obscur:  voici  l'ordre  des  faits  tel  qu'il  résulte  du  Con- 
tinuateur de  Guillaume  de  ïyr  *  : 

Richard  Filangieri,  maréchal  de  l'empereur  Frédéric  II,  envoyé  par  ce 
prince  en  Chypre  et  en  Svrio  pour  y  soutenir  ses  prétentions  à  la  bailie  de 
Chypre  contre  le  sire  de  Baruth,  Jean  d'Ibelin,  enleva  à  ce  seigneur  sa  terre, 
et  assiégea  son  château  de  Baruth  (laSi).  Jean  d'Ibelin  détermina  le  roi 
Henri'',  et  une  partie  des  seigneurs  cypriotes,  à  se  joindre  à  lui  contre  Ri- 
chard. Taudis  (pi'il  étail  à  Acre,  occupé  à  souhner  le  peuple  coiilrc  l'autorité 

'   Furuie  sciuvi.'iit   employé  par   I  auleui-  Gotlel'ritlus  iiiuii.  aiin.  i-2oi. 

pour  ;  jusqu'à  ce  fjtie  le  roifùl  mrijeur.  *   ('.(iiilinuat.  deGuill.  dfi  Tyr.  I.  XXXllI . 

■  Continuateui'   de  (juillauiiie    de    Tyr.  e.  xxi\-\\vi,  j).  oSy-Siji. 

1. XXXIII,  c.  IX,  p.  375.  'Continuât. etc.l.XXXlIl.c.xxvHi. p. ;'>94. 


a'2  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

(|p  Ricliard  cl  de  l'empereur  \  Richard  surprit  son  armée  à  Casal-Imhert  et  la 
mil  en  déroute  (i  aSa  ,  3  mai) 2,  puis  envahit  l'île  de  Chypre,  qu'il  soumit  tout 
entière,  excepté  les  châteaux  de  Dieu-d'Amour  et  de  Buiïavent  (laSa)^  Ce- 
|),.n.lan(  U-  sire  de  Barutli  ranima  les  Cypriotes  et  le  roi  lui-même,  découragés 
par  ces  revers,  en  leur  prêtant  de  rar;;ent.  produit  de  la  vente  de  deux 
ca^au\  par  ses  deux  neveux,  Jean  de  Césarée  et  Jean  d'ibelin*,  et  en  levant 
.le  nouvelles  troupes,  avec  les.pielles  il  rentra  en  Chypre,  reprit  avec  le  roi 
la  plupart  des  villes;  battit  Richard  à  Agridi,  le  iD  juin  1  aSa;  reprit  Cérines 
après  un  an  de  siège  (i  2  33),  et  força  les  Impériaux  de  quitter  l'île  et  de  se 
retirer  pour  la  plupart  en  Arménie  ^.] 

Henry  devint  ensuite  seigneur  du  royaume  de  Hiérnsalem^  qui  luy 
échut  par  le  décez  de  sa  nièi'e  arrivé  en  l'an  12/16. 

[Par  un  acte  de  1  2/17.  il  céda  à  son  neveu,  Jean  de  Brienne,  fds  de  sa  sœur 
Marie  et  de  Gautier  de  Brienne ,  tous  ses  droits  sur  les  comtés  de  Brie  et  de 
Champagne''.] 

Deux  ans  après  [la  nior!  de  sa  mère],  le  roy  saint  Louys  estant  des- 
cendu en  Tisle  de  Cypre  pour  passer  en  la  terre  sainte,  non-seulement 
Hem'y  le  recueillit  et  luy  rendit  tous  les  honneurs  possibles,  mais  encore 
pi'il  la  croix  avec  la  plupart  des  barons  et  des  prélats  de  Cypre,  à  des- 
sein de  l'accompagner  en  son  entreprise  d'Afrique»:  ce  qn'il  fit,  s'estant 
trouvé  avec  luy  au  siège  de  Damiette.  Il  vint  encore  au  secours  du  même 
roy  en  l'an  i'j5!i''  lorsqu'il  entreprit  avec  le  sultan  de  Babylone  d'aller 
attaquer  le  sultan  d'Hala])(>'«.  Il  mourut  la  mesnie  année,  ou  selon  le 
cavalier  Loredan,  le  8"=  jour  de  juin  de  l'année  suivante.  [Loredan" 

'   Continuai,  de  Guill.  de  Tyr,  I.  XXXIII ,  '  Labbe ,  Alliance clironolog.  t.  II ,  p.  65G. 

c.  XXIX,  xxxni,  11.  3q.S.  '  Guillaume  de  Nangis,  In  sanctum  Ludo- 

^  M.  ibid.  c.  XXX,  XXXI,  p.  Sgô-SgS.  vicum,  p.  867,  368,  356;  édit.  Diichesne. 

'  U.  thid.  c.  xxxni,  p.  399.  —  Vincentius  Bellov.  1.  XXXII,  c.  xcvni. 

*  M.  ibid.  c.  X.XX11,  p.  398,  399.—  Cod.  "  Mathieu  Paris,  ann.  laSa,  p.  564. 

diplom.  t.  I ,  n°  1 4  ,  p.  39-3.  '"  Sanut.  1. 111 ,  part.  1  a  ,  c.  iv.  —  Conli- 

'  Contimiat.etc.l. XXXIII, c.xxxiv-xxxvi,  nuat.  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXXIV,  c.   11, 

1).  hno-lio-i. — Loredano  ,  1.  II,  10-2-1 08  ;  [,.  4/41. 

traduction  française,  t.  I,  p.  119-1-37.  "   Loredano.  I.  II,  p.   i3-3;  traduction 

"  Sanut.  1.  111.  part.  1-2,  c.  i.  française,  t.  I,  p.  i5i. 


LES  UOIS  DE  CHYPRE.  fWi 

dit  le  8  janvier.]  L'empereur  Frédéric  avoit  eu  dessein,  lorsquii  esloU 
niaislre  de  Cypre,  de  luy  faire  espouser  la  fille  de  Guillaume  Longue- 
Espée,  comte  de  Sarisbéry,  bastard  de  Henri  II,  roy  d'Angleterre.  Mais, 
outre  que  le  roy  avoit  de  l'aversion  pour  ce  mariage  ',  elle  vint  à  décéder 
presque  au  mesme  temps  en  la  ville  de  Cérines.  Incontinent  après .  sça- 
voir  en  l'an  ia38  [ou  i'^37]'^  il  espousa  Esthiennette  ou  Stépllani(^ 
sœur  d'Aitlion  1",  roy  d'Arménie.  Elle  semble  estre  nommée  Emeliiic 
dans  Guillaume  de  Nangis^.  Cette  reyne  estant  décédée,  il  s'allia  en  se- 
condes noces  avec  Plaisance,  fdle  de  Boémond  V,  prince  d'Antioclie*. 
Ce  second  mariage  se  fit  en  l'an  i95o,  au  mois  de  septembre,  duquel 
il  laissa  un  seul  fils,  qui  luy  succédai  Plaisance  se  remaria  depuis  au 
seigneur  d'Arsur. 

Hugues,  IP  du  nom,  fils  du  roy  Henry,  reçut  la  couronne  de  Cypie, 
si  nous  en  croions  Loredan'^;  ce  qu'il  y  a  lieu  de  révo(pier  eu  doute. 
vu  que  Sanudo  ''  écrit  en  termes  exprès  qu'il  mourut  avec  la  qualité 
d'héritier  de  ce  royaume'.  La  reyne  Plaisance,  sa  mère,  gouverna 
l'Estat  durant  la  minorité  de  son  fils,  avec  le  titre  de  régente  et  de 
baile.  Elle  prit  en  cette  qualité  le  party  des  Vénitiens  et  des  Pisans,  eu 
la  querelle  qu'ils  eurent,  en  l'an  i-^Sy,  contre  les  Génois,  en  la  terre 
sainte,  et  amena,  à  cet  elfet,  son  fils  à  Acre.  Ce  qu'elle  lit  à  la  per- 
suasion du  prince  d'Antioche,  son  frère,  du  comte  de  Japlie  et  du 
maistic  du  Temple'.  Cette  reyne  estant  décédée  l'an  1-361 .  Hugues  de 


'  Loredano,   I.   II,   p.   1  i3;  tniJuction  '  Sniiul.  I.  III,  part.  1  •■. ,  c.  lu.  —  Coii- 

française,  t.  I,  p.  iSa.  tinuat.  de   Guiil.  de  Tyr,  I.  XXXIV.  c.  1. 

'•  Sanut.  I.  III,  part.  11,  c.  \i\.  —  Spi-  p.  h'dy. 
«feg-.  t.  VII,  p.  217.  '    Loredano.   i.    H.    (>.   100;   Iraduelioi] 

'  GmWAhT^^angisJnsanctimLudovicum,  française,  t.  I,  p.  i5i. 
p.  348.  '  Sanuto.  I.  Kl,  part,  i-! ,  c.  \  .  vi. 

"  Vincentius  Bellovac.  1.  XXXIl,  c.  xcii.  '  Etienne  de  Lusignan .  Géimil.  des  ivi/x 

—   Continuateur    de    Guillaume   de    Tyr.  de  Cypre ,  îq\.  17. 

I.   \XXni,   c.   \Li.  p.  A08.   —  De   Mas-  "  Sanut.  1.  III.  c.  vi,  vu,  vni.  -  Cond- 

Latrie.  Histoire  de   Chypre,   t.   II.    p.   61.  nuat.  1.  XXXIV.  c.  m.  p.  'l'i:!.- -       Um.  de 

note  1.  Jerus.  l.  II,  p.  /loi,  ios. 


U  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

Lusi;;iiaii,  fils  de  Henry  d'Antioche  et  d'Isabelle,  fille  de  Hugues  I",  roi 
de  Cypre,  fui  fait  baile  et  régent  du  royaume  de  Cypre  '  [malgré  les 
|)r(Hen(ious  de  sa  mère  Isabelle  et  de  son  cousin  Hugues  de  Brienne-]; 
et.  en  cette  qualité,  il  conduisit,  en  l'an  i  265,  une  belle  armée  navale  à 
Acre,  contre  Rendocbar,  ayant  en  sa  compagnie  cent  trente  chevaliers, 
sans  les  autres  gens  de  clieval;  auquel  temps  la  chevalerie  de  la  milice 
de  Cy])re  estoit  en  grande  réputation.  Il  conduisit  encore  des  troupes, 
("Il  !"an  1  266,  vers  Tabarie,  où,  ayant  esté  rencontré  des  Turcs,  il  reçut 
(pielque  échec  et  fut  delîiiit  par  eux.  L'année  suivante,  le  jeune  roy 
Hugues  décéda  au  mois  de  novembre,  âgé  de  quatorze  ans,  et  eut  pour 
successeur  le  mesme  Hugues,  régent  du  royaume,  son  cousin^.  Il  fut 
inhumé  en  l'église  des  dominicains  de  Nicossie,  où  estoit  la  sépulture 
(h's  Ibelin,  que  le  monastère  reconnoist  pour  fondateurs*.  Il  fut  ac- 
cordé en  mariage  à  Isabelle,  fille  aisnée  de  Jean  dlbelin^,  seigneur  de 
Barut,  et  d'Alix  d'Atliènes;  d'autres  écrivent  qu'il  l'espousa;  mais  ce 
mariage  ne  fut  pas  consommé  à  cause  du  bas  âge  du  prince. 

Hugues,  111'=  du  nom,  fut  couronné  roy  de  Cypre^  par  Guillaume, 
patriarche  de  Hiérusalem,  et  prit  le  nom  de  Lusignan,  à  cause  de  sa 
mère,  que  ses  successeurs  conservèrent  depuis.  Il  fut  aussy  couronné 
roy  de  Hiérusalem,  ayant  succédé  aux  droits  de  ce  royaume  à  Hu- 
gues II,  comme  j'ay  remarqué  ailleurs".  Ce  titre  néantmoins  luy  fut 
contesté  par  Marie,  fille  de  Boémond  IV,  prince  d'Antioche,  laquelle 


'   Sanut.  I.  III.  c.  VI.  p.  Qai.  —  Conli-  '   Etienne  de  Lusignan,  Généalogie  des 

nuat.  I.  XXXIV,  c.  iv.  p.  4i6.  —  Assis,  de  j-oys  de  Cypre,  fol.  27,  v°. 

■Unis.  l.  II,  p.  iao.  '  Lignages  d' outre-mer  ;  Labbe,  p.  3Go. 

"  Mais  la  baitie  du  royaume  de  Jérusa-  Sys,  h-2%  et  43o. 

leni  fut  adjugée  à  Isabelle,  et  Hugues  ne  "  Sanut.  1.  III.  parL  la,  c.  viii,  p.  aaS. 

l'eut  cpi'apiès  la  mort  de  sa  mère.  {Assis.  —  Continuât,  de  (juill.  de  Tyr,  1.  XXXIV. 

de  .lénis.  t.  II,  p.  ioa.)  e.  \.  p.  'liVj.  —  Assis,  de  JénisaJem.  t.  Il, 

^  Loredano,   I.   III,  p.   i5i,  i55;  Ira-  c.  xii.  p.  5i5. 

duction  française,  t.  I,  p.   17a,   178.   —  "  \ on-  Les  lîois  de  Jérusalem,  p.  à-i.  — 

Continuai.  deGuill.  de  Tyr.  1.  XXXIV,  c.  x,  Assis,  de  Jvrus.  t.  11,  c.  xui.  xvii.  p.  -'ii5. 


p.  65C.  —   \ssis.  de  Jérus.  t.  II.  p.  4i5.  /ik). 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  G5 

céda  ses  droits  à  Charles  ^■^  roy  de  Sicile,  ce  qui  donna  occasion  à 
une  grande  guerre  entre  les  deux  roys,  dans  la  terre  sainte.  Durant 
lequel  temps  il  fit  diverses  expéditions  contre  les  infidèles';  et  entin, 
après  avoir  acquis  beaucoup  de  réputation  durant  le  cours  de  sa  vie. 
à  cause  de  sa  valeur,  (jui  lui  fit  donner  le  surnom  de  Grand,  il  mou- 
rut en  la  ville  de  Tyr,  le  26^  jour  de  mars.  Tan  1286.  Son  corps 
fut  apporté  en  Cypre,  et  fut  inliumé  en  une  abbaye  de  Tordre  de 
Prémontré,  qu'il  avoit  construite  et  fondée  près  de  Cérines.  Il  avoit 
espousé  Isabelle  d'Ibelin,  fille  de  Guy  d'Ibelin,  connestable  de  Cypre, 
et  de  Piiilippe  de  Barlais-,  de  laquelle  il  eut  six  fils  et  quatre  filles, 
sçavoir  :  Jean^  qui  luy  succéda  au  royaume  de  Cypre;  Boémond. 
prince  de  Galilée,  dont  la  mort,  arrivée  en  l'an  1288,  causa  celle  de 
son  père\  par  le  desplaisir  qu'il  en  conçut;  Henry,  l'oy  de  Cypre: 
Amaury  ou  Amalric,  seigneui'  de  Tyr;  Guy,  connestable  du  royaume 
de  Cypre,  et  Aimery,  que  Loredan  ^  nomme  Camerin,  (jui  succéda 
en  la  dignité  de  connestable  de  Cypre,  après  le  décez  de  Guy,  son 
frère,  avenu  en  l'an  i3o3  [et  qui.  lui-même,  mourut  en  prison,  l'an 
1  3 1 1  ^J.  Les  filles  furent  Marie,  qui  espousa,  en  Tan  1 3  1  5,  Jac([ues  11 , 
roy  d'Aragon  %  après  la  mort  du(juel  elle  retourna  en  Chipre'^; 
Marguerite,  femme  de  Toros,  roy  d'Arménie;  Alix,  mariée  à  Ba- 
liaii  d'Ibelin,  prince  de  Galilée,  et  Helvis,  laquelle  mourut  sans  al- 
liance, au  mesme  joui'  cpie  son  frère  Boémond,  si  nous  en  croions 
Loredan'^  » 

Siiiinl,  1.  m,  part.  i-î.  c.  Il,  xiv,  xix.  '  Raraon  Montaner,  e,  a«o. —  Biicbon, 

'  Lignages  d'onlre-mer,  Lahbe,  p.  36o,  l.  II,  p.  876,  ^77.  —  Sniita,  arin.  i3iA. 

/,.io.  —  Sanut.  I.  III,  c.  xix,  p.  39().  i3i5. —  Hier.Blanca. —  Loretlano.  p.  16G. 

'  Etienne  de  Lusignan.  Chronograjjîa,  etc.  — Constanzo,  I.  IX,  part.  1. 

tableaux  généalog.  lin  du  volume.  —  Lign.  '  Nous  conservons  ici  cette  forme ,  qui . 

d'outre-mer,  c.ii.  Labbe,  p.3Co,  36i,  4-26.  dans  une  correction  de  troisième  main,  pa- 

*  Sanut.  1.  III,  c.  XIX,  p.  3-29.  raît  avoir  échappé  à  Du  Gange.  Mais  partout 

'  Loredano.  1.  IV,  p.  ao5,  qoG  ;  traduc-  ailleurs  il  emploie  la  forme  Cijpre ,  quand  il 

lion  française .  t.  I.p.  927. —  De  Mas-Latrie.  parle  en  son  nom. 

///s(o//c  (/e  C/i///>re,  t.  II.  p.  1 3 (j  et  note  7.  ''  Loiedano.   I.  111,  p.  1G7;    traduction 

°  Loredano.   I.  V,  p.   o8u:   traduction  française,  t.  I.p.  i85.  1 86  ;  I.  VI,  p.  3o5; 

française,  I.  1.  |i.  809.  traduction  française,  [i.  337. 

9 


(i6  LES   FAMILLES  D'OUTRE-MEU. 

[Selon  Etienne  de  Lusignan',  Chelvis  épousa  le  roi  d'Arménie  Théodore, 
c'est-à-dire  Thoros  111  ;  mais  cette  alliance  aurait  eu  lieu  après  le  retour  du 
roi  Henri  II  dans  son  royaume  (i3io),  et  Thoros  III  mourut  en  1299. 

Peut-être  l'aut-il  ajouter  aux  princesses  filles  de  Hugues  III  une  cinquième 
(ille  appelée  Lucie'-,  inconnue  d'ailleurs,  mais  nommée  dans  un  acte  du  roi 
Hugues  IV  (1  33o,  3  1  janvier),  où  ce  princ(!  déclare  avoir  acheté  ime  maison  à 
la  princesse  Lucie,  sa  tante.] 

La  reyne  Isabelle  décéda  Tan  i?}:i-j.  [Hugues  III  avait  une  sœur 
nommée  Marguerite,  qui  épousa  Jean  de  Montlort,  seigneur  de  Tyv 
et  du  Torons] 

Jean,  ayant  succédé  à  son  père  en  ses  Estats,  fut  couronné  soiein- 
neilement  roy  de  Gypre  en  la  ville  de  Nicossie,  le  1 1'  jour  de  may. 
l'an  1284*.  n  mourut  l'année  suivante,  le  20  de  may,  sans  avoir  pris 
alliance,  et  l'ut  inhumé  en  l'église  de  Saint-Dimitri  de  Nicossie.  Quel- 
ques auteurs^  ont  écrit  qu'il  fut  empoisonné  par  ses  frères. 

Henri,  11*=  du  nom,  parvint  à  la  couronne  de  Cypre  après  le  décez 
de  son  frère.  Les  comraencemens  de  son  règne  furent  peu  heureux, 
toute  la  terre  sainte  estant  retournée  en  la  puissance  des  infidèles, 
nonobstant  tous  ses  efforts  et  l'alliance  (|u'il  fit,  à  cet  effet,  avec  les 
Tartares. 

[Un  moment,  en  l'année  i3oo,  si  l'on  en  croit  Lorédan '',  par  suite  dune 
grande  victoire  de  Gasan,  roi  des  Tartares  (Casan-Khan,  empereur  des 
Mongols),  sur  Malek  en-Naser  (Naser-Mohammed),  sultan  d'Egypte,  toutes  les 
villes  de  Syrie  rentrèrent  sous  l'ohéissance  des  chrétiens,  et  les  chevaliers  du 
Temple  et  de  l'Hôpital  revinrent  à  Jérusalem,  où  se  rendit  aussi,  en  qualité 
de  gouverneur  et  accompagné  de  3oo  cavaliers,  Amaury,  frère  du  roi,  prmce 

'   Histoire  de  Chypre,  fol.  liS.  '  Sanut.  I.  III,  c.  .\ix. 

-  De   Mas-Latrie,    Histoire    de  Chypre,  '  Loredano,  I.  111,  |).    178;   traduction 

t.  II,  p.  i63.  française,  t.  I,  p.  198. 

'  De   Mas -Latrie,   Histoire  de  Chypre,  '  Loredano,  1.  IV,  p.  202  ,  aoS  ;  traduc- 

t.  II.  p.  73  noie  3.  lion  française,  t.  1.  p.  aa-'i,  226. 


LES   ROIS   DE   CHYPRE.  67 

(le  Tyr  et  connétable  du  royaume  de  Jérusalem'.  Mais  bientôt  le  départ  de 
Casan,  obligé  d'aller  comprimer  des  soulèvements  dans  son  royaume,  et  sa 
mort,  qui  suivit  de  près,  firent  retomber  la  Syrie  sous  la  domination  tlu  sul- 
tan d  Egypte.  Sanuto-,  rappelant  le  même  l'ait,  ne  parle  pas  de  Jérusalem,  et 
dit  seulement  cpie  le  prince  Amauri  se  rendit,  avec  200  cavaliers,  à  Tortose, 
où  arrivèrent,  le  même  jour,  les  grands  maîtres  des  Hospitaliers  et  des  Tem- 
pliers. ] 

La  piiispart  des  clirestiens  de  ces  provinces  s'Iiabituèrent  en  Cypre. 
11  donna  la  ville  de  Limisso  aux  chevaliers  du  Temple  et  de  THospi- 
tal,  qui  la  fortifièrent^.  Il  n'eut  pas  plus  de  bonlieur  dans  la  suite;  car 
[à  l'occasion  des  ravages  des  Génois,  à  Piscopia,  sur  les  terres  de  Gui 
d'Ibelin*,  qui  servirent  de  prétexte  à  ses  ennemis  pour  le  décrier 
comme  incapable]  les  barons  de  Cypre  se  soulevèrent  contre  luy,  en 
l'an  i3o6^;  et,  ayant  formé  leur  conspiration,  le  26"  jour  d'avril,  en 
la  maison  de  Hugues  de  Presteron,  ils  donnèrent  le  gouvernement  de 
l'Estat  et  la  conduite  de  toutes  les  affaires  à  Amalric,  prince  de  Tyr 
[frère  du  roi],  qui  [en  vertu  de  deux  accords  faits  avec  le  roi,  i3o6, 
mai,  1807,  juin''']  se  saisit  aussitost  des  trésors  et  des  finances,  fit  faire 
les  bans  et  les  cris  publics  en  son  nom,  et  obligea  les  peuples  de  luy 
faire  hommage.  Henry,  auquel  ils  avoient  résolu  de  laisser,  et  à  la 
reyne,  quelques  revenus,  seulement  pour  subsister,  tasclia  de  rallier 
ses  amis,  ce  qui  ébranla  d'abord  le  prince,  qui  fut  es  termes  de  re- 
mettre sa  qualité  de  baile  et  de  régent;  ce  qu'il  auroit  fait,  si  les  con- 
jurez ne  l'eussent  menacé  de  la  conférer  à  un  autre,  au  cas  ([u'il  s'en 
démist.  Cependant  le  roy  tascha  de  se  deffendre  dans  la  ville  de  Nicossie, 
dans  le  palais  du  séneschal  son  oncle,  ayant  pris  les  armes;  mais, 
comme   il    fut  abandonné,  en  cette  occasion,  de  la  pluspart  de  ses 


'  Et.  deLusignan,  Hist.  de  Cypre,  fol.  1  Zio.  note  6.  —  Loredano ,  I.  IV,  p.  206  ;  traduc- 

'-  Marin.  Sanut.  1.  III,  part.  i3,  c.  x,  tion  fiançaise,  t.  I,  p.  a-iS,  ann.  i3o4. 
P-  a^<.  a^'2-  '  Marin.  SaniU.  1.  111,  part.  i3,  c.  n, 

'  Loredano,    I.  IV,  p.  200;  traduction  p.  262. 
française,  t.  I,  p.  22  1.  »  De    Mas -Latrie,  Histoire  de  Chypre, 

*  Beugnot,  Assis,  de  Jérus.  t.  1,  p.  363.  t.  II,  p.  101,  102,  110,  111. 


08  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

I»arnns.  il  tomba  en  la  puissance  de  son  frère,  qui,  après  l'avoir  tenu 
resserré  (piclcpio  temps,  l'envoya  en  Arménie,  ])oiir  y  cstre  gardé,  le 
premier  jour  de  février,  l'an  i3og;  et  envoya  en  exil  les  principaux 
seigneurs  (pii  lenoient  le  party  du  roy.  Oyssin,  pour  lors  roy  d'Ar- 
ménie, dont  Amalric  avoit  espousé  la  sœur  nommée  Isabelle,  le  fit 
resserrer  dans  le  cbasteau  de  Land)ron.  Le  roy  Henry,  incontinent  après 
avoir  esté  airesté,  s'estoil  plaint  au  ])ape  Clément  V,  de  cette  enlre- 
jirise  de  son  frère  <pii,  s'estant  arrogé  tout  le  ])ouvoir,  ne  luy  avoil 
laissé  que  le  seul  nom  de  roy.  Le  prince,  d'autre  costé,  tascba  de  se 
justifier  envers  Sa  Sainteté',  luy  représentant  que  le  roy  estant  sujet  à 
de  grandes  indispositions,  peu  propre  au  gouvernement,  et  qui  sa- 
donnoit  à  ses  plaisirs,  il  avoit  esté  choisy  par  les  barons  et  le  peuple 
et  de  son  consentement,  ])our  prendre  le  timon  de  l'Estat.  Le  pape, 
prévoyant  bien  (|ue  cette  division  civile  pourroit  apporter  du  cliange- 
ment  aux  all'aires  de  la  Chrestienté,  envoya  Nicolas,  arclievesque  de 
Tlièbes,  et  Raymond  des  Pins,  cbanoine  de  Bazas,  son  cbapelain,  pour 
essayer  de  la  terminei". 

L'année  suivante  [i3io,  mai's  ou  avi'il.  un  nouvel  accord  lut  mé- 
nagé par  le  nonce  apostoliijue  Raymond  de  Pins  et  le  roi  d'Arménie  ^ 
enti-e  le  roi  et  le  régent.  Ce  traité  confirmait  les  deux  précédents  et 
ajoutait  1 0,000  besants  de  revenu  aniun^l  aux  200,000  (pii  avaient 
été  précédemment  accordés  au  roi  pour  ses  dépenses.  Peu  après,  le 
5  juin  de  la  même  année,]  le  pi-inc.>  [i-égent]  fut  assassiné  en  sa 
cllambre^  comme  il  reposoit,  par  Simon  de  Mont-Olympe  [ou  Monto- 
lif],  son  plus  intime  amy,  (jni,  pour  se  sauver,  se  jeta  dans  la  mer, 
où  il  perdit  la  vie. 

Amalric  ou  Aimery*,  connestalile  de  Cypre,  frère  du  roy,  fut  ensuite 

'   Clément  V,  1.  lit,  ep.  cnr.  8,  apinl  p.  a/i3.  —  I^oredano.  1.  V,  p.  aô-i  ;  Uatliic- 

Raynald.  i3o8,  n°  87.  tion  française,  t.  I.  p.  279.  —  Phitippe  de 

'  De  Mas-Latrie,  Histoire  de  Chypre ,  t.  Il .  'Slakièrcs^Soitifeân  vieil  iiclei-in. — DeMas-La- 

p.  1 1 1 .  —  Extrait  de  ta  Cliroiiique  d'Araadi.  trie .  llist.  de  Chypre,  t.  II ,  p.  1 1 G  et  note  a . 


a- 


r.  \\i\. 


Ploi.  de  Luca,  Histor.  eccl.  1.  XXIV,  "  C'ëtait  celui  que  I.orédan  nomme  ( 

Samit.   1.   111.  part.   i3.  c.   ri,         nieriii.  L'Art  de  vérifier  /cv  dulea  ne  fait  pas 


J.liS   liOlS   1)K   CIIVI'KK.  69 

déclaré  j'oiivenieiir  du  royaiiiiu',  mais  la  pluspail  des  barons,  à  qui  il 
nagréoil  pas,  résolurent  de  rappeler  le  roy  '  et  élurent  pour  leur  chef 
Agne  [ou  Ague]  de  Bessan,  avec  Robert  de  Moinegaid  et  Renaud  San- 
son,  qui  reçurent  les  serniens  au  imin  (bi  roy.  Puis  ils  envoyèrent  en 
Arménie  pour  l'aire  l'escliaiige  de  sa  personne  avec  la  veuve  du  prince 
Amalric. 

[Le  h  août  i3io,  un  accord  tu(  arrêté.  |par  le  lépat  el  le  nonce  du  Saint- 
Siège-,  entre  les  rois  de  Chypre  et  d'Arménie,  et  au  nom  de  la  princesse  de 
Tyr,  veuve  d'Aniauri ,  sur  les  conditions  du  relonr  du  roi  en  (lli)  pre.] 

Ce  (pii  ayant  esté  exécuté,  Henry  relonrna  eu  Cypre,  où  il  arriva 
le  26'' jour  d'aousl;  et,  pour  recomioislre  les  obligations  cpiil  avoit  a 
Agne  de  Bessan,  il  luy  continua  la  qualité  de  lieutenant  du  royaume  \ 
et  le  lit  capitaine  de  Famagouste.  H  eut  ensuite  de  grands  démeslez 
avec  les  Génois,  qui  durèrent  longtemps,  sans  que  le  pape  Jean  XXII 
ayt  pu  les  pacifier.  11  eut  aussy  quelque  cpierelle  avec  Balian  d'ibelin. 
prince  de  Galilée  et  de  Tyr,  son  beau-frère,  en  Tan  101  8=";  et  non- 
obstant la  division  qui  estoit  entre  luy  et  Léon  IV,  roy  d'Arménie,  il  ne 
laissa  pas  de  le  secourir  puissamment  en  la  guerre  (|u'il  eut,  en  1  an 
1829,  contre  le  sultan  d'I^^gypte,  luy  ayant  envoyé  des  troupes  consi- 
dérables, sous  la  conduite  de  Hugues  Beduin;  ce  ((ui  luy  attira  les 
armes  de  ce  prince  en  ses  Estats.  11  eut  aussy  à  démesler  avec  les  che- 
valiers hospitaliers,  en  Tan  l323^  En  l'année  suivante,  il  mourut  de 
mort  subite,  le  samedi,  dernier  jour  de  mars,  âgé  de  ciinpiante-trois 
ans'^.    Aucuns  écrivent  (pi'il   mourut  de  mal  caduc,  ampiel  il  estoit 

mention  de  ce  iirince.  et  le  confond  avec  lion  française,  1. 1,  [J. -iiS^. -jSf).  —  De  Mas- 
Gui,  moit  en  i3o3,  auquel  Ainieri  avait  Latrie,  Histoire  de  CJujjtre .  t.  11.  p.  ii3. 
succédé ,  en  qualité  de  connétable  de  Chypre.  1 1  5.  —  L\traits  d'Amadi. 

'  Loredano.  I.  V,  p.  2.V1  et  sniv.  tra-  '  Raynald.  1817,  3.');  i3i8,  17;  i3i<). 

duction    française,    t.    I.   p.    nHo  et  suiv.  10;  iSao,  69;  1897,  5i  ;  i3a8,35. 

—  De  Mas-Latrie.  Histoire  de  Chi/pre ,  I.  II .  '  Raynald.  i3i8,  17;  i3q2,  46;  i3-2o. 

p.  11-3,  I  i3.  —  Eslraits  de  la  Chronique  i-î. 

d'Amadi.  ''  Wadd.  i3:2  3.iS. 

^  LorcdiUio.  I.  V.  [).  -iGo,  atio;  traduc-  "   Assis,  de  Jériis.  p.  .Vi-c  l.alijje.  Aliregt 


70  LES  FAMILLES   DOUTIlE-MEli. 

sujet;  ce  qui  nempesclia  pas  quil  nayl  ré<;iié  tout  le  cours  de  sa  vie 
avec  beaucou])  de  prudence  et  de  conduite. 

[C'est  ce  (jue  prouvent  les  lois  et  les  règlements  (pi'ii  fil  pour  l'iulininis- 
tration  et  la  police  de  son  royaume,  et  où  il  se  montre  législateur  éclairé  et 
prévoyant  '.  Dans  VAhiriré  dcx  assises  de  la  cour  des  Bourgeois''-,  où  l'on  rappelle 
quelcpies-uns  de  ses  actes,  il  est  appelé  «le  bon  roi  Henri,  jj  Et,  en  effet,  Lo- 
rédan  raconte^  <[u'à  sa  mort  les  larmes  et  les  cris  du  peuple  attestèrent  à  la 
lois  el  l'amour  des  sujets  et  la  lionlé  du  |)riuce.] 

.lean  Agapite,  gentilhomme  de  naissance,  favory  de  la  reyne  Cons- 
tance, lut  accusé  de  l'avoir  empoisonné^.  Son  corps  fut  inhumé  en 
l'église  de  Saint-François  de  Nicossie,  près  de  l'autel.  Il  avoit  espousé, 
dès  l'an  i3i8^  Constance,  nommée  par  aucuns  Eléonore,  fille  de  Fré- 
déric d'Aragon,  roy  de  Sicile,  de  laquelle  il  n'eut  point  d'enfans.  Les 
écrivains  espagnols  disent  qu'il  ne  la  toucha  pas''.  Après  le  décez  de 
Henry,  elle  lut  recherchée  en  mariage  par  [plusieurs  princes,  enire 
autres  par]  Pierre,  comte  de  Ribagorce\  frère  du  roi  d'Aragon  ;  et,  la 
dispense  ayant  esté  refusée  par  le  pape,  elle  espousa  Léon  IV,  roy  d'Ar- 
ménie. 

HuGuiis,  IV"^  du  nom,  roy  de  Cypre  et  de  Hiérusalem,  succéda,  en  ces 
deux  royaumes,  au  roy  Henry,  son  oncle,  qui  estoit  mort  sans  enfans. 
11  estoit  fils  de  Guy  de  Lusignan,  connestahle  de  Cypre,  ou  plustost  de 
Hiérusalem,  qui  décéda  l'an  i3o3,  et  d'Eschive  d'Ibelin\  fille  et  héri- 
tière de  Jean  d'ibelin,  seigneur  de  Barut,  et  d'Alix  d'Athènes.  [On 

roi/ff /;  édit.  Beug'not,  t.  XVllI,  p.  iig. --  '  liOreilano.  \.  VI,  p.  3o4.  .3o5;  Ira- 

Loreilano,  1.  V,  p.  290,  -291;  traduclion  duction  fiaiiçaisc,  t.  I,p.  i3(i. 

française,  t.  I.p.  '.]\ii.  ^  Loredano,  1.   V,    p.    287;   traduction 

'   lieiijjnot,  Asxises  de  Jérusalein  :   Bans  française,  t.  I,  p.  017. 
et  Ordonnances  des  rois  de  Cli^[)ro,  l.  II.  "  De    Mns-Lalrie,    Histoire  ilc    Chypre. 

p.  3.57,  3G3,  3G8,  371.  l.  111,  p.  718. 

'  Id.  ihid.   Abrégé  des   Assis,  etc.  t.  Il .  '  De  Mas -Latrie,    Histoire    de  Chypre. 

p.  -iUl),  ^53,  3i5  et  note  c ,  Sac  .  3a 2.  p.  709-720  ,  et  712  ,  n.  1. 

'  Loredano,  I.  V,  p.  291,  292;  tradnc-  Lignages  d'outre-mer ,  c.  vi.  — -Labbe, 

tion  franc,  t.  1,  p.  322.  826.  t.  I.p.  072,  373,  /43o. 


LES  ROIS  DV:  CIlVlMiE.  71 

parlera  incessamment  de  sa  sœur  Isabelle.]  D'abord  que  le  roj  lleniy 
lui  mort',  il  se  présenta  devant  la  haute  cour  et  demanda,  par  messire 
Bartliélemy  de  Montolif,  chevalier,  d'estre  saisy  de  ces  royaumes  et 
d'estre  préféi-é  aux  sœurs  du  roy  [Alix  et  Helvis],  <[ui  esloient  encore 
vivantes;  attendu  que  les  masles,  suivant  les  Assises,  estoient  prél'érés 
aux  temelles  :  ce  qui  luy  fut  accordé,  parle  lieutenant  du  séneschal  [au 
nom  de  la  haute  cour  du  royaume],  le  second  jour  d'avril  suivant.  H 
fut  ensuite  couronné-,  avec  la  reyne  sa  femme,  en  1  éjjlise  de  Sainle- 
Sopliie  de  Nicossie,  où  il  reçut  la  couronne  du  royaume  de  Cypre  dos 
mains  de  Jean,  archevesque  de  Nicossie;  puis  reçut  celle  du  royaume 
de  Hiérusalem,  en  léjjlise  de  Famagouste,  de  Mathieu,  éves(|ue  de 
Barut.  Je  ne  trouve  rien  de  ses  actions,  sinon  qu'il  se  joignit,  ou  du 
moins  contribua  de  ses  galères,  à  la  ligue  ([ui  hit  entreprise,  par  les 
princes  chrestiens,  contre  les  Turcs,  l'an  i3A5^. 

[Le  pape  Clément  Vi,  par  un  bref  du  8  août  i343,  avait  décidé  que  le 
roi  de  Cliypre  devait  fournir  quatre  vaisseaux*. 

L'an  i35o,  ii  août,  Hugues  IV  conclut  un  traité  d'alliance  contre  les 
Turcs  avec  l'ordre  des  chevaliers  de  Rhodes  et  la  républiquede  Venise^.  Ce 
traité  fut  renouvelé  le  ao  mars  1857;  mais  le  roi  ne  participait  ([u'à  regret  à 
cette  ligue*',  qui,  d'ailleurs,  ne  produisit  aucun  résultat  sérieux.  J 

Philippe  de  Maisières\  chancelier  de  Cypre,  et  après  luy  le  cavaber 
Loredan^  escrivent  que,  se  voyant  âgé,  il  se  démit  de  son  royaume, 
l'an  1  36o ,  en  faveui'  de  Pierre  son  fils,  et  se  retira  en  une  abbaye  (ju'il 
avoit  bastie  à  Castel-Stravile ,  et  que,  l'année  suivante,  il  mourut,  ayant 
régné  trente-six  ans  et  vécu  soixante-quatre. 

'   Ass.  de  Jérus.  p.  bhi,  \jahhe.  Abrégé  ^    De   Mas-Latrie,   Histoire    de  Chypre, 

royal,  t.  I  ;  éd.  Beiignot,  t.  ! ,  préface,  p.  3,  t.  Il,  p.  917-219. 
4  ;  l.  11,]).  4 19-69  2.  "   (Jod.    diplomal.    t.    Il,    p.   98    «t    9A. 

"  Loredano,  I.  V,  p.  293-295;  trnduc-  n"  76. 
lion  française,  t.  1,  p.  325-3a7.  '  Pliil.  de  Maseriis,  Vila  S.  Pétri  Tlwi/u  . 

'  Du  Cange,  Hist.  de  Constantinople  sous  c.  vai. 
les  e/npereurs français,  f.  iùb.  '  Loredano,   I.  VI,   p.   33g;  traduction 

'   Cod.  diplom.  t.  II,  p.  87.  n°  69.  française,  l.  I,  p.  87/1.  'djb. 


72  LES   FAMILLES   DOUTr.E-MER. 

I  II  paraîl,  d'après  les  iiKiniinionts  les  plus  aiillii'ii(ii|iic.s.  i|iic  le  roi  Hugues  IV 
avait,  dès  son  vivaul,  invesli  de  l'autorité  royale  son  fils  Pierre,  comte  de  Tri- 
poli ';  mais  il  n'avait  point  alKli(|ué,  encore  moins  s'était-ii  retiré  dans  un  mo- 
nastère. L'association  de  Pierre  à  la  couronne  avait  eu  lieu  en  novembre  i358; 
et  Hufjues  IV  mourut  ranni''i>  suivante,  i35().  le  lo  octobre.] 

Son  corps  fut  iiilinmé  eu  réglLsc  de  Sainl-Doniiiiiciiie  de  Nicos.sie  , 
vers  la  poile  du  cloi.stre.  11  avoit  espousé,  du  vivant  de  son  onde,  dès 
l'ail  i3i(),  Alix  d'Ibelin,  fille  de  Guy  [ou  Baliau]  dlbelin,  et  petite- 
tille  de  Balian  dlbelin,  séneschal  de  Cypre'-.  11  en  eut  plusieurs  enfans. 
sçavoir  :  Guy  de  Lusigiiau,  fils  aisné,  lequel  d  maria,  en  1  an  l328^  à 
Marie  de  Bourbon,  fille  de  Louys,  l'^'"'  du  nom,  duc  de  Bourbon,  et  de 
Marie  de  Hainaut.  [Les  négociations  pour  ce  mariajje  avaient  commencé 
en  1828*.  Le  contrat,  dressé  le  29  novembre  de  cette  même  année, 
ne  fut  ratifié  par  le  roi  ([ue  le  ik  janvier  i33o.]  Du([uel  mariage  na- 
quit un  fils  unique,  Hugues  de  Lusignan,  prince  de  Galilée  [dont  il 
sera  r[uestion  plus  bas.  Les  autres  enfants  de  Hugues  IV  furent]  Pierre, 
comte  de  Tripoly,  puis  roy  de  Cypre;  Jean  de  Lusignan,  [fait]  prince 
d'Antioche,  [et]  connestable  de  Cypre  [par  son  père',  au  moment  oîi 
celui-ci  fil  couronner  roi  de  Cbvpre  Pierre,  son  fils  aîné];  Jacques 
de  Lusignan,  séiieschal^  depuis  connestable  et  roy  de  Cypre;  Tliomas 
ou  Tliomacin  de  Lusignan.  ipii  se  noya,  le  i5  de  novembre  [i36o]. 
dans  la  fontaine  d'un  jardin,  avec  sa  sceur  Isabelle',  laquelle  avoit 

'  BeMss-Lalne  JUstoire  (le  Chypre,  l.l\.  "  Loredano,  I.  VI.  p.  345;  Irad.  franc, 

p.  aa4  et  n.  2;  p.  aaS-a-ay.  t.  I,  p.  38i.  —  Assises  de  Jérus.  p.  46o. 

-  Loredano.  1.  V,  p.  a88;  Irad.  franc.  Labbe,  Abrégé,  etc.   édit.    Beugnot.   t.   I. 

r.  I.  p.  3 18.  p.  6,  préface. 

Conlinuator  Nang-ii,  ann.  iSat).  t.  II .  '  Cet  accident,  marqué  à  l'année  iSôg 

|,.  ,,)8-iio.  —  Histoire  de  Constantinople ,  par   Lorédan   (1.   VI,  p.  336;  traduction 

I.  V.  c.  vin.  n°  11,  p.  atjg.  ayo.  —  Titres  française,  t.  1 ,  p.  371,  37a).  avait  eu  lieu 

de  la  chambre  des  comptes  de  Paris.  —  en  i34o.   comme  nous  l'apprend  un  lué- 

I)e  Mas-Latrie,  t.  II,  p.  iGa-16/1.  moire   du  prince   Fernand  de   Majorque, 

'  De  Mas-Latrie.  Hist.  de  Chypre,  t.  II.  publié  par  M.  de  Mas-Latrie  (t.  II.  p.  190). 

p.  lio-iia,  li/i-iig,  i58-i63.  En   elfet,  le  prince  et  la  princesse  qui  se 

'  De  Mas-Latrie.  Hist.  de  Chypre,  t.  H.  noyèrent  si  malheureusement  étaient  deux 

p.  a9,.5;  extrait  de  la  Chronique  d'Amadi.  jeunes  enfants,  nu  dire  même  de  Lorédan: 


LES  ROIS  DE  CHYPUE.  73 

espoiisé,  en  l'an  1826,  Eudes  de  Dampierre,  coniiestal)le  de  Hiéni- 
salem,  run  des  plus  puissans  et  des  plus  riches  seigneurs  du  loyaume 
[celle  Isabelle,  qui  avait  épousé  le  connétable  en  1826,  était  non  la 
jeune  fille  morte  en  10/10,  mais  la  sœur  même  du  roi,  fille,  comme  lui, 
de  Gui  de  Lusignan,  mort  en  i3o3.  C'est  ce  que  prouvent  Lusignan. 
dans  sa  Ghorograpliie  de  l'île  de  Chypre  et  dans  les  Tableaux  généalo- 
giques de  sa  famille  ' ,  et  les  formules  des  lettres  adressées  par  le  roi 
Hugues  IV  à  sa  sœur  Isabelle  la  connélablesse-,  et  à  Eudes  de  Dam- 
pierre, son  beau-frère,  connétable  de  Jérusalem];  Cive  ou  Eschive, 
mariée  à  Fernand  de  Majorque,  vicomte  d'Omelas.  J'ai  veu  des  lettres-^ 
de  Sance,  reyne  de  Hiérusalem  et  de  Sicile,  données  à  Naples,  le  1  5  de 
mars  l'an  1  3  38 ,  par  lesquelles  cette  reyne  donne  à  Fernand  de  Majoi-que , 
vicomte  d'Omelas,  frère  du  roy  de  Major(iue,  qui  avoit  espousé  depuis 
peu  Scive,  fille  du  roy  de  Cypre,  et  qu'elle  avoit  élevé  en  sa  maison, 
une  somme  de  5o,ooo  florins  d'or,  pour  emploier  en  l'achat  dune 
terre.  Quelques  autres  mémoires  de  la  Chambre  des  comptes  de  Paris 
portent  que  Hugues,  roy  de  Cypre,  doima  3o,ooo  besans  d'or  pour 
dot  à  sa  fille  Eschive,  (pii  avoit  espousé  Fernand,  infant  de  Majorque, 
et  les  assigna  sur  un  casai  près  de  Nicossie,  1  an  i3/io. 

[Lorédan*  dit  que  Hugues  IV  donna  une  Irès-riclie  dot  à  sa  fille  Cive  ou 
Eschive  en  la  mariant  à  Ferrand,  roi  de  Majonjue.  Le  père  Et.  Lusignan'' 
dit  aussi  que  le  mari  d'Eschive  était  le  roi  de  Majorque.  On  voit  que  ces  deux 
auteurs  se  trompent.  Ferrand  ou  Fernand  était  le  frère  du  roi  de  Majorque 
Jacques  II,  fils  de  Fernand  de  Majonpie.  prince  d'Achaïe,  et  d'Isabelle  d'I- 
belin*^,  mariée  depuis  à  Hugues  d'Ibelin,  comte  de  Joppi'.  Il  paraît  (|ue  la  dot 

ce  qui  peut  s'accorder  avec  la  date  de  1 36 0.  "  Loiedano,  1.  VI.  p.  .'!uiS:  liad.  franc. 

mais  non  avec  celle  de  1309,  terme  du  t.  I.p.  34 1. 

règne  et  de  la  vie  de  Hugues  IV.  '  Etienne   de  l.usignjn.   Généalogie  des 

'   Etienne  de  Lusignan,  Chorograffia  dell'  roijs  de  Ci/pre ,  fol.  i[)\°;  Chorograffia  ,  dell' 

isola  di  Cipro,\>.-j'j;  2°  tableau gciiciilogifiiie.  isola   di  C/qn-o .  p.  77;   a'   lahlran  gcnculo- 

-  Assises  de  Jénis.  t.  II.  ]).  383,  386.  giqiie. 
Formules  de  lettres,  n"  2.5.  "   Du  Cange.  Hisl.  de  Coiisltnitiuople  sous 

'  Cf.    De   Mns-Lalrie.  Ilist.  de  Chypre.  les  empereuis  franc.  1.  \ll.  11°  18.  p.  aSo. 

t.  Il,  p.   lit).  Généalogie  des  Ibeiias. 


7/1  LES  FAMILLES  DOUTRE-MEK. 

fui  très-inoxaclemenl  payée,  si  même  elle  le  fui  jamais;  ce  (|ui  fut  peut-être 
la  preuiière  origine  des  graves  dissentiments  qui  s'élevèrent  entre  le  beau-père 
et  le  gendre.  Une  lettre  du  pape  Benoît  XII  ',  adressée  au  roi  Hugues  IV,  nous 
les  avait  déjà  fait  connaître  vaguement;  mais  un  nouveau  document',  publié 
par  M.  de  Mas-Latrie  ^,  nous  donne  des  détails  très-circonstanciés,  sinon  sur  les 
causes,  du  moins  sur  les  eft'ets  de  celte  mésintelligence,  (jui  se  manifesta  dès 
les  premiers  jours  qui  suivirent  le  mariage.  C'est  un  mémoire  original,  écrit 
probablement  sous  la  dictée  du  prince  Fernand,  vers  la  fin  de  i3/i2,  et  adressé 
par  lui  à  son  frère,  le  roi  de  Majorque,  où  il  énumère  les  contrariétés,  les  per- 
sécutions, les  avanies  de  toute  espèce  (pie  lui  fait  endurer  son  beau-père  de- 
j)uis  deux  ans.  Le  prince  enfin  quitta  l'île  en  fugitif,  et  à  l'insu  du  roi,  en 
i3/i3.  Sa  femme,  retenue  en  Gliypre  par  son  père,  mourut  en  i3(i3*. ] 

Marie,  l'emme  de  Gautier  de  Dampiene,  frère  de  Eudes,  tut  la  der- 
nière fille  du  roy  Hugues-'.  Une  épistre  du  pape  Grégoire  XI,  de  Tau 
1372  '',  nous  apprend  que  la  femme  du  roy  Hugues,  mère  du  roy  Pierre . 
pour  lors  décédé,  estoit  remariée  avec  le  frère  d'Othon,  duc  de  Bruns- 
vvic,  qui  espousa  Jeanne,  reyne  de  Naples.  Ce  frère  d'Othon  semble 
estreceluy  que  le  cavalier  Loredan'  nomme  Pliilippes,  et  qu'il  qualifie 
mal  comte  de  Bresinic,  au  lieu  de  duc  de  Brunswic.  Quelques  généalo- 
gistes* ont  écrit  ipie  le  père  dOtlion ,  qui  fut  Henry,  surnommé  le  Mei- 


'  Rayiialit.  Annal,  eccles.  i.^ii.  n"  /lA, 
t.  X\V,  p.  Jijg. 

"  Nous  avons  découvert  ce  document, 
en  t86a,  dans  le  carton  L  des  archives  de 
la  bibliotlièque  Sainte-Geneviève,  à  Paris, 
dont  nous  explorions  alors  les  manast'cils , 
|)ar  ordre  de  M.  le  ministre  de  l'instruction 
publique  (M.  Villemain),  pour  lui  signaler 
ce  que  nous  y  trouverions  de  documents 
inédits  relatifs  à  l'histoire  de  France.  Cet 
acte  est  confondu  avec  des  papiers  de  toute 
nature,  entre  autres  l'original  du  certificat 
donné,  par  la  reine  Christine,  en  faveur  du 
i-atholicisme  de  Descartes .  sur  la  demande 
lies  amis  de  ce  philosophe,  3i)  août  idl'iy; 


plusieui's  originaux  de  lettres  patentes  de 
Henri  111  el  du  duc  d'Alençon,  nommant 
des  députés  pour  conclure  le  mariage  du 
prince  avec  la  reine  Elisabeth,  etc. 

'  De  Mas-Latrie ,  Histoire  de  Chypre,  t.  II , 

|).    l(S-i-20"î. 

'  De  Mas-Latrie,  zftiii.  t.  II,p.2o3,nole-2. 

'  Etienne  de  Lusignan ,  Géncal.  ilex  roys 
(IrCi/pre,  fol.  i()  v°;  Cliorogrqffia ,  etc.  3°  ta- 
bleau généalogique. 

°  Greg.  XI  pap.  Ep.  secr.  I.  11.  fol.  /i  ; 
apud  Wadding,  ann.  1872,  ai). 

'  Loredano,  1.  VII,  p.  Syâ;  trail.  franc, 
t.  I,  p.  4i  a. 

'  Siiinle-Mai'the,  t.  I!  de  la  ■>.  ril.  p.  ij.'ii). 


LES  BOIS  Db;  GHVI'HE.  75 

veilleux',  duc  de  Brunswic  en  Grubenaguen,  espousa  en  premières 
noces  Hélène,  fille  de  Waldemar,  électeur  de  Brandebourg,  dont  il 
eut  Othon;  et  qu'en  secondes  il  fut  conjoint  avec  Marie,  reyne  de 
Cypre,  dont  il  eut  deux  fils  morts  sans  postérité.  Mais  cette  épistre 
dont  je  viens  de  parler  découvre  l'erreur  de  ces  auteurs.  Ce  duc  de 
Brunswic  fit  sa  résidence  au  royaume  de  Cypre,  et  y  eut  divers  emplois 
sous  le  règne  de  Pierre  l",  roy  de  Cypre,  dès  l'an  i3()6.  Il  eut  une 
fille  nommée  Hélène,  Chelvis  ou  Héloïse,  qui  espousa  Jaques  de  Lusi- 
gnan,  connestable,  et  depuis  roy  de  Cypre  ^. 

[  Hugues  IV  avait  établi  une  bonne  police  dans  tout  son  royaume  ''.  Plu- 
sieurs ordonnances  prouvent  son  zèle  pour  la  justice*;  et,  afin  de  perpétuel- 
les bonnes  traditions  dans  la  décision  des  afTaires  judiciaires  et  contentieuses . 
il  fît  construire  une  maison  à  voûte  destinée  à  garder  les  registres  de  la  Cour 
des  bourgeois  ^.  ] 

Pierre,  comte  de  Tripoli,  fils  puisné  du  roy  Hugues  IV,  fut  préféré, 
en  la  succession  du  royaume  de  Cypre,  à  Hugues  de  Lusignan,  prince 
de  Galilée,  son  neveu",  quoyque  celui-ci  fust  fils  unique  de  Guy  de  Lu- 
signan, fils  aisné  du  roy,  décédé  de  son  vivant,  avant  1867  ;  en  laquelle 
année  Marie  de  Bourbon,  sa  veuve,  reprit  une  seconde  alliance  avec 
Robert  de  Sicile,  empereur  titulaire  de  Contantinople  :  ce  qui  se  fit, 
attendu  que  l'on  prétendoit  que  la  représentation  n'avoit  point  de  lieu 
au  royaume  de  Cypre.  J'ai  veu  des  lettres  de  ce  prince  données  à  To- 
lose,  l'an  i358'',  011  il  prend  qualité  de  chevalier,  fih  de  l' aisné  fils  du 
roy  de  Cypre;  son  sceau  a  un  escu  fasse  avec  un  lyon,  brisé  d'une  bande 

'  Henri  le  Merveilleux,  duc  de  Bruns-  p.  a3i,etnote/i. —  Assises  de  Jérus.  t.  \\ . 

wick-Grubenhan-en ,  fut  l'aïeul  et  non  le  père  p.  'dm  ,  87.3 ,  n°  39. 
d  Otton  de  Brunswick ,  fjiiatiiènie  mari  de  '  Assises  de  Jérus.  Bans  et  Ordonn.  des 

ieannedeî^aples.  {L'Aride  vérijier  les  dates  :  rois  de  Chypre .  t.  11,  p.  SyS-SyS. 
Ducs  de  Bniiiswicl-GrvbenlKigen.)  ^  Assises, etc.  tAl,  c.  xix,  p.  a5o  ,  note  6. 

'"  Loredano,  I.  VIII,  p.  /186;  trad.  franc.  °  Du  Gange,  Histoire  de  Conslmilinople , 

t.  II.   p.  78.  —  De  Mas-Latrie,  Hist.  de  1.  VIII,  n°'  11,  ai,  p.  269,  289,  3o8. 
C/iî/ywc,  t.  II.  p.  Sga  et  note  5.  '    De   Mas-Latrie.    Histoire  de   Chypre, 

^  ïteWas-hairie .  Histoire  de  Chypre ,  l.  [\ .  t.  II,  p.  223,  22 i. 


7fi  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

qui  semble  parsemée  de  fleurs  de  lys,  laquelle  peut-estre  il  avoil  prise 
à  cause  de  sa  mère.  11  mourut  vers  l'an  iSSG,  sans  postérité,  et  fut 
inhumé  en  l'église  des  Frères  prescheurs  de  Nicossie,  comme  j'apprends 
d'un  acle  do  l'an  i  3()f) ,  qui  est  en  la  Chambre  des  comptes  de  Paris.  Ceux 
qui  ont  écrit  que  Guy  eut  d'autres  enfans  se  sont  asseurément  mespris. 
estant  constant  (pie,  s'il  en  eust  eu,  ils  auroient  esté  héritiers  de  leur 
mère,  qui,  par  son  testament  de  l'an  1887  ',  institua  Louys,  duc  de 
Bourbon,  son  neveu,  son  héritier  universel  en  tous  ses  biens.  Dans  un 
mémoire  dressé  en  la  mesme  année,  qui  est  en  la  30"=  liasse  des  titres 
de  Bourbon,  en  la  Chambre  des  comptes  de  Paris,  il  est  porté  que  le 
prince  Hugues  décéda  en  Cypre;  et  frère  Jean  de  Paris,  carme  de  Ni- 
cossie, son  confesseur,  y  déclare  «qu'avant  son  décez  il  ordonna  Mon- 
'•  sieur  de  Boui'bon  son  héritier  principal,  et  que  le  seigneur  de  Cypre 
rr  s'est  depuis  emparé  des  casaux  du  prince  par  défaut  d'Iiéritier,  lesquels 
ravalent  pai'  an  cinquante  mille  besans,  sans  le  droit  du  royaume  de 
tr  Cypre,  lequel  on  tenoit  luy  appartenir,  ti 

Il  y  a  un  autre  acte-  au  mesme  endroit,  passé  à  Rome  le  a o""  jour  de 
may,  l'an  i368,  indiction  6,  par  lequel  Marie  de  Bourbon,  impératrice 
de  Constantinoplo,  traite,  en  présence  de  Hugues,  prince  de  Galilée,  son 
fils,  avec  Philippes  d  Ibelin,  seigneur  d'Azot;  .lacques  de  Nores,  turcoplier 
de  Cypre;  Simon  de  Tinory,  niareschal  de  Hiérusalem;  Pierre  Marcel, 
chambellan  du  royaume,  et  Jean  Nostri,  chambellan  du  roy,  chevaliers 
et  ambassadeurs  de  Pierre,  pour  le  payement  de  son  douaire  de  cinq 
mille  florins  de  Florence  annuels,  à  cause  de  son  premier  mariage  avec 
Guy,  fds  aisné  du  roy  Hugues,  que  le  roy  Pierre  s'oblige  de  faire  payer 
à  Venise.  Les  termes  de  cet  acte  sont  remarquables  :  rr  Domino  Petro, 
rr  Dei  gratia  Hiérusalem  et  Cypri  regnorum  régi,  fdio  dicti  Hugonis,  et 
rr  heredi  ac  légitime  in  dictis  regnis  causa  maris  primogeniturœ,  qua  pra>- 
rrcellens  repertus  extitit  a  migratione  dicti  domini  Guidonis  usque  ad 
rr  obitum  domini  régis  Hugonis,  etc.'n  Pierre,  ayant  esté  couronné  roy 

'   De  Mas-Latrie,  Hist.  de  Chypre,  t.  II,         Histoire  de  Chypre,    t.    Il,  p.    289 -ayi. 

p.  ioy,  et  note  i  ,  io8,  609.  '  Ces  mots  ne  se  trouvent  pas  dans  l'ex- 

'  Voyez  cet  acte  dans  M.  de  Mas-Latrie,         trait  de  l'acte  donné  par  M.  de  Mas-I,atrie. 


LES  ROIS  DE  CHVl'liE.  77 

de  Cypre  dès  ie  vivant  de  son  père,  se  lit  couronner  roy  de  Hiérusa- 
lem  à  Famagouste',  après  sa  mort,  par  Pierre  Thomas,  évesque  de 
Caraxe,  nonce  du  pape-.  Il  ne  fut  pas  d'abord  [maître]  paisible  du 
royaume;  car  le  prince  Hugues,  son  neveu,  prétendit  que  la  couronne 
de  Cypre  luy  devoit  appartenir,  et  le  fit  appeler  devant  le  pape  IniKi- 
cent  VI.  Pierre  y  envoya  le  comte  de  Rohas,  maréchal  de  Cypre,  et 
Thomas  de  Montolif,  auditeur;  et  enfin,  après  plusieurs  contestations, 
le  prince  se  déporta  de  ses  prétentions,  moyennant  riiirpianle  mille 
besans  de  revenu  [cuuj  mille  ducats,  selon  Lorédan^].  Lorédan,  qui 
ie  qualifie  mal  prince  d'Antioche,  dit  qu'il  traita  de  son  mariage  durant 
son  retour  en  Cypre,  sans  dire  avec  qui*.  En  tout  cas  il  n'est  ])as  pro- 
bable que  Hugues  ait  esté  marié.  Incontinent  après,  le  roy  Pierre  trouva 
des  occasions  de  signaler  sa  valeur  et  l'inclination  particulière  qu'd 
avoit  à  faire  la  guerre  aux  infidèles.  Car,  d'abord  sur  l'avis  qu'il  eut 
que  ie  roy  d'Arménie  estoit  attaqué  puissamment  par  eux,  il  luy  en- 
voya un  secours  considérable;  puis,  avec  une  armée  navale,  assisté 
des  chevaliers  de  Rhodes  et  des  Catelans,  il  alla  mettre  le  siège  devant 
Satalie,  et,  l'ayant  prise,  il  en  donna  le  gouvernement  à  Jacques  de 
Nores^  Enfin,  après  avoir  obligé  tous  les  petits  princes  de  la  Cilicie  à 
iuy  payer  tribut,  et  fait  une  entreprise  sur  ia  ville  de  Smyrne,  laquelle 
il  prit  et  démantela,  il  retourna  glorieux  en  Cypre,  l'an  1862.  Non 
content  d'avoir  fait  ces  progrez  sur  les  Turcs,  il  prit  résolution  d'enga- 
ger avec  luy  les  princes  clirestiens  dans  une  ligue  contre  ces  infidèles" . 
A  cet  eft'et  [ii  écrivit  d'abord  de  Nicosie\  le  i5  juin  i36t2.  à  la  sei- 
gneurie de  Florence,  et,  le  i5  septembre  suivant,  à  Nicolas  Accaiuoii. 
grand  sénéchal  du  royaume  de  Sicile,  les  engageant  à  seconder  ses 
armements  pour  le  recouvrement  du  saint  sépulcre;  puis,  s'étant  em- 

'  Pliiiippus  de  Maseriis,    Vita  S.    Pétri  ''  Lorédan  dit  positivement  en  cet  endroit 

Thomac.    c.   vni.    —    Loredano,    1.    VII.  que  c'était  avec  ia  fille  du  comte  de  Rochas. 

]).  35 1,  35-2;  trad.  fr.  t.  1,  p.  386,  387.  '  Ptiilippus   de   Maseriis.   Viln  S.    Pftvi 

—  De  Mas-Latrie.  Hist.  de  Chypre,  t.  II,  Thomac.  c.  ix. 

p.  aai-aay.  '  Philippus  de  Maseriis,  Vita,  etc. 

-  De  Mas-Latrie,  ihid.  t.  II,  p.  a-aS.  '  De  Mas-Latrie.  Hist.  de  (jhypre.  t.  II. 

'  Loredano.  I.  VII,  p.  Soa.  p.  .236.  9.39. 


78  LÈS   FAMILLES   D  OUTUL-MEU. 

I)arqué  le  f>/i  octobre  de  la  iiieiiic  année  pour  passer  en  Europe],  il 
\in(  à  niiodes,  delà  à  Venise,  où  les  Vénitiens  luy  offrirent  des  vais- 
seaux; puis  à  Gènes,  et  de  là  à  Avi[jnon,  où  il  arriva  au  mois  de 
février  l'an  l'ôû'S,  et  où  il  conféra  avec  le  pape  Urbain  V.  Il  y  trouva 
Jean,  roy  de  France,  qui,  sur  l'exhortation  du  pape,  et  à  la  persuasion 
du  roy  deCypre,prit  solcninellement  la  croix  le  jour  du  vendredy  saint, 
avec  Talerand,  cardinal  de  Périgord,  ([ui  fut  nommé  légat  par  le  pape 
pour  cette  entreprise:  les  comtes  d"Eu,  de  Dammartin  et  de  Taucar- 
ville,  et  autres  grands  seigneurs  de  France'.  De  là  le  roy  Pierre  alla 
trouver  l'empereur  Charles  IV,  puis  retourna  aux  duchez  de  Juilliers 
et  de  Brabant,  et  au  comté  de  Flandres,  où  il  conféra  avec  les  ducs 
de  Juilliers  et  de  Brabant.  le  comte  de  Flandres  et  le  roy  de  Dane- 
march,  qui  estoit  venu  visiter  le  comte;  et,  après  avoir  conféré  encore 
une  fois  avec  le  roy  Jean,  il  passa  à  Londres,  où  il  vit  les  roys  d'An- 
gleterre et  dEseosse.  Estant  retourné  en  France,  il  alla  visiter  le  duc 
de  Guienne,  pendant  lequel  temps  le  décez  du  roy  Jean  ari'iva,  qui 
fit  évanouir  tous  ces  grands  projets.  L'histoire  remarque  qu'il  assista  à 
ses  obsèques  avec  les  princes  du  sang  de  France.  11  passa  encore  en 
Allemagne,  en  Pologne  et  en  Hongrie;  employa  un  an  entier  en  tous 
ces  voyages  :  mais,  voyant  que  toutes  ses  peines  estoient  inutiles  et  ses 
espérances  perdues,  il  retourna  en  Gypre  avec  plusieurs  troupes  de 
France  et  d'Angleterre.  Quelques-uns  escrivent  que  le  pape,  avant  son 
retour,  le  créa  sénateur  et  gouverneur  de  Rome,  et  qu'il  réduisit  les 
Romains  qui  s'estoient  bandez  contre  Sa  Sainteté;  mais  il  est  plus 
probable  que  ce  fut  au  second  voyage  qu'il  fit  à  Rome. 

Tant  y  a  qu'estant  arrivé  en  Cypre,  il  équipa  une  armée  navale, 
laquelle,  avec  celle  des  chevaliers  hospitaliers  de  Rhodes,  faisoit  cent 
soixante-cinq  voiles;  et,  ayant  laissé  le  gouvernement  du  royaume 
au  prince  d'Antioclie,  son  frère,  il  alla  mettre  le  siège  devant  Alexan- 
drie, en  Egypte,  prit  la  partie  de  la  ville  qui  estoit  en  deçà  du  bras  de 


'    Froissart,  t.  t,c.  ccxvii,  ccxviii.  ccxxi.  \'ll(i  irlimiiV.  p.  1/47, 1/18,  i55. — De  Mas- 

Malliieu  Villani,  1.  XI,  c.  xxxiv,  xci.  —        Latrie.  Hist.  de  Clnjiire,  t.  It.  p.  aSy-aiÔ. 


LES  liois  ni<;  CHvi'PJv  70 

mer  qui  la  sépare,  et,  sur  le  bruit  de  l'arrivée  du  sultan  avec  un  jniis- 
sant  secours,  la  ruina,  la  brusla  et  la  démantela,  et  en  emporta  un  si 
grand  butin  que  tous  ceux  qui  se  trouvèrent  à  cette  entreprise  t'ureiil 
riches'.  Jacques,  frère  du  roy,  s'y  signala  entre  autres,  et  reçut  à  cette 
occasion  l'ordre  de  la  chevalerie ^  La  prise  d'Alexandrie  se  fit  en  un 
vendi-edy,  le  lô*"  ou,  selon  d'autres,  le  11*=  jour  d'octobre,  l'an  1305. 
L'année  suivante,  s'estant  joint  avec  les  Vénitiens,  les  Génois  et  ceux 
de  Rhodes,  il  alla  mettre  le  siège  devant  la  ville  de  Tripoly,  en  Syrie, 
la  prit,  la  pdla  et  la  démolit.  11  fit  de  mesme  de  Tortose  et  de  plusieurs 
autres  places  de  ces  costes-là.  Estant  retourné  en  Cypre,  il  prit  réso- 
lution d'aller  trouver  le  pape  une  seconde  fois.  Ayant  laissé  le  gouver- 
nement du  royaume  au  prince  d'AntiocIie,  son  frère,  il  vint  avec  son 
fils  unique,  qu'il  avoit  créé  comte  de  Tripoly,  à  Rhodes,  d'où  il  passa  à 
Naples,  et  de  là  à  Ronie\  où  il  arriva  au  mois  de  mars,  l'an  i368,  et  y 
termina  les  difl'érends  qui  estoient  entre  le  pape  Urbain  et  Barnabe 
Visconti,  seigneur  de  Milan.  Estant  retourné  incontinent  après  en  Cypre. 
il  s'éleva  une  grande  conjuration  des  barons  du  l'oyaume  contre  luy. 
fomentée  par  ses  frères,  qui  la  prétextèrent  sur  l'inobservance  des 
usages  du  royaume,  mais  effectivement  à  cause  de  ses  amours  déré- 
glées, s'adressant  aux  pei'sonnes  de  condition,  et  aussy  à  cause  de  sa 
trop  grande  sévérité  contre  les  barons,  ce  qui  ternit  beaucoup  la  gloire 
de  ses  belles  actions.  Enfin  les  conjurez  l'assassinèrent  inhumainement 
en  son  palais,  le  16*"  jour  de  janvier,  l'an  1869*,  selon  nostre  façon 
de  compter  les  années^  Froissarl,  racontant  la  mort  de  ce  prince,  en 

'   Thoiii.   VValsingh.    Eduaril    III,   aiiii.  '    I V/«  Urlmiti  ]',  p.  170,  col.  38 1.  é<lil. 

1.365.  —  Vita  Urbani  V,  p.  i55,  col.  871,  lîniiizi'. 

372  ,  édit.  Baluze.  —  Froissart,  t.  III ,  c.  xxi.  '   Assises  de  Jérus.  p.  45G.  Lalibe ,  AOrégé 

—  Chr.  de  Flandr.  c.  \c\\. — Sabell.dec.il.  io^h/,  etc.  édit.  Beugnot,  t.  I.  p.  5.  pré- 
I    IV.  —  Ilenr.  de  Knighton,  nnn.   i,363.  face.  — L'Art  de  vérifier  les  dates:  Rois  de 

—  l'hii.  de  Maser.  c.  xv,  xvi.  —  De  Mas-  Chypre.  —  De  Mas-I.atrie.  Ilisl.  de  Chjiprc . 
Latrie.  Ilist.  de  Chypre,  t.  II,  p.  973--38o  ;  t.  Il,  p.  -ii!.  3i6. 

extraits  de  Guill.  de  Machaut.  '  L'an  i368,  selon  le  texte  des  Assises. 

'  Loredano.  I.  Vil.  |).  372  ;  trad.  franc.         Mais  il  faut  qu'il  y  ait  ici  une  erreurde  chil- 

t.  II,  p.  io().  fre.  à  moins  que  le  rédacteur  de  ce  préani- 


80  LES   FAMILLES  DOUTHE-MER. 

donne  l'éloge,  f[ui  mérite  d'estre  inséré  en  cet  endroit',  a  Se  le  noble 
T  roy  de  Gypre,  Pierre  de  Lusignan,  qui  fut  si  vaillant  homme  et  de  si 
f  haute  entreprise,  et  qui  conquit  la  grande  cité  d'Alexandrie  et  de 
ff  Satalie,  eust  longuement  veccu,  il  eusl  tant  donné  à  i'aire  aux  Soudans 
rrel  aux  Turcs  que,  depuis  le  temps  de  Godefroy  de  Bouillon,  ils 
T  n'eurent  autant  d'allaires  comme  ils  eussent  eu;  et  bien  le  savoient  les 
"Turcs  et  les  Tartres  et  les  mécréans  qui  connoissoient  les  prouesses 
"  et  les  hautes  emprises  de  luy,  et  pour  ce ,  pour  le  destruire,  ils  marchan- 
fc  dèrent  à  son  frère  Jacques  de  l'occire  et  meurtrir,  et  fit  occire  le  gentil 
"  roy,  son  frère,  gisant  en  son  lit.  n  Puis  il  ajoute  que  Philippes,  chevalier, 
seigneur  de  Mesières,  en  Picardie,  son  chancelier,  luy  fit  dresser  cette 
insci'i])tion,  au  chapitre  des  Gélestins  de  Paris:  (f Pierre  de  Lusignan, 
rrquhiziènie  roy  latin  de  Hiérusalem  après  Godefroy  de  Bouillon,  et 
"l'oy  de  Gypre,  par  sa  grande  prouesse  et  haute  emprise,  prit  par 
'f  bataille  et  à  ses  fraiz  les  citez  d'Alexandrie,  en  Egypte;  Triple,  en 
rcSurie;  Layas,  en  Arménie;  Satalie,  en  Turquie,  et  plusieurs  autres 
rc  citez  et  chasteaux,  sui'  les  ennemis  de  la  foy  de  Jésus-Ghrist.  Anima 
"ejxts  requiescal  inpace.n  Gilles  de  Roye'  remarque  pareillement  que 
.lacques,  son  frère,  fut  le  principal  auteur  de  sa  mort^.  Son  corps  fut 
inhumé  aux  Jacobins  de  INicossie.  Un  auteur  grec*,  qui  vivoit  de  son 
temps,  écrit  qu'il  sçavoit  parfaitement  la  pliilosophie,  et  qu'il  aimoit 
la  conversation  des  personnes  savantes,  en  ayant  attiré  plusieurs  en  sa 


bille  n'ait  suivi  le  calcul  français ,  qui  com- 
mençait l'année  à  Pâques;  ce  qui  est  difficile 
à  croire,  car,  en  Ctiypre.  on  suivait  ordi- 
nairement le  calcul  romain,  qui  commençait 
Tannée  au  i"  janvier,  ou  à  la  Noël  précé- 
dente(de  Mas-Latrie,  Hist.  deChijpre,  t.  H, 
préface,  p.  xx,  xxi).  Quant  à  la  date  de 
l'année  i368,  pour  époque  réelle  de  la 
mort  de  Pierre  I",  elle  est  contredite  par  les 
autorités  que  M.  de  Mas-Latrie  a  réunies, 
t.  II,  p.  ail  et  3ii-345.  Le  meurtre  eut 
lieu  le  mercredi  malin,  17  janvier  1869. 
'   Froissart,  t.  III,  c.  xxi. 


"  /Egidius  de  Roya,  ann.  i.SgS.  p.  68, 
apud  Swertiuni. 

^  M.  de  Mas-Latrie  croit,  d'après  les  au- 
torités les  plus  rapprochées  de  l'événement , 
que  non -seulement  les  frères  du  roi  ne 
lurent  pas  les  auteurs  du  meurtre,  mais 
même  cpi'ils  furent  étrangers  au  complot. 
(Histoire  de  Chi/pfe .  t.  II,  p.  3 4 a -.345, 
note  sur  les  extraits  relatifs  au  meurtre  de 
Pierre  I".) 

''  Agathangelus ,  apud  Allatinm .  De  (ieor- 
ffiis  dialnb.  p.  343,  à  la  suite  do  George 
Acropolite;  byzantine,  i65i,  Paris,  in-fol. 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  81 

cour'.  Il  lui  marié  deux  fois,  la  première  avec  Escliive  de  Montforl. 
lille  de  Rupin  de  Monllort.  Ce  mariage  se  fit  en  l'an  iS/ta^,  pour  Tac- 
complissement  duquel  le  pape  Clément  VI  donna  le  pouvoir  à  Elie, 
arclievesque  de  Nicossie,  promu  au  patriarcat  de  Hiéiiisalem,  dac- 
corder  les  dispenses  à  cause  de  la  parenté  qui  estoil  enlie  eux.  Nous 
ne  lisons  pas  s'il  y  eut  des  enfans  de  ce  mariage,  ny  si  Marie,  qui 
espousa  Jacques  de  Lusignan,  comte  de  Tripoly,  fils  de  Jean,  prmce 
d'Antioclie,  en  estoit  issue.  Tant  y  a  que  Pierre  se  remaria  en  secondes 
noces,  l'an  iSBg,  à  Eléonore^  (quelques  titres  la  nomment  encore 
Constance),  fille  de  Pierre  d'Aragon,  comte  de  Ribagorce,  frère  de 
Jacques  II,  roy  d'Aragon,  qui,  après  le  décez  de  Jeanne  de  Foix,  sa 
femme,  se  fit  religieux  de  l'ordre  de  Saint-François.  Il  laissa  d'elle 
Pierre  de  Lusignan,  qui  luy  succéda;  Jacques  de  Lusignan,  qui  fut 
aussy  roy  de  Cypre\  et  Marguerite  de  Lusignan,  que  sa  mère  donna 
en  mariage  à  Charles  Visconti,  seigneur  de  Parme ^,  du  bourg  de  Saint- 
Donin  et  de  Crème,  fils  puisné  de  Barnabe  Visconti,  duc  de  Milan,  et  de 
Béatrix  de  la  Scale.  Il  y  a  divers  titres  en  la  ciiambre  des  comptes  de 
Paris  qui  concernent  ce  mariage,  entre  lesquels  est  une  procuration 
de  Pierre,  roy  de  Cypre,  et  de  la  reyne  sa  mère,  qui  y  est  nommée 
Clémence,  pour  traiter  cette  alliance,  en  date  du  1-2''  jour  d'avril  l'an 
]  876,  indiction  ik.  Et  par  un  autre  acte  de  lamesme  année,  il  paroist 
que  Charles  Visconti  l'espousa  par  parolles  de  présent,  avec  une  dot  de 
Ao  mille  ducats,  et  la  clause  expresse  que  Pierre,  son  frère,  décédant 
sans  héritiers  raasles,  elle  et  ses  enfans  masles  luy  succéderoient  au 
royaume  de  Cypre  et  à  sa  mère  Eléonore.  Les  dispenses  furent  données 
par  le  pape  Urbain  pour  ce  mariage,  à  cause  que  le  roy  Pierre,  père 

'  Voir  un  récit  des  actions  de  Pierre  I".  '  Ceci  est   une   singulière  inadvertance 

roi  de  Chypre,  d'après  le  poète  Guillaume  échappée  à  la  plume  de  Du  Gange.  Il  a  dit 

de  Machaut ,  dans  une  dissertation  du  comte  ailleurs  et  plusieurs  fois,  comme  tous  les 

de  Caykis.  ( Mémoires  de  l'Acad.  des  inscript.  historiens  ,    que    le    piince   Jacques  ,    qui 

t.  XX,  p.  4i5-/i3g.)  parvint  à  la   couronne,  était   le   frère   de 

-  Wadd.  1 3/1  a,  4.  Pierre  I". 

^  Loredano,  1.  VI,  p.  .338;  trad.  franc.  *  Sansovino,  Nell.  Fam.  di  Visconti. 

t.  I,p.  373.  — Wadd.  i358,  2;  1373,  6. 


8^ 


LES  FAMILLES  D'OUTP.E-MER. 


<!('  M;ir;;norito,  avoil  toiiu  sur  les  fonts  de  haplosnie  Charles  Visconli. 
Il  y  a  iir-aiilinoiiis  lien  «le  douter  si  ce  mariage  se  fit  et  s'il  fut  coii- 
soiiimé';  d'autant  (|ue  Valeutine,  fille  de  Jean  Galéas,  duc  de  Milan, 
et  d'Isafiellede  France,  fut  depuis  accordée  au  mesme  Charles,  en  pré- 
sence de  Fi-auçois,  évesque  dePavie,  au  cas  qu'on  pust  obtenir  dispense 
(hi  pape,  par  traité  fait  à  Pavie  le  10'=  jour  de  may,  l'an  i38o.  En 
eil'et  les  dispenses  furent  données  parle  pape  Urbain YI;  mais,  par  luie 
anti'c  bulle,  la  première  fut  déclarée  subrepticc,  attendu  que  Charles 
avoit  esponsé,  par  paroles  de  présent,  Marguerite  de  Cypre,  quoyqu'il 
eust  soutenu  que  ce  mariage  estoit  nul.  Le  pajie  Clément  [VII]  refusa 
encore  depuis  la  dispense,  de  sorte  que  les  docteurs  donnèrent  avis  à 
^  alentine  qu'elle  pouvoit  se  marier  à  un  autre;  ce  (pi'elle  lit,  ayant 

pousé,  en  l'an  1 386,  Louys,  duc  d'Orléans.  La  reyne  Éléonore  se  l'ctira 
Aragon  vers  l'an  i38o"-,  et  mourut  à  Barcelonne,  le  26"^  joui-  [de] 

cembre  l'an  1/117,  à  la  façon  de  compter  d'Vragon,  où  l'on  corn- 


es 

eu 

d< 

meiiçoit  les  années  à  Noël,  et  fut  inhumée  en  l'église  des  frères  mineurs 

de  Barcelonne,  où  est  son  épitaphe  en  vers,  qui  se  lit  en  la  chronique 

d'Es])agne'  <le  Michel  de  Carbonel '. 

PiEiu'.E,  II''  du  nom,  comte  de  Tripoli,  surnommé  le  Gras,  succéda 
à  son  père  au  rovaume  de  Cypre-',  et  d'autant  qu'il  estoit  fort  jeune, 
Jean,  prince  d'Antioche,  son  onch;,  se  fit  déclarer  par  la  haute  coui-. 


'  Il  est  certain  que  ce  mariage  n'eut  pas 
lieu.  Marguerite  n'était  pas  encore  mariée 
on  i  383 ,  comme  on  le  voit  par  une  lettre 
lie  Pierre  IV  d'Aragon  au  pape,  du  18  mai 
de  cette  même  année  ;  et  elle  épousa  ,  vers 
i385,  son  cousin  germain,  Jacques  de 
Lusignan ,  comte  do  Tripoli ,  fds  de  Jean . 
prince  d'Antiocbc,  frère  de  Pierre  l",  qui 
avait  été  connétable  de  Chypre  et  régent 
ilii  rovaume.  (De  Mas-I^ati'ie,  llisloire  de 
C.hijprc,  t.  m,  p.  770,  et  note  i,  p.  771. 
—  Et.  de  Lusignan,  Cliovogra'pltia  dcll'  isola 
ili  Cipro,  n'  tableau  généalogique.  Ce  der- 


nier donne  à  cette  princesse  le  nom  de  .1/«- 
rictlc. 

'  Loredano,  1.  \  Ht.  p.  ôo(J  ;  trad.  franc 
I.  Il,  p.  99.  —  Wadding,  i83o,  07. 

'  Page  -2  1  h. 

*  Voir  différentes  pièces  concernant  la 
l'eine  Eléonore,  veuve  de  Pierre  I",  dans 
de  Mas-Latrie.  (Histoire  de  Chypre,  l.  Ili, 
p.  7G1-7G3,  766,  767-77^,  778,  791, 

79-5-7f)''-70'^'  797'  799 ■) 

'  Assises  de  Ji'rus.  p.  456,  Labbe;  édit. 

lîengnot,  t.  I,  p.  3,  préface.  —  De  Mas- 
Latrie,  llisl.  de  Chi/pre,  t.  Il,  p.  3-'i2. 


LES  ROIS  DE  CIIVrP.E.  S3 

[asscnihléo  le  jour  inèiue  de  la  mort  du  roi],  baile  el  réjfoul  du  royaume, 
tant  qu'il  auroit  altoiiit  Tage  de  majorité,  comme  se  prétendant  son 
princi])al  liéritier;  ce  qui  se  fit  à  lexclusion  de  la  reync  Eléonore,  à 
qui  la  régence  appartenoit  de  droit. 

Le  jeune  roy  ayant  atteint  lage  de  quatorze  ans  en  lan  iSyi',  il 
fut  couronné  roy  de  Cypre  à  Nicossie,  et  de  Hiérusalem  à  Famagouste. 
Aux  cérémonies  de  ces  couronnemens,  il  s'éleva  une  grande  querelle 
entre  le  baile  de  Venise  et  le  podestat  de  Gènes,  pour  la  ])réséance, 
qui  fut  adjirgée  aux  Vénitiens  par  les  intrigues  du  prince  d'Antioclu', 
qui  les  favorisoit;  et,  sur  les  mécontentemens  que  les  Génois  en  témoi- 
gnèrent, et  sur  ce  qu'au  festin  cjui  se  fit  ensuite  ils  estoient  venus  avec 
dessein  de  disputer  cette  préséance  par  la  force,  il  les  fit  maltrailei- 
indignement".  Les  Génois,  sur  cette  nouvelle,  firent  équiper  une 
ai'uiée  navale  de  cin([uante  vaisseaux  et  de  quatorze  mille  hommes, 
sous  la  conduite  de  Pierre  Frégosse,  fière  du  duc,  pour  tirer  vengeance 
de  cet  aflVont.  Le  pape  Grégoire  XI.  sur  l'avis  qu'il  eut  de  cet  arme- 
ment, prévoyant  que  cette  division  ])onrroit  causer  la  ruine  de  celte 
isle,  qui  avoit  servi  jusques-là  de  rempart  à  toute  la  clirestienté,  fit  ses 
elforts  d'en  arrester  les  mauvaises  suites  par  ses  soins,  employant  à  cet 
elfet  le  roy  de  France,  et  ])ar  ses  andjassadeurs  (ju'il  envoya  à  Gènes''. 
D'autre  part,  le  jeune  roy  et  ses  oncles,  dans  la  crainte  de  cet  orage, 
firent  alliance  avec  les  Turcs,  auscpiels  ils  restituèrent  Satalie,  à  la 
charge  de  quelque  tribut.  Les  Génois  estant  arrivez,  le  roy  se  retira  de 
ÎNicossie  à  Cérines  pour  plus  grande  seureté,  et  la  reyne  demeura  à  Fa- 
magouste, qu'elle  rendit  lascliement  au  Génois,  croiant  par  là  se  venger 
des  assassins  de  son  mary.  Les  Génois  se  servirent  encore  d'elle  pour 
se  rendre  maistres  de  la  personne  du  roy,  qu'ils  attirèrent  en  cette 
])lace  sous  des  prétextes  apparens  de  bienveillance.  Mais  cestoit  effec- 
tivement pour  y  surprendre  les  oncles  du  roy,  qui,  se  doutant  bien  de 

'   Loredano,  1.  VIII,  p.  i3o  ;  Irad.  franc.  de  DiomèdeStraniLaldi. — Loredaiio.l.  \  Ut. 

t.  II,  p.  9.  p.  lido  et  suiv.  trad.  fr.  l.  II.  p.  10  el  suiv. 

^  Dogiioni.- — Foglietla,l.VIII. — DeMas-  ^  Gieg.  \I.  an.  3.  fol.  aSo,  apud  \\ad- 

Lalrie,  t.  II,  p. 351-357.  E\(r. de  ta  Chron.  ding.  1073. 


8/1  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

Iciii  ruse,  soiifcniiriviil  dans  les  l'iiiUM'esses.  Sfi  voyant  Iruslrezde  leur 
pspéranrc,  ils  coniinciicèi'enl  à  uialli'aitcr  le  roy,  et  niesme  leur  général 
fiit  rcnVoiileric  de  liiy  donner  un  soufflet.  La  reyne,  jiiquée  de  cette 
action  et  désirant  délivrer  son  fds  de  cette  captivité,  fit  son  accommo- 
dement avec  les  barons  du  royaume,  et  traitta  la  paix  entre  eux  et  les 
Génois,  au  mois  de  mars  l'an  iSyB'.  En  suite  de  la  quelle  les  princes, 
oncles  du  roy,  estant  venus  trouver  la  reyne,  elle  fit  assassiner  le  prince 
dAnlioclie,  principal  auteur  de  la  mort  de  son  mary,  après  qu'il  lut 
entré  dans  .sa  cliambre.  Le  sénesclial  s'évada  sur  la  nouvelle  de  cette 
moi't,  et  les  Génois,  ne  se  trouvant  pas  en  seureté  à  JNicossie,  à  cause 
de  la  reyne,  se  retirèrent  à  Famagouste,  d'où  ils  ne  voulurent  pas 
•Mumener  leurs  troupes,  que  les  deux  enfans  du  prince  d'Antioclie 
eussent  esté  donnés  en  otages.  Le  sénesclial  qui  prévoioit  que  ces  divi- 
sions causeroient  la  ruine  du  royaume,  s'offrit  de  se  donner  luy-mesme. 
avec  sa  femme,  en  otage;  ce  qui  fut  exécuté.  Mais  les  Génois,  au  lieu 
de  tenir  leur  ])arole,  se  fortifièrent  dans  Famagouste,  et  emmenèrent 
le  sénesclial  el  sa  femme  à  Genes^,  où  ils  le  resseri'èrent  estroitement, 
sur  la  nouvelle  (piils  eurent  que  le  roy,  après  leur  départ,  avoit  assiégé 
Fagamouste  par  mer  et  par  terre.  Ils  envoyèrent  une  armée  navale 
pour  secourii-  les  assiégez;  mais  le  roy  Pierre  leur  alla  à  la  rencontre, 
et  les  délit;  et  comme  il  fut  retourné  victorieux  en  Gypre,  la  maladie 
le  surprit  peu  de  temps  après,  dont  il  mourut  le  17''  jour  d'octobre  l'an 
i382,  âgé  de  vingt-six  ans,  ayant  institué  par  son  testament  son  héri- 
tière au  royaume,  Marie,  sa  sœur  [ou  Marguerite],  femme  de  Jacques 
de  Lusignan,  comte  de  Trijioli.  Il  fut  inhumé  en  l'église  de  Saint- 
Dominique  de  Nicossie. 

Il  avoit  espousé  peu  auparavant  Valence  ou  Valentine  de  Milan,  lille 
de  Barnabe  Yisconti,  seigneur  de  Milan.  Le  traité  île  ce  mariage  fut 
passé  le  2''jour  d'avrd,  l'an  1876,  iiidiction  1  /j  ^  et  fut  ratifié  à  Nicossie 
en  présence  de  Jean  de  Brie,  turcoplier  du  royaume;  de  Jean  Gorab 


Wadfling.  i375,35.  '  Tilr.  oiisj.  ~   De  Mas-Latrie,   t.  II. 

Froissart,  1.  III,  c.  \xi.  |).  070-870. 


LES  ROIS   HE  CHYPRE.  85 

auditeur;  de  Philippes  Prévost,  bailly  de  la  secrète  l'oyale;  de  Jean 
Beduin  l'ancien,  et  de  Thomas  Barec,  chevaliers.  Et  le  mariage  se  fit 
par  paroles  de  présent,  le  ()^  jour  de  mars,  l'an  1878,  indiction  1.  11 
n  en  laissa  point  d'enfans. 

[La  Chronique  de  Regijio  '  dit  que  Pierre  11  avait  laissi''  une  fdle  en  has 
âge;  mais  que,  comme  les  femmes  ne  régnent  pas  en  Chypre,  les  grands  du 
royaume  avaient  appelé  au  trône  le  prince  Jacques,  oncle  du  feu  roi.  Cepen- 
dant l'autorité  de  cette  senh^  chronitpie  ne  peut  prévaloir  sur  tous  les  au- 
tres documents  qni  attestent  que  Pierre  11  ne  laissa  point  d'enlanls.  Il  est  vrai 
(|ne  la  Clircuiique  de  Strand)aldi '^  parle  d'nne  fille  du  roi  Pierre,  à  (pii  sein- 
hierait  appartenir  le  trône  :  mais  les  conseillers  qui  défendent  ses  droits  pro- 
posent en  même  temps  de  la  marier  à  un  nohle  personnage  du  pays.  11  ne 
peut  donc  s'agir  ici  d'une  enfant  en  has  âge.  Cette  princesse  est  ('videnuiient 
la  iille  du  roi  Pierre  1",  Marie,  à  qui  son  frère  avait  voulu  laisser  l'héritage 
de  sa  couronne.  Nous  avons  vu  précédemment  qu'elle  ne  hit  mariée  (|ue  vers 
i385,  deux  ou  trois  ans  après  l'avènement  de  Jacques  I".  J 

Jacques  de  Llsignan,  séneschal,  et  depuis  eonnestahle  de  Cjpre,  tils 
puisné  du  roy  Hugues  IV,  fut  élu  roy  de  Cypre  par  les  barons  du 
royaume^,  sans  avoir  égard  à  la  disposition  du  l'oy  Pierre  II,  ([ui  avoit 
déclaré  ses  héritiers  Marie,  sa  sœur,  et  le  comte  de  Tripoly,  son  nuu  y. 
Loredan  se  méprend,  écrivant'  que  le  père  du  comte,  (|ui  lut  le  prince 
d'Antioche,  consentit  à  l'élection,  veu  cpi'il  estoit  moit  dès  l'an  i?>j^), 
comme  j'ay  remarqué  ailleurs*.  Et  d'autant  que  Jacques  estoit  prison- 
nier à  Gènes,  on  élut  |»our  lieutenant  général  du  royaume  Jean  de 
Brie,  avec  douze  chevaliers  de  la  haute  cour,  tant  (pi  il  seroit  arrivé. 
A  Tellet  de  quoy  on  envoya  des  ambassadeurs  pour  traiter  de  sa  li- 
berté ^,  qui  y  fut  arrestée  sous  certaines  conditions,  dont  lime  lut  que 

'  Muratori,  Scriplor.  rrr  llalic.  t.  XVIII,  Roya,  ami.  iSgS. —  Froissait,  I.  III,  c.  xxi. 
col.  90,  a,  b.  '  Voir  Les  Princes  d'Aidloclie ,  et  ci-des- 

'  De   Mas-Lalrié.    Hislnire  de    Chypre,  sus,  p.  84. 
t.  II,  p.  893.  '  LoiedaiiO,  I.  IX.  \).  5i4,  .5i.5:   trait. 

'  Bapt.  Fulijos.  I.  VI.  c.  II. — /Egidius  de  franc,  t.  II.  p.  108,  loy. 


86  LES  FAMILLES  D  OUTRE-MER. 

Famaj;ouslc  (It'iiioureroil  ('iiî;ajj(''c  aux  (îénois,  avec  deux  lieues  à  Ten- 
viroii,  et  les  (hircs^  on  ijahclles,  |)oiii'  la  soiiiiiie  de  deux  cent  iniile 
bezaiis,  cl  (jue  le  rov  paveroil  coniplaiil  nuire  cela  liull  cent  mille 
bezans,  |iour  lesquels  il  laissa  Jean,  son  fils  aisné,  ([uehiuc  temps  en 
ota[>e-.  J.e  roy  Jaques  estant  reloui'iié  en  Cypre,  l'an  108/1,  il  fut  cou- 
ronné roy  de  Cypre  en  la  ville  de  Nicossie,  et  deux  [jours']  après  roy 
de  Iliérnsalem,  en  la  mcsme  ville,  à  cause  que  Faniafrouste  estoit  au 
jjouvoir  des  Génois.  Il  se  lit  aussy  couronner  roy  d'Arinénic  après  le 
décez  de  Léon  V,  roy  d'Arménie,  arrivé  [à  Paris],  en  l'an  i3(j3  [le 
■j(j  novembre]  '.  Deux  ans  après,  il  envoya  Jean  de  Lusignan,  seijjneur 
de  Barut,  son  neveu,  en  France  pour  traiter  une  alliance  avec  le  roy 
(jliarlesVI,  (juifutarrestée  à  Paris  en  la  maison  du  chancelier  de  Corbie-'. 
le  7"^  jour  de  janvier,  l'an  iSgy  (iSgS),  entre  Guillaume,  vicomte  de 
Meluii,  député  par  le  roy  de  France,  et  le  sei[jneur  de  Barut.  dont  la 
procuration  fut  expédiée  à  Nicossie,  le  16''  jour  d'aoust,  l'an  iScjB,  en 
présence  des  barons  et  des  hommes  liges  qui  composoient  la  liante  cour 
du  roy,  lesquels  y  sont  nommez. 

Il  mourut  le  qo*  jour  de  septembre,  l'an  1898,  âgé  de  6/1  ans,  et 
fut  inhumé  en  l'église  de  Saint-Dominique  de  Nicossie.  Les  historiens 
parlent  diversement  des  femmes  de  ce  prince  *".  Car  Loredan  en  un 
endroit,  en  l'an  iS']k\  donne  pour  femme  au  conneslable  de  Cypre, 
laquelle  dignité  Jaques  lenoit  alors,  Élène,  fille  du  duc  de  Brunswic, 
qui  avoii  espousé  la  veuve  du  roi  Hugues  IV.  [Lorédan  fappelle,  en 
cet  endroit  même,  Clevis  et  Cliclvis.^  Estienne  de  Lusignan  nomme  la 

'  Data,  ou  (latio,  dans  le  sens  de  tribut.  (De  Mas-Lalrie,  t.  Il,  p.  896  );  Lorc^dan.  en 

(Voir  Du  Gange,  Glossar.  mediœ  et  infim.  j386  (I.  IX,  p.  519;  Irad.  (V.  t.  II,  p.  1 13). 

lal'mil.  voce  Data,  I ,  t.  II ,  col.  1 3 1 0.)  "  De  Mas-Latrie ,  t.  II ,  p,  386  ,  et  note  1 . 

-  Do  Mas-Latrie,  t. II,  p.  396;  Cliron.  de  '  Trésor  du  roi,  layette  Cijpre ,  lit.  IX. 

Stranibaldi.  —  De  Mas-Latrie,  t.  II.  p.  438,^29,  /i38- 


Ce  mot  manijunil  dans  le  texte  de  Du 


/ii 


'iH\. 


Gange;  nous  l'avons  rétabli  d'après  Etienne  '  De  Mas-Latrie,  t.  II,  p.  39-2  et  note  5. 

Lusignan.  p.  1 5a  \°.  L'Art  de  vérifier  les  dates  —  Voir  plus  haut,  p.  76. 
porte  qu'il  ne  reçut  la  couronne  de  Jéru-  '  Loredano,  I.  Mil.  p. /186;  trad.  franc, 

salcm  qu'en    1893;    Sfrninbaldi,   en  1889  t.  11,  p.  78. 


!,ES  UOIS  DE  CHYPRE.  87 

femme  de  ce  prince  Cive  ou  E.scliive  dlbelin';  et  ajoute  qu'il  espousa 
en  secondes  noces  yVgnès  de  Bavière,  fdle  d'Estienne,  duc  de  Bavière'-. 
Tant  y  a  que  Loredan  remarque  qu'il  eut  cinq  iils  et  quatre  filles': 
sçavoii'  :  Janus,  ([ui  luy  succéda  au  royaume  de  Cypre;  Guy,  mort  au 
berceau  ;  Henry,  prince  de  Galilée,  qui  eut  postérité  [et  duquel  descendit 
le  père  Etienne  de  Lusignan,  l'historien  de  son  pays  et  de  sa  famille']  ; 
Hunucs,  archevesque  de  Nicossie,  qui  fut  fait  cardinal  du  titre  de  Sainl- 
André,  par  le  pape  Martin  V,  l'an  1Û26,  et  mourut  l'an  ihk-j'';  et 
Philippes,  connestahle  de  Gy])re.  Ses  fdles  furent  Marie,  (jue  son  ])èr<- 
donna  en  mariage  à  Ladislas.  roy  de  Naples,  avec  quatre-vingt  mille 
ducats  de  dot; 

[Celle  princesse,  accompagnée  de  son  oncle,  le  seigneur  de  Lotrccli  ou  di' 
la  Mecclia,  frère  de  l'ancien  roi  de  Chypre  °,  Jacques  1"'',  s'était  rendue  à  Na- 
ples, où  elle  épousa,  le  1  2  février  i/toa,  le  roi  Ladislas. 


'  Hkt.  de  (^ijpre,  p.  i.T-i,  1). 

-  Et.  de  Lusig-nan  ne  parle  nulle  part 
il'un  second  mariage  du  loi  Jacques  avec 
Agnès  de  Bavière;  ni  dans  son  Histoire  gé- 
nérale de  l'isle  et  royaume  de  Cypre,  ni  dans 
sa  Chorogrojjla  dell'  isola  Ui  Cipro,  ni  dans 
sa  Géiiciilorrie  des  roijs  de  Cyprc.  Lorédan  na 
dit  rien  non  plus  de  ce  second  mariage. 

'  Eorédan.  aux  anne'es  1387 -1889 
(I.  IX,  p.  5-2o-5a3  ,  et  trad.  fr.  t.  II,  p.  1 1  6- 
1  iG),  noranie  quelques  eid'ants  du  roi  Jac- 
ques I",  mais  il  n'en  donne  pas  l'i'numrration 
conqilète.  Celte  énumération  se  trouve  dans 
Lusignan  (Généalogie  des  roijs  de  Cypre, 
(bl.  a 9  ;  cl  ChorograJJia ,  etc.  -l' tableau  généa- 
logique, à  la  lui  du  vol.).  On  y  trouve  six  fils 
et  quatre  fdles.  Aux  fils  nommés  dans  le  texte 
de  Du  Gange,  il  ajoute  Gui,  connétable  de 
Jérusalem  et  Eudes,  sénéchal  do  Chypre, 
mort  dans  une  bataille  en  Tiie  de  Gorse:  il 
omet  Gui,  mort  au  berceau.  Les  quatre  filles 
sont  les  mêmes.  Cette  liste  cependant  est  en- 


core inconqilèle,  s'il  est  vrai  qu'en  109Ô  le 
roi  Jacques  présente  au  voyageur  Oger,  sei- 
gneur d'Anglui-e,  qui  était  venu  lui  rendre 
visite,  une  partie  dosa  famille,  c'est-à-dire 
quatre  de  ses  fds,  et  cinq  de  ses  fdles.  (De 
Mas-Latrie,  t.  II,  p.  -'i3a  et  notes  3,  -'1.  ) 

'  Lusignan,  Généal.  des  roys  de  Cypre. 
fol.  •2-2  v".  —  Hist.  du  royaume  de  Cypre. 
fol.  1.5/1  v°. 

^  De  Mas-Latrie,  t.  II.  [i.  ûi8-.5-ji, 
5a3-5a6,  etc.  t.  III,  p.  73  note  3.  — 
L'Art  de  rérificr  les  dates  :  Ihis  de  Chypre, 
Jac(]ues  I".  —  Monstrelel ,  t.  II.  fol.  3o  v°. 
qui  le  nomme  (iilies.  —  Loredano.  I.  1\. 
j).  oia;  I.  X,  p.  .jSo;  Irai!,  frane.  t.  II. 
p.  137,  177. 

'  De  Mas-Latrie,  t.  II,  p.  /iG5. 

'  On  ne  sait  quel  était  ce  frère  des  rois 
Pierre!" et  Jacques  I",  qui  leur  avait  survécu. 
(De  Mas-Latrie,  t.  Il,  p.  /i6.5  et  note  3. 1 
Peut-êtreélait-ce  un  filsnatureldeHugues]^ . 
Il  semble  s'être  ll\é  à  la  cour  de  Ladislas: 


88  LES   FAMILLES  DOIJTRE-MER. 

Ati  1  "  mai  \  h  i  h  ,  ce  jinnce  i'(''clariiail  le  iiayciiu'iU  de  la  dot  jtromise  à  sa 
IV'iiiiiic  '.  Li'  V  sr|)li'iiil)i'c  (le  la  inriiii'  année,  la  reine  mourut,  par  suite  des 
droMues  (luClle  |ii'ejiail  pour  devenii'  enceiiitr' -.  | 

Isahel,  iiiai'it'u'  à  Pierre  de  Lusi<[nan,  comte  de  Tripoli  [son  cousin, 
fils  di'  Jacques,  comte  de  Tripoli^,  et  de  Mariette,  fille  de  Pierre  I"]; 
Agnès,  décédée  à  l'âge  de  seize  ans,  et  Give  ou  Escliive,  morte  sans  al- 
liance. 

[Il  l'aut  y  joindi'e  probablement  une  autre  Agnès,  (jui  fut  élue  en  i45i  ab- 
besse  de  Wunstorpen,  en  Wcstphalie  '',  et  qui  mourut  en  i/i5c)  à  Venasca  près 
de  Salures,  en  Piémont,  où  elle  avait  accompagné  sa  nièce  Anne,  mariée  au 
comte  de  Genève.] 

Jennes  ou  .Iams  de  Lusignan  succéda  à  son  pèie  au  royaume  de 
Cypre,  estant  pour  lors  âgé  de  vingt-quatre  ans^  et  reçut  la  couronne, 
en  l'église  de  Sainte-Sophie  de  Nicossie  par  les  mains  de  lévesque  de 
Tortose.  11  lut  ainsy  nommé,  à  cause  cjii  il  prit  naissance  à  Gênes  du- 
rant la  prison  de  son  père  ".  D'abord  pour  premier  de  ses  exploits,  il 
mit  le  siège  devant  la  ville  de  Fainagouste  par  mer  et  par  terre.  La  nou- 
velle en  estant  venue  aux  Génois  qui  estoient  en  ce  temps-là  sous  la  pro- 
tection et  la  seigneurie  du  roy  de  France,  le  maréchal  de  Boucicaut, 
qui  estoit  leur  gouverneur,  dépescha  aussytost  l'Hermite  de  la  Faye 
pour  aller  trouver  le  roy  Janus  et  se  plaindre  de  la  rupture  de  la  paix  ". 
Cependant  ayant  équipé  une  flotte  de  huit  galères,  il  partit  le  3'^  jour 

quand  ce  prince  maria  sa  sœur  Jeanne  au  '  De  Mas-Latrie,  t.  Il,  p.  /i3a  note  4,  et 

duc  d'Autriche,  le  seigneur  de  la  Meccha  fut  I.  III.  p.  i8  et  note  i. 
un  des  soixante  notables  personnages  qui  ser-  "  Pins  II.  Ania,  c.  xcvn.  De  Bello  Cy- 

virent  d'escorte  à  la  princesse.  (  Giornati  na-  prio. 

jijo/iirtnîjapud  Muratorijt.  XXI,  col.  1069b.)  ''  Etienne  de  Lusignan,  Ilist.  ilii  royaume 

'  De  Mas-Latrie,  t.  II,  p.  477-681.  de  Cypre,  fol.  i54.  —  De  Mas-Latrie,  t.  IL 

■  De  Mas-Latrie,  t.  IL  p.  466.  p.  SgS;  Chron.  de  Strambaldi. 

'  Etienne  de  Lusignan ,  GeHeafog'.  (te  roî's  '  Hist.  du  maréchal  de  6owcî'cfl!/(^  a'part. 

de  Cypre ,  fol.  22  v°;  —  des  comtes  de  Tripoly,  c.  ii  et  les  chapitres  suivants.  —  Coll.  Peti- 

fol.  45  v°;  —  Chorognijfia ,  etc.  -i'  et  3'  ta-  toi  et  Monmerqué,  i"  série,  t.  VII,  p.  26 

bleau  généalogique.  —  Loredano,  I.  W.  et  suiv.  —  De  Mas-Latrie,  t.  II,  p.  466- 

p.  fi-îo;  Irad.  l'rnnç.  t.  II.  p.  1  i4.  477. 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  89 

d'avril,  Tan  i4o3,  et  fit  voile  vers  Rhodes,  à  dessein  d'y  attendre  la 
response  du  roy,  qui  tesmoigna  vouloir  persister  en  son  entreprise.  Le 
mareschal  estant  résolu  d'aller  en  Cypre,  Philibert  de  Naillac,  grand 
maistre  de  Rhodes,  alla  trouver  le  roy,  et  fit  tant  que  la  paix  se  con- 
clut'; laquelle  fut  ratifiée  ensuite  par  le  mareschal  2,  qui  [après  avoir 
saccagé  Lescandelous ',  en  Turquie,  tandis  que  l'afl'aire  se  traitait]  vint 
visiter  le  roy  à  Nicossie.  Ce  fut  au  retour  de  ce  voyage  que  Boucicaut 
alla  faire  une  course  sur  les  costes  de  la  terre  sainte,  prit  et  pilla  les 
villes  de  Botron*,  de  Barut,  de  Laodicée,  de  Tripoly  et  autres.  Le  roy 
de  Cypre  luy  donna  deux  galères  pour  l'accompagner  en  cette  expé- 
dition. 

[Ce  qui  ne  i'erapéclia  pas,  après  le  départ  de  Boucicaut  (1  4o8),  de  recom- 
mencer les  hostilités  contre  les  Génois  et  de  renouveler  ses  entreprises  sur 
Famagouste.  Mais  enfin  une  paix  plus  durable  fut  conclue  avec  Gênes,  le 
9  décembre  1  4 1  o  ^.] 

Continuant  toujours  d'ailleurs  ses  courses  sur  les  infidèles,  et  faisant 
des  prisonniers  sur  eux;  ce  qui,  joint  aux  entreprises  du  roy  Pierre 
sur  Alexandrie,  porta  Melec-Ella  [Al  Malek-el-aclirat-Barse  Bay],  sultan 
d'Egypte  à  prendre  résolution  de  se  venger  des  Cypriotes.  A  cet  elfet  d 
fit  équiper  une  armée  navale  de  cinquante-trois  vaisseaux,  laquelle 
arriva  en  Cypre  au  mois  d'aoust,  l'an  1  /laG,  ou,  selon  d'autres,  l'année 
précédente  ''.  Le  roy  leva  ce  ({u'il  put  de  troupes  pour  s'opposer  à  cet 
orage,  et  eut  assez  de  cœur  pour  aller  combattre  les  Sarrazins.  Mais 
comme  ses  forces  estoient  inégales,  il  perdit  la  bataille  [de  Chierokitia, 
le  7  juillet  1/126]  et  fut  fait  prisonnier.  Le  prince  de  Galilée  [Henri 
de  Lusignan],  frère  du  roy,  chef  de  l'armée,  et  grand  nombre  de  ba- 


'   Codice  diplom.  t.  II,  p.  107,  io8.n°85  "  Livre  desfaicls,  etc.  c.  xix-xxm. 

et  p.  ^68.  '  De  Mas-Latrie,  t.  IL  p.  495-/198. 

'  Livre  (ksfaicts  du  maréchal  de  Bouci-  '  Wailding,  là-iG.  9.  —  PliiJeLf.  Epist. 

caut,  2°  paît.  t.  VII,  c.xiv.p.  3G-38.  i.VIII. — Monstrelet,  Il  voL  c.  xxsvi,  foL  3o, 

'  Livre  desfaicls  du  maréchal  de  Bouci-  3i. —  De  Mas-Latrie,  t.  II,  p.  5oG-5i4, 

caut,  '2°  part.  t.  VII,  c.  xv-xvii.  .533-543. 


90  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

l'ons  perdirent  la  vie  en  cette  occasion.  Les  Sarrazins,  après  avoir  pillé 
et  ravagé  toute  l'isle,  s'en  retournèrent  en  Egypte  et  y  emmenèrent  le 
roy.  où  il  dcMieiira  jns(pies  en  l'an  i  697,  qu'il  fut  délivré,  moyennant 
une  rançon  de  deux  cent  mille  bezans,  ([uc  Jean  Podocatero\  seigneur 
cypriote,  paya  de  ses  deniers,  ayant  vendu  tout  son  bien  pour  faire 
celte  somme;  et  à  la  charge  de  reconnoislre  le  sultan  pour  seigneur 
supérieur  et  de  luy  payer  certains  tributs  tous  les  ans. 

[Après  que  l'on  se  fut  accordé  sur  le  prix  de  la  ranron  du  roi,  et  rjue  le 
payement  en  eut  été  à  peu  près  assuré ,  le  sultan  le  tira  de  sa  prison  le  1  5  août 
1/136;  mais  .fanus  ne  rentra  en  Chypre  que  le  12  mai  1^27,  dix  mois  après 
la  perte  de  sa  lihcrté^. 

On  croirait,  à  lire  la  phrase  de  Du  Gange,  qui  est  la  traduction  de  celle  de 
Lorédan  ^,  que  le  seigneur  Podocatero  paya  à  lui  seul  toute  la  rançon  du  roi. 
Mais  Etienne  de  Lusignan*  et  Monstrelet^  lui  associent  dans  cette  œuvre  géné- 
reuse Bénédict  Pernessin,  citoyen  de  Gênes.  D'autres  documents  d'ailleurs'^ 
nous  apprennent  que,  leur  noble  dévouement  n'ayant  pas  suffi  pour  com[)léter 
la  somme  convenue,  il  fallut  quêter  dans  diflérentes  provinces  des  Etats  chré- 
tiens. Le  pape  Martin  V  avait  accordé  des  indulgences  à  tous  ceux  qui  vou- 
draient contribuer  à  la  délivrance  du  roi  Janus.  Le  chevalier  Jacques  d'Al- 
lemagne, au  nom  de  l'ordre  des  Hospitaliers,  emprunta  pour  la  rançon 
1 5,000  ducats  à  la  républicpie  de  Venise.  Le  diocèse  d'Elne  (Roussillon) 
paya  la  somme  de  226  liv.  1/1  sous  6  deniers  de  Barcelone,  comme  on  le 
voit  par  une  reconnaissance  de  ladite  somme,  du  5  mars  i/i3i  (i/i3a)  et 
du  3  septembre  1  432 ,  donnée  par-devant  notaire  par  le  collecteur  des  sommes 
à  percevoir  pour  le  même  objets] 

Le  roy,  estant  de  retour  en  son  royaume,  y  vécut  avec  beaucoup 
d'incommoditez    causées    par    cette    irruption,    et    enfui    mourut    le 

'  Loredano,  1.  IX,  p.  568;  trad.  franc.  '  Etienne  de  Lusignan.  Hisl.  de  Cypre, 

t.  II,  p.  1C6. — Etienne  de  Lusignan,  Hist.  fol.  i55  et  v°. 
de  Cypre,  foi.  i5.5  et  v'.  "  Monstrelel,  loc.  cit. 

■  Monslrelet,  t.  II,  fol.  3i.  —  De  Mas-  '   Jauna,  HIst.  de  Chypre,  t.  II,  p.  907. 

Latrie,  t.  II,  p.  .'Ji3.  —  Loredano,  I.  IX,  —De  Mas-Lalrie,  t.  II,  p.  Siy.  5i8. 
p.  568;  trad.  franc,  t.  II,  p.  lOo.  '   GhampoWion,  Mélmigesliislorifiiws.i.lW 

'  Loredano,  loc.  cit.  n"  xi,  p.  3i5. 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  91 

ig'^jour  de  juin,  Tan  i/iSa.  Il  fut  inhumé  en  l'église  de  Saint-Domi- 
nique de  Nicossie,  avec  cette  épitaplie,  qui  contient  son  éloge  '  :. 

EPITAPHIUM  GIANI  REGIS  SERENISSIMI  CYPRI, 

M  CCCC  XXXll,  DIE  XXIX  MENSIS  JDNII,  CUJUS  ANIMA  REQUIESCAT  liN  PAGE. 

HIC  SITUS  EST  JANUS,  QUI  CYPRUM  REXIT  AM/ENAM, 

TBAJANO  SIMILIS  INTEGRITATE  FUIT. 
CiESAR  ERAT  RELU),  SUPER.\NS  GR.WITATE  CATONEM. 

NOBILIRUS  FUERAT  PORTUS  ET  AURA  VIRIS. 
UT  DEUS  IN  TERRIS,  DECIMO  CARISSIMUS  ANNO 

VIXIT,  ET  I?v  POPULIS  GRATIOR  IPSE  DEO. 
SANCTIOR  HIS  CUINCTIS  ET  SANGUIME  GLARIOR  EXTAT  : 

UMBIU  POLUM  CELEBRAT,  DETINET  OSSA  LAPIS. 

Il  avoit  espousé  Charlotte  de  Bourbon,  lille  puisnée  de  Jean  de 
Bourbon ,  comte  de  la  Marche ,  et  de  Catherine ,  comtesse  de  Vendosme-. 
Les  espousailles  s'en  firent  par  procureur  au  chasteau  de  Melun,  le 
2^  jour  du  mois  d'aoust,  l'an  1/109,  ^  ^^  solemnité  des  quelles  toute 
la  cour  de  France  assista.  Elle  arriva  en  Cypre  l'an  i/ii  1,  au  port  de 
Céi'ines,  où  elle  fut  recueillie  par  le  roy,  qui  la  conduisit  à  Nicossie, 
où  se  firent  les  cérémonies  de  la  bénédiction.  Il  eut  de  cette  alliance 
trois  fils,  dont  le  premier  fut  étouffé  au  berceau  par  sa  nourrice'; 
l'autre,  nommé  Jean,  succéda  au  royaume  de  Cypre;  le  troisième  fut 
Jaccjues  qui,  suivant  Estienne  de  Lusignan*,  fut  séneschal  de  Cypre.  Il 
eut  encore  deux  filles,  dontl'aisnée,  Anne  de  Lusignan,  mal  nommée 
Agnès  par  Loredan  ^,  fut  recherchée  en  mariage  par  le  seigneur  de 
Césarée  et  le  comte  de  Japiie,  qui  tenoient  les  premiers  rangs  dans  la 
cour  de  C)q3re°.  Elle  fut  ensuite  accordée  à  Amé  de  Savoye,  fils  aisné 

'  Loredano,  I.  I\,  p.  671.  *  Etienne  de  Lusignan,  Généalogie  des 

'  Jtonstrelet.  vol.  I,  c.  lxiv,  fol.  89;  édit.  rois  de  Chijpre,  fol.  28  v°. 

de  P.  Lluiillier,  1572.  —  De  Mas-Latrie,  '  Ijoredano,  1.  X,  p.  676,  676;  trad. 

t.  Il,  p.  6f('i ,  igS. — Etienne  de  Lusignan,  franc,  t.  II,  p.  170,171. 

Géncalog.  des  rois  de  Ci/prc,  fol.  ■2'î  v". — Lo-  ""  Elienne  de  Lusignan ,  Généalog.  des  rois 

redano,  l.IX,  p.  ois  ,  5/i3  ;  trad.  franc:  t.  II,  de  Cypre,  fol.  28  v°.  —  De  Mas-Latrie,  t.  II. 

p.  1 30,  107.  p.  525-627, 629  et  note  7;  t.  111.  p.  4 .  10, 

'  Loredano.  1.  IX,  p.  566;  trad.  franc.  11,12-15,17-23,805-807.  —  Guicbenon  . 

t.  II,  p.  lii.  Hist.  généalog.  etc.  t.  I,  p.  698,  621. 


92  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

d'AnK'  VIII,  j)i'omicr  duc  de  Savoye,  par  traité  du  g'^jour  daoust,  l'an 
1  63  1  ;  mais,  co  prince  estant  décédé  peu  de  temps  après,  elle  espousa, 
en  l'an  i^Sa,  Louys  de  Savoye,  comte  de  Genève,  depuis  duc  de  Sa- 
voye, frère  d'Anié.  Gnichenon  '  en  a  donné  les  traitez  en  son  Histoire 
généalogique  de  la  maison  de  Savoye,  où  elle  est  qualifiée  fille  aisnée 
du  roy.  L'autre,  nommée  Marie,  fut  accordée  à  Philippe  de  Bourbon, 
seigneur  de  Beaujeu,  fils  puisné  de  Charles  I",  duc  de  Bourbon,  qui 
mourut  avant  les  noces  "^  Janus  eut  encore  un  fils  naturel  nommé 
Phœbus^,  et  qui  est  peut-estre  ce  Phœbus  de  Lusignan,  qui  en  l'an  i  iSs 
se  disoit  seigneur  de  Sajette,  et  qui  fut  envoyé  ambassadeur  en  France 
avec  Hugues  Pocodatore,  docteur  en  loix,  par  Jean  II,  roy  de  Cypre, 
pour  obtenir  du  roy  Charles  VII  une  subvention  qui  hiy  avoit  esté 
accordée  par  le  pape  au  sujet  de  la  guerre  qu'il  avoit  avec  les  Turcs, 
comme  j'apprens  de  quelques  lettres  de  la  Chambre  des  comptes  de 
Paris.  Il  laissa  un  fils  nommé  Hugues  de  Lusignan,  qui  fut  marié  deux 
fois*;  la  première  avec  une  fille  de  la  maison  de  Babin,  puis  avec 
Isabeau  Placoton.  Il  eut,  de  la  première,  Isabeau,  femme  de  Werwic  de 
Zimblet,  baron  de  Macrasique;  de  la  seconde,  vint  Lucrèce  de  Lusi- 
gnan, qui  espousa  Olivier  de  Flatres  et  en  eut  Hugues  et  Olivier  de 
Flatres,  qui  mourui'ent  à  la  prise  de  l'isle,  l'an  1670,  et  une  fille 
mariée  à  Hercules  Palol,  décédé  en  la  mesure  occasion. 

Jean,  II"  du  nom.  roy  de  Cypre,  naquit  l'an  iii3^  [le  16  mai 
ikih,  selon  Strambaldi],  et  fut  couronné  roy  des  trois  royaumes,  en 
l'église  de  Sainte-Sophie  de  Nicossie,  par  Salomon,  évesque  de  Tor- 
tose.  Sa  mère,  qui  estoit  une  dame  ornée  de  belles  qualitez,  gouverna 
quelque  temps  l'Estat,  et  jusques  à  sa  mort,  arrivée  le  iS""  jour  de  dé- 
cembre, lan  iliùh'^'.  11  fut  obligé,  comme  son  père,  de  recounoistre  le 

'  Guichenon,  Hisi.  généalogique,  etc.  t.W.  '  Etienne  de  Lusignan,  loc.  cil.  —  De 

p.  364,  365.  Mas-Latrie,  t.  III,  p.  267. 

-  Sainte  -  Marthe.  —  Etienne  de  Lusi-  ^  Loredano,  i.  X,  p.  Sya;  trad.  franc, 

gnan,  loc.  cil.  t.II.p.  168.  —  De  Mas-Latrie,  t.  II,  p.  629. 

'  Etienne  de  Lusignan, /oc.  e/?.  et  fol.  ai;  '  Loredano,  i.  X  ,  p.  576;  trad.  franc. 

Chorogrqffia,  3"  tableau  généalogique.  t.  II,  p.  171. 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  93 

sultan  pour  seigneur,  et  de  luy  continuer  le  tribut.  Il  prit  ensuite  ré- 
solution de  se  marier;  et,  ayant  jeté  les  yeux  sur  Ayniée  de  Montferrat. 
fille  de  Jean- Jaques  Paléolo'jue,  marquis  de  Montferrat  (Loredan  ' 
[ainsi  que  les  historiens  Amadi  et  Stranibaldi-]  la  nomme  Médée,  au 
lieu  d'Amédée;  d'autres,  Isabelle^),  il  re.spousa  par  procureur,  à  Pii- 
paille,  le  aS*^  jour  de  décembre,  l'an  1^37*.  Hugues  de  Lusignan, 
cardinal  de  Cypre ,  espousa  la  princesse  au  nom  du  roy. 

[Mais,  difTérentes  causes  ayant  relardé  le  départ  d'Aimée  ^,  elle  ne  s'embar- 
qua à  Venise  pour  se  rendre  en  Chypre  que  le  27  mai  ihào.  Le  mariage  eut 
lieu  le  3  juillet  suivant.] 

Laquelle  estant  décédée  [le  i3  septembre  liio],  deux  mois  après 
quelle  fut  arrivée  en  Cypre,  par  l'intempérie  de  lair'^,  ou,  comme 
aucuns  estiment,  de  poison,  il  prit  une  seconde  alliance  avec  une  dame 
de  la  mesme  famille,  ({ui  fut  Hélène  Paléologue',  fille  unique  de  Théo- 
dore Paléologue,  despote  de  Selyvrée,  second  fils  de  l'empereur  Ma- 
nuel. Aucuns  la  font  fille  d'André,  despote,  neveu  de  Théodore,  contre 
la  vérité.  Car  Spandugino\  Volaterran^  et  autres,  la  font  fille  de  Théo- 
dore. Phranzès'",  qui  en  fait  mention,  la  qualifie  fille  du  frère  de  l'em- 
pereur Constantin.  [Le  mariage  fut  célébré  à  Sainte-Sophie  de  Nicosie, 
le  3  février  ihk'i,  nouveau  style".]  Celte  dame,  d'abord  qu'elle  eut 
espousé  le  roy,  comme  elle  estoit  artificieuse  et  de  grande  conduite, 
s'empara  de  l'esprit  de  son  mary,  quiavoil  esté  nourryparmy  les  femmes 
et  dans  l'oysiveté,  et  estoit  fort  peu  propre  aux  affaires,  et  fit  en  sorte 
qu'il  luy  abandonna  le  gouvernement.  Ce  fut  alors  qu'elle  renversa 

Loi'oJano,  loc.  cit.  '  Loredano,  loc.  cit.  —  De  Mas -Latrie, 

"  De  Mas-Latrie,  t.  III,  p.  79,  80.  loc.  cit. 
Nous  n'avons  pas  trouvé  dans  quels  au-  '  Vkis  II.  Asia,  c.  xcvii.  De  bello  Cyjn-io. 

leurs  cette  princesse  est  appelée  Isabelle.  Ce  —  Gobelin.  Comment.  PU  H,  \.  VII ,  p.  1 7(1. 

nom  était  celui  d'une  sœur  d'Aimée.  —  Du  Cange,  Famil.  /Uig.  Bijzant.  p.  aiS. 

'  Giiichenon,  Histoire  gciicalogique ,  etc.  —  Dogliani. 
t.  I,  p.  /i8/i,  1245.  —  Du  Cange,  Famil.  '  Spandug.  p.  189. 

Aug.  BijzdiU.  p.  a5-3.  "  Volât.  1.  IX. 

'  De  Mas-Latrie,  t.  III,  p.  79  et  note  1,  '°  Phi-anz.  1.  III,  c.  v. 

p.  80  et  note  -2.  "De  Mas-Latrie,  t.  III.  p.  80. 


94  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

ICsIal  (le  la  iclifjion  romaiiu'',  v  iiilroduisaut  la  grecque,  dont  elle 
cstoit  iiilcclée,  cliangeaiil  (oiis  Irs  prélals  lalins  dans  les  églises,  au 
lieu  des(juels  elle  mil  des  prestres  grecs.  Elle  estoit  gouvernée,  d'ail- 
leurs, par  une  sienne  nourrice,  el  celle-cy  par  son  fds  [Thomas], 
qu'elle  fit  élever  à  la  dignité  de  chambellan  du  roy. 

Cependant  le  roy,  désirant  reprendre  Famagouste'\  y  mit  le  siège 
en  l'an  16/11;  mais  les  Génois  l'ohligèrent  à  se  désister  de  ses  préten- 
tions et  de  faire  paix  avec'eux.  A[)rès  la  mort  de  sa  première  femme, 
il  s'estoit  pris  d'une  dame  nommée  Marie,  de  Patras,  de  l'archipelage , 
a  laquelle  la  reyne  Hélène,  par  jalousie,  fit  couper  le  nez  [selon  Lu- 
signan^,  elle  le  lui  coupa  elle-même  avec  les  dents],  d'où  elle  fut  nom- 
mée Coiiionutena,  c'est-à-dire  sans  nez*,  et  en  eut  un  fils  nommé  Jacques, 
qui  naquit  en  l'an  i/iSG-'.  En  la  mesme  année,  Hélène  accoucha  d'une 
fille,  qui  fut  nommée  Charlotte.  Cette  princesse,  estant  encore  toute 
jeune,  fut  mariée  à  Jean  île  Portugal,  duc  de  Coymbre,  petit-fils  de 
Jean,  1"'  du  nom,  roy  de  Portugal;  lequel,  estant  arrivé  en  Gypre, 
non-seulement  fut  fait  et  créé  prince  d'Antioche ,  mais  encore  le  roy 
luy  abandonna  le  gouvernement  des  alTaires'^. 

Le  prince  réforma  d'abord  les  abus  qui  s'estoient  glissez  dans  la  re- 
ligion ,  laquelle  il  rétablit  en  sou  ancien  estât ,  et  gagna ,  par  sa  conduite , 

'  Loi'edano,l.X,p.576.577  ;  trad.frniiç.  même  que  fjiûris  ,  p;T); ,  fi/ri; ,  qui  seniblenl 

t.  II,  p.  173.  —  Etienne  de  Lusignan,  llist.  tous  provenir  (leptwxTi/p,  nez.  Ainsiles  Grecs 

(le  Cijpre,  fol.  i56  v°.  disaient,  par  un  mot  de  forme  tout  à  fait 

'  Lorcdano.i.X.p.  579.  .58u;trad.  franc.  semblable.  HOfif/oTroSaj,  qui  a  les  pieds  cou- 

(.  II.  p.  176,  177.  p^s.  (Du  Gange.  Ghssar.  mcil.  ethif. grœci- 

^  Etienne  de  Lusignan.  Hisl.dii  nnjmuiic  lalis  .  t.  I,  col.  700.  9-29.) 

fie  Ciiprc,  fol.   i5G;  Chorograffia  ilcW  iso-  ^  Cette  date  est  tout  à  fait  inadmissible, 

la,  etc.  fol.  60  v'.  surtout   pour   la   naissance   de    Charlotte  , 

'  Etienne  de  Lusignan  (Hisl.  de  Ct/pre,  puisque  sa  mère  ne  fut  mariée  qu'en  liia. 

fol.  i56  v°)  l'appelle  Comotimtene ,  et  Loré-  Quant  au  prince  Jacques,  puisqu'on  le  disait 

dan  (1.  X,  p.  577,  578;  trad.  franc,  t.  II.  âgé  de  trente-trois  ans  lorsqu'il  mourut  en 

p.  176,  175),  Comomutenu ,  forme  préfé-  1^73,  il  devait  être  né  en  1Z160. 

rable  à  celle  que  donne  Du  Gange.  C'est,  "  Loredano.  1.  X.  p.  587  et  suiv.  trad. 

en  effet,  une  légère  altération  du  grec  «of/fxo-  franc.  1.  II,  p.  i85  et  suiv.  —  Et.  de  Lusi- 

fjiÛT);»'.  qui  a  le  nez  coupé,  substantif  à  lac-  gnan,  IlisUiire  de  Cypre ,  fol.  i56  v°.  —  De 

cusalif.  composé  de  KO-alw  et  de  ^vtijs.  le  .Mas-Latrie,  t.  III,  p.  81  et  note  a. 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  95 

les  affections  des  Cypriotes,  qui  se  lassoieut  du  gouvernement  des 
femmes.  Mais,  d'ailleurs,  cela  luy  attira  la  haine  de  la  reyne,  qui.  à 
la  persuasion  de  sa  nourrice  et  de  son  fils ,  prit  résolution  de  s'en  del- 
faire  :  ce  qu'elle  fit  par  le  poison,  que  le  chambellan  luy  donna.  Ce 
fut  alors  que  ce  faquin,  devenu  insolent  par  la  mort  de  son  ennemy, 
commença  à  maltraiter  la  jeune  princesse  ^  laquelle  eut  recours ,  eu 
cette  occasion,  à  son  frère  naturel,  qui,  pour  la  venger,  le  tua  de  sa 
main.  Ce  jeune  prince  commença  dès  lors  à  aspirer  à  la  couronne .  se 
persuadant  qu'elle  ne  pouvoit  tomber  entre  les  mains  de  sa  sœur,  par 
les  Assises  du  royaume,  qui  en  excluoient  les  femmes-.  La  reyne,  (jui 
avoit  préveu  le  dessein  de  Jaques,  l'avoit  engagé  dans  Testât  ecclésias- 
tique,  et,  l'archevesché  de  Nicossie  estant  venu  à  vacquer  après  la 
mort  du  cardinal^,  elle  l'en  avoit  fait  ])ourveoir,  sans  néantmoins  que 
le  consentement  du  Saint-Siège  y  fust  intervenu.  Cette  dernière  action 
confirma  à  la  reyne  la  pensée  qu'elle  en  avoit  eue  auparavant  :  c'est 
pourquoy  elle  fit  en  sorte  qu'd  vidast  le  royaume.  .Ia([ues  se  cacha 
quelque  temps  chez  le  baile  de  Venise,  puis  se  relira  à  Rhodes,  où 
il  fut  très-bien  accueilly  des  chevaliers.  En  cet  entre-temps,  la  reyne 
vint  à  décéder,  le  1 1*"  jour  d'avril,  l'an  t  ^58  '\  D'autre  part,  Charlotte 
estoit  recherchée  en  mariage  par  divers  princes.  Le  pape  Alexandre  VI  ■' 
luy  offrit  Baltliazar  Borgia,  son  neveu;  mais  l'occasion  se  présenta  d'une 
autre  plus  illustre  alliance,  qui  fut  de  Louys  de  Savoye,  comte  de  Ge- 


'  Loredano,  I.  X,  p.  .Sg-S  et  suiv.  trad. 
franc,  t.  tl ,  [).  igi  el  suiv. 

"  La  loi,  ou  plutùt  la  coutume,  n'était 
pas  formelle  sur  ce  point  en  Chypre  comme 
en  France.  Hugues  III  étaitmonté  sur  le  trône 
(1267)  en  vertu  des  droits  que  semblait  lui 
avoir  transmis  sa  mère  Isalielle.  Un  siècle 
après  (1882),  on  en  avait  écarté  Marie, 
fille  de  Pierre  1",  que  son  frère  Pierre  II 
avait  nommée  son  héritière,  pour  prendre 
Jacques,  son  oncle,  frère  de  Pierre  I",  sous 
prétexte  que  les  filles  ne  succédaient  pas  à 
la  couronne.  Cependant  Cliai-lotte  succéda 


à  son  père,  sans  opposition  de  la  part  du 
clergé,  des  nobles  et  du  peuple;  et  son 
frère,  qui  la  déposséda,  fut  (oujours  re- 
gardé ,  surtout  par  les  anciennes  familles 
franco-cy[)riotcs,  comme  un  usurpateur. 

'  De  Mas-Latrie,  I.  III ,  p.  7'i.  78,  notes. 

'  De  Mas-Latrie,  t.  III,  p.  7G,  note  3. 

'  Inadvertance  échappée  à  Du  Gange. 
Alexandre  VI  ne  fut  pape  qu'en  liga. 
Il  faut  lire  ici,  d'après  Lorédan  (1.  X, 
p.  607;  trad.  l'r.  l.  II,  ]).  a 00),  Calliste  III 
(Alfonse  Borgia).  (|ui  fut  pape  de  ihâi)  h 
ii58. 


96  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

nève',  second  fils  de  Louys,  duc  de  Savoye,  et  d'Anne  de  Cypre.  [La 
reine  s  y  était  vivement  o|)|)osée;  mais,  après  sa  mort,]  le  traité  de  ce 
mariage  lut  conclu  à  Turin,  le  i  o'^  jour  d'octobre  de  la  mesme  année, 
par  Janus  de  Montolil",  mareschal  de  Gypre,  et  Odet  Bossât,  ou  du  Puy- 
sel,  gouverneur  de  la  princesse,  ambassadeurs  du  roy.  Parce  traité,  il 
fut  convenu  que  Louys  prendroit  le  titre  de  prince  d'Antiocbe,  et  que, 
après  la  consommation  du  mariage,  les  barons  de  Cypre  luy  feroienl 
hommage ,  comme  à  l'héritier  présomptif  du  royaume,  qui  luy  appartien- 
droil  après  le  décez  du  roy.  Durant  ce  temps-là-.  Jaques,  perdant  l'es- 
pérance de  parvenir  à  la  couronne,  fit  ses  instances  vers  le  pape  Nicolas 
pour  avoir  les  provisions  de  l'archevesché  de  Nicossie,  à  quoy  la  reyne  et 
sa  fille  s'estoient  opposées  puissamment,  l'ayant  traitté  non-seulement 
de  bastard,  mais  encore  d'Iiomicide.  Leurs  lettres  estant  tombées  entre 
ses  mahis,  piqué  de  sentimens  de  vengeance ,  il  vint,  déguisé,  en  Cypre, 
et,  accompagné  de  plusieurs  de  ses  amis,  entra  dans  le  palais,  où  il 
passa  au  fil  de  l'espée  tout  ceux  cpi'il  croioit  lui  estre  contraires,  puis 
alla  loger  en  la  maison  archiépiscopale.  [Lusignan^  et  Lorédan*  ra- 
content le  fait  avec  quehpie  difi'érence,  surtout  dans  les  motifs  qui 
poussèrent  Jacques  à  cet  acte  de  violence.  Il  était  indigné,  disent-ils, 
qu'on  ne  lui  rendit  point  les  revenus  de  son  arclievêcbé,  dont  il  était 
privé  depuis  le  meurtre  du  cbauibellan  Tiiomas.]  Les  tendresses  que 
son  père  avoit  pour  luy  firent  qu'il  ne  vengea  pas  avec  vigueur  cette 
action  j)leine  de  présomption  et  de  mépris.  Au  contraire,  il  le  laissa 
paisible  tant  qu'il  vécut,  et  jusques  à  sa  mort,  arrivée  le  aG*"  jour  de 
juillet  de  la  mesme  année  i/i58.  Quelques  auteurs  ont  avancé  qu'il 
mourut  de  poison,  qui  luy  fut  donné  par  son  fils.  [Lorédan^  parle  de 
poison,  mais  ne  dit  pas  qu'on  eût  soupçonné  le  prince  Jacques.  Pie  11 
lui-même'*,  quoique  fort  partial  contre  ce  prince,  n'en  dit  rien.]  Il  fut 
inhumé  en  l'église  de  Saint-Dominique  de  Nicossie,  près  de  son  père. 

'  Giiichenon .  Histoire  généalogique,  etc.  ''  Loredano,  1.  X,  p.  607  et  suiv.  Irait, 

t.  I ,  p.  5.37,  538;  t.  II,  p.  38G.  franc,  t.  II,  p.  2o5  et  suiv. 
^  Pius  II,  De  bcllo  Qjprio ,  e.  xcvii.  '  L.  V,  p.  ù-iS. 

'  Liisig-nan  .  Ili.1t  de  Ci/jirc .  fol.  i5f).  '  Pius  II.  loc.  cit. 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  97 

Charlotte,  fille  unique  de  Jean  II  et  crHélène  Paléologue,  fut,  après 
la  mort  de  son  père,  reconnue  reyne  de  Cypre  par  les  barons \  et  fut 
couronnée  solemnellement  en  l'église  de  Nicossie.  Ce  l'ut  en  cette  qua- 
lité qu'elle  conféra  l'ordre  de  Cypre,  dit  de  l'Espée,  à  Martin  Villain  , 
seigneur  de  Rasseglieni  en  Flandres,  au  retour  de  son  voyage  de  la 
terre  sainte  ',  comme  on  reconnoist  par  ses  lettres  données  au  palais 
de  la  citadelle  de  Nicossie,  le  23"=  jour  de  juillet  l'an  lûBg,  indict.  vu, 
auquel  temps  le  prince  Louys,  son  mary,  n'estoit  pas  encore  arrivé  en 
Cypre,  n'y  estant  abordé  qu'au  mois  d'octobre  suivante  II  y  fut  reçu 
avec  joye  par  les  barons,  qui  firent  solenniiser  son  mariage  avec  la 
reyne ,  en  l'église  de  Sainte-Sophie  de  Nicossie ,  le  7  du  mesme  mois , 
où  il  fut  ensuite  couronné  roy  de  Cypre,  la  reyne  ayant  desjà  reçu  la 
couronne.  Aucuns  écrivent  que  ce  mariage  se  fit  sans  la  dispense  du 
pape*,  et  que,  pour  cela,  les  évesques  ayant  refusé  de  faire  la  béné- 
diction, un  chapelain  de  la  reyne  la  fit;  ajoutant  qu'alors,  en  l'église 
grecque,  on  n'admettoit  pas  les  dispenses.  Mais,  si  cela  estoit  véritable, 
il  faudroit  inférer  que  les  roys  de  Cypre  eussent  en  ce  temps-là  re- 
connu cette  église,  depuis  le  changement  que  la  reyne  Hélène  Paléo- 
logue y  introduisit. 

Cependant  Jacques,  bastard  du  roy  delTunt,  n'ayant  pas  osé  attendre 
l'arrivée  du  prince,  alla  trouver  le  sultan  d'Egypte^;  ce  qu'il  fit  par  le 
conseil  de  Marc  Cornaro,  gentilhomme  vénitien,  qui  mesme  luy  donna 
son  vaisseau  à  cet  efî'et.  Estant  arrivé  au  Caire,  il  fit  si  bien,  par  ses 
pratiques  et  son  adresse,  qu'il  gagna  l'esprit  de  ce  prince  infidèle, 
qui  luy  donna  une  armée  navale,  avec  laquelle  il  recouvra  son  royaume. 
Louys  et  la  reyne  Cliarlolte  ayant  esté  obligez  de  céder  à  la  puissance 
d  un  si  grand  ennemy.  J'omets  les  circonstances  et  les  événemens  sin- 
guliers de  cette  guerre,  la  chose  ayant  esté  traitée  à  fond  par  le  pape 

'  Etienne  de  Lusignan  , ///*•;.  de  Cypre,  '  Giiichenon. /fcï.rfe.S(«'Oi/c^  t.  I,p.538. 

fol.  1C2  v°. — De  Mas-Latiie,  t.  III,  p.  89.  '  Loreilano,  i.  X,  p.  6.'5f),  6/10;  trad. 

— Chron.de Georges Bustron. —  Loredano.  franc,  t.  11,  p.  938,  909. 

I.  X,  p.  699;  trad.  franc,  t.  II,  p.  227,  '"  Pius  II,  loc.  cil.  —  Et.  de  Lusignan  , 

998.  Hist.  de  Cijpre,  fol.  166  elsuiv. — Loredano, 

"  Hist.  de  Guines ,  au.x  preuves,  p.  691.  i.  X,  p.  689.  6io. 

i3 


98  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER 

Pie  11',  au  li'aiU'  (ju'il  eu  a  l'ail,  et,  [rappelée  aussi]  eu  [uue  de]  ses 
épistres;  [racouiée  eu  détail]  par  le  cavalier  Loredau  et  Estienue  de 
Lusignaii  eu  leur  Histoire  de  Gypre,  et  particulièrement  par  Guiclie- 
noii  -  eu  sou  Histoire  de  la  maisou  de  Savoye,  où  il  a  rapporté  la  trau- 
sacliou  que  cette  infortunée  princesse  fit  avec  Louys,  duc  de  Savoye, 
et  la  duchesse  Aiuie  de  Gypre,  sa  femme,  en  labhaye  de  Saint-Maurice 
de  Ghablais,  le  18*^  jour  de  juin,  l'an  1^6-3,  par  laquelle  il  fut  arresté 
que,  la  reyne  venant  à  décéder  sans  eufans  du  roy  Louys,  sou  uiary, 
le  duc  demeureroit  seigneur  et  roy  du  pays  de  Gypre,  et  les  siens, 
aiusy  qu'il  a  voit  est(''  accordé  par  leur  contrat  de  mariage  et  au  cou- 
ronuenient  du  roy.  Gette  donation  du  royaume  de  Gypre  fut  ratifiée 
par  une  auire  que  cette  reyne  fit  à  Ronu^  le  2  5"  jour  de  février.  Tau 
)  685^,  en  faveur  de  Charles,  duc  de  Savoye,  sou  neveu,  par  laquelle 
elle  hiy  donne,  en  termes  exprès,  le  royaume  de  Gypre,  avec  le  titre 
et  la  qualité  de  roy ,  ])our  luy  et  ses  successeurs  ducs  de  Savoye.  G'est 
(Ui  suite  de  ces  donations  que  les  ducs  de  Savoye  prennent  le  titre  de 
roys  de  Gypre.  Gette  princesse,  après  avoir  inutilement  essayé  d'en- 
{jager  les  papes  et  les  princes  à  sou  restablissement  [et  refusé  noble- 
ment l'asile  (puî  Venise  lui  offi-ait  sui'  sou  territoire,  avec  une  pension 
annuelle  de  5, 000  ducats  d'or*],  mourut,  sans  eufans,  à  Rome,  d'une 
paralysie,  le  16*^  jour  de  juillet,  l'an  1  hS^  ^,  et  fut  inhumée  eu  l'église 
de  Saint-Pierre,  entre  les  chapelles  de  Saint-Thomas  et  de  Nostre- 
Dame,  entrant  à  main  gauche,  avec  cette  épitaphe'^: 

CAROLA,  HIERUSALEM,  CYPRI  ET  ARMENIJ)  REGINA, 
OBIIT  XVI  JUUI,  ANNO  DOM.  M.CCCC.LXXXVII. 

Le  roy  Louys,  son  mary,  eu  suite  de  ces  disgrâces,  se  retira  au  prieuré 
(le  Ripaille,  près  de  Thouou,  et  y  mourut  au  mois  d'aoust,  l'an  1  /i8-j. 

'   Plus  U,  De  bello  Cyprio,  Hislor.  rciuiii  ^  Guiclienoii,  llixl.    de.    t.    I,    ji.   o/i5: 

ubique  gcslarum  :  De  Asia,  c.  xcvii,  epist.  l.  II,  p.  /ioi-'io3.  — De  Mas-Latrie,  t.  III. 

ioi  ,  édit.  de  i5i8;  epist.  887,  édit.  de  p.  i5i,  i5-2  et  notes. —  Et.  de  Liisignaii , 

i,55i.  -—  VolaleiT.  1.  IX.  fol.  18G. 

"  Gaichenon,  Histoire  de  la  maison  de  "  De  Mas-Latrie,  t.  III,  p.  i48-i5o. 

Savoye,  t.  I,  p.  5ii,  et  t.  II,  p.  3g i  ;  Hist.  ''  De  Mas-Latrie,  t.  Itl,  p.  8y .  note  i. 

des  éoesques  de  Belky ,  p.  yy.  '   Roma  suhictr.  1.  H ,  c.  i.x.  S  i  8. 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  99 

.Iaques,  s'estant  ainsy  rendu  maistre  du  royaume  de  Cypre,  tant  |)ar 
le  secours  du  sultan  d'Egypte  que  par  sa  valeur,  commença  à  travailler 
à  régler  les  affaires  de  son  Estât.  Premièrement  d  assiégea,  sur  les  Gé- 
nois, quiavoient  favorisé  la  reyne  Charlotte,  la  ville  de  Famagouste', 
et  la  leur  enleva  [par  capitulation,  le  20  janvier  1/16/1],  après  qu'ils 
l'eurent  possédée  l'espace  de  quatre-vingt-dix  ans;  puis,  sur  la  deffiance 
qu'il  eut  que  les  Sarrazins,  qu'il  avoit  appeliez  à  son  secours,  ne  s'em- 
parassent du  royaume,  d  les  fit  tous  tuer  en  une  nuit 2.  Cette  action 
luy  eust  attiré  la  guerre  [de  la  part]  du  sultan,  s'il  n'en  eust  destourné 
l'orage  par  ses  adresses  ordinaires  et  par  ses  pratiques  vers  ce  prince. 
Puis  il  appliqua  ses  soins  à  s'appuier  de  quelque  alliance.  Il  avoit  re- 
cherché d'abord  la  fille  d'André  Paléologue,  ou  plustost  de  Thomas, 
despote,  qui  estoit  réfugié  à  Piome;  mais  le  pape^  estimant  qu'il  de- 
voit  chercher  un  autre  ap|)uy,  luy  offrit  sa  nièce,  qu'il  refusa,  sur  le 
bruit  de  sa  vie  un  peu  licencieuse.  Ce  refus  irrita  tellement  le  pape 
qu'il  ne  le  traita  plus  que  de  tyran  et  d'apostat.  Enfin  André  Cornaro*. 
noble  vénitien,  qui  avoil  esté  fait  auditeur  de  Cypre,  luy  offrit  Cathe- 
rine, sa  nièce,  fille  de  Marc  Cornaro,  chevalier,  son  frère,  avec  cent 
mille  ducats  de  dot,  et  avec  promesse  de  la  faire  reconnoistre  par  la 
république  de  Venise  fille  de  Saint-Marc  ^ 

L'appuy  et  l'alliance  des  Vénitiens  ^  qui  s'engageoient  par  là  à  son 
secours  et  à  sa  protection,  luy  firent  accepter  ces  propositions,  en  suite 
desquelles  il  envoya  Plùlippes  Pocodataro,  son  ambassadeur  à  Venise, 
où  les  espousadles  se  firent,  par  paroles  de  présent,  l'an  1  /169.  Catlie- 
rine,  toutefois,  n'arriva  en  Cypre  que  l'an   1/171  ^ 

'  Et.   de  Lusignan,  Hisloire  de  Cypre,  '  Pnoio  Morosini.  Dell'  histor.  cU  Venel. 

toi.  iy8.  —  Loredano,  1.  XI,  p.  681,  682  ;  I.  XXIV.  —  Paul.  Crassus  Patav.  in  pra^fal. 

trad.  franc,  t.  II,  p.  281,  28a.  —  De  Mas-  ad  Theoplid.  protospalliarium. 

Latrie,  t.  III,  p.  170,  note  1 ,  p.  lyS.  '  Et.  de  Lusignan,  Histoire  de   Cypre, 

-  Et.  de  Lusignan,  loc.  cit.  fol.   179.  —  fol.    181   v°   et  182.  —  Loredano,  1.  XI, 

Loredano ,  foc.  «V.  p.  70a,  708;  ti-ad.  fi-anç.  l.   II,  p.  3o5- 

^  Et.  deLusign.  loc.  cil. fol.  181. —  Lored.  807. 

t.XI,p.699,  700;  trad.fr. t. II,  p.3oi,  3o2.  '  P.  Bembo,  Hist.  Venei.  1.  I. 

—  De  Mas-Latrie,  t.  III,  p.  176 ,  note  1.  'De  Mas-Latrie,  l.  III ,  p.  3/i3 .  note  a. 

t3. 


100  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

[Les  fiançailles  avaient  eu  lieu  en  i  /iG8  ,  et  Catherine  ne  partit  pour  Chypre 
qu'en  1/1712'.  Dans  rinl(>rva!le,  .lai'([ues,  comprenant  que,  par  cette  alliance, 
il  se  mettait  en  (|uel(|u<'  sorte  à  la  discrétion  de  la  république,  avait  hésité 
longl('m|)s,  et  tenté  de  renouer  l'afi'aire  de  son  mariage  avec  la  fille  du  despote 
de  Morée.  Mais  enfin  il  céda  aux  pressantes  instances  de  Venise,  qui  le  som- 
mait presque  avec  menaces  de  remplir  ses  engagements.] 

Le  roy  survécut  pou  de  temps  à  ce  mariage,  et  mourut  le  5'^  jour  de 
juin  [ou  mieux  le  6  juillet  de]  l'an  1678,  âgé  de  trente-trois  ans. 
(Juelques-uns  tiennent  qu'il  fut  empoisonné  par  Cornaro  et  Bembo,  ses 
oncles,  qui  vouloient  se  rendre  maistres  du  royaume.  Il  fit  son  testament 
avant  que  de  mourir,  par  lequel  il  institua  la  reyne  et  l'enfant  dont  elle 
estoit  grosse  héritiers  du  royaume  de  Gypre,  sous  la  protection  de  la  ré- 
]»ublique  de  Venise^.  L'enfant  qui  naquit  de  cette  alliance  fut  nommé 
Jacques  et  succéda  au  royaume  ^.  Il  laissa  encore  trois  enfans  naturels, 
sçavoir  :  Janus,  Jean  et  Charlotte,  qu'il  eut  de  quelques  nobles  concu- 
bines, entre  lescjuelles  fut  la  sœur  de  Balian  de  Nores,  qui  furent 
envoyez  à  Venise,  où  ils  moururent  sans  postérité*.  Quelques-uns 
écrivent  que  leur  père  les  substitua,  par  son  testament,  à  l'enfant  qui 
devoit  naistre  de  sa  femme,  et  à  ceux-ci,  le  plus  proche  de  la  maison  de 
Lusignan-'.  Charlotte  espousa  Sor  di  Naves,  prince  d'Antioche.  Mais  je 
doute  que  ce  mariage  ait  esté  accompli,  si  toutefois  c'est  cette  Charlotte, 
lille  de  Jacques,  laquelle  décéda  à  l'âge  de  douze  ans,  et  dont  l'épi- 
taphe  se  voit  à  Padoue,  en  l'église  de  Saint-Augustin,  en  ces  termes  : 

ZACHl,  C\PR1  REGIS,  CERLOTA  F.  H.  SEPT.  T.   |hicsita  est?| 
ANNO  SVM  «TATIS  XU,  MENS.  HI,  M.CCCC.LXXX,  JUMI  XXIIIP. 

Il  y  a  encore,  cians  la  mesme  église,  l'épitaphe  de  Marie  de  Patras. 

'  De  Mas-Latrie,   t.   III,  p.    iS-a-iSû,  *  De  Mas-Lalrie,  f.  \U.  p.  ;î'i(i ,  note  .3: 

3o7-3io,  3i2-3i5.  |).  4o8-4i2. 

'  Ét.deLusignan,/fo(.f/eC'»;jor(!,fol.i8a.  '  Voir  le  testament,  Chron.  de  Georges 

180. —  Loredano,!.  XI,  p.  706-707;  trad.  Bustron. —  De  Mas-Latrie,  t.  III,  p.  SiS-Siy. 

franc,  t.  II ,  p.  3o8-3 11.  —  De  Mas-Latrie .  "  Schrader,  Momim.  liai.  p.  1 5.—  De  Mas-  , 

t.  III,  p.  3U-345,  345-347.  Latrie,  t.  III,  p.  34G,  n.  3.  — Jac.  Salomo- 

'  Thuan.  I.  XLIX.  nias,  Inscript.  in-h.  Patavinœ ,  p.  Sg. 


LES   ROIS  DR   CHYPRE.  loi 

mère  du  roy  Jacques,  qui  fait  voir  qu  elle  survécut  à  son  fils.  Elle  est 
ainsy  conçue  : 

MARIETA.  MATER  QUONDAM  lACOBI,  CYPRI  REGIS, 
VIVEINS  SIBl  FECIT  M.CCCC.LXXXni,  MENS.  SEPT'. 

[OBUT  AUTEM  M.D.IU    DIE  XII  APRILIS '. 

Kllc  lut  transportée  à  Venise  en  1^76.  par  ordre  du  Conseil  des  Dix,  avec 
les  enfanis  naturels  de  Jacques  IP.] 

Quelques  auteurs  de  ce  temps-là  écrivent  que  Ferdinand,  roy  de 
Naples,  envoya  des  ambassadeurs  en  Gypre,  pour  recherclier  en  ma- 
riage la  fille  naturelle  du  roy  Jacques,  qui  estoit  alors  décédé.  Je  ne 
sçay  si  c'estoit  cette  Charlotte*. 

I  L;i  (lliariotte  promise  à  Sor  de  Naves  mourut  en  1  A6c)  ^.  [jm^  autre  Char- 
lotte survécut  à  .son  père;  c'est  celle  qui  mourut,  âgée  de  douze  ans ,  le  2/1  juil- 
let 1680,  celle  que  le  roi  Ferdinand  rechercha  en  mariage,  non  pour  lui. 
mais  pour  son  fils  naturel,  en  1478,  lor.-iqu'eile  n'avait  encore  que  cinq  ou 
six  ans". 

Lusignan ,  dont  le  bisaïeul  Clarion  avait  été  maltraité  et  dépouillé  de  ses 
biens  jiar  Jacques  II,  a  jugé  ce  prince  sévèrement.  Lorédan,  après  un  récit 
assez  impartial  de  ses  actes  comme  homme  privé  et  comme  roi,  résume  l'en- 
sejiihle  de  sa  conduite  et  les  traits  de  son  caractère  par  un  éloge  à  peu  près 
complet,  auquel  il  oppose  le  blâme  et  les  reproches  des  partisans  de  Charlotte. 
Sans  vouloir  atténuer  ni  excuser  ses  torts  et  ses  actes  nombreux  de  violence ,  on 
ne  saurait  disconvenir  i|u'il  n'ait  été  un  des  rois  de  Chypre  les  plus  remarquables 
par  la  justesse  autant  que  par  l'élévation  de  son  esprit.  D'une  activité  qui  lui  fai- 
sait tout  entreprendre  et  nîussir  partout,  il  conquit  son  royaume  et  reconstitua 
l'unité  du  territoire;  il  eût  peut-être  réparé  les  malheurs  des  règnes  précédents 
s'il  eût  vécu''.  On  peut  consulter,  comme  un  monument  de  sa  sagesse  et  de  son 

'  Schrader,  loc.  cit.  fol.  i5  v°.  '  De  Mas-Latrie,  t.  III,  \>.  3o8  et  note  a  ; 

'  Jac.  Salomon.  loc.  cit.  p.  3i6  et  note  3. 

'  De  Mas-Lalrie,  t.  llï.p.  hoS.  '  Loredano  ,  I.  XI,  |>.  817,  7-2/1;  trad. 

'  Josaph.  Barbar.   Ilivnnriiim  persiciim  .  Iranç.  t.  II,  p.  3a2,  393-33o. 
p.  /160.  '  De  Mas-Latrie,  t.  III.  p.  i84-3o6. 


102  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

habileté,  iiin'  Miilc  d'urtos  enregistrés  à  la  secW'le  royale  de  Nicosie,  pour  les 
années  i  668,  i/i6(),  ((ue  M.  de  Mas-Latrie  a  publiés  d'après  un  manuscrit  du 
Vatican.  | 

Jacques,  111"  du  nom,  naquit  après  la  mort  de  son  père,  en  suite  de 
lacjuelie,  ol  suivant  sa  disposition,  Catherine,  sa  mère,  fut  reconnue 
reyne  de  Cypre.  Jacques  estant  né,  il  fut  aussytost  couronné,  pour  em- 
pescher  les  mouvemens  des  grands,  qui  sembloient  favoriser  la  mère, 
(pii  tut  obligée  de  se  retirer  à  Hliodes. 

I  Les  faits  sont  ici  confondus  et  rappelés  d'une  manière  inexacte'.  Il  y  eut, 
le  t5  septembre  1/178  ,  une  violente  émeute  des  Cypriotes,  non  en  faveur  de 
(Jatherine  au  détriment  de  son  fils,  mais  contre  l'influence  déjà  prépondérante 
des  partisans  de  Venise.  Deux  oncles  de  la  reine,  André  Gornaro  et  Marc  Bembo. 
y  perdirent  la  vie,  ainsi  que  plusieurs  notables  personnages  qui  étaient  attachés 
à  sa  personne  ^.  Ce  fut  une  occasion  favorable  pour  Venise  d'établir  sa  domi- 
nation dans  l'île,  en  plaçant  des  hommes  à  elle  dans  toutes  les  villes,  les  for- 
teresses et  les  ports'.  Mais  la  reine  resta  en  Chypre,  sous  sa  dépendance,  et 
continuellement  surveillée  par  ses  agents ,  jusqu'au  moment  oii  la  république 
lui  signifia  l'ordre  de  quitter  Chypre*.  C'est  alors  seulement  que,  pour  échap- 
per à  cette  tyrannie,  elle  tenta  de  se  réfugier  à  Rhodes;  mais  ce  projet  ne  put 
recevoir  son  exécution^.] 

Mais  le  jeune  prnice  vécut  peu  de  temps,  estant  décédé  Tannée 
suivante,  ou  l'an  1/17 5,  non  sans  soupçon  de  poison.  H  fut  inhumé  à 
Famagouste  *'.  [Jacques  III,  né  le  27  ou  le  28  août  1678,  mourut  le 
26  août  iZiyi^] 

Catherine  Cornaro,  sa  mère,  comme  héritière  de  son  mary  et  de 
son  fils,  gouverna  le  royaume  paisiblement  l'espace  de  quinze  ans, 
sous  la   protection  de  la   république  de  Venise,  qui  dissipa  à  divers 

'  De  Mas-Latrie,  t.  III,  p.  353-369.  '  De  Mas-Latiie,  t.  III,  p.  /lag-iSi. 

'  De  Mas-Latrie,  hc.  cit.  p.  870,  871.  '  Bembo,  1.  I.  —  Sabell.  Dec.  III.  1.  X. 

'  De  Mas-Latrie,  loc.  cil.  p.  iii-ii6.  — Doglioni. 

'  De  Mas-Latrie,  loc.  cit.  p.  620-625.  •  De  Mas-Latrie,  t.  III.  p.  3i8.  note  i. 


LES  ROIS  DE  CHYPRE.  103 

temps  les  vains  eflbris  de  la  reyiic  Charlotte,  qui,  après  la  mort  du 
bastard,  avoil  repris  ses  espérances  de  rentrer  en  ses  Estais  [par  1  en- 
tremise de  Rizzo  de  Marin,  ancien  chambellan  de  Jac([ues  II,  et  de 
Tristan  de  Giblet'].  Ferdinand,  roy  de  Naples,  la  l'echercha  en  maria[^;>' 
pour  son  fds  Frédéric,  [ou  plutôt  pour  son  fils  naturel  Alfonse,  selon 
Marin  Sanut  le  jeune,  ou  pour  lui-même,  selon  Lusignan^;  ce  ([ui 
paraît  moins  vraisemblable];  mais  les  Vénitiens,  qui  aspiroient  à  la 
possession  de  ce  royaume,  craignant  d'en  estre  frustrez  si  cette  alliance 
se  faisoit,  la  firent  persuader,  par  Geoi-ges  Cornaro,  son  frère,  d'en 
faire  la  cession  à  la  république,  et  de  se  décharger  du  soin  du  gouver- 
nement en  se  retirant  à  Venise,  où  la  république  luy  domieroit  de  quoy 
subsister  selon  sa  dignité  :  ce  que  la  reyne,  qui  dépendoil  des  Véni- 
tiens, fut  obligée  d'accepter,  contre  son  inclination.  Estant  ensuite 
partie  de  Cypre,  elle  ai-riva  à  Venise,  où  elle  fut  reçue,  avec  beancoiqi 
de  magnificence,  l'an  1/489,  et  y  résigna  publiquement  tout  le  droit 
qu'elle  avoit  au  royaume  de  Cypre.  [Mais  il  n'y  a  point  d'acte  écrit  de 
la  cession  de  ce  royaume  faite  aux  Vénitiens  par  la  reine  Catherine.] 
La  ré])ubli(pie  luy  donna  la  ville  d'Ascoli  [Asolo,  dans  la  Mai-che  tré- 
visane]  et  5o,ooo  livres  de  ])ension  tous  les  ans  [8,000  ducats,  dont 
les  revenus  d'Asolo  formeraient  une  partie^].  Il  fut  encore  arresté  que 
la  famille  des  Cornares,  dont  elle  estoit  issue,  pourroit  ajouter,  à 
l'avenir,  à  ses  armes  celles  de  Cypre. 

Ainsy  les  Vénitiens  [moyennant  le  tribut  annuel  de  8,000  ducais 
qu'ds  continuèrent  de  payer  au  sultan  d'Egypte,  comme  au  seigneur 
suzerain  des  derniers  princes  de  la  maison  de  Lusignan]  devinrent 
possesseurs  de  l'isle  de  Cy[)re ,  qu'ils  tinrent  jusques  en  l'an  1670*. 
qu'elle  leur  fut  enlevée  par  Sélim  [II],  sultan  des  Turcs,  qui  se  pré- 
tendoit  estre  au  droit  des  sultans  et  des' mamelucks  d'Egypte,  de  ([ni 
ce  royaume  dépendoit  et  estoit  tributaire-'.  [Nicosie  fut  enq)ortée  d  as- 

'   De  Mas-Latiie.  t.tll,  I». /iiSet  note  1.  '  De  Mas-Latrie,  t.  lit.  p. /io->-/i54  .  i-jM 

p.  iif).  435-5'i5.  et  note  i. 

"  Etienne  de  Lusignan.  ilist.  de  ('ijpve ,  "   De  Mas-I>atrie,  t.  lit.  \i.  k'jt)  et  note  1. 

foi.  18.5.  '  De  Mns-Latrie,  t.  111.  y.  569.  note  1!. 


104  LES  FAMILLES  D'OIITRE-MER. 

saiil  par  les  Turcs  le  9  septembre  iS^o:  Farnagouste,  la  place  qui 
résista  le  plus  longtemps,  capitula  le  1"  août  1671  '.] 

La  leyne  Catlierine  mourut  à  Venise  le  1"  [10*=]  jour  de  juillet,  l'an 
I  iBio],  âgée  de  cinquante-quatre  [ou  plus  vraisemblablement  cin- 
quante-six] ans  [étant  née  en  1  656  ]'-^.  Son  corps  fut  inhumé  en  l'église 
des  Apostres,  d'où  il  fut  transpoi-té  en  celle  de  Saint-Sauveur,  durant 
que  l'on  rebastit  cette  église^.  Georges  Gornaro  ,  son  frère,  luy  fit  élever 
un  superbe  tombeau  de  marbre,  avec  une  chapelle. 

[Tous  les  niallieurs  qui  affligèrent  Chypre  depuis  le  meurtre  de  Pierre  1", 
et  même  son  assujettissement  à  la  domination  des  infidèles,  avaient  été,  si  l'on 
on  croit  Lusignan*,  prédits  clairement  par  sainte  Brigitte,  qui,  à  son  retour 
de  Jérusalem,  était  venue  à  Famagouste  peu  après  la  mort  de  ce  prince,  t^  Il  n'y 
ta  plus  qu'une  de  ses  prédictions  à  accomplir,  ajoute  Lusignan.  qui  écrivait  en 
"•  1678,  celle  qui  annonce  le  retour  de  i'ile  sous  la  puissance  des  chrétiens.'^ 

Or  voici  cette  prédiction  telle  qu'elle  se  trouve  au  livre  des  Révélations  de 
sainte  Brigitte,  chap.  xix  ^: 

K Peuple  de  Cypre,  je  te  déclare  que,  si  tu  ne  veux  te  corriger  et  amender, 
«j'effaceray  ta  génération  et  race  du  royaume,  et  ne  pardonneray  ny  au  pauvre 
«ny  au  riche,  et  t'effaceray  en  telle  sorte  qu'en  hrief  temps  ta  mémoire  s'es- 
ft  coulera  des  cœurs  des  hommes,  tout  ainsi  que  si  jamais  n'eusses  esté  au  monde. 
"Vray  est  qu'après  cela  j'y  planterai  de  nouvelles  plantes  qui  accompliront  mes 
«  commandemens  et  m'aimeront  de  tout  leur  cœur.  « 

Il  faut  avouer  que  cette  prophétie  ressemble  parfaitement  à  celles  du  Mira- 
hilis  liber  de  Nostradamus,  et,  en  un  mot,  à  toutes  les  prophéties  de  ce  genre, 
qui  deviennent  claires  après  les  événements.  ] 

'   Ange  Calepien,  Disc,  de  la  priiise  de  '  P.  Berabo,  Hist.  Venel.  I.  X,  p.  siy. 

Nicossie,   p.  q58   et  suiv.  —  Disc,  .sur  la  —  Sansov.  Nella  Venel.  l.  Il  et  III. 

prin.ic  de  Famagouste ,  p.  288  et  suiv.  "   Lusignan,  Ilist.  de  Cypre,  fol.   1^7  v° 

=  De  Mas-Latrie,  t.  III,  p.  468  et  note  9,  et  i48. 

p.  /i  ltr)-^5 1 .  '  Lusign.  Hist.  de  Cypre,  fol.  aSS  r°  et  v°. 


LES   ROYS   D'ARMÉNIE. 


Les  géographes  du  moyen  temps  divisent  l'Arménie  en  deux  par- 
ties, dont  Tune,  appelée  la  Grande  Arménie,  avoisine  la  mer  Caspie. 
du  costé  du  septentrion,  et  est  séparée  par  le  fleuve  dEuphrate  de  la 
Petite  Arménie,  qui  joint  de  l'autre  costé  à  la  Cilicie  et  à  la  mer  Médi- 
terranée. Mélitène  estoit  la  capitale  de  cette  seconde  Arménie  \  qui  fut 
autrefois  le  siège  des  peuples  nommez  Leuco-Syres  ou  Syriens  blancs. 
au  rapport  deProcope,  ou  plustost  des  Mélano-Syres,  comme  veut  Héro- 
dote^. Il  y  avoit  encore,  outre  ces  deux  Arménies,  Je  Thème  arméniaque^, 
qui  estoit  une  partie  de  la  Cappadoce  qui  avoisine  le  Pont-Euxin.  ainsy 


'  Procope,  De  liello  Persicn,  I.  1,  p.  27; 
édit.  de  Par.  c.  xvii.  p.  6g. 

*  On  ne  trouve  dans  Hérodote  aucune 
mention  des  Mélano-Svres,  ni  môme  des 
Leuco-Syres.  Cet  historien  dit  seulement 
(1. 1,  c.  Lxxii)  que  les  Grecs  donnent  le  nom 
de  Syriens  aux  Cappadociens.  Les  Leuco- 
Syres  sont  nommés  par  Procope  (loco  citato), 
Pline  (Hist.  natur.  ].  VI,  c.  m).  Strabon 
(1.  Xn,  p.  564,  a,  et  1.  XVI,  p.  787,3; 
édit.  de  Casaubon,  Paris,  1620),  etc.  En  ce 
dernier  passage ,  Strabon  fait  remarquer 
cette  dénomination  de  Leuco-Syres,  ou  Sy- 
riens blancs,  comme  supposant,  par  con- 
traste, des  Syriens  noirs,  ûs  àv  Ôvtcijv  rtvàiv 
2tip«oi>  liai  (ieXâvuv  ;  mais  il  ne  nomme  point 
les  Mélano-Syres  comme  un  peuple  existant 
dans  ces  parages.  Constantin  Porpbyrogé- 
nète  s'exprime   ainsi  dans   son   traité  des 


T/ièwftç  de  l'empire  d'Oiiont.  c.  11  (  Ban- 
duri,  t.  I,  p.  G  b,  c)  :  rr Hérodote  appelle 
rr Leuco-Syres  tous  les  Cappadociens  qui  ha- 
rrbitent  jusqu'à  la  mer  Pontique,  pour  les 
«distinguer  des  Syriens  qui  habitent  au  delà 
crdu  Taurus  et  de  la  Cilicie,  et  que  l'on 
rrnomme  Mélano-Syres.  »  Nous  avons  vu 
qu'Hérodote  ne  dit  pas  cela.  Du  reste,  Cons- 
tantin n'attribue  pas  à  cet  auteur  la  déno- 
mination de  Mélano-Syres.  Nous  ne  sau- 
rions dire  d'où  est  provenue  l'erreur  de  Du 
Gange.  Les  auteurs  de  L'Art  de  vérifier  les 
dates,  qui  ont  transcrit,  mot  pour  mot,  ce 
début  de  Du  Gange  sur  les  rois  d'Arménie ,  ne 
font  aucune  remarque  sur  les  Mélano-Syres 
d'Hérodote. 

'  Constant.  Porphyr.  De  Tlicmat.  1. 1 .  c.  11 
—  De  Adiiuiiisl.  imper,  c.  1,.  (lîanduri.  l.  I 
p.  5 .  1 .3.5.  ) 

1/1 


106  LES  FAMILLES  D'OIITRE-MER. 

nommé,  parce  qu'il  estoit  joignant  à  l'Arménie.  La  principale  ville  de 
(•»'  canton  estoit  Amasée.  Mais,  dans  les  derniers  siècles,  le  royaume 
d  \  rniénie  comprenoit  particulièrement  les  provinces  qui  sont  aux  envi- 
rons (lu  mont  Taurus,  du  costé  d(;  la  Cilicie'. 

Sous  les  premiers  empereurs  de  Constanlinople,  l'Arménie  estoit 
gouvernée  par  des  ducs  et  des  comtes^,  jusques  sous  l'empire  de 
Juslinien,  qui  en  donna  le  gouvernement  à  Acacius^,  puis  à  Sittas. 
Persan  de  nation,  à  qui  il  avoit  fait  épouser  Comito,  sœur  de  sa 
l'ciinne  Theodora,  qui  la  tint  sous  le  titre  de  général  d'armée.  Ce  Sittas 
liil  tué  par  les  Arméniens.  Dorothée*  tint  encore  ce  gouvernement  sous 
.liistinien,  et  JeanMustacon^  sous  Maurice.  Chosroès  se  rendit  maistre  de 
I  Arménie  °  et  de  la  Cappadoce,  sous  Phocas,  durant  les  désordres  de 
ICmpire.  Héraclius  la  reprit,  lorsqu'il  alla  en  Perse,  et  y  fitmesme  hi- 
verner son  armée''. 

[C'est  alors  probablement  ^'Jo-Jj  <[ue  David  Saliarlioiini  *,  autrefois  uuirz- 
han  ou  gouverneur  d'Arménie  pour  le  roi  de  Perse,  fut  envoyé  par  l'empe- 
rcnr  Hérai'lins,  pour  administrer  ce  pays,  avec  le  titre  de  curopalate.] 

Pasagnatliès  [Sempad,  lils  de  Varazdirots,  de  la  race  des  Pagra- 
tides°],  patrice  des  Arméniens,  se  révolta,  quelque  temps  après'", 
contre  l'empereur  Constans,  à  layde  des  Arabes.  Deux  ans  après. 
\bib,  chef  des  Arabes,  y  fit  une  irruption  et  delTit  Maurian,  chef  des 
Grecs.  Ensuite  Saborius  [Sapor],  Persan  de  nation,  gouverneur  de 
l'Arménie",  se  révolta  contre  l'empereur  Constans,  avec  le  secours  de 
Muavias  [le  calife  Moavviah],  sultan  des  Arabes,  et  fut  déliait,  l'an 
de  Nostre-Seigneur  658  [66(5]. 

'  Voir  plus  loin  l'addition,  p.  io8.  Theophan.  p.  â55,  -iSG. 

'  Theophan.  p.  lai,  lig.  —  Cedrenus.  *  Saini-Marlin,  Mcin.  sur  l'Arménie,  l.\ . 

p.  ;i()7.  —  Anastas.  Hisi.  eccles.  p.  55,  Oo.  p.  335,  336,  4i5. 

'  Novell.   XXXI,  c.   1.  —  Procope,  De  '  Sainl-Mavlin,  Mcm.  sur  rAniiénie.  t.  \ . 

Mlo  Persico,  I.  1,  p.  i8,  ig,  et  1.  III;  De  p.  ii(i. 
.Edifie,  c.  1.  — Theophan.  p.  169,  181.  '°  Theophan.  p.  286. — Saint  -  Martin  . 

'   Theophan.  p.  iCi.  Mêm.  .sur  l'Arménie,  t.  I,  p.  SSy. 

'  Theophan.  p.  -2  14.  "  Theoplian.  p.  990.  —  Anastas.  Hist. 

Theophan.  p.  a 48.  •  ecefes.  p.  109. 


LES  ROIS  D'ARMENIE.  107 

[Il  périt  par  un  accident',  et  il  n'y  eut  point  de  bataille  livrée  entre  son 
parti  et  l'armée  impériale-.  Yézid,  fils  du  calife  MoavviaL,  envoyé  par  son  père 
pour  soutenir  le  parti  du  rebelle,  prit  Amorium,  en  Galatie;  mais  cette  ville 
fut  reprise,  l'année  suivante  (6G7),  par  l'eunuque  André,  lidèie  mini.stre  du 
jeune  prince  Constantin,  lils  de  l'empereur  Constant. 

11  parait  que  les  Arabes  s'emparèrent  d'une  partie  [de  l'Arménie] 
sur  les  Grecs,  sous  l'empire  de  Constantin  le  Barbu,  et,  sous  son  suc- 
cesseur, qui  fut  Justinien  Rhinotmète,  il  se  fit  un  traité  de  paix  entre 
les  Grecs  et  les  Arabes  dont  Abimelech  [Abdul-Malek]  estoit  le  sul- 
tan', par  lequel  il  fut  arresté  cpie  les  uns  et  les  autres  partageroient 
les  revenus  de  l'Arménie,  de  Gypre  et  de  l'Ibérie  également.  Mais,  la 
niesme  année,  Justinien,  sans  avoir  égard  à  ce  traité,  envoya  Leontius 
avec  une  armée  dans  l'Arménie  et  la  reprit,  ensemble  l'Ibérie,  l'xAlba- 
nie  et  la  Médie.  Enfin  l'Arménie  vint  en  la  puissance  des  Arabes*, 
l'an  687  [698,  la  8^  année  du  règne  de  Justinien].  par  la  lascheté 
de  Sabb.\s  ou  Symb.\tius,  patrice,  qui  en  estoit  gouverneur;  lequel, 
voiant  que  les  Grecs  avoient  esté  delTaits  par  ces  peuples,  leur  aban- 
donna cette  province^. 

L'année  suivante  [696 ,  la  10^  du  règne  de  Justinien],  Miiamed  [Mo- 
hammed], leur  chef  [fils  du  calife  Abdul-Malek],  passa  jusques  dans  la 
quatrième  Arménie®,  que  Baanes,  surnommé  Heptademon,  assujettit  en- 
tièrement aux  Arabes ',  l'an  quatre  d'Apsimare  [702].  L'année  suivante. 


'  Theophan.  p.  290.  —  Lebeau,  Hist. 
du  Bas-Empire ,  t.  XIII,  p.  yi.  79. 

'  Ce  Saporius  ou  Sapor  paraît  être ,  sinon 
par  la  ressemblance  du  nom,  du  moins  par 
la  coïncidence  des  temps  et  des  événements , 
ie  même  que  Hamazasb.  (Saint -Martin, 
Mém.  l.  I,  p.  337,  338,  il  G.) 

'  Theophan.  3o2 ,  p.  3o3.  —  Const.  Por- 
phyrog.  De  Adinin.  imper. c.  xxii.  Apud  Ban- 
duri.  t.  I,  p.  7/1 ,  75.  —  Anastas.  p.  116. 

'  Theophan.  p.  3o6  a.  —  Cedrenus. 
p.  64o  ,  hh\.  —  Anastas.  p.  1 1 7. 

°  La   ressemblance   du  nom  peut  faire 


prencb'e  Sabbas  ou  Symbatius  pour  Sembal 
ou  Sempad,  de  la  race  des  Pagratides;  mais 
les  faits  ne  s'accordent  pas.  D'abord  général 
des  troupes  de  l'empereur,  Seuq)ad ,  nommé 
par  Léonce  curopalate,  en  (jgS,  resta  tou- 
jours attaché  au  parti  de  l'empire  contre  les 
Arabes.  Celui  dont  la  défaite  livra  l'Arménie 
aux  Arabes  (ôgS)  est  le  curopalate  Nerseli. 
(Saint-Martin,  Mém.  1. 1,  339.  34i,  616.) 

°  Theophan.  307.  —  Anastas.  p.  118. 

'  Theophan.  p.  011.  3ûi.  —  Anastas. 
p.  119.  1-2  0.  —  Saint-Martin.  Mém.  sur 
rAniiéiiic,  t.  I.  p.  339.  'àho. 

là. 


108  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

[les  grands  de  l'Arménie  se  révoltèrent,  massacrèrent  les  Sarrasins  et  se 
remirent  sous  la  domination  des  Romains;  mais]  Muhamed  y  vint  en 
personne,  y  deffit  les  rebelles  et  eu  lil  ])rusler  les  principaux  [708]. 
De  là.  il  j)assa  en  Cilicie,  d'où  il  fui  repoussé  par  Héraclius,  frère  de 
rem])creur. 

[(Il-  n'est  pas  Mohamed,  ce  sont  deux  autres  jjénéraux  araljes,  Azar,  en 
700,  et  Azil),  en  70 A,  f[ui  attaquèrent  la  Cilicie,  et  qui  furent  repoussés  par 
Héraclius.] 

Maivan  (Merwàn),  qui  fut  depuis  calyplie',  lils  de  Muhamed,  suc- 
céda à  son  père  au  gouvernement  de  l'Arménie  [737].  Théophanes'-^ 
ajoute^  que  l'empereur  Philippicus  [712]  obligea  les  Arméniens  qui 
avoient  esté  chassez  de  leurs  terres  par  les  Arabes,  et  qui  s'estoient 
retirez  dans  celles  de  l'empire,  daller  habiter  la  quatrième  Arménie 
et  Mélitène;  laquelle  place,  ayant  esté  depuis  enlevée  par  les  Arabes, 
fut  reprise  par  l'empereur  Constantin  Copronyme*,  qui  établit,  ]iour 
gouverneur  de  la  Petite  Arménie,  Paul,  (pii  fut  défiait  par  les  Arabes. 

Cest  cette  quatrième  Arménie  qui  a  donné  les  roys  et  les  princes 
dont  jenlreprens  l'histoire. 

I  Du  (lange  aurait  dû  appeler  ce  pays  la  troisième  Arménie.  En  effet,  aux 
deux  Arménies  de  la  Notice  de  l'empire,  Justinien  avait  ajouté  deux  autres 
provinces  du  même  nom^,  ce  qui  forma  (piatre  Arménies,  ainsi  distribuées  :  la 
jjremière  ou  intérieure,  comprenant  plusieurs  villes  de  la  Grande  Arménie,  entre 
autres  Theodosiopolis,  qui  devint  la  capitale  de  cette  nouvelle  province;  de 
l'ancien  Pontiis  Polcmoniacus ,  sur  le  littoral  du  Pont-Euxin  (Trébizonde  et  Cé- 
rasonte),  et  de  la  province  (|ui  était  anciennement  la  première  Arménie  (Sa- 
lala  et  Nicopolis);  la  seconde  Arménie,  (jui  avait  été  la  première,  ayant  pour 

'   Theoplian.  p.  35 1  b.  —  Saint-Martin,  a  inséré  entre  les  deux  celle  qui  a  rajiport 

Mcm.  l.  I,  p.  417.  '  à  Mervan  ,   el  détruit  ainsi  la   liaison  des 

'   Theoplian.    p.    Sno,    368    d,    SO-? ,  idées  et  l'ordre  chronologique  des  faits  qu'il 

375  a.  —  Anastas.  p.  lai.  indique. 

'    Dans  la  première  rédaction  de    Du  '  Anastas.  p.  i65,  i4G. 

(lange,  cette  phrase  suivait  imniédialenient  ''  Novell.  XXXI,  c.  1.  —  Gui  Pancn-ol. 

celle  qui  se  termine  par  ces  mots  :  Hcra-  h    Notit.    imper.    Orient.    Qmwwntarium , 

ctiv.i ,  frère  de  l'empereur.  Plus  tard  Du  Gange  toi.  99  v°. 


LES  ROIS  D'ARMENIE.  109 

ville  principale  Sébaste,  aujourd'hui  Siwas;  la  troisième,  la  seconde  d'autrefois, 
dont  la  ville  principale  était  Mélitène,  Malatliiali  ';  la  quatrième,  qui  n'était  pas 
auparavant  une  province  romaine,  composée  de  différentes  contrées  barbares, 
et  surtout  (h  la  Sophène,  au  delà  de  l'Euphrate;  une  de  ses  villes  principales. 
Amide,  fut  un  des  boulevards  de  l'empire  grec-.  Les  trois  premières  Armé- 
nies,  dont  la  deuxième  et  la  troisième  représentaient  ce  qu'on  avait  appelé  la 
Petite  Arménie,  étaient  distinctes,  sauf  quelques  villes  de  la  première,  de 
la  Grande  Arménie,  située  au  nord  de  la  Perse,  et  au  sud  de  laquelle  se 
trouvait  la  Sophène.  A  ces  diverses  Arménies  il  faut  joindre  encore  le  Tlièmt 
arménien  qui,  sous  Constantin  Porphyrogénète ,  occupait  la  partie  occidentale 
de  l'ancien  Pont  Polémoniaque  ;  et  la  Comngène  ou  Euphratèse,  ([ue  les  Ar- 
méniens regardent  comme  ayant  été  une  des  grandes  divisions  de  la  Petite 
Arménie. 

Les  divisions  et  les  dénominations  des  quatre  Arménies  furent  modifiées  et 
changées  plusieurs  fois^;  cependant  on  ne  voit  pas  que  la  province  dont  Méli- 
tène était  la  capitale  se  soit  jamais  appelée  la  quatrième  Arménie.  C'est  donc  de 
la  troisième  Arménie  établie  par  Justinien,  celle  dont  Mélitène  était  le  capitale, 
et  non  de  la  quatrième,  que  Du  Cange  se  propose  de  donner  l'histoire.  Quoiqu'il 
s'autorise  de  Théophane,  Constantin  Porphyrogénète,  Anastase,  Cedrenus. 
pour  l'appeler  quatrième  Arménie,  les  passages  où  ces  auteurs  (([ui  d'ailleurs 
n'ont  guère  fait  que  se  copier  successivement)  parlent  de  la  quatrième  Armé- 
nie, peuvent  très-bien  s'entendre  de  la  Sophène  et  des  autres  paysan  delà  de 
l'Euphrate. 

Plus  tard ,  les  princes  roupènes  de  la  troisième  Arménie  et  de  l'Euphratèse 
ayant  conijuis  sur  les  Grecs  (i  1 56-i  1 85)  la  Cilicie,  où  s'étaient  formés,  depuis 
un  siècle  des  établissements  d'Arméniens*,  la  dénomination  d'Arménie  franchit 
avec  eux  le  Taurus ,  s'étendit  à  l'ancienne  Cilicie ,  et ,  durant  les  xiifel  siv"^  siècles . 
s'y  appliqua  presque  exclusivement.  Cette  région  est  aujourd'hui  nommée  Ca- 
ramanie;  elle  est,  en  partie,  habitée  par  des  Turcomans,  en  partie  par  des 
Grecs,  et  surtout  par  des  Arméniens^.  L'arménien  vulgaire  y  est  encore  en 

'   Hierocles,   Si)nee(leiitus  iwperii  Orient.  '  ^ami-MaTÛn  ,  Mèmnins  sur  V Arménie . 

(Banduri,  t.  I,  p.  '16).  t.  I.  p.  20,  0-2. 

-  Banville,  GcogTa;;/i.  «HCie««e,  col.  1 1 5.  *  Saint-Martin,  Mém.  t.  I,  p.  197. 

118.  —  Saint-Mnrtin,  Hisl.  d'Arménie,  du  '  Saint-Martin,  loc.  eii. — Viet.  Langlois. 

patriarche  Jçau  \1,  p.  1-2.  \umi.imiit.  etc.  p.  7. 


110  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

usage,  sui'lout  flans  les  moiilagnes  du  Taurus  et  clans  les  monastères.  Les 
Arméniens,  aujourd'hui  indépendants  du  Zéithoun,  parlent  un  arménien  vul- 
gaire des  plus  corrompus,  concurremment  avec  le  turc] 

[Quant  à  la  troisième  Arménie],  nous  ne  lisons  pas  quand  elle 
s'est  sousti-aile  de  l'obéissance  des  Grecs,  quoytju'il  y  ayt  lieu  de  croire 
que  ce  l'ut  avant  l'empire  de  Basile  le  Macédonien  ^  qui  fit  la  guerre 
aux  Arméniens  et  assiégea  la  ville  de  Mélitène,  qu'il  ne  put  toutefois 
emporter.  Cette  place  estoit  pour  lors  en  la  puissance  des  Arabes,  et 
l'ut  enlevée,  sous  l'empire  de  Constantin  Porphyrogénète,  sur  Apocaps, 
neveu  d'Amir,  qui  en  estoit  seigneur.  Lliistoiie  remarque  qu'en 
lan  916  il  y  avoit  un  prince,  en  Arménie,  qui  estoit  indépendant  de 
leui'  empire,  qui  tesraoigna  au  pape  Jean  X  vouloir  se  réunir  au  Saint- 
Siège"^.  Scylitzès^  fait  encore  mention  de 

Phhabète  Brachame,  prince  d'Arménie,  qui.  tenant  fort  dans  les 
places  et  les  lieux  qui  sont  enfermez  de  montagnes,  refusa  de  recon- 
noistre  Michel  Ducas;  mais,  après  la  mort  de  cet  empereur,  il  se  sou- 
mit volontairement  à  Nicépbore  Botoniate,  duquel  il  obtint  la  dignité 
de  cui-opalate.  Il  vivoit  vers  Tan  1080.  Après  luy  paroissent 

Constantin,  etTAPHROC,  appelé  par  d'autres  Taphnuz,  frères,  princes 
d'Arménie,  qui  avoient  leurs  principales  forteresses  dans  les  détroits 
du  mont  Taurus,  qui  estoient  si  puissans  en  biens  et  eu  hommes  qu'ils 
estoient  estimez  comme  les  roys  de  ce  pays-là*,  ainsy  qu'écrit  Guillaume, 


'  Constantin  Porphyr.  In  Basilio,  c.  xxvin. 
wix,  sxxiii,  XXXIX,  XL,  XLvi,  et  i.I,  De  Them. 
|).  .34.  (Banduri,  t.  I,  p.  la).  —  Léo 
(Iraimuat.  p.  ^72,  5o4. 

^  Léo  Grammat.  ibid.  —  Scylitz.  827, 
post  Cedrenum.  —  Cedrenus.  t.  II,  p.  627. 
—  Theophan.  continuât.  I.  VI.  De  Romuno 
iinperiojp.  267. — Baronius,hocanno.  t.  XI, 
p.  6o5;  edit.  Ven.  ann.  917,  t.  XV;  edit. 
Liiciœ,  1766,  p.  596.  .595. 

'  Scylitzes.  p.  8G6.  post  Cedren.  t.  II: 


ëdit.  de  1647.  —  Lebeaii.  Histoire  du  Bus 
Empire,  t.  XVII.  p.  ^126,  4 2 7. 

'  Tiieophan.  p.  119.  —  Cette  citation  de 
TliL'opliane  renvoie  au  récit  d'iuie  expédition 
qui  eut  lieu,  sous  l'empire  d'Anastase  (485, 
480).  contre  les  Isanres,  retranchés  dans 
les  jjorges  du  Taurus.  Mais  ce  t'ait  semble 
avoir  bien  peu  de  rapport ,  même  indirec-  . 
tement ,  avec  les  princes  arméniens  du 
\r  siècle,  qui  occupaient  alors  les  mêmes 
délilés. 


LES  ROIS  D'ARMÉNIE.  111 

archevesqiie  de  Tyr  ^  Car  l'Arménie  esloit  pour  lors  divisée  eu  plusieurs 
principaulez,  qui  s'estoient  formées  par  la  loiblesse  et  limpuissaiice 
des  Grecs-.  L'histoire  de  ces  temps-là  a  nommé  plusieurs  de  ces 
petits  princes  arméniens,  sçavoir  Gabriel,  seigneur  de  Mélétin  (Méli- 
tène),  capitale  de  la  quatrième  Arménie\  qui  donna  sa  fille  en  ma- 
riage au  roy  Baudouin  II*;  Pancrace  et  Corvasil,  frères*;  Fer  et 
NicHiz,  qui  avoient  leurs  chasteaux  du  costé  de  Turbaissel  (Tell-Bas- 
clier)";  Ursin,  cjui  avoit  les  siens  dans  les  montagnes  voisines  dAntio- 
che;  Antevel  et  Léon,  son  frère;  Siméon  et  autres''.  Abulpharage*  fait 
encore  mention  de  Basile,  seigneur  des  détroits  d'Arménie,  qui  fut 
suruonnné  le  Larron,  à  cause  des  chasteaux  qu'il  enlevoit  de  temps 
en  temps  à  ses  voisins,  qui  mourut  en  l'an  1118.  11  sendjle  le  faire 
fils  de  Léon. 

[Il  serait  inutile  de  vouloir  établir  aucun  ordre  de  succession  entre  ces  ilit- 
férents  seigneurs,  dont  plusieurs  dominaient  en  même  temps  sur  divers  cantons 
de  la  Petite  Arménie,  de  la  Comagène  et  de  la  Cilicie.  Nous  nous  contenteron^ 
d'indiquer  les  altérations  que  quelques-uns  de  ces  noms  ont  subies  dans  le> 
récits  des  Occidentaux.  Ainsi  Tapbnuz  ou  Tapbroc  paraît  être  luie  corruption 
du  mot  Thoros  ou  Tbéodore;  Corvasil  est  le  Kogli-Vasil,  ou  Basile  le  Voleur 
des  écrivains  arméniens °,  désigné,  cjuelques  hgnes  plus  bas,  sous  le  nom  de 
Basile,  comme  étant  un  personnage  différent.  Ursin  est  le  même  qu'Ose//»*,  et 
plus  loin,  le  Turolt  des  montagnes  est  aussi  un  Thoros.] 

Constantin  et  Taphnuz  sont  ordinairement  surnommez,  comme 
aussy  leurs  successeurs,  de  la  Montagne,  ou  de  Montaiiis,  par  les  au- 
teurs, à  cause  du  pays  qu'ils  habitoient  et  auquel  ds  commandoient . 
qui  estoit  rempli  de  rochers  et  de  montagnes'",  ainsy  qu'il  est  décrit 

'  WiU.  Tyr.  1.  X.  c.  1.  '  Alb.  Aquensis,  1.  III.  c.  wni:  I.  I\ . 

-  Robert.  Monach.  i.  III,  p.  i/i.  c.  ix.—  WiJI.  Tyr.  i.  V,  c.  ix. 

'  C'était  la  troisième  Arménie  de  Justi-  '  Alb.   Aquensis,  1.  XI,  c.  iv,    vl.  — 

nien,  comme  on  vient  de  le  voir.  Guibert.  ].  IV,  c.  i. 

*  Voir  Les  Rois  de  Jérusalem.  '  P.  9^5. 

*  Albertus  Aquensis ,  1.  III,  c.  xvii;  1.  IV.  '  Saint-Martin,  Mévi.  t.  1 ,  p.  387. 

c.   vi;  1.   V,   c.   xin,  xiv;  I.  XI,  c.  xl. —  '"  Alb.  Aquensis,  1.  III.  e.   xviii.  \x\i: 

Will.  Tyr.  I.  IV.  c.  I.  i.  IV,  c.  VI  ;  I.  V.  c.  xvni. 


112  LES  FAMILLES  l)  OUTIiE-MER. 

|)iir  saint  Basile,  en  l'épislre  3Û2 ,  cl  par  Taijcnon  de  Passau  '  el  WiHe- 
l)iaii(l  (l'Oldciiboui'g-. 

Ceux  d'Edesse,  désirant  se  donner  à  Baudouin,  frère  de  Godefroy 
do  Bouillon,  et  se  deffaire  de  leur  duc,  s'appuyèrent  de  Constantin, 
])rince  ])uissant,  dit  Albert  d'Aix^;  et  Baudouin  en  ayant  esté  fait  sei- 
gneur, Ta|)linuz,  frère  de  Constantin,  luy  donna  sa  fille  en  niai'iage, 
et  le  déclara  héritier  de  tous  ses  biens.  11  est  probable  que  ces  princes 
portèrent  le  surnom  de  Rupins  [Roupémens],  comme  on  peut  colliger 
«rAiMio  Comnène*,  lorsqu'elle  parle  des  deux  frères  Rupins^,  Léon  et 
Théodore  [Thoros],  qui  commandoient  à  l'Arménie  sous  l'empire 
d'Alexis,  ])eut-estre  parce  que  ce  nom  estoit  familier  en  leur  famille, 
comme  nous  verrons  encore  dans  la  suite,  et  qu'il  fut  pris  par  eux  à 
cause  qu'ils  estoient  seigneurs  de  cette  partie  d'Arménie  qui  est  rem- 
plie de  rochers.  Ordéric'^  semble  dire  que  ces  deux  frères  estoient  en- 
fans  de  Taphnuz,  écrivant  qu'Alix,  fille  du  roy  Baudouin  II,  et  femme 
de  Boémond  II,  prince  d'Antioche,  estoit  nièce  de  Léon,  qui  estoit  fils, 
à  ce  qu'il  dit,  de  Turoit  ou  de  Théodore  des  Montagnes;  ce  (pie  je  ne 
voudrois  pas  garantir  pour  véritalde,  d'autant  qu'il  est  bien  peu  vrai- 
semblable que  Taphnuz  eust  donné  sa  principauté  à  son  gendre  en 
faveur  de  son  mariage,  ayant  des  enfans  masles.  Ce  qui  me  porteroit 
à  réformer  le  moi  Jilius  dans  Orderic,  et  à  y  substituer^«/er,  en  sorte 
que  Léon  auroit  esté  frère  et  non  fils  de  Toros.  Tant  y  a  que  Léon  et 
Toros  eurent  encore  Milon  pour  frère,  et  deux  sœurs,  dont  l'une  fut 
mère  de  Thomas,  qui  posséda  l'Arménie  après  ses  oncles;  et  la  seconde 
espousa  Jocelin  le  Grand,  premier  du  nom,  comte  d'Edesse''. 

[Tout  cet  article  est  |singulièrement  confus.  Mais  il  est  facile  d'y  rétablir 

'  Tageno  Pasav.  p.  ik.  dans  le  traité  de  lîoémond  avec  Alexis.  — 

^  Iliner.  terrœ  sanclœ ,  \^.  l'ih.  Voir  aussi  Du  Gange, /n  j4nn.  Cothm.  yi/ea;Mi- 

'  Albertus  Aquensis.  \.  III,  c.  xxxi.  dem  noUe,  p.  899,  4oo.  H  y  renvoie  à  ses 

'  Anna  Conmen.  1.  XIII,  c.  xxxi,  p.  iia  ;  Familles  de  Jérusalem  ou  d'outre-mer. 

c.  d;  édit.  de  i65i.  '  Ordericus,  I.  XI,  p.  828,  83i  ;  édit.  Le 

'  Le  grec  ne  les  appelle  pas /Wre«  :  Aj'su  Prévost,   t.  IV,    p.   357.  notes;    p.    267. 

hi]AovàTi  T);s  Tcôi'  Povi!svi'j}v  §iaKpaT)7<7£tos.  notes. 

Aéoi'TOs  Ts  Kai  OeoSîôpoii  TôJr  kp(isviciiv...  '   W  illelmus  Tyr.  I.  XIV.  c.  m. 


LES  ROIS  D'ARMÉNIE.  113 

l'ordre  et  d'identifier  les  personnages  à  l'aide  des  Tableaux  gi^'néalogiques  que 
nous  plaçons  à  la  fin  de  cette  Notice. 

Le  fondateur  de  la  dynastie  des  Roupéniens  fut  un  nommé  Roupen  (Ruben), 
parent  de  Kakig  II,  dernier  prince  pagratide  d'Arménie,  dont  il  vengea  la  morl 
sur  les  Grecs  (1080).  Il  se  jeta  en  partisan  dans  les  gorges  du  Taurus  cili- 
cien;  son  fils  Constantin  fixa  sa  résidence  à  Pardzerpert,  château  très-fort,  si- 
tué au  nord  de  Sis.  Cette  petite  souveraineté  se  transmit  aux  descendants  de  ces 
deux  princes,  et  fut  connue  au  moyen  âge  sous  la  dénomination  de  royaume  de  la 
Petite  Arménie ,  ou  comme  disent  les  auteurs  arabes,  les  Etats  du  fils  de  Léon. 

Le  fils  de  Roupen,  Constantin,  lui  succéda  vers  1093  ou  10 9 5.  Il  vint 
spontanément  au  secours  des  croisés  pendant  le  siège  d'Antioche.  Ses  deux 
fils,  Thoros  et  Léon  I",  le  remplacèrent  l'un  après  l'autre  (1 10 0-1 129). 

L'an  11/11^,  Léon  mourut  à  Constantinople ,  prisonnier  de  l'empereur  Jean 
Comnène.  Son  fils  Théodore  ou  Tuoros  II  s'échappa  de  Constantinople,  et  fut 
reconnu  par  les  Arméniens  pour  leur  chef  (ii43  ou  11/11).  11  mourut 
(1167  ou  1168),  laissant  pour  successeur  un  jeune  enfant  sous  la  tutelle 
de  Thomas,  son  beau-père,  qui  prit  le  titre  de  baile.  Cet  enfant  est  nommé 
Roupen  dans  la  chronique  arménienne  du  connétable  Sempad. 

L'année  suivante,  Mleh  (Milon  ou  Meslier),  frère  de  Thoros,  usurpa  la 
souveraineté  sur  son  neveu,  et  le  fit  périr;  mais  il  se  rendit  insupportable  par 
sa  tyrannie;  ses  officiers  le  massacrèrent  (1  lyS),  et  proclamèrent  à  sa  place 
Roupen  III.  Ce  dernier  était  neveu  de  Thoros  II  et  de  Mleh. 

Roupen,  après  dix  ans  de  règne,  se  retira  dans  un  cloître,  où  il  mourut 
quelques  jours  après,  sans  laisser  de  fils.  Son  frère,  Léon  II,  lui  succéda  en 
1 185,  d'abord  sous  le  titre  de  baron,  et  ensuite,  en  1  198,  sous  le  titre  de  roi. 

Léon  (ou  Livon),  nommé  par  les  Arméniens  Levon,  d'où  les  Grecs 
ont  formé  le  nom  qu'ils  luy  donnent  de  Aeëovvi)?,  eut  à  démesler  avec 
Boémond  II,  prince  d'Antioche,  son  neveu  \  qui  luy  porta  la  guerre  dans 
son  pays;  en  laquelle  Léon  s'appuya  des  Turcs,  qui  deffîrent  et  tuèrent 
dans  une  rencontre  le  prince  Boémond;  mais  ceux  d'Antioche  eurent 
leur  revanche  incontinent  après-,  l'ayant  fait  prisonnier  en  une  autre 
bataille,  et  ne  le  relaschèrent  que  lorsque  l'empereur  Jean  Comnène, 

'  Ordericus,  1.  II,  p.  83i.  ^  Cinnamiis,  1.  L  p.  i5. 

i5 


il4  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

lils  (lAlcxiy,  vint  ])Our  fairo  la  guerre  à  Raymond  de  Poitiers,  prince 
d  Aulinclie,  ollensé  de  ce  (jiie  ce  |)riiice  avoit  esté  préféré  à  son  fils 
Manuel  an  mariage  de  Constance,  fille  et  héritière  de  Boémond.  Sur 
le  hrnit  du  dessein  de  l'empereur,  ils  le  mirent  en  liberté  et  firent  al- 
liance avec  Iny.  En  suite  de  quoy,  Léon  entra  dans  les  terres  de  IVm- 
|)ire  et  mit  le  siège  devant  Séleucie  '  [Selencia  ad  Calycadimm,  Selef. 
anjuind  Ijui  SelefkéJ,  ce  qui  attii'a  rarmée  de  l'empereur  en  ces  quar- 
liei's-là,  ((ni,  après  avoir  fait  lever  ce  siège,  entra  dans  la  Cilicie,  prit 
les  villes  d'Adana  et  de  Tarse,  jiuis  passa  jus(|ues  dans  l'Arménie,  y 
prit  le  fort  cliasteau  de  Braca  [Vahga]-,  ijui  fut  vaillamment  delfendn 
par  Constantin,  l'un  des  grands  seigneurs  d'Arménie,  et  Anavarze  (ou 
Anazarbe).  De  là  il  vint  à  Antioclie,  où  il  mit  le  prince  à  la  raison.  Je 
ne  scay  si  c'est  ce  Léon  dont  Albert  d'Aix^  a  entendu  parler  en  son  his- 
toire [lorsqu'il  nonnne  deux  frères,  Antevel  et  Léon]. 

jDu  (iuiigu  a  coni'oiulu  Tlioros  I",  frère  de  Léon  I".  avec  Thoros  11.  fils  et 
successeur  de  ce  ilernier;  c'est  à  ce  Tlioros  II  que  se  rapportent  les  (Hénements 
(jui  vont  suivre.] 

Ci'estoit  m\  prince  noble  et  puissant,  au  rapport  de  Guillaume  de 
Tyr'.  (pn',  [)ar  son  inconstance,  s'attira  plusieurs  fois  les  armes  de 
lempereur  Manuel  Comnène,  se  fiant  sur  ce  qu'il  estoit  éloigné  de  luy. 
(le  (pii  luy  donna  l'envie  d'entrer  dans  la  Cilicie,  qui  appartenoit  à 
1  empire,  depuis  qu'elle  fut  enlevée  au  prince  d'Antioche  par  lempe- 
r<'ur  Manuel,  et  d'en  entreprendre  la  conqueste.  Mais  Manuel  envoya 
aussitost  des  troupes  contre  luy,  sous  le  commandemeni  d'Androni(pie 
Comnène,  son  cousin,  qui  fut  depuis  empereur,  que  Toros  deflit  en 
diverses  rencontres,  l'ayant  obligé  de  se  retirer  avec  honte  à  Gonstan- 
tinople,  et  comme  Toros  ne  cessoit  pas  de  continuer  ses  entreprises 
ordinaires.  Manuel,  (jui  estoit  occupé  ailleurs'',  donna  charge  à  Re- 

'  Cinnamus.  —  Nicetas,  In  Joann.  c.  vi,  "  Willelmtis  Tyr.  I.  XVIII,  c.  x.  —  Giii- 

VII.  nanius,  I.  III,   p.    i3i.  —  Nicet.  In  M<ni. 

-  Saint-Martin,  Mém.  t.  1,  p.  aoi,  -joa.  I.  III,  c.  i. 

■'  Albertus  Aquensis.  I.  II,  c.  \l.  •  '  Cinnamus.  I.  IV.  ]>.  i()i. 


LES  ROIS  D'ARMÉNIE.  115 

naud  de  Cliastillon,  prince  d'Antioclie,  de  l'aller  combattre.  Ce  prince 
le  deflit  entièrement  et  l'obligea  par  sa  valeur  de  se  i-etirer  dans  ses 
Estais.  Renaud,  ayant  eu  quelque  mescontentementde  l'empereur  pour 
n'avoir  pas  eu  la  rescompense  de  cette  action  (|ui  luy  avoit  esté  pio- 
mise,  se  souleva  contre  luy  et  fit  alliance  avec  Toros',  qui  vint  à  An- 
tioclie  avec  ses  troupes  pour  les  joindre  à  celles  du  roy  Baudouin  111- 
qui  avoit  résolu  d'aller  attaquer  les  Sarrazins,  sur  le  bruit  delà  mort 
de  Noradin  (Noureddin).  Il  se  trouva  avec  luy  au  siège  de  Césarée. 
sur  le  lleuve  d'Oronte,  vers  l'an  ii56.  11  prit  encore  occasion  d'en- 
trer derechef  dans  la  Cilicie-,  où  il  se  rendit  maistre  des  villes  de 
Tarse  et  d'Anavarze  [Anazarbe],  capitales  de  la  première  et  seconde 
Cilicie.  et  de  celles  de  Mamistre  (Mo])sueste)  ^.  d'Adane  et  de  Sisiuni 
[Sis.  (jui  l'ut  plus  tard  la  capitale  du  royaume].  Manuel,  piqué  evtra- 
ordinairement  contre  Toros  et  contre  ce  prince*,  descendit  dans  cette 
province  avec  une  puissante  armée ,  et  vint  se  présenter  devant  Ma- 
mistre, où  le  roy  Baudouin  111,  ayant  obtenu  de  l'emjiereur  le  jjardon 
du  prince  Renaud,  moyenna  aussy  l'accord  de  Toros,  c|ui  renilil  la 
pluspart  des  places  qu'il  avoit  prises,  puis  fit  hommage  à  l'empereur, 
et  le  suivit  mesme  en  ses  guerres  contre  les  Turcs;  ce  qui  arriva  vers 
l'an  1 1 5  9 .  .  —  - 

Quelque  temps  après,  INoradin  estant  venu  assiéger  Harenc,  en 
la  principauté  d'Antioche,  Toros  se  trouva  avec  les  nostres  et  avec 
Calanian,  cousin  de  l'empereur,  qui  l'avoit  estably  gouverneur  de  la 
(jilicie,  pour  l'aller  combattre;  en  laquelle  occasion  les  chrestiens  per- 
dirent la  bataille^  et  furent  delfaits,  au  mois  d'aoust,  l'an  i  i65,  et  Ca- 
lanian fait  prisonnier.  Toros,  qui  n'avoit  pas  esté  de  sentiment  d'aller 
combattre  les  ennemis  qui  avoient  levé  le  siège,  se  sauva  avec  une 
partie  de  ses  troupes,  et  depuis,  s'estant  soustrait  de  1  obéissance  de 

'  Willelnms  Tyr.  I.  XVill,  c.  xxvii.  —  "  NiceU.s,  In  Man.  I.  III,  c  i.  —  VVillel. 

Gesia  Dci,  etc.  p.  1 179.  —  Du  Ghesne,  Hist.  Tyr.  ).  XVIII,  c.  xxiii,\.\iv.  —  Cinnani.  I.  IV. 

fr.  t.  IV.  p.  GgS.  p.  202.  216. 

"  Willelmus  Tyr.  I.  XVIII,  c.  xxiii.  '  Gesia   Dei,   etc.    p.    1179.    118a. — 

'  Saint-Martin,  t.  I,  p.  199,  200,  201.  WiUel.  Tyr.  1.  XIX,c.  ix. 


116  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

Manuel  ',  il  luy  enleva  plusieurs  places  dans  la  Gilicie,  sur  Andronique 
Euphorbènes,  cousin  de  lempereur,  qui  l'avoit  estably  gouverneur  de 
cette  province  durant  la  prison  de  Calaman.  Ce  qui  donna  sujet  à 
Toros  de  quitter  le  parti  des  Grecs,  fut  la  mort  d'Estienne  [Sdé- 
phanè],  son  frère,  (ju'il  imputoit  à  ce  gouverneur.  11  décéda  sans  en- 
fans,  avant  Tan  i  170-.  [En  décembre  1 167  ou  1 168.] 

Thomas,  fds  de  la  sœur  de  Toros ^  luy  succéda*  en  la  principauté 
d'Arménie,  à  laquelle  il  fut  appelé  par  les  grands  du  pays.  Gudlaume 
de  Tyr^  nous  apprend  qu'il  estoit  Latin,  c'est-à-dire  François  de  na- 
tion, sans  néantmoins  désigner  sa  famille,  et  ajoute  qu'il  n'avoit  pas 
toute  l'adresse  pour  gouverner  que  l'on  auroit  pu  souhaiter  de  luy,  et 
qu'il  avoit  beaucoup  manqué  encore  en  ce  point,  en  ce  qu'd  n'exerça 
aucune  libéralité  à  l'endroit  de  ceux  à  qui  il  avoit  l'obligation  de 
sa  promotion  à  une  si  haute  dignité,  ce  qui  luy  causa  son  dernier 
malheur,  car 

MiLON  [Mleh,  frère  de  Thoros  II  et  de  Sdéphanê],  ou  comme  les 
Arméniens  le  nommoient,  Melicu  ou  Melier,  ainsy  qu'd  est  encore 
appelé  par  Guillaume  de  Tyr*"  (ce  nom  estoit  fannlier  aux  Arméniens), 
prenant  l'occasion  de  la  froideur  des  grands  seigneurs  du  pays,  s'allia 
sous  certaines  conditions  avec  Noradin^  avec  les  troupes  duquel  il 
entra  dans  l'Arménie  et  en  chassa  Thomas,  ayant  esté  le  premier  qui, 
contre  la  coutume  de  ses  prédécesseurs,  avoit  introduit  les  infidèles 
dans  ses  terres.  C'est  peut-estre  la  raison  pourquoy  Arnoul  de  Lubec  ' 

'  Cinnamus,  1.  IV,  p.  aiy.  "  Cinnamus,  1.  IV,  p.  19.6. 

"  Il  eut  deux  enfants,  connue  on  peut  le  '  Willelraus  Tyr.  loc.  cit. 

voir  dans  le  premier  tableau  généalogique  de  "  Willehnus  Tyr.  I.  XX ,  c.  xxvin.  —  Li- 

AI.Dulaurier.  —  Lignngcs  d'oiiIre-merA.lll.  gnages  d'outre-mer.  —  Saint-Martin.  Métn. 

— Will.  Tyr.  1.  XX,  c.  xx\n,  xxvni. — Con-  t.  I,  p.  3ç)0,  Sga. 
tin.  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXV,c.xix,  p.  iGi.  '  Léo  Gramniat.  p.  /19.  —  Constant. Por- 

'  La  parenté  de  Thomas  avec  Roupen  II,  pliyr.  De  Tlicm.  1.  I.  p.  36.  (Raiiduri.  t.  1 . 

son  pupille,  n'est  pas  clairement  établie,  et  p.  i3.) 

les   aufem's   varient  sur  ce  point.  (Voir  le  °  Arnoldus  Lubec.  1.  U.c.  i\. 

premier  tableau  généalogique.) 


LES  ROIS  D'ARMENIE.  117 

le  qualifie  Sarrazin.  Estant  [devenu  possesseur]  paisible  de  sa  princi- 
pauté, il  cliassa  les  chevaliers  templiers  de  la  Cilicie,  et  leur  osta  leurs 
commanderies,  quoyque  dans  les  commencemens  il  eust  porté  l'habit  de 
cet  ordre.  Il  conserva  une  telle  amitié  avec  Noradin  et  les  Turcs,  ([u'il 
se  joignit  presque  en  toutes  rencontres  avec  eux  contre  les  chrestiens, 
dont  il  se  déclara  l'ennemy,  pillant  et  volant  ceux  d'entre  eux  qui  pre- 
noient  leur  chemin  par  ses  terres  pour  s'en  retourner,  et  commettant 
tous  les  excez  imaginables  contre  eux.  Ce  qui  obligea  le  prince  d'An- 
tioche  de  luy  déclarer  la  guerre,  à  laquelle  le  roy  Amaury,  qui  avoit 
tasché  inutilement  d'adoucir  cet  esprit  farouche,  se  joignit.  L'un  et 
l'autre  entrèrent  dans  la  Cilicie,  et  y  avoient  commencé  le  ravage, 
lorsque  le  roy  en  fut  rap])elé  pour  aller  secourir  Crach,  dans  l'Arabie, 
qui  estoit  assiégée  par  Noradin.  Ce  qui  arriva  en  l'an  1171. 

L'empereur  Manuel  ne  fut  pas  plus  heureux  en  la  guerre  qu'il  en- 
treprit contre  luy  vers  ce  mesme  temps,  Milon  ayant  delïait  ses  géné- 
raux en  diverses  rencontres',  sçavoir  Michel  Vranas,  Andi'onique  Eu- 
phorbènes,  cousin  de  l'empereur,  et  Calaman,  gouverneur  des  places 
que  les  Grecs  tenoient  en  Cilicie.  Ces  désordres  n'empeschèrent  pas  que 
Manuel  ne  prist  l'occasion  d'attirer  derechef  les  Arméniens  à  l'Eglise 
grecque,  et  de  les  soumettre  au  patriarche  de  Constantinople,  comme 
ils  avoient  esté  auparavant.  A  cet  effet,  il  envoya,  en  l'an  1170,  Théo- 
rian^  à  Norsesis  [saint  Nersès,  surnommé  Schnorhah ,  ou  le  Gracieux^]. 
catholique  d'Arménie,  c'est-à-dire  chef  de  léglise  de  ce  pays-là  [ou  pa- 
triarche], et  non  prince,  comme  veut  Baronius,  et,  si  nous  en  croyons 
la  relation  de  cette  ambassade,  les  Arméniens  embrassèrent  entière- 
ment l'Eglise  grecque. 

Milon  laissa  pour  fils  Rupin*.  Le  Lignage  d'outre-mer^  écrivant  que 
Dolet,  qui  espousa  Bertrand  de  Giblet.  fils  puisné  de  Hugues  I",  sei- 

'   Cinnamus  ,1.  VI .  p.  3 1 1 .  3 1  '1 .  mois  ;  il  aurait  été  plus  exact  de  dire  que  ion 

"  Théorien,  ieg-«;.  Barou.  ad.  ann.  1 170.  ig'nore  eutièremeut  si  MIeli  laissa  des  en- 

'  Saint-Martin,  t.  I.  hh-i.  fants;les  historiens  n'en  mentionnent  aucun. 
'  Du   Gange   avait  d'abord   ajouté   r:  et  '  Lignages  d'outre-mer.   c.   m.  xn.  — 

'-Livon;^  mais  il  a  ensuite  rayé  ces  deux  Hist.  ms.  d'outre-vier. 


lis  LES   FAMILLES  D  OUTRE-MER. 

<jiiciir  lie  l'cllc  |)l;i((',  lui  iiircc  du  ro\  Léon  mi  Livoii,  ji' me  |)(;isii;i(le 
qii  elle  esloil  issm-  de  (|uel([U('  sd'iir  de  ci;  l'oy. 

Rl'pin  [Roupen  111,  (ils  d'Estienne  ou  Sdeplianè,  Irère  de  Mieh  et  de 
Tlioros  II],  prince  d'Arménie,  tenoit  celte  principauté  en  lan  i  180'. 
Il  lia  fort  différent,  en  sa  façon  d'agir,  du  prince  Milon,  son  père 
[lisez  son  oncle],  ayant  toujours  esté  amy  des  chrestiens  et  dun  naturel 
magnifique.  Boémond  111-,  prince  d'Antioclie,  voyant  qu'il  luy  seroit 
malaisé  de  conserver  la  ville  de  Tarse,  capitale  de  la  Cilicie,  qui  luy 
«voit  esté  rendue  pai'  l'empereur,  la  vendil,  en  l'an  1182,  poui'  une 
grande  somme  d'argent,  au  prince  Rupin,  en  la  bienséance  de  qui  elle 
estoit.  Quelque  temps  après,  ayant  mandé  Rupin  à  Antiociie  sous  pré- 
texte d'entrevue,  il  le  lit  arrester  prisoimier  contre  le  droit  des  gens\ 
et,  sur  ce  (|u'il  ne  voulut  ])as  luy  faire  hommage,  il  entra  en  sou 
pays,  y  fit  le  dégast  et  prit  plusieurs  de  ses  places.  11  [c'est-à-diie 
Rupin]  favorisa  l'entreprise  d'Andronique  Comnène,  lorsqu'il  s"einj)ara 
de  l'empire  sur  le  jeune  Alexis,  fils  de  Manuel,  et  se  joignit  au  sultan 
de  Coni  [Iconium]  contre  les  Grecs*.  Il  espousa  IsABEAU^  fille  d'Hum- 
froy  II,  siie  de  Tlioron,  et  de  sa  femme  Estiennelte,  et  en  eut  deux 
filles.  Alix  et  Philippes.  Alix  fut  mariée  avec  Raymond,  fils  aisné  de 
Boémond  111,  prince  d'Antioche'',  qui  mourut  du  vivant  de  son  père 
et  laissa  un  fils  nommé  Rupin,  (jui  prétendit  à  la  principauté  d'An- 
tioche. Philippes  fut  alliée  avec  Théodore  Lascaris,  empereur  des  Grecs, 
qui  en  eut  un  fils  nommé  Constans,  puis  la  répudia.  Brompton',  par- 
lant du  retour  de  Philippe-Auguste,  roy  de  FraJice,  de  la  terre  sainte, 
dit  qu'il  passa  par  l'Arménie,  en  les  terres  de  Rupin  de  la  Montagne, 
qui  n'est  autre  que  ce  Rupin,  quoyqu'alors  il  fust  décédé,  l'Arménie 
estant  possédée,  au  temps  de  ce  retour,  par  Léon,  conmie  tuteur  des 
filles  de  Rupin. 

'    VVillelnias  Tyr.  I.  XXII,  c.  m(.  *  Lifjiwgex  d'outre-mer. 

'  Willelmus  Tyr.  I.  XXII.  c.  xxiv.  "  Continuateur  de  CnùW.  de  Tyr.  I.  \XVI . 

'  Sanutus.  I.  III.  part,  i  o ,  c.  viii.  c.  xxv.  ]i.  -n'i. 
'  Cliron.  Vosiense,  I.  II.  c.  xv.  — Roger  '   Rrniiipton .  p.  i-jiT). 

de  lldveiien.  p.  bij!^  .  65 1. 


LES  ROIS  DARMÉNIE.  119 

JJÉo^,  OH  LivoN  [11],  ainsy  qu  il  fsl  nommé  pai'  les  arméniens', 
succéda  à  Rupiii.  Presque  tous  les  auteurs  écrivent  (|u"il  fut  frère 
puisné  de  ce  prince;  et  luy-raesme,  pariant  du  jeune  Rupin,  prince 
d'Antioche,  petit-fils  de  Rupin,  prince  d'Arménie,  l'appelh"  toujouis 
son  neveu.  Mais  une  épistre  du  pape  Innocent  III'-  semble  former  un 
doute  là-dessus,  qualifiant  Miion  oncle  de  Léon,  avunculus.  Connue 
encoiT  un  titre  de  Léon  du  mois  d'aoust,  lan  1210,  dont  l'original  est 
au  trésor  des  chartes  des  chevaliers  de  Malte  de  Manos(jue^  souscrit 
avec  le  cinnabre  ou  vermillon,  et  scellé  d'un  sceau  d'or,  où  il  se  dit 
fils  d'Estienne,  en  ces  termes  :  Léo,  filins  domiiii  Slepliuni  honœ  mp/mo- 
fuf,  Dei  et  Romani  impeni  gvatia  rex,  etc.  ce  qui  justifie  qu'il  estoit 
fils  d'Estienne,  frère  de  Toros  et  de  Milon,  qui  fut  tué  par  Andronique 
Eu])horbènes,  gouverneur  de  la  Cilicie  sous  l'empereur  Manuel ,  comme 
j'ay  remarqué  cy-devant*. 

Rupin  luy  commit  le  gouvernement  de  l'Arménie^  et  luy  laissa  la 
tutelle  de  ses  filles,  ([ui  en  estoient  héritières;  mais  il  [c'est-à-dire 
Léon]  le  retint  par  droit  de  bienséance.  Nous  ne  lisons  pas  précisé- 
ment quand  il  en  prit  possession ,  mais  seulement  (jue  ce  fut  avant 
lan  1  190'',  en  laquelle  année  il  envoya  ses  ambassadeurs  et  des  vivres 
à  l'empereur  Frédéric  I",  qui  devoit  passer  par  ses  Estats  pour  aller 
en  la  lei-re  sainte.  L'année  suivante  ^  il  accompagna  Guy  de  Lusignan. 
roy  de  Hiérusalem,  lorsqu'il  passa  en  lisle  de  Cypre  pour  y  aller  ren- 


Vincenlius  Bellov.  Spéculum  hisioriak , 
I.  X\XII,  c.  xxi\.  —  Sanut.  1.  III.  part.  10. 
c.  Mil.  —  Lignages  d'outre-mer,  c.  m.  — 
Hoveden.  [i.  (uji. — Jo. Broraplon ,  p.  1 198. 
—  Hist.  ms.  d'oulre-mer.  —  Cod.  diplomal. 
t.  I,  p.  95.  106.  107.  —  Continuât,  de 
Guill.  de  Tyr,  1.  XXVI.  c.  xxv,  p.  31 3; 
I.  XXXI,  fi.  III,  p.  .3i3. 

"  Innocent.  III,  Episi.  I.  II,  p.  550. 

^  Cartul.  Manosc.  —  Codic.  diplom.  l.  I . 
p.  100,  101 . 

'  Voyez  le  1"  tableau  généalogique  de 


M.  Dulaurier,  où  sont  établies  la  descen- 
dance et  la  parenté  dos  princes  arméniens 
ici  nommés. 

^  Vincentius  Bellov.  I.  XXXU,  c.  \.\i\. 

''  Tageno  Passav.  —  (jodetr.  Mon.  ann. 
1190.  —  Cliron.  Reichersperg.  ji.  283.  — 
Saini-Martin,  Mém.  t.  I,  p.  BgS.  —  Con- 
tinuateur de  Guillaume  de  Tyr.  1.  XXIV. 
c.  vxv. 

'  Hoveden ,  part.  post.  p.  Oij  1 .  —  Bronip- 
ton,  ann.  1191.  —  Benedict.  Petroburg. 
(Hist.  de  Fr.  t.  XVH,  p.  5 18.  etc.) 


120  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

contrer  Uicliard,  roy  d'Angleterre.  Trois  ans  a])rès\  il  eut  un  grand 
différend  avec  Boémond  III,  prince  d'Antioche,  qui,  l'ayant  mandé  sous 
prétexte  d'une  entrevue,  taschade  l'arrester.  Mais  Léon,  qui  connoissoit 
le  peu  de  fidélité  qu'il  y  avoit  en  ce  prince,  dont  il  avoit  un  exemple 
tout  récent  en  la  persoime  de  Hupin,  son  prédécesseur,  s'estant  fait, 
accompagner  de  deux  cents  chevaux  qu'il  avoit  mis  en  ambuscade, 
non-seulement  échappa  de  ses  mains,  mais  encore  le  fit  prisonnier,  et 
le  fit  conduire  en  Arménie. 

Boémond,  voyant  bien  (pi'il  luy  seroit  malaisé  de  s'accommoder  avec 
Léon,  pria  l'empereur  Henry  VI,  qui  estoit  pour  lors  en  la  terre  sainte, 
de  vouloir  s'entremettre  de  leurs  dilïérens.  L'empereur  vint  en  Ar- 
ménie, où  il  fut  très-bien  reçu  par  Léon,  qui  lui  remit  toutes  ses  places 
en  son  obéissance,  et  se  soumit  de  tous  les  différens  qu'il  avoit  avec 
le  prince.  Par  l'accord  qui  fut  traité,  il  fut  arresté  que  Boémond  seroit 
mis  en  liberté,  et  que  la  seigneurie  d'Arménie  seroit  ([uitte  pour  l'avenir 
de  l'hommage  qu'elle  devoit  à  la  principauté  d'Antioche;  et  que  le 
prince  Boémond  eu  seroit  vassal  et  feroit  hommage  à  Léon,  auquel  les 
terres  qu'il  avoit  prises  dans  le  détroit  de  la  principauté  d'Antioche  sur 
le  prince  demeureroient;  et  enfin  que,  pour  establir  une  parfaite  con- 
corde entre  eux,  Baymond,  fils  aisné  du  prince,  espouseroit  la  fille 
aisnée  de  Bupin,  prince  d'Arménie. 

En  suite  de  ces  traitez,  Léon  pria  l'empereur  de  lui  vouloir  accor- 
der la  couronne^,  et  de  lui  donner  le  titre  de  roy,  attendu  qu'il 
estoit  assez  puissant  en  terres  et  en  provinces  pour  en  estre  revestu; 
ce  que  l'empereur  luy  accorda.  Arnoul  de  Lubec^  semble  thre  que  l'em- 
pereur ne  passa  pas  en  Arménie,  mais  qu'il  y  envoya  Conrad,  arche- 
vesque  de  Mayence  et  évesque  de  Sabine,  au  lieu  de  son  chancelier, 
(ju'il  avoit  commis  à  cet  efTet,  tant  pour  terminer  les  dilïérens  d'en- 
tre ces  deux  princes  que  pour  couroimer  Léon  ;  ce  qu'il  fit  avec 
grande  solemuité  [dans  l'église  de  Sainte-Sophie,  à  Tarse,  le  6  jan- 

'  Sanut.  I.  III,  part.  10,  c.  VIII.  —  Con-  '    Willebr,    ab   Olclenb.    Ilincrar.    t.   V. 

tiiiuat.  de  GuilJ.  de  ïyr,  1.  XXVI,  c.  xxvi,        p.  i3/i. 
XXVII,  p.  QiA  .  3i5.  ^  Arnoldus  Liibec,  1.  V,  c.  v. 


LES  ROIS  D'ARMÉMK.  121 

viei'  1  198  '].  A  quoy  est  conforme  co  qui  est  porté  sur  ce  sujel  dans 
les  épistres  du  pape  Innocent  III-,  qui  semblent  conlirmei'  ce  cpie 
Baronius  a  avancé,  que  la  couronne  fut  envoyée  à  Léon  tant  de  la  ])art 
de  l'Eglise  romaine  que  de  l'empereur.  Néantmoins  Léon  en  ses  litres 
ne  parle  point  du  Saint-Siège,  mais  se  dit  :  Léo  per  Dei  el  Romani 
imperii  gratiam  rex  omnium  Amieniormn^.  Vincent  de  Beauvais*  écrit 
qu'H  envoya  depuis  un  andjassadeur  au  pape  et  à  l'empereur  Otiion  IV . 
pour  les  prier  de  trouver  bon  qu'il  list  lionnnage  de  son  royaume  à 
l'un  et  à  l'autre;  ce  que  le  pape  et  l'enqjereur  luy  accordèrent,  sauf 
le  droit  de  l'héritier  de  cet  Estât,  qui  esloit  le  jeune  Rupin.  Tant  v 
a  qu'il  est  constant  que  Léon,  à  la  j)ersuasion  de  l'archevesqne  de 
Mayence,  se  soumit  à  l'Eglise  romaine  dont  il  embrassa  la  créance; 
comme  fit  encore  le  catliolique,  ou  jiatriaiclie,  des  Arméniens.  Mais  je 
ne  sçay  d'où  Gilles,  moine  d'Orval-',  a  puisé  ce  qu'il  escrit,  que  l'em- 
pereur Frédéric,  en  son  voyage  de  la  terre  sainte,  l'an  1  kjo.  couronna 
un  roy  d'Arménie  qu'il  nomme  Gédéon,  confondant  asseuiément  cd 
empereur  avec  Henry. 

.le  jiasse  en  cet  endroit  les  grands  dilleiens  (pie  ce  nouveau  roy  eut 
avec  Boémond  IV,  ])rince  d'Antioclie,  au  sujet  de  cette  principauté, 
(pii  appartenoit  de  droit  au  jeune  Hupiii,  petit-fds  de  Rupin,  prince 
d'Arménie,  que  ce  roy  appelle  toujours  son  héritier  léjjitime'^,  tant 
parce  que  j'en  ay  remarqué  les  principales  circonstances  dans  la  suite 
des  princes  d'Antioche,  que  pour  ce  que  l'histoire  en  a  esté  écrite  au 
long  par  les  historiens \  et  dans  les  épistres  du  pape  Innocent,  <pii 

'   Wiliobr.  ab  Oidenb.  p.  x'ij. —  Sainl-  "  luiioceiil.  1.  XIII,  ep.  i  i<j  el  alibi  s.-epe. 

Marliii.  l.  r,  p.  .Sg-'i.  '   Gcsla  Innocent.  III,  p.  117  el  secj.  — 

'  Innocent.  Ul,  Epist.l  [I,  p.ôaS,  SaG.  Innoc.  III,  I.  II.  ep.  55i;  I.  XIII,  ep.  i2.3; 

—  Piaiiiald.  1199,  "•  ^^-  —  ^^•"^'  f^'""-  1-  ^'^  -  T-  Ci;  I.  XVI,  ep.  2.  —  Rainald. 

cent.  p.  iiyelseq. — Baron,  ann.  1197.  ann.  1-210,  n.  Zk;  ann.  1211,  n.  a.5. — 

'  Innoc.  III,  I.  II,  p.  527;  1.  Mil,  epist.  WiiJel)!-.  al)  Oidenb.  p.  i3/i,  i38.  —  Con- 

119.  —  Cod.  diplom.  t.  I,  p.  9,5,  98.  100.  linuat.  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXVIII,  c.  vi, 

*  Vincent.  Betlov.  foc. a(.  —  Sannt.  1.  III.  p.  267;  1.  XXXI,  c.  m,  p.  ;]i3.  —  Vin- 
part.  8.  c.  m.  cent.  Bellovac.  S/jeciil.  hisloi'mle.  1.  XXXII, 

*  lEgid.  Aureœ  Vallis ,  £)ji«c  Acorf.  c.  Lvi.  c.  wix. 

t6 


122  LES  FWIII.LES  DOUTRE-MEr.. 

iiiar(nieul  encore  ([uelqucs  (léiiicslcz  qii  il  ru(  avec  les  chevaliers  du 
Temple,  au  siijel  desquels  il  fut  excommunié.  La  bonne  intelligence 
([uil  (Mil  avec  le  jeune  liiijiin,  qu'il  avoil  toujours  considéré  comme 
son  héritier,  et  qu'il  lit  coiiroinuM'  rov  par  l'empereur  Othon  IV,  ayant 
obligé  les  barons  du  pays  de  luy  prester  lioininage,  s'altéra  j)eu  avant 
sa  mort  :  ce  qui  fit  bien  juger  que  toute  la  guerre  f[u'il  avoit  faite  an 
sujet  de  la  principauté  d'Antioche,  au  nom  de  Rupin,  n'estoit  qu'un 
prétexte  pour  agrandir  son  Estât.  De  fait,  il  le  chassa  d'Antioche, 
après  qu'il  s'en  fut  emparé;  et,  non  content  de  cela,  estant  à  l'extré- 
mité de  la  maladie  dont  il  mourul.  il  refusa  de  le  voir'. 

[Vers  Tan  iqi6,  Léon  avait  été  le  principal  agent  de  la  révolutimi  nui 
avait  i'(''tabH  le  prince  Raimoiul  Rupin  dans  Antioche.  Il  paraîtrait .  d'après  les  in- 
ductions (pii  découlent  des  textes  de  Marin  Sanut  -  et  du  Continuateur  de  Guil- 
laume de  Tyr^  que  ce  jeune  prince,  sans  doute  par  défiance,  s'était  hâté  de 
congédier  son  oncle,  et  l'avait  à  peu  près  forc('  de  quitter  Antioche.  Lorsrpi'en 
121  g  il  fut  chassé  hii-mènie  fie  cette  ville,  il  revint  auprès  do  Léon  pour 
requérir  son  aide;  il  avait  ouhH('',  dit  Sanut',  l'injure  qu'il  lui  avait  faite,  en 
le  chassant  d'Antioche  :  iiiiniPinor  uijunœ  ijun  ijisiiii)  de  Antioclnn  expulit.  Mais  le 
vieux  roi  s'en  souvenait.  «  Li  rois  Livons,  dit  le  Continuateur  de  Guillaume  do 
«Tyr^,  estoit  mal  de  lui  por  la  lionlo  que  il  ii  avoit  faite  do  lui  faire  chacer 
«  d'Antioche.  v  C'est  pourcpioi  il  aijandonna  entièrement  les  intérêts  de  son 
petit-neveu,  et  laissa  son  royaunio  à  sa  fille  Isabelle. 

Du  Cange,  on  cet  endroit  et  plus  bas,  aux  princes  d'Antioche.  explique  au- 
trement ces  deux  textes,  et  suppose  que  c'est  le  roi  Léon  qui,  par  ses  intrigues, 
inquiet  de  voir  son  novou  trop  puissant,  l'avait  fait  chasser  d'Antioche.  Mais 
Léon  était  alors  mourant ,  et  probablement  il  était  étranger  à  cette  dernière 
nWolution. 

Le  roi  Léon  avait  éti'  hion  secondé  on  dilTérentes  circonstances  par  les  che- 
valiers de  l'Hôpital  do  Saint-Jean  de  Jérusalem.  Lu  reconnaissance'"',  il  confirma 
lo  don  do  la  ville  do  Gibol.  eu  Gibolol.   fait  à  cet  ordre  par  son  neveu  Rai- 


'   Marin.  ..Saillit.  I.  Itl,  pari,  i  i.  e.  ix.  '   Marin.  Saiiiil.  1.  lit,  c.  ix. 

'  Marin.  Saïuit.  I.  lit,  pari.  1 1,  c.  \i.  ^  Continuât,  etc.  I.  XXXII,  c.  xv,  p.  SAy. 

^  Continuât.  île  Guill.  de  Tyr,  I.  \.\.\l,  '  Sebast.  Paoli,  Cor/Ze.  (//))/o7«.  t.  F.  n"  91 , 

c.  Mi,p.  3i8.  p.  95,  gO.  517.  5i8. 


LES   ROIS   D'ARMÉNIE.  !:>;; 

inond  Rupin,  comme  prince  (rAntioche.  don(  il  était  le  haile  et  le  luteiii- 
(22  mai  1207). 

Il  leur  accorda  (année  incertaine)',  en  récompense  des  secours  iju'ils  lui 
avaient  donnés  contre  les  Sarrasins,  la  cité  de  Salepli,  le  Cliâteau-Neul'  (en 
arménien  Norpert)  et  Camunhmim.  —  En  août  1210-,  du  consentement  dr 
son  héritier,  Raimond  Rupin,  il  leur  concéda  la  ville  rie  Laranda  (karaman). 
si  elle  venait  jamais  à  tomber  en  son  pouvoir. 

Il  donna  à  l'HôpilaP  (121/1,  ao  avril)  un  casai,  en  nantissement  d'un 
prêt  de  10,000  besants  ipi'il  en  avait  reçus,  pour  aider  au  mariaw  de  sa  fille 
Estel'enie*  avec  le  roi  de  Jérusalem.  Jean  de  Brienne.  Par  un  acte  du  même 
jour^,  il  consigna  au  même  ordre  la  terre  de  Giguerium  (en  arménien  DjëjjKcr] 
avec  toutes  ses  dépendances,  en  gage,  pour  20,000  besants  (pi'il  lui  avait 
empruntés  à  la  même  occasion. 

Ces  deu.x  derniers  diplômes  sont  datés  de  Tarse. 1 

Cependant  Léon  mourut  l'an  1  2  i  9,  durant  (jue  les  clirestiens  assié- 
geoient  la  ville  de  Daniielle^  Il  avoit  espousé  Isabelle  [ou  Sibylle] \  fdl 
d'Alniéric,  roy  de  Hiérusaleni  et  de  Cypre,  de  laquelle  il  eut  une  fill 
unique,  nommée  Isabelle  [en  Arménien  Zahcl],  comme  sa  mère.  Il  I; 
donna  en  mariage  au  fils  d'André,  roy  de  Hongrie ^  (estant  incertain  si 
ce  fut  Bêla  IV,  roy  de  Flongrie,  ou  Coloman,  roy  de  Galicie),  avec  le 
royaume  en  dol  pour  luy  et  ses  héritiers;  ce  ((u'il  fit  du  consentement  des 
barons  du  pays  :  et,  à  cet  effet,  le  l'oy  de  Hongrie  envoya  son  fils  en 
Arménie.  Mais  nous  ne  lisons  pas  que  cette  alliance  ait  esté  effectuée, 
quoyque  le  roy  André,  dans  une  épistre  qu'il  écrit  au  pa()e  Honorius  III , 
le  dise  formellement  :  estant  toutefois  probable  (ju'on  n'en  vint  (pi'aux 
promesses,  attendu  le  bas  âge  du  jeune  prince  qui  y  est  remarqué.  Il 

'  Cod.  diplomat.  l.   1,  n°  96,  p.  9.5,  99.  I.  XXXI,  c.  xciu.  —  Jacolms  de  Vidiaco. 

Cod.  dipl.  t.  I.   n"  96,  p.   100,    101,  I.  m,  p.  n/i.j._  Oliver,  llist.  Damuitina  . 

519,  5ao.  npud  Eccard.  t.  II,  col.  l'iiy. 

'   Cod.  diplomat.  t.  I,  n°  99,  p.  loi.  '  Lignnges  d'outre-mer.—  Saiiiil.  I.  III. 

'  Continuât,  de  Guiil.  de  Tyr,  i.  XXXI.  part.  u.c.  iii.  —  Contin.  de  Guill.  de  Tyr. 

c-  i\.  P-  3-30.  I.  XXX,c..\i,  p.  3o5. 

Cod.  diplomnl.  t.  I,  n°  loo,  p.  io5.  '   Gestn  f)ei  /jer  Fraticos  .  apud  Bongars. 

''  Sanut.  loc.  cil.  —  Vincentiiis  Bellovac.  p.  119?!. 

16. 


12/j 


F.ES  FAMILLES   DOUTRE-MER. 
;i  iiicsMic  cliosc  aii'ivji  dti  inai'injje  (le  cette  piiiicesse 


est  probable  (|ii( 

avec  Jean  rie  Bi'iciiiic,  rov  tie  Hiérusalem,  qui  nCut  poiiil  ])ai"eHleiiient 
son  cHcl,  aiiisv  <|iie  jav  reiiiai(|ur'  cy-devant'.  Tant  y  a  cjue  Sanudo- 
sembb^  (bre  qu CHe  a  esloit  pas  niai'ire  lorsque  son  père  mourut,  et 
(piClIi'  u'espousa  qu'après  sa  niorl  Pliilippe  d'Antioclie,  quoyque  Vin- 
cent de  Beauvois  dise  le  contraire,  bayant  laissée  sous  la  tutelle  et  ie 
jrouvernenient  de  (iouslans.  son  cousin,  l'un  des  plus  puissans  barons 
du  loyaunie ^ 


I  Avniil  (Vinstaiis  ((ionslaiitin  ) .  A<lain  di^  Gastim,  sénéchal  d'Arménie', 
iioinnié  par  les  Arméniens  Sire  Adam,  avait  été  désigné  par  Léon  pour  être  le 
baiii'  du  royaume  et  le  tuteur  de  sa  fille^.  Mais  ii  fut  tué  neuf  mois  après  par 
les  Batliéniens  ou  Assassins  ])endant  qu'il  passait  dans  une  ruelle  de  Sis;  et 
Constantin,  connétable  du  royaume,  resta  seul  chargé  de  la  régence.] 


l'nn.ipPK,  fils  puisné  de  Boémond  IV'',  prince  d'Antiocbe,  et  de  Plai- 
sance de  Giblet,  sa  preinièi'e  feunne,  ayant  espousé,  en  l'an  l'iai,  la 
princesse  Isabelle,  l'ut,  à  cause  d'elle,  roy  d'Arménie. 

L'bistoire  remarque  que  plusieurs  princes  prétendirent  à  ce  royaume 
après  le  décez   de   Léon  :  sçavoir  le  prince  Rupin,  qui'',  ayant  esté 


'  La  [irineessc.  lille  de  I^éon,  qui  fut 
mariée  à  Jean  de  Biienne.  s'ajipelait  Eslc- 
fenie,  comme  on  la  vu  piTcéJeiiinient.  Sé- 
bastien Paoli  [Codic.  diplom.  t.  I.  p.  riyS. 
379)  l'appelle  par  erreur  Isabelle,  peul- 
êti'e  d'après  Etienne  de  Lusignan ,  qui  (  Gc- 
ncalogie  des  rois  d'Arménie,  fol.  3o)  donne 
deux  fdies  au  loi  Léon.  Selon  cet  histo- 
rien .  Isabelle ,  l'ainée ,  à  qui  appartenait  le 
royaume,  fut  mariée  au  roi  Jean  de  Brienne. 
veuf  alors  de  sa  première  femme.  Marie, 
reine  de  Jérusalem;  mais  elle  mourut  peu 
après  son  père.  Marie,  la  plus  jeune,  celle 
que  tous  les  autres  historiens  nomment  Isa- 
belle, épousa  Héllioum,  fils  de  Consiniiliii . 
s^rand  baron  d'Arménie.' 


"  Sanul.  I.  111,  part.  1 1,  e.  ix. 

'  Continuât,  etc.  1.  \X\It,  c.  xv.  ji.  3/17. 

'  Sebast.  Paoli.  Cod.  dipl.  l.  I,  n"  (jG, 
99,  100,  101,  10-2,  p.  100,  loi.  )o5. 
106,  107. 

'  Continuai,  de  Liuill.  de  Tyr,  1.  \\.\11, 
e.  XV.  p.  3 '17.  —  Biographie  univers,  t.  \I\. 
p.  S'i/i;  art.  Iliii/hin  .  |inr  Saint-Martin. 

°  Sanut.  I.  111,  [lart.  1  1 .  c.  x.  —  Olive- 
rius,  Hist.  Damiiidiiit ,  apud  Eccard.  1.  H. 
col.  i45o. 

'  Sanul.  I.  ill,  c.  i\.  —  Honorius  111. 
c. V,  epist.  263  apud  Rainald.  la-io  n°57. 
—  Oliverius ,  Histor.  Dnmiatimi .  apud  Ec- 
card. t.  Il ,  col.  \h-i'\.  —  Saint-Marlin  .  Mhi. 


LES  ROIS  D'ARMENIE.  125 

cliassé  par  son  onclo,  comme  je  viens  de  i'emar([iicr,  vint  Iroiivei'  Pe- 
lage, légal  apostoli(|ue  au  siège  de  Damietle,  pour  tirer  du  secours 
pour  recouvrer  le  royaume  d'Arménie  et  la  principauté  d'Antioclie; 
duquel  ayant  obtenu  des  troupes,  il  descendit  dans  l'Arménie,  et,  ayant 
esté  receu  en  la  ville  de  Tarse  et  reconnu  i-oy,  il  y  l'nl  lait  prisoiniiei' 
par  Constans,  qui  le  laissa  mourir  en  prison.  Le  Lijfnage  doutre-mer 
dit  qu'il  fut  tué  par  les  Arméniens. 

D'autre  part,  Jean  de  Brienne  ',  qui  estoit  au  siège  de  Damiette, 
ayant  appris  la  mort  de  Léon,  abandonna  le  siège,  dans  l'espérance  d'y 
retourner,  et  vint  à  Acre,  avec  le  dessein  de  passer  en  Arménie  pour 
y  recueillir  ce  royaume  au  droit  de  la  reyne  Marie,  sa  femme,  et  mesme 
écrivit  au  pape  Honorius  pour  obtenir  la  confirmation  de  son  droit. 
Mais  il  ne  se  lit  [)as  ([u'il  ait  continué  dans  ce  dessein'-. 

Pliilippe  de  Montforl  y  eut  aussy  des  prétentions  mieux  fondées  ^  à 
cause  de  Marie,  sa  femme,  ijui  estoit  fille  et  héritière  de  Piayniond 
Rupin,  prince  d'Antioclie,  qui  avoit  esté  emprisonné  par  Constans. 

Mais  Philippe  [d'Antioclie]  en  demeura  possesseur  au  droit  de  sa 
femme,  laquelle  il  espousa  du  consentement  de  Constans,  et  en  jouit 
peu  de  temps.  Car,  l'année  suivante,  c'est-à-dire  l'an  1222',  s'estant 
attiré  la  haine  et  le  mépris  des  peuples,  Constans  prit  l'occasion  de 
s'emparer  de  ce  royaume  et  de  la  personne  de  Philippe,  qu'il  fit  mourir 
en  prison  ^  faisant  espouser  sa  veuve,  malgré  elle,  à  son  fils  Alton 
(Héthoum).  Il  se  deffit  encore  de  soixante-deux  barons  d'Arménie'', 
lesquels  il  fit  moui'ir  pour  s'assurer  davantage  en    son    usurpation. 

'   Saïuil.  hc.  cit.  —  Honorius  III,  1.  IV,  '  Vincentius  Bellov.  I.  XXXII,  c.  \,\i.\. — 

c.  XXVI,  j).  GGa.  Apud  Raiiiiild.  nii.  i-'ao.  Li/fiiiigcs  d'oulre-mcr,  c.  m;  Laljbe.    t.    I, 

n"  55,  57.  p.  •iOa,  à-26. 

■  Voir  Jean  de  Brienne,  aux  Rois  de  Je-  "  Sanut.  1.  III,  c.  x. 

nisidcm,  et  la  note  précédente.  Du  Gange  ''   Uipiages   d'outre -mer,    c.    m    et    i\\ 

avait  d'altord  écrit  /srtie/fe,  et  a  remplacé  Labije,    t.    I.    p.     3(53.    3(J7,    k-i() .    à-ij, 

ce  nom  par  celui  de  Marie;  il  faut  lire  Es-  et  /laç). 

tefciiie,  fille  aînée  de  Léon  II,  du  chef  de  '  Saint-Martin,  Mém.  p.  376,  875.  • — 

laquelle  Jean  de  Brienne  prétendait  au  trône  Continuât,  de  Gnill.  de  Tyr.  1.  XWIl.  c.  xx, 

d'Arménie.  p.  3/i8. 


1^6  LES  FAMILLES  D^OUTRE-MEli. 

Viiicciil  de  Beauvais'  (''crit  que  ce  fui  Léon  (]ui  tua  j^liilippe  après  luy 
avoir  iloiiiié  sa  lille;  ce  (|ui  est  contraire  à  ce  (pie  les  historiens  plus 
lidrlcs  oui  (lil  de  ce  grince. 

Constats-,  auquel  le  Lignage  d  outre-mer^  donne  la  qualité  de  con- 
nétable d'Arménie'',  ne  prit  pas  le  titi'e  de  roy,  mais  seulement  de  baile 
ou  de  régent  d'Arménie,  sous  le  roy  Aithon,  son  fils,  sous  le  nom  du- 
quel il  gouverna  le  royaume  tant  cpi'il  vécut.  En  ce  temps-là  les  roys 
d'Arménie  estoient  tributaires  du  sultan  de  Goni  [Iconium],  lequel 
ils  estoient  tenus  de  servir  tjuatre  mois  Tannée,  dans  ses  guerres, 
avec  cpiatre  cents  lances  ^.  [Le  texte  de  différentes  éditions  de  Vin- 
cent de  Beauvais'^  porte  trois  cents  lances.^  Mais  Constans  luy  garda 
mal  la  loy  qu'il  luy  avoit  jurée,  car,  sur  lé  bruit  que  les  Tartares  dé- 
voient entrer  dans  la  Turquie,  le  sultan  Azatin  [Iz-Eddin"]  luy 
ayant  envoyé  sa  mèi-e  et  sa  sœur  pour  les  garantir  de  leurs  ou- 
trages, il  les  livra  entre  leurs  mains  et  fit  alliance  avec  eux;  ce  qui 
irrita  tellement  le  sultan  qu'il  entra  avec  une  armée  dans  l'Arménie, 
et  vint  mettre  le  siège  devant  la  ville  de  Tarse,  durant  lequel  il  mou- 
rut, l'an  1  2.^8. 

[Dans  la  lutte  des  impériaux  contre  les  Ibelins,  Constantin  paraît  s'être  dé- 
claré pour  les  premiers,  et  lorsque,  vaincus  par  les  Cypriotes  (laSa),  près 
d'Agridi,  ils  se  réfugièrent  en  Arménie,  Constauliu  et  le  roi  Héthoum,  son  fds. 
les  accueillirent  avec  de  grands  honneurs. 

L'année  suivante  Constantin  s'attira  la  liaine  des  Templiers  par  le  supplice 
d'un  chevalier  de  cet  ordre  ^.  Les  Templiers  étaient  appuyés  par  le  [irince  d'An- 
tioche,  Boémond  ^^  qui  voulait  venger  la  mort  de  son  frère  le  roi  Philippe. 

'   Vincentius  Beltov.  I.  XXXll  c.  xix.  '  Joinville,  p.  Sa;  p.   aG,   édit.  de  Du 

°   Vincentius  Bellov.  lue.  cil.  Gange. —  Mjilliieu  l'aris,  an  i'i4G,  p.  iy.B. 

Lignages  d'outre- mer,  c.  ni.  *   Vincentius  ttcliov.  I.  XXXI,   c.  xcLiv; 

'  Ce  litre  lui  est  donnd  aussi  par  le  Con-  1.  XXXII,  xix. 

tinuateur  de  Guillaume  de  Tyr  (I.  XXXII,  '  Abulfarage,  p.  3-20. 

c.  XV,  p.  3/17)  et  dans  plusieurs  actes  (Codic.  '  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  t.  X.XXttl, 

diplomat.   t.   I,   p.  100.   loi.   io5.   106,  c.  .\xxvi.  p. /102. —  liist.  lilt.  delà  France, 

107).  t.  XXI.  p.  i '18. 


LES  P.OIS  D'ARMENIE.  127 

Mais  un  accord  ménagé  entre  le  roi  d'Arménie  et  les  Templiers  prévint  une 
rupture,  qui  semblait  imminente  '.  Dans  ces  deux  circonstances,  rpioicpie  le  roi 
Héthoum  soit  nommé  avec  son  père,  on  voit  que  c'est  Constantin  qui  était 
de  par  le  fait  le  véritable  souverain.] 

L'histoire  ne  remarque  pas  ie  len)j)s  de  la  mort  de  Ci)iisiaiis.  mais 
seulement  qu'il  eut  pour  eufans,  outre  Aitlioii,  Seinbat,  SenibaJd  ou 
Remballi  [Sempad]-,  (piil  établit  connétable  d'Arménie^,  ])ar  l'entremise 
duquel  il  fit  son  traité  avec  les  Tartares;  Estiennette  [ou  Stéphanie  |, 
mariée  en  l'an  1288  à  Henry,  roy  de  Cypre*,  et  Marie^,  fenune  de  Jean 
d'Ibelin  [comte  de  Jalïa,  le  l'édacteur  des  Assises]. 

[Sempad  était  l'aîné  des  fils  de  Constantin,  conmii' on  le  voit  paj-  le  passage 
des  Assises  de  Jérusalem '^^,  où  Jean  d'Ibelin  rappelle  que  le  baile  d'Arménie. 
Constantin,  le  consulta  pour  savoir  si  la  coutume  et  la  loi  du  royaume  de  Jé- 
rusalem lui  peiinetlaient  de  disposer  d'un  fief  de  conquêt  en  faveur  de  celui 
de  ses  fils  (pùl  voudrait.  Sui-  la  réponse  affirmative  de  Jean  d'li)eliii,  Cons- 
tantin donna  le  château  de  Corc  (Gorigos)  à  sou  second  fils  t)issin  (Oschin), 
au  préjudice  et  malgré  les  réclamations  de  son  fils  aîiui  Sempad,  conn('1al)li' 
d'Arménie. 

On  peut  ajouter  ù  Héthoum,  Senqjad  et  Oissin,  un  quatrième  frère,  iiomnir 
Basile,  qui  fut  abbé-seigneur  du  couvent  de  Trazarg.] 

AiTHON,  1'"'  du  nom  [Héthoum],  ou  Othon,  ainsy  (ju'il  est  nonnué  par 
Sanudo  et  quelques  auti-es,  ou  Al-Tacpliur  Hatem  [c'est-à-diri'  le 
Thakavoi' ou  roi  Halem],  comme  il  es!   nommé  jiai'  Abulfarage ',  prit 

'   ('.oiiliuuat.  (le  (iuill.  de  Tyr,  I.  XXXllI.  —   Ahiilfjirnff.    p.   3-2o. —  Saiiil- [Martin. 

c.  M.,  p.  hob,  hoG.  Mvin.  t.  I.  p.  SgS. 

■   Celte  forme  Reiiibnth   ou  Picmhach,  si  '  Samil.  ].  III,  part.  1  1,  c.  xiv.  —  Coii- 

altérée,  el  ([iii  n'est   probabienicitl  qu'une  tiiiual.  de  Guiil.  dii  Tyr,  I.  XXXIII,  c.  l.\i. 


erreur  de  copiste ,  ou  une  faute  d'impression  ,  p.  /i  oS. 

se  trouve  dans  la  lettre  d'Eudes,  évêque  de  ''  Spicikg.  t.  VII,  p.  -iiy. —  Miscdlunea 

Tusculuni,  à  Innocent  IV  (an.  i^hcj),  sur  cpislolanim. 

les  all'aires   d'Orient.   (D'Achery,  Spkileg.  °  Assises  de  Jmi.ial.  i.l.  c.  c\i.v.  [>.  -iiu. 

I.  VIII,  p.  -Jiy.)  —Uist.  lia.  de  la  France,  t.  XXI,  p.  i5o. 
■'  Vinr-onlius  iM'llovac.  1.  \XXII.  c.  xxi'i.  '   Altulfai'ag.  p.  3ao,  ?>-ii.  o-iS. 


128  LES   FAMILLES  DOUTRE-MER. 

rt'iiticr  poiivciiK'iiKMil  (In  rovaiime  (rArménic,  aïKiiiel  ii  ijarvint  au 
(lidit  (le  la  piinci'ssc  Isviîelle,  sa  femme,  fille  du  roy  Léon.  Ayant  ap- 
i)i'is,  en  l'an  i  26S,  Tari-ivée  de  sainl  Lonys,  roy  de  France,  en  l'isle  de 
Cypre,  il  y  envoya  ses  andtassadeurs  avec  plusieurs  présens,  pour  hiy 
ollVir  ses  services'.  Non-seulement  le  roy  le  reçut  honorablement,  mais 
encore  travailla  à  accommoder  les  dillerens  qu'il  avoit  avec  le  prince 
d'Antioche,  et  nioyenna  entre  eux  une  trel've  de  deux  ans.  Le  connestable 
d'Arménie,  son  frère-,  qui  estoit  allé  en  ambassade  versMango,  can  et 
empereur  des  Tartares,  de  laquelle  [ambassade]  nous  avons  quelque 
relation  en  la  Vie  de  sainl  Louis  \  ayant  esté  quatre  ans  entiers  près 
de  ce  prince*,  en  retourna  1  an  ia53.  Et,  sur  le  récit  cju'il  iuy  fit  des 
bons  trailemens  qu'il  y  avoit  reçus,  Aithon  se  résolut,  en  l'an  ia52. 
de  l'aller  trouver  en  personne  :  lequel,  ayant  esté  traité  avec  de  sem- 
blables accueils  de  ce  prince  infidèle^,  fit  tant,  par  ses  paroles,  qu'il  hiy 
persuada  dembrasser  la  religion  clirestienne  et  de  se  faire  baptizer.  [Il 
en  obtint  aussi  que  les  églises  arméniennes  fussent  exemptes  du  tribut. 
Enfin]  il  retourna  de  la  cour  de  ce  prince  en  l'an  1  2  53  ''.  Le  sire  de  Join- 
ville  semble  rapporter  le  voyage  de  ce  roy  vers  le  can  des  Tartares  avant 
l'ai'rivée  de  saint  Lonys  en  l'isle  de  Cypre,  qui  fut  en  l'an  12/18,  écri- 
vant qu'd  obtint  alors  de  lui  un  grand  secours,  au  moyen  duquel  il  deffît 
le  sultan  de  Coni  et  des  Turcs,  et  s'aflVancliit  ainsy  du  servage  et  du 
tribut  auquel  il  lui  estoit  obligé,  ajoutant  que  la  renommée  de  cette  vic- 
toire entraisna  beaucouj)  de  cliresliens  en  Arménie,  dont  on  n'entendit 
plus  de  nouvelles;  mais  cela  se  peut  rapporter  à  la  négociation  du  con- 

'  Nangis,  Vila  S.  Ludovici,  p.  .SSa.  —  Gonliiuiat.  île  (juill.  de  Tyr,  I.  XXXIV,  c.  11. 

Vincentiiis  Bollovac.  I.  XXXII,  c.  xcii.  —  p.  hhi. 

.loinville.  p.  aG.  27  ;  ëdit.Du  Gange.  —  Rai-  ''  Abulfarag.  p.  .3'38.  —  Sainl- Martin, 

nalil.  ann.  1209,  n°  8a.  — Spicilcg.  t.  MI,  Mcm.  t.  I.  3f)5,  896. 
p.  210.  ''  Abulfarag.  p.  o.'îo.  —  Voir  la  relation 

'  Aithon, c.\xni.  —  Saniit. l.III.part.  i  3,  du  voyage  du  roi  Héthouni  à  la  cour  de 


c.  M. 


Mangor-Khan,  dans  le  travail  intitule  Les 
Mongols ,  d'après  le; 
par  M.  Dulaurier,  ex 
Vincentius  Bellovac.  1.  XXXII.  c.  xcu. —         md  asiatique,  i865. 


"  Joinville.  p.  97.  —  Abulfarag.  p.  3ao.        Mongols,  d'après  les  historiens  arméniens, 
'  .Xangis,  \ita  S.  Liidovici,  p.  3i8. —        par  M.  Dulaurier,  extrait  de  Guiragos.  (Jo 


Joui- 


LES  ROIS  D'ARMENIE.  139 

nestable.  Le  Tartare',  ayant  esté  baptizé  avec  les  piincipaiix  seigneurs  de 
sa  cour  par  un  évesque  d'Arménie  qui  estoit  chancelier  de  ce  royaume, 
envoya  Haolau  (Houlagou),  son  frère,  avec  le  roy  Aitbon,  pour  faire 
la  guerre  aux  Sarrazins  et  aux  Perses,  et,  les  ayant  subjuguez,  il  entra 
dans  le  pays  des  Assassins  [et]  du  sultan  d'Halape,  qu'il  deflit  pareille- 
ment^; et  luy  fit  pari  de  ses  conquestes,  qu'il  eust  poussées  plus  avant 
si  la  mort  de  son  frère  ne  l'eust  rappelé  en  son  pays^.  Le  moine 
Aitlion*,  qui  rapporte  cette  mort  à  l'an  i-jGo,  et  qui  vivoit  en  ce 
temps-là,  comme  il  escrit  luy-mesme,  dit  (ju'alors  le  royaume  d'Ar- 
ménie estoit  si  puissant  qu'il  pouvoit  mettre  en  campagne  douze  mille 
chevaux  et  quarante  mille  hommes  de  pied''. 

[Eii  consé([uence  de  ces  rapports  intimes  avec  les  souverains  mongols,  l'Ar- 
ménie se  trouva,  il  est  vrai,  afTranchie  (I(^  fout  servage  à  l'égard  des  sultans 
d'Iconium,  mais  elle  n'y  gagna  ([ue  de  devenir  bientôt  vassale  et  presque  su- 
jette de  ses  nouveaux  alliés,  comme  le  prouve  la  suite  des  faits "^.j 

De  là,  aprèsla  prise  de  Césarée  et  d'Azot  par  les  infidèles,  l'an  i  aGS  ". 
il  [c'est-à-dire  Héllioum,  roi  d'Arménie]  fut  prié,  par  le  pape  Clé- 
ment IV,  de  vouloir  secourir  la  terre  sainte;  et,  deux  ans  après,  il  envoya 
des  troupes  à  Antioche,  qui  estoit  menacée  de  siège;  et  luy-mesme 
n'échappa  jias  à  leurs  incursions^.  Car  le  sultan  d'Egypte,  prenant  l'oc- 
casion de  son  absence,  et  durant  qu'il  estoit  avec  les  forces  du  royaume 
avec  les  Tartares,  envoya  une  puissante  armée  dans  l'Arménie  sous  la 
conduite  d'un  de  ses  généraux.  Les  enfans  du  roy,  sur  cette  nouvelle, 
levèrent  pronqitement  des  troupes  pour  les  opposer  à  ces  infidèles,  et, 
leur  ayant  livré  combat,  les  Arméniens  furent  défaits  [i;iG6].  Léon, 
fils  aisné  du  roy,  fut  fait  prisonnier",  et  un  autre  [nommé  Thoros], 

'  Aithon ,  fl/«(.  on'eîi/.  e.  xxiv-xxviii.  '  Rniriakl.  ann.  laCS  ,  n°  io;  anii.  i -'ôy. 

"  Aithon,  c.  XXIX.  11°  6(). 

'  Aithon.  c.  XXXI.  '  Aitliou,  c.  xxxiii. —  AbuH'ainjT.  p.  ;1.^G. 

"  Voir,  sur  ce  moine  Aithon,  les  observa-  —  (lonliiiuat.  de  Giiill.  de  Tyr,  I.  XXXIV. 

lions  de  Du  Gange,  plus  bas.  p.  i38,  189.  c.  ix,  {>.  /i55. —  Saint-Martin.  Méiii.  I.  I, 

'  -Aithon.  c.  xxviii.  p.  3gG. 

°  Aithon.  c.  xvviii.    x\xvi,   xwvii,  xl.  '  Continuât,  de  (iuill.  de  Tyr,  1.  XXIV. 

xLii,  etc.  c.  IX.  p.  i56. 

■  17 


130  .  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

Ui6  :  ce  qui  donna  facilité  aux  ciniemis  de  coui'ir  et  de  i-avager  l'Ar- 
ménie. Cependant  Ailhon,  qui  n'avoit  pu  ol)teiiir  du  secours  des  Tar- 
tares.à  cause  qu'ils  estoient  occupez  ailleurs,  s'accommoda  au  temps, 
et  lit  Iresve  avec  le  sultan,  qui  luy  rendit  son  fds  [en  échange  de 
Sangor',  ou  Soncor  Alasclikar,  émir  égyptien,  parent  du  sultan,  qui 
avait  été  pris  par  les  Tartares],  et  lui,  restiiua  au  sultan  le  chasteau  de 
Tempesak  (Derbeçak),  en  fit  démolir  deux  autres,  et  luy  rendit  encore 
un  de  ses  principaux  chefs,  qu'il  tenoit  prisonnier,  i^bulfarage  raconte 
toute  celle  hisloire  avec  d'autres  circonstances  sous  l'an  i  268  -  [l'année 
même  de  la  prise  d'Antioche]. 

Ensuite  Ailhon,  après  avoir  régné  quarante-cinq  ans,  et  avoir  tra- 
vaillé beaucoup  pour  les  clirestiens,  se  résolut,  non-seulement  de 
quitter  la  couronne  et  de  la  donner  à  son  fds  Léon,  mais  encore  de 
s'enfermer  dans  un  monastère,  où  il  prit  fliabit  de  moine,  s'estant 
fait  a|)peler  Macaire,  et  moui'ut  incontinent  après,  l'an  layo  ^. 

H  cul  plusieurs  enfans  de  la  reyne,  sa  femme,  sçavoir  :  deux  fds  et 
cinq  filles*.  Les  fils  furent  Livon  ou  Léon  111,  roi  d'Arménie,  et  Toros, 
([ui  fut  lue  en  la  bataille  par  les  Sarrazins.  Les  filles  furent  Sibylle, 
qui  espousa  [en  septembre-'  i'j5/i]  Boémond  VI,  ])rince  d'Antioche; 
Fémie  ou  Eufémie,  mariée  à  Julian,  sire  de  Sajetle  [avec  26,000  be- 
sants  de  dot°,  par  un  acte  du  roi  Héthoum,  sans  date,  mais  non  anté- 
rieur à  l'année  12^3];  Ritta,  femme  du  sire  de  Roche  ^;  Marie,  alliée  à 

'  Conlin.   de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXXIV,  de  Marg-uerite,   se  retrouve  dans  un  état 

c.  Il,  p.  657  '^'  ""^^  *"•  des  soniincs  réclamées  au  nom  du  roi  d'Ar- 

'"  Abulfarag. ///4-toî'mfl///i«.s7/«r«/«,p.  35G,  niénie  (1007)  pour  dommages  et  frais  oc- 

?i[)n.  casionnés  ;i  lui  ou  à  ses  sujets  par  les  gens 

^  Il  ne  serait  mort  qu'en  1273,  selon  Tau-  des  galères  vénitiennes  d'André  Sanulo  et 

leur  de  lltistoire  générale  de  l'ordre  des  de  Paul  Morosini,   qui  s'étaient   emparés 

Ermites  de  Saint-Augustin.  (Luigi  Torelli,  du  château  de  Lajazzo.  (De  Mas-Latrie, ///s- 

Secoli  Airostmiaui ,  de.  1.  IV,  p.  778.)  Im'iv  de  Chijijre .  t.  111,  p.  685.)  On  y  voit 

'  Lignages  d'ouirc-mcr.  c.  ui.  l'énuraération    de    divers   objets   d'babille- 

*  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXXIV,  ment  enlevés  à  une  femme  nommée  Rita, 

c.  n,  p.  /lia.  uni  iitiilicri  noininc.  Rita,  mais  qui  n'a  évi- 

'  Corf/c.  r///>fo/n.  t.  l,n°  1 19,  p.  i34  ,  i35.  demment  rien  de  commun  avec  la  lille  du 

'  Ce  nom  de  Rita,  abréviation  familière  roi  d'Arménie. 


LES   ROIS   D'ARMENIE.  131 

Guy  dlbelin,  fiis  de  Baudoin,  séiieschal  de  Clivpro.  qui  en  eut  posté- 
rité, et  Isabeau,  qui  mourut  sans  alliance. 

Léon  ou  Livon,  II"^  [lisez  111']  du  nom,  ayant  succédé  à  son  père 
au  royaume  d'Arménie  '  [après  avoir  été  couronné  à  la  manière  des 
Arméniens-],  continua  de  cultiver  lalliance  des  Tartares,  avec  le  se- 
cours desquels  il  fit  ses  ellorts  pour  détruire  les  Sarrazins  d'Egypte. 
Abaga,  roy  des  Tartares,  après  avoir  conquis  le  royaume  de  Turquie 
ou  de  Coni,  l'oUrit  à  Léon  ^■,  mais  il  s'excusa  de  l'accepter,  sur  ce  qu'il 
luy  seroit  impossible  de  le  conserver,  à  cause  qu'il  avoit  toujours  Ben- 
decar  ou  Bendocbar  [Bondokdar],  sultan  d'Egypte,  sur  les  bras,  qui 
menaçoit  à  tous  momens  ses  Estats,  et  qui,  l'an  12^5,  estoit  entré 
dans  la  plaine  d'Arménie,  où  il  avoit  mis  à  mort  |)lus  de  vingt  nulle 
hommes,  et  avoit  fait  plus  de  dix  mille  captifs*,  et  avoit  emmené  un 
luitin  sans  prix;  ce  (|ui  obligea  le  roy  de  se  retirer  dans  les  montagnes, 
et  les  babitans  de  s'embar(pier  sur  mer,  pour  se  sauver  de  la  rage  du 
sultan;  une  partie  tomba  entre  les  mains  des  pirates,  l'autre  arriva 
beureusement  à  Acre.  Il  pria  seulement  le  Tartare  de  se  vouloir 
joindre  avec  lui  pour  chasser  le  sultan  de  la  Syrie,  ce  qu'il  accorda, 
el  l'un  et  l'autre  le  dédirent  depuis  en  la  plaine  de  la  (Ihamelle. 

[Gefto  vicfoirc,  l'emporlée  en  1282  .^iur  Kélaoun.  succes.seiir  des  deux  iif'^ 
de  Bibars  Bondokdar,  mort  en  l'f^'y.  fut  .sans  résnitat.  par  suite  de  finexpé- 
rience  de  Mangou-Temour,  frère  d' Abaga,  qui  abandonna  trop  tôt  le  cliatn|i 
de  bataille^.  En  i285,  un  traité  de  paix  et  de  commerce  fut  conclu  fiitre 
Léon  III  et  Kélaoun  f'.] 

Le  moine  Aitlion  ^  écrit  (pi'il  fut  (le  loi  d'Arménie)  doué  de  pru- 

'  Abiilfarog.   p.   358.  36o.  —  Marin.  tiiiuat.  de  Guiil.  de  Tyr,  I.  XXXIV.  c.  x.t. 

Sanut.  1.  III,  part.  i3.c.  vin.  —  Aithon,  p.  /1C7. 
c.  .1XXIV.  '-  Continuât,   etc.    I.    XXXIV.   c.   xxxn  . 

'  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr.  I.  XXXIV,  p.  ^179. 
c.  XVI.  p.  /i63.  '   Reinaud.    Extraites  des   Uistor.  arabes 

'  Aithon.  c.  xx.\v,  xxxvi.  relatifs  au.v  ci-oisatks,  p.  55.9.  557. 

'  Sanut.  i.  III.  part.  12.  c.  xiv.  —  Con-  '  Aithon,  c.  xxxiv. 

'7- 


i;i2  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

dence  et  de  valeur,  et  qu'il  fut  aymé  également  des  siens  et  des  Tar- 
tares.  Pachymères  '  escrit  qu'il  maltraita  le  patriarche  d'Antioche,  (ju  il 
liiil  (juelijue  temps  prisonnier,  et  (pril  l'eust  fait  mourir,  s'il  ne  se  fust 
sauvé.  Il  ne  dit  pas  le  sujet  de  ce  démeslé;  mais  il  y  a  apparence  que 
ce  fut  pour  cette  action  qu'il  encourut  l'excommunication,  dans  laquelle 
il  estoit  encore  en  l'an  138^. 

Il  espousa  Guiran-,  (ille  et  héritière  de  Constantin,  seigneur  de 
Lamhron  [ou  Lampron],  qui  estoit  une  forte  place^  [au  nord  de  Tarse], 
entre  rArménit'  et  la  Turquie;  duquel  Constantin  il  est  fait  mention 
dans  ^  incent  de  Beauvais'',  Brompton^,  et  ailleurs '^^.  11  eut  d'elle  sept 
liis  et  tn»is  hlles ''  :  Aiton,  Toros,  Semblât  ou  Sembat,  Constantin, 
successivement  roys  d'Arménie;  Norses  [Nersès];  Rupin,  nommé  en- 
core Alinaii  (Alinakh)  ou  Almach*;  Oissini  [ou  Ochim],  roy  d'Arménie: 
\sabeau,  qui  espousa  Alméric,  prince  de  Tyr,  lils  de  Hugues,  l'ov  de 
Cypre;  Ricta,  mariée  à  Michel,  fils  aisné  d'Andronique  le  Vieil,  empe- 
reur de  Constantinople  ",  nommée  jiar  les  Grecs  Marie  et  Xène  [c'est- 
à-dire  l'étrangère^;  et  Téphanon  ou  Tliéophanô,  comme  elle  est  nom- 
mée par  Pachymères"',  duquel  nous  appi-enons  qu'elle  espousa  Jean 
l'Ange,  fils  de  Jean,  sébastocrator  et  despote  d'Epire;  les  Grecs  luy 
donnèrent  le  nom  de  Théodore.  Le  Lignage  doutre-mer  dit  qu'elle 
décéda  en  jeunesse. 

AiTiioN',  1^  du  nom.   succéda  à  son  père  au  royaume  d'Arménie, 


'  Pachymer.  I.  VI,  c.  1;  i.  VII,  c.  xix.  *  Roiipen  dit  Alinkli  est  mentionné  dans 

■  Ligiiiigcs  d'mitre-mcr,  c.  m.  le  Lignnge  doutre-mer;  ce  nom  se  trouve 

'  Saint-Martin,  Mém.surrArmntie,  l.t.  ti-anscrit  fautivement  .4 //«acA  dans  Rainaldi 

p.  5 02 .  {Annal  eccl.  ann.  1 3o() ,  n°  1 3  ) ,  qui  rapporte 

'  Vincentius  Rellov.  Spéculum  historiale  .  une  lettre  du  pape  adressée  au  roi  Léon  IV. 

I.  XXXI,  c.  cxLiv;  t.  XXXII,  c.  XXVII,  xxviii.  ainsi  qu'à  frère  Jean,  de  l'ordre  des  Mineurs. 

^  Rrompton,  p.  121.5.  gouverneur  du  royaume,  à  Uxiani  (Ocbin) 

'  Rainald.  ann.  1277,  n°  86.  et  Alniach,  oncles  du  jeune  roi. 
'  Lignages d'oulre-mer, cm. p. 'd(')f),li-2-j.  '  Du  Cangc,  Familiœ  Byzant.  y.  286. 

—  Rain.  i3o6.  11°  i3.  t.  XVIII,  p.  iio.  '°  Pachymer,!.  IX,  c.  v,  vi. — Du  Gange, 

—  Wadd.  eodem  anno,  n°  26.  Familiœ  Bijzant.  p.  210. 


LES  ROIS  D'ARMENIE.  133 

en  raiméo  1289,  ou  la  précédente'.  Le  pape  loxliurla,  par  ses 
lettres,  à  embrasser  l'Eglise  romaine,  à  quoy  il  avoit  lesmoif|né  beau- 
coup crinclination.  Il  écrivit  sur  le  même  sujef^  à  Marie,  sœur  de  la 
reyne,  pour  lors  décéclée,  à  Toros,  frère  du  roy,  et  à  Léon,  connes- 
table  d'Arménie,  et  mesme  il  luy  envoya  quelques  frères  mineurs,  à 
cet  efl'et,  en  l'an  1290,  pour  instruire  les  Arméniens  en  la  créance 
ortbodoxe,  et  sur  ce  qu'après  la  prise  d'Antiocbe  par  Bendocbar,  ce 
sultan  estoit  entré  dans  l'Arménie,  où  il  avoit  fait  de  ((jrandsdégasts,  et, 
y  ayant  esté  tué,  Nelpus',  son  fils  et  son  successeur,  pour  venger  la 
mort  de  son  père,  la  menaçoit  d'une  seconde  irruption,  il  exliorta  le 
roy  de  France  de  donner  une  favorable  audience  aux  ambassadeurs 
d'Aitlion,  et  de  le  vouloir  secourir  en  de  si  pressans  besoins. 

Quelque  temps  après,  Aitlion,  se  lassant  du  gouvernement,  à  cause 
des  guerres  continuelles  des  infidèles,  résolut  de  prendre  l'habit  des 
frères  mineurs*,  où  il  prit  le  nom  de  frère  Jean,  et  quitta  le  com- 
mandement à  son  frère  Toros,  si  nous  en  croyons  le  Lignage  d'outre- 
mer, d'où  nous  apprenons  que  c'est  ce  roy  d'Arménie  qui  estoit 
à  Constantinople,  en  la  cour  de  l'empereur  Andronique,  au  mois 
de  décembre,  l'an  1296,  Pachymères^  remarquant  qu'il  demeuroit 
parmy  des  frères  italiens,  c'est-à-dire  qu'il  avoit  l'Iiabit  de  frère 
mineur. 

Toros  III  espousa  [du  vivant  de  son  père  (1286)]  Marguerite'', 
fille  de  Hugues  III,  roy  de  Gypre  [moyennant  dispenses''  accordées 

VVadd.  aiin.  1  289,  n°' 7,  8;  ann.  lago,  noninn'  par  nos  historiens  Essaïd ,  soit  son 

n"  10. —  Rainald.  i289.n'"57,58. —  Saint-  frère  Scùimesch. 
Martin ,  Mém.  sur  l'Arménie,  t.  I ,  p.  398.  '  Wadd.  ann.  1296,  n"  11.  12. 

-  Waddington,  ann.  1992.  —  Rainald.  '  Pacliym.  1.  IX,  c.  x\. 

ami.  1292.  '  Lignages  d'outre-mer,  c.  ni,   p.    itWj. 

'  Heroid   {Contimwtio   he.lli  sacri ,   I.  V,  Selon  Lorédan ,  cettfi  fille  du  roi  Hugues  III 

c.  Il),  continuateur  de  Guillaunie  de  Tyr,  le  s'appelait  Clirn-hltc,  et  elle  épousa  Chaton 

nomme  Hcljjiii.  Il  est  difficile  de  reconnaître  (Ailhon  ou  Héthoum),  roi  d'Arménie, 
dans  ces  deux  formes  le  nom  d'un  des  fds  de  '  De  Mas-Latrie,  Hist.  fie  Chypre,  t.  11, 

Bibars,  soit  Beréké-Uian-said  i\ aser-eddin ,  p.  85,  et  note  2. 


134  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

par  Honorius  IV,  pour  cause  de  parenté,  parce  (piAinaury,  Irère  de 
Marguerite,  espousa,  vers  le  laesuie  temps,  Isabelle,  sœur  de  Toros]; 
en  faveur  duquel  mariage  le  roy  de  Cypre  donna  à  Toros  quelques 
chasteaux  du  royaume  de  Hiéiusalem  qui  confinoienl  à  l'Arménie, 
avec  claus(>  de  ne  les  pouvoir  aliéner  sans  le  coiisentiiment  des  deux 
cours. 

Après  deux  ans  de  règne,  Toros  entra  dans  le  cloistre,  et  Hé- 
tlioum  remonta  sur  le  trosne.  (Toros),  estant  allé  avec  son  frère  Aithon 
à  Constantinople  '  soit  pour  y  clierclier  du  secours  [coiilie  les  infidèles, 
et  peut-être  conireles  menées  de  leur  frère  Sempad'-],  soit  pour  y  visi- 
ter sa  sœur,  qui  avoit  espousé  Michel  Paléologue,  fils  de  l'empereur 
^ndronique  le  Meil, 

Sehbat  ou  Sembald,  son  autre  frère,  prenant  1  occasion  de  son 
absence,  s'empara  du  royaume  et  se  lit  couronner  roy,  en  lan  129^. 
Cependant  Aitlion  et  Toios  estant  retournez  dans  l'Arménie,  ils  en 
furent  chassez,  ce  qui  les  obligea  de  passer  en  lisle  de  Cypre;  de  ih 
à  Constantinople,  d'où  ils  allèrent  trouver  le  can  des  Tarlares,  pour 
se  plaindre  de  l'usurpation  de  leur  frère,  et  tirer  du  secours  contre 
luy.  Mais  Sembat  les  prévint,  et,  pour  gagner  l'amilié  de  ce  prince, 
espousa,  à  ce  que  l'on  dit.  une  dame  de  Tartarie;  et,  ayant  pris  ses 
deux  frères  au  retour  de  leur  voyage,  il  les  fit  conduire  en  Arménie, 
où  il  fit  ci'ever  les  yeux  à  Aithon,  qui  recouvra  depuis  la  veue  par 
la  permission  de  Dieu  et  par  miracle,  et  fil  étrangler  Toros  avec  la 
corde  d'un  arc.  Sembat  l'ut  aussy  travaillé  par  les  irruptions  des  Sar- 
razins,  qui  l'obligèrent,  en  l'an  1998,  d'avoir  recours  au  pape  Boni- 
face  YIII,  et  aux  roys  de  France  et  d'Angleterre,  auxquels  il  dépesclia 
ses  ambassadeurs  pour  avoir  du  secours  ^  Cependant  Constans,  son 
frère,  ne  pouvant  souffrir  plus  longtemps  son  usurpation,  se  souleva 
contre  luv  et.  l'ayant  arresté,  le  mit  en  prison  et  en  tira  Aithon".  Le 

'   Saniit.  I.  III,  part.  i3,  c.  ii.  '   Rainakl.   i-'gS.  n"  lO. —  Wadd.  n°  B. 

"  Saint-Martin  .  Mém.  sur  l'Arménie.  1. 1 ,         —  Bzovius ,  n°  7. 
p.  3ç,8  '  Sanul.  I.  111,  part.  1  3 .  c  11. 


LES  ROIS  D'ARMÉNIE.  135 

Li;>naoe  d'oulre-nier  ne  convient  pas  que  Senibat  ait  usurpé  le  royaume, 
mais  dit  qu'il  luy  fut  donné  pai'  son  IVère,  après  qu'il  l'eut  osté  à  Toros. 
[Selon  un  historien  arménien',  Hétlioum  avait  abdiqué  une  seconde  t'ois 
.(i  296)  en  laveur  de  son  frère  Senq)ad;  et  c'est  alors  (pù'l  s'était  rendu 
à  Constantinople  avec  son  frère  Tlioros.]  Il  y  a  aussi  lieu  de  douter  de 
la  circonstance,  rapportée  par  Saniido,  du  mariage  de  Sembat  avec 
une  dame  tartare,  veu  que  les  épistres  du  pape  Boniface  VIII-  nous 
apprennent  qu'il  avoit  espousé  Isabelle,  lille  de  Guy  de  Japlie,  avec 
laquelle,  non-seulement  il  vivoit  l'an  i-jcjS,  mais  encoi'e  dont  il  avoit 
des  enlans  qui  estoient  chevaliers.  Et  d'autant  que  Send^at  craignoit 
<puî  la  dispense  qu'il  avoit  obtenue  du  cathobipu-,  ou  patriarche 
d'Arménie,  ne  fust  pas  valable  [comme  cette  dame  était  sa  parente 
au  troisième  degré],  il  demanda,  en  cette  année-là,  celle  du  pape 
Boniface,  qui  la  luy  accorda.  Le  Lignage  d'outre-mer  ajoute  qu'Aithon, 
estant  sorty  de  piison,  donna  le  ro\aume  d'Arménie  à  son  frère 

CoivsTANs  [ou  (loNSTAiNTiN  II],  à  qui  il  dcvoit  sa  liberté,  mais  que, 
depuis,  il  le  lu\  osta.  Sanudo  ne  dit  pas  que  Gonstans  ait  esté  déclaré 
ro\  par  luy;  mais  il  convient  avec  le  Lignage  d'outre-mer,  en  ce  qu'il 
escrit,  qu'Aithon  fit  arrester  Constans  et  l'envoya  avec  Sembat  à  l'em- 
pereur de  Constantinople,  auquel  il  en  recommanda  la  gardée  II  ne 
faut  pas  douter  ([u'il  n'ait  eu  de  puissans  motifs  pour  en  venir  à  cette 
violence  contre  Constans,  à  qui  il  estoit  redevable  de  sa  délivrance. 
[Ailhon  remonta  ainsi  sur  le  trône  pour  la  troisiènu;  fois.]  II  fit  en- 
suite couronner  Léon,  son  neveu  [i3o5]. 

Léon,  IIl"  i\u  nom,  roy  d'Arnu-uie  ',  estoit  fils  de  Toros  et  de  Mar- 
guerite, fille  de  Hugues  III,  roy  de  Cypre.  Et  d'autant  qu'il  estoit 
encore  tout  jeune,  Aithon  se  chargea  de  la  légence  du  royaume  :  ce 
que  nous  apprenons  d'une  épistre  (jue  le  pape  Clément  \  adressa,  en 
l'an  i3o6,  au  roy  Léon,  à  frère  Jean,  de  l'ordre  des  frères  mineurs, 

'   Le  connétiiLile  Sempad.  ■  Saint-Martin,  Mcm.  t.  I,  p.  .'{gy. 

•  Rainald.  ann.  i-i88,  n°' 19,  ao.  "  Lijjnwijcs d'outre-mer.  —  Aithon, c.xlvi. 


136  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

«[ouvemeur  d'Arménie,  qui  est  le  roy  Aitlion,  à  Oissin  et  Almacli, 
oncles  de  Léon,  par  laquelle  il  leur  donne  espérance  d'un  prompt 
secoui's  de  la  part  des  princes  chrestiens,  contre  les  Sarrazins  qui  atta- 
quoient  l'Arménie  ^  Cassan  ou  Cassian,  empereur  des  Tartares,  qui 
avoit  succédé  àBavdon,  en  cette  principauté,  continuant  les  erremens 
de  ses  prédécesseurs,  entreprit  la  guerre  contre  les  Sarrazins  d'Egypte, 
ayant  en  sa  compagnie  les  roys  d'Arménie  et  de  Géorgie,  et  les  deflit 
en  un  lieu  nommé  le  Cannet,  l'an  i3oo'-.  Ces  roys  le  suivirent  depuis 
en  cette  guerre,  jus(jues  à  ce  qu'après  le  retour  de  Cassan,  le  sultan 
d'Egypte  reprist  la  pluspart  de  ses  places  par  trahison.  Cotulossa  y  ayant 
esté  envoyé,  en  l'an  i3oi,  pour  en  chasser  derechef  les  Sarrazins, 
le  roy  d'Arménie  l'y  accompagna,  comme  il  fit  encore  Cassan,  qui  y 
retourna  en  personne,  l'an  i3o3,  où.  les  succez  de  la  guerre  furent 
ditférens.  Enfin,  après  la  mort  de  Cassan,  le  roy  estant  retourné  en 
Aiménie,  les  Sarrazins,  pour  se  venger  de  iuy,  firent  des  irruptions 
dans  ses  Estats. 

Ce  l'ut  pour  lors  (ju  Aithon  rechercha  le  secours  des  princes  chres- 
tiens^, au  défaut  desquels  il  appela  les  Tartares.  Balargan  [Bilaighou- 
Klian]  y  ayant  esté  envoyé  avec  des  troupes  par  Carbaganda  [Ald- 
djaptou,  dit  Khodabcndeh^,  frère  et  successeur  de  Cassan,  Aithon  ne 
l'estant  pas  venu  trouver  avec  la  diligence  et  la  promptitude  qu'il  eust 
souliaitées,  ce  barbare,  en  estant  irrité  comme  d'un  mespris,  arresta 
Aithon  et  le  jeune  roy  Léon,  qui  estoient  arrivez  en  sa  tente,  et 
les  fit  tuer  tous  deux  avec  leur  suite,  en  sorle  qu'il  ne  resta  [qu'une 
seule]  personne  qui  en  pust  porter  la  nouvelle;  ce  (|ui  arriva  en 
l'an  i3o7*. 

[En  ce(t(!  année  i.Ho'y^,  le  -20  mai,  Léon  III  a\ait  accordé  aux  Vénitiens 
un  privilège  commercial,  où  il  s'intitule  «Lyon  en  (irist  feable,  roy  de  tote 

'  Rainald.  ami.  i3oC,  11°  i3. —  Wadd.  ^  Sanut.  i.  III,  part.  i3,  c.  11.  —  Rai- 

eod.  anii.  n°  26.  nald.  aiiD.  1007,  11°  5. 

"  Aithon.  e.  xli,  xlvi.  —  Saniit.  1.  III,  '  Saint-Martin,  Mém.  t.  I,  p.  899,  4oo. 

jjart.    i3,   c.   vni,   x.   —   Nangis,    Citron.  ^  De  Mas-Latiie,  Hist.  de  Chypre,  t.  II, 

ann.  1299.  p.  loG,  note  3;  t.  III,  p.  687,  C90. 


LES  ROIS  D'ARMENIE.  137 

KErmenie,  lils  dou  Christ  ainaiit  el  bien  aorant  roy  de  toute  Hermenie,  Lvon 
«en  Crist  repose  des  puisans  et  haus  Ropinaiis. . .  n  Nous  avons  de  la  même 
année,  3o  mai,  une  (piittance  du  connélaMe  d'Arménie',  donnée  au  nom  du 
roi,  ])our  toutes  les  indemnités  dues  par  les  Vénitiens,  suivie  d'un  état  des 
sommes  réclamées  pour  les  dommages  occasionnés  par  les  galères  vénitiennes 
qui  s'étaient  emparées  de  Lajazzo'.  Cet  état  est  sans  date,  mais  il  paraît  être 
également  de  iSoy. 

Clément  V,  dans  une  lettre  ^  au  grand  maître  et  aux  chevaliers  de  l'ordre 
de  Saint-Jean  de  Jérusalem,  à  Rhodes,  déplore  les  ravages  des  Sarrasins  en 
Arménie  et  en  Chypre;  mais  il  ne  parle  pas  de  la  mort  récente  d'un  roi 
d'Arménie;  cette  lettre  est  donc  antérieure  à  la  mort  de  Léon  III.  Or  elle  est 
datée  du  3  des  ides  d'août  (i  i  août),  3'  année  du  pontilicat.  Cette  année  est 
i3o7,  si  Clément  V  compte  les  années  de  son  pontilicat  du  jour  de  son  élec- 
tion, 5  juin  i3o5*,  et  i3o8,  s'il  compte  seulement  depuis  son  couronnement, 
qui  avait  eu  lieu  le  iA  novembre  i3o5.  Dans  tous  les  cas  la  mort  du  roi 
Léon  ne  pourrait  être  que  de  peu  antérieure  au  i  i  août  iSo^,  et  peut-être 
même  iaut-il  la  différer  jusqu'à  l'année  suivante.] 

D'autres  écrivent  que  Balargan  commit  cette  action^  en  haine  de  ce 
qu'Aithon  ne  luy  avoit  pas  voulu  mettre  entre  les  mains  l'importante 
forteresse  de  Navarzan  [Anazarbe],  et  que,  piqué  de  ce  relus,  il  le 
fit  assassiner  et  son  neveu,  en  un  festin  où  il  les  avoit  invitez. 

Quelques  écrivains  **  assurent  que  Cassan,  dont  je  viens  do  parler, 
espousa  la  fille  du  roy  d'Arménie,  en  Tan  1399,  et  qu'il  se  fit  chrestien 
par  les  persuasions  de  sa  femme;  ce  qu'il  y  a  sujet  de  révoquer  en  doute , 
veu  que  le  moine  Aithon,  qui  parle  de  luy  avantageusement ,  n'auroit 
pas  oublié  cette  circonstance. 

Nous  ne  lisons  pas  si  le  roy  Aithon  fut  marié,  n'est  que  nous  ajou- 
tions foy  à  ce  que  nous  apprend  Estienne  de  Lusignan,  qui  escrit  qu'il 

'  De  Mas-Latrie,  t.  III,  p.  683,  686.  '  Loredano,    De'  Re'  Lnsignani ,    I.   V, 

'  De  Mas-Latrie,  p.  68/1,  687.  p.  9,33,  a3/i;  Irad.  française,  t.  I.  p.  -258, 

'  Sebast.  Paoii,   Codice  cUplonuit.  t.  II,  a.5y. 

n°  18,  p.  17,  -io.  «  Walsingh.  Edward.  I,  p.  7G.    98.  — 

*  Anmidire  de  la  Soc.  de  l'Iiisl.de  France,  Bzoviiis,  ann.  1299,  n°  i3.  —  Chron.  ms. 

année  i85â,  p.  i38,  iSg.  franc,  (inissanl  en  i32-2.  ^  Nantis.  Chron. 

18 


l;î8  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

espousa  Marie,  fille  de  Hugues  III,  roy  de  Cypre.  Mais,  outre  (pi'il  la 
confond  avec  Marguerite,  femme  du  roy  Toros  [et  que  le  roi 
Aithon,  dont  ])arle  Lusignan'  en  cette  circonstance,  est  Aitlion  I",  fils 
(In  hailc  Constant,  et  non  pas  Aitlion  II,  son  polit-fils],  la  circonstance 
du  tem|)s  auquel  il  vivoit  peut  faire  croire  que  c  est  luy  qui  espousa  la 
tille  de  Louys  d'Acre  [fils  du  roi  Jean  de  Brienne'^,  et  devenu,  par  son 
mariage],  vicomte  de  Beaumont,  qu'une  ancienne  généalogie^  qua- 
lifie reyne  d'Arménie.  Au  reste,  Waddingue,  en  ses  Annales  des  frères 
mineurs,  confond  inqîrudemment  les  deux  roys  qui  portèrent  le  nom 
dAithon,  tante  d'avoir  veu  une  généalogie  exacte  des  roys  d'Arménie. 
Le  cavalier  Loredan  ^  [comme  Estienne  Lusignan  ^J  a  paredlement 
confondu  le  roy  Aithon  avec  Aithon,  seigneur  de  Curco  [Goi'igos], 
(pii  estoit  une  place  forte  sur  la  frontière  d'Arménie*^  et  le  rivage  de 
la  mer  qui  regarde  la  pointe  de  l'isle  de  Cypre.  (lar  cet  Aithon, 
le([uel  ayant  esté  chassé  de  l'Arménie  comme  séditieux  et  brouillon,  en 
l'an  i3o5,  se  retira  en  l'isle  de  Cypre,  où  il  gagna  les  bonnes  grâces 
d'Alméric,  prince  de  Tyr,  qui  gouvernoit  ce  royaume,  après  en  avoir 
chassé  le  roy  Henry,  son  frère,  estoit  cet  Aithon''  dont  nous  avons 
l'histoire,  qui  s'y  qualifie  seigneur  de  Curcli  (Gorigos),  et  escrit  qu'en 
cette  mesnie  année  ^,  après  s'estre  trouvé  en  toutes  les  expéditions  mili- 
taires des  roys  d'Arménie  contre  les  Sarrazins,  et  avoir  conversé  avec 
les  Tartares  qui  estoient  alliés  de  ces  roys,  [il]  prit  congé  du  roy 
Léon  III,  et  se  retira  en  l'isle  de  Cypre,  où  il  se  fit  religieux  de  l'ordre 
de  Prémonstré^,  au  monastère  d  Episcope  [Piscopi],  qu'Estienne  de 
Lusignan  '"  nomme  de  la  Paix.  11  est  sans  doute  qu'il  estoit  proche 

'   Etienne  de  Lusignan,   Généalogie,  des  '  De'  Re'  Liisignnni ,  I.  IV,  c.  v. 

mis  d' Arménie ,  fol.  3o  v°  et  3 1 .  '  Et.  Lusi!|nan ,  Généalogie  des  rois  d'Ar- 

'  Moréii,     Dictionnaire    historirpie ,    art.  même,  fol.  3i  et  v°. 

Brienne.  "  Froissart,  vol.  III,  c.  x\ii. 

'  Nous  ne  pouvons  dire  quelle  est  cette  '  .4itIion .  in  prœl'at. 

ancienne  gAiéalogie  que  Du  Gange  ne  dé-  '  Aithon,  c.  xlvi. 

signe    par    aucune   indication  précise,  ni  '  Lepaige,  Biblioth.  PrœmonMr.  p.  .î88. 

quelle  est  celte  lille  de  Louis  d'Acre,  mari(«e  '"  Etienne  de  Lusignan.  Généal.  des  rois 

:i  un  roi  d'Arme'nie.  d'Arménie  .  fol.  3 1  et  v". 


LES   HOiS   DAItMKNIK.  139 

parent  de  ce  roy,  comme  il  escrit  lui-inesme;  mais  ion  ne  peiil  pas  re- 
marquer, de  ses  escrits,  si  ce  ne  fut  de  son  cliel"  ou  par  alliance;  cai- 
ceux  qui  ont  avancé  qu'il  estoit  neveu  du  roy  d'Arménie  l'ont  lait  sans 
aucun  l'ondement.  Quelques-uns'  le  loni  (ils  d'une  sœur  du  roy  Ai- 
thon  l\  peut-estre  que  cet  Aithon  fut  père  d'Oissim,  conîte  et  gou- 
verneur de  Ghurc  ou  de  Curico,  l'un  des  principaux  barons  d'Arménie, 
qui  vivoit  sous  le  règne  de  Léon  IV  ^j 

OissiM  [OcHiN  ou  AucHiN'  ]\  appelé  par  quelques-uns  ("iinoYSSiN,  ou 
plutôt  Chir  Oyssin  [Kvp  Oit»'],  succéda  à  son  frère  Aithon  et  à  son 
neveu  Léon,  au  royaume  d'Arménie,  auquel  il  fut  appelé  par  les  ba- 
rons. D'abord  Balargan^,  ensuite  de  la  mort  des  deux  roys,  assiégea 
la  forteresse  de  Navarzan  [Anazarbe];  mais,  faute  de  vivres,  il  fut 
contraint  d'abandonner  le  siège  et  de  se  retirer  en  Tartarie.  Il  [Ochin] 
favorisa  le  party  d'Alméric,  prince  de  Tyr,  son  beau-frère,  durant 
les  divisions  du  royaume  de  Gypre,  en  faveur  duquel  il  tint  le  rov 
Henry  [II],  frère  de  ce  prince,  prisonnier  dans  le  chasteau  de  Lam- 
bron,  après  avoir  esté  chassé  de  ses  Estais  par  son  frère.  [En  i3io, 
Ochin  intervint  pour  ménager  un  nouvel  accord  entre  Henri  II  et 
Amauri  ou  Alniéric'^;]  mais  Alméric  estant  décédé,  il  se  lit  un  échange 
des  personnes  de  Henry  et  d'Isabelle,  veuve  d'Alméric.  Gela  n'apaisa 
pas  toutefois  la  rancune  et  la  division  qui  resta  entre  ces  deux  roys: 
pour  raison  de  laquelle  Oyssim  otTrit  de  se  soumettre  au  jiape  Glé- 
ment  V,  en  l'an  1 3 1 1  ^ 

'  Labbe,  Abrégé  royal  de  l'alliance  chron.  du  roi  Héthoum  I",  par  une  cousine  de  ce 

l.  1.  p.  .3(53.  dernier,  mariée  à  sire  Adam  de  Gastim, 

"  Sut  (\iie\  fondement  L'Art  de  vérifier  les  baile  d'Arménie. 
dates  {Rois  d'Arménie,   Léon  II,  net.)   le  '  /?eg-/,s?.  Fa//c  Clément.  V,  pp.  ep.  771. 

fait-il  lils  de  Senibat,  frère  du  roi  Aithon  I?  77/1,  apud  Wadding.  aiin.  i3i  1.  n°  2,  et 

Voir  aussi  ce  qu'en  a  dit  Lepaige  [Biblioth.  in  reg.  p.  h-i ,  n°  27. 
Prœ/«o»js/»-.  p.  3o0,  307,  588).  '  Loredano,  I.   V,   p.  235;   trad.  fran- 

'  Cf.  sur  l'historien  Aithon,  Ilaytoniis  7ho-  çaise,  (.  I,  p.  a6o. 
nac/i!«s(HethQum).  le  Tableau  généalogique  °  De  Mas-Latrie.  Hist.  de  Chypre,  t.  Il  . 

de  la  famille  des  Héthoumiens,  princes  de  p.  1 1 1,  1 13,  1 15. 
Lampron.  On  y  voit  qu'il  était  petit-cousin  '  Rainald.  ann.  i3i  1,  n°  77. 

18. 


liO  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

[Il  semble  que  le  roi  d'Arménie'  avait  eu  fjuelqiKîs  clémêl(?s  avec  les  che- 
valiers de  Rhodes,  puisque  le  pape  Jean  XXII  écrivit  à  ceux-ci  (i3i8,  5  mai) 
de  vouloir  bien  proléger  et  assurer  le  retour  d'une  ambassade  que  le  roi  lui 
avail  envoyée,  pour  plusieurs  motifs  non  spécifiés,  et,  eu  particulier,  pour 
régler  les  intérêts  de  l'orfb'e,  relativement  à  ses  possessions  en  Arménie.] 

\yaiit  eu  aussy  à  démesler,  et  estant  entré  en  guerre  avec  le  roy  de 
Sicile^,  en  l'an  1^19,  le  pape  Jean  XXII  moyenna  une  tresve,  et  en- 
joignit, l'année  .suivante,  aux  aniba.ssadeurs  de  Gênes,  de  conclure 
une  ferme  paix  entre  eux;  en  laquelle  année  [10 20],  Oissim  mourut. 
Il  l'ut  encore  attaqué  par  les  Sarrazins^,  (pii  coururent  son  pays,  ce  qui 
l'obligea,  en  Fan  i3i7*,  d'implorer  le  secours  des  princes  chrestiens. 

[Ocbin,  avant  d'être  roi-',  était  connétable  du  royaume  et  prince  de  Gant- 
chi.  Dans  une  liste  de  grands  personnages  du  royaume  d'Arménie'',  il  est  ap- 
pelé Hoissinm  de  Alticovanta'' ,  génère  Rnppinorum,  Arménie  rex. 

Ochin  montra  un  grand  zèle  pour  la  réunion  de  l'Eglise  d'Arménie  avec 
l'Egli.se  romaine.  Ce  fut  par  ses  soins  et  en  sa  présence  que  se  tint,  en  i3i6, 
le  concile  d'Adana,  où  l'on  confirma  les  décrets  du  concile  de  Sis,  tenu 
en  1807,  pour  le  même  objet  ^.] 

Il  avoit  espousé  Jeanne^,  appelée  par  quelques-uns  Irène  [ou  Anne], 
tille  de  Pliilippe  de  Sicile,  prince  de  Tarente,  de  laquelle  il  eut  deux 
fils  :  Léon,  roy  d'Arménie,  et  un  autre,  lesquels  il  laissa  en  bas  âge. 

Léon  ou  Livon  I\  ,  [comme  roi,  1']  du  nom,  succéda  à  son  père  au 

'  Sebast.   Paoli,  Codkc  diplomat.  t.  II.  "  Cf.  iiir/iK'o  stor/co  î(«/mno,  appendice. 

|).  67,  n°  48.  11° '^g;  Firenze.  i853,  iii-8°.  p.  Syi,  11°  h  el 

"  Rainald.    ann.    1819,   n°  17;  iSao,  note. 
n°'  47,  48.  'L'Art  de  vérifier  les  dates  :   Conciles; 

'  Rainald.  ann.  i3i9,n"i7.  Rois  d'Arménie.  —  Ciemens  Galanus,  Conci- 

*  Rainald.    ann.    1317.   u"    35;    i320,  liulio  ccclesiœ  Ann.enie citm  Romima ,  c.  xwiii , 

n°  -îi.  .XXIX,  p.  /ia2,  l>-jçf. 

'  Saint-Martin,  Mém.  1. 1,  p.  4 00.  '  Rainald.  ann.  i3i8,  n°  17.  —  Giov. 

"  De  Mas-Latrie.  Hist.  de  Chypre,  l.  III,  Villani,  1.  IX,  c.  cxLvni.  —  Wadding.  ann. 

p.  692.  i3i7,  n°  49;  1  3a2  ,  n°  70. 


LES  ROIS  D'ARMÉNIE.  lil 

royaume  d'Arménie'.  Et  daiitant  qu'il  estoil  fort  jeune  lorsqu'il  mou- 
rut, sa  mère  prit  le  gouvernement  en  main  2,  el,  pour  s'appuyer  de 
quelque  personne  puissante,  elle  espousa  le  seigneur  de  Layco  ou  de 
Layasso  [Lajazzo,  Laïas  ou  Aïas],  oncle  du  roy,  sans  aucune  dispense 
du  pape.  [Ce  seigneur  était  Oclnn\  comte  de  Gorigos.]  Les  barons 
du  royaume  furent  mal  satisfaits  de  ce  mariage,  contracté  contre  les 
formes  et  entre  des  personnes  si  proches,  dont  la  reyne  n'en  fit  qu'une 
raillerie,  disant  que  la  jn'emière  fennne  qui  pécha  en  fut  quitte  pour 
demander  pardon. 

Ce  discours  les  irrita  encore  davantage  et  causa  de  la  division  dans 
l'Estat;  laquelle  donna  occasion  au  sultan  de  Babylone*  de  faire  une 
iriuption  dans  l'Arménie  avec  plus  de  trente  mille  chevaux,  où  il  lit 
un  grand  nombre  d'esclaves,  dont  il  en  fit  mourir  plusieuis.  Il  y  prit 
encore  presque  toutes  les  places,  à  la  réserve  de  celles  qui  estoient 
situées  dans  les  montagnes,  près  desquelles  s'estant  approché,  il  fut 
déliait  dans  les  détroits  par  les  Arméniens,  qui  estoient  en  petit  nombre; 
ce  qui  arriva  au  commencement  de  l'an  1022  \  Henry,  roy  de  Cypre, 
quoique  d'ailleurs  mal  satisfait  des  Arméniens,  envoya  en  cette  occa- 
sion du  secours  au  roy  Léon,  et  s'attira  par  ce  moyen  les  troupes  de 
ces  infidèles  dans  ses  terres.  D'autre  part,  Boyssethan  [Abousaïd],  em- 
pereur des  Tartares,  à  la  suscitation  du  pape  Jean  XXII,  envoya  vingt 
mille  chevaux  au  secours  de  Léon,  et  obligea  le  sultan  d'abandonnei' 
l'Arménie  comme  un  pays  qui  relevoit  des  Tartares  et  leur  estoit  tri- 
butaire •';  ayant  moyenne  un  accord  et  un  traité  en  l'an  i323,  pai' 
lequel  la  paix  fut  conclue  entre  eux  pour  quinze  ans,  moyennant  que 
le  roy  d'Arménie  s'obligeroit  de  payer  chaque  année  5o,ooo  florins  au 
sultan.  La  paix  fut  aussy  arrestée  en  la  mesme  année  entre  Léon  et  le 
roy  de  Cypre.  Mais  celle  qui  avoit  esté  faite  avec  le  sultan  subsista  peu 

'   Rainald.  ann.    i3a.3,   n"    i.3;    iSao,  "  Michas  Mail,  de  Barbazanis. /7w/.  c.  x\. 

n°  48.  —  De  Mas-Latrie,  Hist.  de  Chypre,  *  Rainald.  ann.  i.Saa,  n"  33  et  seq. 

1. 111.  p.  ■J9.C).  737.  "  Rainald.  ann.  iSaS,  n"  6,7,  lo.  — 

'  \ iWani.  lococittilo.  Wadd.    ann.    iSaa.   n"   70;    ann.    i^-i'à. 

'  Saint-Martin,  Mém.  t.  1,  p.  2o4,  ioo.  n"'  18,  20. 


l'i:!  LES   FAMILLES  1)  OUTHE-MEIi. 

(le  temps,  comme  on  peut  assez  reconnoistre  des  extrémitez  où  Léon 
se  trouva  depuis  l'an  iSa/i  jusques  en  l'an  iSùi';  pendant  lequel 
temps  l'histoire  remarque  (ju'il  se  donna  une  sanglante  bataille  en 
Arménie,  en  la  plaine  de  Lyas  ou  de  Layasso^,  le  jour  de  Sainte-Ca- 
therine, l'an  i33o,  entre  les  chrestiens  et  les  infidèles,  où  Cassan,  roy 
de  Tarse,  demeura  sur  la  place  avec  cinquante-huit  mille  des  siens, 
les  clirestiens  en  ayant  perdu  sept  mille. 

[En  même  temps  des  divisions  agitaient  l'intérieur  de  la  famille  royale,  el 
ajoutaient  aux  maux  du  pays.  En  i33o^,  Léon  V  se  brouilla  avec  Ocliin,  son 
tuteur.  Soutenu  par  les  Lusignans,  il  le  vainquit,  le  mit  à  mort,  ainsi  que 
beaucoup  d'autres  grands  du  royaume  d'Arménie,  et  donna  leurs  biens  à  des 
Latins  qui  l'avaient  secouru;  ce  qui  augmenta  le  mécontentement  et  la  haine 
de  ses  compatriotes.  Il  avait  même,  dans  un  accès  de  fureur,  fait  mourir  sa 
femme,  si  l'on  en  croit  les  bruits  qui  coururent  alors  et  que  les  chroniqueurs 
ont  enregistrés.] 

Toutes  ces  grandes  secousses  firent  que  Léon  ne  cessa  pas  d'impor- 
tuner les  princes  chrestiens  par  ses  ambassadeurs,  pour  avoir  du  se- 
cdurs.  Et  ce  fut  alors  que  le  roy  Philippes  de  Valois  lui  donna  une 
somme  de  10,000  florins  d'or  de  Florence,  pour  servir  à  la  garde  de 
ses  chasteaux,  par  des  lettres  dont  voicy  la  coppie,  tirée  d'un  registre 
de  la  Chambre  des  comptes  de  Paris  \ 

ff Philippes,  par  la  grâce  de  Dieu,  roy  de  France,  à  nos  amés  et 
rcteaus  les  gens  de  nos  comptes  et  nos  trésoriers  à  Paris,  salut  et  di- 
fflection. 

trPour  ce  que  nostre  tres-chier  cousin,  le  roy  de  Arménie,  Nous  a 
ff  segnefié  que  les  Sarasins  de  par  de  là  le  guerroient  elTorciement,  nous 


'  Sanut.   ep.    1,   h,  5,  8.  —  Rainald.  ^  Saint-Martin,  ./l/e'm.  «ur /'/trwc'Hîe,  1. 1. 

ann.  1826,  n"  49,  43;  ann.  i33o,  n°  43;  p.  2o4,  4oo,  4oi. 

ann.  i33i ,  n°  3o;  ann.  iSSa,  n"  19,  24.  '  Mémorial  de  la  Chambre  des  comptes, 

25;  ann.  i334.  n°  12.  —  Wadding.  ann.  coté  B.  fol.  17;  communiqué  par  M.  d'Hé- 

i34i  ,  n"'  1,  2.  rouval.  — L'Ait  de  vérifier  les  dates:  Rois 

-  H.  Knighton.  p.  2659.  d'Annénie,  Livon  IV. 


LES  ROIS  D'ARMÉNIE.  ittS 

tt  volans  li  faire  aide  pour  ce  qu'il  puisse  miex  garder  ses  chatiaux  et 
crson  pays  et  résister  aux  dis  Sarasins,  si  que  le  dit  pays  d" Arménie. 
fcqui  est  pays  convenable,  si  comme  Ion  dit,  à  recevoir  nous  et  nos 
ttgens,  se  nous  nous  y  transporterons  pour  le  saint  voiage  d'outre-nier 
ftdou  (piel  faire.  Dieu  aidans,  nous  avons  grant  dévotion  et  désir,  soit 
ff  retenu  et  ne  puisse  estre  prins  ou  grevé  par  les  Sarasins  mescreans, 
ff  avons  donné  au  dit  i"oy  et  donnons  de  grâce  especiale  par  ces  lettres 
rtdiz  mille  florins  d'or  de  Florence,  pour  estre  convertis  en  la  garde 
ftdes  dis  cliatiaus  et  pays;  les  quels  nous  volons  qui  li  soient  paies,  ou 
ffà  son  certain  mandement,  en  trois  ans:  si  vous  mandons  que  les  diz 
tt  mille  florins  dessus  dis,  vous  li  assenés  sur  aucunes  de  nos  receptes; 
ff  et  mandés  à  noz  receveurs  sur  les  qués  vous  les  assenerés ,  qui  les 
tt  paient  au  certain  mandement  dou  dit  roy,  en  trois  ans  prochains  ve- 
ttnans,  à  deus  termes  en  l'an,  c'est  assavoir  à  Noël  et  à  la  Saint-Jehan, 
ttie  premier  terme  en  commençant  à  Noël  prochain  venant;  et  nous 
tt  volons  et  vous  mandons  que  iceus  diz  mille  florins  ainsi  paies,  vous 
tt  aloés  cz  compte  des  diz  receveurs  qui  les  paieront  en  vous  raportant 
ttles  lettres  par  quoi  vous  les  y  aurés  assenés,  et  quittance  de  ceuls  qui 
ttles  recevront  pour  le  dit  roy,  qui  auront  de  li  pouvoir  de  recevoir, 
tt  Donné  à  Paris,  le  i  r  jour  de  juign,  l'an  de  grâce  mil  ccc  trente 
tt  deux. 

ttCollatio  hujus  transcripti  facta  fuit  in  caméra  conqwtorum,  tertia 
ttdie  julii,  anno  Doniini  m°  ccc  xxx  u°,  cum  originali  signato  sic  : 

ttPar  le  Roy,  à  la  relation  de  Vous,  de  Martin  de  Essars,  de  nions. 
ttGuy  Chevrier,  et  des  trésoriers,  Ja.  de  Boulay,  per  me  J.  de  Noeriis. 
ttet  me  J.  Aquila>.  -n 

Ensuite  de  ces  grandes  secousses  \  le  pape  publia  en  faveur  de  ce 
roy  une  croisade  pour  la  delfence  du  royaume  d'Arménie  contre  les 
infidèles.  Le  roy  de  France,  qu'il  vint  visiter  à  cet  effet,  prit  la  croix,  et 
les  autres  princes  luy  donnèrent  espérance  de  secours;  mais  il  ne  s'effec- 

'   (îiov.  Villnni,  I.  XII.  c.  xl. 


l'.'i  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

Iiia  rien  de  ces  beaux  projets,  de  sorte  que  Léon  fui  obligé  de  retourner 
en  Arménie,  où  il  fut  a(ta(|ué  derechef  par  les  Sarrazins;  ce  qui  ré- 
veilla la  haine  de  ses  peuples  contre  luy,  aigris  d'ailleurs  de  ce  qu'il 
senibloil  les  négliger,  s'aitachant  par  trop  aux  coutumes  et  aux  mœurs 
des  Latins,  ayant  toute  sa  maison  conq30sée  de  gentilsliommes  de  cette 
nation,  à  cause  de  sa  femme.  Et  cette  liaine  alla  si  avant  qu'ils  l'assas- 
sinèrent en  l'an  idkli,  selon  Villani]. 

[Ce  prince,  en  iSSa  \  avait  cédé  à  l'orcke  des  chevaliers  de  Rlïodes  deux 
châteaux  ou  places  fortes  ([u'il  ne  pouvait  plus  défendre  contre  les  Turcs.  En 
i333^,  10  novembre,  il  accorda  aux  Vénitiens  un  j)rivilége  commercial,  où 
il  se  dit  fils  d'Oissin ,  y^otofs  et  subltmis  de  Rubinis.  L'acte  est  signé  de  son  chan- 
celier Jean,  et  le  nom  du  roi,  Léo,  rex  ommitin  Hevmenorum^ 

11  avoil  espousé,  dès  l'an  loag^,  Eléonore,  nommée  encore  Cons- 
tance, fille  de  Frédéric,  roy  de  Sicile,  pour  lors  veuve  de  Henry  H, 
roy  de  Gypre.  Pierre,  comte  de  Ribagorce,  frère  du  roy  d'Aragon, 
lavoit  recherchée  en  mariage  en  mesme  temps,  mais  il  ne  put  obtenir 
la  (bspense  du  pape.  11  est  probable  qu'il  n'en  eut  point  d'enfans.  Vil- 
lani dit  qu'il  avoit  pour  femme,  lorsqu'il  fut  assassiné,  la  fille  du  prince 
de  Tarente  et  de  la  Morée,  nièce  de  Robert,  roy  de  Naples,  et  que,  par 
cette  alliance  et  l'amitié  qu'il  tesmoigna  pour  sa  femme,  il  se  conforma 
aux  mœurs  et  aux  coutumes  des  Latins,  laissant  celles  des  Arméniens, 
et  retenant  à  sa  solde  de  la  cavalerie  et  de  l'infanterie  latine,  ce  qui 
augmenta  la  haine  de  ses  peuples  et  causa  en  quelque  façon  le  dessein 
qu'ds  prirent  de  s'en  défaire. 

[Depuis  le  règne  d'Héthoum  I"  jusqu'à  la  mort  de  Léon  V,  Du  Cange  .s'ac- 
corde avec  les  auteurs  modernes  de  l'histoire  d'Arménie  pour  la  succession  et 
la  généalogie  des  rois;  mais  à  partir  de  l'avènement  des  rois  Lusignans  jusqu'à 
la  mort  du  dernier  roi  Léon  VI,  l'histoire  redevient  incertaine,  et  les  auteurs 
varient  pour  l'ordre  cl  la  parenté  de  ces  souverains.  Sans  rappeler  ici,  pour 
les  discuter,  les  systèmes  divers  proposés  par  Labbe  *  dans  ses  tableaux  du 
Lignage  d'oulre-mer,  par  Etienne  de  Lusignan.  tpii  en  présente  deux  différents 

'  Codice  diplom.  t.  II.  p.  8i,  82,  n°  6i.  ^  Rainakl.  ann.  iSag,  n""  88.  91. 

'  De  Mas-Lati-ie ,  t.  III,  p.  7-26,  727.  '  Labbe,  Abrégé,  etc.  t.  I.  p.  36i. 


LES  ROIS  DARMÉNIE.  Ii5 

dans  ses  Généalogies  '  et  dans  son  Hisloiro  de  Cli\[)re  ^,  par  le  père  Anselme  ^,  etc. 
nous  renverrons  le  lecteur  au  3'  tableau  généalogique  de  M.  Dulaurier,  inti- 
tulé :  Souverains  de  la  Petite  Arménie,  3'  Immche,  Lusignans.  Ce  tableau  contieni 
tout  ce  que  l'on  peut  savoir  par  l'étude  et  la  comparaison  dos  divers  docu- 
ments que  l'on  a  obtenus  jusqu'à  présent. 

Alméric  ou  Amauri,  frère  de  Henri  11,  roi  de  Chypre,  connétable  du 
royaume,  prince  de  Tyr,  avait  épousé  Isabelle  d'Arménie,  sœur  des  rois  Hé- 
thoum  II,  Thoros  III,  Sempad,  Constantin  11  et  Ochin.  Il  en  eut  trois  fils. 
Henri,  Jean  et  Guy,  dont  les  deux  derniers,  après  la  réconciliation  de  leur 
oncle  Henri  II  avec  leur  mère  Isabelle  et  le  baile  Ochin  (  1 3  f2  2  ),  passèrent  en 
Grèce,  où  ils  se  firent  remarcjuer  par  leur  bravoure. 

A  la  mort  de  Léon  V  (i342),  les  barons  d'Arménie  confièrent  la  régence 
à  Jean  de  Lusignan,  et,  quelque  temps  après,  l'élurent  pour  roi.  Jean,  en 
montant  sur  le  trône,  prit  le  nom  de  Constantin  III,  et  fut  couronné  dans  la 
ville  de  Sis.  Ce  prince  régna  à  peine  un  an,  et  fut  tué  par  les  barons  irrités, 
qui  lui  reprochaient  ses  préférences  et  sa  partialité  pour  les  Latins.  Son  frère 
Gui,  élu  à  sa  place  (i3Zi3),  périt  lui-même,  deux  ans  après,  victime  d'une 
pareille  révolution  (  1 3/i5). 

Les  barons  placèrent  ensuite  sur  le  trône  un  |)rince  nommé  Coixstantin  IV, 
fils  de  Baudouin,  maréchal  d'Arménie.  On  ne  sait  à  quel  degré  il  appartenait 
à  la  famille  des  Lusignans.  Il  mourut  en  1  3(J3  ,  après  avoir  repoussé  en  plu- 
sieurs rencontres  les  Egyptiens.  11  avait  eu  deux  fils,  Léon  et  Ochin.  Il  n'est 
pas  prouvé  que  Léon  VI  ne  soit  pas  le  premier  des  deux. 

Suivirent  plusieurs  années  d'anarchie.  En  i368  ,  Pierre  I",  roi  de  Chypre\ 
fut  élu  roi  d'Arménie;  il  mourut  en  1369.  Alors  la  couronne  fut  donnée  à 
Léon  VI,  ou  Livonet,  prince  de  la  famille  des  Lusignans,  mais  dont  on  ignore 
la  filiation.  Son  avènement  peut  être  rapporté  avec  assez  de  probabilité  à 
l'année  i365.  Ce  prince  mourut  en  iSgS,  ayant  été  le  cinquième  roi  latin  et 
le  dernier  souverain  de  la  Petite  Arménie. 

Maintenant  reprenons  en  détail,  dans  le  texte  de  Du  Gange,  les  règnes  des 
cinq  derniers  rois,  selon  l'ordre  où  il  les  a  placés.] 

'   Généalogie  (les  iwjs d'Arménie,  {u\. '6-2 y°,  '  Hist.  généalog.  des  maisons  de  France. 

Ur.  t.  II.  p.  606. 

"  Histoire  générale    de  Visle  de   Ci/pre ,  '  Voir  plus  loin  .  aux  articles  de  Draco  ef 

fol.  i53.  de  PiERBE  I". 

"9 


lûÔ  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

Guy  DE  LusiGNA\  lut  a))pcl("  à  la  couronne  d'Arménie  pai'  les  [)cii])les  '. 
Il  estoit^  alors  en  la  cour  d'Anilroniqne  Paléologue  le  Jeune,  empe- 
reur (le  Conslanlinople^,  sous  lequel  il  eut  plusieurs  beaux  emplois 
dans  les  conimandemens  d'armées  et  les  gouvernemens  des  places,  et 
sous  Jean^,  son  fds.  Cantacuzène,  qui  parle  de  luv  en  divers  endroits 
de  son  histoire,  le  nomme ^  Sùp  Vris  Te  As'^îavo  \^^vpyi)?  NTsAs^jâro- 
ou  Nrsk£vov(TÎa.v^,  c'est-à-dire  rrsire  Guy  de  Lusignan,  n  et  dit  formel- 
lenienl  (|u  il  estoit  lils  du  roy  rie  Cypre '',  c'est-à-dire  d'Alméric  de 
Lusignan,  prince  de  T\r,  qui  s'enq^ara  du  gouvernement  du  royaume 
de  Cypre  sur  le  roy  Henry  II,  son  Crère,  [et]  qui  avoit  espousé  Isabelle, 
lille  de  Léon  II  [lisez  III],  roy  d  Arménie.  Ce  ([ue  (Jantacuzène  fait  assez 
connoistre,  écrivant  que  le  sire  Guy  de  Lusignan  estoit  cousin  germain 
d'Andronique  le  Vieil  [lisez  le  Jeune],  par  la  mère  de  cet  euqjereur 
[Ricta,  Marie  ou  Xène],  qui  estoit  pareHIement  fille  de  Léon  IP.  Il  est 
probable  que  les  enlans  dAlméric. après  sa  mort  et  le  restablissement 
(\u  loy  Henry,  furent  oblijjés  de  se  retirer  de  Cypre,  et  cpu'  ce  fut  pour 
cela  (]ue  Guy  alla  en  la  cour  de  Constantinople. 

Nicéphore  Gregoras^  en  la  seconde  partie  de  son  histoire,  escrit 
((u'au  temps  (]ue  l'empereur  Andronique  le  Jeune  mourut  [ann.  i36i], 
il  estoit  gouverneur  de  la  ville  de  Serres  et  des  autres  petites  places 
jusques  à  Cliristopoli,  estant  en  la  cour  de  Constantinople  depuis  vingt- 
quatre  ans,  où  il  avoit  esté  appelé  d'Arménie  ])ar  la  sœur  de  son  père, 
sçavoir  par  l'impératrice  [Ricta],  mère  du  jeune  Andronique,  enq)e- 
reur,  où  il  espousa  la  cousine  germaine  de  Jean  Cantacuzène,  depuis 
empereur,  avec  laquelle  il  vécut  longtemps  sans  en  avoir  eu  d'enfans, 
et,  après  son  décez,  il  se  remaria  avec  la  fille  de  Sigianès'',  ([ui  estoit 
fils  dun  autre  Sirgianès,  originaire  de  Comanie,  qui  se  i-etira  en  la 


'  Cantacuz.  1.  111,  c.  \li\.  "  Du  Gange,  Famil.  Bytant.  |).  aSIi. 

*  Canlacuz.  1.  III.  c.  \lviii,  \i,i\.  '  Gregoras.  I.  I.  c.  x\i;  ou  Itien  I.  XII, 

"  Gantaciiz.  1.  I.  c.  lvi;  1.  III,  c.  wxi.  c,  \v. 

'  Gantacuz.  1.  III,  c,  wwii,  xxxviii.  \r,i.  '  Go  nom  devrail  êlic  ëcrit  ici  comme 

'  Gantacuz.  I.  I,  c.  lvi;  I.  III,  c.  xwi.  dans  la  ligne  suivante.  Il  semble  être  une  al- 

'  Gantacuz,  I,  111.  c,  xwi,  tératinn  des/;-  Qinn  (Jean). 


LES  ROIS  DAHMÉNIE.  U7 

cour  de  Conslantinople,  [et]  dont  il  eut  des  enl'ans.  Il  ajoute  qu'estant 
à  la  cour  de  Gonstantinople  il  vécut  toujours  à  la  nianière  des  Armé- 
niens, lui  donnant  le  nom  de  Grii. 

Tant  y  a  qu'il  fut  appelé  à  la  succession  de  la  coui'onne  d" Arménie, 
comme  l'iiérilier  le  plus  apparent  à  cause  de  sa  mère.  [On  vient  de 
voir  que  Gui  fut  le  successeur  et  non  le  prédécesseur  du  roi  Constant 
ou  Constantin  111.] 

Je  ne  lis  rien  de  particulier  de  ce  qui  s'est  passé  sous  son  règne, 
sinon  que,  d'abord  qu'il  fut  parvenu  au  royaume  \  il  envoya  les  arche- 
vesques  de  Mascare  et  de  Trebesonce  [Trébizonde],  Daniel,  frère  mi- 
neur, et  Grégoire  de  Sargen,  chevalier,  ses  ambassadeurs,  au  pape 
Clément  \1,  pour  luy  prester  obéissance,  et  l'assurer  qu'il  feroit  tous 
ses  efforts  pour  arracher  et  extirper  les  opinions  erronées  ([ui  s'estoient 
glissées  de  longtemps  parmy  les  Arméniens;  à  quoy  le  pape  l'invita 
particuhèrement  par  la  lettre  qu'il  luy  écrivit  en  l'an  i3/»/i.  Le  pape 
y  envoya  mesme  deux  ans  après,  à  cet  effet,  les  évesques  de  Caiche  et 
deCorone,  de  l'ordre  des  frères  mineurs.  Mais  il  mourut  incontinent 
après.  Car,  en  l'an  13/17,  Constans,  que  je  crois  avoir  esté  son  fils, 
tenoit  le  royaume  d'Arménie.  [Ce  Constans,  qui  régnait  en  1067,  était 
Constantin  IV.]  Il  eut  encore  une  fille,  qu'il  accorda  à  Manuel  Canta- 
cuzène,  fils  de  Jean  Cantacuzène  ^,  grand  domestique  et  depuis  empe- 
reur, durant  ([u'il  estoit  à  la  cour  de  l'empereur  Andronique. 

CoNSTAss  [ou  Constantin  IV],  estant  parvenu  au  royaume  d'Arménie, 
envoya,  en  l'an  i3/i7^,  Constans,  chevalier,  son  ambassadeur,  au  pape 
Clément  VI,  à  Pliilippes  de  Valois,  roy  de  France,  et  à  Edouard  III, 
roy  d'Angleterre,  pour  leur  demander  du  secours  contre  les  infidèles. 
Nous  ne  lisons  rien  des  actions  de  ce  prince,  mais  seulement  qu'il  eut 
pour  successeur  Constantin,  sans  ([ue  nous  sçachions  s'il  estoit  son  fils 
ou  son  frère. 


'  Wadding.  ann.  idlili.  u"  i.  2;  ann.  -  Du  Cange.  Finiiil.  Byzant.  p.  i&o. 

i3i(j,  n"  1.  2.3.  ^  Wailding.  ann.  1367,  n"  3 


l/i8  LES  FAMILLES  D'OUTHE-MEH. 

Constautiu  esloit  roy  d" Arménie  eu  Tan  iB/ig  ',  en  la(|uelle  année 
Jean  Scherlat  fut  éleu  archevesque  de  Pise,  l'histoire  remarquant  que 
n'ayant  que  le  titre  de  diacre  et  déleu  de  Gorone,  il  fut  envoie  avec 
Antoine,  évescjue  de  Caiche,  en  (jualité  d'and)assadeur,  vers  ce  roy. 
En  l'an  i35i  -,  le  pape  Clément  VI  l'invita,  par  une  lettre  (|u'il  luy 
écrivit,  de  joindre  ses  soins  à  extirper  les  erreurs  des  Arméniens,  et, 
pour  l'y  porter  davantage,  il  luy  promit  du  secours  contre  ses  en- 
nemis, et  lui  fil  teiiii"  à  cet  eiîet  r),ooo  (lorins. 

Ce  fui  de  son  temps  que  les  Arméniens,  se  voyant  pressez  par  les 
infidèles,  eurent  recours  à  Pierre,  roy  de  Cypre,  lequel  leur  envoya 
Robert  de  Tolose,  chevalier  anglois  ;  puis,  avec  une  armée  navale  de 
cinquante  galères,  assisté  encore  des  chevaliers  de  Rhodes  et  des  Ca- 
talans, vint  mettre  le  siège  devant  Satalie  et  l'enleva;  et  enfin  obligea 
les  petits  seigneurs  de  la  Cilicie  de  luy  payer  tribut;  ce  que  le  cavalier 
Loredan^  ra])porte  à  l'an  i36ç>  [et  au  règne  de  Lionnet  en  Arménie]. 
Quelque  temps  après,  les  Tui'cs  de  Caramanie  estant  venus  assiéger 
Curcho,  le  mesme  roy  de  Cypre  y  envoya  le  prince  son  frère,  le  sei- 
gneur de  Tyr,  le  séneschal  de  Cypre,  et  Philippes,  duc  de  Brunswic, 
avec  dix  galères  et  quati-e  vaisseaux  de  guerre,  qui  obligèrent  les  Turcs 
de  se  retirer  avec  perte.  Ce  ([ue  le  mesme  auteur  rapporte  àl'an  i  366*. 

11  avoit  espousé  Marie,  laquelle  estoil  veuve  de  luy  en  l'an  iSya^. 
Les  épistres''  du  pape  Grégoire  XI  [d'après  les  dates,  il  paraît  qu'il  s'agit 
plutôt,  dans  les  lettres  de  Grégoire  XI,  de  Marie,  femme  de  Léon  VI; 
on  la  croyait  veuve  depuis  la  dispai'ition  de  son  niai'i]  la  qualifient 
nièce  de  Philippes,  empereur  de  Constantinople  ^  et  de  Jeanne,  reyne 
de  Sicile,  ce  qui  pourroit  faire  présumer  qu'elle  estoit  fille  de  la  reyne 

'  Ughelii,  Arcli.  pisau.  n"  ô8.  «ju'il  tiuit  sons-en tendre  dans  tout  ce  (jui  va 

"  Wadding.  ann.  i35i,n°  -i.  suivre. 

'  Loredano,  1.  VII,  |).  353,  353;  trad.  "  Wadding.  ann.  iSya,  ii°'  aS.  a(),  37. 

fi-anç.  t.  I,  p.  ^87-489.  '  Fils  de  Catherine  de  Valois  et  de  Phi- 

*  Loredano,  1.  Vil,  p.  07^,  370;  trad.  lippe,  prince  de Tarcnle,  empereur  titulaire 

franc,  t.  I,  p.  'iii-ii3.  de  Conslantinopic.  (Du  Gange,  Histoire  de 

'  L'auteur    confond    ici    Constantin    I\  Comlaiiliimitlc  soux  les  empereurs  français , 

avec  Léon  VI;  c'est  ce  derniei'  snnvci'nin  p.  3oS.'i 


LES  ROIS  D'ARMÉNIE.  l/,y 

Irène,  sœur  de  l'empereur  Phiiippes,  qui  fut  mariée  deux  fois,  comme 
j"ay  remarqué  ^  et  peut-estre  de  son  second  mariage,  ou  bien  du  roy 
Léon  JV.  Quoi  qu'il  en  soit,  cette  princesse,  estant  veuve  et  se  voyant 
attaquée  de  tous  costez  par  les  Turcs,  eut  recours  au  pape  pour  luv 
demandt'i-  du  secours,  et  pour  emploier  son  entremise  envers  les 
princes  cil restiens.  Elle  lui  envoia,  à  cet  efiet,  Jean,  de  l'ordre  des 
frères  mineurs,  archevesque  de  Sitie  [Sis,  capitale  de  l'Arménie],  son 
ambassadeur.  Le  pape,  ayant  appris  par  sa  bouche  le  péril  où  estoit  le 
royaume  d'Arménie,  esci-ivit  aussytosl  à  l'empereur  Phiiippes,  à  la  reyne 
de  Naples,  au  prince  dAntioche,  gouverneur  de  Cy])re,  aux  ducs  de 
Venise  et  de  Gènes,  et  au  grand  maistre  de  l'Hospital,  et  les  conjura 
de  se  joindre  ensemble  pour  se  bander  contre  l-'ennemy  commun  de  la 
chrestienté;  et  sur  les  propositions  que  l'archevesque  luy  fil  qu'il  seroit 
à  pi-opos  que  la  reyne  s'alliast  à  quelque  prince  puissant  de  l'Occident, 
il  jeta  la  veue  sur  Otlion  de  Brunswich,  cousin  de  Jean,  marquis  de 
Montferrat,  dont  il  avoit  conduit  les  armées,  et  qui,  d'ailleurs,  estoit 
allié  au  roy  de  Cy])re,  lequel,  quoyqu'il  portast  le  titre  de  duc,  ne 
jouissoit  pas  toutefois  de  ce  duché,  qui  a|)parlenoii  à  son  aisné,  et 
n'avoit  aucuns  biens,  estant  au  reste  en  réputation  de  valeur  et  de 
conduite  "^  Mais  ces  propositions  n'eurent  point  d'eiTet,  et  Othon  espousa 
depuis  Jeanne,  reyne  de  Naples. 

L'histoire  est  fort  incertaine  en  cet  endroit,  car,  (pioyqu'il  soit  indu- 
bitable qu'il  y  eut  un  autre  roy  d'Arménie  entre  Constantin  et  Léon, 
qui  mourut  à  Paris,  son  nom  ne  paroist  pas  avec  certitude  dans  les 
auteurs.  Ce  dernier  roy  estant  ipialifié  quint,  roy  latin  dans  son  épi- 
taphe,  il  faut  qu'il  y  ait  eu  quatre  roys  qui  n'(!stoient  pas  originaires 
d'Arménie,  mais  issus  de  familles  latines,  ([ui  l'aient  précédé,  dont  le 
premier  fut  Guy  de  Lusignan,  le  second,  Constans,  le  troisième,  Cons- 
tantin, et  le  quatrième  fut  le  prédécesseur  de  Léon  V;  car  tous  les 
autres  furent  de  race  arménienne. 


Du  Gange,  Uisl.  de  Constaulinoplc  sous  -   Vka  Grcgorii  XI  .pupœ,  p. 

/«.«  empereurs franc'ix ,  p.  9.5ç)..3o8. 


150  LES  FAMILLES  1) OUTRE-MER. 

N. . .  roy  (f  Arménie  après  Constantin,  est  nommé  LÉoiv  ou  Livon 
parEstienne  de  Lirsijjnan'  et  Loredan^,  ([ui  le  confond  imprudemment 
avec  Léon,  (|ui  moui'ut  à  Paris.  L'un  cl  l'autre  semblent  convenir  que 
Léon,  prédécesseur  du  dernier,  ayant  perdu  tous  ses  Estats ,  qui  luy 
avoient  esté  enlevez  par  les  Turcs,  tomba  en  la  puissance  de  ces  infi- 
dèles ,  qui  le  firent  mourir  avec  sa  femme  et  son  frère.  Loredan  ajoute 
que  ces  barbares  le  firent  empoisonner,  n'ayant  pu  le  persuader  d'em- 
brasser leur  religion.  D'autres  disent  qu'ils  le  firent  mourir,  sur  l'avis 
qu  ils  eurent  qu'il  avoit  traité  avec  quelques  marchands  sarrazins  pour 
se  sauver  de  leurs  mains ^. 

Quoy  qu'il  en  soit,  il  y  a  peu  de  certitude  quant  au  nom  de  Léon, 
qu'ils  donnent  à  ce  prince.  Je  me  persuaderois  plustost  ([u'il  se  nommoit 
Dbago  ,  duquel  nom  quelques  monnoyes  d'argent  de  la  grandeur  d'un 
teston,  et  un  peu  ])lus  pesantes,  nous  représentent  un  roy  d'Arménie 
chrestien  ([ui  ne  peut  estre  que  le  prédécesseur  de  Léon  V  [VI].  11  y  en 
a  deux  dans  le  cabinet  du  loy,  dont  la  première  a  d'un  costé  une  sainte 
à  demy-corps ,  les  bras  étendus ,  le  chef  diadème  à  la  façon  des  saints , 
et  pour  inscription,  en  lettres  gothiques,  DRAGO  REX  ARMEN.  Le  rond 
de  l'autre  costé  est  party  ;  au  premier  est  un  dauphin  en  pal  ;  au  second 
est  une  femme  de  profil,  à  demy-corps,  échevellée,  regardant  le  dau- 
phin ;  et  pour  devise  ces  mots  :  MONE[T]A  MACRl  CHIO*.  L'autre 
monnoye  a ,  d'un  costé ,  une  teste  d'homme  sans  barbe ,  en  forme  de 
buze ,  avec  un  manteau ,  et  une  main  qui  tient  un  globe  ;  et  pour  lé- 
gende :  DRAG.  REX  ARM.  AGaPI.  Le  revers  est  semblable  à  l'autre, 

'  Et.  deLusignan,  Généal.  des  rois  d'Ar-  tes  empereurs  franc,  p.  2  89,  d'après  Giov. 

ménic ,  fol.  33  et  v°;  —  Hisl.  de  Chypre,  Villaiii ,  Islor.  1.  IX,  c.  cxLviii.  Mais  Villani 

loi.  i53  et  v°.  a  coiiibiidii  ces  deux  princes,  en  supposant 

^  Loredano.  1.  IX,  p.  5i(),  520;  trad.  qu'ils  ont  existé,  avec  Léon  V,  et  son  oncle 

franc,  t.  II,  p.  1 13 ,  1 14.  et  tuteur  Odiin,  (jui  épousa  sa  mère.  (Voir 

Lusignau  place  ici  deux  rois  du  nom  plus  haut,  p.  lii.) 
lie  LivoN,  le  neveu  et  l'oncle.  Ce  dernier,  *  Cette  médaille,   qui  existe  au  cabinet 
eu  succédant  à   son  neveu,  aurait  épousé  de  la   Bibliollièque  impériale,  n'a  absolu- 
Irène,   sa  veuve.  Du  Cange  lui-même  en  ment  aucun  rapport  avec  les  pièces  armé- 
parle  dans  son  Hist.  de  Constuntiuople  sous  niennes. 


LES  ROIS  D'ARMENIE.  ir.l 

tant  par  les  fi<i[ures  (jue  pour  rinscriplioii,  saul  que  la  teste  du  dauphin 
ressendjle  à  la  teste  d'une  l'eninie.  Ce  nom  deDrajjo  estoit  tort  coniumn 
en  ce  siècle-là,  et  particulièi-ement  parmi  les  Dalmates'. 

[A  la  ])lace  de  ce  prétendu  roi  Draco,  des  autorités  plus  certaines  pré- 
sentent PiERBE  1",  roi  de  Chypre.  Ce  prince ,  appelé  au  trône  d'Arménie  ])ar 
les  barons  du  royaume^,  fatigués  de  l'anarchie  (jui  .suivit  la  mort  de  (Constan- 
tin IV,  prit  possession,  au  moins  par  le  titre,  en  septembre  i368,  connue 
nous  l'ajjprend  Guillaume  de  Machaut;  et  le  ti'moijjnarje  de  cet  écrivam  est 
confirmé  par  une  médaille  de  «Pierre,  roi  de  tous  les  Arméniens.  75 J 

Léo!N  de  Lusignan  y  [comme  roi,  Vl"]  du  nom  [,  était,  selon  des  rap- 
poi'ts dignes  de  foi^,  fils  d'un  roi  et  d'une  impératrice  grecque.  Il]  estoit 
roy  d'Arménie  lorstpie  les  Tartares  ou  les  Turcs  se  rendirent  maistres 
de  ce  royaume  *,  en  ayant  enlevé  toutes  les  places ,  à  la  réserve  de  celle 
de  Gurcho ,  que  les  Génois,  qui  la  gardoient,  deftendireiit  longtemps 
contre  ces  infidèles.  Dorronville^  semble  dire  que  son  royaume  luy  lui 
enlevé  par  le  sultan  d'Egypte. 

[11  serait  inutile  de  répéter  ici  ce  (jue  Saint-Martin''  a  dit  sommairement  des 
('véneinents  de  son  règne,  et  de  son  impuissante  résistance  aux  attaques  ui- 
cessantes  des  sultans  d'Egypte.  Nous  rappellerons  seulement  que  sa  capitale, 
Sis,  l'ut  prise  et  brûlée  en  1871;  ijue  lui-même  se  réfugia  dans  des  monlaguies 
inaccessibles,  et  qu'en  1  873  ,  au  moment  où,  sur  le  bruit  de  sa  mort,  sa  femme. 
Marie,  allait  épouser  Othon,  duc  de  Brunswick'',  il  reparut  tout  à  couj).  Mais 
les  ravages  continuèrent  :  ses  villes,  ses  châteaux  furent  tous  pris  et  brûlés;  et 
lui-même,  renfermé  dans  la  forteresse  de  Caban  avec  sa  femme,  sa  fille  fl 
Sclialian,  prince  de  Gorigos,  son  gendre,  après  avoir  soutenu  un  siège  de 
tiful  mois,  se  rendit  prisonnier  en  1875.  Léon  fut  conduit,  avec  sa  f'annlle. 
à  Jérusalem,  |niis  au  Caire,  où  il  resta  captif  six  ans.  En  1  38o  (8  septendjre), 
Pierre  IV.  roi  d'Aragon^,  écrivit  en  sa  l'aveui'  au  sultan  d'Egypte,  et,  en  même 

'   Jo.  Lucius,  De  rcgiio  Dalmat.  passiiii.  "  Saint-Martin,  Mém.  sur  l'Avmémc,  t.  f . 

■  De  Mas-Latrio, /oc.c/f.  t.lf,  p.  3oç)-3i  I.  ji.  Aoi-'io."!.  —  Biographie  univers,  t.  XXiV. 

'  CJiroii.  (le  CImrles  VI,  t.  f,  p.  3ao,  3ai.  p.  ii6,  liy. 

'  Froissart,  vol.  tll,  c.  \xi .  xxn.  '  De  Mas-I^alrie,  Hist.  de  Unjjire,  t.  ili. 

'  DoiTonville,  Vie  de  Louys  IJI,  duc  de  \>.  769  et  note  1  ;  p.  760;  copies  fxirailes 

Hnurhoii ,  c.  i.\xxv.  des  arcfiives  de  IJnrceioiie. 


J52  l,ES  FAMILLES  DOlITRE-MEil. 

Ii'iii|)s,  à  l'aiiiirnl  du  siillau  ,  pour  l'intéresser  à  la  délivrance  du  roi.  En  i  .'58  i , 
Léon  ol)tiiil  .sa  iiher(('  par  la  uiédialum  de  Jean  I",  roi  de  (jastille.  Mais  il 
avait  perdu  son  royaume  sans  retour.] 

Tant  y  a  qu'en  estant  chassé'  il  vint  premièrement  en  Cypre,  puis 
passa  en  Italie  [ensuite  en  Espagne,  où  il  confirma  aux  habitants  de 
Madrid-  (i  389  ,  19  octobi'e) ,  dont  le  roy  Jean  l"  lui  avait  concédé  la 
souveraineté  (1889,  2  octobre),  leurs  privilèges,  droits  et  coutumes] 
el  de  là  en  France,  en  la  cour  du  roy  Charles  V,  duquel  il  fut  fort  bien 
reçu.  Le  temps  de  son  arrivée  est  rapporté  par  plusieurs  à  l'an  i385; 
mais  l'Histoire  de  Charles  VI  semble  dire  que  ce  fut  deux  ans  aupara- 
vant [ou  seulement  en  i384^]. 

Durant  son  séjour  en  France ,  il  fit  ses  etïorts  pour  obtenir  du  secours 
etpour  engager  les  princes  chrestiens  à  son  restablissement  ;  et  d'autant 
que  la  guerre  estoit  entre  les  Fi-ançois  et  les  Anglois,  qui  pouvoit 
causer  quelque  refroidissement  de  leur  part*,  il  travailla  à  moyenner 
une  paix  entre  les  deux  princes ,  et  vint,  à  cet  efl'et,  en  Angleterre,  l'an 
1  386  ,  tiouver  le  roy  Richard  II,  qui  tcnoit  sa  cour  à  Eltham  ;  mais  ce 
lut  sans  effet.  Le  roy  ne  laissa  pas  de  luy  faire  grand  accueil;  et,  outre 
plusieurs  présens  qu'il  luy  fit,  il  le  {(ratifia  d'une  pension  de  mille  livres 
par  an,  ce  (pi'il  fil  à  l'exemple  du  roy  de  France,  qui  luy  en  accorda 
une  de  six  mille,  (|ui  estoit  à  raison  de  cinq  cens  francs  par  mois  :  ce  qui 
est  tesmoigné  par  Froissart^  et  quelques  comptes  de  l'an  i385.  Il  luy 
accorda  encore,  pouj"  sa  demeure,  l'hostei  de  Saint-Ouyn,  près  de 
Saint-Denys.  Il  eut  aussy  plusieurs  pensions  des  autres  princes  chres- 
tiens; en  sorte  que  Thomas  de  Walsingham  dit  ([u'il  posséda  plus  de 
biens  que  lorsqu'il  estoit  roy,  et  qu'il  fut  plus  heureux  en  sa  fuite  et 
en  son  exil  qu'il  ne  fut  en  son  royaume.  Enfin,  après  avoir  demeuré  en 
cette  coui'  l'espace  de  dix  ans,  il  finit  ses  jours  à  Paris,  l'an  1393^',  et 

'  Et.  de  Lusignan,  p.  i5a  li.  '  Walsingh.  an.  i38G.  p.  Sai-S-i.S. 

■  OonzaièsDavila,  Teatro  delas grandezns  '  Froissart,  vol.  lil,  c.  xxiii. 

di  Madrid,  p.  i59-i56.  "  Hisl.  7iis.  Caroli  VI,  an.   iSgS.  t.  Il, 

'  Chronique  du  religieux  de  Saint^Denis .  i.  .\IV,  c.  xiv,  p.  112.  —  Dubreuil.  Antiq. 

t.  I,  i.  IV,  c.  V,  p.  320-827.  '^'^  Paris,  p.  gi3. 


LES  ROIS  D'ARMÉNIE.  15:5 

fut  inhumé  en  l'église  des  Céiestins,  à  costé  du  grand  autel,  où  il  est  re- 
présenté en  marbre  blanc,  vestu  d'un  manteau  royal,  la  couronne  non 
fermée  en  teste ,  le  sceptre  en  la  main,  couché  tout  de  son  long  sui'  un 
tombeau  de  marbre  noir,  enchâssé  dans  le  mur  sous  une  arcade,  avec 
ces  deux  inscriptions;  la  première,  qui  est  en  peinture,  a  ces  mots  : 

et  gts!  Igoti'rot)  ïiartncnxe'pncr  titcn  ponr  hv- 

Et  plus  bas ,  en  lettres  gravées  : 

n  gtsi  trcs  noble  excellent  prince  Igon  ïc  hïxnguen 

qnint  rog  lafm  ïin  ronanme  ïiarmcme 

qni  renïii  lame  a  îiien  a  pans 

le  XXIX  jonr  îe  noncmbre  lan  ïe  grâce  mil  trois  cens  qnatre  mngts  treiïe- 

Ses  armes  y  sont  représentées  d'Arménie,  parues  de  Hiérumlem ,  ri 
tiercées  de  Lusignan.  L'Arménie  est  d'or,  au  lyon  couronné  de  gueules, 
brisé  sur  Vespaule  d'une  croiselte  d'or. 

[Ce  tombeau,  (juc  l'on  a  vu  pendant  vingt  ans  au  musée  des  Monuments 
français ,  est  maintenant  dans  l'église  de  Saint-Denis.  Il  a  été  représenté  dans 
la  Statistique  monumentale  de  Paris,  par  M.  Alliert  Lenoir'.] 

L'Histoire  de  Charles  VP  remarque  qu'il  mourut  fort  chrestienne- 

'  Statistique  monument,  de  Paris,  -nf  li-  inscription  peinte  n'existe   plus.    Elle    est 

vraison,  Céiestins,  \k'  planche.  —  Hurtaut.  remplacée  par  une  table  de  marbre,  gravée 

Dictionnaire  de   Paris,    t.  II,   p.    io3.  —  -   au  xvni'  siècle,  où  on  lit,  en  capitales  ro- 

Dans  la  planche  de  M.  Lenoir.  la  première  maines  : 

LEO  •  LVSIGNANE^   ARMENORV  -REX-NOVIS 
SIM-?  •  AB  •  OTOM ANNIS  ■  SOLIO  •  DETVRBATVS 
ET  ■  A  •  C  AROLO  ■  VI  ■  FRANC  •  REGE .  BENI 
GNISSIMEEXCEPT''  -IPSI-'  •SVPTIB''  -HOC 
IN-LOCO-REGALITER-SEPVLT^FVIT  AND1393- 

'  Hisl.  ms.  Caroli  VI ,  ann.  \?>q^  .  etc.  —  Les  Gr.  Cliron.  de  France. 


If)/!  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

nient,  el  que,  par  son  lestamenl,  il  dislrihua  tous  les  grands  biens 
(|u  il  avoit  amassez  des  lihéralitez  des  princes;  sçavoir,  une  partie  aux 
pauvres  et  aux. religieux  mendians;  la  seconde  à  Guy,  archidiacre  de 
Hrie ,  son  lils  naturel  ;  la  troisième  à  ses  domestiques ,  et  la  quatrième 
aux  intendans  de  sa  maison.  Elle  ajoute  que  son  corps  fut  porlé  aux 
(ïélestins,  revestu  d'ornemens  royaux  blancs,  sur  un  lit  de  parade  blanc, 
ayant  près  de  sa  teste  la  couronne  d'or.  Ses  domestiques  assistèrent  à 
ses  obsèques,  en  habits  pareillement  blancs,  suivant  la  coutume  d'Ar- 
ménie, ceux  qui  portèrent  les  torches  et  les  flambeaux  estant  revestus 
d'habits  de  mesnie  couleur. 

[L'historien  Tchamitch  '  dit  ([ue  Léon  VI  laissa  au  couvent  des  Céiestins 
•i.ooo  sick's  (s»f)  pour  dire  des  messes.] 

Ce  roy  estant  décédé  sans  entans  [mâles],  Jacques,  roy  de  Cypre , 
se  pi'éleudant  son  héritier  au  tiers  degré,  se  fit  couronner  roy  d'Armé- 
nie; ce  qui  donna  sujet  à  plusieurs  de  s'étonner  qu'il  prist  le  titre  de 
roy  de  trois  royaumes,  luy  qui  à  peine  en  possédoit  un. 

Calcondyle-,  Phranzes^  et  les  Annales  des  Turcs*,  écrivent  que  Ba- 
jazeth,  sultan  des  Turcs,  se  rendit  maistre  de  l'Arménie,  au  comnience- 
ment  de  son  règne ,  avant  la  bataille  de  Nicopoli,  qui  se  donna  l'an  1896. 
Mais  il  semble  cpie  cette  Arménie  est  autre  (jue  celle  où  les  Lusignans 
commandoient ,  (pii  esloit  proprement  la  (lilicie,  Calcondyle  taisant 
assez  connoistre  que  cette  province,  qui  lut  conquise  par  les  Turcs, 
estoit  voisine  de  l'Euplirate,  et  que  la  capitale  fut  Ertzique,  et  la  prin- 
cipale forteresse  Lamaque. 

[  Chalcondvle  dit  seulement  que  Scander,  alors  roi  d'Arménie,  étendait  sa 
domination  jusqu'à  l'Euplu-ate;  ce  qui  n'emjiêclie  pas  que  l'Arménie  dont  il 
était  souverain  ne  soit,  en  grande  partie,  l'Arménie  des  Roupènes  et  des 
Lusignans.  ] 

Vchamed,  fils.de  Guerapec,  en  l'Histoire  de  Tamberlan^,  fait  men- 

'   llisf.  d'Arméme^  t.  III.  ''  Annnl.  turc. 

'  Lnoiiic  Cliaicoiifl.  1.  II,  p.  4i.  ia.  '  Hist.  de  Tumhcrl.  1.  VI,  n°  5. 

'   Plirnnzf's.  1.  I.  e.  \\i\. 


LES  ROIS  D'ARMÉNIK.  I55 

tion  de  ces  deux  places,  nommant  la  première  Avzangène ,  et  la  se- 
conde, fpii  en  est  à  une  demi-journée,  Camaque  ou  CamacJie  ;  la- 
quelle ,  suivant  cet  auteur,  est  située  sur  l'EupIirate.  Du  temps  de  Ba- 
jazeth,  ScENDER  [ou  Iskander,  appelé  le  Grand  Karaman]  estoit  ro\ 
de  cette  Arménie,  et  estoit  le  plus  puissant  prince  des  Barbares  (ce 
sont  les  termes  de  Laonic) ,  c'est-à-dire  Turcs,  qui  régnoient  en  l'Asie, 
et  avoit  rendu  des  preuves  de  sa  valeur  conti-e  ses  voisins. 

Sa  fennne  le  fit  tuer  et  prit  le  gouvernement  avec  son  fils .  et  ce  fut 
sur  eux  que  Bajazelli  s'empara  de  cette  Arménie.  Il  la  restitua  inconti- 
nent après  à  ce  prince,  que  les  annales  des  Turcs'  nomment  Tech«i.\ 
Beg  ,  et  Achamed  Taharkan  ,  ayant  retenu  ses  enfans  pour  otages.  Tam- 
berlan  [Ling-Timour]  enleva  celte  province  aux  uns  et  aux  autres,  el 
particulièrement  les  deux  places  que  j'av  nommées. 

[Les  provinces  qui  formaient  le  royaume  de  la  Grande  et  de  lu  Petite  Ar- 
ménie retombèrent  bientôt  au  pouvoir  des  Turcs,  et  constituent  aujourd'iuii 
les  pachaliks  d'Adana  et  de  Marascli.] 

Annal,  liirc.  un.  logG.  —  Le  miel .  n'Ou.  —  Acliameil.  1.  V[,  c.  xii:  I.  Vil.  c.  i. 


Les  Tableaux  généalogiques  des  rois  de  la  Petite  Arménie,  ({ue  nous  ddu- 
nons  ci-après ,  sont  extraits  du  mémoire  intitulé  :  Étude  sur  l'orgamsatwn  poli- 
tique, religmise  et  adminislratwe  de  la  Petite  Arménie  à  l'époque  des  Croisades,  jiar 
M.  Edouard  Dulaurier,  membre  de  l'Institut  de  France.  Nous  sommes  encore 
redevables  à  son  obligeance  de  plusieurs  des  notes  qui  sont  jointes  à  cette 
partie  de  notre  travail. 


1 50 


LES  FAMILLES  D  OUTRE-MER. 


LEGENDE  EXPLICATIVE. 


'  SempntI ,  Chronique,  ad  anti.  56i  et  Big. 

■■  Guillaume  df  Tyr,  X,  i;  Albert  tl'Aix  . 
Hist.  llieros.  III,  m. 

'  St-mpad  ,  ad  ann.  5ig  et  578. 

*  JUst.  flicros.  XI ,  XL. 

^  Vahram,  Chronique  rimêe. 

5  Aboulfaradj ,  Chron.  «>/r.  p.  3i5  ;  Matthieu 
«rÉdesso  et  (Jr«'(joiri-'  U'  Prêtre,  ad  ann.  585 
.(  586. 

"  Si^mpad  ,  ad  ann.  678  ,  585  et  588. 

**  Guillaume  do  Tyr,  XIV,  ni. 

^  /(/.  X.  i;  Orderic  Vital,  1.  V,  p.  676; 
I.  VIII.  p.  GSo- 

'"  Guillaume  d-'  Tyr,  .M,  i. 

"  Inscription  de  la  chapelle  du  château  d'A- 
iiazarbe.  [Inscriptions  de  la  Cilicie,  recueillies 
par  Victor  Lanpiois,  p.  10-1 5.) 

'-  \'ahrain  ,  CVirow.  rimcV,  et  Samuel  d'Ani, 
Chron.  ad  ann.  57/i  ;  Tchamitch  ,  t.  III,  p.  iSg. 

■>  Aboulfaradj,  p.  365. 

'^   Sempad  ,  ad  ann.  617. 

'*  Id.  ad  nnn.  6i3. 


'■^  Sëmpad  ,  ad  aiin.  585  ;  Tchamitch  ,  l.  UI, 
p.  5.. 

"  Héthoum .  Table  chronolog.  ad  onn.  685. 

'^  Guill.de Tyr,  XX,xs¥;  Cionam.VI,  xi-\ii. 

'^  Michel  le  Syrien,  Chronique. 

'^°  Sëmpad,  ad  ann.  6ai. 

21  Guillaume  de  Tyr,  XX  ,  xxviii.      , 

'■'^  Aboulfaradj,  p.  393  ;  Matthieu  d'fcldfsse, 
ad.  ann.  £65. 

-^  Sëmpad  .  ad  nnn.  6ii). 

^*  Id.  ad  ann.  600. 

35  Id.  ad  ann.  Gai. 

="  Id.  ad  ann.  636. 

^'  Id.  ad  ann.  63o,  638  et  GSg. 

-''  Du  Gange  .  Histoire  ms.  des  Prinnpautés  de 
HiérusaUm,  de  Cypre  et  d'Annénie,  fol.  i3  v°; 
Lignages  d'outre-mer,  p.  343,  et  Etienne  de 
Lusignan  ,  Histoire  de  Chypre,  c.  xsii. 

-^  Paoli ,  Codice  dîplomatico ,  t.  I ,  p.  517. — 
Dans  les  Lignages  d'outre~mer,  c.  1,  p.  i65, 
<^dil.  Beugnot,  elle  est  appelée  Douce,  niesse 
don  ruy  Livon  d'Ermmie.  —  De  Guignes,  t.  I , 


p.  i6o,  d'après  Tëdition  des  X-ig'nflg'es  donnée 
par  le  P.  Labbe,  l'appelle  Clolet,  leçon  vi- 
cieuse ,  mais  qui  se  rapproclie  davantage  de  la 
vëritable  forme  Doletn. 

^■^  Guillaume  de  Tyr.  XX  ,  xxvni. 

■^'  Vahram  ,  C/iro7i.  rtmi'f. 

^■^  Sëmpad ,  ad  ann.  6/i3  -,  Tchamitch ,  llis 
toire  d'Arsncnie,  t.  III,  p.  lii  ;  Continuai.  (U 
Guill.  de  Tyr,  p.  308  et  31a. 

^'  Charte  de  IU07. 

'*  Sëmpad  et  Tchamitch,  loc.  cit. 

^^  Valiram,  Chron.  rimée  :  Lignages  d'outrt- 
mer,  p.  iiS  et  462. 

^^  Bongars,  t.  I ,  p.  1 197. 

^'  Lignages  d'outrc-mer,  p.  hUZ  et  ii5  ;  lu- 
nocentii  lU  ,  Epistoîœ,  t.  II ,  p.  555 ,  édit.  Ba- 
luze;  Etienne  de  Lusignan  ,  c.  sxu ,  et  Du 
Gange,  Hisl.  des  Principautez,  etc.  fol.  21  r°. 
De  Mas-Latrie  ,  Hist.  de  Chypre,  l.  I ,  p.  167. 

^*  Vincent  de  Beauvais,  bpec.  hist.  XXXI, 
xiix  ;  Lignages  d'outre-mei\  c.  iv  :  Ci-dit  des  rois 
d'Ermenie. 


III.— THOROSl". 

baron  en  1  lOo  ; 

-|-  1 139^; 

Anievellus  "d'Albert 

d^Ais\ 


(kcHIN    ".  (^.OSSTAMTN  , 

mort 
t-nipoisonné 
en  1  j  16  '3. 


RoiipÈ.v , 
mort  en  captivité 

Conslantinople. 


I 
V.  — (fl)THOF,OS  I 

Pausébaste , 

-\-  décembre  1 167  ' 

ou  1168'*. 


Sdépu'a:(Ê  épouse  Rïtha . 

fiilede  Sëmpad . 

seigneur  de  Babar'ou  . 

-I-  116/1 '5. 


VI.  — ROLîPKMI. 

sous  la  tutelle 

de  Thomas , 

son  cousin , 

mort  tout  jeune . 

à  Hr'om-gia , 

en  1 170  ^'. 


1 

X.  liHe. 

mariée 

à  Héthoum  II , 

iils  d'Oschin  II. 

prince 
de  Lanipron  3*. 


1 — ; — 

Mil.  -(c)ROUPÉN  m, 

baron  en  1 175  -^j 

épouse  Isabeau , 

fille  de  Honfroy. 

seigneur  de  Thoron 

et  de  Krak,  en  1181  ; 

-|-ii87^«. 


IX. —  ((i)  LEON  II. 

baron  en  11S7,  épouse:  t"  Zabét 

(Isabeau)  d'Antioche  ,  en  1189; 

2°  Sibylle,  fille  (du  second  Ut)  d'Ami 

roi  fie  Chypre,  et  d'Isabeau  de  Planlaj 

reine  de  Jérusalem  ,  en  13 10".  '' 

—   Sibylle    était    née   après    1189, 

puisque  son  père  se  maria  h.  cette  époqi 


(e)  Alice  (  Aalis) , 

mariée  en  ii8q,  à  Héthoum,  fils  de  Tchordonanèl . 

prince  de  Saçoun  (Hayston  de  Sasoigne)  ^^. 

et  en  1  if)i,  à  Boémond  , 

Iils  cadet  de  Boémond   le  Bambe ,  prince  d'Antioche  . 

et  frère  de  Boémond  le  Borgne  ^'. 


I 

[g]  Ratmo.vd  Rcpin  (RocpêN) , 

pruice  d'Antioche,  épouse  Helvis  ou  Héloise, 

deuxième  fille  d'Amaury, 

roi  de  Jérusalem  et  de  Chypre  , 

«l'Eschive  d'ibelin,  sa  première  femme. 

Helvis  était  déjà  mariée  légitimement 

à  Eudes  de  Dampierre . 

à  qui  Raymond  Rupin  l'enleva  en  19 10'". 


RiTHA. 


(/)  Plilippa 

épouse,  en  nSg,  Schahenschah 

fils  de  Tchordonanèl  '^S 

puis  Théodore  Lascaris, 

empereur  à  Piicée'^. 


(A)    CONSTAM, 

mort  en  bas  ilge. 


X.  fille, 
épouse  André,   fils  iPAndré  II. 
Hongrie  ". 


I       ,  1 

(1)   EscBivE.      ( j  )  Marie  ,  dame  de  Thoron  . 
épouse  Philippe  de  Montfort . 
seigneur  de  Tyr^\ 


LES  ROIS  D'ARMENIE. 


157 

i\"  TABLEAU.  1 


SOUVERAINS    DE    LA    PETITE    ABMENIE. 

PHEMIKHE  BRANCHE:   HOUPÉNIENS. 

BARONS. 


1.  —ROtJPÉN  1",  i\H  leGraud, 
parent  du  dernier  roi  bagratide ,  Kakig  II ,  vers  i  o8o . 


M.  —  CONSTANTIN  V. 

En  iOya  ,  ii  sVmpare  de  la  forteresse  de  Vahga  , 

et  établit  définitivement  la  domination  arménienne 

dans  la  Cilicie;  -}-  iioo  '. 


IV.  -LÉON  I" 

:  1°  la  tille  d'Uaac  ,  frère  de  l'empereur  Jean  Coninène'  ; 

la  sœur  de  Baudouin  ,  du  Bourg,  comte  d'Kdesse^; 

1 190  ,  fait  prisonnier  et  conduit  à  Constanlinople  ,    1 136  ; 


N.  Ulle, 

mariée  à  Josselin  de  Gourtenay, 

dit  le  Vieux  \ 


Tafrik.  ou  Tapiimiz  - 


Ahoa,  iiianee,  eu  iioo,  àBiiuduuin, 
fi'ère  de  Godefroy  de  Bouillon,  \euf  de  Godtwile  * 
répudiée  et  forcée  d'entrer  au  couvent  de  Sainte- 
Anne,  Ji  Jérusalem  '°. 


t 

,  fils  naturel . 
eus  crevés 
?s,  eu  uSg  '^. 


VII. -(6)MLEH, 

autrement  appelé  Mleb  Khodoiou  '^ 

(Milo,  Melier,  Meslier,  Mf\i':tî  '^), 

marié  à  une  tille  du  cathoUcos  Grégoire  IV  Degh  a  '". 

règne  sept  ans  ;  tué  en  1 1 7  5  ^^ . 

n  avait  d'abord  été  templier  et  avait  apostasie^'. 


N.  mie 


(Id.- 


N.  U 


Thomas  ^" ,  fi  s  de  la  tante 

maternelle  de  Thorns  II ,  suivant 

Aboulfaradj(C/tron.si/r.p.365); 

son  beau-père . 

d'après  Tchakedj'an  ; 

ambassadeur  d'Arménie 

à  Anlioche". 


N.  fille, 

épouse  le  prince  Vasil 

Degh'a^-'. 


ir,8 


LES  FAMILLES   DOUTRE-VIE 


LKfil'NDK  EXIM.ICATIVI 


'    Abultaimlj  .  Clnou.  syr.  p.  658. 

•  Coiitinunlrur  (Ipriuiliaume  (le  Tjr,  \\\(, 
IX  ,  p.  3ao  ;  et  Chartes  des  Roupouieiis,  Padi . 
[.  I,  p.  3o/i-3o5,  379-380. 

3  Conlitiual.  de  GÙiil.  de  Tyr,  \.\.\I1 .  xvi . 
p.  3/19;  SamUn  ,  p.  aoq;  Olivier  le  Sclioias- 
ti(iue,  apud  Ecrard  .  t.  II.  col.  i.'i3.'i:  de  Mas- 
I.alrie  ,  liist.  dr  Cht/pir .  t.  I .  p.  tH)'». 

"    Sempad  ,  ad  nnii.  G7  1 . 

^  /(/.  tid  anit.  nig  el  730. 

*  Id.  ad  ann.  b-jô. 

'  Trhamilch ,  t.  III ,  p.  370  et  382  ;  Con/é- 
ronce  du  docleur  Mekliitliar  de  Daschir  avec  le 
légat  du  pape  à  Saiiit-Jcan-^I'Acre,  manuscrit 
do  la  Bibliothèque  impériale  de  Paris,  n"  la  ; 
Lifrnagcs  d'mitrc-mcr.  p.  ii5. 

^  Sémpad ,  ad  ann.  719  et  720. 

■■  Continuateur  de  Sempad.  nd  ann.  703; 
Lignages  d'outrc-tner,  p.  /i/i5. 

'*•  Continuât,  de  Sempad.  ad  ann.  7i5; 
Ahulfaradj .  p.  ''i  f| 


"   V.'dir;i[ii,  Citron,  rimce. 

'2  Continuai,  de  Guill.  de  Tvr,  X.\.\iV,  11; 
cf.  Leliris,  ihid.  note  11  ;  Sanuto  ,  p.  aao. 

'*  Aboulfaradj ,  p.  570  ;  D'Ohsson  ,  Hist.  dex 
MongoU,  l.  in  ,  p.  U']i'>. 

^*  Lignages  d'outve-mer,  ch.  xviii.  Ci-dit  des 
Jtiers  de  Smette.- 

'^  ('oulinual.  de  Sempad,  ad  ann.  756: 
Kt.  de  Lusigiian,  c.  \%\i. 

'*  Continuai,  de  Sempad,  «d  hhh.  7-^18;  Li~ 
gnages  d'ontre-mer,  p.  iîi  ;  Et.  de  Lusignan  , 
c.  SX  et  XXII.  (Cet  historien  appelle  Chehis  la 
femn)e  de  Thoros.) 

''  Buchon  .  Becherclies  et  matéria7i.T,  l'^'part. 
tableau  géni^alogîque  des  rois  chrétiens  d'Ar- 
ménie. 

"*  Spondanus,  Annal,  ecdesiast.  t.  I,  199S, 
viii  ;  Conlin.  de  Samuel  d'Ani/fi^i  ann.  -jftG. 

'^  Conlin.  de  Sémpad  .  ad  ann.  -^kH. 

-°  Id.  ad  ann.  "j^^- 

■'    /(/.  ad  ann.  7^7. 


•^  Continuât,  de  Sémpad,  ad  ann.  769. 

^'  Ktal  nominatif  des  seigneurs  etfeudalair'; 
de  la  Petite  Arménie,  n°  :i. 

'^»  Tchamitch,  t.  III ,  p.  379. 

^^  Étal  nominatif,  etc.  n"  5. 

-^  Continuât,  de  Sémpad  ,  ad  ann.  758. 

"^'  Lignages  d^outte-mer.  p.  ttùà. 

2»  TLdiauûtch,  t.  II! ,  p.  270  et  379, 

-'  Nicéphore  Grégoras,  VI,  ix. 

^'^  Aboulfaradj .  p.  576  et  584-585. 

^'  Continuât,  de  Sémpad.  ad  anu.  7'iS: 
Et.de  Lusignan  ,  c.  xxii ,  fol.  soi  v°. 

3^  Conlin.  de  Sémpad,  ad  ann.  766. 

^3  État  nominatif,  etc.  n*  3. 

3»   Villani,  VIII,  35. 

^^  Continuai,  de  Sémpad.  ad  ann.  780. 

■  «  ïd.  ad  ann.  k-^o  ;  Villani .  XIl .  39. 

*'  Tchamitch.  t.  Ul,  p.  34i. 

2*  El  de  Lusignan  .  c.  xxii. 

^'  Burhon  .  liecherches  et  matériaux.  i"[>.it. 
p.  395 


\I1.-  (»)LEON  in- 

( 0}  Tboros  . 

RnLPB%  . 

né  (Il  1326^, 

tué  en  126G  . 

mort 

épouse  Guér'an  ,  ou  Kvra  Anna  . 

leaâ  août'" 

en  bas  âge 

fille  du  grand  baron  d'Arménie, 

Constantin  de  Lampron; 

é  en   1371  ',  veuf  le  99  août  ii85^; 

+    12890. 

XIII.  —  (ti)  HÉTHOUM  M, 

sacré  en  1289 . 

épouse  Marie . 

fille  de  Hugues   III 

de  Lusignan  .  roy  de  Chypre, 

lue  en  i3o7  "^ 


(p)  Sibylle 
épouse  Boémond  VI ,  prince  d'AntincIr 


|u)BokmondVII.     (  r)  Is.\BE.Ai.      (.r)  JMaiuf,.         I 


I 

XIV.  —  (i/)  THOROS  111, 

épouse;  1*  une  fille  de  Gazan  , 

Ivhan  des  Mongols; 

2"  Helvis , 

autre  lille  de  Hugues  III  ; 

d'abord  seigneur  de  Babar'on  ; 

roi  en  1296  ; 

tué  par  son  frère  Sempad 

en  139g  ^^. 


WIl.  — (s5)LÉ0MV 

épouse  .4gnès , 

fille  d'Amaury 

de  Lusignan . 

prince  de  Tyr. 

sa  cousine; 

roi  après  1299  ^'  ; 

lue  en  i8f»7  3"-. 


XVni.  — OSCHIIN, 

seigneur 
de  Oazan  ^'\ 


\V.— (A-A-)  SEMPAD, 

roi  en   1297, 

épouse  :  1*"  Isabeaii , 

fille  de  Guy, 

comle  do  JaQa  ^'  : 

2"  une  princesse 

tarlare'*- 


N.  fille 

devient  la  femme 

de  Gazan , 

khan  des  Tarlares**. 


^\VI.— (//)CONSTAiSTm  II 
seigneur  de  Gaban  en  1277. 
roi  en  1299  '". 


XVIII.  —  (mm)OSCl 

seigneur  de  Gaban  ,  épouse  : 

sœur  d'Amaury  de  Lusi 

prince  de  Tyr; 

2°en  i3i7,  Anne  (Jeannedan 

ad  ann.  i3i8  ,  S  17; 

fille  de  Philippe  de  SSt 

prince  de  Tareule,  morte  ei 

roi  en  i3o8-';  -|-  i3î 


XIX.-  LEON  V, 

né  en  i3io  ,  dWnne;  succède  k  son  père 

à  l'âge  de  dix  ou  douze  ans^^;  sacré  en  iSai; 

épouse  :  i"  la  fille  d'Oschm  ,  comte  de  Gor'igos  . 

baile  du  royaume,  qui  est  tuée  par  lui; 

a" Constance  .  fille  de  Frédéric  II ,  roi  de  Sicile, 

et  veuve  de  Henri  H  .  loi  de  Chypre,  en  i33i  ^'': 

mort  sans  enfants. 


LES  ROIS  D'ARMENIE. 

SOUVERAINS  DE   LA   PETITE   ARMÉNIE. 

PREMIÈRE   BRANCHE  :  ROUPÉNIENS. 

(SlllTIÎ.) 


I  :V,) 

\i'  TABLK/Vl] 


HiTHA  , 

m-e  d'Isabenu , 
jjrt^niière  feriimc  tle  Léon- 


ROIS. 

,     b 

!\.  _  (/;)  I.EON,  <Iit  i.'  (Irautl, 

sacré  le  G  janvier  ikjS;  -f  1219. 

AprL'ss;i  mort,  sire  Adam  de  Cîaslim  exerce  les  fondions 

tlebaiie  du  rovaurae  ou  régent  pendant  deux  ans, 

au  bout  desquels  il  est  tué  par  les  Ismaéliens, 

et  remplacé  par  le  grand  baron  Cunslantin  ' . 


ESTÉPUÉUIE 

épouse  Jean  de  Brienne,  roi  titulaire  de  Jérusalem, 

ivant  le  mois  de  maiiaii-;  +  laao  ^  ayant  eu  un  fils 

4-  îi  Vàg*}  de  h  ans ,  cette  même  année  *. 


(0  Isabkm: 
épouse  :  1"  X.  Pliilippe  (/  dis) . 

(Ils  de  lïoéniond  le  Borgne, 
prince  d'Anlioche  ,  en  isas* 


DEUXIÈME  BliANCHE  :  HÉTHOUMIENS. 

^-Xl.  —  {m)  HÉTHOLIM  l'\ 
fils  du  grand  baron  Constantin  ;  -f-  1268^. 


(q)  FÉMiE 

épouse  Julien , 

fils  de  Balian  I". 

sire  de  Saiette; 

Julien  -j-  1  959  ''^ 


l 

(r)lUTU,\ 

épouse  le  sire 

de  la  Roche. 


I 

(  .t)   IsiBEAK. 


(/)  Mahif. 
épouse  Guy  d'itielin  , 

fils  de  Baudouin  . 
sénéchal  de  Chypre. 


IV.  fille. 


fiancée  au  Sabih-Pervané  Moni-eddii 

Soieyman  , 

principal  ministre  de  Hokn-edihn  . 

snllan  d'Iconium  ; 
4-  avant  le  mariage,  en  ia(J7  '^, 


(2)   BAL1A^ 

épouse  Marie, 
du  sieur  de  Cibelet 


i 

(an)  Jehan. 


1 

(bb)   MAltGUEUlTli  , 

mariée  à  Cuy, 
seigneur  de  Gibelet. 


(ce)  Ttioros  (ild)  Isabe\u 

épouse  Sibylle,  épouse  Hélhoum        , 

d'Oissin  de  la  Hoche,      (llaytonus)  l'historien. 


ÉMIE  (^  IsiBEAL' 

um  {cc() .         épous^ 

iréchal  !\lancel  de 

Inie.  Bouillon  'V 


(/;;/)   Lko\.      U'h)  HiTn\ 


(Hn)NEnsÈs,     (vo)   Uoiipî.x  ,  dit  Alitini-k  . 

■j-  i?78"'''  seigneur  de  Tarse, 

puis  de  Lampron  , 

de  Mauléon  , 

■  h-  Cogclaquus  (Gongîag) 

>-l  de  Roisso^'  ; 

+  »3o9^^ 


T 


{pp)    IsIVBEAll  , 

ioîur  aiuée  de  Héthoum  l!  . 

épouse  le  ]irince  deTjr, 

Aaïaury  de  Lnsignan  . 

connétable  de  Chypre , 

haiio  du  royaume 

de  Jérusalem  ■'. 


I 
Tkschkho 
(  reine)  ; 

+  ..78-^^ 


(qq)  RlTIlA    ou    MiElB-'       (rr)  TuÉOPIIAm') 


épouse , 
le  fi  janvier  1296  , 

Michel  , 
fils  d'Andronic  le  Vieux. 

empereur 
de  Constantinople. 


fiancée 
il  Jean  l'Ange  . 

fils  de  Jean 

S'-Iiaslocralûr  ; 

+  ijyfi. 

.ivant  le  mariage 


N.  fille. 

née 

(I  uuecouculiuif. 

ntai'iéc  au  liN 

du 

S.ililb-P^Tvaiir 

Mo  in-etldiii 
Solevman  '". 


(un)  Hemii  ,     \X.  —  (  vr  )  JEAN  ,      BoEMoxn^' 


en  prison  , 

à  Sis , 

avec  sa  mèr'-. 


(lit 
Conslanlin  II  ' 


Wi. 


-(XX)  CU\. 


i  yy  jMakie 

(appelée 

A^nès 

par  Etienne 

de  Lnsignan  , 

C.    X\Iï). 


Aisne 
épouse  :  1"  Thomas  , 
comte  de  Céphalonie; 

2"  le  neveu 

de  ce  dernier,  Thomas  , 

despote  dWcarnanie 

etd'ÉtoHe". 


160 

|3«  TAISr.KAIi.l 


LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 


SOUVERAINS   DE   LA    PETITE   ARMENIE. 

TROISIÈME   BRANCHE  :   LUSIGNANS. 


XX.  -  JRAN  (Djc-van),  ilil  r.ONSTAMlN  111, 

roi  en  i3/i2  . 

tup  par  sps  troiipps  après  un  an  de  règne  '. 


XXI.  —GUY  (Kouidon), 

irabord  princ!  d'Achaie  ,  épouse  ia  cousine  de  Jean  Cantaciizéiie 

puis  la  fille  de  sire  Jean  ,  ZvpYixyurt .      » 

commandant  des  troupes  d'Occident  ^: 

roi  en  i343  ;  tué  par  les  grands  ,  après  deuï  années  de  règn»- 

N.  fille, 
fiancée  à  Manuel ,  fils  de  l'empereur  Jean  Cantacuxène  ^. 


XXll.  — CONSTANTIN  IV, 

fils  du  maréchal  Baudouin  , 

épouse  une  fille  de  l'empereur  d'Orient  ; 

roi  en  i3i5  ;  -f-  i362  *. 


liÉOS. 


OsfiHIS  ^ 


INTERREGNE. 

PMiSIKURS  r.OMPÉTITECRS,  PARMI  LESQUELS  PIERRE  I".  RO!  DE  (IHYPRE  ^1-268^ 


XXIIl.  — LEON  VI. 

roi  en  i365;  Cis  de  Constantin  IV  (de  Léon  ,  suivant  Et.  de  Lusignan  ),  et  Arménien  par  sa  mère  ' 

épouse  Marie ,  appelée  par  les  Arméniens  la  reine  Marouu  ,  nièce  de  Philippe  de  ïarente  , 

empereur  titulaire  de  Constantinople ,  et  parent  de  Louis,  roi  de  Hongrie; 

fair  captif  par  les  Égyptiens,  eu  1875;  -(-à  Paris,  le  1"  dimanche  de  PAvent  (39  novembre)  iSgS.- 

Marie;  -j-  à  Jérusalem,  iio5. 


P!N^A 

épouse  Schahan  . 
ronite  de  Gor  iços. 


PlUSIEI  BS   ENFANTS  LEGITIMES  * 


Philippe  , 

fils  naturel ,  archidiacre  de  Brîe 

en  i'éghse  de  Paris  ^. 


Guy  ou  Gvïot- 

fils  naturel . 

capitaine  de  la  tour  d'Amldeux  ' 


LEGENDE  EXPLICATIVE. 


'  Tchamitch,  I.  III.  p.  36i. 

'  fd.  ibid.  p.  2i5;  Nicéphore  Grégoras.  XII ,  xv. 

*  Cantacuzène,  III ,  xx\i. 

■'  Juvénal  des  Ursïns,  Charles  VI,  IV,  v. 

^  Mémorial  d'un  évangile  manuscrit  du  couvent  de  Sis.  (Victor 
Langlois,  Voyage  à  Sis  ,  Jount.  asiat.  février-mars  i855  ,  p.  287.) 

''  Guillaume  de  Mâchant,  apud  M.  Dp  Mas-Latrie.  Hist.  de 
t'hiijni'.  t.  II,  Dnctiments.  p,  3ii-.'îi3. 


"'  Tchamitch  ,  t.  III ,  p.  355  ,  Et.  de  Lusiguan  .  ■ 

^  Juvénal  des  Ursins,  loc.  laud. 

^  Testament  de  Léon  VI.  (  Cf.  Becueil  d'épitapbes 
Tombeau  de  Léon  VI  de  Lusignan  .  manuscrit  de 
impériale,  supplément  français,  n"  5o2i.) 

'"  Même  recueil  d'épilaphes.  Ibià. 


,  t.  ll,p.  127.) 
la  Bibliothèqnf 


LES  ROIS  D'ARMENIE. 


ifyl 

[II'  TABLEAU.  I 


TRANSMISSION  DE  LA  COURONNE  DE  LA  PETITE  ARMENIE 

DANS   LA   MAISON   DE   SAVOIE, 

P.iVR  LES  BOIS  DE  CHYPRE  DE  L.\  FAMILLE  DES  LUSIGNANS. 


PIERRE  I", 

élu  par  les  Arméniens  pour  leur  souverain  ' 

(1359-1369.) 


PIERRE  II. 

(i3G9-i.'(S2.t 


.lAcnu 


ES  I". 


(i384-i398.) 


JANl'S. 

(i398-iïi32.) 


JE.AN  II, 
roi  de  Cliypre  (  i/i32-ii58). 


Jacqics . 

tib  naturel , 

épouse  Catherine  Cornari 


Anne 

t-'pouse,  en  liSa  ,  Louis  I"^ ,  duc  lie  Savoie, 

fiisd'Amédée  VIU. 


Charlotte 

t'pouse  ,  en  i6i8  ,  son  cousiq  ,  Louis  II , 

prince  de  Savoie  ;  -f-  à  Rome ,  en  1/187  ^ 

transnii't  ses  droits  à  son  neveu  . 

r.liarles  1'^',  duc  de  Savoie,  dit  le  Guerrier, 

iils  d'AinM.V'  IX. 


LOUIS  II. 
iik  puiot^.  priiirr  de  Savoie. 


'  Suivdiit  ie  témoignage  lU'  Guillaume  de  Mâchant  {apud  de 
Mas-Latrie.  Hist.  de  Chypre,  t.  II,  Documents,  p.  3ii),  ce  fut 
vers  i368  que  les  Armi^-niens,  ou  plutôt  une  partie  de  la  nation 
arménienne,  appelèrent,  pour  les  gouverner,  Pierre  !'%  roi  de 
Chypre.  Le  trône  de  la  Petite  Arménie,  qui  appartenait  alors  à 
Léon  V! .  cousin  de  Pierre,  était  ébranlé  et  presque  ruiné  par  les 
désordres  intérieurs  et  les  attaques  des  ennemis  du  dehors.  Le  titre 
de  souverain  de  la  Petite  Arménie  ne  devint  définitif  et  officiel  dans 
la  famille  des  Lusijjnans  di-   Chypre  qu^^p^^s  que  Léon   VI,    le 


dernier  des  Lusignans  d'Arménie,  fut  mort  Ji  Paris,  le  29  no- 
vembre iSgS.  Nous  savons  que  Jacques  I"  le  portait  déjà  au  com- 
mencement de  Tannée  suivante,  i3gi,  par  un  mémorial  qui  se 
trouve  h  la  suite  d'un  recueil  de  chants  arméniens  ,  ^utntunuiii ^ 
provenant  de  la  hibliothètjue  de  feu  M^''  Garabed,  d'abord  arclu'- 
vèque  d'Erzeroum ,  et  ensuite-  dp  Tillis.  {Cf.  Haïasdan ,  Journal 
arménien  de  Constantinople,  numéro  du  3i  janvier  (12  février) 
i85a.) 


ir>2 


LES  FAMILLES  D'OUTRE-MEU. 


'  Alexiatlc  ,  Hv.  XII.  Cf.  Trhamitch  .  t.  111 . 

p.    10. 

^  Matliirn  d'IvUsse,  ad  ann.   5/i6.   (if.  Sa- 
muel irAni.  ad  ann.  533. 
■'  Àlcxiade >  Ivr.  liiud. 
'  TrhaiTiitrli ,  t.  111,  p.  lo. 
■'  Sompad  ,  ad  niin.  (hjo, 
''  Id.  ibid. 

'  Id.  ihid. 

•*  Id.  ad  a»u.  6/17. 
^  Id.  ad  ann.  fioo. 
i"'  /(/.  ihld. 

"  AbouH'aru<lj  .  Chron.  syr.  p.  i85. 
'-  SémpatI .  ad  ann.  6^7  ;  el  mon  extrait  de 
Cuiragos  ,  Journal  asiatique,  i858  ,  c.  xst. 
''  Gniragos.  ifcifL  Si-rapad  .  ad  ann.  665. 


LEGENDE  EXPLICATIVE. 

'*  Mémorial  d'iiue  Biliie  de  la  bibliothèque 
d'Edcliniiadzm  ;  Brossct .  Itapports  sur  un  voyage 
en  (léorgie  cl  en  Ai^mènic,  iiv.  i,  p.  28-39. 

'^  Sémpad  ,  ad  ann.  761. 

'^  Abouifaradj ,  p.  hSh;  Sempad ,  passim. 

"  Conliiiuateur  de  Sempad ,  ad  ann.  7/;!. 

'^  Sérapnd,  ad  ami.  665. 

'*  Id.  ad  ann.  667;  Abouifaradj,  p.  58o  ; 
Assises  de  Jérusalem ,  Haute  cour,  1. 1,  c.  cxlv, 

p.   230. 

^'^  Mémorial  de  la  traduction  arménienne 
(le  Michel  le  Syrien  ,  Journal  asiatique,  i8i8  , 
cahier  d'octobre;  Rubruquis,  Mémoires  de  la 
Société  de  Gcof^raphie ,  t.  IV,  p.  Saa-SgS-,  Sém- 
pad  ,  ad  ann.  7  i  4. 


^'  Mémorial  d'un  évangile  de  la  bibliothèque 
du  couvent  de  Venise,  collection  de  Zohrab, 
Ms.  Bibi.  impér.  supp.  arni,  n^  97. 

'^"  Mémorial  cité  ci-dessus,  noleao. 

^*  Rainaldi ,  .flnnfl/.  eccles.  ad  ann.  1389, 
S  58  ;  Sémpad  .  Liste  des  connétables. 

^*  Collection  précitée  de  Zohrab. 

^^  Continuât,  de  Sémpad,  ad  ann.  778,  et 
Liste  des  connétables. 

'^  Le  chroniqueur  Antonin  dit  ([u'Oschin  de 
Lanipron  était  oncle  du  roi  Oschin.  Rainaldi , 
ad  (iH)i.  iSaa,  S  i6;  i333,  SS /i  et  6  ;  Sém- 
pad ,  «ri  ann.  767. 

■-'  Continuât,  de  Sémpad,  ad  ann.  778. 

^^  /(/.  ad  ann.  770  et  776. 


OSCHÏN  H,  Sébasie, 

seigneur  de  Lampron,  épouse  Schahanloukhd  ,  fille  o 

frère  de  saint  Nersès  Scbnorhali;  fait  prisonnier  par' 

en  1  i5i  ,  il  donne  eu  otage  sim  jeune  fils  nétbi) 


HETHOUM  II,  Sébasie, 

seigneur  de  Lampron  . 

grand  chambellan  d'Arménie , 

épouse,  en  ii5i,  N.  bile  de  Thorus  II  '  ; 

assiste  au  couronnement  de  Léon  II .  en  1 19 

Ce  prince  lui  enlève  Lampron, 

et  lui  donne  Trazarg*. 


I 

Seupad , 

nommé  ensuite 

Wersès  de  Lampron  ; 

archevêque  de  Tarse; 

né  en  1 153  ; 

•j-  lA  juillet  j  198. 


I 


OSCHÏ.N  II, 

bis  aîné  '^. 


I 

Co^sTASTL^", 

seigneur  de  Lampron  , 

thakatir^K 


I 
ScHAnENSCIUfl  , 

seigneur 

de  Loulva, 

assiste  au  sacre 

de  Léon  II , 

en  iiq8. 


— \ n 

Geoffkoï  '*.  ÎN.  fille, 

épouse  le  grand  baron  Constantin, 
baile  d'Arménie. 


OsCHlN  . 

maréchal . 

seigneur  d'Asgour'îi 

f  I  de  ftlar'niach  ;  -f  1 392  ' 


Sémpad  , 

maréchal , 

seigneur  d'Asgour'a , 

succède  ^  son  père 

en  1295. 


icCC)  HÉTUOltBI 

épouse  Fémie , 
fille  de  Balian  , 
sieur  de  Gibelel. 


I 

OSCHIJV  , 

créé  seigneur  de  Gautclii 

et  sénéchal  en  1277. 

puis  connétable , 

par  Léon  III. 


IS.  bile, 

mariée 

sire  Adam  de  Gaslim  , 

baile  d'Arménie  **. 


Le  baron  Seupad,  fiisaî' 

connétable  d'Arménie  ,  seigneur  di 

auteur  de  la  Chronique  dur» 

de  la  Petite  Arménie,' 

né  en  laoS;  -j-  le  vendredi  6  m* 


Le  baron  Léon  ,  connétali! 


GitKnomE,  (ddd)  Héthoum  (Hajtonus)  l'historien, 

créé  connétable  ; 

!>eigueur  de  Gor'igos  remplace  Grégoire  comme  soigneur  de  Gor'igos; 
et  baile  en  1377,  é])ouse  Isabeau  d'ibelin; 

par  Léon  111,  -f-  en  France  en  i3io. 


(eee)  Constamin  , 

seigneur  de  Lampron , 

connétable  ^^. 


(Jff)  Oschin,  comte  de  Gor'igos, 

baile,  Gubemator,  regiœ  procurator^^  ; 

tué  en  i3ag. 


HÉTHOIM  , 

mort  tout  jeune,  en  iSas^ 


N.  fille, 
épouse  le  roi  Léon  V,  en  ' 


LES   ROIS  D'ARMENIE. 


163 

\y  TABLEAU.) 


HÉTHOUMIENS. 


PRINCES   DE   LAMl'RON. 


OSCHIN  1" 

émigré  en  107a  de  la  province  d'Artsakh  avec  ses  frères  ilalgani 

sa  mère  ,  sa  femme  et  sa  noblesse. 

11  enlève  aux  musulmans  la  forteresse  de  Lampron  , 

dont  la  possession  lui  est  confirmée  par  Abêlgharib  ,  prince  ardzrouni 

qui  tenait  Tarse  en  fief  de  l'Empire;  -|-  1110.  — 

Appelé  ActiîiÉttïs  par  Anne  Comnéne';  née  par  l'empereur  Alexis  prince  .le  T, 

en  remplacement  d'Isaac  ,  gendre  de  ce  dernier,  décédé". 

HKTHOUiM  I".  Sébasie. 


t  Pazouni*. 


Halgoim  ' 

et  Pazouxi". 

frères  d'Osclnu. 


io85, 


1 

Semi'au  . 

seigneur  de  Barbnr'ou  , 

lui5  pn  1  liji  •*. 


N.  fiii 


mariée  à  Vasil  , 

frère  île  salut  Nersès 

Schriorhali. 


Marie. 


SiCHOUSCUi> 

(  Susanna  ). 


Dalitha 

ou  DOLBTA 


le  Sl- 
i3oa'' 


Li(ios  ■', 
marié 

à  (liime  Agatlie, 

\ 

Sire  LÉON 
^l  trois  fille?'"'. 


(fl(l«)  MâltlE  , 

mariée  à  Jean  d'ibeiin  , 

seigneur  d'Arsour, 
oonnélable  du  royaume 
lie  JénisRleni  ;  -f-  i958. 


I 

Pagoi:i!an 

succède  à  sou  père  , 

comme  seigneur 

de  Baba  r  on  ^; 

asiste  au  sacre 

de  Léon  II,  en  1 198. 


1 

Va(;a(;  , 

seigneur 

d'Asgour'a 

et  de  Lamos  "^ 


Sire  Geoffroy, 

seigneur 

de 

Sarvanlik'ar". 


(22)    CoNSTA>TI\  , 

grand  baron,  connétable,  baile  d'Arménie, 
épouse  sa  cousine  ÎN.  fille  de  Hélliouin  II  " 


1 

RiTUi 

épouse  le  prince 
roupénieii 
Sdéph  .-nié. 


I 


HETHOUM  I", 

roi  d'Arménie. 


I 

Basile  , 

îigneur  du  couvent 

de  Trazarg'^. 


Léoi 


Jean  Rapoun, 

archevêque  de  Sis, 

ensuite  catboHcos 

sous  le  nom  de  Jean 

le  Magnanime  ; 

+  laar,. 


I 

Stéphajiie  . 

mariée 

au  roi  de  Chypre, 

Hcnn , 
fils  dt-  Hugues  V' . 


(m)  Dif 


FAMILLES   ARMENIENNES 

ET   LEURS   ALLIANCES  AVEC   LES   FAMILLES   FRAÎNÇAISES. 

D'APRÈS  LE  LIVRE   DES  LIGNAGES    ll'OVTHE-MEII , 
A  PARTIR  DU  RÈGNE  DE  TIIOROS  II  (IIU).  .USOirA  LÉON  V  (  1321  i. 


(Les  minuscules  entre  parenibèses  indiquent  les  renvois  aux  talileanv  Rériéalo.piiues  ci-dessus.) 


CHAPITRE  II.  —  Cl  PARLE  DES  LIGiNAl.ES  DES  ROIS  DE  CHIPRE. 

Marguerite  [l'une  des  filles  de  Hugues  111.  roi  de  Chypre]  esposa  Tiiouros  {jj } .  le  fils 

au  roi  Livon  de  Ermenie Amaury  [fils  de  Hugues  HF]  esposa  Ysabeau  (pp),  la  fille 

au  roi  Livon  d'Ermenie,  et  oreiit  quatre  fils  et  une  fille:  Hugue  («) ,  Henry  («»).  Gui  (,ra-) 
et  Jehan  (vv)  et  Marie  (yy). 

CHAPITRE  IV.  —  CI  DIT  DES  ROIS  D'ERMEME. 

Thoros  de  la  Montaigne  («)  fu  sire  d'Ermenie,  et  raoru  sans  heir,  et  escheul  Ermenie  aii 
.Melih  son  frère  (t),  lequel  Mclih  ol  deus  fis,  Rupin  (c)  et  Sanoii  '.  P.upin  esposa  Isaheau. 
la  fille  Hanflroy  don  Thoron,  et  orent  deus  filles,  Aalis  (e)  et  Phelippe  (/).  Aalis  esposa  le 
prince  Beimont  et  orent  un  lis  (pii  ot  nom  Piupin .  que  Ton  appelait  le  prince  liupin  (g). 
et  esposa  Helvis,  la  fille  dou  roy  Eincri  de  Chipro.  si  coin  est  dit,  et  orent  deus  filles. 
Eschive(i)  et  Marie  (_/').  Eschive  moru;  Marie  esjiosa  Phelippe  de  Monllbrt,  sire  de  Sur. 
Phelippe  (/) ,  l'autre  fille  P.upin  de  la  Montaigne,  esposa  Pacre',  et  orent  un  fils  Coiislans  (Vil. 
qui  moru.  Puis  la  mort  de  Ilupin  de  la  Montaigne.  Livon  son  fi-ère  ((0  se  saisit  de  la  tcriv 
et  se  fil  coroner  à  roy,  et  fu  le  premier  roy  d'Ermenie,  et  esposa  Sehille,  la  fille  dou  ro\ 
Eiraeri  de  Chipre  et  de  la  royne  Isaheau,  et  orent  une  fille  qui  ot  nom  Isaheau  (/).  Après 
la  mort  dou  roy  Livon,  la  dite  Isaheau  espousa  Phelippe,  le  fis  dou  jinnce  Boi'gue,  lequel 
valut  moul  poi,  et  le  tuèrent  li  haron  d'Arménie;  puis  esposa  la  royne  Ysaheau  d'Ermenie 
Heilou  (m),  le  fis  Gonstans  {;:),  qui  esloit  conestahle  et  haill  d'Ermenie',  et  orent  deux  fis 

'  Lisez  Livott  ou  Léon  (rf).  Le  cominlateur  commet  sire  Philippe  de  Naples,  on  lit  de  plus  :  «Et  les  filii'N 

ici  une  grave  erreur  en  attribuant  à  Melih  ou  Mleb,  dou  baiil  si  lurent  mariées,  l'une  [hbb)  au  roi  de 

les  deux  fils  du  frère  de  ce  dernier,  Sdépb'anè.  Chipre,  et  l'autre  (aaa)  à  Johan  de  Ybelin ,  qui  lu 

■  Lisez  Lascre  (Lascaris).  conte  de  Japhe.r 

■  Au  chapitre  xv.  Ci  dit  des  filles  qui  Jurent  de  mes- 


'16fi  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

ol  cinq  filles  :  Livon  («).  Tlioros  (o),  Sehille  (}i).  Femie  (t/).  Ritta  (r),  Isaheaii  (s).  Marie  {t). 
Seliille  esposa  le  prince  Beimont  d'Antioehe,  Femie  esposa  Julien  le  sire  de  Saictte,  Rilta 
esposa  le  sire  de  la  Roche ,  Marie  esposa  Gui  de  Ibelin ,  Ysabeau  nioru ,  Thoros  fu  occis  de 
Sarrasins.  Livon  fu  roy  après  la  mort  de  son  père,  et  esposa  Guiran,  la  fille  nu  seignoui' 
dou  Lambron,  et  orent  sept  fis  et  trois  filles  :  Hcïton  {ii),  Tlioros  (ji}'),  Semblât  (hic),  Cons- 
tans  (//),  Horses ',  Rupin  que  ils  nomerent  Aiinah  (oo) ,  Oïsim  (mm),  Ysabeau  (pp), 
Ritta  (77)  et  Jefanon  (rr).  Puis  la  mort  du  roy  Livon.  Ileïton  son  fis  (ii)  ot  la  seignorie  et 
ne  se  vost  coroner,  eins  vesti  nbit  de  nienours,  et  dona  la  seignorie  a  Thoros  son  frère  (jj): 
puis  li  toli  et  la  dona  a  Semblant,  son  autre  frère  {kk)  et  fu  eoroné  dou  royaume  d'Ermenie. 
Thoros  esposa  Marguerite,  la  fille  dou  roi  Hugue  de  Chipre,  et  ot  un  fis,  Livon  (ss);  Isa- 
beau  esposa  Amauri,  le  fils  dou  roy  Hugue  de  Chipre.  si  com  vous  avez  oy;  Ritta  esposa 
le  fis  de  l'emperem-  de  Constantinople  ;  Jefanon  morut.  Le  dessusdit  Semblât  fit  tuer  Thoros 
son  frère,  puis  Heïton  le  fit  prendre,  et  dona  la  seignorie  h  Constans.  son  frère  (//);  puis 
fit  il  prendre  Constans,  et  manda  Semblât  et  Constans  en  Constantinople;  là  morut  Cons- 
tans, et  il  dona  la  seignorie  a  Livon  son  neveu  {ss).  qui  fu  fis  Thoros  et  de  Marguerite,  la 
lille  dou  roy  Hugue  de  Chypre,  come  a  esté  dessus  dit. 

CHAPITRE  V.  —  CI  PARLE  DES  PRINCES  D'AN TIOCHE. 

Beimont  fut  prince  puis  la  mort  de  son  père,  et  esposa  Sebiile  (p).  la  fille  au  roi  Heiton 
d'Ermenie,  et  orent  un  fis  et  trois  tilles  :  Beimont  (m).  Isabeau  {v),  Marie  (x)  et  Lucie  (y). 
Ysabeau  moru  damoiselle;  Marie  esposa  Nicole  de  Sainct  Orner,  et  nioru  sans  heir:  Lucie 
psjiosa  Nerio  de  Toussi .  et  nioru  sans  heirs. 

CHAPITRE  VI.  —  CI  DIT  DES  HOIRS  QUI  DESCENDIRENT  DOU  PRINCE  BORGNE 

Le  prince  Borgne  si  ot  a  feme  Plaisence .  qui  estoit  fille  de  Hue  de  Gibelet  et  de  Este- 
fenie,  le  segonde  fille  de  Henri  le  Buffle,  et  orent  quatre  fiz  et  deux  filles  :  Reimont  et  Bue- 
mont  et  Phelippe  (/  bis)  et  Henri  et  Orgueilleuse  et  Marie Marie  fu  feme  de  Thoros  ^ 

et  ot  un  fiz  Bueniont ,  et  morut Phelippe  fut  baron  de  la  royne  Isabiau  d'Ermenie  (  /) , 

et  les  Ermins  le  tuèrent. 

CHAPITRE  VHI.  —  CI  DIT  ET  PARLE  DE  CEAUS  DE  YBELIN. 

Gui.  le  fis  Baudouin  de  Ibelin.  seneschal  de  Chipre.  esposa  Marie  (().  la  fille  au  roy 
Heiton  d'Ermenie,  come  a  esté  dit.  et  orent  un  fis  et  une  fille,  Thoros  (ce)  et  Isabeau  (dd). 
Thoros  esposa  Sebiile,  la  fille  Oissin  de  la  Roche,  et  orent  un  fis  et  une  fille,  Livon  (gg)  et 
Riffa  (Ritta)  (hh);  Isabeau  esposa  Heiton  le  sire  dou  Coure  (ddd),  et  orent  quatre  fis  et  une 
fille.  Oïssm(Jff),  Constans  {eee).  Livon  (ggg)  et  Baudouin  (lilili)  et  DilTa  (iii). 

'  Lisez  A'ersM  l^nn).  —  -  Ce  Thoros,  qui  m'csl  inconnu,  ne  ti[;nre  pas  dans  mes  Tableaux  généalogiques. 


LES  ROIS  D'ARMENIE.  167 


CHAPITRE  XVIII.  —  CI  DIT  DES  HIERS  DE  SAÏETTE. 

Julien  (lils  de  Raliaii  d'Ibeiin)  fut  sire  de  Saïette,  et  esposa  Feniie  (r/),  la  liiie  au  roy 
Heïton  d'Ennenie,  etorent  deux  fils  et  une  lille  :  Balian  (:  ),  Jolian  {na)  et  Marguerite  (ii), 
qui  esposa  Gui,  le  seignor  de  Gibelet.  Johan  noia  en  Ermenie;  Baliau  esposa  Marie,  la  lille 
au  seignor  de  Giblet,  et  orent  deus  filles,  Femie  (ee)  et  Isabeau  (Jf).  Femie  esposa  Heïton. 
le  fils  dou  maraschal  d'Ennenie  [ccc]  ,  et  orent  deux  fis  et  une  fille.  Isabel  esposa  Manse 
de  Buillon.  et  orent  une  fille. 


LES   PRINCIPAUX   SEIGNEURS 

DES  ROYALMES  DE  HIÉRLSALEM   ET  DE  CYPRE. 
LES  SEIGNEURS  D'ADELON. 


Adam  est  le  premier  que  Ton  remarque  avoir  esté  seigneur  d'Adeion'. 
[Il  était  fils  de  Hugues  de  Giblet,  seigneur  de  Besmediu,  et  d'Agnès 
de  Ham,  si  l'on  en  croit  un  nouveau  chapitre  du  Lignage  d'outre- 
mer-.] Il  ne  laissa  qu'une  fille  unique,  qui  suit  : 

Agnès,  dame  d'Adeion,  fille  d'Adam,  espouse  Thierry  de  Tenre- 
MONDE  [ou  Terremonde],  qui  estoit  fils  puisné  de  Gautier,  II"'  du  nom, 
seigneur  de  Tenremonde,  en  Flandres ^  Il  se  voit  au  cartulane  de 
Manosque  un  titre  d'Aymery,  roy  de  Hiérusalem,  de  l'an  1 198,  où  il 
souscrit  avec  plusieurs  autres  barons. 

[Cet  acte  est  celui  qui  se  Ut  à  la  date  d'octobre  1  iy3,  dans  le  recued  de 
Sébastien  Paoli*.  Tbierri  de  Tenremonde  a  souscrit  aussi  deux  actes  du 
comte  Henri  de  Champagne,  roi  de  Jérusalem^  (janvier  1198,  et  5  janvier 
i  1 9  4  ),  un  acte  du  roi  Amauri  °  (  août  1  1 9  8  ),  et  le  diplôme ,  suspecté  de  faux , 
du  même  roi"  (octobre  1  1  98),  en  faveur  de  la  commune  de  Marseille.] 

'   Lignages  d'outre -mer,  c.  xxiu;  édition  '   Cod.  diplomat.  1. 1,  giiinta  n"  8,  p.  287. 

Fîeiignot,  e.  xxxv.  '  Cod.  diplomat.  t.  I,  p.  87,  216,  5i  1  el 

'  Lignages  d'outre-mer,  c.  xwi.  5 12. 

'  Du  Chesne,  Hist.  de  Guines,  1.  IV.  en.  '   Cod.  diplomat.  t.  I.  i\°  i8(j,  p.  235. 

p.  lia  .  et  preuves,  p.  287.  — Lindan.  1. 1.  'De  Mas-Latrie.  Hist.  de  Chypre,  t.  Il, 

c.  VI  p.  2  5. 


170  LES  FAMILLES  DOIITRE-MER. 

Ayant  quitté  la  terre  sainte,  il  vint  au  service  de  Baudouin  I", 
empereur  de  Constantinople,  qui  luy  donna  la  charge  de  connestable, 
de  Ronianie,  et  l'ut  tu»'  en  un  combat  contre  les  Bulgares,  comme  Vil- 
Iciiardouin  raconte  plus  au  long'.  11  fut  père  de  Daniel,  qui  lui  suc- 
céda [et  d'Isabelle,  nommée  seulement  par  le  Lignage  d'outre-mer -. 
sans  autre  indication  ;  elle  est  appelée  ailleurs  Marguerite]. 

Daniel  de  Tenremonde,  seigneur  d'Adelon,  espousa  Agnès  de  Franc- 
ien, qui  pouvoit  estre  (ille  de  Gérard  de  Franco  hco,  qui  souscrit  le 
titre  dont  je  viens  de  parler;  laquelle,  après  la  mort  de  son  mary. 
s'allia,  en  secondes  noces,  à  Garnier  Aleman  le  Jeune ^  ainsy  que 
sendjle  dire  le  Lignage  d'outre-mer,  quoyque  ses  termes  ambigus 
peuvent  faire  attribuer  le  mariage  à  Agnès,  fdle  de  Daniel. 

[Le  Lignage"  dit  qu'Agnès  de  Francien  épousa  Garnier  Aleman  le  Jeune. 
S'il  .s'agissait  de  la  mère,  le  texte  devrait  indicpier  un  mariage  en  secondes 
noces,  après  la  mort  de  son  premier  mari,  Daniel  de  Tenremonde  D'un  autre 
côté,  s'il  s'agit  de  la  fdle,  celle-ci  devrait  s'appeler  de  Tenremonde  on  d'Ade- 
lon, comme  son  père,  et  non  de  Francien,  (pii  iHait  le  nom  de  Famille  de  la 
mère.  André  Du  Cllesne^  ijui  s'appuie  uniquement  sur  le  texte  du  Lignage. 
|)ense  que  cette  Agnès  de  Frandeu,  qui  épousa  Garnier  Aleman,  était  la  fdle: 
La  Thaumassière  ^  suppose  (pie  c'est  la  mère  qui  se  remaria.  Labbe  ''  reste  dans 
le  vague  du  texte  du  Lignage. 

Un  des  nouveaux  chapitres  du  Lignage* présente  ces  alliances  d'une  manière 
plus  claire,  mais  toute  difTérente.  Suivant  ce  texte, 

Thierri  be  Tenremonde,  époux  d'Agnès  d'Adelon,  eut  deux  enfants,  Daniel. 
(|ui  lui  succéda,  et  une  fdle,  nommée  Marguerite,  au  lieu  d'Isabelle,  première 
femme  de  Philippe  de  Maugasteau,  et  morte  sans  enfants. 


'   Villelianl.  n"  i  ()8  ,  210  .  -il  i,  -JiS,  et  '  A.  Uu  Ctiesne  ,  loc.  cil. 

p.  334,  édition  Du  Gange.  '   As.<!ises  de  Jérusalem,  noies  et  ubscrm- 

-  Lignages  d'oui re-iiœr.  c.  \vm.  éflition  liriits,  p.  288. 
Beuffnot.  '   Abrégé   roijal  de    l'alliance   ckromhg. 

Voir  La  Famille  Aleman.     -  t.  I,  p.  hof). 

"  Lignages  d'outi-e-mer,  Labbc.  c.  wni.  '  Lignages  d'outre-mer,  c.  \\\i.  édition 

p.  ?io6,  &/17;  édition  Beugnot.  c.  vwv.  Bengnot. 


LES  SEIGNEURS  DADELON.  .  171 

Daniel  épousa  Isabelle,  sœur  de  ce  même  Philippe,  sou  heau-frère,  et  eu 
eut  deux  fdles,  Agnès  et  Isabelle.  Ce  texte  ne  mentionne  pas  sou  (ils,  Da- 
niel II,  mort  sans  héritiers. 

Isabelle  eut  le  titre  de  daine  d'Adelon,  et  n'eut  point  d'enfants. 

Agnès  de  Tenremonde,  sa  sœur,  épousa  Garnier  l'Aleman,  qui  était  lils 
d'Aimé  l'Aleman  et  d'Agnès  de  Frandeu  ^  etc. 

Dans  ce  texte  on  ne  voit  qu'une  personne  qui  porte  le  nom  d'Agnès  de 
Frandeu ,  et  qui  n'a  d'autre  rapport  d'alliance  avec  Daniel  que  par  le  mariage 
de  leurs  deux  enfants,  par  conséquent  il  n'y  a  plus  de  didicullé  à  résoudre: 
reste  à  savoir  de  quel  côté  est  la  vérité. 

Ce  Daniel  de  Tenremonde,  époux  d'Agnès  de  Frandeu,  ou  d'Isabelle  de 
Maugasteau,  paraît  être,  par  les  dates,  celui  qui  est  nommé,  dans  la  Continua- 
tion de  Guillaume  de  Tyr^,  parmi  les  dievaliers  qui,  eu  1220,  accompa- 
gnèrent la  reine  Isabelle,  fdle  de  Jean  de  Brienne,  lorsqu'elle  se  rendit  de 
Tyr  à  Brindes  pour  épouser  l'empereur  Frédéric  II.] 

Il  laissa  trois  enfans,  Daniel,  Agnès,  femme  de  Garnier  le  Jeune, 
suivant  A.  Du  Chesne,  et  Isabeau. 

[C'est  probablement  cette  Isabelle  à  laquelle  Jean  Aleman  ou  l'Aleman, 
seigneur  de  Césarée,  s'engage,  par  acte  du  1"  mai  1  2-55  ^,  à  payer  une  rente 
annuelle  de  600  besants,  conmie  faisait  le  seigneur  de  Césarée,  Jean,  son 
beau- père.  I 

Daniel  [II]  de  Tenremonde,  seigneur  d'Adelon,  décéda  sans  enfans. 

[En  lao/i,  on  voit  un  Pierre  d'Avalon,  qualifié  de  seigneur  d'Adelon*.' 
vassal  de  Julien,  seigneur  de  Sajette ,  dont  il  souscrit  un  acte  (août  laBà). 
Nous  ne  pouvons  dire  s'il  succéda  immédiatement  à  Daniel  II  de  Tenremonde , 
ni  à  (piel  titre  il  possédait  la  seigneurie  d'Adelon.  Il  y  avait  bien  quelque  alli- 
nité  entre  les  familles  d'Avalon  et  d'Adelon,  puisque  Gilles  Aleman,  fils  de 
Garnier  Aleman  le  Jeune  et  d'Agnès  de  Francien,  épousa  une  nièce  de  Pierre 

'  Voir  la  suite  Je  cette  généalogie  à  Lu  '  Cod.  diplomat.  t.  1,  11°  i8i,  p.  -22  3, 

Famille  Aleman.  5Ai  et  56-2. 

'  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXXH,  '  Cod.  diplomat.  t.  1,  n"  laS,  p.  i43. 
c.  \x,  p.  358,  et  note  e. 


172  LES  FAMILLES  DOIJTRE-MER. 

(l'Avalonle  Jeune  '.  Ce  Pierre  d'Avalon  est-il  le  même  que  le  neveu  d'Eudes  de 
Montbëliard,  nommé  par  Joinvilie^;  son  cousin,  par  le  Continuateur  de  Guil- 
laume de  Tyr '.  et  par  le  Lignajje  d'outre-mer' ?  Est-il  aussi  le  même  que 
Pierre  d'Avalon,  seigneur  d'Adelon  ?  Enfin,  quand  toutes  ces  identités  seraient 
prouvées  et  bien  établies,  nous  n'y  verrions  pas  encore  comment  un  sire  d'A- 
valon se  trouvait  l'héritier  de  la  seigneurie  d'Adelon.] 

Les  Assises  de  Hiérusaieni  parlent  de  Jourdain  de  Tenremonde  ^ 
qui  devoit  un  chevalier  de  service  à  cause  du  fief  qu'il  possédoit  en  la 
baronnie  d'Acre;  il  estnit  probablement,  issu  de  la  mesme  famille. 

'   Lignages  d'outri'-mcj',  Labbe.  c.  .\xiii.  '   Lignnges  d'outre -mer,  Labbe.    c.  vu. 

p.  /io6 ,  667;  édition  Beugnot,  c.  XXXI.  p.   876.    633.    —    €nd.   diplomatie.   I.   I. 

-  Joinviile,  (klition  Du  Gange,  p.  37,  89.  p.   527. 
el  observations,  p.  70.  *  Assises  de  Jérusalem,  Labbe,  p.  5,17: 

^  Continuât,  de  Giiill.  de  Tyr,  L  XXXIIl .  édition  Beugnot,  t.  I,  p.  4-25  :  Assises  de  la 

c.  xxxviii,  p.  4o3  et  lioU.  haute  cour,  c.  cclxxi. 


LES  DUCS  D•A^TIOGHE.  i73 


LES   DUCS  D'ANTIOCHE. 


La  ville  d'Antioche,  assise  sur  la  rivière  d'Oronto ',  niétropolitaiiii' 
de  la  Cœlésyrie,  lut  autrefois  la  capitale  des  roys  de  cette  contrée,  et 
depuis,  le  siège  d'un  patriarche.  Elle  vint,  comme  les  autres  villes  de 
l'Asie,  en  la  puissance  des  Romains,  qui  se  la  conservèrent  jusques  au 
temps  de  l'empire  de  Justinien^,  que  Cosroes,  roy  de  Perse,  sen  em- 
para, et  la  ruina  presque  de  fond  en  comble.  L'empereur  Justin^  le 
Thracien  la  rétablit  incontinent  après,  et  iuy  donna  le  nom  de  Tluo- 
polis ;  ce  que  Théoplianes*  attribue  à  Justinien.  Omar,  roy  des  Arabes. 
l'enleva  derechef  aux  empereurs  d'Orient,  sous  la  conduite  de  Mua- 
vias,  l'an  21  d'Héraclius,  ou,  comnu'  escrit  Cedrenus^,  après  Tlieo- 
phanes,  le  28.  Elle  demeura  ensuite  sous  la  domination  des  Sarrazins. 
jusques  à  l'empire  de  Nicéphore  Phocas  •',  sous  lequel  Michel  Burzès. 
patrice,  l'un  de  ses  généraux,  s'en  rendit  le  maistre,  vers  l'an  966. 
Depuis  lequel  temps  elle  obéit  aux  empereurs  de  Gonstantinople,  qui 
y  envoyoient  de  temps  en  temps  des  gouverneurs''  avec  le  titre  de 
ducs,  jusques  à  ce  que  les  Turcs  s'en  emparèrent. 

L'histoire  nous  ayant  marqué  les  noms  et  les  familles  de  la  plusparl 

'  Wiilelnius  Tyren.  I.  IV,  c.  ix.  —  Joan.  I.  XVIII,  p.  58a.  —  Niceph.Constantinojiu- 

Phoeas,  Descn'pt.  terrce  sanctœ ,  n°  t2  ;  apiid  litanus,  p.  69.  —  Sigebert.  ann.  6io.  — 

Allatium,  Sufif^iiXTa.  Aithon,  c.  w. 

^  Hisloria.  miscell.  1.  XVI .  p.  1x6.  —  Pro-  '  Zonar.  p.  161,  1 G3.  —  Manass.  p.  228. 

cop.  De  Bello  Persico,  1.  II.  —  Evagrius,  — Scyiiizes.  —  Abiilfaragius,  p.  207. 
I.IV.c.  xsiv.  —  (îregoi'iusTur.  1.  IV,  c.  XXIII  ;  '  Zonar.  p.  i8i.  —  Balsam.  ad  cari.  K 

1.  X.c.  XXIV.  synodi   Eplios.  —    Niceph.   Callist.   ).    \ 

'  Evagr.  I.  II.  c.  XII;  I.  IV.  c.  v,  vi.  c.  xi;  I.  XII,  c.  iv.  —  Anna  Cmnn.  I.  XIII 

*  Theophan.  p.  i.5i.  ]).  /ii3.  —  Sebast.  Paoli,  Cod.  dijAninnl.  t.  I . 

'  Cedrenus,  p.  629.  — Histonn  miscell.  p.  /ii5. 


174  LES  FAMILLES  l)OUTRE-MER. 

«le  ces  ducs,  il  lu;  sera  pas  hors  de  propos  d'en  donner  la  suite  avant 
que  de  parler  des  princes  d'Antioche. 

Ki,iiiii:\T  ',  patrice  ou  duc  d'Antioche,  sous  l'empire  d'Arcadius. 

Michel  BiRZÈs^,  fils,  si  je  ne  nie  trompe,  du  premier,  qui  senipara 
d'Antioche  sur  les  Arabes,  tenoit  cette  qualité  sous  l'empire  de  Ba- 
sih'  et  de  Constantin. 

Damianus  ^  et 

NicKi'HORUS  LJRANUS  '  la  tinrent  sous  Basile  Porphyrogénète .  comme 

MiciiAEL  SpoNDYLAs^  euuuque,  sous  Constantin,  frère  de  Basile,  et 

CoNSTAiNTiNUS  Carantenus '^,  SOUS  Boiuain  Argyre,  dont  il  avoit  es- 
pousé  la  sœur.  Celuy-cy  eut  poui'  successeurs  : 

SpOM)VLAS  "".  et 

NicÉTAS  de  Mysthée\  qui  turent  suivis  par  un  autre 

NicÉT^s'^,  et  par 

Co^sTANTiNus,  frères  de  lerapereur  Michel  Paphlagon,  sous  son  em- 
pire. 

MAtROCATACALON'"   et 

MicHAEL  [surnommé]  Vranls  Magistère'  tinrent  ensuite  cette  dignité 
sous  1  empire  de  Michel  Stratiotique''^. 

'  Coclinus,  Origin.Constimtinop.f.bd.  '  Zouar.  188.  —  Cedrenus.  p.  j'ii') 

'  Georg-.  Cedrenus.  p.  68/=i .  685.                       '"  Gedreiuis  (p.  798)  et  Zoiiare  (p.  -jog) 

^  Cedi-enus,  p.  701.  ne  l'appellent  que  Catucalon,  surnommé  k 

'  Cedrenus,  p.  706.  Brûlé,  ^exavfiévos. 

'  Cedrenus,  p.  790-726.  "  Ce  mot.  dans  le  grec,  indique  sa  fonc- 

'  Cedrenus,  p.  72.5.  tien:  Uiynlpos  ktnioxei^s. 

'  Glycas,  p.  689.  '■  Cedrenus,  p.  798.  —  Micli.  Cérulaire 

'  Cedrenus,  p.  7-27.  patr.  Constantinop.  Epist.  n°  1  1 . 


LES   DUCS  D'ANTIOCHE.  '  175 

ScLÈRE  ',  sous  celuy  de  Constantin  Monnmaque.  el 

Catatirius-,  Arnif'nien  de  nation,  sous  celuy  do  Romain  Diogèni'. 
Après  eux. 

NlCEl•HoRITZÈs^  eunuque,  fut  duc  d'Anlioclie  sous  Michel  Ducas  [Vil. 
surnonnné  Parapinace],  et  eut  pour  successeur 

Joseph  Trachaniote  *,  protoproèdre ,  et,  celuy-cy  estant  mort. 

IsAAc  CoMNEINus^  IVère  aisné  d'Alexius,  qui  fut  depuis  empereur. 
iuy  succéda.  11  obtint  le  gouvernement  de  Michel  Ducas,  lequel  il  iif 
tint  pas  longtemps,  car  Phylarète,  Arménien,  que  rempereur  Diogèue 
avoit  élevé  à  la  dignité  de  domestique,  ayant  porté  impatiemment  la 
disgrâce  de  son  maistre  et  de  son  bienfaiteur  ^  et  le  mauvais  traite- 
ment qui  Iuy  avoit  esté  fait  par  ses  ennemis,  qui  lui  avoient  fait  crever 
les  yeux,  se  souleva  en  sa  faveur,  et  se  saisit  de  la  ville  d'Antioche. 
Mais  conune  il  n'estoit  pas  assez  puissant  pour  la  conserver  contre  les 
incursions  et  les  attaques  continuelles  des  Turcs  voisins,  il  prit  réso- 
lution de  s'allier  étroitement  avec  eux,  en  embrassant  leur  religion,  el 
se  faisant  circoncire.  Son  fils  eut  horreur  d'une  action  si  impie  el  si 
extraordinaire  \  et,  voyant  qu'il  ne  pou  voit  rien  gagiun-  sur  son  es- 
prit, pour  le  démouvoir  de  cette  résolution,  traita  avec  Soliman,  sul- 
tan de  Nicée,  fils  de  Ptolomée,  et  Iuy  persuada  de  s'emparer  de  la 
ville  d'Antioche;  ce  qui  fut  exécuté  sous  le  caliphat  de  Muquetadibellc 
[Moctadi-Bamrillah].  Ce  sultan  ne  la  [)osséda  pas  lonj;temps.  car. 
ayant  esté  vaincu  en  bataille  par  Ragroldule,  nonnné  jjar  les  Grecs 
Tumsès  [Toutousch],  sultan  [seldjoucide]  de  la  ville  de  Hiérusalem 
et  de  Damas,  il  se  retira  par  désespoir,  et  laissa  par  ce  moyen  An- 

'  Baronius,  Annal,  ami.  1054,  ifscj.  '  Anna  Gomnena.  I.  Il,  p.  li'A. 

■  Zonar.  p.  222,  aaô.  — Scylitz.p.839.  '  Anna  Gomnena    i.  VI.  p.  itib.  iG<i 

S'ili.  —  ^'icf■ph.  Bryemie.  1.  I ,  n"  aa.  —  Zonar. 

'  Scylitz.  p.  845.  '  Georg.Eïmacin.  Hisioiic  ilr.'i  '.nliiplus. 

'  Bryenn.  1.  II.  n'  28.  p.  289,  29.8.  296. 


J76  ■  LES  FAMILLES  I)  OLTRE-MER. 

tioche  à  son  eiuioiuy.  Cela  ai'i-iva  vers  I  an  108/1,  sous  1  empire  d'A- 
lexis Comiiène  ',  coninie  011  peut  colliger  de  ce  que  Raymond  d'Agiles^, 
Orderic  Vital  ',  Guillaume  de  Tyr',  et  les  autres  auteurs  escrivent  que, 
lorsque  Antioclie  vint  au  pouvoir  des  François,  (jui  lut  le  3"  jour  de 
juin,  lan  de  Nostre-Seigneur  1098,  elle  avoit  esté  sous  la  domination 
des  Turcs  et  des  Sarrazins  de  la  Syrie  l'espace  de  quatorze  années. 
\iiss\  Georges  Elmacin  rapporte  la  mort  de  Soliman  à  l'an  de  l'hé- 
gii'e  /178,  qui  revient  à  l'an  de  Nostre-Seigneur  io85.  Les  nostres  la 
leur  enlevèrent  après  neuf  mois  de  siège ^  ou,  comme  veut  un  autre 
auteur'^,  huit  mois  et  un  jour. 

'   Willelmiis  Tyr.  I.  I,  c.  i\.  —  Aitlion.  '  Wiiielmus  Tyr.  I.  V.  c.  11. 

<:.  \i\.  \\.  —  Matli.  Paris,  anri.  1 176.  Alberlus  Aquensis,   I.  IV,   c.  \\\.  — 

"  Raym.  d'Agiles,  p.  i'jH.  Hiiym.  «l'Agiles.p.  169. — Guiberlus.  i.I\. 

^  Onlericus  Vital.  I.  \.  p.  796:  I.  XIII  .  r.  \i.  —  Wiiielmus  Tyr.  I.  V.  r.  xmii. 

p.  ()i  V                                    .  "  Roberl.  Monaclius.  1.  VIII.  p.  68. 


LES   PRINCES  D'ANTIOCHE.  177 


LES  PRINCES  D'ANTIOCHE. 


BoÉMOND  '  fut  choisy  par  ies  chefs  de  l'armée  pour  prendre  le  gou- 
vernement et  la  seigneurie  de  la  ville  d'Antioclie,  après  sa  prise,  à  cause 
qu'il  s'estoit  signalé  plus  que  les  autres  au  siège  qui  y  fui  dressé,  et 
de  ce  qu'après  sa  reddition  il  la  défendit  vigoureusement  contre  les 
forces  et  les  efforts  de  Corbaham,  sultan  des  Sarrazins,  qui  l'estoit 
venu  assiéger  incontinent  après  (pie  les  nostres  s'en  furent  rendus 
maistres;  encore  que  par  le  traité  qui  avoit  esté  arresté  entre  l'empe- 
reur Alexis  Comnène  et  les  François,  lorsqu'ils  passèrent  à  Constanti- 
nople,  il  eust  esté  convenu  (ju'au  cas  ([u'ils  vinssent  à  la  prendre  ils 
seroient  tenus  de  la  remettre  au  pouvoir  de  cet  empereur-. 

H  estoit  fils  aisné  de  Robert  Guichard  •''  [Guiscard],  prince  de  la 
Pouille,  et  de  sa  première  femme,  Alberade,  quoyque  Anne  Com- 
nène, qui  vivoit  de  son  temps,  ait  escrit  (ju'il  estoit  frère  pnisné  de 
Roger.  Orderic  *  nous  apprend  qu'il  eut  pour  son  nom  de  baptesme 
celuy  de  Marc,  et  que  son  père,  ayant  ouy  raconter  en  un  festin  fami- 
lier la  fable  du  géant  Boémond pu  Buamond,  luy  en  donna  le  surnom 
par  forme  de  raillerie,  probablement  pour  la  hauteur  de  sa  taille,  pas- 
sant le  commun  des  hommes  d'une  coudée,  comme  escrit  Aime  Com- 
nène ^  qui  l'avoit  veu,  et  qui  nous  l'a  dépeint  au  naturel  dans  son 
Alexiade.  Elle  ajoute"^  (|n'il  fut  surnommé  Sanisque,  sans  (pie  j'en  aye 


'   Albertus  Aquensis,  I.  V,  c.  ii.   —Tu-  1.    lll,    c.   m.  —  Anna  Comnena,    I.   XL 

,lel,od.  —  Willelmus  Tyr.  et  alii.  —  Abul-  p.  333. 
faragius,  p.  2/4-2.  '   Malaterra. 

'  Albert.  Aqiiensis,l.V,c.  11. — Tudebocl.  "  Ordericus,  1.  IX,  p.  yai  ;  1.  XI.  p.  817. 

p.  ygg.  —  Willelmus  Tyren.  I.  V,  e.  xvi.  —  '  Anna  Comn.  1.  XIII,  p.  ioA. 

P.aklrir.  I.  II.  p.  108.  109. —  Guiberlus.  '   Anna  Cnnin.  I.  IV,  p.  11. "j. 

a3 


17R  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

pu  deviner  la  raison.  Luy-mesnie  se  qualifie  ainsi  en  quelques  litres  '  : 
FJgo  Maucvs,  qui  et  Abbamomte,  Rubberd regisjilius  :  c'est-à-dire  BaemoiH. 
Il  tut  (jualifié  ])rince  d'Antioclie  à  cause  qu'avant  qu'il  entrasten  pos- 
session de  celle  ville,  il  esloit  et  se  qualifioil  prince,  au  rapport  de 
Guillaume  de  Tyr-,  sçavoir  de  Tarente  en  Italie,  comme  on  recueille 
du  Lignage  d'outre-mer  ^  et  de  Jean  Villani  *.  Car  entre  les  places  qui 
luy  furent  laissées  en  son  partage  par  son  frère  Roger  *,  furent  celles 
de  Bari  el  de  Tarente. 

[Dans  lin  acte  où  le  roi  Foulques'',  coinmo  haile  d'Antioclie,  confirme  les 
concessions  faites  par  Boémond  I"  et  H"  en  faveur  de  l'église  du  Saint-Sé- 
pulcre de  Jérusalem,  ces  deux  princes  sont  appelés  «seigneurs  d'Antioclie,?; 
(lomiin  Antiocheni.] 

Je  ne  prétens  pas  rapporter  icy  tous  ses  combats,  ni  comme  il  fut 
l'ait  pi'isonnier  par  les  Sarrazins,  puisque  cela  seroit  de  trop  longue 
haleine,  et  que  tous  les  auteurs  de  son  temps  en  ont  escril  amplement. 
Il  suffit  de  remarijuer  qu'il  mourut  en  la  ville  de  Bari,  en  la  Fouille, 
non  sans  quelque  sou])çon  de  poison,  comme  il  se  prcparoist  pour 
passer  à  Antioclie^  et  qu  il  fut  inhumé  en  l'église  de  Saint-Nicolas*. 
Les  auteurs  ne  s'accordent  pas  ])0ur  l'année  de  son  décez.  Anne  Com- 
nène  ^  et  Gudlaume  de  Tyr  '"  disent  qu'il  mourut  six  mois  après  la  levée 
du  siège  qu'il  avoit  mis  devant  la  ville  de  Duras  en  Albanie,  (jui  fui 
en  l'an  1 109.  Albert  d'Aix'^  escrit  qu'il  mourut  au  temps  que  l'empe- 
reur Henry  IV  esloit  à  Rome,  oîi  il  se  vengea  de  ses  ennemys  par  le 
fer  et  par  le  glaive.  Pierre  diacre'-,  dit  la  mesme  chose,  et  (jue  Boé- 
mond et  Roger,  duc  de  la  Fouille,  son  frère,  finirent  leurs  jours  du- 
rant ces  mouvemens;  d'oiî  il  faut  conclure  que  Boémond  mourut  en 

'   Angel.  a  Nuce.  ail  lilj.  IV  Chr.  Cnxsin.  '   Gniberlus,  1.  VII,  c.  \\\iv    —  Math, 

c.  \.  Paris,  ann.  1109,  p.  hh. 

'  Willelmiis  Tyr.  I.  VI,  c.  \xiii.  '  Alberlus  Aquensis,  I.  XI,  c.  \lviii. 

'  Lig-iwgcg  d'otiUe-mer,  c.  iv.  '  .\nna  Gomnena,  1.  XIV,  p.  4 19. 

''  J.  Villani,  I.  IV,  c.  xvHi.  '"  Willelnius  Tyr.  I.  XI,  c.  vi. 

^  Ordericus  Vital.  1.  VIII.  p.  077.  "  Albertus  Aquensis,  1.  XI,  c.  xlmii. 

''   Cartuhiriinn   Sar.cii  Septilchri ,  n'  8(1,              ''   Petriis  diac.  C/ir.  C«.Mm.  I.  IV,  c.  \Lii. 

p.  167.  —  VÀron.  Foss/r  Novœ ,  ami.  1  1 1  ] . 


LES  PRINCES  D'ANTIOCHE.  '  179 

l'année  1 1  lo,  comme  escrit  Mathieu  Paris,  ou  la  suivaiik-,  ausf[uelles 
les  auteurs  rapportent  le  voyage  d'Italie  de  l'empereur  Henry.  Ho- 
muald,  archevesque  de  Salerne,  dit  qu'il  mourut  l'an  1 1 1 1,  quatorze 
jours  après  la  mort  de  sou  frère,  et  qu'il  fut  inhumé  près  de  l'église 
de  Saint-Sabin,  en  la  ville  de  Canusio.  La  Ghroni(pie  de  Maillezais', 
celle  de  Fosse-Neuve'-  et  Orderic  Vital  ^  cotent  aussi  cette  mort  en 
l'an  1111.  Mais  le  dernier  se  méprend  lorsqu'il  escrit  qu'elle  arriva  à 
Antioche.  Enfin  le  Nécrologe  de  l'abbaye  de  Molesmes*  la  rapporte  au 
8'' jour  d'octobre.  Un  auteur  ancien^  dit  (ju'il  mourut  au  mois  de  fé- 
vrier; un  autre  ^  au  mois  de  mars.  Le  cardinal  Baronius '^  a  rapporté 
diverses  épitaphes  qui  luy  furent  dressées  à  Canusio  eu  la  Pouilie,  en 
l'église  de  Saint-Sabin,  où  il  fut  inhumé. 

Il  espousa  ^  Constance,  fille  de  Philippe  I'',  roy  de  France,  l'an  i  i  o/i. 
Les  noces  s'en  firent  en  la  vdle  de  Chartres,  avec  grand  appareil,  iu- 
continent  après  la  feste  de  Pasques.  Elle  estoit  pour  lors  veuve  de 
Hugues,  comte  de  Champagne.  Il  eu  procréa  deux  fils  ",  dont  l'aisné. 
nommé  Jemi,  mourut  jeune  dans  la  Pouilie;  l'autre,  nommé  Bor- 
moiid,  fut  prince  d'Antioche.  Constance  demeura  dans  la  Pouilie  avec 
son  fils^",  et  l'histoire  remarque"  qu'elle  lit  plusieurs  bienfaits  à  l'église 
de  Jyvenazzo  en  l'an  i  i  i3,  au  monastère  des  religieuses  de  Brindes, 
en  l'an  1 1 1 6,  et  qu'elle  fit  bastir  le  monastère  des  religieuses  de  Saint- 
Bartliélemy  de  Tarente.  Elle  vivoit  encore  l'an  1120,  en  laquelle 
année  l'histoire  remarque  que  le  pape  Calixte,  estant  venu  à  Béné- 


'  Chron.  Malleac.  aiiii.  1111.  Suger,  in  Lud.  VI,  c.  i\.  —  (Jrdericiis.  1.  V. 

■   Citron.  Fossœ  Novœ,  anii.  1111.  VIII,  XI.  — Fragm.  Iiistor.  [Hislorieiis   de 

'  Uideiicus  Vital.  1.  XI,  p.  82/1.  et  not.  France,  t.  IV,  p.  9/1,  98.1  -Anna  CiOmnena, 

ad  Annam.  I.   XII,  p.  3/i(3.  —  Citron.  Marcum.  I.  III 

*  Necrol.  Molism.  c.  iv.  — Conin.  Aimoini.  I.  V,  c.  \lviii. 

'■  Necrol.  Ctissiu.  — -Falco  Denevenl.  '  Fulcherius  Carnot.  I.  II,  c.  wviii.  — 

"  Anonyni.  Barensis.  Guibert.  I.  VII,  c.  \\\iv. —  Roinunld.  ami. 

'   Baronius,  Annal,  ann.  iiii.  iio5.  — Suger,  in  Ludonic.  VI,  p.  û88. 

'  Chron.  Cnssùi.  I.  IV,  c.  l.  —  Fulcherius  '°  Chron.  Fossœ  Novœ,  ann.  1 1!20. 

Carnot.  I.  Il,  c.  wvni.  —  Guibert.  I.  VII.  "  Uglielii,  Arch.  Benev.if  17;  Arch.  Tti- 

c.  x.wiv. —  Willelmus  Tyren.  1.  XI.  e.  1. —  rcnl.  n°  ai  ;  Arch.  Juvenaccitsi ,  epist.  n"  It. 

23. 


180  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

vcnl,  y  reçut  les  hommages  du  duc  Guillaume  et  des  grands  de  la 
Pouille;  et,  de  là,  estant  allé  à  Bari,  il  mit  eu  liberté  la  femme  de 
Hoémoud,  à  la(|uellc  elle  donne  le  nom  de  reyne,  parce  qu'elle  estoit 
fille  de  roy.  [Elle  était  morte,  en  1 12G  '.] 

.  Tancrède  [prince  de  Galilée]  fut  clioisy  -  pour  prendre  le  gouver- 
ueuieiit  de  la  seigneurie  d'Antioche,  durant  la  prison  de  Boémond. 
(|ui  avoit  esté  [tris  en  une  rencontre  par  les  Sarrazius,  l'an  1100. 
comme  son  principal  héritier,  et  jusques  à  ce  quil  auroit  recouvré  la 
liberté.  Il  estoit  fils  d'Eudes*  Bon-Marchis,  ou,  comme  quelques  an- 
leurs  le  nomment,  Marchis  ou  Marquis,  et  d'une  des  filles  de  Robert 
Guichard,  dont  le  nom  a  esté  supprimé  par  l'histoire.  [Elle  est  nommée 
Ennna  dans  IHistoire  de  la  guerre  sacrée,  publiée  par  Mabillon  *.] 
D'où  vient  cpi'Eudes  est  nommé  par  Orderic^  sororius  de  Guillaume 
de  Grantmesnil,  c'est-à-dire  beau-frère  de  par  sa  femme,  1  un  et  l'autre 
ayant  espousé  deux  sœurs,  filles  de  Robert,  dont  l'une,  femme  de  Guil- 
laume, fut  Mabile.  Ainsy  Tancrède''  estoit  neveu  de  Boémond,  qu'Al- 
bert d'Aix ''  et  quelques  autres  qualifient  oncle,  avunculus,  de  Tan- 
crède^. Boémond  fut  deux  ans  prisonnier,  au  rapport  d'Albert  d'Aix'-' 
et  de  Foucher  de  Chartres  '",  ou,  selon  Guillaume  de  Tyr^'  et  Mathieu 


'  Voir  plus  bas .  ;i  i'niticle  dp  son  lils  Boé- 
mond IL 

^  Albertus  Aquensis,  I.  VU,  c.  \xvir, 
\Lv.  —  Fulclier.  Carnotens.  1.  Il ,  c.  vi. 
—  Willel.  Tyr.  I.  X .  c.  v.  —  Gesta  Fran- 
cor.  exp.  Hier.  1.  I,  c.  xxxviii.  —  Abb.  Us- 
perg.  ann.  1102.  —  Mathieu  Paris,  ami. 
1101. 

'  Ordencus  Vital.  1.  Vlil ,  p.  717;  1.  i\. 
p.  -j-ih.  —  Romuaid.  ami.  iiii.  —  Tu- 
dpbod.  I.  I  et  IL  —  Anna  Comnena,  I.  XI, 
p.  34i. 

'  Voir  la  note  ci-après. 

'  Ordericus  Vital.  I.  VII,  p.  6i5. 

"  Anna  Comnena.  I.  XIII.  n.  iio. 


'  Albertus  Aquensis,  I.  Il,  c.  xix.  —  Wil- 
lelmus  Malmesb.  1.  IV,  p.  i5i. 

■'  Du  Gange ,  dans  ses  Familles  Normandes . 
fait  la  mère  de  Tancrède  sœur  et  non  pas 
lille  de  Robert  Guiscard,  de  sorte  que,  dans 
ce  cas,  Marc  Roémond  et  Tancrède  auraient 
été  cousins.  C'est  aussi  l'opinion  de  Sébas- 
tien Paoli  {Cod.  dtplomat.  t.  I,  p.  38(î);  il 
cite,  entre  autres  preuves,  l'Histoire  de  la 
guerre  sacrée,  publiée  par  Mabillon  {Mu- 
sœuiH  halicum,  t.  I,  p.  i36). 

"  Albertus  Aquensis,  I.  IX,  c.  xxxvi. 

'"  Fulcber.  Carnot.  I.  II,  c.  xxi. 

"  Willelmus  Tyr.  1.  X ,  c.  xxv  ;  i.  XI .  c.  iv. 

V,  VI. 


LES  PRINCES  D'AINTIOCHE.    ^  '  181 


Paris  ',  quatre  ans.  La  chronique  du  Vigeois^  dit  qu'il  lut  délivré  pai- 
l'intercession  de  saint  Léonard.  Estant  retourné  à  Atitioche,  il  entre- 
prit incontinent  après  son  voyage  d'Italie,  d'où  il  passa  en  France  ^ 
durant  lequel  il  donna  la  garde  de  sa  principauté  à  Tancrède,  son 
neveu,  et  ayant  espousé,  durant  son  voyage  de  France,  Constance, 
fille  du  roy  Philippe  \",  il  obtint"  en  mesme  temps,  pour  Tancrède. 
Cécile,  fille  naturelle  du  mesme  roy,  et  qu'il  avoit  eue  de  Bertrade 
de  Montfort.  Enfin,  Boémond  estant  décédé  en  Italie,  Tancrède  retinl 
la  principauté  d'Antioche  tant  qu'il  vécut,  c'est-à-dire  jusques  en 
l'an  1 1  1  -i  ^,  qu'il  décéda  au  mois  de  décembre.  Il  lut  inhumé  en  la 
ville  d'Antioche,  en  l'église  de  Saint-Pierre.  La  princesse  Cécile", 
après  la  mort  de  son  mary,  duquel  elle  n'eut  point  d'enfans,  es- 
pousa,  en  secondes  noces,  Pons,  comte  de  Tripoli. 

Roger,  très-illustre  et  jeune  chevalier,  dit  Albert  d'Aix\  fut  cli<)is\ 
par  Tancrède  ^  et  par  sa  dernière  disposition,  pour  lui  succéder  en  la 
princi]iauté  d'Antioche,  à  condition  de  la  restituer  au  jeune  Boémond, 
fils  du  prince  Boémond,  et  à  ses  iiéritiers,  lorsqu'ils  en  feroient  la 
demande.  Guillaume  de  Tyr^  Foucher  de  Chartres^»,  et  quelques 
autres  ",  luy  donnent  pour  père  Richard,  qu'Orderic  Vital  '^  qualifie  du 
titre  de  prince,  parce  qu'il  estoit  prince  de  Salerne ,  en  Italie.  C'est  ce 
Richard  qui  fut  fait  prisonnier  par  les  Sarrazins  avec  Boémond,  et  qui 
estoit  fils  de  Guillaume,  comte  du  Principat  au  royaume  de  Naples. 


'   Mathieu  Paris,  p.  42.  "  Alberlus   Aquensis,  I.  XII,  c.  \i\.  — 

^  Chroii.  Vasiense,  part,  i,  c.  xv,  xxxiii.  Willelmus  Malmesb.  1.  IV.  p.  i53. 

'  Alberlus  Aquensis,  1.  IX,  c.  xlvii.  —  '  Alberlus  Aquensis,  I.  XII,  e.  a. 

Fulcher.  Carnol.  1.  II.  c.  xxv.  *  Willelmus  Tyrens.  I.  il,  e.  x;  I.  \I. 

'  Willelmus  Tyr.l. XI,  Cl.  —  AnnaComn.  c.  xvni. 

I.  XII,  p.  346.  '  Willelmus  Tyr.  1.  XI,  c.  xvin,  xxii. 

'  Albertus  Aquensis,  I.  XII,  c.  viii.  —  "  Fulcber.  Carnot.  I.  II,  c.  xlvu. 

Fulcher.  Carnol.  1.  II,  c.  xlv.  —  Hisi.  Hier.  "   Mathieu  Paris.  — ,Egidius  de  Roya. — 

p.  609.  —  Willelmus  Tyr.  1.  XI,  c.  xviii.  —  Willelmus  Malmesb.  I.  IV,  p.  i5o.  —  Ro- 

Robert.  de  Monte,  ann.  1112.  — yEgidius  'muald.  ann.  1119. 

de  Roya,  ann.  1119.  '"  Order.  Vilal.  I.  X .  ]>.  802. 


182  LRS  FAMILLES  DOUTRE-MRR. 

IVère  de  Robert  Guicliard,  d'où  vieiil,  qu'/\lbert  d'Aix'  dit  qu'il  estoit 
Norman  de  nation,  et  proclie  parent  de  Tancrède -.  Le  nicsnie  auteur^ 
nous  apprend  que  Hoger  estoit  neveu  de  Tancrède  par  sa  sœur;  d'où 
il  faut  conclure  que  le  prince  Richard  avoit  espousé  la  sœur  de  Tan- 
crède, (jui  estoit  sa  proche  parente.  Les  escrivains  du  temps*  louent 
le  prince  Roger  pour  sa  valeur,  mais  ils  le  blasment  tous  pour  ses  dé- 
fauts et  ses  vices,  racontant  qu'il  fut  dans  le  dernier  abaiidonnement, 
dans  la  dissolution  et  l'avarice;  que  c'estoit  un  adultère  public,  et  qui 
ne  gardoit  ny  foy  ni  parole^,  ayant  refusé  tout  le  temps  de  sa  vie  de 
leslituer  la  principauté  d'Aiitioche  au  jeune  Boémond,  qui  estoit  dans 
la  Pouille,  et  à  qui  elle  appartenoit  de  droit.  Le  Cartulaire  de  Ma- 
nosque  nous  représente  quelques  titres  de  luy,  avec  la  qualité  de 
prince  d'Antioche,  de  l'an  1 1 18. 

I  Par  un  de  ces  actes,  du  h  juin'',  il  confirme  à  l'hôpital  de  Jérusalem  les 
donations  (|ui  lui  ont  (''té  faites  dans  toute  l'étendue  de  la  principauté  d'An- 
tioche.] 

II  mourut  l'année  suivante,  ayant  esté  tué  en  une  bataille  contre  les 
Sarrazins,  vers  Arcas\  11  espousa,  selon  les  auteurs  du  temps  ^  la 
sœur  de  Baudouin  II,  roy  de  Hiérusalem;  mais,  si  ce  qu'Orderic^  a 
escritde  Melaz,  fdle  du  sultan  Daliman,  est  véritable,  sçavoir  que  cette 
dame  ayant  embrassé  le  christianisme  à  la  persuasion  du  prince  Boé- 
mond ,  durant  sa  prison ,  et  ce  prince  en  estant  échappé  par  son  adresse , 
la  maria  à  Roger,  fils  de  Richard,  qui  estoit  tenu  captif  avec  luy.  il 


'   Albertus  Aquensis,  1.  III.  c.  xv;  1.  VII . 

C.   WMII. 

"  Anna  Comnena,  I.  XIII.  p.  ioa. 
Albeilus  Aquensis,  i.  XII,  c.  ix,  xii. 

'  Wilk'lmus  Tyr.  1.  XII,  c.  x.  —  Willel- 
rans  Maimesb.  i.  IV. 

'  Willelmus  Tyr.  I.  XII,  c.  ^.  — Fulcher. 
Carnot.  1.  III,  c.  m. — Ganter.  BellaAntioch. 
—  Historia  Hierosolym.  ann.  1119. 

'■  Cod.  diplom.  t.  I,  n"  6.  p.  6,  389,89(1, 
40/.. 


'  Fulcher.  Carnot.  \.  III .  c.  iir.  —  Ganter. 
]).  i53.  —  Ilisi.  Hieros.  ann.  1119. — ^Wil- 
ielmus  Tyr.  I.  XII,  c.  i\.  x.  —  Ordericus 
Vital.  1.  XI,  p.  8-3i.— Robert,  de  Monte  — 
.Egidius  de  Roya.  —  Willelmus  Mnlniesb. 
1.  IV,  p.  i5i. — ^elnaad ,  Extraits  des  hist. 
iirahes ,  p.  Sg-ZiS. 

*  Fulclier.  Carnot.  1.  Ill,  cm.  —  Ganter, 
p.  i6  1 . — -Willelnius  Tyr.  1.  \l.  c.  \xn;  I.  \II. 
c.  vni,  xn. 

'  Ordericus  Vital.  I.  X.  p.  802. 


LES  PRINCES  D'ANTIOGHE.  183 

faut  inférer  que  Roger  espousa  cette  dame  en  preniièn^s  noces,  quo\- 
que,  pour  dire  le  vray,  ceia  ressente  un  peu  le  roman,  et  vu  d'ailleurs 
que  les  escrivains  qui  demeuroient  outre-mer  n'ont  rien  laissé  par  escril 
de  cette  circonstance.  11  ajoute  '  encore  que  l'empereur  Alexis  Coin- 
nène  rechercha  la  fille  de  Roger  pour  Jean  Comnène,  son  fils  aisné. 
qui  fut  depuis  empereur,  ce  qui  ne  peut  estre,  d'autant  que  Jean  estoit 
marié'-;  et  Irène,  sa  femme,  ne  décéda  qu'en  l'an  i  126. 

Raudouin,  1^  du  nom^,  ro\  de  Hiérusalem,  ensuite  de  la  défaite  et 
de  la  mort  de  Roger,  vint  avec  Pons,  comte  de  Tri])oly,  et  une  armée 
considérable  en  la  ville  d'Antioclie,  après  avoir  combattu  les  Sarra- 
zins,  et  les  avoir  vaincus  en  bataille,  et  y  fut  reconnu  [)rince  et  sei- 
gneur de  cette  principauté  par  le  clergé  et  le  peuple,  à  condition* 
(}ue,  pour  le  bien  public,  il  donneroit  sa  fille  en  mariage  au  jeune 
Boémond.  à  qui  la  principauté  d'Antioche  appartenoit,  si  ce  prince  \ 
donnoit  son  consentement,  et  qu'il  vinst  à  Antiocbe.  pour  gouverner 
cet  Estât  par  ses  conseils  et  par  ses  secours. 

Boémond,  IP  du  nom  ^  surnommé  le  Jonne,  prince  de  Tarente,  ayant 
terminé  les  différens  qu'il  avoit  avec  Guillaume,  duc  de  la  Fouille, 
son  oncle,  pour  les  Estats  d'Italie  qu'ils  disputoient  respectivement, 
avec  cette  clause  que,  l'un  d'eux  venant  à  décéder,  le  survivant  lui 
succéderoit  en  tous  ses  biens,  passa  de  la  Fouille,  où  il  fut  élevée 
dans  la  Syrie,  après  l'an  1  ia6;  car  en  cette  année  il  estoit  encore  en 
la  Fouille,  comme  on  recueille  d'une  de  ses  patentes'',  datée  du  mois 

'  Ortiericus  Vital.  I.  II,  p.  83o.  clicr.  Caiiiot.  !.  111,  r.  lvii.  lxi. —  Orderic. 

-   DuCangc,  Familles By tant.  \^.  179.  Vital.  I.  XI,  p.  8-i5,  83i.  —  Math.  Paris. 

'   Gauter.  p.  i58.  —  //w(.  Hkrol.  ann.  p.  48.  /ig. —  Uglielli.  Italia  sacra,  t.  Vil, 

1119,  p.  61.5. — Willelmus  Tyrens.  1.  XII.  p.  1 1 'j  ;  t.  IX,  p.  173.   —   Romuaid 


ann. 


c.  XII.— Orderic.  Vital.  1.  XI.  p.  8o5. —  Ro-  1127. 

bertus  de  Monte,  ann.  iiio-  —  Willelmus  "  Chron.  Cassin.  1.  IV.  c.  l. 

Malinesb.  1.  IV,  p.  i5i.  '  Paulus  yEmilius  Sanctorius.  Hist.  (An- 

'  Gauter.  p.  i58.  bon.  motitisl. 

'  Willelmus  Tyr.  1.  XIIl,  c.  xxi.  —  Fiil- 


18A  LES   FAMILLES  DOUTRE-MER. 

(If  janvior  fie  l'an  du  monde,  selon  les  Grecs,  6636,  indiction  6,  qui 
revient  à  l'an  de  Nostre-Seigneur  1126,  par  laquelle  il  donne  le  mo- 
nastère de  Saint-Bartliéiemy  de  Tarente,  que  Constance,  sa  mère, 
alors  décédée,  avoit  fait  bastir  pour  des  religieuses,  à  Nilus,  abbé  de 
Saint-Anastase  de  Carbon;  et  ce,  du  consentement  des  archevesques 
de  Rari,  d'Otrante  et  de  Brindes.  11  passa  donc  dans  la  terre  sainte, 
dans  la  persuasion  qu'il  avoit  que  le  roy  Baudouin  luy  restitueroit 
la  principauté  d'Antioche,  qui  luy  appartenoit  légitimement  de  la 
succession  du  prince  Boémond  ^%  son  père.  En  quoy  il  ne  fut  pas 
déceu,  car  le  roy,  sur  l'avis  de  son  arrivée,  luy  alla  au-devant,  et 
luy  rendit  la  ville  et  toute  la  principauté,  qu'il  avoit  conservée  avec 
beaucoup  de  soin  et  de  peines  contre  les  attaques  des  Sarrazins;  et 
ensuite  il  luy  donna  en  mariage  la  princesse  Alix,  sa  seconde  fdle.  Ce 
prince  estoit  alors,  au  rapport  de  Guillaume  de  Tyr',  un  jeune  sei- 
gneur, bien  fait  de  sa  personne  et  d'environ  dix-buit  ans,  baut  de 
taille,  ayant  la  teste  blonde  et  un  visage  affable  et  courtois,  (pii  mar- 
quoit  la  grandeur  de  sa  naissance,  mesine  à  ceux  qui  ne  la  coiuiois- 
soient  point,  libéral  et  magnifique  comme  son  père;  et  qui  enfin  eust 
esté  un  des  plus  grands  princes  de  son  temps,  si  la  mort  prématurée 
ne  luy  eust  trancbé  le  fil  de  ses  jours.  Car,  après  avoir  repris  Ca- 
pliarda,  au  siège  de  laquelle  place  il  signala  sa  valeur,  il  fut  tué  en 
un  combat  ■•^,  qu'il  entreprit  inconsidérément  avec  Rodoan  ^  [Zengbi, 
nommé  par  les  Occidentaux  Sanguin],  sultan  d'Halape  [Alep],  où  il  fut 
abandonné  lascbemenl  des  siens,  l'an  ii3i,  laissant  de  son  mariage 
ime  fille  unique,  nommée  Constanco^.  Son  corps  fut  trouvé  sans  teste ^, 
et  fut  iniiumé,  au  mois  de  février,  au  monastère  de  Nostre-Danie,  qui 

'  Willelmus  Tyr.  1.  XIII,  c.  \\i.  en  1 1 1  h.  Le  sultan  actuel  était  Emacl-eddin- 

"  Willclnnis  Tyr.  I.   XIII,  c.  .xxi,  xxvi,  Zonfflii  I",  ou  Sanguin,  comme  le  nomme 

wvii. —  Matli.  Paris,  j).  luy —  Ordericus  ()rdericVital.SelonGuillaumedeTyr(l. .XIII, 

Vital.  I.  XI ,  [).  83 1 . —  RomualJ.  ann.  1 1  çi-  e.  xxvii).  Sanguin  était  un  autre  chef  des 


1 .1 1 


Turcs,  dont  Alix  rechercha  l'alliance, 
kl  (Jaugea  suivi  ici  Guillaume  de  Tyr.  ''  Willelnuis  Tyr.  1.  XXI.  c.  \xvii. 


r|ui  nomme  Rodoan  le  sultan  d'Alep  régnant  '  Roniuald.  nnn.  1 1 3 1 .  — Muratori,  t.  VU, 

alors;  mais  Rodoan  ou  Rodonan  était  mort        col,  187  d. 


LES  PRINCES  DANTIOCHE.  '        185 

estoit  près  du  sépulchre  de  Nostre-Seigneur,  à  costo  du  niosme  sépid- 
chre  '  [sur  la  droite]. 

Après  la  mort  de  Boémond,  le  roy  Baudouin,  son  beau-père,  prit 
derechef  le  soin  et  le  gouvernement  de  la  principauté  d'Antioclie,  d'où 
il  chassa  sa  fdle  Alix,  veuve  de  Boémond',  qui  vouloit  s'en  rendre  la 
maistresse.  Estant  mort  incontinent  après,  la  princesse  fit  ses  efforts 
pour  y  rentrer,  et,  à  cet  effet,  fit  alliance  avec  Pons,  comte  de  Tri- 
poly,  et  Joscelin  le  Jeune,  comte  d'Édesse^  Mais  Fouques,  roy  de  Hié- 
rusalem,  ayant  esté  appelé  par  ceux  d'Antioche,  défit  le  comte  de  Tri- 
poly,  et  prit  possession  de  la  place  et  de  la  principauté,  dont  d  donna 
le  gouvernement  à  Renaud  Mansuer,  seigneur  de  Margat,  personnage 
de  naissance  et  vaillant. 

[En  l'année  1 134,  le  roi  Foulques  confirma,  comme  haile  d'Antioche,  une 
donation  faite  au  Saint-Sépulcre  de  Jérusalem  ^  L'acte  est  daté  de  son  palais 
d'Antioche.  ] 

11  est  probable  ^  que  ce  fut  après  la  mort  de  Baudouin  que  ceux 
d'Antioche  envoyèrent  offrir  la  fille  de  Boémond  à  l'empereur  Jean 
Comnène,  pour  son  jeune  fils.  Manuel,  qui  luy  succéda  depuis  à  l'em- 
pire; ce  que  cet  empereur  ayant  négligé,  il  se  forma  entre  les  François 
et  les  Grecs  une  inimitié  mortelle,  ijui  donna  depuis  matière  à  de 
grands  démeslez  entre  eux.  Cependant 

Raymond  de  Poitiers,  ou  le  Poitevin ^  comme  d  est  nommé  par  les 
Grecs  et  par  le  juif  Benjamin",  fut  mandé  à  Antioche  \mxv  le  roy  Fou- 

'  La  phrase  latine  de  Romuald  semble  '   CartuL  S.  Sepiilc.  n"  8.1,  ji.  iG.5,  iGti. 

plus  claii-e  que  celle  de  Du  Gange  :  «...  et  '  Cinnamus,  1.  I,  p.  i4.  i5,  1"  édit. 

rrsepultus    in   inonasterio    Sancta;    Maria?.  °  Nicetas. 

fquod  estjuxtasepulclirum  nostri  Redeiup-  '  Le  mot  Pitibin,  pr&édé  de  l'article 

fftoris,  in  dextera  parte  ejusdem  sepulcliri."  l''3il2''Dn,  qu'on  lit  dans  le  texte  de  Benja- 

-  .-Eoid.  deRoya,  ann.  1128.  min,  immédiatement  avant  le  mot  papa. 

'  Willelmus  Tyr.  i.  XIV,  c.  v,  ix.  —  Or-  également  précédé  de  l'article,  NCDH  (édi- 

dericus  Vital.  I.  XII.  p.  88((.  —  Mathieu  tion  Constantin  Lempereur.  p.  3i),  ne  pa 

Paris,  p.  .TO.  ann.  11  33.  raît  pas  devoir  s'appliquer  au  prince  Ray- 
ai 


186  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

([ues',  à  qui  il  estoil  parent,  pour  ospouser  la  princesse  Constance.  Il 
esloil  pour  lors  en  la  cour  d'Henry,  1"  du  nom,  roy  d'Angleterre,  du- 
(juel  il  avoit  receu  l'ordre  de  chevaltu'ie.  Ce  seigneur-  estoit  [comme  il 
il  le  dit  lui-même,  de  l'illustre  iamille  des  Poitevins,  c'est-à-dire  des 
comtes  de  Poitiers],  (ils  puisné  de  Guillaume,  IX^  du  nom,  duc  de 
Guyenne  (et  non  d'Austriche,  comme  veut  un  auteur  aleman^),  et  de 
Philippe,  dite  Malhildc,  de  Tolose,  et  frère  de  Guillaume  X,  dernier 
duc  de  Guyenne.  11  prit  naissance  en  la  ville  de  Tolose,  comme  nous 
a])prenons  de  la  Chronique  de  Maillezais  *,  et  estoit,  au  rapport  de 
Guillaume  de  Tyr\  un  personnage  d'une  riche  taille  et  d'une  helle 
prestance,  alTahle  et  courtois  à  tout  le  monde,  qui  surmonta  ceux  qui 
le  précédèrent  en  valeur  et  en  expérience,  au  fait  des  armes,  grand 
amateur  des  gens  de  lettres,  sobre  dans  son  vivre,  magnifique  et  libé- 
ral à  l'excez;  et,  pour  achever  son  éloge  par  celuy  que  luy  donne  Guil- 
laume de  Neubourg^  il  fut  le  bouclier  et  le  défenseur  des  chrestiens 
dans  l'Orient,  et  se  transmit  en  quelque  façon  par  le  nombre  de  ses 


iiiond  (le  laitiers.  I^a  phruse  tie  lauleur 
sernljle  signifier  :  it  Cette  ville  (Anlioclie)  est 
rr lapins  f'orlo  de  tout  l'empire  de  ceshniiiiiies 
'fiers  qui  suivent  la  foi  du  pape  l^ilivin." 
Est  toi  lus  imperiiferociuii!  Piliviiii  piijnr  Jidi'iii 
(impleclcntiinn  munili-tsiiiKi.  Telle  est  la  tra- 
duction de  Constantin  Lempereur.  L'autre 
Iraducteur,  Arias  Montanus,  s'est  conlenlé 
(le  dire  (p.  3i)  :  Esicjiic  miiiiilissima  m-bs  di- 
lionis  diJpdcHtiiiin  a  fidr  uostrii.  (ionslantin 
l>eni])ereur.  dans  ses  notes,  pense  que  jinpiv 
signifie  ici  le  patriarche  d' Anlioclic ,  et  il  cher- 
che vainement  dans  Pitivini  un  nom  propre 
(le  palriarclie.  Mais  il  faut  plul(')t  regarder  ce 
mot  comme  un  adjectif,  et  l'expliquer  par 
le  patriarche  poitevin ,  soit  parce  que  ce  pa- 
triarche d'Aiitioelie,  quel  qu'il  fût  en  ce  mo- 
ment, était  le  patriarche  d'une  ville  soumise 
à  un  seigneur  poitevin  d'origine ,  soit  parce 
que  le  patriarche  vivant  au  moment  où  écri- 
vait Benjamin  était  Aimeri,  natif  de  Limo- 


ges, élevé  à  la  dignité  patriarcale  par  la  fa- 
veur du  prince  Raymond  le  Poitevin ,  et  que 
Limoges,  alors  vicomte  mouvant  des  comtes 
de  Poitiers,  était  eu  qnelque  sorte  mie  dé- 
pendance du  Poitou.  Dans  tous  les  cas,  ce 
ne  peut  être  à  la  personne  mt'me  de  Ray- 
mond, mort  en  i  lit),  que  s'applique  cette 
qualification .  de  la  part  d'un  auteur  qui  écri- 
vait en  1  17;!  et  qui  parlait  de  ce  qu'il  avait 
vu  trois  ans  auparavant.  (Voir  plus  loin  Lex 
Seigneurs  de  Gihlet.) 

'  ^Villelnu^s  Tyrcns.  I.  XI\  ,  c.  ix,  \\. — 
Willehims  Genietic.  I.  MI,  c.  \lhi. —  Math. 
Paris,  ann.  1  lo-?. —  Rohert.  de  Monte,  ann. 
1  i3o. 

'"  Cliron.  Vosiense ,  1.  I,  c.  xxxiii ,  xxxix. 
—  Ph.  Mouskes. — Cartiil.  S.Sepiilc.\i.  178. 

'  Jac.  Wimpheling.  Ejjit.  rerum  Genn. 

'  Citron.  Malleac.  ann.  1099. 

"'  Willelmus  Tyr.  1.  XIV,  c.  xxi. 

"  Willelmus  Neuhriff.  I.  I,  c.  xxi. 


LES  PRINCES  D'ANTIOCHE.  187 

belles  actions  et  de  ses  victoires  la  gloire  de  l'ancien  Machabée.  Enfin, 
Cinnamus  '  dit  qu'il  estoit  un  autre  Hercules.  Mais  tous  ces  avantages 
furent  ternis,  ou  plutost  obscurcis  par  quelques  défauts ^  car  il  estoit 
d'un  naturel  prompt,  se  laissoit  emporter  par  l'impétuosité  de  son  es- 
prit dans  les  occasions  ;  il  n'estoit  pas  niaistre  de  luy-mesme  quand 
d  estoit  en  colère,  raisonnoit  peu,  n'estoit  pas  beureux,  avoit  peu 
de  prévoyance,  et  enfin  il  estoit  adonné  extraordinairement  aux  jeux 
de  dez. 

11  commença  à  entrer  en  possession  de  la  principauté  d'Antioche 
vers  l'an  ii36,  comme  on  peut  recueillir  d'un  titre  ^  de  luy  et  de 
Constance,  sa  femme,  du  mois  d'avrd  [19],  l'an  11/10,  indiction  3. 
qui  est  marqué  estre  le  quatrième  an  de  sa  principauté  [extrait  du 
Cartulaire  du  Saint-Sépulcre,  d'un  autre  acte  du  même  joui',  môme 
année,  tiré  du  même  cartulaire*];  et  d'un  autre  qui  est  au  Cartulaire 
de  Manosque^  en  Provence,  du  1"  février,  l'an  1 1/18,  indiction  12. 
qui  est  marqué  estre  le  treizième °.  Or,  en  cette  année  1186,  Constance 
n'avoit  pas  encore  atteint  i'age  nubile,  son  père  n'ayant  contracté  son 
mariage  qu'en  l'an  1126,  ce  qui  est  aussi  remarqué  ])ar  Guillaumi- 


de  Tvr  \ 


D'abord  que  Jean  Comnène,  empereur  de  Gonstantinople,  eut  ap- 
pris (jue  la  ville  d'Antiocbe  avoit  esté  mise  entre  les  mains  de  Ray- 
mond, et  que  Constance  luy  avoit  esté  accordée  en  mariage,  oiïensé 
de  ce  que  cela  s'estoit  fait  sans  sa  participation,  prétendant  estre  sei- 
gneur direct  de  cet  Estât,  [il]  leva  une  puissante  armée,  avec  laquelle  il 
s'acbemina  vers  Antiocbe;  enleva  d'abord  au  prince  les  villes  de  Tarse. 

'  Cinnamus,  1.  III.  p.  i35  de  la  1"  éJi-  ''  Cartul.  Manosc.  —  Cnd.  dqilom.  t.  I 

tiiin.  "°  2S'  P-  a?- 

-  Willelnms  Tyr.  1.  \IV,  c.  xxi;  i.  XVI.  "  Nous  pensons  que  l'acte  donné  dans  le 

Gei-ta  Ludovici  VU,  régis  Franco-  Codlce  diplomatko  est  celui  que  Du  Cange 


c.  IV 


rmn,  c.  xxv.  avait  vu  dans  le  Cartulaire  de  Manosque . 

''  Aux  Preuves  de  XHisl.  des  Chasteign.  et  qu'il  est  de  l'an  11 49  (nouveau  style),  cj 

p   3_  qui  s'accorde   avec   les  autres  indications 

"  Cartul.  S.  Sepulc.  n"  88,  89,  p.  169-  chroiiolog-iques  de  l'acte. 
,j.2-i^S.  '  Willelmus  Tyr.  I.  XIV,  c..\v. 

24.  ' 


188  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

(lAdaïui,  (le  Maniistre  et  d'Aiiavnrse  [Anazarbo],  dans  la  Cilicie,  qui 
avoienl,  esté  possédées  parles  |)riiires  d'AiiUoche  depuis  quarante  ans; 
mit  le  siège  devant  la  place,  et  la  pressa  de  si  près  que  Raymond ,  voyant 
[lien  ([u'il  nepouvoit  espérer  aucun  secours  duroy  de  Hiérusalem,  traita 
avec  l'empereur,  et  consentit  de  luy  l'aire  hommage  lige  de  sa  princi- 
pauté et  de  luy  accorder  l'entrée  de  ses  places  à  grande  et  petite  force  ', 
c'est-à-dire  aux  conditions  ordinaires  des  fiefs  jurables  et  rendables '■^. 
11  semble  qu'en  conséquence  de  cet  accord  lempereur  laissa  dans  An- 
tioche  un  gouverncui'  de  sa  part,  avec  le  titre  de  duc  de  la  mesme 
ville,  comme  ses  prédécesseurs  avoient  fait  au])aravant,  et  que  celuy 
(pii  eut  pour  lors  cette  qualité  fut  Léo  MaiopoJns,  dux  Antiochiœ.  qui 
souscrivit  avec  les  barons  de  cette  principauté  le  titre  de  l'an  i  lio, 
dont  je  viens  de  parler. 

[Ainsi  (jue  le  second  acfe^  du  iikmik- jour,  et  un  autre,  également  du  prince 
Raymond,  du  i"  lévrier  1 1  Acj  \ 

Mais  si  Léon  fut  duc  d'Antioclie  pour  l'enipereur,  il  avait  ('té  établi  dans 
celte  dignité  par  Jean  Conniène,  avant  le  mariage  arrêté  de  Raymond  et  de 
Constance,  puisqu'on  le  voit,  en  i  i3/i  et  1 135,  souscrire  comme  témoin  deux 
actes  du  roi  Foulques °.  Dans  ces  difl'érentes  souscriptions,  il  est  nommé  Léo 
Maiopolus,  (lux  Antiochiœ;  Léo  Maiopoli ,  (lii.v;  Léo,  dux  MeopoJis,  ou  Mngnopo- 
lis:  ou  enfin  seulement  Lco  (hcr. 

Léon  eut,  dans  sa  dignité  de  duc  d'Anlioclie,  des  successeurs  dont  nous 
donnons  la  suite  un  peu  plus  bas,  à  l'article  de  Roémond  III.] 

Guillaume  de  Tyr '\  pai'le  du  dessein  que  l'empereur,  estant  entré 
dans  la  place,  eut  d'y  laisser  des  trouppes,  et  qu'il  en  fut  détourné  par 
une  sédition  qui  s'émut  parmy  le  peuple  sur  ce  sujet. 

Raymond  se  repentit  incontinent  après  de  ce  traité,  du(juel  il  se 

'  Willelmus  Tyr.  1.  XIV,  c.  sxiv,  xxx. —  '  Cni-iul.  S.  Scpuk.  )>.  171,  177. 

Nicetas,./o(7«îi.c.vii.—  Orderic.  Vital.  1. XIII.  ''  Codic.  diplomat.  t.  I,i)°  a. 5,  p.  27. 

p.  (ji4.  —  Cinnamus,  I.  I,  p.  17,  18,  )35,  '  Girtul.  S.  Sepulc.  n"  85,  86,  p.  166, 

1'"  édition.  167.  —  Assi.sci  deJérus.  (-dit.Beugnot  J.  II, 

'   Voir  Du  Gange,   3o'  dissertai imi   sur  p.  igi,  11°  i,"5. 
Jninville,  p.  Sig  et  suiv.  ''  VVilletnius  Tyr.  I.  XV,  c.  ni,  i\. 


LES  PRINCES  D'ANTIOCHE.  '  189 

rétracta,  par  les  persuasions  de  Hugues,  cvesque  de  Gibei  ou  Zebol'. 
L'empereur,  irrité  de  celte  infraction  de  paix,  retourna  en  la  province 
d'Antioche  et  ravagea  la  campagne.  Mais,  comme  il  estoit  dans  la  CÀ- 
licie,  la  mort  le  surprit  en  l'an  nlx'd.  Manuel,  ayant  succédé  à  son 
père,  envoya  une  armée  navale  et  une  autre  de  terre,  pour  achever 
de  réduire  ce  prince,  qui  se  trouva  à  de  si  grandes  extrémitez  qu'il 
l'ut  obligé  de  venir  à  Constantinople  et  de  faire  hommage  lige  à  l'em- 
pereur'-. Estant  de  retour  à  Antioche,  il  y  reçut  Louys,  VIP  du  nom. 
roy  de  France,  lorsqu'il  passa  dans  la  terre  sainte,  et  le  traita  magni- 
fiquement, dans  l'espérance  qu'il  obtiendroit  de  lui  un  secours  consi- 
dérable pour  recouvrer  ses  places ,  qui  luy  avoient  esté  enlevées  par 
les  payeuse  Mais,  s'estant  vu  frustré  de  ses  pensées,  il  en  conçut  un  si 
grand  dépit  qu'il  résolut  de  s'en  venger  :  ce  qu'il  fit  en  persuadant  à 
sa  nièce,  Aliénor  de  Guyenne,  femme  du  roy,  et  qui  estoit  une  de  ces 
femmes  folles,  connue  écrit  Guillaume  de  Tyr,  de  se  sépai'er  d'avec 
son  mary.  Enfin,  il  fut  tué  dans  une  bataille  contre  Noradin,  qui  estoit 
venu  ravager  ses  terres,  s'estant  avancé  trop  avant  dans  les  troupes 
ennemies,  desquelles  il  se  trouva  accablé,  et  finit  ainsy  ses  jours,  le 
27- jour  de  juin,  l'an  1168*,  après  avoir  tenu  la  principauté  l'espace 
de  treize  années. 

[il  faut  reculer  la  mort  de  Raymond  au  mouis  jusqu'en  l'année  iiAy. 
puisqu'on  a  de  lui  un  diplôme  ^  en  faveur  de  l'hôpital  de  Saint-Jean  de  Jéru- 
salem ,  daté  du  1"  février  1  1  ig ,  indiction  1  -2  ,  la  treizième  année  de  son  priii- 
cipat.   Mais  il  est  très-probable  qu'il  ne  vécut  pas  au  delà  de   cette   année. 

'  Willeimus  Tyrensis,  I.  XV,  c.  i,  11  et  mus  Tyr.  1.  XVI.   c.   xxvii.  —  Willelmus 

seq.  XIX,  XX,   xxi,  xxii.  —  Ollio  Frising.  Nanguis.  Cliroii.  ann.  iiig. 
I.  Vn  ,  e.   xxvni.  xxxin.  —  Nicel.  Joann.  "  Willeimus  Tyr.  1.  XVH,  c.  i\, — Wil- 

c.  n.  _  Jo.  Tzetzes.  Episl.  ad  Mclrophav.  ielmus  Neubrig.  i.  I,  c.  xxi.  ~  Math.  Paris. 

patriarcli.   [).    afiy.   —   Gimiamus.    1.    III.  ann.  iikS.  — Chron.  Normann.  ann.  iii6 

p.  ,3i.  et  11 53.  —  Robert,  de  Monte,  ann.  11 40. 

-  Cinnamus.    I.    II,    p.    33,    34,    36;  —  Ginnamus,  1.  III,  p.  i3i. —  Mog-.  C/iron. 

I.  m,  p.    i35.  --iNicetas,  Manuel,   i.  I.  Belg.  —  Peu.  Ven.].\l,  ef.  18 ,  içf.  —  Wic. 


c.  II. 


Trivett.  ann.  1  i5o. 
Gesta  Ludorici  VU,  c.  xv.  —  Willel-  '   Cod.  dlpIomaH.  I.  n°  25,  p.  27. 


190  I.ES  FAMILLES  IVOUTRE-MElî. 

puisque,  on  i  i  So,  la  princesse  Constance  conlirme  une  donation  en  laveur  du 

inèine  ordre,  par  des  lettres'  où  il  n'est  pas  lait  mention  du  prince  Raymond.] 

Son  corps  fut  poi-t*'"  i\  Aiitioche,  où  il  l'ut  iuhuiné  au  vestibule  de. 
l'église  (le  Sainl-Pierre,  au  tombeau  de  ses  pi'édécesseurs. 

[Dans  ses  diplômes  2,  Raymond  se  dit  prince  d'Antioclie,  et  a|)pelle  son  do- 
maine royaume.  Dans  l'un  de  ces  actes,  il  remarque  que,  depuis  la  troisième 
anm^e  qu'il  a  obtenu  le  trône  du  roijaiime  d'Antioche,  il  s'est  rendu  à  Jérusa- 
lem pour  y  adorer  les  lieux  saints.] 

Il  laissa ,  de  sa  femme  Constance  *,  deux  fils  et  deux  filles  :  sçavoir, 
Boémoiid,  qui  fut  prince  d'Antioche;  Baudouin,  qui  suivit  la  cour  et 
les  armées  de  l'empereur  Manuel,  et  mourut  à  son  service,  vers  l'an 
117/i'';  Pbilippie,  qui  espousa  Andronique  Comnène,  qui  fut  depuis 
empereur  ^  et,  en  ayant  esté  répudiée,  se  remaria  avec  Humfroy  de 
Toron,  connestable  de  Hiérusalem,  vers  l'an  1176;  et  Marie,  mal 
nommée  Marguerite  dans  le  Lignage  d'outre  -  mer '^,  et  Constance  par 
le  Continuateur  de  Sigeberf.  Cette  seconde  lille  fut  mariée  à  Manuel 
Comnène,  empereur  de  Constantinople,  et  fut  nommée  par  les  Grecs 
Xène,  c'est-à-dire  et  estrangère*.  n  La  princesse  Constance ,  après  la  mort 
de  son  mary,  mit  ses  Estats  en  ia  protection  de  l'empereur  Manuel  °, 
qui  voulut  luy  faire  espouser  Jean  Roger'",  qui  estoit  revestu  de  la  di- 
gnité de  césar  de  l'empire,  et  qui  s'estoit  allié  en  premières  noces  avec 
Marie  Comnène,  fdie  aisnée  de  l'empereur  Jean";  mais  l'ayant  rebuté 


'   Cod.  diplomat.  t.  I,  n°  ay,  p.  29,  3o.  '  Chron.  Nonn.  ann.  1 1  40. — Robert,  de 

'  Cart.  S.  Sepulc.  n"'  88,  89,  p.  170.  Monte,  ann.  iiGi. 

171,  178,  177.  '  Ginnaraus.  —  Nicetas. — Hoveden. — 

'  Willelmus  Tyr.  I.  XVII,  c.  x.  —  Rain.  Chron.  Vosiense,  c.  xxxui.  -  -  ^Egidiiis  de 

Epist.  [Historiens  de  France,  t.  IV,  p.  580.")  Roya,  ann.  1 166.  —  Du  Gange,  Famil.  Btj- 

—  Cod.  diplomat.  t.  I,  n°  76,  p.  76.  lunt.  p.  186. 

*  Nicetas.  Manuel.  I.  V.  c.  viii;  1.  VI .  '  Ginnanius,  I.  IV,  p.  ig.S. 

c,  11.  "  Ginnanius.  I.  III,  p.  i3i,  i3-j;  I.  IV. 

'  Willelmus  Tyr.  I.  XXI,  c.  xiii.  —  Du  p.  198. 

Gange,  Famil.  Bij~ant.  [>.  190,  191.  "  Voir  la  famille  des  Goninènes,  dans  Du 

'   Lignriffes  d'outre-mer^  c.  iv.  Gange,  Famil.  Aug.  Bijzanl.  p.  180. 


LES  PRINCES  D'ANTIOCHE.  191 

n  cause  fie  son  âge,  elle  se  remaria,  sans  en  donner  avis  à  Manuel, 


avec 


Renaud',  de  Chastillon  sur  Loire,  seigneur  de  Gien  sur  Loire ^  qui 
avoit  pour  sœur  ia  mère  de  Renaud,  seigneur  de  Montiaucon  en  Rrie. 
et  d'Aveline,  femme  d'Ursion,  seigneur  de  Nemours  et  de  Tracy.  Ce 
mariage  se  fit  sur  la  tin  de  Tan  1 15;:!,  ou  sur  le  commencement  de 
l'an  1 1  53 ,  durant  le  siège  d'Ascalon  [comme  on  peut  le  conclure  d'un 
diplôme  de  Renaud  et  de  Constance  ',  en  faveur  de  l'hôpital  de  Jéru- 
'salera,  daté  de  l'an  1 155,  et  de  la  troisième  année  du  principat  de 
Renaud,  c'est-à-dire  la  troisième  depuis  son  mariage];  car  Gdles  de 
Roye*  le  rapporte  mal  à  l'an  ii6o.  11  s'est  pareillement  mépris  au 
surnom  de  Neeïle,  qu'il  donne  à  ce  prince  contre  la  vérité.  H  estoit 
pour  lors  à  la  suite  et  dans  les  troupes  de  Baudouin  111,  roy  de  Hié- 
rusalem,  du  consentement  duquel  il  parvint  à  cette  illustre  alliance  ^ 
la  princesse  l'avant  préféré,  quoyque  simple  chevalier,  au  frère  (hi 
prince  de  Capoue,  qui  estoit  en  la  cour  de  ManueP,  et  à  plusieurs 
autres  seigneurs  de  haute  condition  qui  la  recherchoient.  Cinnamus' 
dit  qu'elle  fit  ce  mariage  à  la  persuasion  de  la  noblesse  d'Antioclie. 
qui  appréhendoit  que,  si  elle  se  laissoit  marier  par  l'empereur,  tout 
son  Estât  ne  devinst  tributaire  de  l'empire. 

Incontinent  après  estre  parvenu  à  cette  dignité,  il  [Renaud]  se  con- 
cilia les  Pisans,  qui  estoient  en  ce  temps-là  puissans  sur  la  mer.  et. 
avec  la  princesse  Constance,  sa  femme,  il  leur  donna  une  portion  de 
terre  près  le  port  de  Laodicée,  pour  y  construire  une  maison  au-des- 
sous de  l'église  de  Saint-Hélie.  vis-à-vis  de  la  maison  du  Temple  ^  Il 
leur  donna  encore  une  maison  en  la  ville  d'Antioche,  qui  avoit  appar- 

'   Alhericus,  ann.  1167.  laoi.  1.  XVIII.  c.  i,.\,  xvii.xviii. — Sanutus,  1.  III . 

'  Histoire  manuscrite  d'outre- mer.  part.  6,  c.  xx. 
^  Cod.   diphmiil.  t.   I,  n"    3i ,    p.   36.  "  Cinnamus,  I.  III,  p.  i3i. 

399.  '  Cinnamus,  1.  IV.  p.  19a,  198  etsecj. 

*  yEgidius  de  Rop.  '  UghelJi ,  Italia  sacra  .  t.  III .  p.  663  ,  Ar- 

^  Willelmus  Tyr.  1.  XVII,  c.  xxi,  xxvi;  clàep.  Pisanico. 


192  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

tenu  h  une  dame  nommée  Odette  de  Tyr,  et  leur  donna  l'exemption 
de  la  moitié  des  péages  dans  toutes  ses  terres.  Ces  lettres  furent  expé- 
diées au  palais  d'Antioche,  le  lo'' jour  de  may,  l'an  i  i5Zi. 

lienaud  se  concilia  aussy  l'amitié  de  Manuel,  <jui  l'employa  contre 
Toi'os,  prince  de  Cilicie  et  d'Arménie,  lequel  il  défit.  Mais  comme  il 
vit  que  l'empereur  diiïéroit  de  hiy  donner  la  récompense  qu'il  luy  avoil 
promise,  il  se  jeta  sur  l'isle  de  Cypre,  la  ravagea,  et  défit  une  partie 
des  trouppes  impériales  '.  Cette  action  donna  sujet  à  Manuel  de  faire 
marclier  l'armée  qu'il  avoit  levée  contre  Toros  dans  l'Estat  d'Antioche 
contre  Renaud,  lequel  voyant  bien  qu'il  n'avoil  point  de  forces  pour 
résister  contre  un  prince  si  puissant,  (ju'il  avoit  grièvement  offensé,  le 
vint  trouver  en  Cilicie,  en  liabil  de  coupable,  la  teste  nue,  les  mains 
découvertes  jusques  au  coude,  les  pieds  nus  et  la  corde  au  col,  suivy 
du  peuple  d'Antioche,  et  obtint  par  ce  moyen  son  pardon.  Le  mesme 
auteur  semble  dire  que  ce  ])rince  se  trouva  nécessité  à  cette  bassesse 
])ar  la  considération  du  patriarche,  qu'il  avoit  autrefois  maltraité  et 
mesme  emprisoiuié,  <pii  avoit  promis  à  l'empereur  de  le  livrer  entre 
ses  mains  avec  la  place.  Manuel  entra  ensuite  à  Antioche  et  y  fut  reçu 
avec  grand  appareil,  comme  il  est  amplement  rapporté  par  Gudlaume 
de  Tyr^  et  Nicétas.  Le  dernier  donne  mal  en  cet  endroit  le  nom  de 
Gérard  au  prince,  s'estant  probableuient  mépris  par  la  rencontre  du 
nom  de  Gérard,  évesque  de  Laodicée,  par  le  conseil  et  en  la  compa- 
gnie duquel  Renaud  vint  trouver  l'empereur  en  CiHcie.  Estant  ainsy 
rentré  en  la  paisible  possession  de  ses  Estats,  sous  l'hommage  de  l'em- 
pire, il  fit  diverses  entreprises  contre  les  Sarrazins,  dans  l'une  des- 
quelles^ il  fut  fait  prisonnier,  près  de  Marésie,  par  Magedin,  gou- 
verneur  d'Halape,  et   conduit  en   cette  ville,  le   28   de   novembre, 

'  Cinnauius,  i.  IV.  —  Nicetas,  Manuel,  '  WillelQuis  Tyr.  I.  XVIII,  c.  xwiii.  — 

I.  m.  c.  m.  —  VVillcInius  Tyr.  1.  XVIII.  Epist. inincip.in  Gest.  Dci ,  p.  1176,  1178, 

c.  xxiii,  .\sv.  et  Historiens  de  France,  t.  IV,  p.  689.  692 . 

"  VVilielnius  Tyr.  1.  XVIII,  c.  1.  —  Ciiina-  Ggi.  —  Sanutus,  1.  III,  part.  6,  c.  xx.  — 

mus,  1.  IV,  p.  196. — Du  Gange,  .3o' rf/i-  Robert,  de  Monte,  ann.  116',.  —  Nicol.Tri- 

sertntion  sur  Joinville,  p.  857.  vct.  ann.  1 1O2. 


LES  PRINCES  D'ANTIOCHE.  193 

l'ail  1 1  Go  '  ;  où  il  fut  en  captivité  l'espace  de  seize  années,  après  lequel 
temps  il  fut  élargi  par  Tentremise  de  ses  amis  et  au  moyen  d'une 
grande  rançon  qu'il  paya'^. 

La  princesse  Constance  estant  décédée  durant  ce  temps-là,  Boi'-- 
mond,  son  fils  aisné,  qu'elle  avoit  eu  de  Raymond  de  Poitiers,  son 
premier  mary,  devint  prince  d'Antioche,  et  le  prince  Renaud,  après 
avoir  recouvré  sa  liberté,  se  remaria  avec  Estiennette,  au  droit  de 
laquelle  il  devint  prince  de  Montréal,  et  mourut  l'an  i  187,  comme 
nous  dirons  ailleurs.  Albéric  *  dit  que  Renaud  eut  trois  filles  de  son 
mariage  avec  Constance,  dont  la  première  espousa  Manuel,  empereur 
de  Constantinople,  qui  en  eut  le  jeune  Alexis;  la  seconde,  Agnès,  fut 
alliée  avec  Bêla,  roy  de  Hongrie,  qui  en  procréa  Aiinery  et  André, 
successivement  roys  de  Hongrie,  et  deux  reynes,  sçavoir,  Constance, 
reyne  de  Bohesme,  et  Marguerite,  reyne  de  la  Grèce.  La  troisième, 
nommée  Alix,  fut  mariée  au  marquis  d'Esté,  en  Italie.  Quant  à  la  pre- 
mière, il  est  constant  (ju'il  s'est  mépris,  et  ([ue  la  fille  de  Constance 
qui  espousa  Manuel  estoit  du  mariage  avec  le  prince  Raymond,  comme 
Nicétas=^  et  les  autres  auteurs  escrivent  formellement,  car  Manuel  l'es- 
pousa  vers  l'an  116/1,  auquel  temps  Renaud  ne  pouvoit  avoir  des  filles 
en  âge  nubile,  ne  s'estant  marié  qu'en  l'an  1162.  D'ailleurs,  Guillaume 
de  Tyr'>  dit  qu'elle  fut  la  dernière  fille  de  Constance,  et  sœur  ger- 
maine de  Boémond  111,  prince  d'Antioebe.  Nicétas'Tait  mention  du  ma- 
riage d'Agnès  avec  Bêla,  roy  de  Hongrie.  Quant  à  la  troisième,  qu'es- 
pousa  le  marquis  d'Esté,  Jean-Baptiste  Pigna  et  Hiérome  Falet,  qui 

'   Au  mois  de   mai-s    précddent,    1160  ami.    1162.   —   %iclius   de   Roya.  ann. 

{more  roniano),  de  concert  avec  sa  femme  1 176. 

Constance,  Renaud  avait  confirmé  la  vente  '  Voir  Les  Princes  de  Montréal. 

d'une  gastine,  ou  terre  inculte,  faite  aux  '  Alljeric.  ann.  1167. 

Templiers  par  Rainald  ou  Renaud,  seigneur  '  Nicetas,  Manuel,  1.  UI,  c.  v. 

de  Margal.  {Codke  diphmat.  t.  1,  n"  i63.  '  Willelmus  Tyr.  1.  XVIII,  c.  xxx,  xxxi  : 

p.  206.)  1.  XIX,  CXI. 

■  Willelmus  Tyr.l. II, CXI, siv.—Monac.  '  Nicetas,  Mnnwe/,    1.  V,  c.  viu;  Alei. 

S.  Mariani,  p.  89.  —  Roger  de  Hoveden.  Manuel,  filitis,  c.  xvi:.  —  Cinnamus,  1.  VI 

ann.  1187.  p.  635.  —  Robert,  de  Monte.  p.  3 19. 

â5 


19'.  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

oui  écrit  l'histoire  et  la  généalogie  ilc  la  famille  d'Esté,  ont  ignoré  cette 


alliance. 


BoÉMOND,  11^  du  nom',  surnommé  le  Bègue,  ou  k  Banbe,  comme 
(III  ])arloit  alors,  qui  est  un  terme  qni  vient  du  latin  halbm,  fils  aisné 
di"  Raymond  de  Poitiers  et  de  la  princesse  Constance,  prit  possession 
de  la  principauté  d'Antioche  après  le  décez  de  sa  mère,  et  durant  la 
captivité  du  prince  Renaud,  son  beau-père,  en  l'an  1 164,  comme  écrit 
Gilles  do  Roye -,  ce  qui  s'accorde  avec  un  titre  de  ce  prince,  de  l'an 
I  170,  <ju'il  dit  estre  la  septième  année  de  sa  principauté.  Ainsy  la 
|)rincesse  Constance  mourut  en  cette  année  1 166. 

[Constance  serait  morte  dès  l'année  précédente,  s'il  n'y  a  pas  erreur  dans 
la  date  (ii63)  d'un  dijilônie  de  ce  seigneur^  par  lequel  il  confirme  toutes 
les  donations  faites  à  l'hôpital  de  Jérusalem  par  son  pore,  et  les  autres  sei- 
gneurs et  harons  de  la  principauté  d'Antioche. 

L'Art  de  vérifer  les  dates''  place  aussi  à  l'année  1 163  l' avènement  de  Boé- 
mond  III  au  principat  d'Antioche;  mais  il  se  fonde  sur  un  acte  ^  de  ce  prince 
et  (le  sa  femme  Orgueilleuse ,  par  lequel  ils  accordent  à  l'hôpital  de  Jérusalem 
90  hesants,  en  échange  de  plusieurs  maisons.  Or  l'acte  étant  daté  de  sep- 
temhre  1 1  72  ,  la  neuvième  année  de  son  principat,  la  première  année  du  prin- 
cipat de  Boémoud  III  semble  appartenir  naturellement  à  l'an  1  i(î4.  Il  n'en 
est  pas  de  même  d'un  autre  diplôme  de  Boémond  '',  également  en  faveur  de 
l'Hôpital,  daté  de  janvier  11G7,  la  quatrième  année  de  son  principat.  Cette 
date  permet  de  supposer  que  le  principat  de  Boémond  a  commencé  dans  le 
cours  de  l'année  1 163.] 

Far  ce  titre  [de  1 170],  il  confirme  avec  la  princesse  Orgueilleuse 
(Urgolosa),  sa  femme,  les  donations  et  les  privilèges  que  le  prince 
Renaud,  son  beau-père,  avoit  accordez  à  ceux  de  Pise. 

H  fut  fait  prisonnier  en  la  bataille  qui  fut  livrée  par  les  François 

'  Lignages  d'outre-mer.  '  Princes  latins  ou  francs  d'Antioche. 

^  /Egidiusde  Roya,  arm.  1  i6i. —  Ughell.  ^  Cad.  diplomat.t.l,  n°  i98,p.  aûa. 

//«?!«  «ncm,  t.  III.  p.  Û76.  '  Cad.   diplomat.   t.    I.   n"  i3.   p.    i3. 

■   Cnd.  diplomat.  t.  I,  n°  87,  p.  .38,  89.  hk. 


LES  PRINCES  D'ANTIOCHE.  195 

du  royaume  de  Hiérusalem  contre  Noradin,  près  d'Harenc',  piace  as- 
sise dans  les  limites  de  son  Estât,  et  emmené  à  Hala|)o,  le  i  o*^^  jour 
d'aoust,  l'an  ii65,  où  il  demeura  l'espace  d'un  an,  et  jusques  à  ce 
qu'avec  beaucoup  de  peine  et  une  grande  rançon ,  il  recouvrast  sa 
liberté-.  Gilles  de  Roye^  dit  qu'il  passa,  au  sortir  de  sa  prison,  à 
Constantinople,  pour  y  visiter  l'empereur  Manuel,  qui  avoit  espousé 
sa  sœur. 

Il  est  probable  que  ce  fut  durant  sa  minorité,  et  après  la  prise  du 
prince  Renaud,  que  ceux  d'Antiocbe  secouèrent  le  joug  des  Grecs, 
qui  s'estoient  réservez  la  souveraineté  sur  cette  principauté,  pour  se 
mettre  en  la  protection  de  Baudouin  III,  roy  de  Hiérusalem,  ce  qui 
donna  quelque  chagrin  à  Manuel.  Mais  A  mairie,  successeur  de  Bau- 
douin, ayant  fait  alliance  avec  luy,  il  relascha  ce  droit,  au  rapport  de 
Ginnamus  *. 

[Nous  ne  pourrions  dire  si  les  personnages  qu'on  voit  revêtus  de  la  dignité 
de  ducs  d'Antioclie,  après  Léon  Maiopule,  étaient  des  officiers  établis  par  les 
empereurs  de  Constantinople  pour  les  représenter  et  constater  leurs  droits 
comme  seigneurs  suzerains  de  cette  ville,  ou  des  dignitaires  nommés  par  les 
princes  d'Antiocbe.  On  en  voit  encore  après  l'époque  où  les  empereurs  grecs 
semblent  avoir  renoncé  à  cette  suzeraineté,  même  après  la  mort  de  Manuel: 
et  les  noms  des  personnes  indiquent  des  Latins  plutôt  que  des  Grecs.  Voici  la 
liste  de  ceux  que  nous  avons  remarqués  : 

GeolTroi  Fahard,  ou  Falzard,  souscrit  des  actes  de  Renaud  de  Chatillon  et 
de  Boémond  III,  aux  années  ii55,  1160,  1167^. 

Simon,  Simon  de  Diiritwis,  Simon  de  Burgevin,  si  toutefois  ces  trois  déno- 
minations désignent  un  même  personnage,  paraît  comme  duc  d'Antiocbe 
parmi  les  témoins  de  plusieurs  actes  de  Boémond  III, en  1175,  1179,  ii8i*^. 


'  WiUelmus  Tyr.  1.  XIX ,  c.  ix.  —  Episf.  ^  yEgidius  de  Roya,  ann.  1 176.  —  Cod. 

regum,  in  Gesl.  Dei,  p.  1 179,  1180,  elHis-  diplomat.  t.  I,  n°  3o,  p.  Sog. 

toriens  de  France,  t.  IV.  —  Sanut.  i.  III.  '  Cinnarnus.p.  a58. 

part.  9,  c.  II.  —  Cinnamus,  1.  V,  c.  xvu. —  '"  Cod.  diplomat.  t.  I,  n"  3i,  43,  i63, 

Niç.  Trivet.  ann.  ii64.     .  p.  3/i,  hh,  207. 

-  VVillelmus  Tyr.  1.  XIX,  c.  xi.  °  Cod.  diplomat.  1. 1 ,  n"  58 ,  Cr],  p.  59, 68. 


lOfi  LES  FAMILLES  D^OUTRE-MER. 

Il  signe  encore  un  acte  du  même,  (Je  septembre  i  igS  ';  mais  il  n'a  plus  le 
titrc!  de  duc  d'Antioclic,  qui  appartient  à  un  autre. 

Guillaume  de  Saint-Paul  signe  des  actes  de  Boémond  III,  de  i  i8()  et 
1  1  ()0  -. 

I^aoul  de  la  Rivière,  d'abord  châtelain  d'Antioche,  dans  le  titre  de  i  içjo, 
est  duc  d'Antioche  dans  celui  de  septembre  i  ic)3  '.] 

Cependant  Noradin,  après  la  défaite  des  nostres,  prit  Harenc  et 
assiégea  la  ville  rrAntioche,  s'estant  rendu  maistre  du  reste  de  la  prin- 
cipauté *.  De  son  temps  encore,  Saladin,  sultan,  après  la  défaite  des 
clirestiens  en  la  bataille  [de  Huttin]  où  le  roy  Guy  fut  pris,  l'an  i  187, 
s  empara  de  toutes  les  places  en  l'espace  de  ti'ois  mois,  excepté  le  ciias- 
teau  imprenable  de  Cursat,  qui  estoit  du  domaine  du  patriarche  d'An- 
tioche, et  la  ville  mesme  d'Antioche,  dont  il  abandonna  le  siège  moyen- 
nant une  grande  somme  d'argent  que  le  patriarche  luy  donna''. 

[Quoique  Boémond  III  eût  accueilli  avec  empressement,  en  1  186,  Bau- 
douin do  Rames  et  les  chevaliers  c[ui  avaient  refusé  l'hommage  au  roi  Gui  de 
Lusignan  '',  cependant  il  envoya  au  secours  de  ce  prince,  en  1 187,  avant  la 
bataille  de  Huttin,  son  iils  aîné,  Raymond,  avec  cinquante  chevaliers.] 

L'histoire  remarque"  qu'en  l'an  1191  il  vint  avec  BoémomI,  comté 
de  Tripoiy,  son  fils,  trouver  Richard,  roy  d'Angleterre,  en  l'isle  de 
Cypre,  lorsqu'il  faisoit  la  ;;uerre  à  Isaac  Gomnène,  qui  s'en  disoit  em- 
pereur, estant  alors  à  la  suite  de  Guy,  roy  de  Hiérusalem,  et  cjuil  luy 
olTrit  son  service;  et  que,  lorsque  le  roy  Pliilijipes-Auguste  s'en  re- 
tourna de  la  terre  sainte  en  France,  laissant  la  conduite  de  ses  troupes 
au  duc  de  Bourgogne,  il  donna  à  ce  prince  cent  chevaliers  et  cinq  cens 
escuiers,  pour  la  défense  et  la  garde  de  ses  terres,  le  roy  Richard  lu\ 

'   Cod.  diplomal.  n"  80,  p.  86.  '  Continuât,  de  Guill.  de  Tvr.  I.  Wlii. 

'   Cod.  diplomat.if  'j'j,  210,  p.  81,  aôi.  c.  xxu.  p.  3i;  c.  xxix,  p.  i6. 

'  Cod.  diplomal.  n"  80,  p.  86.  '  Hoveden,  part.  post.  p.  (Jai.  —  Be- 

'  Episl.  regum,  [).  iijij.  ned.     Petroburg.    (HistorieiK   de   France, 

Jacobus  de  Vitriaco,  i.  I,  c.  xcv.  —  Sa-  t.  XVII,  p.  5 18  a.)  —  Rrompton,  p.  1  198. 

nutuô,  1.  III,  part.  9,  c.  ix.  —  /Eg-idins  de  laoq. 
Roya.  ani).  1 165. 


LES  PRINCES  D'ANTIOCHE.  197 

ayant  fourny  un  pareil  nom])re  de  clievaliers  et  cinq  cens  seigeaiis. 
avec  cinq  grands  navires  équipés  de  toutes  choses  nécessaires  ;  mais 
Hoveden  et  Brompton,  qui  l'ont  ce  récit,  se  sont  mépris  lorsqu'ils  l'ont 
nommé  Raymond.  Il  vendit,  en  l'an  i  182,  la  ville  de  Tarse  à  Rupin, 
prince  d'Arménie',  lequel  il  fit  depuis  arrester  prisonnier  contre  la  toi 
publique.  Ce  prince  porta  une  si  particulière  affection  aux  chevaliers 
hospitaliers,  qu'il  fit  un  traité  de  société  avec  eux,  au  mois  de  sep- 
tembre, l'an  1 193,  indiction  1 1-,  par  lequel  il  entra  en  confraternité 
avec  eux,  sous  cette  condition  qu'au  cas  qu'il  voulust  entrer  en  religion, 
il  ne  le  pourroit  faire  en  autre   maison  que  celle  de   l'Hospital,  et 
que,  lorsqu'il  viendroit  à  décéder,  si  son  corps  n'estoit  pas  inhumé  en 
l'esglise  de  Saint-Pierre  d'Antioche,  il  ne  pourroit  eslre  inliumé  ail- 
leurs qu'en  la  mesme  maison  de  l'Hospital,  à  laquelle  il  donne  après 
sa  mort  son  haubert,  son  heaume,  sa  lance,  le  meilleur  de  ses  chevaux 
sans  selle,  s'a  mule,  qui  portoit  son  haubert,  et  tous  ses  somniiers;  et, 
en  outre,  pour  reconnoissance  de  cette  fraternité,  il  luy  donne  tous 
les  ans  cinq  cens  anguilles.  L'année  suivante,  il  eut  quelque  démeslé 
avec  Léon,  prince  d'Arménie,  qui  le  fit  prisonnier^;  mais  l'empereur 
Henry  apaisa  ce  différend. 

[Le  fait  est  raconté  avec  plus  de  détails  dans  Les  Roys  d'Arménie,  page  1  -30: 
mais,  dans  les  deux  passages.  Du  Gange  omet  de  dire  que  Léon  avait  attiré 
Boémond,  avec  sa  femme  Sibylle,  dans  une  embuscade,  sous  prétexte  d'une 
partie  de  plaisir  ^,  et  qu'en  apprenant  cet  acte  de  violence  et  de  perfidii'  le 
comte  de  Champagne  Henri,  roi  de  Jérusalem,  et  non  l'empereur  Henri  VI. 
s'entremit  activement  auprès  de  Léon  pour  la  délivrance  de  Boémond,  lequel  ne 
recouvra  sa  liberté  qu'en  tenant  Léon  quitte  de  l'hommage  qu'il  lui  devait.] 

Il  survécut  peu  d'années  après  ce  traité,  estant  décédé,  au  récit  de 
Sanudo^  l'an  1201.  Les  auteurs  parlent  diversement  de  ses  mariages 

'  VVilleimus  Tyr.  1.  XXII.  c.  xxn.  —  Sa-  '  Sanut.  ).  III.  iiart.  10,  c,  viii. 

iiutus,  I.  III,  part.  10.  e.  viii.  —  Voir  Les  '  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  \.  XXVI, 

Rois  d'Arménie ,  p.  1 1 8.  c.  xxvi .  p.  216.  a  1 5. 

"  Cartul.  Manosc.  —  Cod.  diplomai.  t.  1.  Sanut.  I.  III.  part,  m  ,  c.  1. 

n°8o.p.  86. 


198  LES  FAMILLES  DOUTRE-MEP.. 

et  de  ses  femmes;  car  Guillaume  de  Tyr  '  dit  qu'il  espousa  Tliéodora, 
nièce  de  l'empereur  Manuel,  et  que,  l'ayant  renvoyée  vers  le  temps  de 
la  moi't  de  cet  empereur,  qui  arriva  en  l'an  1 180,  il  s'allia,  au  mépris 
des  censures  ecclésiasti([ues,  avec  une  dame  nommée  Sibylle,  qui  pas- 
soit  pour  une  sorcière,  et  qu'à  l'occasion  de  cette  conjonction  illégitime, 
tout  l'Estat  des  chrestiens  d'Orient,  et  particulièrement  la  principauté 
d'Antioclie,  fut  en  de  grands  troubles.  Le  Lignage  d'outre-mer ^  ne  s'ac- 
corde point  avec  Guillaume  de  Tyr,  escrivant  que  Boémond  espousa 
Irèue  [celle  que  Guillaume  de  Tyr  appelle  Théodorn^,  nièce  de  l'em- 
pei-eur  Manuel  [on  ne  sait  par  quel  frère  ou  par  quelle  sœur]';  après 
la  mort  duquel  il  la  renvoya  à  Constantinople,  avec  la  fdle  nommée 
Couslance,  qu'il  avoit  eue  d'elle,  et  qu'aussitost  il  espousa  une  noble 
dame  de  la  principauté  d'Antioche,  fille  du  seigneur  d'Hareiic  ou 
d'Harène,  comme  porte  l'imprimé,  nommée  Orgueilleuse,  et  qu'il  en 
procréa  Raymond  et  Boémond;  l'ayant  encore  répudiée,  il  prit  pour 
femme  cette  Sibylle,  de  laquelle  il  eut  une  fille  nommée  Alix,  mariée 
depuis  à  Guy,  seigneur  de  Giblet  [et  à  laquelle  son  frère,  Boémond  IV, 
constitua  10,000  besants  de  rente,  en  décembre  1206,  à  l'occasion 
de  ce  mariage*].  Enfin  il  se  défit  pareillement  de  cette  dame,  et  s'allia 
avec  une  autre,  nommée  Isabeau,  dont  le  mary  vivoit  encore;  lequel 
il  confina  aux  Meseaux,  c'est-à-dire  en  la  maison  de  Saint-Lazare  ou 
des  lépreux,  et,  de  cette  conjonction  illégitime,  il  en  eut  deux  fils, 
sçavoir,  Guillaume,  qui  mourut  sans  enfans,  et  Boémond,  qui  fut 
seigneur  du  Boutran  [Botron]^,  au  droit  de  sa  femme. 

Comme  je  ne  fais  pas  de  doute  que  ce  que  cet  auteur  anonyme  ra- 
conte des  femmes  du  prince  Boémond  ne  soit  pour  la  pluspart  véri- 
table, il  est  cependant  constant,  par  le  titre  de  1 170  dont  je  viens  de 
parler,  qu'il  estoit,  dès  cette  année-là,  marié  avec  Orgueilleuse,  et 
qu'ainsy  il  n'espousa  Tliéodora  ou  Irène  qu'après  avoir  répudié  cette 
première  femme,  de  laquelle  il  eut  Raymond  et  Boémond,  qui  u'au- 

'   VVillelmus  Tyr.  1.  XXII,  c.  vu.  *  Cod.  diplomat.  t.  I,  n"  98,  p.  io3. 

'  Lignages  d'outre-mer,  c.  iv.  '  Voir  Les  Seigneurs  du  Boutran. 

'  Du  Gange,  Fainil.  Bijmnt.  p.  i85. 


LES  PRINCES  D'ANTIOGHE.  199 

roient  pas  pu  estre  issus  de  ce  mariage  s'ii  ne  l'avoit  espousée  (ju'aprèï^ 
la  mort  de  Manuel,  arrivée  en  l'an  1 180;  car  Raymond,  fils  aisné  de 
Boémond,  estoit  âgé  en  ce  temps-là,  puisqu'en  l'an  1  196  il  esponsa 
Alix,  fille  de  Rupin',  prince  d'Arménie,  et  qu'il  mourut  avant  l'an 
1 1  99-,  ayant  laissé  son  fils  Rupin,  qu'il  avoit  eu  de  sa  femme,  en  la- 
quelle année  Boémond,  frère  de  Raymond,  prétendoit  à  la  princi- 
pauté d'Antioche,  son  père  estant  encore  vivant;  n'estant  pas  probable 
que,  si  Raymond  eust  pris  naissance  après  l'an  1 1  80,  il  eust  esté  marie 
et  eust  eu  un  enfant  avant  l'an  1 199,  et  que  Boémond,  frère  de  Ray- 
mond, eust  esté  en  âge  assez  avancé  pour  disputer  la  principauté  à  son 
père  et  à  son  neveu,  s'il  estoit  né  après  l'an  1 180. 

[Ce  qui  est  une  preuve  sans  réplique,  c'est  que,  dans  deux  actes ^  de 
l'année  1  186,  par  le  second  desquels  Boémond  III  cède  aux  Hospitaliers  la 
cité  de  Valenie  et  le  château  de  Margat;  ce  prince  déclare  agir  avec  l'assen- 
timent de  sa  femme.  Sibylle,  et  de  ses  fds,  Raymond  et  Boémond,  déjà  che- 
valiers; ce  qui  suppose  environ  quinze  ans  au  moins  pour  le  plus  jeune  des 
deux.  (Voir  Boémond  F/.)] 

D'autre  part  [il  existe]  un  titre  de  ce  prince*,  de  l'an  1  176,  par 
lequel  il  fait  quelques  donations  aux  Hospitaliers  de  Manosque.  en 
Provence,  du  consentement  de  sa  femme.  Orgueilleuse,  et  de  ses  eu- 
fans,  ce  c[ui  fait  voir  qu'il  avoit  alors  plusieurs  enfans  d'elle,  et  que  le 
mariage  de  Boémond  avec  Théodora  ou  Irène,  ne  se  fit  qu'après  la 
dissolution  de  celui  qu'il  avoit  fait  avec  Orgueilleuse.  Il  est  parlé  d'Isa- 
belle, dernière  femme  du  mesme  ])rince,  dans  les  épistres  d'Inno- 
cent III  ^,  en  l'an  1 199. 

Boémond,  IV'-  du  nom,  surnommé  le  Borgne,  pour  avoir  perdu  un 
œil  en  une  rencontre  près  du  mont  Liban  ^  comte  de  Tripoly,  succéda 

'   Saillit.  1.  III,  part.  10,  c.  vi.  "   Cariul.  Manosc.  —  Cod.  diplomat  l.  I 

-  Innoc.  III,  Epist.  1.  II,  p.  55o.  — Vin-  n°  58,  p.  58,  .59,  5 19. 
cent.  Bellov.  1.  XXXII,  c.  xxix.  '  Innoc.  III,  Epist.  1.  II,  p.  55a. 

'  Cod.  diplomat.  t.  I,  n"'  76.  77,  p.  76,  '  Continuateur  de  Giiill.  de  Tyr.  l.XXXI. 


77.  «1 


81.  .  c.  IV.  i).  3i  h. 


200  LES  FA  MILICES  0  OUTRE-MER. 

à  son  père  en  la  principauté  d'Anlioche,  maigre  les  efforts  de  Livori. 
roy  d'Arménie,  qui  tasclia  de  s'en  em[)arer  pour  Hayniond  Puipin,  son 
petit-neveu,  qui  en  estoit  l'héritier  légitime;  ce  qui  donna  matière  à 
une  longue  et  fascheuse  guerre.  Raymond  Rupin  estoit  fils  unique  de 
Raymond,  fds  aisné  de  Roémond  IIP,  lequel  Raymond  avoit  espousé 
\li\.  lille  de  Rupin,  prince  d'Arménie,  et  nièce  du  roy  Livon;  et,  en 
ayant  engendré  ce  prince,  estoit  tombé  en  frénésie,  laquelle  l'emporta 
en  la  Heur  de  son  âge  [longtemps  avant  son  père^];  mais  estant  à  l'ex- 
trémité, dans  les  bons  intervalles  qu'il  eut,  il  pria  son  père  de  con- 
server sa  succession,  qui  luy  appartenoit  de  droit \  à  son  fds  Rupin, 
ce  que  Boémond  III  promit  et  exécuta  ensuite,  après  la  mort  de  son 
fils,  avant  déclaré  son  héritier  et  son  successeur  en  la  principauté 
d'Antioche  son  petit-fds. 

RAYMOiND-RuriN  reçut,  en  qualité  d'héritier  apparent  de  la  princi- 
pauté d'Antioche*,  les  hommages  liges  de  ceux  d'Antioche,  sauf  la 
iéauté,  qui  estoit  due  à  son  ayeul,  qui  luy  donna  en  outre  le  nom  de 
son  père,  qu'il  ajouta  à  celuy  de  Rupin,  et  se  réserva  la  seigneurie 
de  la  principauté  dui'ant  sa  vie;  mais  Boémond,  comte  de  Tripoly,  ne 
pouvant  digérer  qu'il  eust  esté  privé  de  la  succession  de  son  père, 
s'éleva  contre  luy,  et .  assisté  des  forces  des  chevaliers  de  l'Hospital 
Ht  du  Temple,  et  mesme  de  ceux  d'Antioche,  le  ciiassa  de  la  ville, 
et  cassant  ou  annulant  l'hommage  qui  avoit  esté  fait  au  prince  Rupin, 
reçut  celuy  (jui  luy  fut  fait  par  ceux  d'Antioche.  Toutefois,  il  n'en 
fut  pas  longtemps  possesseur;  car  le  prince  Roémond,  son  père,  fut 
rétably  incontinent  après  par  le  secours  de  Livon,  roy  d'Arménie. 
Roémond  estant  décédé ,  le  comte  de  Tripoly,  son  fils ,  fut  derechef 
reçu  par  ceux  d'Antioche,  et  reconnu  en  qualité  de  prince^,  ce  qui 

'  Continuateur  de  Guill.  (le  Tyr.  1.  XXIV.  '  RainalJ.  ann.  i  aoS.  n.  87.  —  Manriq. 

c.  xxv,  p.  iSy.  Annal.  Cislerc.  ann.   i2o5,  c.  iv,  n°  fi.  — 

'  Continuateur  de  Guill. de  Tyr.  1.  XXXI.  Innoc.  IIl.£);/s(.  ].ll,p.55i  ;1.XVI,  epist.  7. 

c.  in.  p.  3i3.  '  Sanut.  i.  III,  part.  1 1    c.  1.  —  Contin. 

'  Odor.  Rain.  ann.  1  iriç).  n°  67.  de  Guill.  de  Tyr.  1.  XXXI,  c.  ni.  p.  Sio. 


LES  PRINCES  D'ANTIOCHE.  '         201 

alluma  une  grande  guerre  entre  luy  elle  roy  d'Arménie,  et  le  prince 
Rupin,  son  neveu  ',  aiisquels  les  chevaliers  de  THospital  et  le  patriarche 
mesme  d'Anlioche  se  joignirent,  les  chevaliers  du  Temple  et  le  [)eii- 
ple  d'Antioche  prenant  le  party  du  comte;  et  mesme  le  roy  d'Armé- 
nie entra  dans  la  ville  du  costé  du  chasteau,  et  se  saisit  de  toute 
la  partie  qui  est  jusques  à  l'église  de  Saint-Pierre,  et  y  campa  trois 
jours  entiers;  mais  le  comte,  estant  sorty  du  chasteau  avec  des  troujt- 
pes,  chassa  le  roy  de  la  place,  défit  son  armée  et  emprisonna  le  pa- 
triarche, ([ui  lavoil  favorisé;  ce  qui  arriva  en  l'an  i2o3.  11  y  eut 
ensuite  plusieurs  pourparlers  daccomodemens  et  de  soumission  au 
jugement  du  pape  Innocent  III,  qui  ordonna  des  juges,  mais  sans 
aucun  effets 

Enfin  Rupin,  par  le  moyen  du  patriarche,  rentra  derechef  dans  la 
place  avec  le  roy,  son  oncle  ^,  et  y  fut  reçu  par  tous  les  hahitaiis  et  toute 
la  nohlesse,  ([ui  luy  fil  hommage,  et  fut  investy  solemnellement  [)ar 
l'étendart,  en  l'église  de  Saint-Pierre,  de  la  principauté  d'Antioche, 
par  le  patriarche,  aucjuel  il  fit  de  sa  part  l'hommage  accoutumé.  Cecy 
se  passa  sans  effusion  de  sang,  en  l'an  i2o5''.  Mais  ([uel([ue  tem])s 
après,  sçavoir  l'an  1208,  ceux  d'Antioche,  à  la  persuasion  du  mesme 
patriarche,  se  révoltèrent  contre  le  prince,  et  firent  retourner  les  sol- 
dats qu'il  avoit  chassez  ^  Ensuite  de  quoy  le  comte,  prenant  occasion 
de  cette  division,  descendit  du  chasteau,  qu'il  tenoit  toujours,  et,  es- 
tant venu  à  bout  des  bourgeois,  arresta  le  patriarche  et  le  mit  eu  pii- 
son.  où  il  lui  fit  soufirir  plusieurs  tourniens.  Le  comte  tint  Aiitioche. 
jusques  en  l'an  12  iG,  qu'elle  fut  rendue  au  prince  Rupin  par  la  tra- 
hison  du  séneschal  d'Antioche''.   Mais,  troi'^  ans  après  [1219]''.  le 

'   [niioc.  lit,  apud  Rainalil.  ann.  lao.i,  '  Samil.  I.  III.  [larl.  11,  c.  m.  —  liinoc. 

n'  38.  —  Continuateur  de  Guill.  du  Tyr,  111,1.  XVI.  epist.  7. 

I.  XXVIII,  c.  VI,  p.  257.  °  Sanutus.  j.  111.  pail.  1 1  .  c.  vi.  i\.  — 

''  Innoc.  m.  I.  XllI,  epist.  i23;  I.  XVI.  Gont.deOiiill.deTyr.  I.  XX\I.  c.\ii .  p.  3iS. 

epist.  '   Oliverius,  Hist.  Damial'ma ,  apud  Ec- 

'  Rianald.  aiiii.  1 -205  ,  n' 37.  chard.  t.  II,  col.  1617.  1  ii8.  —  Contiu. 

'  Rainald.  ann.  1 '20.5  ,  n"  ;)5  et  suiv.ann.  de  Guill.  de  Tyr.  I.  XWl.  c.  \ii.  p.  3i8: 

laio.  n"  8.  I.  XXXII.  c.  \v,  p.  i'-i-j. 

26  ■ 


i)()-2  LES   FAMILLES  I)-OUTRE-Mi:P.. 

coiule  la  re])ri(  sur  Puipiii,  pni'  riiilclli<n'n(c  ([ii  il  eut  avec  Guillaume 
,1e  Faral.el. 

I  \inis  lie  croyons  pas  (iii'oii  piilssr  (Irteniiinei-  les  années  où  Rayniond- 
l'iiiiiiM  resla  niaîtii'  d'Antioclir,  ni  crllrs  où  il  en  lut  exclu,  d'après  les  dates 
(le  piiisii'urs  de  ses  diplômes,  donm's  par  lui  connne  prince  d'Antioche,  en 
l'aNciir  des  chevaliers  de  l'Hôpital  de  Jérusalem.  Peut-être  ces  concessions  n'é- 
laicii(-(dles  pour  lui  (ju'un  moyen  de  les  attirer  ou  de  les  retenir  dans  son 
harli.  lors(pril  clicrcliait  à  recouvrer  ci'  (pi'il  ajipelait  l'hêntnge  de  son  père. 
(ii's  diplômes,  d'ailleurs,  ne  portent  pas  le  nom  du  lieu  où  ils  ont  été  donnés, 
cl  plusieurs  ont  été  expédiés  par  le  cliancelier  ou  pai'  le  |)roto-notaire  du  roi 
d'ArnK'nie;  ce  (lui  fait  supposer  (pie  Haymond-Rupin  les  a  donnés  lorsqu'il 
é'Iait  réfugié  auprès  du  roi  L(''on,  son  grand-onde  maternel. 

Tels  sont  :  un  acte  du  29  mai  1207  '.  par  leipnd  il  donne  à  rilôj)ital  de 
.li'rusalem  la  ville  de  (iihel,  avi'c  toutes  ses  tlépendances,  du  consentement  de 
son  oncle  etbaile,  Léon,  roi  d'Arménie;  concession  qu'il  se  propose  de  con- 
firmer (piand  il  sera  parvenu  à  l'âge  convenable  ;  et  un  acte  de  se|)teml)re  1  2  i  o'''. 
par  lequel  il  confirme  celte  donation  et  y  ajoute  le  château  de  la  Vieille  [ats- 
h'Ihiij)  Vctulœ).  dans  la  principauté' d'Aulioche. 

Deux  autres  actes,  du  1"  avril  1  2  1  5  ^,  par  lesquels  il  conlirme  aux  Hospi- 
laliers  toutes  les  donations  l't  l'oncessions  de  ses  prédécesseurs,  les  princes 
d'Antioche,  sont  expédiés  par  son  chancelier,  Jourdain.  Ce  Jourdain  était-il 
chancelier  de  la  principauté  d'Antioche,  ou  seulement  du  prince  Raymoiid- 
ISupin  en  particulier? 

Mais  on  voit  qu'en  121^  Raymond-Rupin  était  hors  de  la  principauté  d'An- 
tioche, puisqu'il  signe,  comme  témoin,  un  ai-te  du  roi  Léon,  donné'  à  Tarse, 
le  2  3  avril  de  cette  même  année*. 

De  même,  une  lettre  d'Honorius  111 ,  aux  Ilo.spilaliers  ',  du  2.")  juillet  1  2  1  (J. 
par  laipielle  il  leur  recommande  instamment  les  ind'rèls  de  ce  |jrince,  prou- 
verait assez  qu'en  ce  moment  Raymond-Rupin  n'élail  |)as  encore  rentié  dans 
Aiilioche.  I 


'    ','o(/.  diploiiKit.  1.  1,  II'  91  .  p.  ()."),  i)ti .  '   Cud.  dii)lumuH.  1 ,  11  '  1  0  1 .  1  o-!  .  p.  lull. 

■  M  7.  107,  5--Î0,  5:!1. 

'    (h(l.  fiijiloi/iiil.  I.  1,  II"  f)5.  p.  Ç)().  100.  '    <mI.  iliiiloiiKit.  (.  1.  11°  100.  p.   io5. 

.)!((.  '   Cuil.  (liplomat.  t.  I,  n'  .'lo,  p.  o-io. 


LES  PRINCES  DANTIOCHE,  '         "iO-'i 

Il  est  probable  que  la  division  qui  arriva,  en  l'an  1208,  on  la  villi- 
d'Antioche,  se  fit  en  faveur  du  roy  d'Arménie,  qui  désiroit  se  rendre 
maistre  de  la  place.  Ce  que  Ton  peut  induire  de  Sanudo,  qui  écrit  qu.- 
Rupin,  (pioyqu'il  eut  esté  chassé  d'Antioclie  par  le  comte,  ne  laissa  pas 
d'aller  trouver  Livon,  roy  d'Arménie,  oncle  de  sa  mère,  dissimulani 
et  oubliant  l'injure  que  ce  roy  lui  avoit  faite  lorsqu'd  le  chassa  d'An- 
tioche ^  Tant  y  a  qu'il  trouva  le  roy  à  l'extrémité,  et  tout  mourant. 
qui  ne  le  voulut  pas  voir.  Ce  qui  obligea  Rupin  d'aller  trouvei'  le  légal 
du  pape,  ([ui  estoit  à  Damiette,  et  de  hiy  demander  du  secours  |)onr 
recouvrer  la  principauté  d'Antioche  et  le  royaume  d'Arménie,  qui  lin 
estoit  échu  par  la  mort  de  Livon,  décédé  depuis  ce  temps-là.  Ce  (|u'auuit 
obtenu,  il  vint  en  Arménie,  et  fut  reçu  en  la  ville  de  Tharse  par  les 
habitans.  Mais  Constans,  qui  avoit  esté  laissé,  par  Livon,  gouverneur 
d'Arménie,  vint  avec  une  puissante  ai-mée,  le  prit,  et  le  coidina  dans 
une  prison,  où  il  mourut  api'ès  1  an  1922. 

[Après  la  mort  de  Raymond-Rupin,  loiil  ce  (pfil  avnit  donné  aux  Hos|iil;i- 
iiers  fut  rendu  aux  princes  d'Antioche,  excepté  Gilx'l  et  Civila-VerHiia,  rommr 
on  le  verra  plus  bas  -.] 

Ruphi  avoit  espousé  Helvis,  lilic  d'Aimery,  roy  de  Cypre,  veis 
l'an  1210,  laipelle  d  enleva  à  Eudes  de  Dampierre,  qui  l'avoit  esfteuséi" 
en  légitime  mariage  ^  et,  sur  h  ditférend  qui  survint  à  ce  sujet,  le  pape 
Innocent*  en  commit  le  jugement  au  juitriarche  d'Antioche.  Il  en  eut 
Eschive,  décédée  sans  alliance,  et  Marie,  dame  de  Toron,  femme  di- 
Pliilippes  de  MontforL,  seigneur  de  Sur  ou  de  Tyr. 

Quant  à  Boémond  IV,  prince  d'Antioche  et  comte  de  Tripoly,  i\  se 
gouverna  avec  tant  de  rage  et  de  violence  à  l'égard  des  habitans  et  des 
Hospitaliers,  ausquels  la  garde  du  chasteau  avoit  esté  commise  par  le 

'   Voir  Les  Bois  d'Arménie,  p.  i-2(J,  où  ^  Rainakl.  ann.  1-5 10,  11  '  17. —  Couti- 

nous  avons  proposé  une  antre  interprétation  nuateur  fie  Guill,  de  Tyr.  1.  XXVI.  c.  xvi. 

du  texte  de  Sanudo,  combiné  avec  celui  du  .xxv,  p.  908,  aiS. 
Continuateur  de  Guillaume  de  Tyr.  "  Innoc.  III.  1.  XI\ ,  epist.  io5.  —  Coil. 

'   Cod.  diphinit.  t.  I.  n°  1 1-2.  p.  iQO.  etc.  diphmul.  t,  1 .  n°  g.5,  p.  99.  100. 

à(i. 


20i  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

légat  du  pape,  qu'il  s'attira  les  censures  ecclésiasti(|ues,  dont  il  ne  fui 
absous  qu'en  l'an  latiG.  Il  mourut  l'an  i233. 

I  Voici  (|ucl(|ncs  actions  (]«  sa  vie .  coiniiic  prince  d'Anlioclic  : 

Kn  1  2  1  7  ',  invite  par  in  roi  de  Hongrie,  Andr('',  et  le  duc  d'Autriche,  Léo- 
luild.  aji|)el('  aussi  Berlol ,  à  ])rendre  part  à  une  expédition  contre  les  Sarra- 
sins, il  se  rendit  à  l'année  des  Croisés,  amenant  avec  lui  plusieurs  seigneurs 
de  distinction;  mais  celte  campagne  se  borna  à  quelques  chevauchées,  et  à  la 
Chandeleur  de  l'année  1218,  Boémond  était  de  retour  à  Tripoli,  où  il  épousa 
.M('lissende. 

En  1228'^,  il  était  du  jiarti  de  Frédéric  II  contre  Jean  d'Ihelin,  seigneur 
de  Baruth,  baile  du  royaume  de  Jérusalem. 

PJn  vertu  d'un  accord  du  2  y  octobre  1  2  3 1  avec  les  Hospitaliers  ^,  ménagé 
par  Giraud,  patriarche  de  Jérusalem  et  légat  du  Saint-Siéjje,  Boémond  IV 
recouvra  tout  ce  que  Raymond-Rupin  avait  donné  aux  Hosj)ilaliers,  comme 
prince  d'Antioche,  excepté  Gibel  et  chastel  Velulœ;  mais,  par  un  acte  du  même 
jour*,  il  leur  assigna  878  besants  de  revenu  annuel,  assis  sur  la  commune 
d'Antioche,  en  dédommagement  de  cette  restitution.  Par  un  autre  acte,  éga- 
lement du  même  jour"',  il  leur  accorda  aussi  3i6  besants  de  rente  annuelle 
sur  Tripoli,  en  échange  de  certains  droits  que  l'Hôpital  lui  cédait.  Ces  deux 
derniers  actes  sont  en  français  et  datés  de  la  ville  d'Acre,  comme  la  lettre  du 
|)alriarche. 

Ce  prince  fut  un  habile  jurisconsulte ,  au  jugement  de  Philippe  de  Navarre  ^ 
qui  résume  en  ce  peu  tle  mots  toutes  les  vicissitudes  de  son  règne  :  «Le  viel 
■prince  Bemonl,  qui  premier  fut  conte  de  Triple,  après  la  mort  dou  conte 
•'  Raumont,  et  après  fu  prince  d'Antioche,  dont  il  fu  moult  traveillié  ,  aucunes 
"i'eiz  la  perdi  et  après  la  recevra,  et  vigoureusement  tint  puis  les  deus  sei- 
-fgnories  jusqu'à  la  mort.  (M  moult  fu  sages  et  soutil  de  science  en  court  et 
■'  dehors.  "] 

II  fut  marié  deux  fois",  la  première  avec  Plaisance,  lille  de  Hugues, 

'   (Jonliiuiat.  Je  Giiill.  de  Tyr,  I.  XXXI ,  *  Cod.  diplomai.  t.   I,  11°    1 1  ^i ,  p.  la-J. 

c.  \,  p.  022,  323;  c.  xni ,  p.  3a5.  laS. 

'  Continuât,  de  Guili.  de  Tyr,  1.  XXXIll.  "  Assises  de  la  haute  cour,  livre  de  Pln- 

c.  ni,  p.  368.  lippe  de  Navarre,  t.  I,  c.  xciv,  p.  Syo. 

'  Cod.  diplomai.  t.  I.  n°  112.  p.  120.  '  Sanut.  I.  111,  part.  ii,c.  xin. —  Alberic. 

'   Cod.  difihmat.  (.  1,  n°  ii3.  ().  121.  ann.  ia33.  —  Ligiwges  d'outre-mer. 


LES  PRINCES  D'ANTIOCHE.  205 

seigneur  de  Giblet;  puis  avec  Mélisende',  fille  d'Ainiery,  roy  de  Cypre, 
et  de  la  reyue  Isabelle.  Du  preuiiei-  mariage  vinrent  HaymoiuF,  cpii 
lut  tué  en  la  ville  de  Tortose  par  les  Assassins,  priant  Dieu  dans  Tes- 
glise  de  Nostre-Dame .  devant  l'autel ,  vers  l'an  1219;  Boéniond,  prince 
(l'AntiocIie;  Philippe,  roy  d'Arménie;  Henry,  surnommé  prince  pai-  Sa- 
nudo  ^  (jui,  au  droit  de  sa  femme,  Isabelle,  fille  de  Hugues  II,  roy  df 
Cypre ,  obtint  le  bad  et  la  régence  du  royaume  de  Hiérusalem  ,  l'an 
ia63,  et  fut  noyé  dans  la  mer,  comme  il  passoit  en  Cypre,  son  vais- 
seau ayant  esté  brisé  contre  un  rocher,  le  27'' jour  de  juin,  l'an  137(1. 
II  fut  père  de  Hugues  III,  roy  de  Cypre,  et  de  Marguerite ^  Boémond 
eut  encore  de  ce  mariage,  outre  ces  deux  fils,  deux  filles,  Orgueil- 
leuse et  Marie,  décédées  en  enfance;  et,  de  son  second,  deux  autres 
filles,  sçavoir,  Helvis  et  Marie,  qui  transporta  ses  droits  sur  le  royaume 
de  Hiérusalem  à  Charles  I",  roy  de  Sicile  ^. 

BoÉMOND,  V^  du  nom,  prince  d'Antioche*^  et  comte  de  Tripoly,  lut 
menacé  d'irruption  \  dès  l'an  1  -jUk,  par  le  roy  des  Tartares,  qui,  après 
s'estre  reifdu  maistre  de  plusieurs  provinces,  l'obligea,  et  le  roy  d'Ar- 
ménie, à  luy  rendre  tribut.  II  eut  aussy  de  fasclieuses  guerres  contre 
le  mesme  roy  [d'Arménie,  Hélhoum  I'^"'],  que  saint  Louys*,  allant  en 
la  terre  sainte,  en  l'an  12^8,  tasclia  de  pacifier,  ayant  moyenne  une 
tresve  de  deux  ans  entre  ces  deux  princes. 

[Au  commencement  de  cette  guerre  (i  233),  Boémond  V  avait  pour  aliii's  les 
Templiers^,  qui  bientôt  s'accommodèrent  avec  le  roi  d'Arménii-,  et  |)iu-  là  t'or- 

'   Continuateur   de   Cuitlaunie  de    Tyr.  — Vigner.  --   Rainald.  ann.  i-j-j-j.  n"  16 . 

1.   XXX,  c.  XI,  p.  .3o.5,  et  I.  XXXI,  c.  .\iu.  ly. 
p.  80,5.  '  Continuât,  de  Guill.  de  Tyi,  I.  XXXIII, 

"  Jacobus  de  Vitriaco.  i.  III,  p.  itia. —  c.  xxxvni.  p.  io3. 
Vincent.  Bellov.  I.  XXXI.  c.  xciu.  '  Matli.  Paris,  ann.  i-ilitt.  laûO,  p.  i38. 

'  Sanut.  1.  III,  part.  1 1 ,  c.  vu;  part,  is,  àj'è.  —  Vincent.  Bell.  I.  XXXII,  c.  xcvi. 
c.  VII,  XIV.  '  Willelnuis  Nangiiis.  fiesta  S.  Liidovici, 

'   Lignages  d'oidre-mer,  c.  H.  ann.    1268.    p.    35-2.   —   Vincent.   Bellov. 

'  Lignages  d'oxUre-mer.  —  Assis.de  Jérus.  1.  XXXII,  c.  xcvi. 
—  VVillelmus  Nangius.  Cliron.  ann.  1278.  '  Voir  Les  Rois  d'Arménie,  p.  i3i. 


206  LES  FAMILLES  1)  OITKE-MER. 

ccruiil  Boéiiuiiul  (k'  resk'i'  t|uel(jiR'  tem()s  cii  paix.  l'(ni  après,  il  fu(  engage'' 
dans  un  débat  d'un  autre  genre  avec  les  Hospitaliers.  Cet  ordre  réclamait  le 
domaine  de  Maraclée,  dans  le  comté  de  Tripoli;  Boémond,  comme  comte  de 
Tripoli,  le  leur  contestait.  Barthélémy,  administrateur  de  l'église  deValénie, 
délégué  par  le  Sainf-Siége  pour  terminer  ce  différend,  adjugea  aux  Hospita- 
lier.s  le  domaine  en  litige  (22  novembre  128/1)'.  Mais,  Boémond  ayant  pro- 
testé, les  débats  se  renouvelèrent,  jusqu'à  ce  qu'enfin,  par  une  décision 
d'Alberl,  palriarclie  d'Antioche -,  Boémond  gardât  Maraclée,  et,  en  dédom- 
magement, concédât  aux  Hospitaliers  une  renie  annuelle  de  i,3oo  besants. 
(1  8  novend»re  1  2  4i.)j 

H  mourut  l'an  i25i  ^.  Il  espousa  en  premières  noces*,  vers  l'an 
12-22,  Alix,  liile  d  Henry,  comte  de  Champagne,  et  d'Isabelle,  reyne 
de  Hiérusalem,  pour  lors  veuve  de  Hugues,  roy  de  Cypre  ;  mais  ce 
mariage  ayant  esté  dissous  par  l'autorité  de  l'église,  à  cause  de  la  pa- 
renté, qui  estoit  entre  eux  du  troisième  au  quatrième  degré,  vers 
l'an  12-38,  il  s'allia  avec  une  dame  nommée  Lucie  [ou  Lucienne],  fille 
du  comte  Paul  de  Rome  ^,  et  sœur  de  Paul,  évesque  de  Tripoly ,  de 
laquelle  il  eut  Boémond  M,  prince  d'Antioche,  et  Plaisance^,  mariée 
premièrement  à  Henry,  loy  de  Cypre,  puis  à  Balian  d'Ibelin,  seigneur 
dArsuf.  Il  est  parlé  de  cette  princesse  Lucie  en  l'assignat  de  douaire  ' 
qui  l'ut  fait  par  Hugues,  roy  de  Cypre,  à  Marie  de  Valois  [lise:  de 
Bourbon],  femme  de  Guy  de  Cypre,  son  lils,  de  Tan  i3'38,  par  lequel 
il  luy  assigne  la  maison  (pii  est  à  Nicosie,  lacjuelle  fut  de  la  princesse 
Lucie,  que  le  roy  avoit  achetée  de  sa  tante,  la  princesse. 

[Cet  acte  original,  tiré  de  la  Chambre  des  comptes  de  Paris,  a  déjà  été 
'   Cad.  diphmat.   t.   l.  n"  117.   p.    it^y-         I.  XXXII,  c.  \si,  p.  .36 1;  I.  XXXIII.  c.  xli. 

1-2CJ.  p.    608. 

^  Cod.  diplomnl.  t.  I.  11°    iiS.  p.  lat)-  *  Lignages  d' outre-mer.  —  Continuat.de 

i33.  (iuill.  de  Tyr. /oc.  cîV. — Saiiut.  1.  III,  part.  19. 

'  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  I.  XXXIV.  c.  xn.  —  Rainald.  ann.  1279.  n°  /19. 
c   II.  p.  hho. — Sanut.  1.  III,  part.  1 1,  c.  .\.  "  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr.  \.  XXXIV. 

■  Sanut.  I.  111,  part.   11.  c.  x,  xiv.  —  ci,  p.  h'it^. 
Rainald.    ann.   12'j5,   n°  9;    aiin.    laaO.  "  Original  de  la  Chambre  des  comptes  de 

n'    58.   —   Continuât,    de  Guill.   de   Tyr,  l'aris. 


]AiS  PniNCES  D'AMIOCIIE.  '  207 

iiiontioniK'.  p.  72.  dans  l'IIistoiri^  dos  roys  de  (Jliypre;  c'csl  le  inèiiic  aclo.  ou 
une  expédition  de  ce  même  acte,  qui  se  trouve  aux  Arcliives  de  l'Empire,  sec- 
lion  domaniale,  et  rpie  M.  de  Mas-Latrie  a  publié  sous  ce  litre  '  :  Expéditinu 
notariée  de  l'assise  de  la  liante  cour  de  CInjpre,  qui  assigne  à  Mûrir  de  Bourbon  un 
domaine  de  5, 000  florins  sttr  le  secrète  roijalc.  Fait  à  Nicosie,  le  3i  junner  iS:ii). 

Dans  co  document,  dont  les  dispositions  primitives,  faites  par  le  roi,  sont  en 
français,  et  la  confirmation  ofllcielle  en  latin,  le  roi  Hnjrues  IV  dit  en  ellcl 
avoir  acheté  de  sa  tante  Lucie  une  maison  sise  h  Nicosie.  Mais  comment  niic 
tante  de  Hugues  IV,  qui  réj;na  de  iSa/i  à  i36i,  pourrait-elle  avoir  été  la 
femme  de  Boémond  V,  en  1228,  un  siècle  avant  le  mariajn'  du  [irmce  (iiii 
avec  Marie  de  Bourbon-?  Lucie,  femme  de  Boémond,  fut  la  tante  par  alliance 
de  Hugues  111,  aïeul  de  Hugues  IV.  Quant  à  la  tante  Lucie,  mentionnée  dans 
l'acte  de  i33o,  il  faut  croire  que  c'est  une  sœur  inconnue  <le  fini,  père  de 
Hugues  IV,  d'Amauri  et  du  roi  Henri  II  de  Chypre.] 

Boémond,  VP  du  nom,  prince  d'Antioche et  comte  de  Tripoly  ^  [ayant 
succédé  à  sou  père],  reçut  Tordre  de  chevalerie  par  les  mains  de  saint 
Louys.  roy  de  France,  estant  à  Japhe,  vers  l'an  i^5^î,  et  comme  à 
peine  il  avoit  atteint  l'âge  de  seize  ans,  il  obtint  de  sa  mère,  à  la  prière 
du  roy,  que,  nonobstant  qu'il  n'eust  pas  encore  l'âge  de  majorité,  (pii 
estoit  d(!  vingt  et  un  ans,  suivant  les  usages  du  royaume  de  Hiérusalem. 
il  auroit  l'administration  et  le  gouvernement  de  la  principauté.  En  mé- 
moire et  reconnoissance  duquel  bienfait,  le  sire  de  Joinville  dit  (|ue. 
rrdès  lors,  pour  l'Iionneur  du  roy,  il  escarteila  ses  armes,  ijui  sont  \ei- 
frmeilles,  avec  les  armes  de  France,^  d'où  il  semble  ([ue  les  armes 
de  ces  princes  estoient  de  gueuUes  simplement,  comme  Albert  d  Ai\  ' 
représente  en  quelque  endroit  l'étcndart  de  Boémond  I".  Néantmoins. 
un  titre  original  de  Boémond  VP,  de  l'an  i^J)-2,  an  9  de  son  prince 
(s('f),  porte  en  l'escu  de  son  sceau  une  croix  fichée. 

'    Ue  Mas-Latrie,  Hist.  ilc  Clviprc ,  t.  II.  Observai,  p.  9.8.  —  Continuai,  do  fliiill.  'le 

|,.  i(j:!-i6/i.  Tyr.  I.  XXXIV,  c.  ii,  p.  Vio. 

^  llist.  de  Clii/ptr.  t.  Il,  p.  t(j;i,  note  2.  '   Albertus  Aquensis,  I.  IV,  c.  wvi. 

'  Sanut.  1.  III.  paît.  11 .  c.  iv,  v.  —Join-  *  Carlulaire  de  Manosipœ.  —  Du  flange  . 


Vllll> 


p.  aot):  édition  Du  (lange,  p.  98.  et         Observai,  sur  Joinvilli' ,  p.  ()'■'>. 


208  LES  FAMIIJJ:s  D'OlITIiE-MER. 

Ce  prince  ne  possikla  pas  lon|;loinps  depuis  cette  principauté;  car 
Bendocbai-,  sultan  d'Egypte,  après  avoir  ravagé  T Arménie,  prit  la  ville 
dAnliochc,  sans  presque  aucun  siège,  le  ag'^jour  de  may,  l'an  1267, 
selon  Stéron',  ou  le  suivant,  selon  quelques  auteurs,  et  particulière- 
riiciil  Sanudo-,  (jui  ajoute  qu'en  cette  prise  il  y  eut  17,000  hommes  de 
tuez,  el  plus  do  100,000  faits  captifs  et  prisonniers;  et  que  cette  belle 
ville,  fameuse  par  son  antiquité  et  pour  la  magnificence  de  ses  basti- 
mens,  fut  réduite  en  une  espèce  de  solitude. 

I  Des  débats,  suivis  d'injures  et  de  voies  de  fait  de  part  et  d'autre,  eurent 
lieu  entre  ce  prince  et  les  Hospitaliers,  comme  sous  son  père  et  ses  autres 
prédécesseurs,  il  fut  convenu  par  un  accord^,  d'avril  1266,  que  les  deux  par- 
ties se  tiendraient  quittes  réciproquement  de  tous  les  torts  mutuels  qu'elles 
s'étaient  faits  pendant  leurs  différends  antérieurs;  et,  par  un  second  accord, 
du  1"  mai  1  26-3  \  cpie  les  débats  qui  pourraient  s'élever  entre  elles  seraient 
jugés  par  trois  arbitres  que  nommeraient  les  deux  parties.  Ces  deux  actes, 
dont  le  second  est  peut-être  le  titre  du  cartulaire  de  Manosque,  cité  précé- 
demment, sont  en  français,  et  sont  signés  par  plusieurs  des  vassaux  de  Boé- 
niond,  parmi  lescpiels  les  nus  sont  les  grands  odiciers  de  la  cour  d'Antioche. 
If  bailli,  le  connétable,  le  sénéchal,  le  maréchal  d'Antioche;  et  les  autres,  des 
seigneurs,  vassaux,  pour  la  pliqiart.  du  comté  de  Tripoli,  les  seigneurs  do 
(iibelet.  du  Boutron,  de  Maracl/'o,  do  la  Gibrouille,  du  Puy,  de  Flamecourl, 
dp  Montolive,  deCamerdais,  otc] 

Le  prince  Boémond  mourut  le  1  i^' jour  de  may,   l'an  1276^  [le 
mars  127^,  selon  le  Continuateur  de  Guillaume  de  Tyr**].  11  avoit 
q)ousé,  dès  l'an  laS^i,  Sibylle,  fille  d'Aithon  l",  roy  d'Arménie,  de 
laquelle  il  eut  Boémond  VII,  comte  de  Tripoly,  décédé  sans  enfans, 

'   Stero,  ann.  isliT.  '   (''xl.  ili/ilumal.  1.   I.  ii"  i-ig,   [).    i53. 

-  Sanul.  I.  III,  [)art.  la,  c.  ix. —  \ithoii.  i5/i. 

c,  xxxii.  —  .lo.  Villani,  1.  Vil,  c.  xviii.  —  "   Cml.  iliplomnt.   (.    I.   ii°  o-'i  ,  p.   aGa  , 

Monach.  l'adiiens.  I.  Ill.ann.  1267. —  Risli-  -iGS. 

nnger.  — Rainald.  aun.  i2.56,  n°  /<5;  ann.  ^  Saiiiit.  1.  III,  [lait.  i-3,c.  xiv. —  \i(lion. 

î  967,  n  Gg. — Nie.  de  Trivetto.  ann.  1967.  c.  xxix. 

—  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr.  I.  XXXIV.  "  Continuât,  de  Guiil.  de  Tyr.  I.  XXXI\ . 

c.  Il,  p.  65G,  457.  c.  n,  p.  lili-i;  c.  xix.  p.  /i()6. 


I 

es 


LES  PRINCES  D'ANTIOCHE.  20!) 

l'an  1 287 ;  Isabelle,  morte  à  marier;  Marie , femme  de  Nicolas  de  Saint- 
Omer,  et  Lucie,  alliée  à  Narjot  de  Toucy  '. 

[A  la  mort  de  Boémond  VII,  Lucie,  sa  sœur,  lut  la  véritabio  princesse 
d'Antioche;  son  fils,  Philippe  de  Toucy  ou  Tocy,  seigneur  de  la  Terza,  prit, 
du  chef  de  sa  mère,  le  titre  de  prince  d'Antioche,  et  mourut,  dit-on,  san> 
postérité  ^. 

Cependant,  si  nous  en  croyons  Etienne  de  Lusignan  ^  dans  ses  Tableaux 
généalogiques,  Hugues,  (ils  d'Amauri,  prince  de  Tyr,  frère  du  roi  Henri  II. 
épousa  la  fille  du  prince  d'Antioche,  Ugo,  cou  lafiglimla  del principe  de  Antio- 
chia.  Quel  était  ce  prince?  Narjot  de  Touci,  ou  Philippe,  son  fils? 

Toujours  est-il  certain  qu'on  voit,  en  i3io,  un  prince  d'Antioche,  nommé 
HuGiES,  figurer  parmi  les  chefs  du  parti  dévoué  au  prince  Amauri.  Lorsque 
le  retour  du  roi  fut  résolu  *,  Hugues  d'Antioche  prêta  serment  au  roi  Henri  II . 
entre  les  mains  de  la  reine  mère,  avec  les  principaux  chefs  du  parti  qui  avail 
soutenu  Amauri;  et,  peu  après,  ils  s'en  remirent  à  la  clémence  du  roi  ^ 

Ce  Hugues  était-il  le  fils  aîné  d'Amauri?  Ce  n'est  guère  probable.  En  effet, 
par  l'article  li^  du  traité  (jui  rendait  la  liberté  à  Henri  II  il  est  dit  que  le  roi 
cédera  à  son  neveu  le  château  de  Crusocho,  et  l'on  ne  le  (jualifie  pas,  en  cet 
endroit,  de  prince  d'Antioche.  En  1011,  il  est  dif  que  Henri  II  ne  montra 
aucune  mauvaise  disposition  contre  le  fils  aîné  du  prince  Amauri ,  à  cause  de 
son  jeune  âge;  et,  en  iSi/i  ^  que  le  roi,  après  la  mort  de  ses  frères,  était 
tranquille ,  parce  que  ses  neveux  étaient  dans  un  âge  à  ne  lui  donner  encore 
aucune  inquiétude. 

Ce  jeune  prince,  presque  enfant  en  1  3  1 '1 ,  pouvait-il  avoir  joué  un  rôh' 
politique  en  1 3  1  o,  comme  chef  de  parti  ? 

A  l'avénement  de  Hugues  IV,  fils  du  connétable  Cui  (  1  3'^  'i).  personne  n'osa 

'   Voir  Les  Comtes  de  Tripoli.  '  Loredano.  I.  V,  p.  -i 70-271  ;   traducl 

•  Du  Gange.  Hisl.  de  Constantinopk  sous  t'ianç.  t.  i,  p.  •297-'29g. 
les  Français,  \>.  126.  —  Anselme.  Hist.  des  "   I.oredano.  I.  V.  p.  -aCi  ;  Iradiict.  ti-anc 

grands  ojjiciers ,  t.  II,  p.  Sgi.  —  Moréri ,  t.  l.  j).  -jSS. 
Dict.  hislor.  t.  VI,  p.  536.  '  Loredano.  I.  V,  \)  -381  ;  traduct.  franr 

'   Chorograffia  delV  isola  di  Cipro ,  ■?.'  ta-  t.  I.  |).  3io. 
hleau,  à  la  lin  du  volume.  "   Loredano,  I.  V.  p.  285;  traduct.  fra 

'  Loredano  ,  I.  V .  p.  a58  ;  traduct.  franc.  t.  1 ,  p.  3 1 5. 
l.  I.  p.  a86. 


raiic 


^10  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MEU. 

parler  en  laveur  des  enfants  d'Amauri  ',  prince  de  Tyr,  (jui  était  l'aîné  de  Gui, 
à  cause  du  crime  de  leur  père;  et,  d'ailleurs,  leur  mère  n'était  plus  là  pour 
l'aire  valoir  leurs  droits.  Ce  rpii  suppose  Hugues,  le  fds  aîné  d'Amauri ,  encore 
bien  jeune,  puisqu'il  ne  |)ouvait  les  revendiquer  lui-même. 

IMus  de  cinquante  ans  après  la  mort  de  son  père,  ce  même  Hugues,  lils 
d'Amauri,  appelé  aussi  Hugues  d'Antioclie,  réclama  ses  droits  au  trône,  et  dis- 
puta la  couronne  à  Pierre  I"  (1369)^.  11  abandonna  bientôt  ses  prétentions, 
moyennant  une  pension  de  .t,ooo  ducats  ';  puis  il  épousa  la  fdle  du  comte  de 
Rohas,  ce  qui  déplut  au  roi '. 

Il  y  eut  donc  très-probablement  deux  personnages  du  nom  de  Hugues  d'Aii- 
tioche;  mais  d'où  venait  le  premier?  De  qui,  et  comment  avait-il  reçu  son 
titre  à  une  époque  où  le  véritable  titulaire,  Philippe  de  Toucy,  vivait  encore? 
En  quelle  année  mourut-il,  et  quand  Hugues,  fds  d'Amauri,  lut-il  investi  de 
son  titre  ?  Enfin  quand  mourut  ce  deuxième  Hugues  ?  N'est-ce  qu'après  sa 
mort  que  Jean,  frère  de  Pierre  I",  fut  appelé  prince  d'Antiocbe^ 

Du  Gange '^  a  placé  le  premier  Hugues  d'Antiocbe  parmi  les  membres  de  la 
famille  du  surnom  d'Antioche,  sans  dire  aucunement  qu'il  ait  été  prince.  Quant 
à  Jean,  Thomas,  Pierre  d'Antioche,  nommés  dans  les  histoires  du  temps,  de 
1299  à  1 383 ,  ils  étaient  très-probablement  membres  de  cette  famille,  comme 
l'a  pensé  Du  Gange.] 

'   Loredano,!.  VI.p.  296;lraduct.  tranç.  '  Voir  Les  Comtes  titulaires  d'Édease  ou  de 

t.  I,  p.  826.  Rohas. 

-  Loredano,  1.   VU.    p.  35i  ;   traducf.  '  Voir  farticie  suivant, 

tranç.  t.  I,  p.  386.  '  Voir  plus  bas  la  généalogie  de  la  la- 

'  Loredano.  1.  VII,  p.  35-i  ;  trad.  p.  087.  mille  surnommée  d'Antioche. 


LES  PRINCES  TITULAIRES  DANTIOCHE.  211 


LES   PRINCES   TITULAIRES   D'ANTIOCHE. 


Les  roys  de  Cypre,  ayant  perdu  le  royaume  de  Hiérusaiem,  conser- 
vèrent les  titres  et  les  noms  des  principales  dignitez  de  ce  royaume, 
qu'ils  affectèrent  à  quelques  terres  ou  fiefs,  dont  ils  revestoient  les 
plus  grands  seigneurs  de  leur  cour.  Entre  ces  titres,  le  premier  fut 
celui  de  prince  d'Antioclie  ',  lequel  ils  donnoient  ordinairement  aux 
premiers  princes  du  sang.  Le  premier  que  je  trouve  en  avoir  esté  re- 
vestu  -  est 

Jean  de  Luzignan,  fils  puisné  de  Hugues  IV,  roy  de  Cypre,  qui  fut 
créé  prince  d'Antioche  (et  non  de  Galilée,  comme  escrit  le  chevalier 
Loredan  '),  par  le  roy  Pierre,  son  frère,  incontinent  après  son  avène- 
ment à  la  couronne  ;  lequel  luy  confia  encore  le  gouvernement  de  ses 
Estats  durant  ses  expéditions  contre  les  Turcs  de  la  terre  sainte". 

[Selon  Amadi  ^  Jean  fut  fait  prince  d'Antioche  et  connétable  de  Chypre, 
par  son  père,  le  roi  Hugues  IV,  au  moment  où  celui-ci  fit  couronner  roi  de 
Chypre  Pierre  son  fils  aîné,  h  ak  novembre  i358.  D'après  ce  qui  vient  d'être 
dit  dans  l'article  précédent,  Hugues  d'Antioche,  fils  du  prince  de  Tyr,  Amaun, 
vivait  encore.  Ces  titres  de  j)rincipauté  n'auraient  donc  pas  été  à  vie?  Quant 
au  titre  de  prince  de  GaUlée,  il  serait  possible  alors  qu'on  l'eût  aussi  accordé 
à  Jean,  quoirp'il  appartînt  au  prince  Hugues,  fils  de  Gui,  fils  aîné  de 
Hugues  IV  ,  lequel  ne  mourut  cju'en  i386.] 

'  Hist.  de  Chypre,  c.  xviii,  p.  79.  "  Loredano,  l.  VI.  p.  345;  trad.  franc 

^  Cette  assertion  paraît  devoir  être  modi-  t.  I,  p.  38 1. 
fiée  par  ce  que  nous  venons  de  dire  sur  les  '  De  Mas-Latrie.  Ilisl.  Je  Chypre,  t.  Il 

héritiers   et    les   successeurs  des  derniers  p.  9  5o,3o8. 
princes  d'Antioche.  ^  De  Mas-Latrie,  t.  II,  p.  325. 


212  LES  FAMILLES  D  OUTRE-MER. 

Mais,  depuis,  il  conspira  contre  liiy  '  avec  les  barons  qui  deman- 
doient  l'observation  des  anciens  usages,  et  se  joignit  avec  eux  pour 
l'assassiner.  Après  le  décez  de  Pierre  -,  il  fut  étably  par  la  haute  cour 
baile  et  régent  du  royaume,  durant  la  minorité  du  jeune  roy  Pierre  II, 
son  neveu,  le  i (3  de  janvier  i  368.  Il  fut  tué  par  le  commandement  du 
roy^,  à  la  persuasion  de  la  reyne,  sa  mère,  en  vengeance  de  l'assas- 
sinat du  roy  Pierre  I",  l'an  iSyS.,  et  fut  inhumé  en  l'église  des  frères 
prescheurs  de  Nicosie.  Il  avoit  espousé  la  fille  de  Jean  du  Morf,  comte 
de  Rohas\  de  laquelle  il  eut,  entre  autres  enfans,  Hugues,  qui  mou- 
rut en  otage  en  la  ville  de  Gênes,  et  Jaques  de  Lusignan,  qui  fut 
comte  de  Tripoli.  Il  eut  encore  un  fils  naturel  ^  d'Alix  de  Gibelet, 
femme  de  Philippes  de  Costa,  nommé  Jean  de  Luzignan,  qui  estoit  à 
la  cour  du  roy  Pierre  II,  en  l'an  iS-jli. 

[Ce  prince  Jean,  fils  naturel  de  Jean  d'Antioche '^,  épousa,  en  i385,  une 
autre  fille  du  comte  de  Rohas,  par  les  soins  de  son  oncle,  Jacques  I",  qui  l'avait 
ramené  de  Gênes,  et  qui  le  fit  baron  ou  seigneur  de  Baruth. 

Plus  tard,  de  iSg.^  à  i3()8\  le  prince  Jean  fut  employé  par  Jacques  I", 
comme  ambassadeur,  à  des  négociations  avec  les  princes  d'Occident,  et  con- 
clut une  alliance  entre  Cbarles  VI  et  le  roi  de  Chypre,  le  7  janvier  iSgS. 

En  i38o,  Jacques  I"  nomma  prince  d'Antioche  Jean  de  Brie  ^  pour  le  ré- 
compenser de  ses  fidèles  services.  Ce  seigneur,  devenu  lieutenant  général  du 
royaume  à  la  mort  de  Pierre  II,  avait  puissamment  contribué  à  la  décision  du 
conseil  qui  donna  la  couronne  au  prince  Jacques,  alors  retenu  prisonnier  à 


'  Loredano.  i.  VIL  —  Et.  de  Lusignan.  ^  Loredann,  1.  VIII,  p.  679;  trad.  franc. 

Hist.  de  Chypre,  foi.  là-j.  t.  Il,  p.  69. 

^  Assises  de  Jérusalem,  p.  Ii5&,  563 -,1.1,  ''  CAron.  de  Strambaldi. — De  Mas-Latrie , 

p.  /*.  —  Hist.  de  Chypre ,  j).  \k'].  — Wad-  lUst.  de  Chypre ,  t.  U,  p.  896.  —  Loredano, 

ding-,  ann.  iSyi,  n°  9;  ann.  iSya,  n°  26;  I.  IX,  p.  5iG;  trad.  franc,  t.  II,  p.   110. 

ann.  iSyS,  n°  3.  (Voir  Les  Seigneurs  titulaires  de  Baruth.) 

'  Loredano,  1.  VIII,  p.  690;  trad.  franc.  '  De  Mas-Latrie,  t.  II,  p.   /lo/i,    698. 

t.  II,  p.  82.  —  De  Mas -Latrie,  Hist.  de  ^99,  438-6^1. 
Chypre,  t.  II,  p.  365  et  note  3.  '  Loredano,  I.  IX,  p.  5ii,  5i6;  trad. 

'  Loredano,  1.  VIII.  p.  455,  661  ;  trad.  franc,  l.  II,  p.  loli-  109,  iio.  —  De  Mas- 

Cranç.  t.  II,  p.  'n .  /19.  Latrie,  t.  II.  p.  891 ,  893-394. 


LES  PRINCES  TITULAIRES  D'ANTIOCHE.  in 

Gênes.  Il  eut  aussi  le  titre  de  prince  de  Galilée',  et  fut  pourvu  de  la  dignité 
de  turcoplier  de  Chypre.] 

Jean  de  Luzignan,  fils  aisné  du  roi  Janus,  porta  la  qualité  de  prince 
d'Antioche^  du  vivant  de  son  père,  avec  laquelle  il  paroist  au  contrai 
de  maria|Te  de  sa  sœur  avec  Louys,  duc  de  Savoye,  l'an  1682. 

Charlotte  de  Luzignan,  fille  unique  et  héritière  du  roy  Jean  11', 
['ut  créée  par  son  père  princesse  d'Antioche;  lequel  titre  elle  commu- 
niqua à  Jean  de  Portugal,  duc  de  Coymbre*,  petit-fils  de  Jean,  I"  du 
nom,  roy  de  Portugal,  que  son  père  luy  fit  espouser  en  l'an  ii56  . 
en  laquelle  année  il  fut  associé  à  l'ordre  des  chevaliers  de  la  Toison 
d'or,  par  Philippes  le  Bon,  duc  de  Bourgogne,  au  chapitre  tenu  à  la 
Haye,  en  Hollande,  prenant  alors  la  qualité  de  prince  dAntioche  et 
de  régent  du  royaume  de  Cypre.  Mais  il  jouit  peu  de  temps  de  ce  titre, 
ayant  esté  empoisonné  incontinent  après  par  le  chambellan  de  la 
reyne,  et  par  l'ordre  de  cette  princesse.  11  fut  inhumé  en  l'église  de 
Saint-François  de  Nicosie.  Charlotte  fut  depuis  reyne  de  Cypre. 

SoR  Di  Naves  ayant  esté  laissé  par  la  reyne  Charlotte  '  pour  com- 
mander dans  Cerines  durant  la  guerre  qu'elle  eut  avec  Jaques,  son 
frère  naturel,  fut  gagné  par  ce  roy,  et  luy  remit  la  place  entre  les 
mains,  aux  conditions  de  le  faire  prince  d'Antioche  et  de  luy  donner 
Charlotte,  sa  fille  naturelle,  en  mariage;  ce  qui  s'çxécuta  en  l'an  1  /16/1. 

'  De  Mas-Latrie,  Hist.  de  Chypre,  t.  II,  fol.  79  v°.  — Loredano,  I.  X,  p.  687;  tratl. 

p.  396-600.  franc,  t.  II,  p.  i85.  —  De  Mas-Latrie,  Hist. 

'  Guichenon,  Hist.  de  Savoye.  de  Chypre,  t.  III,  p.  8i,  note  2. 
^  Généalog.  de  Lusignan,  p.  91  v'.  '  Loredano,  1.  II,  p.  680,   (J8i  ;  trail. 

'  Et.  de  Lusignan,  Histoire  de  Chypre,  franc,  t.  II,  p.  a8o,  281. 


■2\>i  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 


DE  LA  FAMILLE  QUI  PORTA  LE  SURNOM   D'ANTIOCHE, 

ISSUE  DE  L'EMPEREIR  FRÉDÉRIC  II. 


La  taïuille  qui  porta  le  surnom  d'Antioche  est  fort  célèbre  dans  l'his- 
loire  d'Italie.  Gomme  il  est  constant  qu'elle  est  issue  de  l'empereur  Fré- 
déric 11,  il  n'est  pas  bien  certain  pourquoy  elle  a  pris  ce  surnom.  Cet 
eaqjereur  eut  plusieurs  bastards,  dont  l'un  mourut  en  prison  en  la 
Pouille,  l'an  i235,  suivant  Alberic';  un  autre  mourut  aussy  en  la 
Fouille,  l'an  1269,  au  rapport  de  Mathieu  Paris ^,  qui  fait  encore  men- 
tion de  Henry,  que  l'empereur  Frédéric  avoit  coutume,  dit  cet  auteur, 
d  appeler  son  fds  naturel.  Cet  Henry  n'est  autre  que  celuy  qu'il  appelle^ 
indifféremment  de  ce  nom  ou  de  celuy  d'Encius'',  qui  fut  roy  de  Sar- 
daigne  au  droit  de  sa  femme,  Adelasie,  qu'il  espousa  en  Sardaigne 
fan  1238,  au  rapport  d'un  auteur^  de  son  temps.  Ptolémée  de  Lu- 
ques  s'est  asseurément  mépris  lorsqu'il  a  avancé  que  cet  Encius  estoit 
légitime,  et  qu'il  estoit  issu  du  mariage  de  Frédéric  avec  la  fdle  de 
Jean  de  Brienne,  roy  de  Hiérusalem,  contre  l'autorité  des  meilleurs 
écrivains.  Un  auteur  du  temps  de  Frédéric  ^  dit  qu'il  vint  du  mariage 
de  cet  empereur  avec  une  dame  de  la  famille  Anglienne.  Outre  ces 
bastards,  il  en  eut  encore  deux  autres",  fameux  dans  l'histoire,  sça- 
\n\]\  Mainfroy,  qui  fut  roy  de  Sicile,  et 

Frédéric,  qui   fut  surnommé  d'Antioche,  que  Ricordano   dit  avoir 

'  .Alberic.  ann.  ii235.  '  Ricard,  de  S.  Gerniano,  Chron.  ann. 

'  Matb.  Paris,  p.  5i3.  1289,  laio. 

'  Math.  Paris,  p.  38o.  '  knonymus.  De  Gestis  Frederid,  p.  jB!i. 

'  Matli.  Paris,  p.  376.  679,  dS-],  5i3.  '  Monach.  Paduaii.  C/o-.  1. 1.  ann.  1967. 


FAMILLE  QUI  PORTA  LE  SURNOM  D'ANTIOCHE.  l>I5 

esté  le  premier  de  ses  fils  naturels'.  Il  est  parlé  de  ce  dernier  dans  une 
lettre  qui  est  insérée  dans  Mathieu  Paris  ^,  de  laquelle  nous  appre- 
nons que,  non-seulement  il  estoit  son  fils,  mais  encore  qu'il  Tavoil 
estably  son  lieutenant  général  dans  la  Toscane,  d'où  quelques-uns^ 
luy  ont  donné  le  titre  de  roy  de  celte  province.  Il  est  qualifié  frère  dp 
Mainfi'oy,  roi  de  Sicile,  en  l'histoire  de  ce  prince*.  Hicordano  Males- 
pini^,  qui  vivoit  en  l'an  1281,  en  laquelle  année  il  a  fini  son  Histoire 
de  Florence,  écrit  qu'outre  les  enfans  légitimes  que  Frédéric  eut  di- 
ses  femmes,  il  eut  encore,  d'une  autre  dame,  Frédéric,  duquel  soiil 
issus  ceux  qui  furent  surnommez  d'Antioche,  Mainfroy  et  le  roy  Enzo. 
Ptoiémée  de  Luques  convient  aussy  que  Mainfroy  estoit  fils  de  Fré- 
déric, ajoutant  c[u'il  l'eut  de  la  fille  du  prince  d'Antioche,  que  cet  em- 
pereur espousa  publiquement,  luy  ayant  fait  croire  que  sa  femme  es- 
toit morte.  Mathieu  Paris''  parle  en  quelque  endroit  de  la  mère  de 
Mainfroy,  et  dit  qu'estant  près  de  sa  mort  elle  pria  l'empereur  de 
l'espouser,  tant  pour  mettre  son  ame  dans  le  repos  de  conscience,  que 
pour  légitimer,  par  ce  moyen,  les  enfans  qu'elle  avoit  eus  de  luy,  ce 
qu'il  fit;  d'oii  Mainfroy  prit  sujet  depuis  de  prétendre  aux  Estais  de 
son  père.  Il  est  constant,  néanlmoins,  que  Mainfroy  ne  vint  pas  de  la 
fille  d'Anlioclie,  et  que  la  mère  de  Mainfroy  esloil  Italienne,  et  se  nom- 
mait Bianca  Lama,  et  qu'elle  estoit  de  la  noble  famille  des  marquis  de 
Lanza,  en  Lombardie'.  De  fait,  d  est  nommé  en  son  contrat  de  ma- 
riage avec  Béatrix  de  Savoye,  Manfredus  Lancea.  Elle  estoit  sœur  de 
Cauvain  et  de  Frédéric  Lanza,  qui  eurent  plusieurs  dignilez  dans  le 
royaume  de  Naples  sous  le  règne  de  Mainfroy,  leur  neveu.  S'il  est 
véritable'  que  cette  dame,  mère  de  Frédéric,  qu'Anmiirato  '  et  Cos- 

'   Ricordano,  c.  cxxiii.  '  Ricordano,  c.  cxlviii. —  Anonyniiis,!»! 

^  Matli.  Paris,  p.  679,  ann.  la/iG.  relms  gestis  Frederici  et  Maiifredi,  p.  ySi  . 

'  Cuspinian.  Freder.  II. — Zurila.l.IIL  76/1,  8o5,  81 1,  845.  — Gostanzo,  i"parl. 

c.  Lxvii.  Dell'  islor.  Sicil.  1.  VU ,  p.  958. —  Preuves  du 

'  Anonynius .  De  Gestis  Frederici  et  Man-  l'histoire  de  Savoye,  p.  7 1 . 
fredi,  p.  789.  '  Cuspinian.  loc.  cit. 

'  Ricord.  c.  cxn,  p.  77.  '  \mm'u alo.  Nella  famigl.  Gesnalda  ,l-U. 

'  Matli.  Paiis.  ann.  1256.  p.  62G.  p.  5. 


2ir>  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

(aiizo  '  nomment  Béalrix,  ail  esté  fille  du  prince  d'Antioche,  comme 
veulent  encore  ces  derniers  auteurs ,  ce  fjiie  j'estime  fort  incertain,  il 
faut  qu'elle  ait  esté  fille  de  Boémond  III,  comme  Coslanzo  escrit  for- 
mellement, et  qu'elle  soit  issue  de  l'un  de  ses  mariages,  dont  la  plu- 
jiarl  furent  illégitimes.  D'autres'^  tiennent  que  Frédéric  eut  le  surnom 
d'Antioche,  pour  ce  qu'il  y  fut  élevé  durant  le  voyage  de  son  père  en 
la  terre  sainte.  Mais  Ricordano  Malespini^  semble  dire  que,  lorsque 
Frédéric  II  se  banda  contre  le  pape  Honorius  III  {su),  U  revestit  ses 
iMifans  légitimes  et  naturels  de  divers  titres;  qu'il  fit  élire  Henry  roy 
d'  \iemagne;  qu'il  fit  Conrad  duc  de  Savoye;  Frédéric,  le  premier  de  ses 
enfans  naturels,  duc  d'Antioche;  Enzo,  roy  de  Sardaigne,  et  Mainfroy, 
duc  de  Tarente;  d'où  il  est  à  présumer  que  c'est  de  là  qu'il  fut  sur- 
nommé d'Antioche.  L'histoire  remarque  que  Frédéric  acconq)agna  son 
frère  Mainfroy  en  toutes  ses  expéditions,  et  dans  les  soulèvemens  qu'il 
entreprit  contre  l'Église;  ce  qui  attira  à  l'un  et  à  l'autre*  les  censures  et 
les  excommunications  de  l'Eglise. 

Costanzo  dit  que  Frédéric,  qu'il  qualifie  mal  prince  d'Antioche, 
aussy  bien  qu'Estienne  de  Lusignan^  en  ses  Généalogies,  espousa  une 
dame  romaine  qu'il  nomme  Marguerite,  et  qu'il  eut  d'elle  Conrad  et 
Marguerite  d'Antioche,  laquelle  eut  une  fille  nommée  Béatrix,  mariée 
avec  Opicin  Spinola,  gentilhomme  génois,  et  mère  d'Argentine,  qui 
espousa  Théodore  Paléologue,  marquis  de  Montferrat.  Filadelfe  Mu- 
gnos  parle  autrement  des  enfans  de  Frédéric,  écrivant  qu'il  eut,  outre 
Conrad,  deux  filles,  dont  l'une,  nommée  Isolde,  espousa  Berthold. 
marquis  d'Hérembourg[Hokenbourg],  en  Allemagne,  et  Béatrix,  femme 
d'Opicin  Spinola.  Quelques-uns''  tiennent,  sans  beaucoup  de  fonde- 
ment, que  Frédéric  fut  allié  avec  Marie,  fille  de  Boémond  IV,  prince 
d'Antioche,  et  de  Mélissende  de  Cypre,  sa  femme;  laquelle  céda  ses 
droits  sur  le  royaume  de  Hiérusalem  à  Ciiarles  \",  roy  de  Sicile. 

'   Oostanzo,  toc.  cil.  aiin.  1382,  11°  26;  ann.  laSi,  n°  i5;  ami. 

'  Filadelfe  Mugnos.  1 285  ,  n"  9. 

'  Ricordano,  c.  cxxiii.  '  Et.  de  Lusignan.  c.  xxv.  foi.  35. 

*  Oderic.  Rainald.  ann.  i-2i>li.   n"  5a;  "  iil.  de  Lusignan. 


FAMILLE  QUI    PORTA   LE  SURNOM  DANTIOGIIE.  "217 

Conrad  d'Antioche  est  vulgairement  surnommé  par  les  auteurs ^  Ca- 
/)itlo  ou  Cajmtio,  à  cause  de  la  terre  de  Capici,  en  Sicile,  (|iril  eut  du 
chef  de  son  père.  Il  posséda  aussy  les  comtez  d'Alba  et  de  Gclauo,  eu 
Calabre,  et  les  terres  d'Albaïde  et  de  Catribil,  en  la  Catalogne,  (\u\ 
luy  furent  données  par  Constance,  reyne  d'Aragon,  sa  cousine.  11  fut 
pris-  par  les  troupes  de  Charles  I",  roy  de  Naples,  après  la  bataille 
de  Bénévent,  dans  la  Sicile,  où  il  avoit  esté  envoyé  par  Conradin  pour 
s'en  rendre  maistre.  Ricordano  escrit  <[ue  Guy  de  Montfort,  chef  des 
troupes  de  Charles,  qui  le  prit^,  luy  ht  crever  les  yeux,  et  Fazel' 
ajoute  qu'il  le  fit  pendre  ensuite;  mais  ces  auteurs  se  sont  mépris,  car 
d  vécut  longtemps  depuis  et  fut  un  de  ceux  qui,  en  1  an  ia8i,  por- 
tèrent le  roY  Pierre  d'Aragon  à  embrasser  l'entreprise  du  recouvrement 
de  la  Sicile,  proposée  par  Prochyte^;  ce  que  nous  apprenons  de  Su- 
ritaS  et  d'une  épistre  du  [jape  Martin  IV  ^  qui  ajoute  qu'il  fut  pris 
avec  Conradin,  en  la  bataille  que  le  roy  Charles  renqiorta,  et  qu'il 
eust  esté  décapité  conmic  luy,  si  le  pape  Clément  IV  n'eust  intercédé  en 
sa  faveur,  Charles  luy  ayant  accordé  sa  grâce  sous  les  sermens  qu'il 
luy  fit  de  luy  estre  fidèle;  ce  qu'il  ne  tint  point.  Il  est  probable  que 
Conrad  d'Antioche,  qui,  en  l'an  1012,  vint,  avec  la  noblesse  romaine 
f.t  cinquante  chevaliers  de  sa  suite,  au-devant  de  l'empereur  Henry  VII 
loi'squ'il  arriva  à  Piome,  estoit  quelqu'un  de  ses  enfans^  Car  on  ne 
peut  pas  dire  que  ce  soit  le  premier  Conrad.  Tant  y  a  que  Fazel ,  et 
après  luy  Vignier',  se  méprennent  quand  ils  luy  donnent  le  titre  de 
prince  d'Antioche;  et  le  dernier  encore  plus,  lorsqu'il  dit  que  ce  fut 
sur  luy  que  Bendocbar  s'euqjara  de  la  ville  d'Antioche. 

[Le  récit  de  Du  Gange,  l'ii  eu  qui  concerne  Frédéric  et  Conrad  tl  Anliothe, 

'  Ricordano.  e.  clxxx.  —  Rainald.  ann.  '  J.  Villani. 

1267,  n"  9,  19;  ann.  1268,  n°'  i5.  34.  "  Surita,  I.  II,  imiic.  |).  1  iG. 

■"  Anoiiymus,  De  Rébus  gcslis  Frederici,  '  Rainald.  ann.  1282.  n"2(J;  ann.  128/1 . 

p.  859,883.  n°  i5;  ann.  1286,  n°  9. 

'  Vignier, /)/W(oî/(.  ann.  1268.  '  Albertin.  Mussal.  De  G'cs/w //f/»7V/ 177  . 

"   VaicW.UeRehmsicul. poster. decA.WW  I.  \III.[).  U'i.ho. 
I-.  m,  p.  /1.58.  '■'  Fazt'li.  l'I  Vignier.  locis  citai is. 


218  LES  FAMILLKS  DOUTRE-MER. 

est  (rès-confiis.  Nous  résumons  ici,  d'après  les  renseignements  qui  nous  sont 
ronnnuni(|U('s  |)ar  M.  Huillard-Bréiiolies,  ce  que  l'on  sait  de  plus  certain  sur 
ces  deux  persoiuiages.  Frédéric  d'Anliocbe  était  le  second  des  fds  naturels  de 
l'emijereur  Frédéric  11.  Au  connnencement  de  l'année  i  aie,  il  était  déjà  marié 
el  investi  d'un  apanage  dans  l'Abrazze.  Il  ne  porte  pas  encore  à  cette  date  le 
surnom  d' AutiorJic ,  (pii  lui  lui  donné  plus  lard ,  probablement  parce  qu'il  avait 
sur  la  j)rincipauti'  (rAnlio(  be  des  pré'Ienlions  doni  la  cause  nous  est  inconnue. 
De  juillet  la/iT)  ius(prà  la  mort  de  Fiédéric  11  en  i25o,  il  fut  vicaire  général 
de  l'Fmpire  en  Toscane;  il  porta  même,  en  iq/iS.  le  titre  de  roi  de  Toscane 
et  di^  prince  d'Anfioclie;  mais  la  \\wv\  de  l'empereur  fit  évanouir  ces  belles 
espérances.  Frédéric  d'Anliocbe  lui  créé  ou  confirmé  comte  d'Alba,  de  Celano 
et  de  Loieto,  parle  roi  Conrad;  il  mourut  sid)itemenl  peu  après  le  couronne- 
ment de  Mainl'roi,  vers  la  fin  d'août  ifjôS. 

Sa  femme  Marguerite,  d'une  noble  famille  r(jmaine,  bii  avait  apporté  en 
(loi  le  cbàteau  de  Saracinesco.  situé  aux  environs  de  Tivoli.  File  lui  donna, 
comme  le  dit  Du  Gange,  deux  enfants,  Conrad  et  Marguerite  d'Antiocbe.  Mais 
ce  Conrad  ne  fut  jamais  surnounné  Caputo  ni  ne  fut  seigm-ur  de  Capici.  Notre 
auteur  le  confond  avec  Conrad  Capece,  un  des  derniers  ])artisans  en  Sicile  de 
l'infortuné  Conradin.  Ce  qui  a  pu  causer  cette  méprise,  c'est  (pie  tous  deux 
eurent  une  fin  lragi(pie  et  à  peu  près  semblable.  Conrad  d'Antiocbe,  étant  alb^ 
rejoindre  Conradin,  (pii  le  créa  prince  des  Abruzzes,  fut  fait  prisonnier  à  la 
bataille  de  Scurcola  (août  i  •2i\S).  F|(argné  par  Charles  d'Anjou,  il  fut  échangé 
contre  les  frères  du  cardinal  Gaétan,  que  Béatri.x,  sa  femme,  gardait  en  otage 
dans  le  cbàteau  de  Saracinesco.  Ayant  ensuite  réussi  à  gagner  la  Sicile,  il  y 
lui  pris  deux  ans  après  |)ar  Guj  de  Monlfort,  (pii  le  lil  aveugler,  châtrer  et 
pendre  à  un  gibet.] 

CoiinuP  espousa  Béatrix,  fille  de  Gaivano  Laiiza,  second  comte  de 
Fundi,  et  en  eut  trois  lils,  Frédéric,  Henry,  Gaivano,  Bartliéleniy,  ar- 
chevesqiie  de  Palernie  en  l'an  lagB,  et  François,  (jui  luy  succéda  en 
cette  dignité,  en  l'an  i  3 1  i '.  llocchus  Pirriis  nous  ^  a  donné  les  épitaphes 
de   ces   deux   archevesques,  qui   les  disent  issus   du   sang  impérial; 

'  Costanzo. —  \uinnra(o. —  \lugnos.  '  Roccluis   Pirrus,    l.   1.    p.  i5.5,  i5G. 

■   Siirita,  tnd.  aiin.  i  ;i  i  S.  .'iSo. —  Cnahcrus.  T(diul.i<ic>ills,n°'6'j,()>'>. 


FAMILL1-:  OUI   PORTA  LE  SURNOM  D'AMIOCHE.  219 

comme  aussy  celle  de  Frédéric,  qui  y  est  qualifié  chevalier  et  frère 
de  Barthélémy,  archevesque  de  Panorme,  et  ra])|iorle  sa  mort  au 
22*=  jour  de  juillet,  l'an  i3o5.  Ce  dernier  fut  inhumé  en  la  mesmc 
église  cathédrale,  en  une  chapelle  qui  est  sous  terre. 

Fkédéiuc  d'Antioche,  II^  du  nom,  paroist  après  ccux-cy.  Il  fut  créé 
comte  de  Capizzi  par  Frédéric,  roy  de  Sicile,  en  l'an  i  336  '.  Mais,  deux 
ans  après,  il  se  révolta-  contre  le  rov  Pierre,  qui  avoit  succédé  à  Fré- 
déric, et  se  rangea  du  costé  de  Robei't,  roy  de  Naples;  et  enfin  mou- 
rut en  combattanl  '  poui'  luy,  au  siège  de  Melazzo,  au  mois  d'aoust, 
l'an  iSia. 

11  fut  inhumé  honorahleinent  en  l'église  du  cliasteau  de  Sainte- 
Lucie,  près  de  cette  ville,  par  le  roy  Pierre,  dont  il  estoit  parent.  Ses 
biens,  qui  estoient  grands  dans  la  Sicile,  au  rapport  de  Fazel  et  de 
Costanzo,  furent  donnez  à  Rémond  Pei'alto,  sous  le  titre  de  comté  de 
Calatabilleta.  Il  avoit  espousé  Marguerite,  comtesse  d'Escolo,  dont  il 
eut  un  fils,  nommé  Pelruccio,  et  quelques  filles,  sçavoir,  .leauue . 
mariée  en  l'an  i3i5  à  Francesco  Gesualdi,  avec  1,200  onces  d'or  de 
dot,  Antonella  et  Caternella  *. 

Fazel  dit  que  ce  Frédéric  estoit  lils  de  Pierre  d'Axtiociie,  lequel, 
quoyque  noble  d'extraction,  avoit  peu  de  biens,  et  fut  enrichy  par  le 
roy  Frédéric,  qui  luy  donna  divers  emplois ,  et  le  lit  son  grand  chan- 
celier, laquelle  dignité  il  possédoit  en  l'an  i325.  Costanzo  parle  de  ce 
Pierre  d'Antioche  en  divei's  endroits,  de  sorte  qu'il  seroit  piobable  que 
Pierre  fust  fils  de  Conrad.  Filibert[Filadelfe]  Mugnos  escrit,  plus  proba- 
blement, que  son  père  se  nommoit  pareillement  Frédéric,  et  (|iril  décéda 
l'an  i3o5;  et  ainsi  ce  Frédéric  111  estoit  fils  de  Frédéric,  lils  de  Con- 
rad. Ces  deux  auteurs  font  encore  mention  de  François  et  de  Simon 

'   Fnzell.  De  Rehus  skul.  poster,  dcc.  1.  IX.  — Surita.  ind.  I.  III.  p.  18a.  —  (iostafizu. 

c.  m,  p.  48a  ;  c.  iv.  p.  48.5,  48G,  /187.  —  i.  X,  p.  .3/ii  et  seq. 

Costanzo,  Dell' istor  Sicil.  part.  1",  i.  IX.  '  Fazell. — Surita,  p.  187.  -Costanzo. 

p.  436  a,  437  c.  p.  346. 

"  Fazell.  De  llelnis  firnl.  poster,  ilee.  1.  IX.  '  .Aiiiiiiirato.  1.  II.  p.  h.  —  Fazell. 

28. 


'2-2Ù  LES  FAMILLES  DOllTRE-MER. 

I)  Antioche,  cousins  germains  de  Frédéric.  Simon  fut  père  de  Bauthé- 
i.KMV  d'Antiociif.  ',  ([ui  eut  du  roy  Pierre  I"  le  gouvernement  de  la 
ville  (le  Randazzo,  et  espousa  la  iille  de  Nicolas  Gesareo,  chevalier. 
iialilMe  Messine.  Ce  Rartliéleiny  eut  aussy,  du  roy  Pierre  II,  la  confis- 
cation des  biens  de  Lujx)  Gai'diola.  Enfin  le  duc  Délia  Guardia,  en  la 
Généalogie  des  lliilli  de  Naples -,  dit  cpie  (Conrad  d'Antioche,  comte 
de  Gapizzi,  espousa  Govella  [fdle]  de  Giordano  Rufli ,  comte  de  Montalto. 
et  (le  Margueiilc.  comtesse  de  Cleiinont,  sa  seconde  femme,  et  le  qua- 
lilic  ai'rière-petit-fils  de  I'em])ereur  Frédéric.  De  sorte  qu'il  faut  qu'il 
ail  esté  (ils  et  successeur  de  Frédéric  d  Antioche,  comte  de  Capizzi. 

.Te  ne  veux  |)as  oublier  en  cet  endroit  que  j'ay  remarqué  un  Geokoks 
I)  Amiochk,  (pii  s(niscrlt.  avec  li'  litre  d'amiral  de  Sicile,  quelques  titres 
du  roy  Hogei',  des  années  i  i  •>')  el  i  i  'i>,  sans  (pie  je  s(;ache  d'où  ce 
stniiitm  hiv  esl  ddiinc  \ 

'    Mufjiios.  '   Roccbiis   PiiTiis.    Archiepisc.    Messnn, 

'   l'ciffc  :^)'>i.  |).  '^o-2\  Arrhippisc.  C.iiUin.  |).  20. 


LES  SEIGNEURS   IVAP.SUR.  -l-Il 


LES   SEIGNEURS   D'ARSUH. 


La  ville  d'Arsur,  dite  par  quelques  auteuis  Arsul'  cl  Aisutli  [on 
même  Assur],  place  maritime  assise  j)iez  du  comté  de  Japlic,  l'ut  au- 
trefois appelée  i4Ma))a«n's,  du  nom  d'Aiitipater,  père  d'Hérodos'.  Gode- 
froy  de  Boudlon,  l'ayant  assiégée,  fut  contraint  de  lever  le  siège  par  le 
défaut  de  vaisseaux  qui  coupassent  les  vivres  du  costé  de  la  mer;  la 
gloire  de  la  prise  de  cette  place  ayant  esté  réservée  à  sou  frère  Bau- 
douin, qui  s'en  rendit  maistro  incontinent  après,  par  le  secours  des 
Génois  et  des  Pisans".  L'histoire  ne  remarque  pas  à  qui  elle  liil  donnée 
alors,  ny  qui  en  fut  eslabli  gouverneur;  mais  il  est  probable  que 

.Iean,  surnommé  d'Amir  par  Guillaume  de  Tyr^,  et  qui  accouq)agna 
le  roy  Amaury  au  voyage  ({u'il  fit  à  Gonstantinople,  Tan  i  170,  en 
estoit  seigneur  [])uisqu'en  cette  qualité  il  signa,  connue  témoin,  un 
acte  du  roi  Amauri,  18  avril  1  17^  \  et  un  autre  de  Baudouin  I\ ,  en 
1  1  77  ■'].  et  que  Mélissende,  qui  espousa 

Jean  d'Ibelin,  fils  de  Balian,  H''  du  nom,  seigneur  d'ibelin  [appeb' 
communément  le  vieux  sire  de  BarulJi\,  estoit  sa  fille;  au  droit  de  la- 
quelle son  mary  devint  seigneur  d'Ai'sur,  ainsy  que  nous  apprenons 


'    \lbr!rtus  Aquensis,  1.  Vil,  c.  i  et  seq.  Willelmus  Tyr.  I.  X.   c.   \iv.  —   Ecknnl. 

—  Willelmus  Tyr.  1.  I\,  c.  ix.  —  Cliron.  a[uifl  Marlène.  Ampliss.  Coll.  (.  V.  cnl.  5-25 
oWcH/.p.Si. —  Samit.  I.  II ,  part. /i ,  c.  x.w  ;  e.  .5a()  e. 

I.  ni.  part.   1/1,  c.  11.  —  Fiileher.  Carnot.  ^  Willelmus  Tyr.  1.  XX,  r.  \\i\. 

I.  Il,  c.  vu.  —  Cod.  diplomnl.  t.  l,  p.  hho.  '  Coi.  diphmat.  t.  I.  ii'  -.^oi,  |).  -ihh. 

—  Cartul.  S.  Sepulc.  p.  doi^.  ''  Cartularliirii    Simcti  Sepiilc.     n"    i(i(). 
'   .Ali)ertus   .Aqiiensis.   I.  \lt.  c.   i.iv. —  p.  3o8. 


^22  MvS   FAMIM.KS    I) OLiTIîE-MKIt. 

tlii  lJ[iiia{;o  froiitre-nicr ',  où  loiildnis  rinipriiiu'  poi'lo   mal  lo  siffiiof 
(If  Sin;  au  lieu  d'Arstir. 

I  Un  (li's  (liaiiilies  du  liijjiiajje  (rouirc-iiior  (|iie  n'ont  publiés  ni  Labbe,  ni 
i-a  Tliauniassiùre'-,  nous  a]i[iren(l  (juo  le  picMnicr  Jean,  seij;ncur  d'Arsur, 
ilonl  le  ])('■!■(■  n'est  pas  nommé,  mais  (■lait  avant  lui  seigneur  d'Arsur,  épousa 
Helvis,  lille  d'Aiiseau  de  Brie,  et  mourut  avant  elle  sans  postérité '. 

Sa  sœur  Méi.isse^de,  héritière  de  la  seigneurie  d'Arsur,  épousa  en  premières 
iiores  Tlieri  d'Orguenes,  doiil  elle  n'eut  que  des  filles,  mortes  jeunes. 

(le  Thehi  ou  TiiiERRi  fut  donc,  par  sa  femme,  un  seigneur  d'Arsur,  ipii  doit 
se  placer  entre  le  premier  Jean  et  Jean  d'Ibelin,  le  Vieux  Sire  de  Barutb.  On 
voit  en  efl'et  un  Thicrri  d'Orgue,  ou  de  (hra.  figurer  j)armi  les  témoins  de 
deu\  actes,  l'un  de  Henri  de  (Ibampagne,  roi  de  Jérusalem  (5  janvier  t  igi)''- 
l'autre  du  roi  Aimeri  (août  i  198)^,  et  un  Thierri  de  Asca,  avec  le  titre  de 
seig'ueur  d'Arsur.  souscrire  un  acte  du  roi  Aimeri  (octobre  i  1  98)''.  Les  témoins 
sont  à  peu  près  les  mêmes  dans  les  trois  actes. 

il  n'est  guère  douteux  (pie  ce  Thierri  de  Asca,  seigneur  d'Arsur,  ne  soit  le 
même  ([ue  Tliiei'ri  de  Orcn,  d'Orgue,  d'Orgueiies.  |)remier  mari  de  Mélissende, 
et,  comme  tel,  seigneur  d'Arsur. 

OuanI  à  la  femme  du  \  ieu\  Sire  de  Baiiitli.  l'ancien  texte  du  Lignage 
d'outre-mcr  "  la  nomme  Mélissende:  la  (lontinualion  de  (iuillaunie  de  Tyr  * 
(lit  ipi'il  était  marié  à  la  suair  de  Henouart  de  Népliin,  contre  lequel,  non- 
obstant cette  alliance,  il  prit  parti  en  faveur  de  Boémond  IV,  le  Borgne,  vers 
l'an  1  9  0  6 . 

Le  nouveau  chapitre,  déjà  cité'-*,  du  Lignage  d'outre-mer.  acçord(»  les  deux 
passages.  Cette  sœur  de  Benouart,  fille  de  Baimond,  seigneur  de  Néphin, 
nommée  Heln's.  fut  In  iiremière  femme  de  Jean  d'Ibelin.  sire  de  Barutli:  elle 


'   Lignages  â'oulrc-mer.  c.  vi,  p.  43o;  "   Coil.  diploinal.  t.  I,  n"  8.  p.  287. 

«lit.  lîeugriot,  t.  11,  c.  viii,  p. /|/i8.  '    Lignages  d'oulre-iner,  é(\il.Lahhf.c\i: 

^  Lignages  d'oulre-mer.  édil.   Beiignot.  édil.  Beugiiot.  c.  mil 

t.  II.  c.  XI,  p.  /i5i.  '  Coiitinuiil.  (le  (iuill.  de  Tyr.  I.  \\\l . 

'    Lignages d'oulrc-mer,éà\i.Lix\)he. cm;  e.  i\.  ji.  3i5. 

f^flit.  Beugnot.  c.  vin.  "  Lignages  d'oulre-mer,  c.  xi.  éiJit.  Beu- 


Cod.  diplomal.  I.  I.  11°  81,  p.  87. 
(ïod.  diplomal.  I.  1,  n"  189.  p.  235. 


LKS  SEIGNEURS  DARSIJR. 


22H 


eut  do  lui  nni\  fils,  qui  moururent  jeunes,  et  elle  nidurut  peu  aprrs.  Jean  d'I- 
belin.  en  secondes  noces,  épousa  Mélissende.  Ainsi  il  n'était  pas  encore  sei- 
gneur d'Arsur  en  1206. 

Voici,  pour  plus  de  clarté,  le  tableau  de  la  ;;énéalogie  et  des  alliances  des 
seigneurs  d'Arsur,  tel  (]u'il  résulte  du  Lignage  d'outre-nier  "  : 


}ÎAi,nx  11  .  d'Ibelin. 


seigneur 

(l'A 

rsur. 

— 

"jEAN^r 
seign''iir  <- 

JEAN  , 

seigneur  d'Arsur. 

épouse  Helvis, 

aiio 

d'Anseau  de  Brie , 
mort  sans  postérité 

a.  Mélissende, 
veuv.-  ,h-  TIkmI 
d'Urguenes , 
dont  sept  lilles 
niorf  es  jeunes. 

'Ibelin  , 

ni.r , 

0  Barulh. 

1          1 

Ci^'i  FILS    1.  Isabelle, 
morts            nonnaJD. 
jeunes. 

3 

LE 

1                      1 
Hue     a.  Baiidouin  , 
Fort.      st^ni.'<-hai. 

2 
co 

de 

.GlI,          a.  B 
inélablo            s 
Chypre,    de  1 

ALU.N  ,      2.    JEAN 

eur         d'Ibelin  . 

iirulb.    seigneur 

d'Ai-snr. 

Raiuo.nd, 
Sf'igneurde  Néplnn. 

1  .   ÏIkLOïS      KcLANTlNE,       KESOUAnT. 

OU  Hblïis.        épouse         stig;neui 
Rohart      de  N.i|ilii]]. 
seigneur 
deCayphas. 


IltLvi^,  Agnès. 

épousi'  épouse 

Geoiïroi  Bovere! . 

Pinilniti.  à  Gènes. 


BALIAN, 

seigneur  d'Arsur 

actuel. 


Gilles  Polilaix 

seigneur 

deCayidias. 


Jean  d'Ibelin,  seigneur  de  Baruth,  et  d'Arsur  par  sa  l'enune  Mélissende 
mourut  après  le  7  août  12  3.6,  date  d'une  lettre  adressée  à  lui  probablement 
par  le  pape  Grégoire  IX '^;  ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que,  dans  le  courant 
d'août,  même  année,  il  figure  encore  comme  téinoin  d'un  acte  du  roi  de 
Chypre,  Henri  V' \] 

Je  crois  que  ce  fut  de  son  temps  que  Saladin  prit  Arsur*,  que  le 
vaillant  Hugues  de  Tabarie,  fds  du  prince  Gautier,  reprit  depuis  sui' 
luy;  car,  après  la  délaite  du  roy  Guy,  l'an  1  187,  par  ce  sultan,  Hugues 
sortit  de  Tyr  avec  quelques  troupes,  prit  d'assaut  cette  place,  tua 
tous  les  Sarrazins  qui  se  rencontrèrent  à  sa  défense,  et  fit  prisonnier  le 
gouverneur,  ce  qui  étonna  lellemenl  Saladin  qu'd  n'osa  hazarder  en- 


'  Lignages  d'outre-mev,  édit.  Lai)l)e,  r.  \  1  ; 
édit.  Beugnot,  c.  viii,  xi. 

'  De  Mas-Latrie,  llist.  de  Cln/pre .  t.  II. 
]).  Tm);  l.  III ,  |).  0/10. 


■'  De  Mas-Latrie.  Hisi.  de  Chypre.  [. 
p.  (JSg. 

'  Expcdil.  iisint.  Frcder.  1 ,  p.  ôo. 


03'i 


T. ES   PA MILLES  l)()I  THE-MEP,. 

coir    une   lois  k"  siéjjc  <1  Arsur,  ([iioujuil  se   lusl  rnidii   iiiaislre  de 
|)i('S(|U('  toutes  les  autres  places  fie  la  terre  sainte. 

\)u  rnariafTc  de  Jean  avec  Milesende  ou  Mélissende,  vinrent  entre 
autres  eid'ans,  Balian,  seigneur  de  Barut,  Baudouin,  séneschal  de 
(i\pre,  et 


Jkan  n'IisKLi.N,  III'' du  nom,  connestable  du  royaume  de  Hiérusalem  ' 
[vers  laai],  (|ui  eut  en  partage  la  seigneurie  d'Arsur-,  du  consente- 
ment de  ses  trères.  Il  fut  encore  clioisy  baile  ou  régent  de  ce  royaume^ 
pour  [Henri  l",  en  1260,  puis  pour]  Hugues  II,  roys  de  Cypre  [di- 
gmtr  «|u'il  céda  à  son  cousin,  Jean  d'ILelin*,  comte  de  Japlie  et  d'As- 
calon,  et  qu'il  recouvra  trois  fois.  Il  en  était  investi]  en  l'an  1268;  en 
laquelle  année  il  mourut.  Il  espousa  Alix,  lîlle  de  Rohart,  seigneur  de 
<lavplias^,  de  laquelle  il  eut  un  lils  qui  suil. 

B\LiA.\  d'Ibelin,  fds  de  Jean,  succéda  à  son  père,  en  la  seigneurie 
d'Arsur,  et  en  la  dignité  de  connestable  de  Hiérusalem  [dont  il  ne  fut 
revestu  qu'en  1  968*'].  Le  roy  saint  Louys,  estant  à  Acre,  en  Fan  1  •2.'")6". 
le  fil  chevalier  le  jour  de  Pasques,  auquel  temps  Balian  esj)ousa  Plai- 
sance, fille  de  Boémond  V,  prince  d'AntiocIie,  pour  lors  veuve  d'Henry, 
roy  de  C-ypre.  Mais  le  mariage  ayant  esté  dissous*  d'un  mutuel  consen- 
tement [et  par  linjonction  expresse  d'Alexandre  IV  ^],  quatre  ans  après 
[1268],  il  s'allia  avec  Lucie'",  fille  de  Jean  Gauvain,  de  laquelle  il  eut 
Jean;  Ermelliue,  qui  l'ut  mariée  dans  la  Pouille;  Jeanne,  fenune  de 


'  Joiiiville.  [).  âi8;  édition  Du  (iange, 
j).  102,  et  Oljserv.  [I.  yo. 

"  Cad.  diploinat.  t.  1.  n'  lai.  p.  ikh: 
Il  iSa.  p.  107-161,  528.  —  Lignages 
d'nvtre-mer.  c.  vi. 

Saillit.  I.  III,  part.  12.  c.  iv,  \,  \i.  — 
Ai-sises  du  royaume  de  Jrnis.  apud  Lalibe. 
t.  I,  p.  50 1. 

'  \  oir  les  Bois  de  Cliypre,  [1.  ()3. 

'  Lignages  d'oulrc-mer.  c.  vi. 


'  Goiiliiiuat.  de  (niill.  de  Tyr,  I.  .\XXI\  . 
c.  \i.  p.  ho"]. 

'  Saiiut.  1.  m,  part.  la.c.  iv. — •Contiii. 
ileGuili.  de  Tyr.  \.  XXXIV,  c.  11,  p.  44 1. 

'  Siinut.  I.  III.  part.  la.  c.  \.  —  Conti- 
nuât, de  Gnill.  de  Tyr,  1.  XXXIV.  r.  m. 
p.  hh'i. 

°  De  Mas-Latrie,  t.  II.  p.  68.  6(|. 

"'Lignages  d'outre- mer.  c.  vi.  |i.  ?)-j!i. 
édit.  Labbe. 


LES  SEIGNEURS  DARSUR.  225 

Baudouin  du  Morl',  seigneur  de  Stambole;  et  Nicole,  mariée  à  Tliibaul. 
de  Bessan.  Balian  '  vendit  la  ville  d'Arsur  avec  ses  dépendances,  eu 
l'an  i25i,  aux  chevaliers  de  i'Hospital  de  Hiérusalem,  à  la  charge  de 
luy  payer  tous  les  ans  i,ooo  bezans  sarrazinois-,  qu'il  (|uilta  depuis  à 
Hugues  Revel,  grand  niaistre  de  I'Hospital  en  l'an  laOy,  à  cause 
que  le  sultan  Bendocbar  s'estoit  enijjaré  d'\rsur   sur  luy,    dès  lan 

[Dans  un  acte  du  i"  mai  1261  ',  Balian  d'Iljclin  énumère  les  vassaux  di- 
la  seigneurie  d'Arsur  qui ,  en  vertu  de  cette  vente ,  devaient  être  payés  par 
l'Hôpital,  et  réciproquement  lui  devaient  service.] 

Enlin  ayant  esté  fait  bade  ou  régent  du  royaume  de  Hiérusalem  ■' 
[en  1268,  et  laissé  avec  cette  quahté  dans  Acre,  en  octobre  i-jyti. 
lorsque  le  roi  Hugues  III  abandonna  cette  ville],  il  mourut  peu  de 
temps  après*^,  sçavoir  l'an  1277.  Sanudo''  dit  (|ue  les  chevaliers  hos- 
pitaliers ne  laissèrent  pas  de  payer  au  seigneur  d'Arsur,  après  sa  ])erte\ 
la  somme  de  28,000  bezans,  tous  les  ans,  ce  qui  se  doit  entendre 
ius(|ues  au  quittement  qu'il  en  fit. 

Jean  d'Ibelln,  fds  de  Balian,  qualifié  seigneur  d'Arsur",  s'allia  avec 
Isabelle,  fdle  de  Balian  d'Ibelin,  séneschal  du  royaume  de  Cypre,  et 
eut  d'elle  Balian,  Guy,  Alix,  Marguerite  et  Lucie. 

[Jean  d'Ibelin  fut  nommé  connélahle  du  royaume  de  Jérusalem'"  (hi  vivant 


'  Saillit.  1.  III,  part.  12.  c.  vi,  vu.  — 
—  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  I.  \XX1V, 
c.  IV,  p.  6/iG. 

"  Caiiiil.  de  Manosqiie.  —  Cad.  diplomal. 
t.  1,  n"  1/49,  p.  189-191. 

'  Rainald.  11°  h\.  aiin.  ii>G5.  —  Contin. 
Inc.  cit.  p.  hbo. 

'  Cod.  dijtlomnt.  t.  1, 11°  1  /to,  p.  1 7  !  -1 7,]. 
-—Assises  de  Jerusnlern,  édit.  Beufjnot,  t.  I. 
p.  355 ,  note. 

"  Saniit.  I.  III ,  c.  XIV.  -    Contin.  de  Ciiili. 


de  Tyr,  1.  XXXIV.  c.  .\i..  p.  ôk'j:  c.  xwiii. 
p.  h^h. 

"  Saiiul.  I.  tu,  c.  \u.  —  Continuât,  de 
(iuill.  de  Tyr,  I.  XXXIV,  c.  m.  p.  '.78. 

''  Sanut.  1.  III,  part.  1^1.  c.  11. 

'  (>'est-à-dire  après  la  [lerle  d'Arsur  :  [ins 
cjus  amissioueiii ,  comme  dit  Saiiudo. 

'■'  Ligiiagcs d'oulrc-incr,  édit.  Labbe,  cm  . 
p.  i39;édit.  Beugnot.  c.  vin,  p.  hUiy 

"•  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr.  1.  \X\  \  I . 

c.   \VI .  p.   /l()3. 


39 


-22(1  LES  FAMILLES  DOIITRE-MER. 

même  de  son  père,  en  127a.  Il  vivait  encore  en  i3ofi.  puisqu'il  est  nommé 
comme  témoin  d'un  traité  deconnnerce  '  du  prince  Amauri,  régent  du  royaume 
de  Chypre,  avec  Venise,  à  la  date  du  3  juin  de  cette  année. 

11  (uit  pour  successeur,  au  titre  de  seigneur  d'Arsur.  ^Al.IA^,  son  fils.  (pu. 
eu  cette  (pialilé,  souscrivit  un  acte-  du  roi  Hugues  IV,  de  (Ihypre,  le  ^j  sep- 
lend)r(^  1  0'i(S.| 

Piiii.ii'PK  i)"li!ELi\.  lieutenant  de  Jaques  de  Luzignan,  séneschal  du 
ro^jaunie  de  Cypre,  est  (jualilié  seigneur  d'Arsur,  en  l'an  i368  [ou 
plutôt  i;5G()].  aux  Assises  du  royaume  de  Hiérusaleni^  [lors  de  la 
réunion  des  seigneurs  qui  suivit  immédiatement  la  mort  du  roi 
Pierre  l' [ 

[Le  -30  mai  précédent,  i3()8,  ilu  vivant  de  Pierre  1",  il  avait  été  témoni 
d'un  acte  *  relatif  au  payement  du  douaire  de  Marie  de  Bourbon. 

Le  l'y  janvier  i3(k),  il  lut  un  des  assassins  de  Pierre  I"  ^  et  Guillaume  de 
Machaui  lui  impute  d'avoir  porté  les  premiers  coups. 

Le  16  novembre  i36(),  il  fut  un  des  seize  notables  désignés  pour  la  révi- 
sion du  livre  des  Assises  ". 

On  ne  sait  s'il  était  lils  ou  pelil-liis  de  Halian  d'Ibeiin,  ou  de  Gui.  son 
frère.] 

Le  seigneur  d'Arsur  avoit  droit  de  haute  cour,  c'est-à-dire  coin-, 
coin  ou  monnoye,  et  justice,  et  avoit.  à  Saint-George  de  Sébaste,  coin- 
de  bourgeoisie  et  justice''. 


'  De  Mas-Lalrie,  t.  II,  p.  io3. 

'  De  Mas-Latrie,  t.  Il,  p.  i43. 
Assises  de  Jérusalem,  p.    456.   660, 
édit.  Beugnol,  t.  I,  préf.  p.  111.  vi.  —  ^Voir 
Les  Rois  de  Chjpre ,  p.  76.) 

'  De  Mas-Latrie,  t.  II.  p.  391. 


■^  De  Mas-Lali-ie.  t.  II.  p.  335.  34 1. 
*  Assises  de  Jérusalew ,  édil.  Beugnol . 

l.    I,  C.   VI. 

'  Assises  de  Jérusalem ,  édition  Labbe . 
p.  559;  édit.  Bengnnt ,  t.  1.  p.  4->.o. 


Les  Comtes  d'Ascalon,  voyez  Lus  Comtes  de  Japhe. 


LES  SEIGNEURS  DE  1! ARUT. 


227 


LES   SEIGNEURS   DE   BARllT. 


Baudouin,  I"  du  nom,  roi  de  Hiérusalem,  après  la  prise  de  Tn- 
poly,  entreprit  le  siège  de  Barut\  ville  de  la  terre  sainte,  appelée  par 
les  géographes  Berylus,  célèbre  pour  son  université,  dans  laquelle  on 
enseignoit  le  droit,  et  où  Ton  venoit  de  tous  costez  pour  y  étudier  la 
science  des  loix-;  et,  s'en  estant  rendu  inaistre  à  l'aide  de  Bertrand, 
comte  de  Tripoly,  et  des  Pisans,  le  23*^  jour  de  février,  l'an  iiio. 
ou,  selon  Gudlaume  de  Tyr,  le  27"=  jour  d'avril  de  l'année  suivante, 
il  la  donna,  au  rapport  de  Lambert  d'Ardres^  et  de  Meier\  qui  l'a 
suivy,  à 

FouQUES  DE  GuiPiES,  secoud  fds  de  Baudouin,  I"  du  nom.  comte  di' 
Guines,  et  d'Adèle,  sa  femme.  Ce  seigneur  paroist  avec  son  père  et  ses 
frères  en  quelques  titres  de  l'an  io84,  et  obtint,  au  récit  de  ces  au- 
teurs, le  comté  et  la  ville  de  Barut,  en  la  terre  sainte,  où  il  fut  in- 
humé ^  Après  luy,  ce  titre  est  donné,  j)ar  le  Lignage  d'outre-mer" 
[qui  ne  fait  pas  mention  de  Foulques],  à  un  autre  seigneur,  nonuné 


'   Albertus  Aqiiensis ,  1. XI ,  c.  xv,xvi,xvii. 

—  VVillelmus  Tyr.  i.  XI,  c.  xiii.— Pulcher. 
Garnot.  I.  Il,  c.  xl. —  Arnold.  Lubec.  1.  V, 
c.  m. 

■  Digest.  proœm.  \ii  :  Hœc  autem  tria. 

—  Cad.  lib.  X,  tit.  69  :  Qui  icUtle.  — 
Gregor.  Tliaumat.  p.  18G.  187,  188.  — 
Liban,  or-at.  2O,  p.  5g5  b.  —  Agathias. 
I.  II,  c.  XV.  ^  Nonn.  1.  IV,  c.  v,  p.  i/i.3, 
.3c)i.  —  Alypius  Anliocb.  —  Jo.  Phocas, 
n°  5.  —  Willebr.  ab  Oldeiiboi'g .  \\.  127. 


—  Bayle ,  Dictiuiinniic  cnlifjiic ,  au  iiiol 
Bérijte. 

■'  Lambert.  Ard.  |i.  17. 

''  Meier,  I.  IV,  anii.  luçi;).  —  Versus  rie 
illustribus  viris  diœc.  Tarvnneiis.  apud  Mar- 
tène,  Ampliss.  Collecl.  t.  V.  col.  5io  a. 

^  Lambert.  Ard.  p.  25,  27.  —  Meier, 
ann.  1099.  — D'Acliery,  S/«'c//.  I.IX.  p.  8/17. 

°  Lignages  d'outre -mer,  édition  Labbc. 
c.  XVII,  p.  891;  c.  XXI  ;  édition  Reugnol, 

c.  XX. 


ag- 


22«  LES  FAMILLES  DOUTnE-MER 

Pierre  [le  premier  que  le  Lijjriage  présente  comme  seigneur  de  Ba- 
rutli],  (le  la  famille  duquel  il  ne  spécifie  rien,  se  contentanl  de  dn'e 
(pi'il  Inl  sire  de  Baiiil.  de  sorte  que  l'incertitudti  reste  toujours  s'il 
cstoit  fils  de  Fouques  ou  de  la  même  famille  que  lu\.  [L'époque  où  il 
vivait  est  à  |)eu  prés  détei-minée  i)ai-  ce  l'ail  ',  que  le  roi  (Baudouin  111) 
lui  donna  Damas,  qu'il  assiéoait  alors  (i  i  68),  et  le  mit  en  possession 
d'une  partie  de  la  terre  et  du  jardin  (jui  sont  devant  la  ville.]  Ouoy 
<pi"il  en  soil,  de  la  l'ennnc  (pi'H  espousa  il  laissa  quatre  fils  et  deux 
filles,  sçavoir,  Gantier,  prince  ou  seijpieur  de  Barut;  Guy,  surnommé 
de  Barut,  par  Gudlaume  de  Tyr-,  dans  les  années  i  167  et  iii8  [et 
1102,  lors  du  siège  d'Ascalon],  lequel  espousa  Julianne,  princesse 
de  Césarée;  Bernard  et  Hugues,  décédés  sans  ent'ans;  Marie,  qui  s'allia 
(Ml  premièi'es  noces  avec  Guillaume  de  Tabarie,  fils  de  Gudlaume  de 
Bures,  prince  de  Tabarie,  et  en  secondes,  avec  Girard  de  Ham,  con- 
nestable  de  Tripoly^  et  Béatrix,  fenune  de  Jean  le  Tor,  seigneur  de 
Ma  n  net. 

[Cette  généalogie  est  inadmissible  \n\v  son  invraisemblance;  Sébastien 
Piioli*  en  donne  une  autre,  où  il  suppose  (pie  Gui  de  Barutb,  qui  devint  sei- 
eneur  de  Césarée  par  son  mariage  avec  Julienne,  est  le  lils  de  Pierre,  et  le 
|)ère  de  Gantier,  d'un  second  Gui  de  Barutb,  de  Bernard,  etc.  Mais  il  n'ap- 
porte pas  à  l'appui  de  son  opinion  des  preuves  snllisantes,  et  la  principale 
dillicullé,  résultant  de  la  dilTérence  des  temps,  subsiste  toujours.  D'ailleurs 
les  chapitres  ix  et  xvn  du  Lignage  d'outre-mer  (xi\  et  xxi  de  l'édition  de  Beu- 
gnol),  et  les  nouveaux  clia|)itres  ix  et  xx  de  la  même  ('dition,  s'accordent 
tous  les  (juatre  ])our  donner  |)our  fils  à  Pierre  :  Gautier,  qui  tut  après  lui  sei- 
gneur de  Barutb;  Gui,  mari  de  Julienne;  Bernard,  etc.  Cependant,  lorsqu'on 
songe  à  l'intervalle  qui  sépare  les  divers  documents  où  il  est  (juestion  de  (iaii- 
tier  et  de  Gui  de  Barutli.  de  1  i2()  à  1  182,  l't  même  1  i()a  environ,  on  est 
forcé  de  reconnaître  qu'il  doit  \  avoir  eu  des  intermédiaires  entre  Foul(|ues 
et  Pierre,  et  (pie  Gautier  et  Gui  de  Barutli.  mentionnés  dans  des  actes  de 

'   Lignages  d'outre -mer,    c.    x\,    édition  '   Marie  Ae  Bjii'iilii  liil  wmwq  trois  fois. 

Beiiiynot.  •  {\  .n-a\ms  LesSeignem-sdeluBlaiicliegiink.) 

-   Willelmiis  Tvr.  I.  Wll.  c.  1 .  \v.  \\i.  "   Cod.  diphnwt.  I.  L  p.  '-icf?^ .  't^'t- 


LES  SEIGNEUHS  DE   RAllUT.  :2'iO 

1  125,  ii9(J,  1  i36,  1  i38,  1  i-'io,  1  i/iA,  I  1  '17,  et  même  des  amiées  1  liVi. 
11 55,  iioT),  ne  peuvent  pas  être  les  mêmes  que  Gautier  et  Gui,  qui  liguicnt 
dans  des  actes  de  1  iSy,  1  i(Jo.  1  178,  1  182  '.  Dans  ce  système,  Pierre  occu- 
perait un  espace  assez  restreint  entre  1  i5(j  et  1  157;  et  après  Un  vicndrau-ut 
ses  fds,  Gautier,  qui  échangea  Barutli  contre  Blancliegarde,  et  Gui,  mari  de 
Julienne  de  Gêsarée.  Quant  aux  deux  frères,  Gautier  et  Gui,  cpii  auraient  pn- 
cédé,  nous  ne  pouvons  dire  s'ils  étaient  (Ils  de  Foulques,  ni  si  l'un  des  deu\ 
fut  le  |)ère  de  Pierre,  ni  s'ils  furent  successivement  ou  conjoinlemeiil  seigneurs 
de  Barutli.  Gette  dernière  supposition  néanmoins  paraîtrait  la  plus  vraisem- 
blable, et  la  seule  capable  d'accorder  des  faits  ([ui  semblent  coiilradictoire^. 

Un  acte  du  roi  Baudouin  II,  du  2  mai  ii95"\  est  souscrit  par  Gautier. 
seigneur  de  Barutb,  surnomiin''  Briseb'irrc. 

Un  acte  de  1  126,  28  juin  ■\  nomme  (iaulier  ilf  Bnriilh .  puis  son  frère  Gui. 
sans  aucune  qualiticatioii. 

Un  acte  de  1  i34  *  est  souscrit  par  Gautier  de  Baruth. 

Un  acte  du  roi  Foulques  ^  5  février  i  i38,  est  souscrit  par  Gui,  seigneur 
de  Barutb. 

Gui  de  Barutb,  souscrit  un  acte  de  Baimond,  comte  de  Tri|)oli  "  (1  lio. 
décembre). 

Gautier  de  Baruth  souscrit  un  acte  du  roi  Baudouin  III  (  1  1  A/i  )''. 

En  11/17,  ^'  juillet  ^  Gui  de  Baruth  est  témoin  d'un  acte  du  même  roi. 

Gui  de  Baruth  souscrit  encore  des  actes  du  3  0  juillet  1  i  5  6  ^  1  3  juillet  t  5  '^  5  '". 
7  juin  1  1  56";  et  il  est  nommé  aussi,  par  Guillaume  de  Tyr,  dans  les  aiini'es 
11. '17,  1  1/18,  11  5a,  ainsi  qu'on  l'a  vu,  comme  s'il  était  le  seul  seigneur  de 
Baruth,  sans  qu'il  y  soit  fait  mention  de  son  frère  Gautier,  qui.  prohahle- 
ment,  était  mort  depuis  plusieurs  années. 

Mais  les  frères  Gautier  et  Gui,  nommés  dans  l'acte  de  1 1  57  '-,  sont  évidem- 
ment les  fils  de  Pierre,  et  nécessairement  distincts  des  précédents ,  leurs  liomo- 
nynies. 

'    Cod.  iliplomiit.  t.  I.  iV'7-!,  |).  7-.!.  '   Corlul.  S.  Sepiilc.  n"  ;Ui,  p.  (jH. 

•   Fontes    reniiii    Avslrliiciinnii  .    \.  \II .              '   Co/l.  diplomal.  l.  \.  n'  -2!* .  [t.  ai'>. 

n°  lit ,  p.  0/4.  "  Cod.  dijAomat.  t.  1,  11'  3o,  p.  33. 

'   Cod.  diploiiwl.  l.  1.  11°  10,  p.  10.  '"   Cni-liiliiriiiiii    Saticti  SrpnJehn .  n" 

"   Cod.  diphmat.  t.  1.  11'  1.58,  p.  9oa.  p.  101. 

'   Cnrtd.  S.  Sepuk.  if  33  ,  p.  63.  "   Cod.  diplonmi.  t,  I ,  u"  3-. .  p.  35. 

"  Cnrtiil.  S.  Septilc.  n"  g'i.  p.  187.  "  Cod.  diphmut.  t.  I.  n"  3i  ,  |i.  3(i. 


.).5  . 


r.iO  I.ES  FAMILLES  D'OLTRE-MER. 

(it'peiuliuit  toutes  les  dinirult(''s  ne  sont  j)as  encore  levées.  D'abord,  Pierre, 
au  moment  où  il  reçoit  le  don  de  Damas  en  expectative  (  i  ii8),  est  indiqué 
(lar  le  Lignage  '  comme  seigneur  de  Barutli;  et  cependant,  par  les  actes,  Gui 
en  l'sf  encore  seigneur  en  1106.  Ensuite,  comment  et  à  quel  titre  le  roi  Amauri 
donna-t-il,  vers  1  ifiy,  la  seigneurie  de  Barutli  à  Andronic  Comnène,  puiscjue 
Gautier  en  était  alors  légitime  seigneur,  et  (ju'il  vendit  Barulh  à  la  reine  Isa- 
belle''  et  au  roi  (Conrad,  Henri,  Aimeri?)  pour  avoir  les  moyens  de  racheter 
sa  mère,  (|ui  était  restée  en  otage  chez  les  inlidèles,  après  avoir  payé  une  partie 
ili'  la  rançon  de  ses  trois  fils,  prisonniers  comme  elle,  sans  doute  après  les  dé- 
sastres de  1  187  ? 

On  peut  sup])oser  (|ue  Pierre,  en  1  ihS,  n'était  pas  encore  seigneur  de  Ba- 
ruth,  et  (pi'il  est  désigné  ainsi  dans  le  Lignage  par  anticipation;  qu'après  la 
mort  de  Gui,  vers  1  i56,  il  aura  reçu  du  roi  la  seigneurie  de  Baruth  en  dé- 
dommagement de  celle  de  Damas,  (|u'on  ne  prit  jamais;  à  moins  que  Pierre 
ne  soit  le  même  personnage  que  ce  premier  Gui ,  tous  deux  étant  qualifiés  sei- 
gneurs de  Baruth  dans  le  même  temps,  Pierre  par  le  Lignage.  Gui  par  les 
actes  où  il  souscrivit  comme  témoin. 

Quant  au  don  de  la  seigneurie  de  Baruth  l'ait  à  Andronic,  on  peut  dire  que 
ce  l'ut  une  espèce  de  titre  honorifique  assez  semblable  à  ceux  du  même  genre 
que  l'on  accorda  plus  tard  à  des  personnages  notables,  après  la  perte  de  toutes 
les  places  de  la  terre  sainte:  ou  une  jouis.sance  leMq)oraire,  à  titre  d'hospita- 
lité, qui  ne  préjudicialt  point  au\  droits  du  véritalde  seigneur.  | 

Gautier,  sire  de  Barut  [souscrivit  en  cette  cjualité  plusieurs  actes 
des  rois  Baudouin  III  et  Baudouin  IV,  dans  les  années  1160  (26  juil- 
let ^  et  29  novembre^),  et  1178  (17  novembre),  puis  il]  céda  cette 
seigneurie  au  roi  de  Hiérusaleiu*,  qui  luy  donna  en  échange  la  l'orte- 
resse  de  la  Blanchegarde,  (jui  avoit  esté  bastie  par  le  roy  Fouclues^ 
l'an  1  1  38,  sur  une  colline  distante  de  la  ville  d'Ascalon  de  liuit  milles. 


'   Lignages  d'outre-mcr,  c.  \x,  édit.  Ben-  '   Coil.  âiphmal.  t.  1. 11°  30.  p.  87  ;  n'  65. 

yiuil.  p.  60. 

•  Lignages  d'tmlre-mer,  loc.  cil.  '  Lignages  d'oulre-iiier,  iklilion  l.alilie. 

■   Caiiulariuiit    Snncti  Sepidchri ,   n    fih  .  c.  wii;  édit.  Beiij;not.  c.  i\,x\.  \m. 
p.  iny.  '    Wilieiniiis  Tvr.  I.  X\.  c.  \\\. 


LES  SEIGNEURS  DE   I5ARUT.  i>31 

[Gautier  de  Baruth  était  le  seigneur  suzerain  tlu  château  de  Banins,  (|ue 
Humfroi  de  Tlioron ,  connétable  du  royaume  de  Jérusalem ,  tenait  de  lui  en  lie!'. 
Par  un  acte  du  h  octobre  i  167  ',  il  permet  à  Humfroi  d'en  donner  lu  moitié 
à  l'Hôpital  de  Jérusalem,  avec  l'approbation  de  ses  frères.  Gui  et  Bernard.] 

Sa  postérité,  qui  sera  représentée  après  les  seigneurs  d<'  BariiL. 
prit  de  là  le  surnom  de  la  Blanchegarde.  Ensuite  le  roy  Amanry,  que  je 
crois  estre  celuy  qui  fit  cet  échange,  donna  la  seigneui'ie  de  Bai'ut, 
vers  l'an  1 167,  à 

Andronique  Gomnène-,  qui  l'ut  depuis  empereur  de  (lonstantinople, 
lorsque  ce  prince  vint  en  la  terre  sainte  sous  prétexte  d'y  visiter  le 
roy,  mais,  en  effet,  à  dessein  d'enlever  et  d'espouser  Théodora  Gom- 
nène,  sa  parente,  veuve  du  roy  Baudouin  III.  Ce  qu'ayant  exécuté  il 
se  retira  furtivement  en  Grèce,  et  abandonna  par  ce  moyen  la  ville  de 
Barut,  que  le  sultan  Saladin  prit  depuis  sur  les  noslres  en  l'an  1  187, 
après  la  malheureuse  défaite  de  Guy  de  Lnzignan^  Gette  prise  n'em- 
pescha  pas  que,  par  l'accord  qui  fut  moyenne  par  les  roys  de  France 
et  d'Angleterre,  en  l'an  1191,  entre  Guy  de  Luzignan  et  Goni-ad,  mar- 
quis de  Montferrat,  cette  place  n'ait  esté  comprise  entre  celles  (|ui 
furent  laissées  au  marquis  ".  Mais  elle  ne  ftd  reprise  par  les  chrestiens 
qu'en  l'an  1 197,  aidez  du  secours  des  Alemans^  Quelque  temps  après. 
Henry,  comte  de  Champagne,  qui  avoit  espousé  Isabelle,  reyne  de 
Hiérusalem,  veuve  du  marquis  [ou  plutôt  Aimeri,  roi  de  Chypre  el 
de  Jérusalem,  quatrième  mari  d'Isabelle,  qui  avait  repris  la  ville  de 
Baruth],  la  transporta  à 

Jean,  seigneur  d'Ibelin.  tils  de  Balian,  IP  du  nom,  seigneur  d  Ibe- 

'   Cod.  diplomat.  f.  I,  n'  3à  ,  p.  3G.  '  Pioger  de  Hoveden.  697.  —  Bromijfon  . 

-  Willelnius  Tyr.  1.  XX,  c.  n.  ami.  1908. 

^  Jacobus  de  Vitriaco,  1.  I.  c.  xcv,c.  —  '  Innocoiit.  III,  I.  I,  Epist.  p.  ii-j.  — 

Sanut.  i.  III,  part.  9,  c.  V.  —  Roger  deHo-  GodelVidus  mon.   et   Mon.    Altissiod.   anii. 

veden,   p.   ().36.   —  Radulph.   Goggeshal.  1197.  —  Mngu.  Chruii.  Bclg.  p.  -ao!.  — 

Martène,  .l»i/)//M.  CoH.  t.  V,  col.  5(53,  e.  Will.   ali   Oldenborg.    limer,    p.    ia(i.    — 


232  l-ES  FAMILLES   1)  OLÎTI'.E-MKR. 

lin,  qui,  euécliaiige,  liiy  rciuil  la  comiesUiblie  ilii  rujaiimc  de  Hiéru- 
salem  '.  Ce  seiffneur  cslaril  devenu  par  ce  moyeu  propriétaire  de  cette 
place,  il  en  rostablil  les  tours  et  les  murs,  qui  avoicnt  esté  ruinez  par 
les  sié<>es,  et  la  icndil  incomparablement  plus  lorte  cpi  elle  n  cstoit 
aiq)iii'a\anl. 

I  C'est  l'r  Jean  d  Ibelin  ipii  est  si  connu  sous  le  nom  de  Vieux  Sur  de  Barntli , 
l'I  (|U('  inrntionnciil  souvent  avec  éloges  Jean  d'ibelin,  son  neveu,  rédacteur 
di's  Assises,  et  l'hilippe  de  Navarre-,  comme  un  homme  sn|)érieur  par  ses 
talents  militaires,  riiabiicté  de  son  administration,  et  son  protond  savoir  en 
jurisprudence.] 

II  survint  ensuite  un  grand  démeslé,  en  l'an  luaS  et  1229',  entre 
reni])ereur  Frédéric  II  et  Jean  d'ibelin,  à  l'occasion  de  la  ville  de  Ba- 
rut  et  de  la  régence  du  royaume  de  Hiérusalem,  qui  avoit  esté  doimée 
à  ce  prince*,  après  la  mori  du  roy  Amaury  de  Luzignan,  dès  1  an 
1  -iof),  l'empereur  luy  contestant  l'une  et  l'autre;  et,  sur  ces  différends, 
il  se  tit  plusieurs  traitez,  qui  sont  rapportez  par  les  historiens^;  et 
iiiesme  [après  des  succès  variés],  il  délit  en  bataille  le  niareschal  de 
lempereur,  au  mois  de  may,  l'an  laSs.  [Cette  affaire  eut  lieu  le 
)  T)  juin  i!20'j  ^,  à  la  Gride  de  Cérines.] 

Quelques-uns  estiment  (jiiil  lui  encore  comte  de  Japhe,  se  persua- 
dant que  c'est  ce  Jean  d'ibelin  ",  comte  de  Japhe ,  cpii  mourui  1  an  1  -266**. 


Sanut.  I.  m,  part.  10.  c.  \iti.  —  Continuât. 
iIp  Giiill.  de  Tyr,  I.  XXVII,  c.  vi,  vn,  p.  aai, 
■.•>5. 

Sanut.  1.  III ,  pari.  1 1 ,  c.  ni ,  xi ,  xiri. — 
Ldiedano.  De' re  Lusigmini,  i.  I,p.52  ;  trad. 
franc  t.  1,  p.  60.  —  WiH.  ab  Oldenborg. 
Iliiicr.  p.  12O. 

"  Assises  de  Jerus.  l.  I.  [).xxx,  io3,  loç). 
I  12,  11;!.  327.  383.  5 1 5,. 525,  539,  559, 
."170 .  etc.  édit.  Beugnof.  (Voir  Les  Seignem-s 
d'Arsur.  \ 

'  Sanut.  loc.  eh.  —  Goleirid.  Mon.  ann. 
1232.  —  .'Uberic.  ann.  i233.  — Oderic. 
hainald.  ann.  1229,  n°  29. — .Math.  Paris. 


ann.  1 129,  p.  267.  —  Contin.  de  Guill.  de 
Tyr,  I.  XXXIII.  c.  n.  m.  iv,  p.  367-369; 
c.  X,  p.  376.  377. 

'  Il  faudrait  dire  plutôt  à  ee  seigneur;  car 
il  est  question  ici  de  Jean  d'ibelin .  et  non 
de  l'empereur  Fri'déric  II. 

^  Sanut.  1.  III,  part.  11,  c.  m.  n,  xi. — 
Richard,  de  S.  Geriu.  ann.  1232.—  Contin. 
detiuill.  de  Tyr.  I.  XXXIll,  c.  \i .  p.  377; 
c.  XX.  x\i,  p.  38('),  387. 

"   Voir  Les  Bois  de  Clii/pie .  p.  61. 

'   Sanul.  I.  III.  part.  12.  c.  \ni. 

"  Voir  plus  bas,  Jeim  d'ibelin  ,  coiule  de 
Japhe. 


LES  SEIGNEURS  DE  B.VRUT.  233 

Ce  qui  uesl  pas  probable,  (rautant  que  Balian,  fils  de  Jean,  se  disoit 
seigneur  de  Barut,  dès  Tan  12^0',  joint  (pi'Albéric-  dit  en  termes 
formels  qu'il  mourut  Tan  laSS.  [Nous  avons  vu,  dans  l'article  des  sei- 
gneurs d'Arsur,  qu'il  mourut  au  plus  tôt  en  l'année  128/1.]  D'où  il  ré- 
sulte encore  que  le  chevalier  Lorédan  ^  rapporte  mal  son  décez  à  l'an 
1286,  écrivant  qu'il  mourut  de  la  chute  de  son  cheval,  au  retour  de 
la  chasse.  Les  Annales  de  Marseille*  racontent  qu'en  l'an  1222  il  fit 
un  traité  avec  les  marchans  de  cette  ville,  par  lequel  il  leur  donna 
plusieurs  immunitez  et  exemptions  pour  le  trafic  qu'ils  feroient  dans 
ses  places. 

[En  19  33  ^,  choisi  pour  médiateur  entre  Marseille  et  les  frères  du  Temple 
et  de  l'Hôpital,  qui  réclamaient  des  privilèges  exorbitants,  il  amena  ces  der- 
niers à  restreindre  leurs  exigences.] 

Il  espousa  Mélissende ,  fille  du  seigneur  d'Arsur,  au  droit  de  laquelle 
il  devint  seigneur  d'Arsur  ^  et  laissa  de  cette  alliance  Balian,  seigneur 
de  Barut;  Baudouin,  séneschal  de  Cypre;  Hugues,  décédé  sans  en- 
fans;  Jean,  seigneur  d'Arsur;  Guy,  connestable  de  Cypre;  et  Isabelle, 
qui  fut  religieuse. 

Balian  d'Ibelin,  seigneur  de  Barut  [autrefois  donné  en  otage  par  son 
père''  à  Frédéric  II  (1228)],  paroist  avec  ce  titre  en  l'an  1260^ 

[Il  l'avait  déjà  en  octobre  1937^,  et  même  plus  anciennement,  depuis  la 
mort  de  son  père.] 

11  espousa  Eschive,  fille  de  Gautier  de  Montbéliard  "^,  et  de  Bour- 

'   Sanut.  i.  III,  part.  u.c.  xvi.  '  Continuât,  fie  rmill.  de  Tjr,  1.  WXIII . 

"  Alberic.  loc   cit.  c.  11,  p.  SGy. 

^  Loredano,    De  re    Liisigmni ,    I.    II.  "  Sanut.  1.  Ht,  part,  ii.c.xvi. 

p.  1  2 1  ;  liaduct.  franc,  t.  I ,  p.  1 4o.  '  Cod.  diplomal.  1. 1 .  n°  1 1  o,  p.  1 1 7.  1 1  <S, 

'  Guesiiaius,  Annal.  Massil.  p.  355.  523. 

*  Codic.  diplomat.  t.  I,  n°  iiG.  p.  i-ik-  '"  Lignages  d'outre-mer,  c.yi\  édit.  Beu- 

197.  gnot,  c.  viii.  —  Continuât,  etc.  1.  XXXIII. 

"   \'oir  Les  Seigneurs  d'Arsur.  et  plus  bas.  c.  x,  p.  320;  c.  Xixiii,  p.  899 .  —  Loredano, 

le  tableau  généalogique  des  Ibelin.  I.  II.  p.  96:  trad.  franc,  t.  I,  p.  11  t. 

3o 


^34  LES  FAMILLES  nOIlTIiE-MER, 

ootnie,  nilc  (lu  roy  Aimory,  qui  est  appelée  cousine  du  comie  de  Moiit- 
béliard  par  le  sire  de  Juiiiville^  Elle  estoit  veuve  de  Girard  [de  Moul- 
ainu],  neveu  d'Eusloroe,  arclievesque  de  Nicosie.  Ce  mariage  fut 
dissous  par  sentence  de  l'archevesque  de  Nicosie,  à  cause  de  la  pa- 
renté qui  estoit  entre  eux. 

fEscliive  do  Montbélianl  -  était  la  petito-lillo  d'Esrliive  d'Ibelin,  première 
foiimie  du  roi  Ainicri,  laquelle  était  cousine  germaine  de  Jean  d'Ibelin,  sei- 
jrrieur  de  RariiUi,  père  do  Balian  III.] 

Mais  depuis,  le  })ape  Grégoire  IX  leur  accorda  la  dispense.  De  cette 
alliance  vinrent  Jean,  seigneur  de  Barut;  Hugues,  qui  fut  conjoint  par 
mariage  avec  Marie  de  Tabarie,  et  mourut  sans  enfans;  Balian,  dé- 
cédé jeune;  et  Isabelle,  femme  de  Henry,  seigneur  de  Giblet. 

[Balian  III  d'Ibelin,  seigneur  de  BaruUi,  lut,  au  rapport  de  Pbilippe  de 
Navarre^,  un  habile  jurisconsulte,  ^personnage  moult  courtois,  aimable  et 
«gracieux,  qui  chassa  de  Tyr  les  Lombards,  îi  c'est-à-dire  les  troupes  de  Fré- 
déric II.  En  effet,  en  la/io,  réuni  à  d'autres  seigneurs,  il  reprit  la  ville  et  le 
château  de  Tyr*,  sur  Ytier,  frère  de  Bichard  Filangieri,  et  fut  préposé  à  la 
garde  de  cette  ville  \  Dès  l'an  i  207,  il  était  connétable  du  royaume  de  Chypre. 
En  cette  qualité^  il  donna  à  l'Hôpital  de  Jérusalem,  de  concert  avec  sa  femme 
Eschive,  deux  casaux  qu'il  avait  reçus  du  roi  Henri  I",  de  Chypre  (i-aSy.  oc- 
tobre). On  no  dit  pas  quelle  l'ut  l'année  de  sa  mort.] 

Jean  d'Ibelin,  seigneur  de  Barut,  qu'il  y  a  lieu  de  croire  estr(^  le 
mesme  qui  fut  comte  de  Japhe,  et  qui  décéda  l'an  i266\ 

'   Joiuville.  |).  07.  — Du  Gange,  p.  28,  p.  3i(j.— Coiitiii.  ilctuiill.  ileTyr,  I.  XXXiii . 

ag,  et  Ohscrv.  p.  Go.  —  Hisloi:  de  France,  c.  1,11,  lui,  lv,  p.  'la-i ,  h-ià .  iaG,  /127. 

t.  XX,  p.  ai'i,  1).  11.  '  Siiccessibililc  au  trône  et  à  h  régence, 

'  Voir  plus  bas  la  généalogie  des  Ibelin.  c.  u.—  .issises  de  Jérus.  t.  II,  p.  ioo,  4oi. 

—  Math.  I\iris.  ann.  ia3f),  p.  0/11.  —  De  "  Cwl.  diphmat.  t.l.ii"  100, p.  117.  ti8. 
Mas-Latrie,  Ulsl.  de  Chmire ,  t.  II.  p.  tia  et 


,;>•!.'.. 


notes  G,  7.  10;  t.  Ill ,  p.  629.  G3o.  '  Le  comte  de  Japhe.  .lean  dlhelin,  uiori 

'  Phili[)|)e  de  Navarre ,  c  \h\\.  —  Assises  m  1  aGG ,  était  le  neveu  de  Jean  d'Ibelin ,  le 

de  Jérus.  t.  1 ,  p.  670  ,  édit.  Ikugnot.  Vieux  Sire  de  iiaruth.  (  Voir  plus  bas  les  ia- 

'  Marin.  Sanut.  1.  III,  part.  11,  c.  xvi,  l.leaux  généalogirpies  de  la  famille  dlbeliii.  > 


LES  SEIGNEURS  DE  RARUT.  235 

[Ne  fut  pas  comte  de  Japlie  et  mourut  en  laGi  '.  Dans  un  acte  du  roi 
Hugues  III  (octobre  1270)-,  où  ce  prince  fonde  un  service  pour  le  repos  des 
âmes  des  membres  de  la  famille  royale,  il  est  appelé  rJean  d'Ibelin  le  Jeune. 
jadis  seigneur  de  Barulh;  "  et,  dans  le  discours  de  Jaccpies  d'Ibelin,  vers  1  37  i^ 
pour  maintenir  les  droits  des  barons  contre  le  roi  Hugues  III,  on  mentionne 
le  K Jeune  seigneur  de  Baruth,  petit-fils  du  sire  de  Baruth  le  Vieux,  moil 
il  n'y  a  pas  encore  longtemps.  55  En  1260,  Jean  d'Ibelin  avait  été  vaincu  ('\ 
pris  par  les  Turcomans  \  et  s'était  racbeté  pour  la  somme  de  '>o,ooo  be- 
sants.  Il] 

Espousa  Alix^  fille  du  duc  d'Athènes,  de  la  maison  de  la  Roche,  et 
eu  procréa  deux  filles,  dont  l'aisnée  fut 

Isabelle,  dame  de  Barut,  qui  eut  qualre  maris  et  décéda  sans  en- 
fans.  Le  premier  fut  Hugues,  fils  de  Henry,  roy  de  Cypre,  (pii  mourut 
à  i'age  de  quatorze  ans;  le  second  [quelle  épousa  en  1272],  Aymon 
[ou  Heimont]  le  Strange  [l'Estrange],  seigneur  ang^ois^  qui  pouvoit 
eslre  issu  de  Bernard,  surnommé  Extraneus  par  AJlbert  d'Aix '.  Le  docte 
Spelman  ^  a  donné  la  généalogie  de  cette  famille ,  qui  subsiste  encore 
au  comté  de  Norfolc,  et  ses  armes",  qui  sont  de  gueules  à  deux  hjons  pas- 
sans d'argent.  Je  ne  scay  si  elle  n'estoit  jjas  issue  dune  autre  du  mesme 
nom,  en  France,  de  laquelle  estoit  Claude,  baron  de  l'Estrange^",  de 
Hautefort,  vicomte  de  l'Eslrange,  et  de  Glieyiane,  baron  de  Boulogne 
et  de  Privas,  qui,  de  dame  Marie  de  Chambaud,  laissa  Marie  de  l'Es- 
trange, qui  espousa  Charles,  seigneur  de  Seneterre,  manjuis  de  Chas- 
teauneuf,  dont  le  fils  aisné  porte  le  titre  de  vicomte  de  l'Estrange.  Le 
troisième  mary  d'Isabelle  fut  Nicolas  Alemaii,  ])i'ince  de  Césarée  [tué 

'   Coiitiriuîil.  «le,  Guill.  de  Tjr.  1.  \XX1V.  ''  Lignages  d'mitn'-mer,  c.  vi. 

c.  IV,  ().  i/17,  /44.S.  '  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr.  !.  XXXI\ 

-  De  Mas-Latrie.  Hist.  de  Chi/pre.  t.  III,  c.  xv,  p.  46-2. 
p.  660.  '  Albertus  Aquensis,  I.  VIII,  e.  \l,  xlii. 

'  Assises  de  Jeriis.  i.  Il,  p.  h'ii.  *  Spelman,  Aspilogia,  p.  ih\. 

'   Marin.  Saiiul.  I.  III,  part.  1-2,  c.  VI. —  '  Monaslic.    anglican.    ]>.  SSO.  —  Gai/. 

Continuât,  de  Guill.  de  Tyr.  I.  XXXIV.  c.  m.  clirist.  t.  I,  p.  696. 
j).  /a/i.'î.  '°  Béjard.  Eslats  de  Langtiedoc. 

■.iu. 


2;i6  LES   FAMILLES  D  OUTRE-MEIi. 

peu  i\[)vès  son  mariage  \  qui  eut  lieu  en  1277];  et  le  (juatrième,  Guil- 
laume Barlais. 

EsoiiivK,  seconde  fille  de  Jean,  seigneur  de  Barut,  fut  dame  de  Ba- 
vut.  Elle  fut  alliée  en  premières  noces  avec  Humkroy  de  Montfort,  fils 
puisné  de  Philippes  de  Montfort,  seigneur  de  Tyr  ou  de  Sur;  et  de  ce 
mariage  naquirent  Almaric  et  Bupin  de  Montfort,  et  une  fille  décédée 
en  jeunesse. 

I  Amauri  et  Rupiii  portèrent  peut-être  l'un  a[)rès  l'autre  le  titre  de  sei- 
i^neur  de  Baruth.  Amauri  mourut  sans  enfants  -.  Rupin  de  Montfort  épousa 
Marie  d'Ibelin,  fille  de  Balian  d'Ibelin ',  sénéchal  de  Chypre,  et  en  eul 
deux  enfants,  une  fille,  nommée  Jeanne,  et  un  fils,  Humfroy  de  Montfort,  sei- 
gneur de  Baruth  et  connétable  de  Chypre.  Ce  seigneur  est  mentionné,  comme 
neveu  du  roi  Hugues  IV,  dans  une  lettre  du  roi  d'Aragon'',  Jaynie  II,  au 
roi  de  Sicile,  Frédéric  II,  son  frère  (iSaS,  k  mai),  relative  aux  divers  pré- 
tendants à  la  main  de  la  reine  Constance,  veuve  du  roi  de  Chypre,  Henri  II, 
parmi  lesquels  on  voit  figurer  Humfroy  de  Montfort:  mais  il  mourut  peu 
après,  le  2 A  juin  iSaG.] 

Puis,  ajirès  le  décez  de  son  raary,  elle  espousa  Guy,  fils  de  Hugues  111, 
roy  de  Gypre^  et  en  eut  un  fils  et  une  lille,  Hugues  IV,  roy  de  Cypre, 
et  Isabelle  [qui  épousa  Eudes  de  Dampierre'*,  connétable  du  royaume 
de  Jérusalem].  Ce  fut  du  temps  de  Guy  et  de  cette  princesse''  que  la 
ville  de  Barut  vint  au  pouvoir  des  Sarrazins,  avec  le  reste  des  places 
de  la  terre  sainte,  vers  l'an  1291.  \ucuns*  cotent  sa  mort  [celle  du 
prince  Gui]  en  l'an  i3o3. 

'   Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  \.  XXXIV,  ^  Lignages  d' oulrc-mcv ,  c.  ii. 

c.  xxxiv,  p.  iyg.  °  Voir  Les  Rois  de  Clnjpre. 

-  Lignages  d'outre-mer,  c.  xii.  '  Sanut.  1.  III,  part,  la,  c.  xxii.  —  Rai- 

'  Voir  les  généalogies  d'Ibelin ,  r'tableau  nald.  ann.  1291,  n°  iG.  —  Ptol.  Luc.  Hisl. 

et  tableau  C.  ceci.  I.  XXIV,  c.  xxiv. 

■'  De  Mas-Latrie,  Hisl.  de  Chypre,  t.  111,  '  Loredano,  1.  IV,  p.   9o5;  trad.  franc, 

p.  7i3  et  note  1.  t-  I,  p.  saj- 


LES  SEIGINEURS  DE   BARUT.  ■         237 

Anioul  de  Lubec'  escrit  que  coinnie  les  roys  de  Hiéiusaieiii  avoieiil 
coutume  de  recevoir  en  la  ville  de  Barut  la  courmine  royale,  ainsy 
Saladin,  rayant  prise,  s'y  fit  pareillement  couronner,  et  fut  reconnu 
ensuite  roy  de  Hiérusalem  par  les  siens. 

'   Arnold.  l-ul)ec.  I.  V,  c  m.  i\. 


238  MÎS  Fy\MILM;s  D  OIJTiiE-MEli. 


LES  SEIGNEURS  TITILAIUES  DE   BARl  T. 


Entre  ies  dignitez  lionoraires  du  l'oyauiue  de  Hiérusaieni  que  les 
rn\s  de  Cypre  conservèrent  dans  leur  cour,  lut  celle  de  la  seigneurie 
de  Barut,  à  la(|uelle  on  annexa,  comme  aux  autres,  certains  fiefs  situez 
dans  le  royaume  de  Cypre.  Entre  ceux  qui  se  sont  qualifiez  seigneurs 
de  Barut  après  sa  prise,  je  remarque  les  suivans  : 

Guy  [ou  Balian]  d'Ibelin',  séneschal  de  Cypre,  père  de  Loyse  ou  Alix 
d'Ibelin,  l'emme  de  Hugues  IV,  roy  de  Cypre,  tenoit  cette  dignité  en 
lan  1  33o. 

.ll•:v^  DE  LuziGNAN,  neveu  du  loy  Jaques,  n  estant  âgé  que  de  quatorze 
ans,  l'ut  fait  clievalier  par  ce  prince,  et  seigneur  de  Barut,  l'an  i38i'-: 
en  laquelle  année  Jacques  hiy  fit  espouser  la  fille  de  Jean  du  Morf, 
comte  de  Rohas.  Ce  loy  l'envoya  en  qualité  d'ambassadeur  en  France'', 
poui'  traiter  d'alliance  avec  le  roy  Charles  VI,  dont  le  traité  se  fit  en 
la  maison  du  chancelier  de  Corbie,  à  Paris,  le  7'' jour  de  janvier,  l'an 
i3()7,  more  gallicano  [c'est-à-dire  iSgSJ,  où  il  est  qualifié  neveu 
du  i-oy  Jaques;  la  procuration  duquel,  passée  à  Nicossie  \  est  du  16*= 
jour  d'aoust,  l'an  1895.  11  presta  au  duc  de  Bourgogne,  avec  Branca- 
léon  Grille  et  Nicolas  Matharas ,  bourgeois  de  Péra,  172,000  ducas, 
|)onr  la  délivrance  du  comle  de  Nevei's,  détenu  prisonnier  par  Bajazel 

'  Etienne  de  Lusiguan ,  Hist.  de  Chypre .  '  Titres  du  trésor  des  chartes ,  Archives 

p.  il\li.  —  Loredano,  i.  V.  p.  -288;  trad.  de  TEnipire,  sect.  hist.  J.  /i33,  n°  9.  —  De 

franc,  t.  I.  p.  018.  Mas-Latrie,  t.  Il,  p.  Sig-Ziii. 

■   liOieduno, De'rcLusign(iiii,\AX. \i.BiC).  "  DeMas-Lalvie.  Hi-it.  de  Cliium  .   t.  II. 


\oir  Les  Prhiri's  liliil/iiri'^  d'Aiilioclii'.  n.  iaS.  It9. 


y- 


LES  SEIGNEURS  TITULAIRES   DE  BARUT.  '         239 

après  la  bataille  de  Nicopoli,  sous  la  raulion  du  seigneur  de  Mellieliii 
et  de  quelques  Génois,  le  ai  de  juin  1897  '. 

Je  crois  que  c'est  le  mesme  que  cehiy  ([ui  csl  iioniinr  iiiessiie  .Icau 
de  Leaigimn,  seigneur  de  Barut,  chevaUer,  chambellan  dn  roij,  dans  un 
auti'e  titre  du  Trésor  des  chartes  du  roy,  de  Tan  liio,  qui  [)oitt'  qu  il 
estoit  venu  en  France  pour  les  affaires  de  la  cliresticnté.  Nous  ne  lisons 
pas  qui  fut  son  pèi'e;  aucuns  le  nomment  Jean  et  le  qualifient  [la- 
reillement  seigneur  de  Barut.  Mais,  si  cela  est  vray,  il  faut  cph'  ce 
Jean  ait  esté  le  mesme  que  Jean,  prince  d'Antioclie,  (ils  puisné  de 
Hugues  IV.  Loredan^  le  qualifie/ifs  du  frère  du  roy  Jacipies  {' '  ;  ce  <|iii 
est  conforme  au  titre  dont  je  viens  de  ])arler,  qui  le  (jualifii'  neveu  de 
Jacques.  L'auteur  de  l'Histoire  de  Dalmatie^,  dit  qu'il  estoit  oncle  de 
Marie  de  Cypre,  femme  de  Vladislas,  roy  de  Hongrie;  d'où  il  sensui- 
vroit  qu'il  auroit  esté  frère  de  Jacques  I".  père  de  cette  princesse;  ce 
qui  est  contre  la  vérité,  d'autant  qu'il  estoit  cousin  germain,  et  non 
pas  oncle  de  cette  reyne.  Le  mesme  auteur  remai-que  (pi'il  estoit,  en 
l'an  i6o5,  au  service  de  Vladislas,  roy  de  Hongrie,  qui  avoit  esjHuisé 
sa  nièce,  et  que  ce  roy  luy  donna  le  gouvernement  de  Zara,  sous  le 
titre  de  duc  de  Trau;  de  sorte  que,  s'il  m'est  permis  di;  c(injectui'('i-. 
je  crois  ipi'il  estoit  pctit-rds  du  prince  d'Antioche,  et  iils  de  Hn<;iie^. 
son  fds.  (pii  mourut  en  otage  à  Gènes. 

[On  a  vu,  dans  Les  princes  titnhiires  d'Aiitioclic,  (jue  ce  Jean  (!i,'  LusigiiHii. 
dont  il  est  ici  longuement  question,  était  le  fils  nnîurel  de  Jean,  \mnci-  d  An- 
tioclie,  tué  en  iSyB,  et  par  conséquent  frère  de  Hugues,  mort  en  otage  à 
Gènes,  et  de  Jacques,  comte  de  Tripoli.] 


'   Histoire  des  durs  de  Ikiiirgojpie .  t.  II.  '   Lcii-cd;iiio,  I.  I\.  |i.  .nC). 

).  3fli.  ■   .fonii.  I.ni'ins.  Ilisl.  D'ihunl.  1.  \.  c.  iv . 


■2'il) 


LES   FAMILLES  DOUTRE-MER. 


LES  SEIGNEURS  DE  LA  HLANCHEGARDE. 


GENEALOGIE   DE   LA    MAISON   DE   LA    BLANCHEGARDE, 

ISSUE  DES  PREMIERS  SEIGNEURS  DE  RARUT. 


PIERRE  ', 

seigneur  de  Baru(. 

1 

Gai;t[eb   de   Babit, 

Gdt  de  Barlt, 

1 
Bebnabd 

Marie                 Béatrii 

seigneur 
(!e  ia  BUnchegarde , 

espouse  Juliane, 
dame  deCésarée. 

Hugues 

espouse  ; 
i"  Guillaume  de 

espouse  A^nès . 

(Voir  Les  Princes 

[morts  jeunes]. 

Tabarie  ; 

nièce 

d'Eschive , 

»/f  Césart^e.) 

i"  Girard  de  Ham  . 

(lame 

de  Taliarie. 

connestable 

de  Tripoli. 

Voir  plus  loin  A.] 

! 

Gilles  , 

Kaimonde, 

Maugueritb 

ESCBIVE 

Ob 

1 

àBLE 

seigneur 
de  la  Bianchegarde 

femme 
do  Bertrand.                 Gui 

espouse 
laumePorcellet. 

espouse               de  la  B! 
Joscelin  de  Gibiet .       [épouse 

anchegardê 
Eustache- 

«poust 
deLi 

Agnès 

éron. 

S'*!gneur  de 
[Voir  pins 

Margat. 
loin.  1 

seigneur  d'Anegore            de 
[ou  Avegore]. 

Neuville]. 

Rao 

L'L  . 

1 

Renaud. 

Marie  Porcellet. 

Renier  de  Giblbt. 

seigneur 
de  ia  Blancliegarde 

Bertrand. 
Hugues  , 

espouse 
1°  Léonard 

seigneur  d'Anegore . 
espouse  Isabelle . 

e5;pouse  Isabelle  . 

sans  enfans. 

de  Baphe ; 
ij"  Hugues  de  Gibiet 

tille  de  Renaud 

lili'^  du  seigneur 

de  Mimars^. 

de  Caviihas. 

[Voir  plus  loin  B.] 

[Voir  plus  loin  G.  ] 

1 

Gautier  II . 

1 

Thomas 

1 

1 

EsTÉFÉ-ME 

Agnès                    Marie  , 

1 

Alii  . 

seigneur 
delà 

espouse  Agnès 
fille  de  Jean 

Nicolas. 

espouse 
Gautier 

espouse                   femme 
Thomas,               deBalian 

femnit 
de 

Blanchegarde. 

de  Fleun-. 

Julien. 

prince               de  Lanclée. 

Uerlheiot 

espouse  Agnès. 

maréchal 

de  Césarée. 

lie  Garuiei . 

fille  de  Gilles 

de  Tabarie. 

noble  pisan. 

Aleman. 

1 

■  fille. 


Raoul. 


l^vEELLB . 


I  (^e  tableau  est  incomplet,  et  ne  reproduit  [)as  même  toutes  les  indications 
données  par  l'ancien  texte  du  Lignage  d'outre-raer.  d'où  il  a  été  tiré.  Nous 
avons  cru  devoir  les  y  ajouter,  comme  complément  indispensable  du  travail  de 
Du  Gange,  en  y  joignant  celles  que  nous  ont  fournies  les  nouveaux  chapitres 
du  Lignage,  publiés  |)ar  M.  Beugnot .  et  quelques  autres  documents  contem- 
|)i)rains. 

Ligiuifjcs  d'outre -mer  j  édition  Labbe.  "  LiB^)ingesd'outre-»ier.c.\x.éàit.\ieugn. 

c.  vvii  :  ôdilinn  Rpunnot.  c.  wi.  Ligiingex  fVojitre-mer.  c.w  .  éilit.  Bfug'n. 


LES  SEIGNEURS  DE  LA  BLANCHEGARDE.  2i1 

A.  Marie,  fill(?  fie  Pierre  de  Baruth',  eut  (rois  maris  ;  Baiuloiiiii  d'ibeliii-, 
(ils  (lu  premier  Baliau  ifHjeliu,  dont  elle  fut  la  troisièuie  i'euuiie;  Guillaume 
de  Tabarie^;  Gérard  de  Ham,  connétable  de  Tripoli.  De  ce  dernier  elle  eut 
deu\  enfants  :  Thomas,  connétable  de  Tripoli,  lequel  épousa  N.  lille  de  Julien 
de  Ravendel  de  Méradée,  et  mourut  sans  postérité:  Agnès,  mariée  à  Hugues 
de  Giblet,  seigneur  de  Besmedin. 

p  RAIMONDK', 

fille  (le  Gautier  ili.' Barulh  . 
épouse  Bertrand,  seigneur tle  Marjjat. 


r 


Rt\.VL'D. 


I 


Bkatrix  , 
sans  h^irs 


Agnès 
épouse  HeyiiuTi  Barhiis. 


ClNn  flLS. 


N.  (Philippe). 

épouse  Gui  J'ibeiin , 

coQuelable  de  Chypre^. 


C.  Marie  Porcellet*^',  fille  de  Marguerite  et  de  Guillaume  Porcellet,  eut  de 
son  premier  mari,  Liénard  ou  Léonard  de  r>a[)Iie.  une  fille,  Marguerite,  ma- 
riée à  Guillaume,  vicomte  de  Tripoli,  etc. 

(îette  généalogie  compliquée  sera  mieux  représentée  par  un  tableau  : 


épouse 


Mafie  Pobcellet 
:  1°  Léonard  de  Baplie;  3"  Hugues  de  (iiblel. 

I.  Mahgueuite 
épousL'  Guiliauine  ,  vicomte  de  Tripoli. 


1 

vicomte  de  Tripoli ,  épouse  Eschive  . 
liiledeJean  deFarabel ,  seigneur  du  Pin. 

i 

liuGliES  , 

seigneur  du  fief  Saint-Jt 
éjiouse  Esléfénie  ,  fille  de  Jean 

an  , 

du  Four. 

épou.'ie  N. 

Alk 
seigneur  de  Mimkt-. 

B*[,ia\,              Marie            Maugueuite 

tué                  épouse                 épouse 
;i  la  prise          Benand        JeaoBeduiu. 
de  Tripoli          Beduiu.                fils 

{1288).                                      de  Renaud. 

Je\> 

épouse  Isabeau 

fille  d'Anseau, 

mnrécbal 

do  Chypre. 

Sans  poslérilé. 

Marc 
épo 
Bal 

Maug 

Esté 

épo 

Jean  d'^ 

Sans  pc 

1 

DEBITE 

use 
ian 
eriiy. 

FÉME 

use 

ntiocbe. 

stérile. 

épouse  Je 

Mi 
m  du 

nui 
'lass. 

ou  Plessis. 

Jeax. 

1 

Baiooi'is. 

Esté 
épo 
Geo 

iel 

lÎME 

use 
iïroi 
ror. 

1           1 

MAIIGUEniTE         AnSELLE 

épouse  Jean 
de  Giblel. 

'  Lignages  d'oiilrc-tner,  éd.  Labbe ,  c. xvii , 
p.  oÇ)i,  Ai-!;  éilil.  La  Thaumassière,  c.  xxi 
et  XXXI,  p.  n3i.  9.8/1  ;  édit.  Beugnot.  l.  II. 
p.  iSg,  IxGC). 

'  Voirci-apres,  GcncaLdcs  Ibclln ,  1"  tabl. 


'  Voir  ci-dessus  Les  Seigneurs  de  Baru th. 
"  Lignages  d'outre-mer,  édit.  Beiig.  c.  xx. 
'  Voir  La  Famille  de  Barlais  et  Généa- 
logie des  Ibelin,  tableau  C. 

'   Lignages  d'otitre-mer,  c.  xvu.  ' 

3i 


2/i2  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

l).  Hciiicr  (le  (ilhlcl,  siM;;i:ciir  d'Aiionoro',  ctiL,  tris;il)rllt>,  (illo  do  Renaud 
de  Mlmars,  deux  iils  cl  (lrii\  lillcs  :  l'uMiiiiid:  I'lilli|i|)c,  lin'  ii'uiio;  N.  inari(5e 
à  Oltc  ou  ()>!(>  Potier;  N.  Icuiiiie  de  Simon  de  Navelles. 

Vers  le  temps  oi'i  Gautier  de  Barutli  éclumgea  sa  seigneurie  de  Barutii  pour 
celle  de  Blanchegarde,  ou  voit  un  Arnoul  de  Blanchcgarde  signer  connue 
témoin  deux  actes,  l'un  du  roi  Amauri  I",  7  avril  1 165  ^;  l'autre  de  Constance 
de  France^,  comtesse  de  Saint-Gilles,  eu  1170.  Mais  il  n'était  pas  le  sei- 
giuHir,  il  u'é'Iait  (pie  le  cliàlciain  de  Blancliegarde,  soit  pour  Gautier,  devenu 
seigneur  de  ce  lief.  soit  pour  li-  roi  de  Jérusalem,  avant  rechange.] 

Ro.i^er  (l<>  Hovedeii ''  cscrit  que  la  forteresse  de  la  Blancliegarde'* 
\iiit  an  pouvoir  de  Saladiii,  avec  plusieurs  autres  places  de  la  terre 
sainte,  après  la  défaite  de  Guy  de  l^usignan,  Tan  1  1  87. 

L'auteur  des  Assises  de  Hiérusaleui  ''  fait  mention  de  niessire  Haoul 
de  Baruf,  ([ui  vivoit  du  temps  d'Aimery  de  Lusignan,  roy  de  Hiéru- 
salem,  lequel  contribua  beaucoup  à  compiler  et  à  rédiger  les  Assises, 
c'est-à-diie  les  loix  et  les  statuts  du  royaume,  avec  ce  roy,  cpii  estoit 
aussy  très-liabde  et  sçavant  en  ces  matières;  et  ce,  avant  qu'il  survins! 
quelque  démeslé  entre  eux,  (pii  fit  esloigner  ce  seigneur.  Le  temps 
auquel  il  vivoit,  c'est-à-dire  l'an  1  200,  me  fait  croire  que  cela  se  doit 
rapporter  à  Raoul,  seigneur  de  la  Blancliegarde,  dont  il  est  parlé  en 
la  généalogie  précédente.  .Je  doute  que  ce  soit  le  mesme  qui  se  trouva 
à  une  assemblée  générale  des  barons  de  Hiérusalem,  l'an  1  â5o  ^  pour 
la  rédaction  de  ces  mesmes  Assises. 

[Nous  sommes  persuadé  au  contraire  que  le  Raoul  de  i  aSo  est  Raoul  de 
la  Blancliegarde.  et  (jue  Gilles  ou  Gilon  de  Baruth,  qui  assista  au  couronne- 
ment de  Jean  de  Brienne',  en  laio,  et  ([ui  est  nommé  comme  témoin  dans 

'   Lignages  d'otilix-wci;  c.  wii.  "    Assises  de  J crus.  édit.  Labljc,  p.  hijfi; 

■  Cod.  diplomiit.  t.  I,  n°  197,  p.  ail.  wlit.  Boiignot.  t.  I.  [i.  /i3o. 

■■'  Cod.  diploiiKtt.  t.  I,  11°  5-j.  p.  5.3.  ^  Assises  de  Jénis.  édit.  Labbe,  p.  5(i-j  ; 

'  Hoveden.  p.  G36.  <^dit.  Beuonol,  t.  II,  p.  a/16. 

'  Aujourd'luii  7V// e5-S(/y^/(/c/(,  misérable  '  Le  texte  de  ràlitioii  de  M.  Beugnot 

village  arabe,  à  35  kilomètces  a  \'0.  S.  0.  (t.   I,   p.  lido)  l'appelle  Raoul  de  Taharie. 

de  Jérusalem;   on  y  voit  encore  quelques  '  Continuât,  de  Gnill.  de  Tyr,  1.  XXXF, 

restes  du  château  construit  par  les  croisés.  c.  i,  p.  3ia. 


LES  SEir.NEURS  DE  LA   BLANCHEGARDE.  24:5 

un  acte  du  roi  Jean  do  Brienne  '  (janvier  i'!i7),  est  Gilles  de  la  Blamlie- 
fjarde,  père  de  ce  Raoul.  Quant  au  premier  Baoul  de  Barulli,  qui  vivait  en 
1200,  c'était  ou  un  membre  de  cette  faniill(>,  non  nientionn(''  dans  le  Li{;na<;'e, 
ou  un  chevalier  de  cette  seigneurie,  ou  enlin,  s"d  faut  s'en  rapporti'r  au  texte 
de  l'édition  de  La  Thaumassière^  et  de  M.  Beuynot,  c'était  Raoul  de  Tabarii'. 
<[ui  pouvait  en  effet  vivre  à  la  même  épocpie.  Cette  variante  est  peut-(Hre  la 
v('rital)le  leçon. 

Raoul,  seigneur  de  la  Blauchegarde,  souscrivit  deux  titres  de  ii>5/i':  el , 
par  un  acte  du  3  mars  12G0  *.  passé  en  présence  de  la  liante  cour  de  .Jéru- 
salem, il  vendit  à  son  cousin,  Amauri  Barlais,  pour  6,000  hesants,  une  renie 
de  /ioo  Lésants,  assise  sur  l'Hôpital  de  Jérusalem.  Amauri  ou  Heymeri  Bar- 
lais était  son  cousin  par  alliance,  ayant  épousé  Agnès  ^,  fdle  de  sa  tante  Rai- 
monde.] 

Un  autre  [auteur]"  a  parlé  de  Baliaii,  archevesquc  de  Rhodes,  et, 
depuis,  de  Spalato,  en  Dahnacie,  qui  nioiirut  en  l'an  iSsS,  qui  estoit 
originaire  de  Baruth,  ce  qui  me  fait  croire  qu'il  estoit  issu  de  ia  famille 
des  seigneurs  de  cette  place. 

[Enfin  on  voit,  en  i3/i(j'',  Agnès  et  Helvis  de  la  Blancliegarde  sceller  un 
acte,  seulement  indiqué,  de  la  haute  cour  du  royaume  de  Chypre.  Ces  deux 
personnes,  signant  un  même  acte,  ne  pouvaient  être  tontes  deux  souveraines 
ou  titulaires  de  la  Blancliegarde.  Ce  titre  doit  indiquer  ici  seulement  leur  nais- 
sance, et  être  comme  un  nom  de  famille.  On  pourrait  croire  (|ue  ces  deux 
dames  sont  Agnès  et  Aalis  ou  Helvis,  toutes  deux  filles  de  Raoul,  seigneur  de 
la  Rlanchegarde;  mais  les  dates  s'y  opposent.  On  a  vu  que  Raoul  vivait  en 
i'î54  et  1265,  c'est-à-dire  près  d'un  siècle  auparavant.  R  faut  donc  (pie  cotte 
Agnès  et  cette  Helvis  soient  des  descendantes,  peut-être  les  filles  de  Raoul, 
petit-fils  du  jjrécédent,  le  dernier  seigneur  de  IMaiichegarde  nommé  dans  le 
Lignage.] 

'   Cnd.  (llploiiHit.  t.  I.n°  -3 1-2.  p.  -20?).  ^  Ligiiiiges  d'oiitre-iiicr.  c.  \x  .  édil.  Beii- 

"  La  Tliaumassière.  Assises  de  Jériisal.  gnol. 
c.  (XLXxxr,  p.  187.  "  Miclios  Mod.  de  Barhnzanis.  Ilinl.  Spu- 

'  Cod.  (liploiiiiit.  t.  I,  11"   lai.  [I.   i44;  lut.  c.  xvv,  wvi. 
11°  17.  ji.  -njô.  '   Assises  de  Jénisnl.  l'oimulo  •.',9'.  t.  II. 

'   Cod.  diploiiuil.  l.[.n°  ilik  .[).  iSo-ii'i'i.  p.  ^89. 

;ii. 


•Ihh  LES  FAMILLES  D'OLTP,E-MER. 


LES   SEIGNEURS   DE   BELINAS. 


Pancas',  ville  très-ancienne,  assise  au  bas  du  mont  Liban,  fut  pre- 
mièrement nommée  Lcseï),  et,  depuis,  Cœsarea  Pltilippi,  parce  que  Phi- 
lippes,  tétrarque,  fils  de  Hérodes  le  Vieil,  l'ayant  agrandie  et  restablie 
(le  nouveau,  luy  donna  ce  nom  en  liionneur  de  lempereur  Tibère 
(César);  ayant  pris  dans  les  derniers  siècles  celuy  de  Belinas. 

[Baiiias,  ville  située  au  sud  de  Djebel  esch-Scheik,  Anti-Liban.  Son  nom 
de  Paneas  venait  du  Paneion,  grotte  consacrée  à  Pan,  et  oii  le  Jourdain  prend 
sa  source.  Dans  l'antiquité,  elle  porta  aussi  le  nom  de  Nerouias,  que  lui  donna 
le  roi  Agrippa  le  Jeuno.] 

Emir  Alid^,  l'un  des  eliels  des  peuples  nommez  Assassins,  qui  l'a- 
voient  possédée  longtenqjs,  la  mit  entre  les  mains  de  Fouques,  roy  de 
Hiérusalem,  moyennant  rescompense.  Ensuite  de  quoy. 

Renier,  surnommé  Brus^,  l'obtint  en  fief  de  ce  roy,  tant  pour  luy 
que  pour  ses  héritiers.  A  peine  fut-il  entré  en  possession  de  la  place, 
(jue  Tefjelmelnch*  [Tadge  el-Monlouk  Bonri,  fils  de  Toghteghin]  ou 
Doldequin,  roy  on  sultan  de  Damas,  l'assiégea  et  la  prit  durant  que 
Pienier  faisoit  la  guerre  d'un  autre  costé  avec  le  roy.  Le  sultan  la  re- 
mit entre  les  mains  d'Emir  Ali,  qui  en  avoit  esté  seijfueni'  auparavant; 
mais,  sur  le  bruit  que  le  sultan  Sanguin^  venoit  attaquer  le  sultan  de 

'  Eusèbe,  llist.  eccl.  1.  MI,  c  wii.  —  Sobasticii  Paoli.  Cod.  diploiimt.  c.  i.p.  'i33, 

Cedrenus,  p.  i8i,3o5. — -  W illelmus  Tyr.  43/i. 

I.  XV,  c.  ix;  1.  XIX,  c.  X.  —  Jacobus  de  Vi-  =  Will.  Tyr.  1.  XIV,  c.  xix. 

niaco,!.  I,  c.xxv. —  Joinville,p.  io6,  228;  '  Will.  Tyr.  1.  XIV,  c.  xix. 

l'dil.  Du  Cang-o,  p.  276.  —  Hishiriciis  de  ''  Will.  Tyr.  L  XIV,  c.  x\ii.  xxvi;  1.  XV, 

France,  Bongars ,  t.  XX,  p,  1179.  —  D'An-  c.  viii. 
ville,  Gèograph.  une.   col.    i3G,    137.  —  ^  Will.  Tyr.  1.  XV,  c.  vu,  viii,  ix,  x,  xi. 


LES  SEIGNEURS  DE  BELINAS.  245 

Damas,  Aiiiard  [Moïn-Eddin-Auar],  son  s;viu'ral  d'arméç,  fil  alliance 
avec  les  chrestiens  et  leur  promit  de  les  ayder  à  reprendre  Belinas, 
qui  cstoit  entre  les  mains  d'Emir  Ali,  qui  avoit  pris  le  ])aity  de  San- 
guin, et  de  leur  restituer  la  femme  de  Renier  et  tous  les  prisoimiers 
qui  avoient  esté  faits  à  la  prise  de  cette  place  par  son  maistre;  ce  qui 
ayant  esté  exécuté,  Belinas  vint  au  pouvoir  des  nostres,  après  un 
fasclieux  sié{i;e,  et  fut  remise  entre  les  mains  de  Renier.  Ce  seigneur 
estoit  issu  probablement  de  l'dlustre  famille  de  Brus,  en  Angleterre', 
qui  estoit  originaire  de  Normandie,  où  le  village  de  Brus  se  rencontre - 
au  diocèse  de  Constantin''.  L'histoire  fait  mention  \  vers  ce  mesine 
temps,  de  Robert  Brus,  vaillant  chevalier  <pii  suivit  Guillaume  le  Bas- 
tard  en  Angleterre,  et  de  Robert,  son  fils,  qui  se  trouva  avec  les  sei- 
gneurs anglois  en  la  bataille  apelée  r/e  VEtendarl,  contre  les  Escossois, 
l'an  1  i3S.  Son  fils  Adam  fut  aussy  de  la  partie^  et  mourut  depuis,  en 
l'an  lihh.  De  luy  est  issu  Robert  Brus'',  surnommé  le  Noble,  baron 
d'Anandal  ou  de  Cleveland,  en  Angleterre,  qui  espousa  Isabelle,  fille 
de  David  d'Escosse,  comte  d'Huntington,  et  mourut  en  l'an  13G7.  De 
ce  mariage  vint  Robert  Brus,  comte  de  Caritt  [Carrickj,  à  cause  de 
sa  femme,  père  de  Robert  Brus,  roy  d'Escosse  [en  i3o6],  et  de  Ber- 
nard Brus,  qui  eut  postérité. 

Renier,  seigneur  de  Belinas  ^  fut  marié  deux  fois.  L'histoire  n'a  re- 
marqué ny  le  nom  ny  la  famille  de  sa  première  femme,  mais  seule- 
ment qu'ayant  esté  faite  prisonnière  à  la  prise  de  Belinas,  et,  depuis, 
renvoyée  à  son  mary  après  deux  ans  de  captivité,  il  la  i-eçut  d'abord; 
mais  sur  ce  qu'il  apprit  qu'elle  s'estoit  mal  gouvernée  durant  qu'elle 
estoit  avec  les  ennemis,  ce  qu'elle  avoua,  il  l'cmferma  dans  un  monas- 


'  Brouipton,  p.  <)<34.  *  Elbelred.  De  hello  Stand,  p.  338. 

-  Malli.  Paris,  p.  ia3. —  Rad.  de  Diccto,  ^  Siineon  Dunelm.  p.  278. 

p. 673. — Mon. Angl. l.l, p. 58 i  ;l.II,p.  ii8.  "  Buclian.  1.  VIII.  —  Rougecroix,  c.  vu. 

'  Constantiensis  diœcesis,  le  Gotentin.  Le  —  Monast.  Aiigl.  t.  I,  p.  557,  58 1  ;  t.  II, 

village  de /?/■««  est  probablement  ZJ/'«f/ie('(/fe  p.  liS. 

(Manebe,  arr.  Valognes,  caiit.  Saiute-Mère-  '  Willeliiiiis  Tyr.  1.  XIV,  c.  xix. 

Église.) 


•2'iC>  LES  FAMILLES  DOUTRE-MEll. 

lèiM^,  et,  après  son  clôcez,  il  ospousa  Agnès,  nièce  de  Guillaume  de 
Mures,  prince  de  Taharie;  laquelle,  après  la  mort  de  son  mary,  se 
remaria  avec  Girard,  prince  de  Sidon  ou  de  Sajelle. 

[C'est  ce  Renier,  vraisemblablement,  ipii  a  souscrit,  comme  tt-moiii.  plu- 
sieurs actes  (les  rois  Baudouin  11,  en  i  126,  et  Foul([ues,  en  1 106  et  1  1  38. 
sous  le  nom  de  Renier  Brusco,  de  Bruso,  Bruns  ou  Brusdi  '.] 

HuMFROY,  seigneur  de  Tlioron,  I"  [ou  ])lus  probablement  I^]  du 
nom,  connestable  de  Iliérusalem,  succéda  à  Reniei'  en  la  seigneurie 
de  Belinas,  connue  son  héritier,  au  rapport  de  Guillaume  de  Tyr'-. 
Ce  qui  me  donne  sujet  de  croire  qu'il  avoit  espousé  queicjue  fille  de 
Renier^.  Tant  v  a  que  ce  seigneur,  ne  se  croyant  ])as  assez  puissant 
pour  la  défendre  contre  les  Sarrazins,  estant  assise  sur  les  frontières 
du  royaume  de  Hiérusalem,  associa  par  forme  de  pariage*  [en  1  107], 
du  consentement  du  roy  Baudouin  III  [et  de  Gautier,  seigneur  de  Ba- 
ruth,  dont  il  la  tenait  en  lief],  les  chevaliers  de  IHospital  en  la  sei- 
gneurie de  cette  place;  lesquels,  y  ayant  reçu  quelque  échec,  rési- 
lièrent au  traité  incontinent  après,  et  se  retirèrent.  Ce  cjue  INoradin 
ayant  appris,  il  y  mit  le  siège,  et  s'en  fusl  rendu  maistre,  si  la  vigou- 
reuse résistance  qu'Humfroy  et  son  fils  y  apportèrent,  jointe  au  bruit 
de  l'arrivée  du  roy  et  d'un  puissant  secours,  ne  leust  obligé  de  se  re- 
tirer. Mais  après  la  défaite  des  nostres  près  d'Harenc,  en  la  principauté 
d'Antioche,  il  la  réassiégea,  et  enfin  la  prit,  durant  (pie  le  connestable 
estoit  en  Egypte,  le  18'^  jour  d  octobre,  lan  1  1G7,  et  la  ruina  de  foiul 
en  comble  ^  Gautier  de  Quesnoy,  qui  en  avoit  esté  laissé  gouverneur 
par  Humfroy,  fut  soupçonné  de  négligence  et  de  lascheté  en  la  con- 
servation et  en  la  défence  de  cette  place,  qui  estoit  une  des  plus  fortes 
de  toutes  celles  qui  estoient  dans  le  royaume  de  Hiérusalem. 

'  Fontes  renim  Anstriuc.  I.  XII.  n"  i  1  .  '  Cnd.  diploiiuit.  I.  I,  11°  36,  p.  36. 

p.  i)i. —  Cod.  (Uplomat.  t.  1,  n°  17.  p.  18.  Wiliclniiis  Tyr.  I.  XIX.  c.  x.  —  Epist. 

—  Carlvl.  S.  Sepiilc.  n"  Sa  ,  33  ,  p.  5g  ,  63.  principiau  ,  apucl  Boiigars ,  p.  1178,  1180. 

-  Willelraus  Tyr.  1.  X^III.  c.  xii.  \iii.  el  Du  Ctiesne.  Hislorlciis  de  France.  I.  t\  . 

^  Voir  Les  Seigneurs  de  Tlioron.  p.  Cgi.  695.  Cg6. 


LES  SEIGNEURS  DE  BELINAS. 


247 


Le  sire  de  Joinville  '  raconte  que  les  François  qui  estoieut  avec 
saint  Louys  jjrirent  d'emblée  la  ville,  mais  non  pas  le  chasteau  [nonmié 
Subeibe,  situé  sur  la  montagne,  à  une  demi-licue  de  la  viJh;). 

Le  seigneur  de  Thoron -,  de  Belinas,  de  la  Sebelc  [ou  la  Sebelie. 
ou  Subeibe],  et  de  Gbasteauneuf,  avoit  droit  de  liante  cour,  c'est-à- 
dire  cour,  coin  ou  nionnoye,  et  justice;  et  il  y  avoit  en  ces  ti'ois  lieux 
cours  de  bourgeoisie  et  justices'. 


'  Joinville,  j).  007,  édit.  Du  Cniige.  — 
Historiens  de  France,  t.  X\ ,  |i.  ■).']'].  et 
note  1. 

"  Assises  de  Jérusol.  édit.  L;\l)be,  t.  I. 
p.  553;  édit.  Beugnol,  t.  I,  p.  4a  1. 

'  Le  texte  de  Labbe  {M Abrégé  royal  de 
l'alliance  chronol.  t.  I,p.  553),  qu'a  suivi 
notre  auteur,  porte  «-le  seignor  don  Tjioron 
tret  de  Belinas  et  de  la  Sebele  [Sehehe,  dit 


rclitalieii)  et  de  Chasteaunoul',  a  court  et 
rrcoins  et  justice;  et  au  Thoron,  et  à  Beli- 
rrnas  et  à  Gbasteauneuf,  a  court  de  bour- 
ftgosie  et  justice.  «  Le  texte  de  l'édition  de 
M.  Beugnot  (t.  I,  p.  621  )  divise  toutes  ces 
seigneuries,  et  s'exprime  ainsi  pour  la  sei- 
gneurie de  Belinas:  rrLa  seignorie  de  B(;li- 
trnas  a  court  et  coins  et  justice,  et  Belinas 
tra  court  de  borgesie  et  justice,  n 


2Ù8  LES   FAMILLES  DOUTRE-MER. 


LES   SEIGNEURS   DE   IJETHSAN 

ou    DE    BESSAN. 


La  ville  (le  Bethsan  ou  Bessan,  dite  anciennemeiil  SculliopoUs\  poiii' 
avoir  esté  bastio  par  Tlioas,  roy  des  Scythes,  assise  entre  les  montagnes 
(le  Gelljoë  et  ic  Jourdain-,  dans  une  belle  campagne  arros('e  de  ri- 
vières, fut  autrefois  la  capitale  de  la  Palestine.  Ses  vieilles  masures  et 
les  restes  de  ses  beaux  (''difices  de  marbre  estoient  la  marque  de  sa 
grandeur^*;  mais,  ayant  estij  ruinée  par  les  guerres  et  Tinjure  du  temps, 
elle  fut  pres(jue  réduite  au  néant,  au  rapport  de  Guillaume  de  Tyr,  et 
habitée  de  peu  de  personnes,  n'en  estant  resté  qu'une  petite  bour- 
gade ,  dont  la  prérogative  et  le  titre  archiépiscopal  fut  ti'ansféré  à  la 
vdle  de  Nazareth,  à  cause  de  la  dignité  du  lieu  et  du  respect  deu  h  la 
naissance  de  Nostre-Seigneuv. 

Adam  de  Bétliune"  [(|ui  prit  part  à  la  jiremière  croisade],  fils  puisné 
de  Robert,  111=  du  nom,  seigneur  de  Réthune,  surnommé  le  Chaiwc, 
et  frère  de  Robert  IV,  dit  k  Gros,  fut  le  ])remier  (pii  en  posséda  la  sei- 
gneurie. 11  fut  père  de 

'  Cedrenus,  p.  i35.  baslien  Paoli.  Coil.  diploiiKit.  t.  1.  p.  li-'>r\. 

■  Willelmns  Tyr.  i.  VIII,  c.  iv;  1.  XIII,  iio. 

c.  xviii;  I.  XXII.  c.  \vi.  xwi.  —  Fulcher.  ''  Les  niiiies  nommées  aujourd'hui  Kltar- 

Carnoleiis.   1.   III  .   c.  \xx  .   l.  —  Flavius  het  Beijsan  conservent  encore  de  nombreux 

.losephus.  Aiiii<i<iiUil.  jmliiiciv.  1.  V.  e.  ni;  vesliges  dos  mominients  de  l'anliqiie 5n//Ao- 

!.  XII.  c.  \n.  —  Marinus  Sanulus.   1.  III,  jxjUs. 

part.    li.    c    I.  —    Jacobus    do  \iliiaco,  '   Lignages  d'uiitrc-mcr,  c.  w.  *\\\u. — 

i.    1  .    c.    i.M.    —    Eugesipp.    De    distant.  A.  Du  Cliesne.  Ilixt.  de  Béthune .  \.  Mil. 

locpium    terne    sanctœ ,    part.    3.   —  .Se-  c.  r  et  suiv. 


LES  SEIGNEURS  DE  BETHSAN.  '         249' 

Adam,  IP  du  nom,  soigiiour  de  Bossan,  qui  eut  deux  onfans,  Gi'é- 
inout,  seigneur  de  Bessan,  et  Hugues,  qui  souscrit  un  titre  du  ro\ 
Baudouin  IV,  de  l'an  ii55\ 

Gremoînt  ou  Guermond  [Guarmond,  Guormond,  Gormond]  (nom  fami- 
lier à  la  famille  de  Piquigny)  succéda  à  son  père  en  la  seigneurie  de 
Bessan.  11  espousa  Agnès  de  Giblef-,  iille  de  Hugues  do  Lembriac, 
prince  ou  seigneur  de  Giblet,  et  de  Sanclie,  sa  femme;  et  [il]  laissa 
de  cette  alliance,  Adam,  11^  du  nom,  seigneur  de  Bessan  ;  Gautier,  qui 
eut  postérité;  Amaury  et  Pbilippes,  qui  décédèrent  jeunes  ^;  Riclient, 
femme  de  Baudouin  d'ibelin,  seigneur  de  Rame  [dont  on  peut  voir  la 
postérité  dans  Du  Chesne*];  Isabelle,  mariée  au  connestable  de  Ta- 
barie,  et  Estéphénie,  qui  espousa  Piiilippes  de  Pioux,  qui  en  procréa 
Isabelle,  mère  d'Aimery  Barlais. 

[D'après  ie  texte  ancien  du  Lignage^,  au  commencement  du  chapitre  xv, 
Grémont  I"  eut  tous  ses  enfants  d'une  seule  et  même  femme.  Agnès  de  Gi- 
blet. laquelle,  selon  le  chapitre  des  seigneurs  de  Giblet,  était  lillc  de  Hugues 
de  Lembriac  et  de  Sanche,  Provençale  de  nalion.  Puis  à  la  fin  de  ce  même 
chapitre  xv,  Gautier,  le  second  fds  de  Grémont  de  Bessan,  est  dit  être  le  lils 
de  Marguerite,  la  sœur  de  Gautier  de  Baruth,  comme  si  cette  Marguerite  eiil 
été  une  seconde  femme  de  Grémont.  Mais  d'aljord  nous  ne  voyons  aucune  Mar- 
guerite, sœur  de  Gautier  de  Baruth''.  D'un  autre  côté,  la  généalogie  des 
r  Hoirs  de  Giblet  ''  -n  nomme  Marguerite  comme  l'unirpie  épouse  de  Grémont  I". 
et  la  mère  de  tous  ses  enfants,  André  ou  Adam  III.  Gautier,  Amauri,  Phi- 
lipjie,  etc.  Elle  est  fdle  de  Hugues  de  Giblet  et  d'Agnès,  lillc  de  Marie  de  Ba- 
ruth et  de  Gérard  de  Ham,  son  troisième  mari.  Ainsi,  dans  les  anciens  cha- 


'   Cai-tul.  S.  Sepidc.  —  Beiignot.  Assises.  plus  jeunes  alors.  Amauri  surtout,  qui  peul 

t.  II,  p.  5-20;  édit.  de  Rozière,  p.  iia.  avoir  vécu  jusqu'en  laSo  et  au  delà. 

"  Lignages  d'outre-mer,  édition  Labbe.  '  Uisl.  de  la  maison  de  Drthune,  1.  Mil. 

c.  .xv,  xix;  édit.  Beugnot,  c.  xxvii ,  xxx  et  ]).  5/i8,  ôig. 

XXXI.  ^  Lignages  d'ouire-mer, édi\..Lahhe,c.\\ . 

'  Le  Lignage  dit  seulement  qu'ils  mou-  xix;  édit.  Beugnot,  c.  xxvu,  xxx. 

1-urent:  ce  qiii  veut  dire  qu'ils  moururent  '  Lignages  d'outre-mer,  c.  \x,  éd.  Bewgn. 

sans   postérité;  mais  peut-être  nétaient-ils  "   Lignagesd'outre-mer, c.wxi, éd. lieugn. 

39 


'250 


LES  FAMILLES  DOllTHE-MEIt. 


nlliTS  \v  et  \i\.  A|jnès,  i'einiiie  (le  (iiv-nioiil  I",  esl  la  fillo  de  HiiyiR's  de  Lciii- 
bi'iac,  nrumior  seigneur  de  (illjleU  diiiis  le  nouveau  cliaj)itrc  wxi,  iMaijjucrile, 
l'eninie  du  même  Grémont,  es!  la  pelile-lille  de  Guillaume,  (|uatriènie  (ils  de 
llujfiies  de  Lenilniac  (ies  deux  personnes  sonl  donc  séparées  par  deux  g('n(''- 
ralions,  c'esl-à-dire  par  un  intervalle  d'environ  quaranle  ans  au  moins.  La 
coni'ordance  des  dates  peut  seule  nous  décider  entre  ces  deux  monuments 
d'iuie  ('".«'aie  aulorit('.  Hugues  de  Lembriac  '  fut  établi  seigneur  de  Gd)li'l  eu 
I  I  08,  lors  de  la  inùse  de  cette  ville  jiar  les  croisés.  Sa  fille  Agnès  l'orme,  avec 
ses  (puitrc  lils-,  la  seconde  génération;  elle  a  donc  dû  vivre  prim'i[)alenii'nt 
dans  la  première  moitié  du  xii°siècle.  Grémonl  I",  petit-fils  du  premier  seigneur 
de  Hessan,  le(pud  était  contemporain  du  premier  seigneur  de  Giblet,  forme  la 
Inu'sième  génération  de  sa  famille,  il  a  donc  pu  être  le  mari  de  Marguerite 
plutôt  (|uc  d'Agnès,  qui  devait  être  de  vingt  ou  trente  ans  plus  âgée  que  lui. 
Mais  comment  le  chapitre  \v  nomme-t-il  celt(^  dame,  d'abord  Agnès  puis  Mar- 
guerite^? C'est  par  suite  d'une  confusion  que  nous  ne  prétendons  pas  expli- 
(Hier.  Ceci  prouve  que  ces  chapitres  ne  sont  ni  tous,  ni  tout  entiers  l'ouvrage 
d'une  même  main,  et  qu'ils  ne  méritent  notre  confiance  que  dans  une  certaine 
mesure.  Cette  considération  nous  semble  un  motif  sullisant  pour  adopter  de 
préférence  la  généalogie  du  nouveau  chapitre  xxxi,  où  la  filiation  se  suit,  du 
moins  sans  contradiction  apparente. 

\]n  extrait  des  deux  généalogies  l'(;ra  mieux  apprécier  la  vraisendilance  de 
iu)li'e  opinion  : 


SKICXEI'RS  DE  r.ESSAJi. 

A[>\M   OE  IjLTIil  \E. 

Adam  II. 
CtliÉMOM  r'.  r'ir. 


SEICNEUns  DE  CIBLKT, 

Hl'GUES  de  LhUBltlAL. 


Agnès, 
iiiariéL-  i'i  Grt'inonL  i".  (?) 


CilULULMt 

(ou  lîuMo^n) . 
/i"  lils. 

HlGLES  l»E  G1IILKT. 

seigneur  do  licsniedin  , 
'-'pouse  Aguès  de  Haui- 

Maiicueiute, 
épouse  Grémont  I". 


'  Voir  ci-api'ôs  Les  Seigneurs  de  Gibkt. 

'"  Au  comnieucement  Je  l'article  des  Gi- 
lilrl..  nous  reci liions  la  généalogie  donnée 
par  le  Lignage  d'oiitre-mer,  et  adoptée  par 
Du  Gange;  mais   cette   i-eclilication   laisse 


au  même  intervalle  et  au  même  degré  de 
parenté  les  deux  Agnès ,  ou  .Ignès  et  Mar- 
guerite. 

'  Labbe,  L'Abrégé  royal  de  rulliance  ehm- 
nohgiqne,  etc.  t.  l,  p.  Sgo,  'iSg. 


LES   SEI^.^EURS  DE  BETHSAN.  251 

Du  Canf^e  sest  annuvé  siii-  riinlorilL'  de  Du  Cliesne,  dons  son  Histoire  do 
la  maison  de  Béthune;  mais  Du  Cliesne  lui-même  renvoie,  pour  ses  preuves, 
à  des  exlrails  du  Lignage  d'outre-mer. ] 

(jiiaiil  à  Gautier,  second  fils  de  Giéiiioiit,  il  soiisci'ivit,  en  l'an  i  :'.  lo 
j  an  mois  de  novembre],  la  charte  que  Hugues,  1'=''  du  nom.  ro\  de 
Cvpre',  octroya  à  l'église  du  Saint-Sépulcre. 

[La  même  année,  en  septembre'-,  il  souscrit  des  lettres  du  même  roi  en  la- 
veur des  Hospitaliers.  Il  avait  contribué  plus  qu'aucun  autre  ^  à  la  vicloire  d'Ar- 
sur.  remportée  sur  Saladin.  en  i  192.  Profitant  de  son  influence  et  de  celle  de 
sa  famille'',  il  s'entremit  ellicacement,  vers  1  ig5,  pour  rétablir  la  bonne  intel- 
ligence entre  les  rois  Henri  de  Jérusalem  et  Aimeri  de  Cbypre.  En  11117,  '' 
se  rendit^  avec  Grémont  II,  son  neveu,  seigneur  de  Bessan,  à  la  réunion  con- 
voquée pour  une  croisade  par  André,  roi  de  Hongrie,  et  Boémond  IV  le 
Borgne,  prince  d'Antioclie.  La  même  année,  on  le  voit  souscrire  deux  actes, 
l'un  de  Bertrand  ^  seigneur  de  Alargat,  l'autre  du  roi  de  Cbypre  ^  Hugues  1"': 
en  1-320*,  il  souscrit  un  acte  de  la  reine  Alix.  Nous  ne  savons  si  ce  person- 
nage, un  des  plus  remarquables  de  son  temps,  prolongea  sa  carrière  long- 
temps an  delà  de  cette  année.] 

Il  fui  marié  deux  fois"  :  la  première  avec  Douce  Porcelet,  fille  de 
Renaiit  Porcelet,  chevalier  provençal,  pour  lors  veuve  du  seigneur  de 
Nefin,  (|ue  je  crois  avoii-  esté  nommé  Renouard,  et  dont  parle  Guil- 
laume de  Tyr'";  ij  eut  de  cette  alliance  Amauri  de  Bessan,  qui  passa 
dans  la  Poudle,  où  il  posséda  la  seigneurie  de  Tricari  ou  Tricarico; 
Eschive,  mariée  à  Jean  irAnlioclie,  marcschal  de  Cypre,  el  Estéphénie, 

'   (Àirtiil.  de  Mmwsqne.  —  (jiiiiil.  S.  Se-  '"  Conlinuat.  de  Guili.  <le  Tyr.  I.  XXXI. 

;)!(/(•.  n°  176.  p.  3i4,3i5.  c.  X,  p.  322. 

-   Cod.   diphmnt.   t.   I.   11°   97.    p.    io-3.  "   Cod.  dqtlomat.  i.  \ ,  n'  loO.p.  110. 

.5.J0.  '  De  Mas-Latrie,  Hisl.  de  Chypre,  t.  111. 

'  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  I.  XXVI,  p.  Gog. 
c.  Vil,  p.  i-S/i.  '  Dl' Mas-Latrie ,  t.  III,  p.  Gi4. 

"  Continuai,  de  Guili.  de  Tyj'.  variante  '  Ligntijresd'oulre-mer, éàxi.Lahhe .ti.\\\ 

ilu  nis.  de  Fittrence,  p.  qi3,  col.  1.  —  De  édit.  Beugnot,  c.  xxvii  et  \x\i.  —  Voir  Les 

Mas-La(i-ie,  t.  III.  p.  697. — Voii'  Les  Cntntes  Seigneurs  de  Nephiti. 
lie  .Iiijiheel  d'Ascaloii.  '"  Willeimus  Tyr.  I.  XX .  c.  xxiv. 


252  I-ES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

l'ciiimc  de  Guy  (\e  Soissons,  fils  de  Renaut  de  Soissons,  niaresclial  do 
Gypre.  En  second  lit,  Gantier  esponsa  nne  dame  de  Romanie  appelée 
Tliéodora  Lalhoumena\  on  plnstost  Comnena,  ainsy  que  je  présume,  et 
en  procréa  deux  filles,  sçavoir,  Alix,  femme  de  Baudouin  dlbelin, 
sénesclial  de  Gypre;  et  Femie,  mariée  à  Guy  du  iVIoi'i',  fils  de  Jean.  Il 
est  probable  que  Baudouin  de  Bessan,  qui  souscrit  un  titre  du  roy 
Aimery,  de  Tan  i  198 -,  (pii  est  au  cartulaire  de  Manosque  [et  d'antres 
encore  \  dans  l'un  desipiels  '  (-29  septembre  1195)  il  est  qualifié  de 
coiniélable].  estoil  pareillement  fils  de  Grémont  on  d'Adam  11. 

[Nous  lo  croirions  plutôt  fds  de  Grémont.  En  1 1  9/1,  5  janvier  »,  il  souscrit, 
avec  son  frère  Amauri,  un  titre  de  Henri  de  Champagne,  roi  de  Jérusalem. 
Or,  si  cet  Amauri  est  celui  qui  est  mentionné  parmi  les  iils  de  Grémont,  il  est 
clair  que  Baudouin  sera  éj;alement  Ids  de  ce  seijjneur.  11  est  toutefois  étonnant 
i|ue,  dans  la  j;énéalogie  de  la  famille,  le  Lignage  d'outre-mer  ait  omis  1111  per- 
sonnage revêtu  d'une  dignité  si  importante.] 

L'bistoire  de  Gypre  fait  encore  mention  d"nn  Amalric  de  Bessan, 
(pii  fut  un  des  cinq  barons  qui  furent  choisis  par  l'empereur  Frédé- 
ric 11,  pour  gouverner  le  royaume  de  Gypre,  sous  la  minorité  du  jeune 
l'oy  Henry  ^  vers  l'an  1280;  lequel  est  peut-estre  le  inesme  [fils  de 
Gautier]  (jue  l'on  dit  s'esti'e  retiré  en  la  Fouille. 

-  [A  moins  que  ce  ne  soit  Amauri,  frère  de  Baudouin,  que  nous  présumons 
être  le  fils  de  Grémont,  et  par  conséquent  l'oncle  d'Amauri,  fds  de  Gautier. 
(les  clcu\  o|)iin'(>ns  sont  l'galement  probables.] 

Vdam,  111'  du  nom  [Adrs  ou  Adon,  nommé  aussi   Vndué  dans  un  des 
nouveaux  cbapitres  du  Lignage   d'ontre-mei- '],  seigneur  de  Bessan, 

'  Dh Gange,  F(i»i//.  Bi/imit.  p.  i85,  i8(5.  '  (M.  diplomal.  t.  I,  n'  81  .  [>.  87. 

'  CoJ.  iJiplonmi.  t.  t .  11°'  1  89 ,  8  ,  p.  3.35  .  "  Lorcdano ,  De  rc' Lusignani ,  \.  I ,  p.  (53  ; 

.jgy.  Irnd.  l'ianr.  t.  I,  p.  yS.  —  Conlinuat.  do 

■'  Cod.  diplomui.  t.  I,  II"  17.3,  p.  -jiG.  Guill.deTyr,  LXXXIll.e.  m,  p.  368;  c.  i\, 

*   De  Mas-Lnliie.  Ilist.  de  Chi/pre .  I.  III,  p.  876;  C.  x,  p.  877;  c.  xxvii,  p.  3<)3. 
,).  5nn.  '  G.  XVI,  XXXI.  édil.  Beugnot. 


LES  SEIGNEURS  DE  BETHSAN.  '         253 

lils  (le  Grémont,  s'allia  avec  Helvis,  fille  de  Henry  de  Milly,  dit  le  Bufjle, 
et  d'Agnès  de  Césarée;  duquel  mariage  procéda  un  fds  unique,  qui  fut 

Grémont,  11'=  du  nom,  seigneur  de  Bessan,  qui  souscrit  la  charte 
de  Hugues  I",  roy  de  Cypre,  de  l'an  i'mo',  de  laquelle  je  viens  de 
parler. 

[Il  îivait  succédé  à  sou  père  dès  i  uj.S,  puisqu'en  cette  année ^  il  souscrivit 
un  des  actes  du  roi  Ainieri,  ci-dessus  mentionnés.  Ce  seigneur,  comme  on  l'a 
vu,  se  rendit  avec  son  oncle  Gautier^  à  l'assemblée  des  croisés  tenue  en  1217. 
Avec  lui  aussi  il  souscrivit  les  actes  de  Hugues,  roi  de  Chypre  *,  octohre  1217, 
et  de  la  reine  Alix  ^,  octohre  1220.] 

11  s'allia  en  premières  noces  avec  Juliane  de  Soissons,  fille  de  Ue- 
jiaud  de  Soissons,  mareschal  de  Cypre;  de  laquelle  il  eut  Baudouin, 
seigneur  de  Bessan;  Thibaut,  qui  mourut  à  Tripoly,  que  je  crois  estre 
ce  Thibaut  de  Bessan  qui  se  trouva  à  une  assemblée  des  barons '"'  en 
la  ville  d'Acre,  l'an  laBo  [qui  assista  comme  témoin''  à  un  acte  de 
Jean  d'ibelin,  seigneur  d'Arsur,  du  10  août  laBy],  et  (jui  esponsa 
Isabelle  de  la  Mandelée  «;  et  [probableunnit  encore]  Gautier  de  Bes- 
san ^  qui  espousa  Alix  d'ibelin,  fille  de  Pliilippes  d'ibelin,  connestable 
de  Cypre,  et  eut  d'elle  une  fille  nonunée  Marie. 

[Ce  Gautier  qui  embarrassait  Labbe'",  et  dont  La  Thaumassière '^  n'a  rien 
dit  dans  ses  Tableaux  généalogiciues ,  n'est  pas  nommé  d'abord  dans  le  Lignage 
avec  les  lils  de  Grémont  II.  Mais,  par  la  place  qu'il  occupe  ensuite   dans  ce 

'   Caiiidiiriiiiii  Saiicti  Sepulcri .   11°   i^li.  p.   ôGa;   édition  Beugnot,    I.   II.  c.   xiii. 

p.  3i5.  P- aCi. 

■'  Cocl.  diplumat.  t.I.n'  189,  p. -35.  '  Cod.d{plomat.l.\,n' io-?.,\).  157,161. 

'  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXXI.  '  Lignages  d'outrc-mcr.  c.  xii,  xvi.  édit. 

c.  X,  p.  32  3.  Beugnot. 

'  De  Mas-Latrie,  Hisl.  de  Cliijprc,  t.  III.  '  Lignages  d'outrc-mcr,  édit.Lahhe  ,c.\\ . 

p.  609.  édit.  Beugnot ,  c.  xxvii. 

'  De  Mas-Latrie,  Hist.  de  Chypre,  t.  III ,  '°  Labbe,  t.  I,  p.  Syo. 

p   6,/,.  "  LaTliaumassière, /l.ssise«(/eJe;'i/-s«/em, 

'  Assises  de  Jérus.  editinn  Labbe.  1.   I.  [).  -383. 


OiV,  LES  FAMILLES   DOIITUE- MEP.. 

même  cliaiiili'c.  apn^'s  Uniulouin   d  Tliil)nii(l.   on  voit  ([u'il   devait  rirr  leur 

frère.  ] 

Juliiiiic  cstaiil  déft'd ('■(.'',  Girnioiit  csjioiisa  une  autre  dame  dont  le 
nom  est  inconnu,  do  laquelle  il  procréa  Helvis,  alliée  avec  Rolland  de 
Luques,  qui  en  eut  Baudouin,  Thomas,  et  Esléfénie,  religieuse. 

B.UDOLiN,  seigneur  de  Bessan,  fut  conjoint  par  mariage  avec  Macée. 
tille  de  Guillaume  Vicomte,  dont  il  eut  Gautier,  seigneur  de  Bes- 
san; Pliilippes  et  Amaury,  décédez  en  jeunesse;  Philippe,  mariée  à 
.lean  Bahin,  fds  de  Raymond,  dont  issit  Raymond  Bahin;  et  Eschive 
de  Bessan.  femme  de  Nicolas  Boule,  qui  en  eut  Thomas  Gautier;  Mar- 
guerite, alliée  avec  Pliilippes  de  Cafran;  et  Philippe,  conjointe  avec 
Thomas  de  Verny. 

Gautier,  seigneur  de  Bessan.  espousa  Marguerite,  fdle  de  Raymond 
Babni;  de  laquelle  alliance  naquirent  Thibaut,  seigneur  de  Bessan, 
et  Agne  [Ague  ou  AygueJ  de  Bessan,  lieutenant  du  royaume  de  Cypre 
et  gouverneur  de  Famagouste-  sous  Henry,  roy  de  Cypre,  Pan  1013: 
(jui  espousa  Alix  de  la  Mandelée,  fille  de  Guillaume  de  la  Mandelée, 
pour  lors  veuve  de  Guillaume  Barlais. 

f  Aguc  est  nommé  avec  sou  père,  romiiie  téiiunn  d'uri  Irnitr  de  pai\  cl  de 
commerce 3  conclu  à  Nicosie,  le  3  juin  i3o(),  entre  Amanri  de  Lusignan. 
prince  de  Tyr,  gouverneur  du  royaume,  el  riiudiassndeiir  de  Pierre  (irade- 
nigo,  doge  de  Venise. 

Après  la  mort  du  régenl  Amauri,  il  dirigea  les  aflaires,  de  concert  avec  la 
reine  mère,  jusqu'au  retour  du  roi  Henri  II:  on  le  voit,  en  conséquence, 
donner  des  instructions  à  une  ambassade'  rpie  le  gouvernement  envoyait  à 
Venise  (qo  août  1010).  Dans  cet  acte,  et  ailleurs-',  il  a  le  litre  de  capitaine 
lies  barons  de  Chypre.    Ague  était  mort  en   i338.  puisipie  ses  héritiers  .sont 

'   Lignages  d'outre-mer,  c.w-.édH.hahhe.  '  De  Mns-Liilrie.  llisl.  <le  Chiipre,  t.  Il, 

-   Lovedano,Dc'rcLusignant_,\.\'.[t.i5li,  p.  io;i. 
a66:  traducl.  frmir.  I.  1.   p.  -tSo.    9.81.  ''  De  I\ins-Latrie,  I.  II.  [).  117.  n^- 

3„g_  '  De  Mns-Latrie.  I.  II.  p.  i36. 


LES  SEIGNEURS  DE  BETHSA.N.  255 

mentionnés'  dans  un  traité  du  roi  Hugues  I\    avec  la  républùjue  de  Gènes, 
(lu  2  1  lévrier  de  cette  même  année. 

Quant  à  Gautier,  son  père,  il  paraît  avoir  été  partisan  du  régent  Amauri. 
Après  la  mort  de  ce  dernier  (i3io),  il  fut  forcé  de  prêter  serment  au  roi 
Henri  H"^  entre  les  mains  de  la  reine  mère;  et,  après  le  retour  de  ce  prince 
en  ses  Ktats,  il  vint  avec  d'autres  seigneurs  du  même  parti  ^  lui  demander 
liumblement  pardon.  Nous  ne  savons  s'il  vécut  longtemps  encore,  mais  il  est 
clair  ijuo  son  fils  Thibaut  ne  lui  succéda  pas  avant  cette  époque ,  et  qu'une 
partie  de  ce  que  Du  Gange  rapporte  de  Tbii)aut  appartient  à  Gautier.] 

Thibaut,  seigneur  de  Bessan,  fut  conjoint  en  premières  noces  avec 
Nicole  cVIbelin,  fiiie  de  Balian,  seigneur  de  Sur,  et,  en  secondes  noces, 
avec  Alix  de  Montolif,  fille  de  Simon,  qui  mourut  au  siège  d'Acre, 
l'an  1  -jgG.  Je  crois  que  ce  fut  de  son  tem|)s  (ju'Olivier  de  Termes,  chef 
des  troupes  françoises,  estant  arrivé  à  Acre,  le  20''  jour  de  septembre, 
l'an  l'iGk,  en  sortit  le  r>''  du  mois  de  novembre  *,  avec  les  chevaliei's  du 
Temple  el  de  FHospital  pour  aller  faire  des  courses  sur  les  Sarrazins. 
et  prit  sur  eux  la  ville  de  Bethsan,  qu'il  ruina  entièrement,  estant 
probable  qu'elle  avoit  esté  ])rise  par  les  infidèles  quelque  temps  aupa- 
ravant. 

[Nous  avons  vu  que  Thibaut  n'avait  pu  succéder  à  son  père  en  la  seigneurie 
de  Bessan,  avant  l'année  i3io;  l'expédition  d'Olivier  de  Termes,  antérieure 
de  quarante-six  ans  à  cette  époque,  doit  avoir  eu  lieu  au  tenq)s  de  Baudouin, 
aïeul  de  Thibaut,  ou  dans  les  premières  années  de  Gautier,  son  père.] 

Ce  seigneur  se  retira  comme  les  autres  barons  du  royaume  de 
Hiériisalem  en  celuy  <le  Cypre,  où  il  maria  l'une  de  ses  filles^  à 
.lean  de  Brie,  favory  d'Amalric,  jtrince  de  Tyr,  qui  s'empara  du  gou- 
vernement du  rovaume  sur  le  roy  Hemy,  son  frèi-e.  Il  vivoit  encore 
l'an  1  3o(). 

'  De  Mas-Lalrio.  Hist.  de  Chypre,  t.  Il,  '  LorcJanu,  I.  V,  |i.  ■iyu;   tiad.  fi-aiK;. 

]).  171!.  t.  I,  p.  298. 

■  Lorcdano,  1.  V.  p.  2.35:  tiad.  Iranç.  '  Saiiut.  1.  III,  part.  i2,c.  vu. 

1.  ] ,  p.  285.  '  Loredano,  1.  V,  p.  aiS-ayo. 


256  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MEK. 

[Tout  ceci  convient  beaucouj)  mieux  à  Giiutier.  C'est  de  son  temps  qu'arrive 
la  prise  d'Acre  (lagi);  c'est  lui  ([ui  était  le  beau-père  de  Jean  de  Brie,  el 
([ui,  quoique  du  même  parti,  l'empêclia  de  parler  trop  insolemment  au  roi 
Henri  II ,  déjà  prisonnier  de  son  frère  '  (1807).  Dans  les  passages  de  Lorédau 
indiqués  par  Du  Gange,  mais  suj)j)rimés  il  est  vrai  lors  d'une  seconde  révision, 
il  est  ipiestion  de  Gautier  de  Bessan,  et  nullement  de  Thibaut.  Enfin.  Gautier 
vivait  encore  en  1809,  et  même  en  i3io,  comme  on  vient  de  le  voir.  OuanI 
à  Thibaut,  nous  ne  connaissons  de  lui  que  ce  que  nous  en  apprend  le  Lignage 
d'outre-mer. 

Vers  la  fin  du  siècle,  nous  trouvons  un  Baimer  de  Scolare,  sire  de  Betll^all. 
parmi  les  douze  conseillers  nommés  pour  gouverner  le  royaume  en  l'absence 
de  Jacques  I"-  (octobre  iSSa).  Dans  cet  extrait  de  l'historien  Strumbaldi,  il 
est  nommé  Erine  Collar.  On  le  voit,  l'année  suivante  ^,  capitaine  de  la  secrète: 
puis  en  1386-1887,  'iiubassadeur  du  roi  Jac(pies  1",  auprès  de  la  républi'quc 
de  Gênes".  Etait-ce  un  fils  ou  un  petit-fils,  soit  de  Thibaut,  le  dernier  sei- 
gneur connu  de  Bessan,  soit  d'Ague,  son  frère?  C'est  cfe  que  l'histoire  ne 
nous  apprend  pas.] 

Le  seigneur  de  Bessan  avoit  droit  de  haute  cour^  c'est-à-dire  cour, 
coin  ou  monnoye  et  justice,  et  il  y  avoit  à  Bessan  cour  de  bourgeoisie 
et  justice. 


'   Loredano,  1.  V,    p.   262,  268;   trad.  '  De  Mas-Latrie,  Hisl.  de  Chi/jin .  I.  11. 

franc,  t.  I,  p.  268.  p.  4o6.  ii2. 

"  De  Mas-Latrie,   t.  II.p.  3(|i.  '  AssiscsdeJérus. édiLLahhc A. \.\1.nb9.; 

'  Loredano,  L  IX.  p.  01 1  ;  Irad.  frniif.  édil.  Beugiiot,  t.  I.  p.  620. 

t.  II.  |i.  )o/|. 


/ 


LES  SEIGNEURS  DU  BOUTRON. 


257 


LES  SEIGNEURS   DU   BOUTRON. 


Raymond  dWgout  ou  Agot,  ainsi  ([uil  est  escrit  au  Lijjiia^e  d  outre- 
mer, probablement  originaire  de  Provence',  où  la  tamille  d'Agout  a 
esté  fort  illustre,  et  où  elle  a  possédé  la  vallée  de  Saut,  aujourd'liu\ 
érigée  en  comté,  fut  le  premier  seigneur  de  Boutron-,  <[ui  est  uw 
ville  maritime  de  la  Syrie,  dite  des  Grecs  BoTpvs^,  entre  Tripoly  et 
Baruth. 

(Il  eut  de  ^.  w  rpriiMic'l  " 


1 

ROSTASG  OU  RoSTàlfi  d'AcoT, 

seigneur  du  Boutron 

[épouse  N.]. 

M 

de  H 

1                    ,  1 

IRGUERITE  d'AgOT,                               IsàBEAU  , 

femme                        femme  de  Meilleur, 
igues  de  Monlclar.        seigneur  de  Maraclée. 

N.  fille, 

IIIH 

riée  à  Plival\  .  genlillioniiue  Pisaii, 
qui  devint  seigneur  du  Boulron  . 
au  droit  de  sa  femme. 

N.  fille, 

mariée  à  Boémond  d'Antiocue  . 

lils  piiisné  de  Boémond  III . 

prince  d'Antioche . 

et  d'Isabelle. 

1 

1 

JbA«  d'AnTIOCBE,                         GlILLàUSIE 

ourut  en  la  prison               seigneur  di 

de  Tours  ^                           espousc 

tiiie  de  Balian  ,  p 

d'Axtiochk, 
Boutron , 
Aguès , 
rince  do  Sajette. 

1 

Jacques  d'A-ntiochi:. 

espouse  Clarence ,                            1 

lille  de  Guillaume  HazarL, 

connestable  d'Antioche. 

1 

1 

Isabelle, 

■mine  de  Meilleur 

seigneur 

de  Maracléf. 

Jeas  d'A 

seigneur  d 

espoQst 

fille  de  Bertra 

NTIOCHK  , 

i  Boutron  . 
Lucie, 
nd  de  Giblet. 

1                    1 

RosTAi?(                              Alix, 
et  Guillaume.            femme  de  Ouillauiu'' 

moururent                        Farabel , 
en  la  Pouille.               seigneur  du  Puv. 

Gfill 

AUME. 

Deux  filsel  une liil.-. 

'  Nostradainus ,  Hist.  de  Provence ,  part.  3 , 
p.  290;  De  Dom.  lit.  26,  n"  7. 

^  Sanutus,  1.  III,  p.  ik,  c.  11. — Jacobus 
de  Vitriaco,  I.  I.  —  Willebr.  ab  Oldcnborg. 
p.  1  9K. 


'  Tbeophan.  Justin,  p.  nji.  —  Sur  la 
prise  de  Boutron  par  les  Sarrasins,  voy.  Rai- 
nald.  ann.  1291 ,  n°  17. 

'   Lignages  d' outre-mer,  c.  x\ii ,  'x\s.i\ . 

''  .^linsi  porte  l'ancien  texte  du  Lig;nage 

33 


->58  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MEIV 

I  Malgrô  la  (liffi'rence  des  noms,  il  semble  dillicilc  de  ne  pas  admettre  i'i- 
ili'iilll(''  (le  RnsTAiMG  d'AcouT  et  de  Guillaume  Dorel,  nommés,  l'un  par  le 
Li;;na<fe,  l'antre  par  le  Continuateur  de  Guillaume  de  Tyr ',  comme  seigneur 
du  Boutron.  En  effet,  la  fille  de  Guillaume  Dorel,  comme  celle  de  Rostaing, 
iii'i'  d'une  prcuurre  feinme  inconnue,  épouse  Plivain .  gentilhomme  pisaii,  et 
lui  a|)|)orte  des  droits  à  la  seigneurie  du  Boutron. 

(iuillaume  Dorel  épousa  en  secondes  noces  Stéphanie .  tille  de  Henri  le 
Bnlllc-,  laipielii',  devenue  veuve,  épousa  Hugues  de  Gtbiel  ;  mais  il  ne  paraît 
pas  en  avoir  ru  d'enraiifs.  Il  avait  l'-lé  témoin  d'un  acte  de  Raimond  11,  comte 
de  Tripoli^  (décembre  i  lyi).  Il  mourut  ipu:'l<|ues  années  avant  ce  prince. 
puis(jue  ce  lut  RaiuKuid  11  ipii  dis|)osa  de  sa  fille  el  la  maria  de  la  manière 
ipi'il  jugea  la  plus  avantageuse  pour  ses  intérêts. 

Plivain  l'acheta,  à  la  lettre,  son  pesant  d'or  '.  ipioiqu'elle  eut  été  promise 
à  (i('Tard  de  Ridelort,  plus  tard  grand  maître  du  Temple,  cpii  devint,  dès  ce 
moment,  ri'nnemi  irréconciliable  du  comte  de  Tri])oli.  Nous  avons  vu  (jue  ce 
dernier  mourut  l'U  i  i<'^7. 

Plivain.  Pleven,  Plehninis.  souscrivit,  dès  1181.  comme  seigneur  du  Bou- 
Iron,  des  actes  de  Raimond  11,  comte  de  Tripoli^;  en  1  198,  -j  1  août,  il  sous- 
crivit, avec  un  sien  neveu  nommé  Henri'^,  un  acte  de  Roémond  IV,  comte  de 
Tripoli  l't  jirince  d'Anlioche:  un  acte  du  même'',  décembre  120/1.  el  un  acte 
de  GeofTroi  le  Ratb.  grand  maître  de  l'Hôpital '*,  en   jqoCi. 

Son  gendre  et  successeur,  Boémond  d'Antioche,  était  seigneur  du  Boutron 
dans  les  années  1281,  1  2/1 1  ^,  où  il  souscrivit  des  actes  de  Boémond  IV,  prince 
d'Anlioche,  et  d'Albert,  patriarche  de  cette  ville.  Il  l'était  encore  en  iikk. 
1  8  octobre,  lors  de  la  défaite  de  Gaza  '".  où  s(^s  dfuix  fils,  .lean  et  Guillaume, 

iloiiiié   par  I^nlibe,   p.   '167.  Mais  dans  ses  '   Cad.  (lijjhiiiut.  n"  '>'t .  [>.  ^^h. 

Tableaux  généalogiques  qui  précèdeni,  ce  '  Continuât,  de  (luill.  de  T\r.  I.  Wiil. 

même  éditeur  a  dit  (p.  ioS).  tmiort  en  la  c.  axxiv. 

frprison  des  Turcs. "  Conjecture  justifiée  de-  ^  Cod.diploiiiid.  I.  1,  n'  70.  p.  70;  n'  'i , 

puis  par  le  nouveau  texte  de  M.  Beugnot  :  p.  -jH;!. 

ren  la  [)nson  des   Turs.-^  {As.flses,   I.  II.  '  Cud.  dijiloiiHit.  u°  -n  i  ,  \>.  -jS-!. 

p.  A68.)  '  Cod.  diphmat.  n"  98,  p.  1  o.3. 

'   Continuai,  de  Cuill.  de  Tyr,  I.  XXIII.  '    CW.  diidomat.  n°  175.  p.  -218. 

c.  xxxiv,  p.  5 1  et  noie  a.  '  (lud.  diplomat.  u"  1  1  3 .    1  1  '1 .  p.  1  -i  1  . 

'  Continuât,  de  (iuill.  de  Tyr.  I.  Will.  i-ia;n"  1  iS    p.  i3.">. 

c.  \xxiv  et  note  ''.  —  Liomigos  d'riHlro-wfv.  '"  Continuât,  de  Cuill.  di'  i'yi'.  I.  WXIII . 

C.  \\1.  Pllit.  RpllPIMlt.  C.   LVII.   p.    'i3o. 


LES  SEIGNEURS  DU  BOUTRON.  259 

lureiil  laiL-.  |)nsoiinier.s.  Jean  avait  souscrit  avec  lui  racle  du  jialriarclic  Albert, 
de  1  24i  '. 

Guu.L\i]ME  l'ut,  après  son  père,  seigneur  du  Boulron.  Il  élail,  coiiinu^  Ions 
ses  prédécesseurs,  vassal  du  comte  de  Tripoli;  et,  en  cette  qualité,  il  signa, 
comme  témoin,  plusieurs  actes  de  Boémond  VI,  mars  ia55'^  avril  i256\ 
i"  mai  1262  *.  En  cette  même  année,  1  262 ,  il  lut  un  des  arbitres  choisis  par 
le  légat  pour  terminer  à  l'amiable  certains  dilTérends  survenus  entre  le  Temph- 
et  l'Hôpital.  Dans  l'acte  dressé  pour  cet  objet  (19  décembre)-',  il  esl  (pialilii'^ 
connétable  du  royaume  de  Jérusalem. 

On  voit  un  RosTAn'G,  seigneur  du  Boutron,  parmi  les  signataires  de  I  acte 
d'accusation  dressé  contre  Gui  de  Giblet  (1282,  18  février)'',  qui  avait  voulu, 
à  l'instigation  du  Temple,  enlever  la  ville  de  Trijioli  au  prince  d'Antioche.  Ce 
ne  peut  être  que  Roslaing,  lils  de  Jacques  d'Antioche,  et,  par  conséquent, 
neveu  de  Guillaume.  Mais  à  (juel  titre  était-il  seigneur  du  Boulron.  puis(|ue 
Guillaume  avait  un  héritier  direct  en  la  personne  de  Jean,  son  lils,  du  moins 
selon  le  Lignage  d'outre-mer?  Uostaing  a-l-il  été  chargé  de  la  seigneurie  comme 
tuteur,  par  exemple,  de  Guillaume,  petit-lils  du  premier  Guillaume,  qui  aurait 
succédé  à  son  père,  Jean,  dans  an  âge  encore  tendre?  Nous  n'avons  point 
trouvé  d'autres  renseignements  sur  les  derniers  seigneurs  du  Boutron.] 

'    Cod.  diijlmiml.  t.  I.  11"  1  i.S,  p.  i.'JS.  '   (ùod.  diplviiial.  t.  I,  11°  q-m,  [).  ■i6'^. 

'-  Cod.  diplomnt.  t.  l.  n   iqG,  p.  i48.  '  Cod.  diplomat.  t.  \.  ii°  lûa.  p.  177. 

•   (lod.  diploiii/it.  t.  I.  ié"  io().  [}.  1.S/4.  "   l>p  Mas-Latrie,  t.  ill.  p.  Ii()7. 


.33. 


■260  l,KS  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 


LES  SEIGNEURS  DE  CVIMONT. 


Les  Assises  de  Hi/rusalem  '  parlent  du  seigneur  de  Gaimont  et  disent 
(|uil  avoit  cour,  coing  et  justice,  cest-à-dire  haute  cour,  et  qu'il  avoit 
à  Caimont  cour  de  bourgeoisie  et  justice.  Sanudo'-  l'ait  mention  de  cette 
|)iace  de  Cainiout,  et  dit  que  ce  fut  en  ce  lieu  où  Lamecli  tua  Gain 
d'une  llèche.  Mais  il  ne  me  souvient  pas  avoir  remarqué  le  nom  d'au- 
cuii  seigneur  jtarticulier  de  cette  place. 

[Le  (iayini)iil  l'^t  iiiciilioniié  dmix  lois  par  le  Coiilimiateur  de  Guillaume 
de  Tyr^  comme  un  lieu  voisin  de  la  ville  d'Acre,  et  paraît  s'identifier  parfaite- 
ment avec  la  localité  moderne  iiommi'c  Tell-Kiiimàn ,  située  au  ])ied  des  inon- 
tafjfnes  qui  iniiilent  à  l'ouest  la  |)laine  d'Esdrelfiii.] 

'   .4.m/sm  (/p  ./(TUS.  édit.  Labbe.  p.  .55-3  ;  ^  (luiilinuatinir    de    Giiiilaiime    de   Tyr. 

édit.  Reugnot.  l.  1,  p.  h-io.  I.  WVl.  c.  \xvii,  p.  iS3:  I.  XXXll.  c.  n. 

'  SanuUis,  I.  III,  part.  1  4  ,  c.  m,  p.  î^f).         p.  3'iii. 


LES  COMTES  DE  GARPASSO.  261 


LES    COMTES   DE   CARPASSO 

AU   ROYAUME    DE   CYPRE. 


Jaques  leBastard,  roy  de  Cypre,  érigea  Caipasso',  ville  mantiiiie 
et  fort  ancienne,  située  sur  le  promontoire  de  Saint- \ii(lré,  en  litre  de 
comté  en  faveur  de 

Jean  Ferez  Fabrice,  qu'U  avoit  fait  p(Mi  auparavant  comte  titulaire 
de  Japlle^  et  voulut  ([uen  cette  qualité  [de  comte  de  darpasso]  il 
précédast  tous  les  autres  comtes.  Il  le  fit  aussy  capitaine  général  de  ses 
galères,  et,  par  sou  testament  [l673]^  il  le  nomma  l'un  des  gouver- 
neurs du  royaume,  et  lun  des  tuteurs  du  ji'une  roy  Jaques,  son  (ils. 

[Jean  Ferez  Fabrice  fut  l'aïeul  mati'rncl  du  [>ère  d'Etienne  de  Lusignan  \ 
Isabelle,  sa  fille,  ayant  ('pousé  Fiiilippe,  (]ui  fut  le  grand-pèr(>  de  notn-  liislo- 
rien.  comme  ce  dernier  nous  l'apprend  lui-même.] 

LouYS  Ferez  Fabrice,  son  fils,  luy  succéda  en  ces  deux  dignitez. 

[Mais  peu  après  (i  47^1,  1  0  lévrier),  la  reine  Catherine  ',  lui  retira,  moyen- 
nant un  échange,  le  titre  de  comte  de  Jaffa  et  d'Ascalon,  et  le  donna  à  son 
cousin,  Georges  Contarini.  en  le  nommant  premier  comti'  du  royaume  de 
Chypre.] 

'    llisl.(leClii/pre.M.\!t]h.  —  Lorednno,  I.  II.   p.   3iu.  —  De  iMas-Liilrie,  Hisi.  de 

I.  XI,  p.  G7/1;  Irnd.  IVanç.  t.   II.   p.   27,3,  Clti/pre.  t.  III,  p.  3/iG. 

■37/1.  '  llist.  de  Chijpre ,  fol.   ■!()  //.  —  Clioio- 

-  Voir  Les  Comtes  de  Japlie.  —  De  Mas-  gniffi"  •  c(c. Tableaux  généalogiques,  à  la  lin; 

Latrie,  Hisl.  de  Chypre,  t.  III,  p.  3  1  0,  3i  1.  ^  Et.  de  Lusignan  ,  Gcnéatogie  des  comtes 

note  1 .  de  Curpatie ,  loi.  Go  I). — De  Mas-Iyatiie .  Hist. 

'  Loredano,  I.  XI,  p.  707;  liad.  franc.  deClnjpre,  l.  III,  p.  366-36f), 


.2rr2  l-KS   l'A  MILLES  D  OLTRE-MER. 

I.oiiys  l'(M'('z  cslaiit  drcrdi''  sans  |ios|('m  ih'. 

Nicolas  .Iistimw  ',  lils  du  |)rciiii('r  ((iii  lui  eslabh  lieiileiiaiil  pour  la 
rénublmiic  de  NCiiise  au  royauuu'  de  C)pre,  dcvinl  comte  de  Cai- 
nasso.  au  dioil  de  sa  l'euime,  Charlotte,  fille  aisnée  de  Jeau  Pei'ez,  et 
MiMU-  de  L()u\s.  Il  laissa  d'elle  un  Ids  .■!  nne  lille ,  allii'c  en  la  maison 
de  Gradoiucd. 

LKo^  .hsTiMAN,  lils  de  Nicolas  el  de  Charlotte,  sa  ienime,  succéda 
au  comté  de  Carpasso.  Il  eut  procès  devant  le  sénat  de  Venise  pour  la 
préséance  avec  le  comte  de  Japhe,  (pu  l'ut  adjugée  à  celuy  des  deux 
launlles  (pii  seroit  le  |)lus  ancien.  Il  vivoit  en  Tan  i566,  et  laissa, 
enlie  autres  enfans,  Nicolas,  qui  ln\  succéda,  et  Ursat,  cjui  lut  pris 
des  Turcs  à  Nicossie,  l'an  1^70,  et  (pu  lut  depuis  mis  en  liberté. 

Nicolas  .h:sTiNr\N,  lils  de  Léon,  l'ut  comte  de  (iai'()asso  après  son 
père.  Il  espousa  la  lille  de  Nicoiao  Benetti,  dont  il  eut  des  enl'ans.  11 
vivoit  [à  Venise],  l'an  1^79-  [avec  sa  femme  et  ses  deux  enfants]. 

'   Et.  de  Lusigiiaii.  Généalogie  des  comlen  '  Et.  de  Lusignan.  (iénéologic  iks  aiinles 

h  Cnrp/itie,  fol.  (mi  /'.  —  Lnredano .  i.  \1.         ''''  C.nrpdiie .  fol.  fii  v". 
[).  (lyi:  trad.  IVaiir.  I.  II,  p.  -l'/k. 


LES  SEIGNEURS  DE  CAVl'llAS. 


263 


LES   SElGNELliS   DE    CAYPHAS. 


Cayphas  [CaïlTa]  est  uii»^  ville  de  la  Priéaicie  niaiiliiiic  ',  au  pied  du 
mont  Garmel,  du  costé  du  septentrion,  qui  fut  premièi'enient  nonnuée 
Porpliyria  et  Ella.  Elle  prit  ensuite  le  nom  de  Cayplias,  de  celii\  du 
prince  des  prêtres  dont  il  (>sl  parlé  dans  rÉvangile,  si  nous  en  cioioiis 
Albert  d'Aix^,  et  vint  en  la  puissance  des  François,  (pii  l'inent  secondez 
en  cette  occasion  par  les  Vénitiens,  l'an  iioo.  Le  duc  Godel'rox  de 
Bouillon  l'avoit  promise,  estant  au  lil  malade,  au  cas  qu'on  la  pi-isl.  à 

Geldemar  Garpeîsel  ou  Gharpenel,  1  un  des  plus  vaillants  clievaliers 
de  l'armée  ^  et  qui  estoil  des  troupes  et  de  la  suite  du  comte  de  Sanil- 
Gilles.  Mais,  après  la  prise  de  celte  place,  Tancrède,  *\m  avoit  en  avis 
de  la  mort  du  duc,  s'y  jeta  et  en  chassa  Geldemai',  (|ui  se  letii'a  au 
chasteau  de  Saint-Abraham,  qui  avoit  esté  pris  peu  auparavant  pai'  les 
chrestiens.  De  sorte  que 

Tancrède  lut  (juelque  temps  en  possession  de  Ga}])has\  Guillaume 
de  Tyr''  escrit  qu'elle  luy  lut  accordée  par  le  duc.  contre  la  \érile  ih' 
l'histoire.  Car  Albert  d'Vix*^  nous  ajiprend  (pie  Baudouin,  I"  du  noni. 
a\ant  succédé  à  son  Irèi'e  au   rovaume  de  lliéiusalem,  Geldemar   lil 


'  Willehims  Tyr.  1.  \I11,  c.  ii.  -  Saniit. 
I.  lit,  part.  (),  c.  m;  ])art.  li.  c.  ii.  —  Ja- 
eobus  de  Vitriaco.  I.  1,  c.  lu.  —  Willeljr. 
al)  Oldenbojg.  Iliiierarimn,  p  ihli.  — Bur- 
chard.  Descriptio  Icrrip  saiicla',  c.  ii,  .^  -î.  — 
SpI).  Paoli,  CoJ.  diplnmat.  1. 1,  p.  438,  iSg. 

'  Albertus  AqiK'iisis.  1.  V,  C  XLi;i.VIl. 
c.  \x  et  seq.  xxii ,  xxvi. 


■  Tiidf'liod.  I.  V.  {I.  (Skj.  -  liayiiioiiil 
d'Agiles.  [).  17Ô.  -  Willelmus  T\è-.  I.  \  III. 
c.  i\.  —  Albertus  Aquensis.  I.  Ml.  r,  wvi. 
—  Historin  llifrosoli/ii/iliiiiii .  seounda  pars, 
p.  598. 

"  Fulelier.  Carnol.  1.  U.c.  11. 
\\  iilelniiis  Tyr.  I.  I\  ,  c.  \iii. 
Mberliis  Aqneiisis.  I.  VII.  ( .  i.\i\. 


-2C!i  LES  FAMIIJ,i:s  DOllTRK-MER. 

cil  (M-  TniicnVle  en  l'asscinlrlée  j[('nc'i'ak'  (|U('  ce  roy  tint  an  palais  fie 
Saloiaon,  en  la  ville  de  Iliérnsalem,  et  hiy  deinanila  la  festitution  de 
celte  jdac(î.  Tancrède  en  lit  d'abord  refns,  ce  qui  excita  une  grande 
ijuerelle  entre  le  roy  et  luy;  mais  à  la  fin,  sur  ce  que  Tancrède  tut 
mandé  par  ceux  dAntioche  pour  jjicndi'e  le  gouvernement  de  la  place, 
durant  la  captivité  du  prince  Boémond,  dont  il  estoit  Tliéritier  appa- 
rent, il  consentit  à  la  restitution  de  Cayphas  et  de  Tabarie,  qui  luy 
esloient  disputés,  à  condition  que,  s'U  retournoit  dans  quinze  mois, 
elles  luy  seroient  remises  de  bonne  foy.  Ensuite  de  quoy  le  roy  rendit 
(layphas  à  Geldemar,  après  avoir  tii'é  de  luy  la  promesse  d'accomplir 
cette  condition  ^  Mais  il  ne  survécut  pas  longtemps,  ayant  esté  tué  in- 
continent api'ès  en  une  rencontre  contre  les  Sarrazins  de  Babylone. 

RoRGius  ou  UoHART  obtiul  Cette  place  en  fief  du  roy  Baudouin  !"% 
après  la  niurt  de  Geldemar.  Il  décéda  en  l'an  1 107,  et  fut  inhumé  au 
ceuietière  du  [)ortiche  (.s/c)  de  l'église  du  Saint-Sépulcre  de  Hiérusa- 
lem^  Il  [parait  qu'il]  tut  aussy  seigneur  de  Saint-Abraham*  [après  la 
mort  de  Hugues;  mais  après  luy  Gautier  Mahomet  fut  investi  de  ce 
tief  par  Baudouin  1"]. 

Païen,  son  fils^  luy  succéda  en  la  seigneuiie  de  Cayphas.  Mais,  Tan- 
crède estant  retourné  d'Antioche  ",  cette  place  avec  Tabarie  et  Nazaret 
luy  furent  restituées  par  le  roy  Baudouin,  auquel  il  •■n  lit  hommage. 

[D'après  le  récit  d'AlItert  d'Ai\^  ce  fut  en  1  109.  pendant  le  siège  de  Tri- 
poli j)ar  Bertrand,  fds  de  Raimond  de  Sainl-fiilles.  (|uc  Tancrède,  s'étant  ré- 


\LV. 


AUjertiisAqucnsis.  tVIl.c.  \liii  ,  xliv,  ou  de  ciinoiière.  (Voir  (, argentier,   Glossm: 

nov.   t.   l,    voce  Airivm.  n°    i,    col.    36 1; 

Aibertiis  Aquensis.  i.  IX,  c.   \,  xlviii;  ot  l.  III,  voce  Slillicidium ,  n°  5.  col.  87:^. 

I.  \,c.  XVI.  «74.) 

'  Le  texte  porte  :  Stillicidio  potilciis  eccle-  '   Ailiertus  Aquejisis .  1.  X .  c.  \xxii. —  Voir 

■siœ .  elc.  Le  Slillicidium  ou  impliiriiim  était  un  Les  Sciiinciirs  de  Saint- Abraham. 
espace  en  avant  de  lYglise,  et  couvert,  pour  '  Albertus  Aqnensis,  1.  XI,  c.  x. 

mettre  à  l'abri  de  la  pluie.  Ce  porclie  ex-  '  Albertus  Aquensis.  I.  XI,  c.  xii. 

lérieiu-  servait   ordinairement  de  charnier  '  Albertus  .\quensis.  I.  XI ,  c.  ix-xii. 


LES  SEIGNEURS  DE  CAYPIIAS.  265 

concilié  avec  ce  seigneur,  reçut  du  roi  Cayplias  le  Temple  du  Seijjneur,  Ta- 
harie  et  Nazareth,  avec  tous  les  revenus  de  ces  places.  Que  devint  alors  Payen? 
11  est  probable  qu'il  conserva  au  moins  le  titre  de  seigneur  de  (Jayplias.  et 
même  la  possession  du  territoire,  sous  la  suzeraineté  de  Tancrède ,  puisqu'on 
le  voit,  en  i  i  lo,  donner  à  l'Hôpital  de  Jérusalem'  un  villain  avec  des  mai- 
sons et  des  terres,  situées  à  Caypbas  et  à  Gapbarnaûm  -.  Comme  nous  ne  con- 
naissons pas  d'autre  acte  de  Payen ,  nous  ne  savons  si ,  après  la  mort  de  Tan- 
crède (  1  1  1  q),  le  roi  Baudouin  I"  lui  rendit  la  seigneurie  de  Cayphas.] 

Albert  d'Aix  ^  écrit  ([uc,  après  la  mort  de  ce  roy,  Baudouin  II,  son 
successeur,  retira  et  réunit  au  domaine  du  royaume  plusieurs  places, 
entre  lesquelles  fut  celle  de  Cayphas,  laissant  néantmoins  les  revenus 
de  quelques-unes  aux  principaux  de  sa  cour.  11  est  probable  que  Cay- 
phas en  fut  une,  puisqu'il  se  trouve  qu'elle  a  eu,  depuis  ce  temps-là. 
des  seiorneurs  particuliers.  Car,  en  Tan  i  190,  un  autre 

Païen  ''  en  estoit  seigneur. 

[Nous  n'oserions  affirmer  (jue,  depuis  le  |)remiiM-  Payen,  il  y  ail  eu  conti- 
nuité dans  la  suite  des  seigneurs  de  Cayphas.  Nous  voyons  en  1  1  qo,  1 1  20 . 
11-38,  des  diplômes  du  roi  Baudouin  II  en  faveur  du  Saint-Sépulcre^,  signés 
par  Payen,  chancelier  du  roi.  Ce  Payen  était-il  l'ancien  seigneur  de  Cayphas. 
à  qui  le  roi  aurait  accordé,  en  dédommagement  de  son  fief,  une  charge  à  la 
cour?  Quant  au  second  Payen,  il  ne  succéda  pas  immédiatement  au  premier, 
car  il  était  fds  de  Vivien,  comme  nous  le  démontrerons  un  peu  |ilus  bas.] 

Il  fut  un  de  ceux  qui  déposèrent  en  faveur  de  Conrad,  marquis  de 
Montferrat^  pour  la  dissolution  du  mariage  d'Isabelle,  qui  fut  depuis 
femme  de  ce  marquis,  avec  Humfroy  de  Toron.  Le  grand  intervalle 

'   Cod.  (liplomat.  t.  I.  n°  2  ,  p.  -2.  Beugnot,  t.  1,  p.  4-i5.  —  Lignages  d'outre- 

-  Ce  Capliarnaûm  semble  devoir  être  situé  mer,  c.  xxv,  xxxvn. 
près  de  Cayphas  (Guill.  Tyr.  1.  X,  e.  xxvi)  '  Cartid.  S.  Sepidc.  n"  3o,  M,  45  .  p.  56. 

et  paraît  pouvoir  être  identifie  avec  le  lieu  82  ,  84. 

nommé  de  nos  jours  Tell  el-h'eiiiseh.  (Seb.  "   Hist.  Hicrosol  p.  1  171.  —  Radulpluis 

Paoli,  Cod.  diphmmt.  t.  I,  p.  454.)  .  de  Dicelo.  ann.  1 1  90 .  p.  657.--  N.  Trivett. 

Aibcrtus  Aquensis.  i.  XII,  c.  xxx.  ann.  1191. 
'  Assises  de  Jérus.  I.  II,  c.  XLVin;  édil.  ' 

3^ 


•2M,  LES  FAMILLES  DOLITUE-MEI!. 

(le  temps  ([u'il  y  a  entre  ces  deux  Payeii  peut  persuader  fpie  ie  dernier 
pouvoit  estre  lils  de  l'autre,  ou  fils  de  \  iviau  de  Cayplias,  qui  sousci'il 
lui  litre  du  roi  Baudouin  111,  de  Tan  i  iSo  ',  en  qualité  de  vassal,  et 
iiM'c  les  autres  vassaux  de  ce  roy.  Ce  (pii  me  fait  croire  que  Cayjthas 
ayant  esté  annexé  au  domaine  particulier  des  l'oys,  Vivian  (n'est  que 
ce  soit  le  mesm(^  que  Payen)  en  fut  seigneur. 

I  II  l'sl  bien  icioiuiii  (juc  Vivien  n'est  pas  le  même  (pie  le  second  Payen. 
Vivien  esl  le  père  de  Payen  11,  et  pent-iUrc  le  lils  de  Paven  1".  On  li^  voit 
souscrire  dill'érenls  tilres,  connne  seigneur  de  Cayplias,  d(;s  l'année  ii38^ 
où  il  est  témoin  d'un  acte  du  roi  Fouhpies  en  faveur  du  Saint-Sépulcr(\  Kn 
1  I  .ôiS  ^.  il  souscrit  des  actes  d'Aniauri,  comte  de  Japiin,  du  roi  Baudonui  111. 
(I(^  Hiijjues  (l'ihelin.  connne  lionune,  baron  ou  vassal  du  loi.  En  iiU'i  '.  li 
lionne  une  (erre  au  Sainl-Sé|)ulcre;  et,  de  m('nie,  en  i  iCô"';  ce  dernier  acte 
esl  improuv(''  et  confirmé,  au  niomenl  même,  par  son  lils  Payen,  sa  femme 
Béatrix,  et  sa  bru  Hodierne,  dont  le  nom  était  resté  inconnu  à  l'auteur  du 
LiiTiiaiTC  d'oulre-mer.  Parmi  les  l('moins  de  cet  acte  on  voit  un  autrt^  Vivien, 
vicomte  de  (laypbas. 

(le  même  Vivien,  vicomte,  souscrit  aussi  un  acte,  postérieur  à  i  i65".  de 
Roger  de  Cayplias,  leipiel  était  un  des  hommes  du  seigneur  Vivien,  et  avait 
signé,  comme  témoin,  ainsi  ipie  son  frère  Jean,  l'acte  de  1 165. 

Pioger  et  .Ican  ('talent  peut-être  des  parents  de  Vivien  et  de  Payen,  son  fils: 
c'étaient  du  moins,  à  ce  ([u'il  paraît,  des  personnages  considérables.  Par  l'acte 
dont  nous  venons  de  parler,  Roger  et  Jean  accordent  au  Saint-Sépulcre  six 
charmées  de  terre,  libres  et  franches  de  tout  impiM.  L'acte  est  signé  par  l'ar- 
chevêque de  (lésarée,  le  maréchal  du  roi,  le  chapelain  de  Cayphas,  Guillaume 
de  Monigisart,  Henri  de  Giblet,  etc.  et  un  nommé  Humbert,  (pialifié  miles  P<i- 
)(ani,  c'est-à-dire  «homme  ou  vassal  de  Payen, d  qui  était  alors  seigneur  de 
C.ajphas.  Plus  tard,  en  i  201  ^,  la  fille  de  Roger  de  Cayphas,  nommée  Chris- 

'   CarluL  S.  Scjiulc.  aux  Preuves  dcŒist.  '   Carliil.  S.  Sepiilc.  n°  \hk.  p.  226. 

(/f  i5e;/)HH(',  p.3.">8. — Beugnot.  l.ll,  j)..520.  '  Qniiil.   S.   Sepidc.   11°    127,   p.  a3i  . 

—  De  Itozière,  ]).  112,  11°  56.  23-3. 

^  Ca7-tul.  S.  Scpiilc.  n°  33,  p.  63.  '  Carlul.  S.  Sepulc.  n°  126,  p.  229. 

-  '  (^'flrtu/.S.5e/jM/c.  n°'56.  59.  62.p.  1  la.  '  Co(/.  r;/())/o»!(((.  t.  I.  11°  86,  p.  91. 
119,  127. 


LES  SElGiNEURS  DE  GAVPHAS.  267 

tiane,  faisait  à  l'Hôpital  do  Jérusalem  uik'  concession,  conlirniée  par  son  sei- 
gneur Roard. 

On  voit  un  André  de  Cayphas  signer  un  acte  de  Baudouin  dr  Saint-fiiUes  ' 
en  laveur  du  Saint-Sépulcre  (18  décembre  1175).  C'était  un  clievalier,  si.il 
allié  à  la  maison  de  Cayphas,  soit  attaché  à  son  service. 

Enfin  on  lit  les  noms  de  plusieurs  autres  chevaliers  de  la  seigneurie  de  Cay- 
phas, Miles.  Eustache,  Jean.  Etienne,  Thomas,  etc.  parmi  les  signataires  de 
l'acte  de  Christiane  (mai  1^01)  -.] 

Hovedeu^  écrit  que  Cayplias  lui  pris  par  Saladiii  avec  plusieur.s 
autres  places  après  la  prise  du  roy  Guy,  i'aii  1187.  Tant  y  a  ((ue 
Payen  eut  deux  fils,  Rohart,  seigneur  de  Cayphas,  et  Uenaut,  (jui  eut 
la  postérité  (|ui  sera  déduite  cy-après.  11  est  probable  aussy  (pi  Isa- 
belle.  qualifiée  fiHe  du  seigneur  de  Cayphas,  ([ui  espousa  Uaoïd,  sei- 
gneur de  la  Blanchegarde,  estoit  filie  de  Payen. 

Rohart,  II"^  du  nom,  seigneur  de  Cayphas,  espousa  Eglaiiliiie ',  fille 
de  Rayniouil,  seigneur  de  Nelin,  dont  il  eut  trois  filles:  Helvis,  dame 
de  Cayphas;  Alix,  femme  de  Jean  d'Ibelin,  seigneur  d'Arsur;  et  Agnès. 
mariée  à  Bouveret  Grimaldi  ou  de  Griuuiut,  noble  génois.  Il  n'est  j)as 
bien  constant  si  c'est  ce  seigneur  de  Cayphas  ^  ([ui  perdit  la  vie  en  une 
bataille  contre  les  infidèles,  l'an  12^/1,  ou  (piebprun  de  ses  succes- 
seurs, l'histoire  ne  maiMpiant  pas  jirécisément  le  temps  auipiel  ds  vi- 
voient,  et,  par  la  racsme  raison,  il  est  incertain  si  ce  l'ut  de  son  temps 
que  Conradin,  sultan  de  Damas'',  détruisit  cette  place ^  laquelle  le  roy 
saint  Louys^  estant  eu  la  terre  sainte,  répara  et  fortifia  de  nou\eaii , 

'    Cniitil.  S.  Seinilc.  n"  lii,  p.  a58.  "  Saïuitiis.  i.  111,  part,   i  1 .  c.  \. 

'   CdiI.  diplomai.  t.  I ,  n°  86  ,  p.  9-2.  '   Cayphas  n'est  pas  noniun'  dans  ce  clia- 

'  Roger  de  tloveden.  p.  60G,  G/i3.  —  [)iti-e  de  Marin  Saniido.  PeiU-êlie  Du  Caiige 

liadulpluis  Coggeslial.  Chron.  terne  sancUe .  aura-t-il  ciiiilonilu  avi'c  t'M-sIniin  Cœsareœ  . 

apud  Mart.  Ampliss.  Collecl.  t.  V,  col.  56o  d.  mentionné  à  la  lin  du  cliapitir  eoninie  ayant 

'  Lignngen  d'oulre-mer.  c.  xxv,  p.  607,  été  déti'iiit  par  (Jonradin. 

/,/i8.  —  Assises  de  Jériis.  ras.  c.  ccvi;  édit.  "   Willeini.Nangius,  Siiiic!.  Liidoe.[).di)(j. 

Beugnot.  t.  1.  c.  tcin.  p.  325,  326.  {Historiens    de    France,    t.    \\  .    ji.    38/i . 

'  Math.  Paris,  ann.  laii.  p.  iig.  385.) 


268  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

vors  rail  i!'.r)ti;  t'iifiii  si  ce  fut  sur  Iiiy  <|in'  Bendocbar  la  prit  en  l'an 

1  ■'A'iîy  ',  cl  (|n  il  la  iiiiiia. 

[Nous  |ioiivoiis,  |i:ir  les  dales  (li>  cprlaiiis  actes,  (l/'lomiiiicr  à  jicu  |)rùs  la 
piiiodi'  (II'  t(iii|is  pciidaiil  hujuelie  Roliarl  II  l'ut  sciifnciir  de  Cayphas. 

En  1  1  ()cS  ,  août  ol  octobre,  il  souscrit  deux  actes  du  roi  Aimeri  ^  ;  en  i  ao  i , 
mai^  il  couliruie  le  don  d'un  casai  fait  à  l'Hôpital  de  Jérusalem  par  Chris- 
liane  de  (layplias;  on  le  voit,  en  1210,  assister  au  couronnement  de  Jean  de 
Brienne^;  au  1"  juillel  1  -i  1  1  .  il  souscrit  un  acte  de  ce  roi^;  en  I9i3,  18  oc- 
tobre, il  si|;iie  im  acte  d'Adéuiar  di>  désarée'';  en  1217,  janvier,  un  acte  du 
roi  Jean  de  Brienne ''.  Ayant  été  dessaisi  de  son  fief'  par  Balian,  sire  de 
Saj<>tte,  Laile  de  l'empereur  Frédéric  II,  roi  de  Jérusalem,  il  en  fut  investi 
de  nouveau  au  temps  où  Fri'déric  fut  lui-même  baile  du  royaume  pour  son 
iils  Conrad.  F>n  laSa,  lors  des  débats  pour  la  bailie  du  idyaunie  de  Chypre 
entre  Fréih'-ric  et  les  Ibelin,  il  fut  d'avis  de  se  joindre  au  roi  d(>  Chypre  et  à 
Jean  d'Ibelin'',  contre  Richard  Filangieri.  Au  3  mai  de  cette  année'",  il.se 
trouvait  dans  Acre  lors  de  la  bataille  de  Gasal-Imbert.  Eniin  il  ligure  parmi 
les  signataires  d'un  accord  conclu  avec  les  Génois''  (i-joo,  ai  octobre).  A 
partir  de  celle  époque,  nous  le  perdons  de  vue,  et  rien  ne  .s'oppose  à  ce  (pie 
le  seigneur  de  Cayphas.  (pii  |)i''rit  en  laAi,  ne  soit  en  elïet  Robart  II. 

En  laSo,  f-t  mai'-,  on  voit  un  Garsias  Alvarez,  sire  de  Cayphas,  mari 
(I'Helvis,  dame  de  Cayphas,  donner,  du  con.sentement  de  sa  femme,  une  terre 
à  l'abbé  et  à  l'église  du  Montliabor.  Ce  personnage,  qui  n'est  pas  nommé  par 
le  Lignage  d'outre-mer,  était  peut-être  un  second  mari  d'IIelvis,  qui  piil  le 
titre  de  seigneur  de  Cayphas  lant  (pie  V(''cut  sa  femme,  et  (pii  n'aura  pas  laiss(' 
(le  posiérih''.] 

'    Rainald.  nnn.  i  iCS,  11°  'i3.  '   Assises  de  Jrriis.  Itaule cour.  l.\,v.(.r,u\. 

'  Cnd.  illjilowat.  t.  I,  11°  189,  |).  -l'ib. —  p.  3^5. 
De  Mas-Latrie,  llist.  de  Chi/iirc .  l.  II,  p. -25.  '  Continuât,  de  (juill.  deTyr.  I.  XXXIIi. 

'   Cod.  dlplomal.  t.  I.  n°   8G.  p.  ()i  .  (j-3,  c.  xxvni.  p.  3gi. 
5i/,.                                               "  '»  Conlinual.de  Guill.de  Tyr.l.  XXXIII. 

'  Continuât,  de  Cuill.  de  Tyr.  I.  XXXI.  c.  xxxi,  p.  898. 
c.  I,  p.  3 1-2.  "   De  Mas-Latrie,  llist.  de  Chjpre .  I.  Il, 

^  Cari.  S.  Seimic.  n"  l'if),  p.  atig.  p.  58,  note  1. 

"   Cod.  diiihimitl.  t.  I,  n"  11,  p. -igo.  "   Cad.  diploiiiiil.  t.  I ,  n°  1 -23  .  p.l'io.  (^1 

'   Cod.  dipiowdt.  t    I ,  n°  2  1-2,  p.  -253.  Scenu.v,  n°  58.  pi.  VI. 


LES  SEIGNEURS  DE  GAYl'HAS.  269 

Helvis,  dame  de  Cayplias,  l'ut  conjointe  |)ai'  inaiiajic  avec  Jofi'iio^ 
Poulain,  duquel  elle  eut  Gilles  et  Hoberl. 

GiLLKS  [d'EstbainJ,  I'''  (lii  uoin ,  seijjuciir  de  Gayplias',  s'allia  avec 
Marguerite,  fdle  de  Jean  de  Brie  et  d'Alix  de  Cjhappes,  et  laissa  d'elle 
Joffroy,  seigneur  de  Cayphas;  Roliart  et  Helvis,  leninie  de  Hugues  Ka- 
douf.  Roliart,  second  fds  de  Gilles,  fui  marié  deux  lois,  et  première- 
ment avec  Alix,  fille  de  Pierre  de  Gloire,  noble  Pisan;  ])uis  avec  Béa- 
trix,  fille  de  Guillaume  de  Piquigny  et  de  Marie  des  Baux.  De  la 
première  alliance,  vinrent  Gilles,  Pliilippes  et  Marguerite  de  Cayphas, 
femme  de  Réniond  de  Montolil'. 

[Gilles  d'Estraiii  avait  signé  un  acte  d(^  Philippe  de  Montierf-,  seigneur  de 
Tyr,  avec  la  qualité  de  fds  du  seigneur  de  Cayplias.  L'acte  est  de  juillet  i  -îlif): 
mais  il  y  a  ici  erreur  dans  la  date,  puisque  Philippe  de  Montfort  était  mort 
en  I  260^.  Peut-être  faut-il  lire  1209.  De  là,  ou  peut  inférer  qu'à  cette  époque 
Garsias  Alvarez,  beau-père  de  Gilles,  vivait  encore,  ainsi  qu'Helvis,  et  que 
l'héritier  du  premier  mari  d'Ilelvis  se  contentait  d'un  titre  (pu  rappelait  son 
origine  et  son  droit.  C'est  peut-être  ce  même  Gilli^s  ipii  avait  souscrit  un  acte 
de  Jean  d'Ibelin,  seigneur  d'Arsur*  (12.^7,  10  août),  avec  la  (pialité  de  che- 
valier de  Cayphas. 

Ainsi  Geoft'roi  Poulain,  premier  mari  d'Ilelvis,  aurait  été  seigneur  de  Cay- 
phas de  12/iA  à  i25o  tout  au  plus;  Garsias  Alvarez,  de  1260  au  moins  à 
1269;  et  Gilles  d'Estrain.  depuis  1260,  au  plus  tôt.  Mais  voici  une  autre 
dilliculté  :  cet  acte  de  Jean  (rib(din,  de  12 ."j'y,  souscrit  j)ar  Gilles,  chevaliei- 
de  Cayphas  ^,  est  fait  du  consentement  et  en  présence  de  Jeaiv  he  Valenciemves, 
seigneur  de  Cayphas;  et  deux  lettres  d'Urbain  IV,  du  29  mars  1268  et  du 
26  janvier  i9(34*',  chargent  Gilles,  arcbevè(|ue  de  Tyr,  et  Jean  de  Valea- 
ciennes,  seigneur  de  Cayphas,  de  recevoir  les  produits  de  toutes  les  quêtes 
faites  pour  la  terre  sainte.  Jean  de  Valenciennes  était-il  un  troisième  mari 
d'Helvis,  et  Gilles  d'Estrain  n'a-t-il  été  seigneur  en  son  nom  (pi'après  126/1? 

'  Ligii.  d'witrc-mcr,  c.  xw,  |).  4o8,  4/18.  *   <m/.  iliplumal.  [t.  Ljy,  161.  5-28,  h-2{). 

-  Cod.  diplomal.  l.  I,  n"  -ifli,  p.  267.  "   Marlène,  Anecdol.  t.  II.  col.  iy.  — ■  De 

'  Voir  Les  St'igiiems  de  Tijr.  Mas-Lalrie,  Hist.  de  Cliijpre,  L  II,  p.  70. 

'  Cod.  diplomat.  t.  1,  n°  182,  p.  ilii.  71.  — Trésor  des  chartes,  J.  /445.  n°  3. 


•lli)  LES  FAMILLES  D'OUTHE-MER. 

Du  icslf,  ce  Jean  de  Valciicirinii's  pi'ul  trrs-liicii  l'irc  celui  diiiil  parle  Joinville 
(voir  j)lus  bas),  mais  imii  pas  l<'  luèiiic  i|ni'  ccliii  (jui  est  nifiilioiiné  en  i3io 
couiine  scifjneur  de  (iavplias;  car  alors  il  laudrail  sii|)primer  les  Irois  g('néra- 
lioiis  (le  scijjiuMU's,  (lllles  I",  GeoH'roi ,  Gilles  II,  ijui  remplissent  l'intervalle  (le 
1  ami(''(^   1  •)()  A  à   I  '^  1  o.l 

.i()rKiU)\  nu  (lEoi-i-iiov,  seigneur  de  Cayplias',  Mis  aisné  fie  Gilles. 
es|)()usa  Bediiine,  tille  de  Jean  Beduin,  de  laquelle  il  eut  Gilles,  sei- 
gneur de  Gayphas.  et  Mai'guerite,  femme  do  Tlmmas  de  Gihlet. 

Gilles.  W^  du  nom,  seigneur  deGaypIias,  eut  pour  lemme  Philippes, 
lille  de  .lean  d  \ntioche,  maresclial  du  royaume  de  Cypre.  Après  luy 
paroisl 

Jean  »e  V\lenciennes,  seigneur  de  Cayplias,  sous  le  pape  Clément  V^, 
cest-à-dire  vers  l'an  i3io.  Oi'deric  '  semide  faire  cette  famille  Nor- 
mande. 

[On  voit  un  Jean  de  Yalentina,  de  Vidanàim'^  si  toutefois  c'est  le  même 
personnage,  souscrire  plusieurs  actes  de  rois  et  de  seigneurs,  en  faveur  du 
Saint-Sépulcre  ou  de  f  Hôpital  de  Jérusalem,  de  i  i  A.'i  à  i  17  i .  ] 

Le  sire  de  JoinvHle^  fait  mention  d  un  Jean  de  Valenciemies,  che- 
valier, (|ui  se  tiouva  avec  le  roy  saint  Lou^s  en  son  pi'emier  voyage 
ddulre-mer,  ([ui  peut  estre  le  raesme  que  celuy  (pii  lut  seigneur  de 
Cayj)has  ^  [Nous  venons  de  montrer  que  cette  identité  est  très-peu  pro- 
bable.] En  un  registre  de  la  Chambre  des  com])tes  de  Paris,  je  trouve 
Estiennot  de  Valenciennes,  escuier,  fils  de  feu  Jaipies  de  Valenciennes, 
pannetier  du  roy  ''. 

'   Lignages  d'oiUrc-mei-,  c.  \\\.  '  Joiiiville.  p  108.  a3i  ;  édil.  t)u  Gange. 

'  Trésor  des  chartes  du  roy.  p.  96  et  Observât,  p.  277.  c.  (  Hisloviens  ilr 

'  Ordorie.  Vital.  1.  VI,  p.  6o(');  édit.  Le  France,  t.  XX.) 
Prévost,  t.  III,  e.  VIII,  p.  7^6.  '  Rainald.  ami.  126a.  n°  17.  —  Wad- 

"  Cart.  S.  Sepulc.  n"  48 .  Sa  .  1 1  2  ,  1 86.  ding.  Reg.  t.  I .  p.  lij. 
—  Coll.  illphmal.  t.  I.  Il"  171.  p.  21 4.  '    Le  Livre  rouge,  p.  36 1. 


LES  SEIGNEURS   DE  CAYPHAS.  -271 

L'iiistoii'c  fait  mention  de  Miles  de  (jayplias'  (|iii  vivoit  sons  le  un 
saint  Loiiys,  vers  lan  i'2'jo,  sans  que  jaye  |)u  décoiivrii'  ilc  ({iii  il 
estoit  issu.  [En  1277,  il  succéda  à  Guillauuii'  de  Rnussilioii -,  coinnic 
chef  (les  liduimes  d'armes  du  l'oi  de  Fi'aiice,  dans  la  vdic  d  \(i('.  Il  esl 
diflicdc  de  lin  Irouver  une  place  parmi  les  seigneurs  de  Cavplias.  a 
inciius  (juil  ne  soit  le  nuMue  que  (iilles  II.J 

Le  seigneui'  de  (layphas  a  voit  coin-,  coin  ou  moiMHi\e.  d  justice; 
c'est-à-dire  haute  coui':  et  il  y  avoil  à  (]a\plias  coui'  de  liourgcoisie  el 
justice^. 

'   VA.   Meiiard.   Observai,  sur  le  sire  de  '  Coiil.  ilr- (iuill.  de  Tm     \\\1\  .  \.\\iii. 

Joiiwille,  yt.  '^ih  ;  ét\ii.]'>n  Cauf^p ,  I Ih.'ifriiil .  Assises  de  .lériis.  «lit.  I,alil»f.  p.  ôô:»  : 

p.  3Sl.  l'dil.  lipug-nol.  t.  1.  [I.  /4>n. 


■)73 


1,1'S   l'AMILLES   DOliTRE-MER. 


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LES  SEIGNEURS  DE  CEREP.  273 


LES    SEIGNEURS   DE   CEKEP. 


Le  chasteau  cleCerep'  estoil  assis  dans  I  cstendue  de  la  priiicipaulV: 
d'Antioche.  Al-Gazi,  amiral  dos  Turcoinans,  y  vint  mettre  le  siège  en 
lan  1  1 15,  et  l'enleva  sur  les  nostres;  auquel  temps 

Alain  en  estoit  seigneur^,  qui  la  défendit  généreusement,  et  rendit 
toutes  les  preuves  imaginables  de  valeur  dans  le  cours  de  cette  guerre. 
Je  remarque  qu'il  y  a  eu  trois  ou  quatre  seigneurs  de  ce  nom  qui  vinienl 
en  la  terre  sainte  avec  nos  premiers  conquérans,  scavoir^  Alain,  sé- 
nesclial  de  l'archevesque  de  Dol,  en  Bretagne:  Alain  de  Guaer,  fils  (l(^ 
Raoul  de  Guaer,  qui  se  trouva  en  la  mesme  expédition,  et  Alain  Fer- 
gand,  duc  de  Bretagne.  Te  crois  qu'Alain  de  Guaer  est  celuy  qui  lui 
seigneur  de  Cerep,  Gautier''  le  représentant  comme  un  jeune  seigneui- 
plein  de  feu,  celuy-ci  devant  avoir  esté  paieillement  jeune,  puisqu  il 
accompagna  son  père  en  ce  voyage.  Les  écrivains  de  ce  temps-là^  l'ont 
assés  voir  (piil  estoit  Breton,  le  mettant  avec  les  seigneurs  de  cette 
nation  qui  vim'ent  en  la  terre  sainte  avec  leur  duc  Alain.  Il  estoit  de  la 
l'amille  de  Kaër,  en  Bretagne,  qui  fondit  en  celle  de  Malestroit,  qui  a 
possédé  ensuite  la  seigneurie  de  Kaër.  Augustin  du  Pas^  a  parlé  de 
cette  maison  entre  celles  de  Bretagne.  Foucher  de  Chartres''  tesmoigne 
que  Gère]»  esoit  encore  au  pouvoir  des  François  lan  i  irîB.  si  toute- 
fois Cerep  est  la  mesme  place  cpiil  nomme  ('.(ireph. 

t. 

'  Gautec.  De  Bello  Autioch.  apuil  l'on-  "  Page  4/i3. 

pars.  p.  hàh  ,  /io8.  "  Raidric.  i.  II,  p.  97,  apud  Roiigars.  — 

■  Gauter.  Do  Bello  Antioch.  a[iuil  lion-  Urderic.  Vital,  p.  729. 

gars,  448,  /i5i ,  iSg.  '  Du  Pas,  p.  199 ,  6-22 ,  628,  820. 

'  Raldr.l.II,p.97.— Oïder.Vilal.l.lX.  '  Fulch.  Carnot.  1.  III.  c.  xxxu. 
p.729;édit.LePiévost.  t.  III.  c. viii  .p.  007. 

35 


27/1  LES  FAMILLES  DOUTRE-MEH. 


lh:s  seigneurs  de  cesaree. 


Elstaciie.  siiiiiomiiK'  (h-ananua.  par  Albert  dAix^  Garnier,  par  lei< 
Lignages  d'outre-mer -.  Grener'i'i  Gramcrs ,  par  Guillaume  deTyr^, 
après  la  prise  de  Césarée,  dite  de  PaJcsiine,  en  Tan  iioi*.  en  fut 
estably  seigneur  par  les  cliiestiens,  (jui  luy  donnèrent  encore  la  prui- 
cipauté  de  Sidon  ^  on  de  Sajette,  en  suite  de  la  prise  de  cette  place, 
arrivée  an  mois  de  décembre  lan  i  i  i  i.  Il  lut  anssy  connestable  ''  du 
ro\anme  de  Hiérusaleni. 

[On  m-  le  voil  lias  cyiiciidant  avec  ce  tilie  ilaiis  les  (liplùiiics  (juil  a  (loiiiiés 
('11  sou  nom.  on  signés  seuleinenf  coiiinic  léiiiom  ".  iiio,  a8  septembre: 
1  1  I  () .  h  mai  ;  I  1  -M).! 

Le  ro\  Baiiiliiiiin  11  a\iinl  esté  lait  piisouiiier  |iar  les  Sarraziiis^  il 
lui  éleu  par  les  barons  pour  gouverner  le  royaume  en  (pialité  de 
liaile  ou  de  régent,  en  lan  i  i-jo.  Mais  il  jouit  [leii  de  temps  de  cette 
dignité'',  estant  décédé  le  i  5"^  jour  de  juin  de  la  mesme  année,  il  av(ul 
espousé  Enielote  ou  Hermeline '"[on  Emma],  nièce  d  AiikhiI.  jtatiiarclie 

'    Alliei-I.  A(]ii('iis.  I.  M,  c.  \;  I.  XII.  c.  VI.  '   FulcliiT.  Cnriiof.  i.  If.  c.  \i.ii. 

"   Lignages  d'outve-im'r.  pilitinii  Labbe.  "  Willelinus  Tyr.  i.  XII,  '■.  \\i. 

<•.  i\;  édition  Beujjiiot,  c.  \i\.  '   Codic.  diplomat.  t.  I.  ii"  -2  p.  -i  et  453: 

'   \\  illeliiiiis  T\i'.   I.   XI.   c    w  :   I.  XII.  Il    ;î(i,  |).  3a.  —  Ciirliil.  S.  Sepiilc.  ii"  /i.S. 


c.    Mil. 


5.^,  11  g,  p.  85.  y8,  (jg,  -i-.i-j. 


•   Fulchcr.  CiuiKil.  I.  Il,  c.  MU. —  Albert.  "  Fiilclipr.  Caniot.  I.  III.  c.  \vi.  —  Hisl. 

.Aquensis,  I.  V.  c.  \i.i;  I.  VII.  c.  i.v.  lvi. —  //î'eroso/.  p.  (i  17.  Hongnrs. —  WilIpiiiiiisTyr. 

(îiiibert.  iXovig.  I.  \II.  p.  ôIJo.  —  Inccrti.  i.  XII.  c.  wii. 

apiul  lîongars. —  Ecchar(\.  De  Sitmi  cxpedil.  '  Fulcher.  Carnot.  I.  III.  c.  wii.  —  Wii- 

hnisùhjm.  {Ampli'is.  cvllect.  I.  V.col.  5-i5e.)  iclmiis  Tyr.  1.  XII,  c.  \\i. 
—  ]'ersiis  de  r<, ,,.  jlliislrihiis  dioces.  Tarne-  '°   Willelnins  Tvr.   I.   \1.  r.   \\  :  I.  Xl\ 

iicnK.  etc.  {Amplis-s.  Cnllrci.  I.  V.  col.  5 '10  a.)  c.  \v. 


LES- SEKINEURS  DE  CÉSARÉE.  275 

(le  Hiériisalem,  laquelle,  après  la  mori  tle  son  inary,  se  remaria  avec 
Hugues  de  Puiset,  II"  du  nom.  comte  de  Japhe. 

[Elle  élail  déjà  remariée  mii  S  avril  i  i  a 'i .  ainsi  (|ue  l'atlesle  un  acte  de  ce 
jour'.  |)ar  le(jue]  Emma,  du  coiiseiilemeiil  de  ses  fds,  Eiistaclic  el  (iaului'. 
confirme  et  au;;menli'.  parla  main  de  son  mari.  Hufjues,  comte  de  Ja|dii'.  Ii- 
don  qu'elle  avait  fait,  avec  son  premier  mari,  d'une  terre  d'un  moulin  l'I  d  un 
cours  d'eau,  à  l'église  île  la  Sainle-(Juarantaine.| 

il  [Euslaclie  Graniei]  eut  d'elle  deux  tilz  et  une  fille-,  scavoir,  Gi- 
rard. ))riiice  do  Sajette  [nonuné  aussi  Eustaclie  dans  l'acte  précédent, 
et  par  Guillaume  de  Tyr'].  Gautier,  prince  de  Gésarée,  et  Aonès. 
femnie^de  Henry  de  Milly,  dit  /c /^»///c,  l'rère  du  pi'ince  de  Naples.  Je 
trouve  plusieurs  familles  de  ce  nom  de  Granier  ou  Grenier  en  France. 
Besiy\  en  son  Histoire  des  comtes  de  Poitou,  ra])]iorte  un  titre  ex- 
pédié du  temps  du  roy  Hobert.  en  l'Aquitaine,  de  Ganlernia,  roi>ii(i- 
inenU)  Granerius,  et  de  sa  lennne  Auiid .  sui  inunmée  Blanche.  Il  est  fait 
mention  île  lîertrand  Garners.  clievaliei'\  en  im  autie  d'un  abbé  de 
Tulles,  en  Limosin,  de  fan  f^- 19.  In  titre  de  Thierry",  évesque 
d'Annens,  de  l'an  1  1  67,  parle  (Wilehiius,  (■(fpmminc  Graimrim.  che- 
valier, qui  estoil  seigneur  du  lieu  nounné  Le  Grenier,  jjrès  de  la 
chaussée  de  Piipiigiiy.  H  estoit  lilz  de  Pierre  (îrenier,  qui  lit  ijuebjnes 
biens  à  l'abbaye  de  Saint- \(dunil,  au  diocèse  d'Amiens,  et  qui,  oulre 
cet  Aleaume,  eut  un  fils  nommé  Simon,  et  deux  filles,  Agnès  et  Emnie. 
comme  ou  recueille  d'un  autre  titre  de  fan  i  i85,  qui  l'ait  encore  men- 
tion de  Gautier  et  de  Guy,  b'ères  de  Pierre.  Il  est  malaisé  de  deviner 
si  Eustache  estoit  originaire  d'AqmIaine  ou  de  Picardie,  ou  mesme 
de  Flandres,  comme  veut  Meier '.  qui  luy  donne  le  surnom  de  lieccam, 
sans  que  j'en  sache  la  raison. 

[Il  l'appelle  Bi'camensis.  r'est-à-dire  natif  de  Brccaiii.  lieu  qui  devait  être  en 

'    (JirHil.  S.  Sipulc.  11°  1  Kj.  p.  -i-M.  ■2-2'à.  ■   lîesly.  p.  363. 

'  Lignages  (V  oulre- mer,  c.  vui.  i\;  P>eu-  '  insip\.PreuresdeFliist.ilrTi'rrmn'.[>.ho. 

o-not.  c.  wiii,  M\.  "  ('Mrhd.  (k  Saint-Achetil. 

'■  Willplinus  Tyr.  1.  XIV.  c.  xv.  '  Meier,  ami.  1099. 

.35 . 


,(' 


27f.  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

Fhuulro  011  (liHis  (|iicl(|iMin  dos  pays  voisins,  |)uisque  l'aulcur  remarque  (\iir 
Godefroi  de  Bouillon,  dans  la  distril)ution  des  places  ron(|uises  faite  aux  ba- 
rons croisés,  n'oublia  |)as  ses  conipatrioles.  Mais  nous  ne  trouvons  pas  de  villr 
ou  de  boure  du  nom  de  Beccam. 

Des  vers  latins  en  l'Iionnein-  des  personnages  originaires  du  diocèse  de 
Thérouanue  '  <pii  se  sont  illustrés  dans  la  première  croisade  nous  apprennent 
(pi'Eustache,  surnonuiK*  (lernirs,  qui  devint  prince  ou  seigneur  de  Césarée. 
était  Hnrhcl  Rrimcnsis.  Cet  adjectif,  qui  dans  l'imprimé  est  divisé  en  deux  mots, 
est  pinit-('tre  une  forme  altérée  pour  Hnrbelhmensis ,  ou  quelque  chose  d'ap- 
prochant, et  peut  signifier  natif  à' Harbel  ou  HerbeUes,  village  situé  près  d 
l'ancienne  Tliérouanne  (Pas-de-Calais,  arrondissement  de  Saint-Omer,  canton 
d'Aire-sur-la-Lys).  Y  a-t-il  quelque  rapport  entre  Harhcl  Ramensis  et  Becai- 
metisà?  Sont-ce  deux  altérations  différentes  d'un  même  nom?] 

Gautier-  succéda  à  son  père  Eustache  en  la  seigneurie  de  Césarée. 
et,  en  celte  (jualité,  il  se  trouva  avec  les  autres  barons  du  royaume  de 
Hiérusalem  à  une  assemblée  générale,  qui  fut  tenue  à  Acre,  l'an  i  i  67. 
en  présence  de  l'empereur  Conrad. 

[En  l'année  1  i3i  il  avait  pour  femme  Julienne;  par  un  acte  du  -21  sep- 
tendîre  de  cette  même  année-',  il  déclare  confirmer,  de  concert  avec  elle,  tout 
ce  qui  a  été  coiu-édé  par  son  père  et  d'autres  barons  à  l'Hôpital  de  Saint-Jean 
de  Jérusalem,  sur  le  territoire  de  Césarée  et  en  d'autres  lieux. 

En  1  i/iq,  il  consentit,  avec  sou  fils  Eustache*,  à  la  cession  d'un  casai  don! 
ils  étaient  les  seigneurs,  faite  aux  Hospitaliers  parla  reine  i\Iélissende.| 

Guillaume  de  Tyr^  luy  donne  l'éloge  d'avoir  esté  bien  l'ait  de  corps 
et  vaillant  de  sa  personne.  Il  eut  un  fds  nommé  Hugues  [peut-être  le 
même  (lue  celui  qui  est  nommé  Evslache  dans  le  diplôme  de  i  1^9]- 
surnommé  ordinairement  de  Cémrcc,  par  le  mesme  auteui  ^  «|uy   luy 


'  Martèiie,  Ampliss.  Coll.  t.  V,coi.  34oa.  '■  VVillelmus  Tyr.  1.  XIV.  c.  \vi.  —  Li- 

-  WillelniusTyr.  l.XIV.c.  xv.xvi;  L  VII.  jrnages  (VouUe-mer,  Lalibe,  c.  ix;  Beiignol . 

c.  1.  —  CarUil.  S.  Sejjulc.  n"  hh ,  p.  8-2.  —  c.  Mx. 

Cesta  Lmlov.  VU,  <■.  xviii.  °  Wiilelmus  Tyr.  I.  XIX,  c.  xvi.  xviii . 

^   Cod.  iliplowal.  t.  I,  11°  i3,  p.  i4.  \xiv,  xxvHi,  XXX.  —  Preuves  de  l'histoire  de 

"  Cod.  diplumal.  1. 1,  n°  aC.  p.  ag.  Bèlhune,  p.  358. 


LES  SEIGNEURS  DE  CÉSARÉE.  '        277 

donne  aussy  l'éloge  d'avoir  esté  un  personnage  d'une  piMidciice  el  (rniie 
circonspection  admirable,  lorsqu'd  raconte  comme,  en  I  an  11(17,  il 
fut  envoyé  en  ambassade  par  le  roy  Amaury  vers  le  calyplie  d'Egypte. 
Un  titre  du  Gartulaire  de  Manosque'  [probablement  l'acte  de  Gautier, 
seigneur  de  Tibériade,  en  faveur  des  Hospitaliers  (avii!  11  68),  H 
qu'il  a  signé  comme  témoin]  le  fait  encore  vivant  Tannée  suivante. 
[Dès  l'an  ii5/i  il  avait  succédé  à  sou  père,  pulsip'il  souscril ,  eu  qualité 
de  seigneur  de  Césarée,  un  acte  du  roi  Baudouin  111-,  du  3o  juillet  de  celte 
même  année.] 

il  espousa  Isabelle,  lille  île  Jean  de  Gomas  ou  de  Gothman  \  comme 
il  est  nommé  dans  un  titre  du  roy  Baudouin,  de  l'an  11  55,  l'un  des 
principaux  barons  de  Hiérnsalem  ,  (b^  laipieile  il  eut  Gautier  (d  Juliane. 

[Nous  trouvons  aux  anui'cs  1  17/1,  11  75,  un  Asi.ubi  di;  (Iésaiiiîi:.  ipti  sous- 
crit quelques  diplômes  des  rois  Aniauri  et  Baudouin  IV  '.  Le  dernier  de  ces 
actes  est  souscrit  aussi  par  s(ui  lils  Gehvais.  Deux  ibis  cet  Ainauri  signe  immé- 
diatement après  Rourd  de  Joppé,  comme  étant  un  personnage  du  même  rang. 
Fut-il  réellement  seigneur  de  Césarée?  A  quel  titre?  Il  n'est  poiul  mentionné 
dans  le  Lignage  d'outre-mer.  On  ne  voil  pas  ikui  plus  ce  que  devint  son  lils 
Gervais.  N'était-ce  ([u'un  chevalier  sans  lief  nltai-ln-  au  service  des  seigneurs  de 
Césarée,  ou  l'ut-d  un  frère  aîné  de  Gautier  II,  mort  avant  lui,  ou  bien  un 
oncle,  tuteur  de  ce  jeune  seigneur  durant  sa  minorité?  C'est  ce  que  f absence 
des  monuments  nous  empêche  de  décider.] 

Gaiitieiî,  Ib"  du  nom,  fut  seigneur  de  Gésarée.  II  se  trouva,  en  l'an 
1182'',  avec  les  autres  barons,  en  l'armée  qui  fut  levée  pour  s'o[)- 
poser  à  Saladin.  ([ui  estoit  entré  dans  les  Estats  dn  royaume  de  Hié- 
rusalem. 

[La  même  année °,  il  vendit   aux  Hospitaliers   le  casai  de  Galilée,  pour  le 

'    (Àirlul.dc Manoncjue.  —  Coilir.  (/Ijiltiinnl.  100,     iS,5.    \).     i()5.     i()().     197-     a7<>. 

l.  I,  n°  46,  p.  1*8.  -^78,  etc. 

■^  Cofl.  (liplmnal.  t.  1,  11°  3u  .  ]i.  'Xi.  "  Cod.  diploiutit.  1.  1.  ii"  !îoi,  -jo-i,  -jo^. 

'  Lignages  d'outre-mer,  c.  i\.  —  Prcii-^  \).  -ihh ,  245  ,  a/i(5. 
ces  de  l'histoire  de  Béllnine,  Reiinnot ,  I.  II.  *  Willelmus  Tyr.  I.  XXII.  <•.  xxvir. 

p.  5-Jo.  —  Carlulurium  S.   Sepulc.  n"  1)9  ''   Cod.  diplomat.  (.  I,  11°  7:?.  p.  72. 


278  I.RS  FAMll.LRS   DOlITliE-MER 

iirix  (le  f),ooo  lipsants.  avoc  la  permission  du  roi  Baudouin  l\.  du  conscnlc- 
iiienl  lie  sa  somit  .liilicnni'  l'I  de  son  licaii-lrèrc.  Gui  de  I5arulli.| 

L(,'  Lij'iiaj;c  (rdiili'c-iiKM' '  dit  (ju'il  l'iii  liiô.  sans  spocilier  en  f|ii('li(' 
occasion;  ce  (|iii  ne  peul  cslrc  airivo  (|u"a|i!ns  l'an  i  i<)H,  en  laquelle 
année  il  souscrit  un  lilre  d'Ayinery-,  roy  de  Hiérnsalein  el  de  <lv|)re. 
avec  les  antres  liaroiis  du  rovaniiie. 

[Du  (ianin'  a  ninl'ondii  ici  Gantier  II.  fils  t\r  Mumui's.  a\i'c  Gautier  III.  lils 
(le  Julienne  el  de  Gui  de  Barulli.  Gantier  II  était  mort  entre  les  années  i  iSd 
ei  I  iSn,  !ors(|ue  Giii  de  liUsijjiian  était  roi  de  Jérusalem,  ou  du  moins  en 
avait  enrore  le  litre.  Julienne  sa  sœur,  par  nn  acte  du  an  octobre  i  i  97^.  con- 
lirme  le  don  d'un  casai  iine  ce  seigneur,  an  uioiiienl  de  sa  mort,  m  e.rtri'min 
jionitu>i.  avait  l'ait  aux  Hospitaliers,  en  présence  de  (ini,  roi  de  Jérusalem,  et 
de  .Monaco,  à  celle  épocpie  arclie\è(]ue  de  Gé'sarée.  et  au  moineiii  de  cet  acte 
(  1  I  ()7  ),  palriarclie  de  J(''rusaleni  '.] 

L'IiistoM'e  rcinarrjue  ■  (|ue.  (i.antiei-  estant  seignenr  de  Césarée,  cette 
ville  lut  prise  après  la  défaite  dn  roy  Guy  par  Saladin,  l'an  iiSy, 
et  ipien  I  an  1  1  9  i''  il  se  lit  nn  accord  par  Philippe-Auguste,  ion  de 
Pi'ance.  et  liicliaid.  lov  (rAnoleterre ,  entre  (\u)  de  Lnsignan  et  Con- 
rad. iiiaiNjuis  (le  Monlleriat .  loiicliant  le  royaunie  de  Hiérusaleni. 
pai'  leipud  il  l'nl  conveiui.  entre  autres  (dioses.  ((ue  Guy  tiendroit  le 
roYaunie  de  Hiérusaleiii  durant  sa  \ie,  et  (|ue  Geoll'roy  de  Liisignan. 
son  frère,  aiiroit  le  comté  de  Japlie  et  Gésarée.  à  la  cliarge  de  l'iioni- 
inage  et  du  service  ordinaire.  Ils  ajoutent  (pie,  lîicliard  ayant  rebasl\ 
Gésarée,  il  la  mit  entre  les  mains  de  (JeoIVroy.  Mais  il  semble  ([ue  cela 
se  doit,  entendre  de  la  seigneurie  directe. 

JiLiAM'.  "^   snccéda    à   son    frère   en   la    seigneurie    de   Gésar('"e.    Elle 

'    limiu'i-p-'!  (Vdiilrc-mo-.  c.  i\.  l'Iii'   mif  excellente   ilisscrl;ilion    inlilulée  : 

'   Cartul.  lie  Maiiosiliic.  —  Cari,  iliiilimiat.  Ilinjmiirl  Mniinchi  de  r.rjniipmla  Arconr  lilm- 

t.  1.  \i'  X.  p.  -287.  IclriisticliKS .  Liigduiii .  l'errin.  1866. 
Cnil.  (liploimil.  t.  I.  11°  83.  |).  8().  ''   Hojjcr  de  hnvedeii .  p.  (536,  6Zi3. 

'   Voir  Les   raliiarvlies   de  .h'rusdkm  et  '   l{n;;er  de  Hovcden,  p.   (J97.   71  i-  — 

/,p*.4>T/(«'c7»p.sr/(;Cc««w.  Sur  Ityiiinr  Moine  Jo,  l')ioiii|)ton  ,  p.  i-2o8,  1-21/1. 

ou  Monaco  en  particulier.  M.  1*.  Riant  n  pu-  Liinmges  d'mitri'-mer,  c.  w. 


LKs  siiiCiNKLiP.s  i)i;  (;i<;s\[!i:k.  ->7;i 

espousa  preiiiièreiiieut  Gcv  de  Baiut.  (luqiH'l  (luilhiiiinc  d»-  Tyr'  p.uic 
eu  divery  endroits  de  son  liistoire,  depuis  l'an  i  i  /17  jus(pies  en  1  1  5-2. 
qui  estoit  tilz  puisué  de  Pierre,  seigneur  de  Bai-ui. 

[Nous  avons  vu  Gui  laeutioiuié  couuue  uiari  de  Julienne  (i;ni>  lui  ;ii-U'  dr 
Gautier,  son  beau-frère,  de  l'année  1189^.  11  l'i'taii  déjà  en  1  17(1.  si  tdu- 
tet'ois  c'est  lui  i[ui  souscrit  un  acte  de  Bandonin  di'  Raim-s.  de  rrltc  tnèine 
année ^  sous  le  nom  de  Gui  de  Césarée.  Avait-il  donc  di''j;\  je  droit  de 
prendre  le  titre  dp  fJsnréc.  comme  étnnt  marié  m  j'iKM-itière  |ir('S(iii]|)tive  de  l;i 
seigneurie?] 

Elle  en  eut  Gautier,  seigneur  de  Césarée,  Bernard,  Isabelle  etBerte. 

Isabelle  fut  uiai'iée  à  Benaud,  chandiellaii  de  Hiérusaleni,  fi'ère  de 
Boliard,  seigneur  de  Cayplias,  et  Beile  espousa  Benaud  de  Soissons, 
luareschal  du  royaume  (b'  Gypie. 

La  princesse  Juliane,  a[)rès  la  uioi't  de  Guy,  lepril  niu"  seconde 
alliance  avec  un  seigneur  noniuié  Ai/mir  ou  Adliémar  \(li'  Ijuran.  et 
non  bu'oii,  cnunue  il  est  dit  dans  le  Lignage  d'outre-iuer ':  leipiel 
sousci'it  déjà,  connue  seigneur  de  Gésai'ée,  en  janvier  1  iç)?)  \  un  acte 
du  comte  Henri,  l'oi  de  Jérusalem J,  avec  lequel  elle  paroist  [dans  des 
actes  du  -i-J  octobre  1197.  février  i-joo",  et]  au  cartnlaire  de  Ma- 
nosipie,  dans  deux  titres  du  mois  de  février,  fan  1-207 ';  dont  le  sceau 
représente  ini  cavalier  avec  cette  inscription  alentoiu'  :  .S.  Adhemur.  dei 
Eron. 

[Le  sceau  dont  parle  Du  Gange  a|)jiartienl  au  |ireuiier  de  ces  deux  di|ilônie>. 
H  est  n'présenté  dans  le  recui'il  de  Sé])aslien  Paoli^:  il  porte  d'un  côté'  ini  ca- 
valier, la  lance  en  arrêt,  avec  cette  légende  alenienr  :  S.  Adt-miir.  dr  Lron ,  et 
au  revers,  des  l'orliticatiiuis  de  \ille.  et  alenioiir:  .luhini'i  dowuia  G'cwnw.j 

'   Wilieiinus  Tvr.  I.  XVII,  c.  r.  xv    xxt.  '    ^W.  diplonwt.  t.  I.  ri°  8.S  ,  |i.  Sy  ;  n°  <) . 

■   Coll.  diplomut.  t.  I,  if  -]■!  ,  p.  73.  p.  -J^H  ,  -389. 

'   Cod.  (liplomnt.  t.  I.  ii°  (i  i .  |i.  (Ji.  '   (M.  diphiimt.  l.  I.  n"  90.  |i.  9'-!.  9.",: 

'   LigHOi'e.'i    d'imire-wrr.    I.    II.    c.    x\.  n"  10,  p.  089. 
p.  UM.  éflit.  Beugnot.  '   Oxl.  diphwnl.   I.  I.  pi.  n.  a'  'i.5.  à  la 

'   (lod.  diplfimnl.  I.  I.  il"  \ -]'■'< .  p.  -iid.  lin  (lu  volume. 


280  LRS  FAMILLES  DOUTRE-MEH. 

Saiiudo  '  l'ail  iiuMilioit  (l(^  luy  avec  la  qualité  de  prince  de  (lésarée, 
qu'il  possédoit  dn  clioi'  de  sa  l'enune,  et  nous  ap[)rend  qu'en  l'année 
suivante  il  l'ut  choisy  par  les  barons  avec  Tévesque  d'Acre,  pour  passer 
eu  France  vers  le  roy  Philippe-Auguste,  à  dessein  de  luy  demander  un 
cspoux  |)iiiir  Marie  de  Montferrat,  héritière  du  royaume  de  Hiéru- 
salem,  qui  |insl  [{ouverner  cet  Estât  et  le  défendre  contre  les  infidèles, 
qui  ratta(|Moient  de  tous  costez. 

rAdhéniar  souscril  lui  aric  du  roi  Jean  de  Briennc-,  i -n  i.  i"  juillet;  ot 
|i;ir  un  acii'  en  son  nom.  (In  18  octobre  iai;3''.  il  concède  aux  Hospitaliers, 
de  concert  avec  sa  femme  Julienne,  les  fruits  de  trois  casaux,  jusqu'à  ce  (pi'il 
leur  ait  remboursé  1 ,000  besanis.  qu'il  leur  avait  empruntés  dans  un  moment 
de  pressante  nécessité. 

Depuis  cette  époque  nous  ne  voyons  plus  paraître  ni  Adhémar  ni  JiiHenne. 
(iette  dernière  était  morte  en  1219,  puis(pn'  l'on  remanpie'',  au  sujet  d'un 
Avniar  de  Lairon,  envoyé  au  secours  de  Raymond  Rupin,  qu'il  était  le  neveu 
d'Aymar  de  Lairon  qui  avait  été  seigneur  de  tiésarée;  ce  (pii  peut  faire  su])- 
noser  qu'Adliémar  vivait  encore,  mais  que,  par  la  mort  de  sa  fennue ,  il  avait 
perdu  son  titre  de  seigneur  de  Césarée,  (pii  avait  passé  dès  lors  au  fils  de  Ju- 
lienne.J 

Gaitu'H  [111],  seigneur  de  Césarée,  fds  de  Guy  de  Barut  et  de  Jii- 
liane,  fut  connestable  de  Cypre\  avec  laquelle  qualité  il  souscrit  un 
titre  de  Hugues  de  Cypre,  de  Tan  1210. 

[Du  vivant  de  .sa  mère,  on  le  voit  souscrire  plusieurs  actes,  avec  le  simple 
titre  de  Gautier  de  Césarée,  dans  les  années  1  1  98  ^  1  aoc  ^  1 12 1  0  ^  et  même 
1  ^!  1  7  '.  Cependant  à  cette  dernière  année,  où  il  prit  part  à  la  croisade  d'An- 

'  Marin.  Saimt.  I.  III.  part.  11.  c.  m,  '   Preuves  de  l'hist.  de  Béthmie,^.  Mo. 

p.,,  o5.  —  Coiitin.  de  Guiil.  de  Tyr,  1.  XXX ,  '    Cod.  diphmat.  l.  I .  n°  8  ,  p.  287. 

c.  XIII.  p.  3o().  '   (^od.  diplomal.  l.  I,  n"  9.  p.  a88. 

-   Carlul.  S    Scpiilc.  11°   i45.  p.  aGç).  —  °   Cod.  diphmat.  t.  I,  n°  97,  p.  102.  — 

Assis,  de  Jérusal.  t.  II.  p.  536,  11°  5o.  (Àirtiil.  S.Scptilc.  n°  176,  p.  3 10. 

'  Cod.  diplomat.  t.  I .  n"  11.  p.  •y.()0.  "   Cod.  diplomat.  1. 1 ,  11"  1  oO ,  2 1  a  ,  p.  1 1 3, 

'  Contimial.  de  Guiil.  dcTyc.  I    WXII.  953.  —  De  Mas-Lntiie.   Ilist.  de  Chiiprr, 

c.  XV.  p.  367.  l.  m.  p-  <'09. 


LES  SEIGNEURS  DE  CÉSAHÉE.  281 

dré,  roi  de  Hongrie,  et  de  Boémond  IV.  le  Borgne,  l'histoire'  le  nomme  sei- 
gnetir  de  Césarée,  et  en  même  temps  connétable  dn  royaume  de  Chypre.  Il 
souscrit,  en  cette  double  ([ualité.  un  acte  de  la  reine  Ali\  -  (octobre  1920). 
En  1219,  il  se  rendit  au  siège  de  Damiette  avec  cent  chevaliers  de  Chypre^: 
en  1225,  il  assista  au  couronnement  de  la  reine  Isabelle,  fille  de  Jean  de 
Brienne  *.  Il  fut  tué  le  2/1  juin  1229^  devant  Nicosie,  en  conibatlnnl  pour 
Jean  d'Ibelin,  seigneur  de  Barutb ,  contre  les  partisans  de  l'empereur  Frédéric.  | 

H  espousa  Marguerite'^',  fille  de  Baliaii  (ribelin  et  de  Marie  Com- 
iiène,  veuve  du  roy  A  mairie,  et  laissa  de  cette  alliance  Jean,  prince 
de  Césarée;  Isabelle,  décédée  à  marier;  Alix',  femme  de  Ja([ues  de 
la  Mandelée,  et  Eupiiémie,  alliée  à  Jean  de  Giblet,  marescbal  du 
royaume  de  Cypre'. 

[Une  lettre  où  Frédéric  II  se  plaint  de  Grégoire  IX  (  1  aSg,  20  avril  )'  non,-- 
apprend  que  ce  pape  avait  accordé  une  dispense  à  Jacques  de  la  Mandelée  pour 
son  mariage  avec  Alix,  parce  que  Jacques  avait  précédennnent  épousé  sa  sœur  '".j 


'  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr.  I.  XXXI. 

C.   X,  p.   322. 

-  De  Mas-Latrie,  Hist.  de  Chypre,  I.  III. 
p.  6ià. 

^  Coiitiniiflt.  de  Guill.  de  Tyr,  I.  XXXII. 

c.   s.,  p.  339,  3'40. 

'  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXXII. 
0.  .\x,  p.  358. 

'■"  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr.  I.  XXXIII, 
c.  X,  p.  376. 

°  Du  Gange,  Famil.  Bij:mil.  généal.  des 
Coninènes,  p.  182.  —  Assisen  de  Jénisal. 
t.  I .  c.  Lxv.  p.  lor). 


Math.  Paris,  ann. 


I2.jr),  |). 


'  Le  Lignage  d'oulre-mer  dit  seulement 
du  royumne  ;  nous  verrons  plus  bas.  aux  5e/- 
gneurs  de  Giblet.  que  ce  Jean  tiil  maréchal 
du  royaume  de  Jérusalem. 

''  De  Masd>atrie,  Hisl,  de  Chypre,  l.  II. 
p.  6-2 ,  63.  —  \  oie  plus  bas  le  tableau  gé- 
néalogique des  Seigneurs  de  la  Mandelée ,  à 
la  suite  des  Comtes  d'Edesse. 


"  M  de  Mas-Latrie  (lli-st.  de  Chijjjn' . 
t.  11.  p.  63,  note  1)  suppose  que  cesl 
Jean  de  Césarée  qui  avait  épousé  la  sœur 
de  Jacques  de  la  Mandelée;  mais  le  moly//v".v 
seuible  indiquer  un  premier  mariage;  et  qui , 
placé  inunédialement  après  Jacol/o.  se  ra[;- 
porte  beaucoup  mieux  à  ce  mot  qu  à  Joan- 
iiisde  Cesaria,  qui  précède  Jacobo.  La  phrase 
est  ainsi  conçue:  Dispensutiones... per  ijiias... 
Aalidem  sororem  Joannis  de  CesariaJucobn  de 
Ainendolia,  qui  prius  sororem  ipsias  despoii- 
sarerat. . .  concessit  uxorem,  etc.  Cette  [ihrase 
peut  s'ex])liquer  aussi  en  ce  sens  que  Jacques 
de  la  Mandelée .  après  avoir  promis  d'épou- 
ser une  autre  sœur  de  Jean  Césai'éo.  mode 
avant  la  célébration  du  mariage,  aurait  en- 
suite demandé  la  main  d'.Alix  et  obtenu  dis- 
pense pour  épouser  la  sœui'  de  sa  première 
fiancée.  Du  Gange  s'est  figuré  tpi'il  s'agissait 
d'une  sieur  de  Grégoire  IX  {sororem  ipsius). 
que  l'histoire  ne  nomme  pas  et  que  Jacques 
aurait  épousé  en  Fouille.   (Voir  ci-après. 

3C 


2S2  LES  FAMIM.F.S   DOIITHE-MEP,. 

(1(!  l'ut  peut-estro  du  temps  de  ce  prince  [niaintenant  on  peut  l'at- 
lii'uicr,]  (pie  le  roy  .Tenu  de  Brienne  et  le  duc  d'Autriche,  avec  les  che- 
\aliers  de  rilospital  [(jautier  d'Avesnes  et  plusieurs  autres  pèlerins'], 
iortilièrent  le  chasteavi  de  Césarée,  ce  que  Vincent  de  Beauvais -,  Go- 
ddroy  ■',  moine  de  Saint-Pantalénn,  et  Mathieu  Paris  ra])portent  à 
r.in  1-117. 

I  Dapivs  le  (lonliiiualeur  do  Guiljauiiic  de  Tyr,  ce  .serait  l'ii  lévrier  ou  mars 
I  •>  18:  ce  <|ai  |>('ut  s'accoriicr  avec  la  (la(o  doniiéi'  par  les  autours  précédents. 
i|iii  ont  |ii'oljalil('ment  compté  more  l'alhanio.  \)ims  W'-lv  de  la  même  année, 
I  •!  I  (S  ",  la  ville  de  Césarée,  quoi([U('  vaillamment  détendue  par  les  Génois, 
iiiiiis  de  Gautier,  l'ut  prise  par  Conradin,  (pii  en  détruisit  les  fortifications.  En 
II'  moment  le  roi  Jean  de  Brienne  r(>tenait  la  |)lace  et  refusait  de  la  rendre  ;i 
(iautier,  jusipi'à  ce  (pie  celui-ci  lui  oui  remboursé  les  dépenses  faites  quelques 
mois  auparavant  pour  en  r('parer  les  fortificatious.] 

Jean,  seigneur  de  (Césarée,  l'ut  conjoint^  par  mariage  avec  Alix. 
nièce  d'Eustorge,  archevesque  de  Nicosie,  et  en  eut  un  fils,  décédé  en 
has  âge;  ^!arguerite,  princesse  de  Césarée;  Isahelle,  Alix,  mariée  à 
Richard  de  Dampierre,  de  la(pielle  alliance  vint  Eudes  de  Dampierre, 
(pii  espousa  \lix,  fille  de  (iuv  d'Ibelin,  comiestable  de  Cypre. 

|.lean  de  (iésarée  fut  un  des  plus  zélés  partisans  de  son  oncle  Jean  d'Ibelin, 
seigneur  de  Barulli.  En  ia3-i  ''  il  vendit  un  casai  aux  Hos|)italiers,  au  prix  de 
I  (i.ooo  besants,  tpi'il  prêta  à  Jean  d'Ibelin  pour  lui  donner  les  moyens  de  ré- 
coutorliT  l'armé'c  l'vpriole.  décoiiraj[ée   par  la  (b-iailc  de  (lasal-Imberl.  On   le 


p.  3u:! ,  liote  li.)  Miiis.  outre  que  le  sens  de 
In  phrase  se  priMc  mnl  à  une  telle  interpréta- 
lion,  il  faut  se  rappeler  que  le  pape  Gré- 
g^oire  IX  .  mort  presque  centenaire  .en  1  a  4 1 , 
]\i'  ])Ouvail  pas  avoir,  selon  toute  vraiseni- 
Idance,  une  sœur  assez  jeune  pour  être  ma 
riée ,  vers  1  -îSo  ,  au  seigneur  de  la  Mandelée. 
'   Continuât,  .le  r.uill.  de  Tyr.  I.  XXXi . 

C.    XIII  .    p.    .'')!î.5. 

Vincent.  Bellovac.  I.  XXXI.  c  i,xx\i . 


Lwvu;  apud  Iteinecciuin .  lolio    i  lnj  verso. 


'  Godefrid.  Mon.  ann.  i-2i' 


Mathieu 


Paris,  ann.  1217. 

'  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  I.  XXXll. 
c.  V,  p.  33/1. 

^  Lignages  d'outre-mcr,  Joc.  cil. 

"  Assis.  dnJerus.  t.  I,  e.  cciii,  p.  3  a  S. — 
Continuât,  de  Guill.  de  Tyr.  I.  XXXIII. 
e.  XXV.  xxviii.  XXXI.  xxxii.  p.  390.  3()3  . 
39/1.  398. 


LES   SEIGNEU.KS   DE   CESAIiEE.  283 

voit  figurer  parmi  les  témoins  de  [ilusieiirs  actes  de  laSa  et  i2  33  '.  Mais  il 
vécut  plusieurs  années  au  delà,  ijuoi([ue  nous  ne  connaissions  pas,  connue  pour 
son  père,  l'époque  |)récise  de  sa  mort.  Deux  lois  il  refusa  la  licutenance  de  la 
bailie  du  royaume  de  Jérusalem^,  d'abord  aj)rès  la  mort  de  l'impératrice  Isa- 
belle; ce  ([ui  dut  avoir  lieu  dès  les  |)remiers  lemj)s  de  son  avènement  à  la 
seigneurie  de  Césarée,  puis(pie  la  princesse  Isabelle  était  morte  en  1298:  la 
seconde  fois,  vers  l'an  i20(),  lorsque  les  barons  di'clarèrent  l'empereur  Fn-- 
déric  II  décbu  de  l;i  bailie,  depuis  ipie  son  fils  Conrad  était  l'econnu  èlre  en 
âge  de  régner  par  lui-même.] 

Marguerite,  dame  du  Césarée',  s'allia  avec  Jeain  l'Aleman,  du([ii('l 
elle  eut  trois  fils,  sçavoir  Hugues,  qui  mourut  de  la  chute  d'un  cheval 
[qui  tomba  sur  lui  et  lui  brisa  le  cou];  Nicolas,  seigneur  de  Césarée, 
qui  espousa  Isabelle,  dame  de  Harut,  et  Thomas,  (|ui  d'Agnès,  fille 
de  Raoul  de  Barut,  surnommé  de  la  Bhmchegarde,  ne  laissa  aucune 
postérité. 

[Jean  Aleman  ou  l'Aleman,  seigneur  de  Césarée  [)ar  sa  fennne,  fut  en  celle 
qualité  et  comme  Iionmie  lige  du  roi,  conv(j(pié  par  .leaii  d'Ibelin.  seigm'ur 
d'Arsur*,  à  une  assemblée  générale  (pii  se  tint  dans  la  \ille  d'Acre,  en  février 
laSo. 

Par  un  acte  du  i"  mai  laSô,  il  donne  aux  Hospitaliers,  sans  iaire  men- 
tion de  sa  femme,  tout  ce  qu'il  possédait  dans  Acre,  moyennant  (pielques  messes 
perpétuelles  et  d'autres  conditions,  par  exemple  la  charge  d'une  renie  perpé- 
tuelle de  600  besants  à  Isabelle  d'Adelon  Par  un  autre  acte  du  mois  de  juin 
suivant,  il  se  déclare,  ainsi  que  sa  femme  Marguerite,  confrère  de  l'ordre  de 
IHôpital,  avec  promesse  de  l'aider  et  de  le  secourir  en  toute  circonstance. 
Dans  cet  acte  sont  nommés  plusieurs  liommes  ou  vassaux  de  la  seigneurie  île 
Césarée,  Guillaume  de  Picquigny,  Simon  de  Tro\es,  Amauri  de  Saint-Bertin, 
Gautier  de  Châtillon,  Hélie  Charles. 

Jean  Aleman.  ou  Marguerite,   ou   tous  deux  peut-être  vivaient  encore  en 

'    Cod.  cliplom.  l.  I ,  Il  '  ih  .  1  1  0  ,p.  SQ'i  ,  4ou.  Sncccsailiilili'  un  tiviic  on  à  In  réyeiivc  . 

1-jG    — De  iMiis-Lati'io,   ilist.  de  (Ihi/pre,  c.  11. 
t.  Il,  p.  55,  50,  58;  t.  m,  p.  (536.  '  Lignages  d'ouU-c -nier.  lue.  cil. 

'  Assises  (le  Jérusuleiu ,   t.  11,   p.   oyy,  '   Assises  de  Ji'rus.  1.  ll,c.  viii.  p.  ■>![(■>. 

36. 


•2M 


LES  FAMILLES  D"OUTRE-MER. 


196^1,  lorsque  péril  Hugues,  leur  fils  aîin' '.  (jul  [("('liiil  ((^iiendaiil  alors  que 
l'héritier  de  la  seigneurie  de  (Jésarée. 

Nicolas,  leur  second  fils,  était  seigneur  de  Césarée,  on  ne  peut  dire  depuis 
quand,  li>rs(|u'en  1277.  pi'ii  après  son  maruige  avec  Lsabelle  de  Barulli-,  d 
lui  liK'  pai'  Beaudouin  d'Ibtdin,  qui  vengeait  ainsi  la  mort  de  son  Irère  Jean, 
tué  par  ce  même  Nicolas,  pour  qui>l(pies  nmu\ aises  paroles  qu'ils  avaient  eues 
à  Nicosie.  Ces  deux  frères,  Jean  et  Baudouin,  étaient  vraisemblablement  fils 
de  Gui  d'Ibelin  ^,  coiniétable  de  Chypre,  quatrième  fils  de  Jean,  le  vieux  sire 
de  Baruth. 

Avec  Nicolas  linil  la  lamille  et  s'arrête  la  succession  des  seigneurs  de  Césarée.  J 

La  ville  de  Césai'ée  reçut  plusieurs  secousses  durant  les  guerres 
d'iiutre-mer,  ce  qui  paroist  assez  par  les  soins  que  l'on  prit  de  la  Ibr- 
lilier  de  temps  en  temps  et  de  réparer  ses  brèches;  car,  outie  ceu\  de 
Hicliard,  roy  d'Angleterre,  et  de  Jean  de  Brienne,  roy  de  Hiérusalem, 
dont  j'ay  parlé,  les  auteurs*  remarquent  que,  l'an  1  '^27  [ou  1  228],  les 
|)èlerins  y  refermèrent  et  restablirent  le  cliasteau,  qui  avoit  esté  détruit 
par  Coni'adin,  sultan  de  Damas;  et  qu'en  l'an  1  2  53  "\  saint  Louys,  roy 
de  France,  estant  en  la  terre  sainte,  fortifia  la  place  de  nouvelles  mu- 
railles et  de  nouvelles  tours,  au  lieu  de  celles  qui  avoient  esté  abattues 
par  les  Sarrazins,  sans  néaiitmoins  ([ue  l'iiisloire  ait  coté  les  temps 
ausquels  les  ruines  arrivèrent.  Enfin  nous  apprenons  de  Sanudo*^  et 
des  épistres  du  pajie  Clément  l\ ,  (pie  le  sultan  Bendocbar''  se  rendit 


'  CoiilimiiU.  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXIV. 
c.  IV,  p.  4i8. —  Ligiui'rrs  d'niitir-iiifr,  c.  ix  . 
p.  3So,  /i34  ,  édit.  Labbe. 

"  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  L  XXXIV. 
c.  wxiv.  p.  iyg.  —  Lignages  d'oiitre-mer, 
I".  VI  et  i\,  p.  ."iya.  38o,  43o,  h?th  .  édil. 
I^abbe. 

■  Voir  phis  bas  la  g'énéalogie  des  Ibehii. 
tableau  C. 

'  Marin.  Sanul.  I.  111.  part.  1  1  ,  c.  \.  — 
Gontin.  de  (luill.  de  Tyr,  I.  XXXIl.  c.  \x\, 
p.  365. 


''  Join ville,  ji.  89,  édit.Dn  CangQ(Hislor. 
de  France,  t.  XX.)  —  Willenius  Nangius. 
S.  Lud.  ann.  1  aSS  [Hislor.  de  France ,  t.  XX . 
p.  38/i ,  38.J.)  —  Malh.  Paris,  p.  852. 

"  Marin.  Sanut.  I    111,  part.  1  a  ,  c.  vu. 

—  démentis  IV,  papœ,  I.  Il,  episl.  iy,  I18 . 
apud  Rainald.  ann.  1266,  n"  Sg,  ho,  h'S. 

—  Martène ,  Thcsaur.  anecdot.  l.  11 ,  col.  699. 

—  (Ind.  diplomal.  t.  I,  n"  i5,  p.  395. 

'  On  a  vu  que  c'est  ainsi  que  l'appelle 
ordiiiairenienl  Du  Gange,  quoique  Marin 
Sanudd  le  nuirune  Rendocdar. 


LES  SEIGNEURS  DE  GÉSARÉE.  285 

maistre  de  Césarée  par  intelligence,  le  2 G'' jour  de  janvier,  l'an  ladh. 
c'est-à-dire  laCS,  à  la  l'açon  de  compter  d'à  présent. 

[La  leLlre  de  Clément  IV  est  datée  du  -jô  octobre,  un  2"  de  son  [xmliliçul . 
c'est-à-dire  ia66.  Il  dit  que  Césarée  avait  été  prise  peu  de  jours  aupara\aiil. 
Mais  il  ne  faut  pas  prendre  trop  à  la  lettre  cette  expression  figurée  et  bil)li(pie.| 

Le  seigneur  de  Césarée'  avoit  sa  liante  cour,  c'est-à-dire  coui',  coin 
ou  monnoye  et  justice;  et  il  y  avoit  à  Césarée  cour  de  bourgeoisie  el 
justice. 

[Certains  actes  nous  ont  conservé  les  noms  de  quelques  officiers  de  la  cour 
de  Césarée,  vicomtes,  qui  présidaient  la  cour  des  bourgeois  2,  et  sénéchaux,  ou 
maîtres  de  l'hôlel  ^  chargés  de  l'aire  exécuter  les  ordres  du  seigneur  et  de 
veiller  à  l'administration  de  ses  revenus. 

Parnn  les  vicomtes  nous  voyons  Gautieii  de  Cihco  '.  ipu  doinie  à  l'Hôpital  dr 
Jérusalem  un  courtil,  du  consentement  du  seigneur  Gautier  Granier,  1  toi  . 
21  septembre.  Ce  même  acte  est  signé  par  Richard,  (pu  s'inlitnie  également 
vicomte  de  Césarée.  Comment  y  en  avait-il  deux  à  la  l'ois?  Ganli(!r  de  Cbaco 
est  nommé  dans  le  corps  de  l'acte  dressé  au  nom  de  Gautier  Granier,  G.  mceaimes 
weiis.  Pdchard  signe  l'acte,  Riclnmlus,  ricecomen  CV.synw.et  sa  signalnre  pn'-cède 
celle  de  Gautier  de  Chaco,  qui  signe  ainsi,  Gimllerius,  cwcconies  Cluiro.  L'un 
était-il  le  vicomte  du  seigneur,  l'autre  celui  de  la  seigneurie?  ou  comme  Gan- 
tier Granier  était  seigneur  à  la  fois  de  Césarée  et  de  Sidon,  les  deux  vicomte^ 
se  jiartageaient-ils  ces  deux  villes  dans  l'exercice  de  leurs  fonctions  ? 

Un  acte  de  Hugues  de  Césarée,  de  1160^.  est  souscrit  par  Gervais.  nrnnili . 
On  peut  croire  que  c'était  un  vicomte  de  Césarée. 

En  1  iSa,  SiBO-',  vicomte  de  Césarée,  signe  un  acte  de  son  seigneur  Gau- 
tier IL 

Les  sénéchaux  de  Césarée  connus  sont  :  Uichaiu),  (jui  lut  ténioni  d\nu:  do- 
nation faite  au  Saint-Sépulcre''  par  Ebremar,  archevêque  de  Césarée;  el  Bai- 
DoiiN,  ipii  signe  en  cetlf  qualité  l'acte  du  21  septend^re  1  i3i.| 

'   Assises;  livre  rie  Jean   crihelin,  t.  L  '  Cod.  (h'plomiil.  i.  l,  11'  i.3,  |i.  i4. 

c.  ccLW ,  ]).  h-20.  '  Cod.  diploiiiitl.  (.  I.  11'  liy-î  .  p.  -jott. 

^  Assises  de  .lérn<:.  t.  H,  c  xxxv,  p.  'ih~  '  Cod.  diplomal.  t.  1.  n"  j-?.  .  |>.  7-1. 

et  note  «.  '  Ctnluhirinm  S.  Sepiih-,  11°  711.  p.  1^3. 

^  Assises  de  .lériis.  t.  Le.  cclvi,  p.  407. 


28(;  LES   FAMILI^ES  DOUTRE-MER. 

I.t's  comtes  de  Mercenasco ,  en  Piémont,  du  surnom  de  Gi-anen,i^e 
(iisciil  issus  (les  princes  de  Césarée  et  de  Sajette';  iis  portent,  pour 
aimes,  r: d'azur  à  la  fasce  d'or,  accompagnée  en  pointe  de  trois  espics 
de  l)led  d"or  sur  une  mesnie  tige  qui  sort  de  la  pointe,  et  en  cliel, 
diin  chasteau  sommé  de  trois  tours,  aussy  d'or.  i^  On  dit  que  ces 
armes  se  voiiwit  dépeintes  en  l'église  de  Saint-Georges,  à  deux  milles 
(le  liâmes,  où  l'on  croit  que  l'ut  l'ancienne  ville  de  ce  nom,  qui  est 
ilcsservie  par  des  caloiers  grecs,  au-dessus  de  cette  épitaphe  :  rr  Ambrosio 
rrde  Turre  Mediolanensi,  nobilitate  ac  virtutibus  insigni,  hic  deposito; 
frcpiem  ut  egregia  ejus  opéra,  dum  viveret,  gesta,  eternum  liominibus 
crconnnendant,  sic  eum  immortaiem  cœlicis  civibus  Deus  aggregare 
'•dignetur.  Julius  Pusterla  et  Celsus  de  Graneriis,  ejus  vices  gerens, 
crcum  fletu  ac  mœrore  magno  in  tanti  viri  patrii  gloria  hoc  merenti  me- 
rr  mores,  inscripserunt  monumentum  septimo  idus  julii  Mcxx.n  Au- 
dessus  sont  les  armes  de  cet  Ambroise  de  Turre,  qui  sont  ft d'argent  à 
une  tour  de  gueules, r  et  au-dessous,  Ambrosius  de  Turre.  Elles  sont 
accompagnées  de  deux  écussons,  le  premier  trd'or  à  un  puits  de 
gueuhîs  au  chef  d'or  chargé  de  trois  girons  en  pal  d'azur,  n  Au-dessous 
est  escrit  :  Julius  Puslerla.  Le  second  est  rr  d'azur  à  trois  espics  de  bled 
d'or,  avec  leurs  feuilles  sur  une  terrasse  de  mesme,ii  et  au-dessous 
est  escrit  :  Celsus  de  (h-aneriis.  Au-dessus  de  cliacun  île  ces  écus  sont  les 
croix  potencées  de  Hiérusalem  avec  leurs  croisettes.  Il  esl  ])robable 
(jue  les  Graneri  de  Piémont  sortirent  avec  la  reyne  Charlotte  du 
royaume  de  Cypre.  où  la  maison  des  Greneri  a  subsisté  longtemps, 
et  y  a  possédé  le  titi'e  de  comtes  de  Holias,  et  vinreiit  avec  elle  en 
Piémont. 

'   Mémoires  qui  m  uiit  mlr  communique/,  pur  M.  ImMjc'  d  iùilreiiionts,  de  celle  tamiilc 


LES  SEIGNEURS  TITULAIRES  DE  CESAREE.  287 


LES  SEIGNEURS  TITULAIRES  DE   GÉSARÉE. 


h\s  DE  Nevilles  [(jui  t'iaii  vicomte  de  Nicosie  ',  el  (jiii  avjiit  éli- 
nommé  un  des  douze  membres  du  conseil  ou  gouvernement  |n-ovisoire 
formé  à  la  mort  de  Pierre  II,  en  iSSa],  lut  ciéé  seigneur  de  Césarée 
par  le  roy  Jaques-,  l'an  i88i  [en  récompense  de  ses  services  et  de 
son  dévouement  envers  ce  prince  lorsqu'il  s'était  agi  de  le  faire  noanner 
roi].  Je  crois  qu'il  estoit  père  de  ce  seigneur  de  Césarée  ^  (|ui  recher- 
cha en  mariage,  vers  l'an  lùSa,  Amie  de  Luzignan,  sœur  du  roy 
Janus,  laquelle  espousa  depuis  Louys,  duc  de  Savoye. 


[Depuis  i38i  nous  perdons  de  vue  Jean  de  JNeviile.  Un  accord  di'  (iliypre 
avec  Venise*,  1889,  a  octobre,  mentionne  Jean  Goi\ai'  ou  (ioiiAB,  comnn^  spi- 
gneur  de  (lésarée.  Jean  Gora|),  ini  des  meurtriers  de  Pierre  l"^  avait  l'Ié  aussi 
un  des  douze  membres  du  gouvernement  provisoire  de  1  3(85  '',  et  le  roi  Jacques 
avait  récompensé  son  zèle  et  son  dévouement  en  le  nommant,  en  iScS'i''.  au- 
flitcur  du  royaume  de  Chypre,  il  est  très-probable  que  le  seigneur  de  Césarée 
qui,  en  l432^  recherchait  l'alliance  d'Anne  ou  Agnès,  fdie  et  non  pas  sœur 
du  roi  Janus,  n'était  plus  Jean  Gorap;  mais  nous  ne  pouvons  dire  si  c'était  son 
fds,  ou  un  de  ses  parents,  ou  un  personnage  (pu  lui  fût  tout  à  lail  étranger.) 

'   Loredano,  I.  IX,  p.  5ii  ;  IraH.  fi-anc.  '  t>  Mas-Latrie,  Hisi.  de  Chijpi-i' .  t.  II. 

t.  II,  p.  loi.  —  StramlialJi.  —  De  Mas-  p.  373  et  note  3. 

Latrie,  liisl.  de  Chypre,  t.  II.  p.  3()i.  "   Loredano,  1.  IX.  p.  .31  1  ;  Irad.  traiiç. 

'   Loredano.  I.  IX.  p    ô  1  Ci  ;  Irad.  fiam;.  t   II,  p.    io4.  —  De  Mas-Lalrie.  Ilisl.  dr 

t.  II,  p.  109.  Chypre,  t.  Il,  p.  391. 

'   Loredano.   I.  X,   p.  .^76;  trad.  t'ranç.  '  Loredano,  I.  IX,  p.  5i<k  Irad.   lran<-. 

t.  II,  p.  170.  t   II-  P-  109. 

'  De  Mas-Latrie.  Hist.  de  Chypre,  t.  II.  '  Loredano,  I.  X.  [i.   576;   Irad.   tranç. 

[).  '117  et  note  3.  t-  IL  p-  17"- 


288  LES  FAMILLES  DOITRE-MEP.. 


F.ES   SEIGNEURS   DE   LA   CILIGiE. 


La  Cilicie,  (jui  est  bornée,  à  l'orient,  de  la  Gélésyrie;  à  l'occident, 
(l(^  llsaurie;  au  septentrion,  du  mont  Taurus,  et  au  midy,  de  la 
inei'  (le  Gypre,  tut  presque  la  première  des  provinces  que  les  fa- 
meux paladins  de  la  terre  sainte  conquirent  sui'  les  iididcMes,  au  sortii' 
(les  Icries  du  sultan  de  Coni  [Iconlum,  aujourd'hui  KoniehY-  Elle 
avoil  l'ail  auti'elois  partie  de  l'empire  d'Orient-,  et  avoit  esté  envaliie 
avec  les  autres  provinces  de  l'Asie  par  les  Arabes  et  les  Sarrazins,  au 
lemjis  qu'ils  vinreni  fondre  en  cette  partie  du  monde,  sous  l'empire  de 
(Constantin  le  Barbu,  d'Apsimar  et  de  Justinian  Iiliinotmète.  L'histoire^ 
fait  mention  d'Esman,  sultan  ou  seigneur  de  Tarse,  et  d' Vpafdèle,  sei- 
gneur d'Anavarze,  sous  Basile  le  Macédonien,  contre  lesquels  cet  em- 
pereur eut  diverses  guerres  par  ses  généraux  avec  dilïérents  succès. 
Nicéphore  Phocas  **  ayant  entrepris,  l'an  96^,  <pii  estoit  le  deuxième 
de  son  empire,  et  l'année  suivante,  d'en  chasser  les  Sarrazins,  prit  les 
villes  d(>  Tarse,  d  Anavarze  [Anazarbe],  d'Adane  [Adana],  et  les 
autres,  et  rendit  les  sultans  de  Tripoly  et  de  Damas  tributaires.  Pour 
mémoire  d'une  si  mémorable  victoire,  il  fit  apporter  à  Conslantinople 
les  portes  de  Tarse  et  d'Anavarze,  qu'il  revestit  tout  d'or,  et  fit  mettie 
l'une  dans  la  citadelle  et  l'autre  sur  la  porte  Dorée  de  la  ville. 

La  Cilicie  demeura  en  la  puissance  des  Grecs  jusques  à  l'empire  de 
Romain  Diogène  et  de  Michel  Ducas,  sous  lesquels  les  Turcs  s'en  eni- 
paièrenl  ^  De  sorte  que,  lorsque  les  nostres  entreprii-ent  ce  fameux 

'   Willelmiis  Tyr.  I.  lit,  c.  ix.  t;iii(iii.  Poipliyrog.  Basilio,  c.  \\\m.  wwn 

-  Tlicnpluiii.  .Iiisliii.  p.  lifi,  -lOfk.  .3i  i.  \lii  .  \liii. 
■.U[>.  "  Scylilzès,  p.  Go4,  G65.  65G. 

(jcdrenus.  p.  570.  SyS,  58o. —  Cons-  '"  Scylilzès,  p.  82/1,  820,  8ii. 


LES  SEIGNEURS  DE   LA   CILICIE.  389 

voyage,  elle  estoit  en  leur  |)Ouvoii'  et  sous  la  domination  de  Soliman, 
sultan  de  Nicée^ 

Tancrède  lut  le  premier  qui  l'attaqua;  lequel,  estant  entré  en  cette 
province,  y  assiégea  la  ville  de  Tarse,  et  ayant  obligé  les  Turcs  d'en 
sortir,  les  habitans  le  reconnurent  pour  seigneur,  et  élevèrent  son 
étendard  sur  la  principale  tour,  jiour  marque  de  seigneurie-.  Ce- 
pendant 

BviDOdiiv,  frère  de  Godelroy,  duc  de  Boudlon,  estant  survenu  in- 
continent après,  la  luy  enleva,  ayant  persuadé  aux  liabitans,  partie 
par  belles  paroles,  partie  par  menaces,  d'abattre  l'étendard  de  Tan- 
ci'ède  et  d'élever  le  sien^  et  ainsy  devint  niaistre  de  la  ville  de  Tarse, 
qu'il  se  conserva  malgré  les  efforts  de  Boémond,  (|ui  avoit  pris  la 
querelle  de  Tancrède,  et  y  mit  une  foi'te  garnison.  Au  mesme  temps*, 
un  seigneur  aleman,  nommé  Guelfe,  prit  sur  les  Turcs  la  ville  d'Azara, 
que  Gudlaume  de  Tyr  semble  confondre  avec  la  ville  d'Adane,  et  Tan- 
crède, poursuivant  son  chemin,  prit  aussy  Mamistre,  dite  des  Grecs 
Mopsuestie,  l'une  des  principales  places  de  Gilicie^  Ensuite  Bau- 
douin et  Tancrède  s'estant  rencontrez  avec  leurs  troupes,  il  se  livra 
combat  entre  eux,  où  Tancrède,  qui  n'avoit  pas  des  forces  égales,  lut 
obligé  de  céder  et  de  prendre  la  fuite '^.  Mais  cela  n'empesclia  pas 
qu'il  ne  prist  sur  les  Turcs  Alexandrete  et  la  pluspart  des  autres  places 
de  la  Gilicie,  tandis  que  Baudouin  faisoit  d'autres  conquestes  du  costé 
de  l'Arménie  et  vers  le  fleuve  d'Euphrate''.  Ce  fut  en  ce  temps-là  que 


'   All)prlus  Aquensis,  I.  III.  c.  v.  Rnli.  Mon.  1.  III.  p.  liB.  lil>,  apud  Bou,cfars. 

^  Tucleboil.  I.  II.  p.  784.  —  Alljcrtus  '  Atbertus  Aquensis,  I.  III,  c.  \,  xiv. — 

Aquensis,  t.  III,  c.  v,  vi.  —  lîaldric.  I.  II.  WitlelniusTyr.  I.  III,  c.  xx.  wii. — Tiidelioil. 

p.  100,  apud  Bongars.  —  Guibei't.  Novig.  I.  Il,  p.  78/1. 

1.  III,  c.  XII. —  Witielmus  Tyr.  1.  III,  c.  xix,  '"  lialdric.  I.  II,  p.  i  00.  -  Allicrt.  Aqueii- 

XX.  — Fulchor.  Garnot.  1.  I,  c.  vi.  —  Belli  sis,  I.  III,  c.  xv.  —  Willplmus  Tyr.  1.  III. 

sacri histor.  c.  xxxi,  apud  Matjillon,  Muséum  c.  xxi.  —  Guibert.  .\ovig.  I.  lit,  c.  xii. 
Italiciim,  t.  i,  p.  107,  108.  ^  Atbertus  Aquensis,  t.  III,  c.  xvi. 

'  Alb.  Aqueiis,  1.  III.  c.  ix,  x,  xi,  xiv. —  '  Willetmus  Tyr.  I.  III.  cap.  utt. 

37 


300  LES  FAMILLES  D^OUTRE-MER. 

BoÉiVKiND,  qui  lui  depuis  prince  d'Anlioclie,  prit  sou  temps  pour 
reprendre  les  vilhîs  de  ia  (lilicie,  lesquelles  il  enleva  à  Baudouin  et  à 
ceux  ([ui  les  lenoicnt',  el  se  l'endiL  niaislre  de  celles  de  Tarse,  d  Adane. 
de  Maniistre,  d'Anavarze,  de  Longinias  et  autres,  où  il  estahlil  des 
gouverneurs.  [*our  s'en  assurer  davantage  la  possession^,  il  en  obtint 
l(!  (Ion  de  Talie,  gV'néral  de  l'empereur  Alexis.  Cet  empereur,  piqin' 
de  ce  (pie  Bo(''moii(l  ne  luy  avoit  pas  remis  la  ville  d'Antioche  entre 
les  mains,  comme  il  avoit  esté  convenu,  envoya  Monastras  avec  une 
armi'e  de  terre,  et  Cantaeuzène  avec  une  arnn^e  navale,  pour  enlever 
aux  François  les  places  (|ui  luy  dévoient  demeurer  suivant  les  traitez 
(]u"il  avoit  faits  avec  eux  loisqu'ils  passèrent  par  Conslantinople^.  (lan- 
tacuz(''ne  prit  Laodicée,  et  Monastras  se  i-endit  maistre  des  villes  de 
Longinias,  de  Tarse.  d'Adane,  de  Mamistre  et  de  toutes  les  places  de 
la  (^jilicie.  Mais  les  Grecs  ne  les  possédèrent  pas  longtemps;  car  durant 
(|ue  Boénioiid.  piqué  contre  I  empereur  de  celte  invasion,  passa  dans 
la  Dalmatie  pour  lui  faire  la  guerre,  Tancrède,  à  qui  il  avoit  laissé  le 
gouvernement  d'Antioche,  ])r(^nant  l'occasion  du  rappel  de  Monastras 
et  de  ses  troupes  poui"  les  ojiposer  à  Boémond,  en  sortit  avec  dix  mille 
hommes,  prit  Mamistre  et  tout  le  reste  de  la  Cilicie,  sans  que  Aspiétès. 
qui  en  avoit  esté  laissé  gouverneur  a])i'ès  le  départ  de  Monastras,  eusl 
apporté  beaucoup  de  résistance*.  Gecy  ari'iva  vers  l'an  iio4.  Il  est 
probable  que 

Bebinard^,  surnommé  Leslrange  ou  Extmneus,  de  la  famille  duquel 
jay  parlé  ailleurs,  qui  est  qualifié  gouverneur  de  Longinias  en  Cilicie. 
par  Albert  d'Aix  '^,  et 

Guy,  surnommé  Capreolus  ]n\v  le  mesme  auteur',  ([ue  je  crois  avoir 
esté  de  la  maison  de  Chevreuse,  qualilié  prince  des  villes  de  Tai'se  el 

'   Willdraus  Tyr.  1.  Vil,  c.  il.  *  Anna  Comm.  i.  XII,  p.  oig. 

'  Raiiiioncl.  de  Agiliis,  p.  i4(3.  '  M oW  Les  Seigneurs  de  Banith. 

'  Anna  Comm.  1,  II,  p.  389.  .Sin.  —  "  Albertus  Aquensis,  I.  VIII,  c.  xl,  \lii. 

Gesin  Frnncor.  p.rpiigiianl .  HieriisnI.  c.  i,m.  '  Albertus  Aquensis,  I.  XI.  c.  xi,. 


LES  SEIGNEURS  DE  LA  CILIGIE.  291 

de  Mamistre,  qui  vivoit  ou  Tau  i  i  lo  et  i  i  i5  \  eurent  ces  places  en 
CTOuvernemeut  ou  en  fief,  sous  llionmiage  des  princes  d'Anlioche.  Du 
moins  il  est  constant  que  Tenipereur  Jean  Gomuène,  fils  d'Alexis,  les  prit 
toutes  sur  Raymond  de  Poitiers,  prince  d'Antioche,  lorsque  ulcéré  du 
refus  qu'on  luy  fit  de  donner  en  mariage  l'héritière  de  cette  piinci- 
pauté  à  son  fils  Manuel,  et  de  ce  que  Raymond  luy  avoit  esté  préféré, 
il  vint,  l'an  i  lia,  avec  une  puissante  armée  pour  l'obliger  à  luy  res- 
tituer, suivant  les  anciennes  conventions,  cette  place  et  let,  autres  de 
l'empire  grec  qu'il  tenoit  -.  D'abord  l'empereur  se  rendit  maistre  des 
villes  de  Tarse,  d'Anavarze,  d'Adane,  de  Mamistre  et  du  reste  de  la 
Cilicie,  après  cpi'elles  eurent  demeuré  en  la  puissance  des  princes 
d'Antioche  l'espace  de  tfuarante  ans,  ainsy  qu'escrit  Guillaume,  arche- 
vesque  de  Tyr;  puis  il  vint  mettre  le  siège  devant  la  ville  d'Antioche, 
et  ayant  obligé  le  prince  à  luy  faire  hommage,  il  luy  restitua,  par  le 
traité  qui  se  fit  entre  eux,  toutes  les  places  qu'il  luy  avoit  enlevées,  et 
luy  en  accorda  l'investiture,  à  condition  de  les  relever  de  l'empire^. 
L'année  suivante,  le  prince  s'estant  repenti  de  ces  traitez,  obligea 
l'empereur,  qui  avoit  hyverné  à  Tarse,  de  retourner  vers  Antioclie: 
mais  d  décéda  en  chemin,  dans  la  Gilicie,  l'an  ii/iS*.  Manuel,  son 
successeur,  continua  cette  gueri'e,  et  envoya  deux  généraux  avec  une 
armée  dans  la  Gilicie,  où  ils  prirent  les  places  et  les  chasteaux  que 
le  prince  y  tenoit,  qui  demeurèrent  depuis  ce  temps-là  aux  Grecs, 
quovi[ue  Raymond  eust  fait  sa  paix  avec  Manuel^.  Mais 

ToRos'',  prince  d'Arménie,  voyant  (jue  l'empereur  estoit  occupé  en 
d'autres  guerres,  et  se  fiant  d'ailleurs  sur  ce  (pi'il  estoit  éloigné  de  luy. 
entreprit  la  conqueste  de  la  Gilicie,  de  laquelle  il  se  rendit  maistre. 
Vlannel,  ([ui  ne  pouvoit  venir  en  personne  jiour  réduire  cet  insolent. 

'   Gauler.  De  Bello  Anlioclieno ,  \-).  Il  hj.  '    S mv  Les  Princes  d'Anlioche. 

-  Wilielnms  Tyr.  1.  XIV,  c.  x.\i\.  —  Gin-  '  Cinnamus,  I.  It ,  c.  m  .  p.  19.  3/!.  — 

naiiius,  1.  I.  c.  VII,  .\.  p.  8.  9.  19.  li).  —  Odo  deDiogilo.  I.  IV.  p.  liu. 
Nicet.  in  Joann.  c.  \i.  "   Voir  Les  Rois  d'Arménie. 

'  Willelmus  Tyr.  1.  XIV,  c.  .vx. 


292  LES  FAMILLES  D'OUTP.E-MER. 

donna  charge  ;\  Renaud,  prince  d'Aiilioclie,  de  le  chasser  de  cette 
piovince;  ce  qu'il  fit.  Mais  ce  prince,  offensé  de- ce  que  l'empereur  ne 
luy  avoit  pas  donné  la  rescompense  qu'il  luy  avoit  promise  pour  un  ser- 
vice si  signalé,  quitta  son  |tarty  et  se  joignit  à  Toros,  qui  entra  dere- 
chef dans  la  Cilicie,  où  il  juit  les  villes  de  Tarse,  d'Anavarze,  et  les 
autres  de  cette  province.  Cette  seconde  irruption  de  Toi'os  '  attira  Ma- 
ruiel  et  son  armée  dans  la  Cilicie,  où  il  reprit  Longinias,  Tarse  et  les 
autres  plac(>s  qui  lui  avoient  esté  enlevées,  et  y  établit  pour  gou- 
verneur 

Calaman -,  auquel  les  Grecs  donnèrent  le  nom  de  Constantin^,  filz 
de  Borilz,  bastai'd  de  Calaman,  roy  de  Hongrie,  et  ainsy  proche  pa- 
rent de  renq)ereur'',  (jui  estoit  filz  de  la  sœur  du  roy  Calaman,  outre 
<{ue  Boritz  avoit  espousé  une  parente  de  l'empereur  Jean  Comnène,  de 
laquelle  ce  Calaman  na(|uit^  Ce  gouverneur  est  reconnu  dans  nos 
histoires  sous  le  titre  de  duc  de  Mamistre".  Elles  racontent  comme  il 
tut  l'ait  prisonnier  en  une  bataille  que  les  nostres  perdirent  au  mois 
d'aoust,  l'an  j  i(U.  Durant  la  prison  de  Calaman,  Manuel  envoya 

Andromque  Euphorbène,  son  cousin,  pour  gouverner  la  Cilicie,  sur 
le(|uel  Toios  prit  plusieurs  places  de  la  Cilicie,  piqué  de  ce  que  ce 
gouvei'iieui'  avoit  fait  mourir  son  iVère  Estienue''. 

ANDRONiyLË  CoiiisÈNE  y  fut  euvoyé  ensuite  avec  la  mesme  qualité  et 
fut  défait  plusieurs  fois  par  Toros**. 

MiLos  ou  MILAS^  qui  succéda  à  Toros,  fit  la  guerre  à  Calaman,  (|ui 


'  Ginnamus,  I.  IV,  p.  195.  '  Epist.  pnnci[).iii  Ge.s(.  De/,e/f.[j.  1  1  79, 

^  Ciiinaïuus,  p.  3i2.  1182. 

'  Thwiocz,  part.  2,  c.  lxi.  '  Cinnamus,  p.  aiy. 

'  Willelinus  Tyr.  I.  XIX,  c.  ix.  "  Cinnamus,  p.  27  1 .  — Nicet.  in  Manuel. 

'  Cinnamus,  1.  III,  p.  126.—  Ollio  Fri-  \.  IV,  c.  iv. 

sing.  Annal.  I.  Vit,  c.  xxi.  '  Cinn.p.  ?,  1-2. —Voir  Les  Rois  d'Arménie. 


LES  SEIGNEURS  DE   LA  CILIGIE.  293 

estoit  sorty  de  prison,  le  défit  et  luy  enleva  plusieurs  places,  il  vain- 
quit encore  Michel  Brauas  et  Andronique  Eupliorbène,  qui  furent  en- 
voyez contre  iuy.  Il  est  probable  ((ue  ce  fut  en  ce  temps-là  cpie  I  l'in- 
pereur  (juitta  la  ville  de  Tarse  (laquelle  il  pouvoit  malaisément  garder 
à  cause  des  Arméniens  qui  s'estoient  joints  aux  Sarrazins)  k  Boé- 
mond  III,  prince  d'Antioche;  lequel  voyant  qu'elle  estoit  trop  esloignée 
de  ses  Estats  pour  la  conserver,  la  vendit  à  Rupin,  prince  d'Arménie, 
fds  et  successeur  de  Milon,  l'an  i  182  '.  Depuis  ce  temps-là  les  princes 
et  les  roys  d'Ai-ménie  furent  possesseurs  de  la  Cilicie,  et  y  firent  leur 
principal  séjour;  à  cause  de  quoy  cette  province  fut  reconnue  depuis 
sous  le  nom  d'Arménie  ,  comme  nous  apprenons  des  auteurs  de  ce 
temps-là  ^. 

'  Willeimus  Tyr.  1.  XXll .  c.  \xi\.  tara.  c.  ixiv,  p.  2/11.  —  Mann.  Sanut.  I.  I . 

'  Tageno  Palav.  p.  i3.  —  Geog.  grœc.         part.  5,  f.  i. 
apud  Allatiiim.  notée  in  Georg.  Acropoli- 


^>!)'i  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 


LES  COMTES  D'EDESSE 

ou    DE    ROHAS. 


Ëdesse,  ville  très-célèbre  des  peuples  nommez  Osroènes  et  de  la 
Vlésojjotamie,  fut  appelée  JuslinopoUs,  du  nom  de  lempereur  Justin 
le  Tliiacien,  ipi  la  fil  rebastir  après  qu'un  tremblement  de  terre  leul 
ruinée'.  Ensuite  elle  prit  le  nom  de  Roclias  ou  de  Rohas'^,  qui  luy  fut 
donné  par  les  Arabes.  [On  a  cru  aussi  ^  que  c'était  l'ancienne  Rages 
on  Ragnu  des  Mèdes.]  Elle  est  assise  sur  le  fleuve  de  Scyrte  *,  et  lut 
autrefois  la  capitale  du  royaume  d'Abgare  ^.  Elle  vint  au  pouvoir  des 
Perses  sous  le  fds  et  le  successeur  de  ce  roy,  qui  se  rendit  volontaire- 
ment à  eux.  Les  habitans  se  soulevèrent'  ensuite  contre  les  Perses  et 
se  donnèrent  aux  Romains,  qui  la  conservèrent  jusques  en  lainiée 
iju'Héraclius,  après  avoir  fait  mourir  le  tyran  Phocas,  fut  fait  empe- 
reur, Cosroès  l'ayant  inutdement  assiégée  auparavant,  sous  1  empire 
de  .lustinian''.  Héraclius  la  reprit  incontinent  après  sur  eux,  lan  19'' 
de  sou  empire;  mais  il  ne  la  garda  pas  longtemps,  cai'  dix  ans  après. 
Jad  ayant  esté  envoyé  en  Mésopotamie  par  Umar,  roy  des  Arabes,  ré- 
duisit Edesse  et  toute  cette  province  en  sa  puissance*.  Ensuite  l'empe- 
reur Romain  Lécapène,  y  ayant  mis  le  siège,  le  leva  à  la  prière  des 

'   Evagrius,  \.  IV  c.  viii.  —  Procojj.  1.  1.  '  Cedrenus.  p.  365. 

!)f  Bello  Persico ,  edit.  Paris,  c.xvii,  p.  27.  '  Procop.  De  jEdif.jmtA.U,  c.\u,]).  -n. 

'19.  —  Anastas.  Hisl.  eccl.  p.  yS,  86. 

"  Constant.  Porphjrog.  De  Imag.  Edess.  "  Cedrenus,  p.  607.  —  Anastas.  p.  88. 

|).  g/i.  '    Piocop.  De  Bello  Persico,  1.  II. 

'  Ecchard.  De  Sncra  cxpeit.  lerosoli/m. —  '  Thooplian.  —  (Jir.  Ak\va7id.  p.  8'jli. — 

.Mai'tène,  Ampliss.  coUect.  t.  V.  coi.  Saô  h.  Anastas.  p.  loC).  —  Paul.  Diiic.  Hist.  miscell. 

—  Cod.  diphm.  (.  I .  p.  493 .  I>i'i.  \.  XVIIL 


LKS  COMTES  D  EDESSE.  295 

liabitans.  qui  pour  reconiioissaiice  de  ce  bienfait  luy  firent  piésent  de 
l'image  de  Nostre-Seigneur,  imprimée  dans  un  mouchoir,  qu(>  nous 
appelons  vulgairement  veVonùyMe,  quasi  vera  icon  Christi  d'où  quelques- 
uns  ont  Formé  le  nom  d'une  sainte'. 

Enfin,  sous  l'empire  de  Romain  Argyre,  Georges  Maniacès,  prolo- 
spatliaire  ou  grand  escuier,  l'ayant  reprise,  elle  demeura  en  l'obéis- 
sance des  empereurs  de  Constantinojile -,  qui  y  envoièrent  des  gou- 
verneurs de  temps  en  temps,  dont  le  premier  fut  Maniacès \  auquel 
succéda  Léon  Lependrène,  qui  défendit  généreusement  la  ])lace  contre 
les  attaques  des  Arabes;  puis  Parasuatzas  *,  Ibérien  de  nation,  (jui 
défit  ces  mesmes  peuples  qui  avoient  tasclié  de  s  en  emparer  par  eiii- 
Ijusches  et  par  fraudes.  Après  luy  l'histoire  fait  mention  de  Paul, 
proèdre-'  (c'est  une  dignité),  gouverneur  et  capitaine  d'Édesse,  sous 
Diogènes,  sous  l'empire  duquel  la  Palestine  et  les  provinces  voisines 
ayant  esté  envahies  et  occupées  par  les  Turcs ^  la  seule  ville  d'Edesse 
demeura  exempte  de  leurs  attaipies;  et,  quoyque  environnée  de  toutes 
parts  de  peuples  infidèles,  elle  ne  reconnut  pas  tant  les  empereurs  de 
Constantinople  (ju'elle  se  vit  assujettie  à  ses  gouverneurs,  qui  se  trou- 
vèrent presque  indépendans  d'eux,  à  cause  qu'ils  n'en  recevoient  au- 
cun secours.  Car  il  semble  qu'Orderic  Vital ''  s'est  mépris  (piand  il  ;: 
escrit  (jue  la  ville  d'Edesse  estoit  en  la  puissance  des  Turcs  lors([ue 
Baudouin,  frère  de  Godefroy  de  Bouillon,  y  fut  appelé  par  le  gouver- 
neur, quoyque  Aithon^dise  de  mesme,  et  qu'elle  fut  assiégée  et  prise 
par  Artot,  général  de  Dogrissa  ou  Tegralbe,  second  sultan  des  Turcs, 
avec  toute  la  Mésopotamie  ;  ce  qui  semble  se  rapportera  c(;  que  Geoiges 
Elmacin  a  écrit,  que  les  villes  d'Antioche  et  de  Rohas  vinrent  en  la 
puissance  des  Turcs  au  mesme  temps,  sous  le  caliphat  d'Abulcasem. 
Mais  Foucher  de  Chartres  ^  qui  accompagna  Baudouin  en  cette  expé- 

'  Cedrenus.  ]>.  63 1.  —  Léo  (irammat              "  Wiilelmus  Tyr.  1.  1\ .  c.  ii. 

p.  5o8.  '  Ortleric.  Vital.  1.  !X.  p.  7/1/1;  édil.  Lt- 

'  Gedi-eniis.  p.  y-Si.  prevost,  c.  u. 

'  Cedrenus,  p.  787,  709.  *  Aitlion.  c.  .\\.  p.  l'i. 

Cedrenus,  p.  787.  '  Kuicher.  Carnol.  1. 1 ,1;.  \i.  -  Willeltiiiis 


'  Cedrenus.  p.  843.  Tyr.  I.  IV,  c. 


11. 


±H->  LES  FAMILLES   D'OUTRE-MER. 

(litioii  et  estoit  son  cliappellaiii,  nous  apprend  formellement  que  celuy 
(jui  commandoit  alors  en  la  ville  dEdesse  estoit  Grec  de  nation.  Con- 
rad, aljl)é  d'L'sperge',  le  qualifie  très-chrestien ;  lequel  y  ayant  esté  en- 
voyé, par  l'empereur  de  Constantinople,pour  la  gouverner  en  son  nom, 
et  se  voiant  environné  de  toutes  parts  des  Turcs,  (jui  avoient  occupé 
les  provinces  voisines,  en  sorte  qu'il  ne  pouvoit  avoir  aucun  commerce 
avec  les  Grecs  d'Orient,  ny  tirer  aucun  secours  d'eux,  commandoit  à 
la  place  et  aux  pays  voisins  avec  indépendance,  et  en  quelque  manière 
.'Il  souveraineté.  Mais,  comme  il  n'estoit  pas  assez  puissant  pour  re- 
pousser les  continuelles  courses  et  les  attaques  des  Turcs,  il  manda, 
du  consentement  des  liabitans,  Baudouin,  dont  la  réputation  en  t'ait 
de  guerre  avoit  remply  de  terreur  toutes  les  provinces  occupées  pai- 
les  nifidèles,  pour  le  sccouiir  contre  eux,  et  l'adopter  et  le  faire  son 
successeur  au  duché  et  au  gouvernement  d'Edesse,  ce  duc  grec  n'ayant 
aucuns  enfans '.  Cai-  Orderic^  s'est  encore  mépris  en  cecy,  quand  il  a 
esci'il  que  le  duc  donna  sa  fille  en  mariage  à  Baudouin. 

Baudouin  donc,  attiré  par  ces  belles  promesses,  [)rit  quelques  troupes 
avec  lesquelles  ayant  passé,  non  sans  beaucoup  de  péril,  jusques  dans 
Edesse,  il  v  fut  receu  par  le  duc.  qui  non-seulement  le  fit  gouverneui 
de  la  place  conjointement  avec  luy,  mais  encore  l'adopta  en  fils  \  sui- 
vant la  coutume  du  pays. 

J'av  remarqué  ailleurs  les  cérémonies  qui  s'observèrent  en  cette 
adoption.  Le  duc  ayant  esté  tué  par  les  habitans  quinze  jours  après", 
-;ur  l'avis  qu'ils  eurent  qu'd  machinoit  la  mort  de  Baudouin;  ce  prince 
fut  reconnu  et  estably  par  eux  duc  d'Edesse,  vers  l'an  1097.  Depuis, 
ayant  esté  esleu  roy  de  Hiérusalem,  après  le  décez  de  Godetroy  sou 
frère,  en  Fan  i  100.  il  céda  le  comté  d'Edesse  à 

'   Gonrnd.  Usperg.  ann.  1  100.  berl.  I.  III.  c.  xiii.  —  -i-i'  Dissert.  siir.loiri- 

'  Fulrliei".  Cnniotens.  — Willplimis  Ty-  ville,  p.  270. 

i-eiibis.  *  Fulcher.  Cariiot.  1. 1,  c.  vi.  —  AUjertus 

•  Ofderic.  Vilul.  t.  III.  \.  IX.  0.11.  p.  508.  Aquensis,  1.  HI.  c.  xxii.  wiii.  xxiv.  —  \\\\- 

-jhïi.  lelnnis  Tyr.  I.  IV.  c.  iv.  v.  —  Ecchard.  apiid 

'    \ll)Prliis  Aquensis.  I.  IH.  c.x\i. —  Gui-  Martèiie.  Ampliss.  collect.  t.  V.  col.  oao  b.c. 


LES  COMTES  D'EDESSE.  297 

Baudouin,  seigneur  de  Bourg  en  Retlielois,  son  cousin,  fils  puisiK'  de 
Hugues,  comte  de  Retliel  en  Champagne  '.  Ce  comte  ayant  esté  tail 
prisonnier  en  une  course  contre  les  Turcs, 

Tainciiède  fut  choisy  par  ceux  d'Edesse  pour  gouverner  la  |)lace  d 
l'Estat  d'Édesse^;  ce  ([u'il  fil  jusques  à  ce  que  Baudouin,  estant  de 
retour  après  cinq  ans  de  captivité,  rentra  en  sa  principauté.  Enlin 
Baudouin  de  Bourg  avant  succédé  au  royaume  de  Hiérusalem  à  Bau- 
douin 1'%  il  donna  le  comté  dEdesse  à 

.loscKLl^  DE  CoLRTENAï,  SOU  cousiii,  auquel,  n'estant  encore  (pu- 
comte  d'Edesse,  il  avoit  l'ait  don  à  son  arrivée  en  la  terie  sainte,  vers 
1  an  1101,  de  la  partie  de  son  comté  qui  est  vers  le  fleuve  d'Euplirate '. 
en  laquelle  estoient  les  villes  archiépiscopales  de  Coritium  et  de  Tn- 
lupe,  et  les  villes  et  les  chasteaux  de  Turbessel,  de  Haitab,  de  Ra- 
vendel  et  quelques  autres,  pour  tenir  le  tout  en  fief  de  luy  ;  d  oii  il 
est  souvent  surnommé  de  Turbessel  dans  les  auteurs  \  Joscelin  estoit 
issu  diuii'  très-illustre  famille,  ainsy  qu'écrit  Albert  d'Aix  ^  et  estoit 
fils  de  .foscelin,  seigneur  de  Gourtenay,  et  petit-fils  d'Athon.  fils  d'un 
chastellain  de  Ghasteau-Renard,  qui  le  premier  l'oitilia  le  chasteau 
de  Courleuay  ^  Ce  Joscelin  n'eut  de  son  |)]'eniier  mariage  avec 
Férole,  lille  de  Geofroy,  comte  de  Joigny,  qu'une  fille,  qui  fut  mère 
de  Guy  et  de  Renaud,  comtes  de  Joigny.  De  sa  seconde  femme,  Eli- 
zabeth,  fille  de  Miles  de  Montlhéry,  il  laissa  Miles,  seigneui'  de  Gour- 

'  AllieitiisAqiiensis.  I.Vll.c.  \\xi;l.  tX.  Ordeiic.  Vil.il.  I    X,  p.  yMç);  I.  \l.  |i.  8a5. 

c.  xxxix,  XI,;  I.  XI.  c.  vu;  1.  XII.  c.  xi\.  —  S26. 

Fuleher.  I.  II.  c.  xx\i.  —  W  ilielnuis  T\  r —  '  Albeilus  Aquensis.  1.  VII .  c.  xwvi  ;  1. 1\. 

Math.  Paris.  c.  xxxix;   I.  X.   c.  xxxvi:   I.  XI.   c.  x.  xii, 

-  Aibertus  Aquensis.  I.  IX,  c.  xli;  I.  X,  xxxviii.xl. 
e.  xxxvi. —  Marin.  Sanut.  1.  III.  p.  l^.'k  —  ^  Alberlus  Aquensis.  I.  XII.  c.  xxxi. 

WillelmusTyr.  1.  X.c.  xxx;  I.  XI.c.  vmi.  "  Gnniinuat.  Aimonii.  I.  \.  c.  xlvi.  — 

'  AlbcrUis  Aquensis.  I.  IX.  c.  xxxix;I.X.  Ilist.  de  CliaslUlon .  I.  II.  c. 


\i . 


c.  xxxvi;  1.  XI.  c.  xxxviii;  1.  XII, c.  xxxi. —         Labbe.  Lignages  d'otilre-mer,  1:.  \\\ .  \i.  090. 
Willelmus  Tvr.  1.  X.  c.  xxiv.  xxix.  xxx.  —         —  Cad.  dqdoimt.  t.  1.  p.  '110. 


38 


298  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

lenay;  Joscelin  II  [coinriK!  ineinbre  de  la  famille  de  Courtenai,  el  1"', 
coinnie]  conite  d'Édesse,  (;l  GeollVoy  de  Courtenay,  surnoiniué  Char- 
palii  par  Giullaunie  de  Tyr  \  qui  mourut  aux  guerres  saintes.  Cette 
Élizahetli  estoil  sœur  de  Mélissende,  mère  de  Baudouin  [de  Bourg], 
ce  (jui  a  l'ait  dire  au  mesiiie  auteur  [Albert  d'Aix-]  (jue  Joscelin  II  [1] 
estoit  Iils  de  la  tante  de  ce  roy.  Miles,  seigneur  de  Courtenay,  espousa 
Agnès,  sœur  de  Guillaume,  comte  de  Nevers,  et  eut  d'elle  Benaud  ou 
Renard,  seigneur  de  Courtenay  ^  qui,  de  la  sœur  de  Guy  du  Donjon, 
eut  Élizahetli,  dame  de  Courtenay,  mariée  à  Pierre  de  France,  lils 
puisné  de  Louys  le  Gros,  roy  de  France,  dont  la  postérité  prit  le  sur- 
nom de  Ç.ourlenajj. 

[On  voil  lin  Joscelin  de  Courtenai  souscrire,  comme  baron  du  royaume, 
un  acte  du  roi  Baudouin  III*,  en  i  i/iA.  Nous  ne  pensons  pas  que  ce  soit  Jos- 
celin II,  comte  d'Kdcsse,  qui  alors  n'avait  pas  encore  [)erdu  sa  principauté. 
Rtail-ce  un  frère  ou  un  fils  de  Renaud,  seigneur  de  Courtenai?] 

Joscelin,  comte  d'Édesse,  se  fit  tellement  signalei-  dans  les  guerres 
saintes  (pi'il  en  acquit  \o  surnom  de  Grande  qui  luy  est  donné  ])ar  les 
auteurs  et  par  son  fils  mesme,  (pii,  dans  des  lettres  de  [mai]  ii3i, 
où  souscrit  Tramon  [Francon],  arclievesque  de  Tulu[)e,  j»rend  ce 
litre:  Goscelimis,  magni  Goscelini  flim,  cornes  Edessanus.  Guillaume 
de  Tyr''  parle  avantageusement  de  ses  rares  qualitez,  aussy  bien  que 
les  autres  escrivains  des  gueri'es  d'outre-mei' \  (pii  racontent  au  long 
toutes  ses  belles  actions.  II  mourut  l'an  i  i3i  ^  laissant  de  sa  femme, 
qui  estoit  sœui'  de  Levon  ou  Léon,  princ<>  d'\rm(''m'(>  ou  dans  1  \r- 
nnînie,  Joscidin,  qui  luy  succéda. 

'   VVilielrmi.s  Tyr.  I.   \[V.  c.  vw.  —  f)u  "   Willelimis  Tyr.  I.  \.  r.  \xiv. 

Tillet,  [).  8(i.  '   I*'iilctier.  1.  111,  c.  \ii.  \\\u  .  \\\\ .  \i.ii. 

-   Albeiliis  Aquensis.  I.  Xll,  c.  \xm.  —  —  (ieiiiler.  De  hello  Aiiliochem ,  p.  'i(i(). — 

Ciid.  diploiiiiil.  t.  1,  p.  /iio,  'ii->.  Hist.  Hierosol.  ann.  iifla;  apud  Bongars, 

Uist.  de  Courtenay,  p.  ii.  -18.  ]).   (Ji<).  —  Willelimis  Tyr.   1.  X.  c.   .wiv. 

'   (lartul.  S.  Sepiik.  n"  S'i ,  |).  OS.  \xix,  \\x;  1.  \11,  c.  iv,  xvn  et  seq.  1.  XIII, 

'  jEgidiiis  (le  Itoyn  ,  ann.  iiOT). —  dar-  c.  xi,  \vi,  xxii. 
lui.  de  Manosfjue.  —  Cod.  diphmal.  1 .  1 ,  n°  1  .^,  '   Wiilelmus  Tyr.  1.  XIV.  c.  m.  —  f'yid. 

p.  1 6 .  4  I  ] .  lie  Roya ,  ann.  1 1  ."i  1 . 


LES  COMTES  DÉDESSE.  299 

JoscELiN,  II'  du  nom,  comte  d'Édesse,  suriioiiiiiR'  le  Jeuiic\  lut  tiiV- 
iibéral  et  vaillant  de  sa  personne,  mais  adonné  extraordinairemenl 
aux  femmes,  à  l'ivrognerie  et  autres  vices,  ((ui  le  plongèrent  avec  le 
temps  dans  le  mallieui-,  et  luy  firent  perdre  en  un  nu)ment  ce  que 
son  |)èie  avoit  acquis  avec  beaucoup  de  gloire  et  de  réputation,  et 
conservé  avec  beaucoup  de  jieine.  Car  Sanguin  %  sultan  de  Musule 
[c'est  Emad  Eddin  Zenglii  1"',  sultan  de  Mossoul  et  d'Ale|)],  ayant  mis 
le  siège  devant  Édesse,  la  prit  en  l'an  11^2,  ou  selon  d'autres^  en 
l'an  11  45  \i\hh,  selon  L'Art  de  vérifier  les  dates].  Guillaume  de 
Neuboiii'g"  dit  qu'un  habitant  de  la  ville.  Arménien  de  nation,  piqué 
sensil)lement  de  ce  que  le  comte  avoit  abusé  de  sa  t'einine.  iniroduisil 
les  ennemis  dans  la  place,  le  propre  jour  de  Noël,  durani  les  matines. 
Mais  le  comte,  fayaiil  recouvrée  et  reprise^  incontineni  après,  par 
l'intelligence  des  liabitans,  Noradin,  fils  de  Sanguin,  la  leprit  encore 
une  lois  sur  lui. 

La  nouvelle  de  celte  disgrâce,  arrivée  ù  la  terre  sainle",  excita  les 
princes  chrestiens,  particulièrement  l'empereur  Conrad  et  Louys  le 
Jeune,  roy  de  France,  à  prendre  la  croix  pour  arrester  les  progrez 
des  infidèles.  Enfin  le  comte  lut  tait  prisonnier  par  eux  dans  des  em- 
buscades ((u'ils  lui  di-essèrent  comme  il  alloit  à  Antioclie,  vers  1  an 
1168,  et  l'ut  conduit  à  llalape  [Alep],  où  il  mourut  misérablemenl '. 
Sa  femme,  voyant  que  son  mary  avoit  esté  pris,  transporta  et  céda. 


'  Willelmus  Tyi-.  1.  XIV,  c.  m.  xxvi  ; 
i.  XV,  Cl.  Il,  III,  IV,  \iv.  wiii;  I.  XVII. 

c.  XI. 

-  L'Art  (le  ocrificr  les  dates:  Si(ltiiiis  (F  Alep 
et  de  Damas. — Nicet.  in/onnn.  c.  mi,\iii. — 
Willcliniis  Tyr.  1.  XVI.  c.  iv.  v.  —  .lacob. 
de  Vilr.  I.  I ,  c.  xcii.  —  Chr.  Usperg.  —  CItr. 
Mnuriii.  [Histor.  de  France,  t.  IV,  p.  388  ). 
■ —  Gcsla  Lnd.  Vil,  c.  m.  —  Chr.  Novmnnn. 
anii.  1  i()A.  —  Otho  Frisiiig.  De  Gest.  Frider. 
I.  I.  c.  xxw.  —  /Egid.  de  Roya,  ann.  1  i3i. 

'  Malh.  Paris,  ann.  ii4-j.  —  Robert, 
de  Monte,  ann.   iiiS.  —  Cliron.  lîeiclicr- 


sperg.  aijii.  1  ikb. —  Nic.Trivet.  ann.  1  lATi. 

"  VVill.  Neubr.  I.  I ,  c.  xviii.  —  CItr.  Vo- 
sieme ,  c.  \\x.  —  Reinaud,  Extraits  des  Ht.':- 
toriois  avales,  etc.  p.  71-78,  9(1-9.3. 

'  Willelnuis  Tyr.  I.  XVI.  e.  xiv,  xv,  xvi. 
—  Saniit.  I.  III,  part.  y.  c.  n.  —  Alberir. 
Aquensis.  —  Magn.  chr.  Bcigk. 

°  Willeinuis  Neubrig.  loc.  cil.  —  Willel- 
mus Tyr.  I.  XVI,  e.  xviii.  —  Otbo  Frising. 
De  Gest.  Frid.  i.  I,  c.  xwv,  x\x\i.  —  Rn- 
bert.  de  Monte,  ann.  1  i/i5. 

'  W  ilieimus  Tyr.  I.  XVII.  <•.  xi— Jacob, 
de  Vitriaco,  I.  I,  c.  xcii. 

.38. 


.■iOn  LES  FAMILLES  IVOUTRE-MEP,. 

(In  (-(1118611161116111  de  Baiidoiiiii  111,  roy  de  llii'riiyalcin,  à  reniperoiir 
(le  (loiisliiiiliiioplc,  l(^s  villes  de  Tiubasscl,  de  Saiiiosale,  de  Ravendel. 
et  les  autres  places  cjuelle  possedoit  encore  au  comté  d'Edesse,  à  la 
cliai'fje  de  cpielque  pension  annuelle;  mais  Noradin  les  prit  toutes  en 
l'espace  d'un  an'.  Cette  dame  se  nommoit  Béatrix,  et  estoit,  au  rap- 
piiil  (le  (iuillaume  de  Tyr-,  autant  recoinmandable  pour  ses  belles 
(Mialilez  (pie  pour  la  noblesse  de  son  extraction.  Elle  avoit  espousé  en 
pi('un(''res  noces  Guillaume,  seigneur  de  Sehuna,  ou,  comme  porte  le 
[.ij;na<;e  doutni-iner,  de  Saône;  d'où  (piel(]ues-uns  ont  estinn^ ,  contre 
la  vi'rilé,  (pi'il  estoit  comte  d'Outre-Saone  en  France;  car  il  estoit 
de  la  mesme  l'amille  (pi'un  autre  Guillaume  de  Sehuna,  si  ce  nest  le 
mesme  dont  parle  encore  cet  auteur '\  H  esl  parlé,  en  un  registre  des 
comtes  de  Tolose*.  de  Sicai'd  de  Saomi,  (pii  souscrit  un  titre  du  comte 
i'ijnmond,  de  Fan  ni/id.  Mais  le  Lignage  d'outre-mer''  l'ail  de  ce  nom 
une  seigneui'ie  en  hi  teiic  sainte  ". 

.loscelin  eul  de  ce  maiiage  Josceiin  III  et  deux  tilles".  La  [uemière. 
nommée  A<>iirs,  espoiisa  prenn(''rement  Uenaud  de  \lar(''s,  ipn  lut  tué 
en  la  bataille  où  Haymond,  prince  d'Antioclie,  |)erdil  aussi  la  vie. 
l'an  1  1/18:  ])r()bablenieiit  fils  de  Baudouin,  seigneur  de  Marès\  que 
Guillaume  de  Tvr"  (pialilie  noble  et  pnisHunt;  puis,  en  secondes  noces, 
elle  fut  conidinle  avec  Abnaiic,  comte  de  Japbe '^  (pii  lui  depuis  roy 
iéiiisalem.  Ge  uianage  ayant  esté  dissous  à  cause  de  la  parenté 
[ui  estiiit  entre  eux.  elle  prit  pour  lioisiènie  mary  Hugues,  seigneur 
l'ibelin  el  de  liâmes.  L'autre  fille  de  Josceiin  "  l'ut  Isabelle  |  (pi'il  donna 
en  otage,  en  j  i'i->,  à  l'empei'eur  Jean  G(unn(''ue]. 

'   ,lac(il)Ms  lie  Vili'iaoo,   I.   I,   c.    xc.ii.  —  '    \inv  \)\u^hM  Les  Seigncuis  de  Suuiied. 

Willeliiius  Tvr.  I.  Wll,  c.  \\i.  WilIflniLis  Tvr.  I.  XIV.  c.  m;  I.  XVII , 

'    Willoiiiius  Tyr.  1    XIV.  c.  m;  I.  Wll.  r.  i\,  \i. 

c.  \i.  — Lignages  d'oiili-e-iiier.  c  \vi .  xwiii.  "   \ dir  Les  Seigneurs  de  Mares. 

\\  illelmiis  Tyr.  1.  XIV,  r.  iv.  \Viiit?lmiis  Tyr.  !.  X\l.  c.  \iv.  \\i.  — 

'    lleg.   lie   Tolosc ,    (le    la   chaïKlMv    des  (iiunaiiius,  1.  I,  p.  lO. 

i'iiiii|iU's  (If  Paris.  ''  Lignages  d'outre-mer,  c.  1. 

Lignages  d'anlre-mor,  c.  \\\\ .  |i.  'iio.  "    W'iliel.  Tyr,  I.  XV,  c.  xix.  —  Lebeau  . 


<:,|il.  l,nl(hc.  Ilisl.da  Bas-Empire,]  lAXXVI,  I.XIX.  p.  S 


I,KS  COMTES   DÉDKSSE.  301 

JosoELiN,  11b'  du  nom,  qualifié  comte  par  Guillauiiic  de  Tyr',  voyant 
qu'il  ne  lui  restoit  plus  rien  au  comté  d'Edesse,  se  retira  au  royaume 
de  Hiérusalem,  où  la  charjJie  de  séneschal  du  royaume  luy  lui 
donnée. 

III  siiiiscril  l'ii  celte  (|ii;iiit<''  jiliisiour.s  acti's,  de  i  i  77  à  i  iS-','-;  en  1  17(1. 
il  signe  un  acte  aver  la  seule  qualification  de  inmte  Joscelin  ^.  et  nu  antir 
comme  sén(''clial  '.| 

11  l'ut  lail  [irisfunucr  eu  une  rencontre  par  les  Tuics  ',  a\ec  iiciiaiid 
de  Chastillon  et  autres,  (;!  de|niis  l'ut  uns  en  lilierté.  lau   1  17(1. 

[Joscelin  prit  une  part  active  aux  affaires  du  royaume.  Oncle  de  Sil)\ile. 
comtesse  de  Japlie,  fille  d'Agnès  de  Courtenai  et  du  roi  Amanri.  il  lut  chargé 
de  la  tutelle  et  de  la  garde  du  petit  roi  Baudouin  V  (i  i8,5),  et  enuneiia  l'en- 
iant  dans  la  ville  d'Acre".  A  la  mort  de  Baudouin  V  (1  18 G),  il  persuada  à 
Baimond,  comte  de  Tripoli,  de  se  rendre  à  Tabarie  et  de  laisser  aux  Templiers 
le  soin  de  porter  le  corps  du  roi  défunt  à  .lérusalem''.  Le  comte  de  Tripoli  crut 
son  conseil,  et  Joscelin,  prolilant  de  sou  absence,  fit  proclamer  reine  à  Jéru- 
salem .sa  nièce  Sibyll''.  l'ris  l'anm-e  suivante  à  Tibériade**,  il  lut  relâché  pro- 
bablement en  même  temps  ijue  le  roi  (nii  el  les  autres  seigneurs  hiits  prison- 
niers avec  lui  (  i  188)^.] 

H  vivoit  encore  Tan  i  ii)o"'  [puisqu'il  a  souscrit  un  diplôme  de  Gui 
en  laveur  de  Marseille,  daté  du  siège  d'Acre,  eu  celte  même  année). 
11  espousa  Agnès",  fille  de  Henry  de  Milly,  surnomini'  le  HiiJJIe,  tVèie 
de  Pliilippes,  prince  de  Naples,  au  droit  de  laijuelle  il  posséda  le  Ciias- 
teau  du  Roy  el  Montfoi't.   De  ce  maiiage  vinrent  deux  lilles,  Héatrix, 

'   WillelniusTyr.  I.XIX.c.  IV.  i\;l.  \\l.  ''  Cmilimuil.  de  Ciiill.  il.-  T\i'.  I.   Wll 

c.  wii;  1.  XXII,  c.  i\,  xxvii.  r.  V,  XVII.  p.  -jo,  -jç). 

■  Corf.  rfî)>/ow(rt(.  1. 1,  n"' (53,  tiô.  liC».  71.  '  (Continuât,  (le  Giiill.  de  Tyi'.  I.  Wtl 

■H17.  p.  Go.  ()<J,  (>■].  71,  i'.'k).  c.  \liv.  |).  0(3. 

'  Cod.  diplomat.  \\°  (Ji,p.  61.  "  (lonliniial.  de  ("iiiill.  de  Tyr.  I.  XMV. 

■'   (lod.  diiihmal.  n"  Go,  p.  (il.  c.  xn.  p.  i->,  1. 

'    E"i(liiis  di' liov;i .  iinii.  117G.  '"  (juesiiay.    Proniic.   ]l(i>.silinis.   nniinl. 

'    (Jontiiiual.  de  (Jiiill.  i\r  Tvr.  I.  Will  .  n.  33G. 


c.  V.  XVII  ,  p.  10,  o.r>. 


f.ii'iiiiiiex  d'oiilrc'iiwr,  c.  \\i. 


.)():;  I.KS   FAMILi-ES  D'OUTRE-MER. 

iiiariôe  à  un  conilo  îilciuaii  [  (''est-à-dire  Allemand  do  nation,  nommé 
Ollon,  comto  de  Ilinncbci';,  comme  on  le  voit  j)ar  nn  acte  de  ce  sei- 
j'neur'  (octobre  19,08),  en  raveiii"  des  Hospitaliers  de  Jérusalem],  (jui 
vendit  ces  deux  places  aux  chevaliers  Thciilons,  n'ayant  laissé  aucuns 
cnfans  de  lu  y. 

[Un  acic  (le  janvier  1 -2  1  7 -,  pa)'  lequel  Bi'.ilnv  cède  ù  l'Hôpital  de  .léru- 
salem  ses  droits  sur  un  casai  contesté,  sendile  nKli(|ner  (pie  le  coinle  son  mari, 
ipn  lui  avait  remis  l'administration  de  tous  leurs  biens  communs.  l'Iail  mort  à 
cette  é[)0fpie.  ] 

L'autre,  nommée  Agnès,  .s'allia  avec  Guillaume  de  la  Mandelée^ 
(pii  en  (Mil  la  postéi'ité  (|ui  suit  : 

TABLEAU  GÉNÉALOGIQUE  DES  SEIGNEURS  DE  LA  MANDELÉE. 

(ililLLAHME  PE  LA  MAINDELKK  ■', 

espousc  Agnès , 

fille  (le  Joscclin  111. 


Jacques  dk  i.\  Masdelkb, 

espouse  : 

1"  utin  clame  native  de  la  PuuiMe; 

•2"  Alix  ,  fille  (le  Gautici-, 

prince  de  Césarée  *. 


liL]    (ItlI.I.AL'ME  DE  LA    MwDBLEE, 

ps|)nuse  Agnès . 

lillo  (le  Pierre, 

seigneur  de  Scniulelidn. 


"1 


[ù'  Irl.J    UABELLt   t)t   LA  Ma%DELFE  , 

fi'fnim-  (le  Tliibniil  de  Bossan  , 

ijis  puisnô  lie  Crémont  II  . 

spijfneiir  de  Bessan. 


.lOfiCELIN     PB    I.A    MaNDBLKE 

^e  relira  en  la  Pouille, 
nii  il  s'habitua. 


Cillï  et  PlEnRE  DE  LA  MaNDBLRE 

furent  ohevaliers  de  Tordre Theutniiique. 


Alix 

espousa  : 

1"  Guillaume  Barlais; 

n"  Agne  de  Bessan  , 

lils   puisné  de  Gautier, 

seijjneur  di-  Bessan. 


'    Cofl.    lUpkimut.    t.    I  ,    11"   93 ,    p.    96 . 

'113. 

"   Cod.  (liptoiiiiit.  l.  1,  n"  -1 1  a  ,  p.  a 53. 

^  J^ignngcs  d'oiilre-mer,  c.  \vi;  I,abiie, 
p.  391,  /i/io;  La  Thauuiassière.  p.  a3o. 
?,86;  lîeugiiol,  c.  \ii ,  xwm.  —  Livre  do 
Pliiiippc  de  Navari'e,  c.  lxxii.  —  Asxises  de 
Jénisnl.  l.  1.  p.  5/1 3. 

'  tril  est  parle  de  eeUe  seconde  aliianoe 


en  une  l'pisti'c  de  reni[)erenr  Ffédt'i'ic  II. 
dans  Malhieu  l'at'is,  en  l'an  1  3,39  (p.  oh  1). 
où  il  est  noniiiK'  .laques  de  Amendnba,  et  où 
il  est  remarque^  que  re  seigneur  espousa  eu 
premières  noces  la  sœur  du  papcGiégoite  IX. 
qui,  en  celle  considération,  donna  des  dis- 
penses pour  son  second  mariage  avec  Alix. 
quoyque  eslans  parens  au  troisième  degt  é.  - 
[Nous  avons  montré  comhien  celle  opinion 


I,KS  COMTES   DÉDESSE.  '       303 

I  Ces  seigneurs  sont  appelés  indifféremment  de  La  Mandei.ée,  dk  l^v  Mamik- 
LiÉ.  de  Amemhilia.  de  Amigdalen ,  de  Amaiidoleto.  Ils  paraissent  être  orl;;inain's 
tl'ltalie. 

Le  premier,  Guillaume  de  la  Mandelée,  mari  frA;;nès,  fille  de  Joscelin,  était 
un  chevalier  natif  de  Calabre'.  Il  combattit  dans  l'armée  du  roi  Aimeri,  en 
I  ^o3  et  1  2o4,  contre  les  Sarrasins,  qui  faisaient  des  courses  jusqu'aux  portes 
d'Acre. 

Son  fils  Jacques,  témoin  d'un  acte  en  i  aS  i  -,  fut .  en  i  933 ,  l'un  des  signa- 
taires d'un  traité  d'alliance  avec  les  Génois^.  En  i  207,  il  approuva  et  scella, 
avec  d'autres  hommes  liges  du  royaume  de  Jérusalem,  un  acte  de  Jean  d'ibe- 
lin,  seigneur  d'Arsur ',  baile  du  royaume,  accordant  des  franchises  et  des 
exemptions  aux  maicliands  d  Ancùni'.] 

de    Durante   était    peu    \rais(niil)lal)le.    l't  reste  la  parenté  entre  les  ileu.v  époii.x  était 

comment   il   l'ullail  interpréter  la  phrase  à  bien  plus  éloignée,  à  en  juger  par  le  tableau 

laquelle  il  lait  allusion.  (Voir  jjIiis  haut  Les  généalogique  suivant  extrait  des  Lignages. 

Seigneiiis  ih  fjsnri'p ,  ]).  -'.Si,  note  10.)  \u  c.  \vi  et  xwui  .  édition  lîengnot  : 

IClsTICIIE  (llii.MEir.  ,    riK  CtSARKIi. 


tiVlïiKil  i^'.  m:  r.t,suiv:K.  \g>ês. 

I  «pousi:  H'-nri  le  llulllf 


tluCLBS. 

I 

Jl'LIENMir. 


ê|j0.t^c  Jns-.lui  m.  d.-  Holu 


(itLTiGn  11.  é[ioiisc  (.luillaumc  de  ia  Mariiicifi 

Alix.  Jacjik';  de  m  M(\Dti.KE.J 


'  Contuiiuil.  de  Guill.  de  Tyr.  I.  WVIU,  De  Mas-Latne,  Him.  <lf  Clii/jnf,  I. 

\i ,  p.  •?(>•.'.  p.  58,  note  1. 

'   CoJ.  diploma!.  n°  -M '1  .  p.  ^55.  '    ('ixl.  (liptoiiint.  n°  i3o.p.  1.17.   1  ()  1 . 


;50/i  LES  FAMIU.KS  D  OLTIiC-MEH. 


DE   LA   iMAISOrS    UE   GOllUTENAY 

i;.\  A.\(;LETEiiP,i;. 

ISSLE,    SELUA   (HELQLKS   AITEIUS,    DES    COMTES   D'ÉDESSE. 


<iiit'l(|iies  iiK'iuoiix's  iiuimiscrils  dAiigleterie,  (|ia'  j  ai  \('uy,  et  qui 
m  ont  esté  coiiiiiiiiiiiijiiez  |)ai'  M.  dHérouval,  Idiil  desociidre  la  mai- 
son de  Coiu'teiiav,  (|iii  v  sidjsisle  encore  à  préseiil,  d  nu  lils  ])Misné  de 
.losceiiii  I'^^',  comte  d'Edesse,  sans  donner  la  pi'oiive  de  cette  descente, 
(|iii  est  incei'taine.  (Hioy(|irii  soit  probable  que  les  sei}jneurs  de  cette 
iamille,  en  Angleterre,  sont  sortis  de  la  niesme  ti'je,  c'est-à-dire  de 
la  maison  ancienne  de  Gourtenay,  dont  ils  ont  porté  les  armes  avec  le 
lambel  pour  brisure. 

Le  jircmici'  cpii  a  [lassé  en  Anf'leterre  a  esté  Renaud  de  (jOtrtenw', 
chevalier,  (pu  l'ut  ('uq)lové  en  1  an  i  lo-i  pour  la  conclusion  du  mariage 
d'Aliénor  d'A(piitaiiie,  <|ni  avoit  esté  répudiée  par  le  roy  Louys  \ll. 
avec  Henry,  comte  d'Anjou  et  depuis  roy  d"An(;leterre,  et  vint  a\ec 
elle  en  ce  royaume,  estant  jjour  lors  âgé  de  cpiarante  ans,  avec  (uiil- 
laume,  son  fils  du  premier  lit,  où  il  obtint  divers  biens,  et  \  prit  une 
seconde  i'enune.  Roger  de  Hoveden  ^  escrit  qu'il  fnt  présent  au  traité 
ipii  se  lit  entre  le  roy  Henry  et  Roderic,  roy  de  (lonact  en  li'lande, 
l'an  1  176.  D'autres  ont  estimé  avec  peu  de  l'ondemenl  (pie  ce  seigneur 
estoit  fils  de  Pierre,  fils  de  Louys  le  Gros,  ro\  de  France,  qui  espousa 
l'héritière  de  Courtenav.  Car,  posé  (pie  Renaud  ait  eu  ([uarante  ans 
en  l'an  1  iBa,  il  ne  peut  pas  estre  issu  de  ce  prince.  L'histoire  de  la 
rondation  de  l'abbave  de  Forde,  en  Angleterre^,  a  avancé  cette  opi- 

'    Mém.  de  Camden.  ''  Monust.  niigl.  I.  1.  |>.  ySG. 

"  Hoveden,  p.  bl>-j. 


MAISON   DK  COUMTENAY    KiN    ANGLETEHUK.  '       305 

iiioii,  t'I  iiéanlinoiiis  elle  se  truiiipi'  an  iium  de  Picnr.  s('i;;iifMi  «k- 
Courteiiay,  luy  doniianl  le  nom  de  FIciiin,  ([ui  fui  cidin  d'un  des  en- 
faiis  du  roy  Pliili])|)es  l'"'  ft  de  Berti'ade  de  Montlort.  (Idininc  doiir  il 
est  plus  probable  (|uc  la  uiaisoii  de  (louileuay  eu  Antjleli'iie  esl 
descendue  de  l'aneienne  maison  de  (loiirleiiay  en  Franc.',  en  ayani 
déjà  tracé  les  commencemens  et  l'origine,  j'ay  jugé  à  j)ro|jos  de  douriei 
la  table  généalogi([ue  de  celle  de  ce  nom  (|ui  subsiste  encore  en  \n- 
glelerre,  estant  d'ailleurs  peu  connue  eu  France. 


39 


306 


LKS   F\iVIIIJJ<;S  IVOUTRE-MER. 


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308 


LES  FAMILLES  DOliTRE-MKR. 


..■=  =  ^  ..  s?=  û  s    = 

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t  3  —  r^ 
§  c   .7      ■ 


£   i,    2   ^    =:  -^ 
=  "î   5  "^  ~  — 


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H    o    C    ^ 

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MAISON   DE  COURTENAY   Ei\    \N(iLETKi;i!i:. 


;i09 


_.^ï'ËÔ  = 


I        ^ 


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^   tj    c        ■  = 

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5  *f ,   .y,  -  ^   o 
-^    il    =   c=   =  "i  - 


310  LES  FAMILLES  D  OUTRE-MER. 


Li:S   COMTES  ÏITILAIUES  D'EDESSE 

01     DE    ROHAS. 


Les  roys  de  ('ypi'f  liront  revivre  clans  leur  coui'  les  (lijjiiitez  (jiii 
avoienl  eslé  les  jtlus  relevées  dans  le  royaume  de  Hiérusalem,  et  cori- 
servèreiit  les  titres  de  comtes  et  de  princes  qui  y  a\ oient  eu  cours, 
comme  si  les  places  dont  les  noms  y  estoient  annexez  eussent  encore 
esté  dans  leni'  [)uissance.  Entre  les  titres  imaginaires,  alTectez  néant- 
moins  à  (pi('l([ues  seigneui'ies  du  royaume  de  Cypre,  fut  celuy  de 
comtes  de  llolias  ou  de  Ruchas.  Le  premier  que  je  lis  en  avoir  esté 
revestu  l'ut 

JEA^  DE  MoNTFORT,  maresclial  de  Cy[)re,  l'rère  de  Pliilippes  de  Mont- 
tort,  seigneur  de  Tyr  ou  de  Sur,  et  fds  de  Pliilippes  de  Monlfori  et 
de  sa  première  l'ennne.  [Jean  de  Montl'ort  était  lils  de  la  seconde  femme 
de  Pliili[)pe  d(^  Montl'ort  '.  Voir  pour  plus  de  détails  Les  Princes  et  sei- 
gneurs (le  Tijr.\  Il  mourui  sans  postérité,  avec  grande  opinion  de  sain- 
teté, veis  Fan  i3oo'-,  et  fui  inhumé  eu  l'église  de  Nostre-Dame-des- 
Cliainps  (le  Nicossie,  au  lombeau  du(iuel  il  s'est  fait  grand  nombre 
de  miracles,  (pii  ont  fait  changer  de  nom  à  celte  église,  qui  fut  de- 
puis appelée  de  Sainl-Jean  de  Montfort.  Sa  feste  se  solenmise  au  mois 
de  may. 

Jean  du  Monr  [[)eul-ètre  le  même  (pii  avait  été  témoin  d'un  acte  de 
Hugues  IV,  en  i338j  paroist  ensuite  avec  cette  qualité  de  comte  de 

'   Lignages  (Vontrc-mer,  c.\\\.  89.  — Gallnnil,    Du  Fraric-dllcu,   j).  ido. 

'  Et. deLusigmm,  Ilist.  de  Chypre,  \K6'i,        t6i. 


LES  COMTHS  TITULAIRES  D'ÉDESSE.  311 

Rolias',  et  de  mareschal  du  royaume  de  <-^ypre  [eu  Taïuiée  io6u'-. 
comme  tesmoiu  d'une  confirmation  de  privilèges  en  faveur  des  Véni- 
tiens (16  août);  eu  i36i^,  comme  ambassadeur  du  roi  l^ieri-e  1" 
au])rès  du  doge  de  Venise;  et]  eu  l'an  1303  [ou  i3fi9];  eu  laquelle 
année  '  il  fut  envoie  par  le  roy  Pierre  eu  qualité  d'ambassadeur,  avec 
Thomas  de  Montolif,  auditeur  de  Cypre,  vers  le  pape  Innocent  VI. 
au  sujet  du  démeslé  que  ce  roy  eut  avec  Hugues,  prince  d'Autioche  '. 
son  oncle,  pour  la  succession  du  royaume.  II  l'establit  encore  gouver- 
neur du  royaume*^  dui'aut  le  voyage  ([u'il  fit  en  Italie  et  à  Avignou. 
[Pendant  l'absence  du  roi,  sa  conduit;  à  l'égard  de  la  iciiu^  Kb-onon- ' 
ne  fut  pas  exempte  de  reproches.] 

Après  la  mort  du  roy  Pierre  \  il  fut  un  de  cfu\  ([ui  élurent  .leaii 
de  Luzignau,  ])riuce  dAntioche,  baile  ou  régent  de  (jyju'e,  durant  la 
minorité  du  jeune  roy  Pierre  II,  l'an  ]3G8.  L'aimée  suivante '^  il  coui- 
mauda  six  vaisseaux  de  guei-re  contre  les  Turcs.  [Lors  du  niassacie 
des  Génois  dans  Nicosie"^,  à  la  suite  du  couronnement  de  Pierre  H, 
il  contribua  plus  qu'aucun  autre  à  arrètei-  le  désoidic.]  Il  uioiirut  de 
mort  subite,  non  sans  sou|)i;on  d'avoir  esté  empoisonné",  estant  à  la 
table  du  roy,  l'an  1379.  Il  eut  entre  autres  enfans  deux  filles  [ou 
plutôt  trois  ],  dont  l'une  es])ousa  [Hugues  d'Antioche'-,  couq)étiteur  de 
Pierre  1"  au  trône  de  Ghypi'e;  une  seconde,]  Jean  de  Luzignau ,  prince 
d'Vntioche  '^;  l'autre  fut  donnée  en  mariage  après  la  mort  île  son  père 

'   De  Mas-Latrie.  Hist.  do  dli/uji-e.  L   It.  ^   Assises  de  Jérus.  édil.  I>alj]je ,  |j.  /i.^7. 

p.  179.  '((jo,  563;  édit.  Beugnot,  I.  I,  ji.  (J. 

-  De  Mas-l^alrie.  Hist.  de  Clwjpn' ,  t.  II.  '   Loredano,  I.  VtlI.  p.  h\<.h  ;  li-a(L  tiaiiç. 

p.  3.30.  t.   11.  J).  ■>. 

'  De  Mas-Lalrie,  Hist.  dr  Chijirc ,  t.  11.  '"  Loredano,  I.  Vtll.i).  43i  ,  633;  trad. 

[I.  233.  franc,  t.  II,  p.   10.  i3.  —  De  Mas-Lalric 

'  hoïtàann.  De  reLmifrii.  I.  Vil ,  p.  3.5 1  ;  t.  II.  p.  35(j. 
Irad.  franc,  t.  1,  p.  386.                            .  "    Loiedano,  1.  Vill .  p.  5oG;  Irai!.  tVani;. 

■   Voir  Les  Princes  d'Antiuche.  I.  Il .  p.  99. 

''   Etienne  de  Liisignan,  Hist.  de  Chypre,  ''   Loredano,  I.  VII.  p.  35i  ;  li'ad.  Iiarn;. 

p.  i'i5,  i46.  I.  I.  p.  386. 

'   Loredano.  I.  Vil.  p.  391  ;  Irad.  franc.  '    Loredano.  I.VIll.  p.  /i55.  '461  ;  liad. 

[.  l,p.  428.  l'ranç.  t.  Il,  p.  '41  .  iy 


;512  LES  FAMILLES  DOliTHE-MEK. 

j  en  i385j,  par  If  roy  Ja(|iit's',  à  .(eau  de  l.iizij;iiaii.  lils  [aalurelj 
(le  son  frère,  pour  lors  a};é  de  i|uai()i'ze  ans.  |  I.e(|uel  épousa  ainsi  la 
sœnr  de  sa  lielle-nièie,  si  lonlefois  il  laiil  s'en  tenii'  an  l'éril  de  Lo- 
ii'dan.  I 

MoKK  i)i:  (iiiiMKii  un  iiK  (]i!ENn;ii  [on  Gin\n:K  de  Morpho  ]  fnl  fait 
comte  de  lîdlias -.  par  le  roy  .Ia(pn\s  leHaslard,  I  an   1/170. 

111  l'i'hul  déjà  depuis  |iliisieurs  iinnées.  puis(prii  est  iioihuk'  avec  ce  titre 
jijinni  les  témoins  de  l'acte  du  G  janvier  i/ifi/i  ^,  pnr  le(|uel  Jacques  II  coiilir- 
mait  dans  le  sein  de  la  haute  cour,  à  Nicosie,  les  conditions  proposées  par 
les  Génois  pour  la  reddition  de  Famagouste. 

Il  fut  toujours  un  des  seigneurs  les  plus  dévoués  au  parti  et  à  la  personne 
de  Jaccines  11,  et  un  de  ceux  auxquels  ce  ])rince  témoigna  le  plus  d'attache- 
ment et  (le  conliance.  Il  en  recul  à  différentes  reprises,  surtout  en  1  A68'',  des 
casaiix,  des  sommes  d'argent,  des  produits  en  nature,  elc.  | 

(le  fut  nu  des  seigneurs  (|ui  furent  eslablis  [par  le  testament  de 
.lac(|nes  II   ]  gonvei-neuis  du  jeune  roy  .laf[ues,  son  fils,  fan  1  A73. 

[Ap|)elé  à  Venise,  en  1A7/1,  par  ordre  du  conseil  des  Dix'',  connue  sn>- 
pect  de  trop  de  dévouement  à  la  reine  Catherine,  ou  à  la  cause  de  la  natm- 
nalité  cypriote,  (Irinier  de  Morpho  ne  put  rentrer  en  (ihypre  ipi'en  i/uSb.] 

Il  mourut  [à  Nicosie,  le  26  juin  i5oi  ',  âgé  de  soixaule-cjualre 
ans,]  sans  postérité.  Je  crois  que  ce  comte  estoit  issu  de  la  mesme 
famille  ([ue  les  seigneurs  de  Césarée  et  de  Sagetle. 

'   EomlaïKi.  I.  I\.  [).  5i0:  trad.  fianç.  '  ÉudcLmigiian.  Hisl.(leCtjjirc,\^.  18,-2. 

!.  11.  p.    110.  —  De  Mas-Lalrie.   ///W.    tic  —  Lomlaiio .  1.    XI,  [>.  707;  trad.   franc. 

Clifipi-e.  1. 11,11.  3f)G.  ^-  '''  I^'  '^*'^''  ~  ^'^  Mas-Latrie,  Hi.1l.  de 

'  Et.  de  Lusijrnan.  Géiicaloijic  des  comU\i  Chiprc ,  t.  lil.  [1.  366. 
il'Édesse,  fol.  '11  Ij.  '  De  Mas-Lalrie,  Hist.  de  Chypre,  1. 111. 

'  De  Mas-Lalrie.  llisi.  de  CInjpre,  t.  111.  [>.  366  et  noie  a,  377  el  note  1 ,  896  .  noie  a. 

p.  i-z.2,  395.  396  el  noie  2. 

"  De  Mas-Lalrie.  Ilist.  de  Chiipre,  t.  111.  '  De  Mas-Lalrie,  Hisi.  de  Clitjpic .  t.  IK. 

p.  a6c>  el  noie  li.  cl  p.  a6t.  p.  397,  896  note  a. 


LES  COMTES  TITULAIRES  D'ÉDESSE.  313 

Eugène  Synclitique,  gentilliomme  de  l'isle  de  Pdiodes  '  [mais  issu 
d'une  noble  famille  de  Chypre  2,  dont  on  voil  plusieurs  membres^ 
Thomas,  Nicolas,  Philippe,  figurer  dans  les  actes  du  loi  Jacques  H], 
estant  passé  de  l'isle  de  Cypre  à  Venise,  vers  l'an  i^gS,  acheta  de  la 
république  le  titre  de  comte  de  Uohas,  avec  le  fiel'  <pii  y  estoit  an- 
nexé. 11  laissa,  entre  autres  enfans.  Jaques,  ([ui  luy  succéda  au  comté, 
Marc,  qui  espousa  Marguerite,  fille  de  Mulio  Costanzo,  admirai  de 
Cypre;  et  deux  autres  filles. 

Jaques  Synclitique  succéda  à  Eugène,  son  père,  au  comté  de 
Hoas,  et  espousa  la  fille  de  Pierre  Podocator,  et  sa:'ur  d'Hercules,  de 
la(pielle  il  eut*  Eugène  II,  comte  de  Roha.s;  Tiiomas,  qui  fut  allié 
avec  Hélène,  fille  de  Diomèdes  Strambali;  Hiérosme;  Micolas  Marie; 
Mathieu,  qui  fut  conjoint  avec  Magdelène,  fille  de  Jean  Muscorno; 
Marie,  femme  d'Augustin  Barbarigo,  qui  mourut  proviseur  de  l'armée 
contre  les  Turcs,  l'an  1.^71  ;  Marie,  femme  de  Scipion  Carall'a;  Flo- 
rence, femme  d'Anloine  d'Avila,  connestable  de  Cypre;  Cécile,  mariée 
à  Mutio  de  Zimblet;  et  Catherine,  femme,  en  premières  noces,  de  Ja- 
zon  de  Nores,  et,  eu  secondes,  du  fils  de  Telagridia. 

Eugène  Sïnclitique,  1I*=  du  nom  ^  comte  de  Rohas,  fils  de  Jaques, 
espousa  la  fille  unique  d'Onufre  de  Requesens,  séneschal  de  Cypre,  en 
lacjuelle  dignité  il  succéda  à  son  beau-père.  Mais,  après  la  mort  de  sa 
femme  et  de  son  filz  unique,  estant  allé  à  Venise  pour  en  obtenir  la 
confirmation,  la  républi(pie,  qui  voulait  supprimer  cette  charge  et 
cette  dignité,  luy  accorda  au  lieu,  sa  vie  durant,  celle  de  collatéral  de 
l'Estat  des  Vénitiens.  Il  mourut  en  Cypre,  capitaine  général  de  la  ca- 

'  Et.  de  Lusignan,  Géncnlogie  des  comtes  "  Et.  de  Lusignan,  Généalogie  des  comtes 

d'jidesse,  [i.  /ii  b  et  ia  a.  -  d'Édesse,  p.  ia.  —  Ange  Calepien,  De  ta 

'  Éliennc  de  Liisigiian,  Jlist.  de  Cijprc,  prise  de  Nicossie. 
p.  i83  b.  =  El.  de  Lusignan.  Généalogie  des  comtes 

'  De  Mas-Lalrie,  Hist.  de  Chypre,  t.  III.  d'Edesse,  p.  ia  b. 
p.  1-37,  i()i.  aiS.  268,  ayS,  281. 


31/1  I.KS  FAMILLES  D  OUTP.E-MER. 

vale,ii(^  (lu  io;yaiime  coiilic  les  Turcs',  à  la  prise  de  la  ville  de  Nicossie, 
avec  [pres<iue]  tous  ses  iVères  [et  beaux-frères],  l'an  1670.  li  eut,  de 
sa  première  lenime,  Ja(|ues  et  Cornille,  décédez  (wifans:  et,  de  sa 
seconde,  (|ui  estoit  Bressane,  Jaques  Synclitique,  qui  vivoit  en  l'an 
iSyq-,  à  Tarvisio.  Elle  s('  uonimoit  Cara,  et  estoit  fille  de  Deiphobc 
Betegen,  de  Bresse,  et  de  Lama,  native  de  Tarvisio. 

'   Fr.  Aiijff^  Caippien.  p.  jGf)  1).  —  '  Hist.  Tamsina.  I.  IV.  p.  (Ui-j. 


LES  SEIGNEURS  DE  FEMIE.  Ml 


LES  SEIGNEURS  DE  FEMIE 

01    D'APAMIE. 


Tanciîkdk,  neveu  de  Boémoiid,  l'ut  le  piciiiie)' '  (|ui.  iuec  ses  gens, 
alla  mettre  le  siège  devant  la  ville  d'Apaniie,  capitale  et  métropole  de 
la  (lélésyrie,  et  l'enleva  aux  Sarrazins  vei's  Tan  11117.  1''^''  iain'i'*"- 
\lhert  d"\i\  iinmine  eette  ])lace  Ff'mie'^. 

hjNGi!;u(.i;ii,  seigneui-  ou  guuvenieui'  de  Féinie",  se  trouva  avec  les 
liaions  du  conilé  d'Edesse  et  de  la  principauté  d'Antioche,  avec  le  roy 
Baudouin  1'',  lorsqu'il  vint  à  Antioclie.  Tan  1  1  1  •< .  à  dessein  de  faii'e 
une  (■oui'S(*  sur  les  Sariazins. 

I  Nous  111'  vovoii.s  plus  de  seigneurs  d'Aj)auiii';  on  11e  peul  uiihiic  dire  (jue 
Taucrèdc  et  Rngeljjpr  l'aient  possédée  en  fu'l'.  dette  ville  devint  une  dépen- 
ilanrc  ilc  la  |)riiK-ipaul('  d'Anlioclie  ".] 

(  Les  PuiNCKs  DE  (jai.ii.i;i:,  voyez  Les  Seigneurs  de  Tabaiue.  j 

'   WilleliiiusTyr.  l.X,  c.  xxiii.  '  AlberUis  Aquensis,  1.  XI.  c.  \l. 

'  Ail).  Aq.  1.  X ,  c.  xvii  et  seq.  I.  Xll ,  c.  w.  '  Cod.  diidom.  t.  1 ,  p.  ia  1 . 


ko. 


.116  LES  FAMIM.ES  nOlJTRE-MER. 


LES  SEIGNEURS  DE   GIBLET 

ou    DE    GIBELET. 


Hugues,  surnomme  de  FEmbriac  dans  le  Lignage  d"oulre-mer '. 
Ehriaais  dans  les  histoires  des  guerres  saintes-,  et  Ansald,  nobles 
génois  ^  estant  arrivez  en  la  Palestine  avec  une  armée  de  soixante-dix 
vodes,  assiégèrent  la  ville  de  Giblet  ou  de  Gibelet.  comme  elle  est 
nommée  par  Jaques  de  Vitry,  vHle  maritime  de  la  Pliénicie  [garnie  de 
hauts  murs  et  de  fortes  tours ',  située  entre  Tripoli  et  Béryte],  dite 
en  latin  BibUiim,  et  la  prirent  en  Tan  1 108  [ou  plutôt  1 109,  d'après 
le  texte  même  de  Gudlaume  de  Tyr^].  L'un  d'eux,  sçavoir,  Hugues 
de  l'Emhriac,  en  obtint  la  seigneurie  pour  un  certain  temps,  ta  cnndi- 
lion  de  payer  à  la  république  de  Gènes  un  cens  animel. 

[Tel  est  1(>  réch  de  Gtiillaunio  de  Tyr.  Selon  Albert  d'Ai\  *.  au  mois  de 
mars,  la  quatrième  année  du  règne  de  Baudouin  (en  1  100,  si  l'auteur  compte 
Ips  années  de  ce  roi  du  commencement  de  l'année  commune,  a 5  mars;  1 1  oA  . 
s'il  les  compte  seulement  de  l'avènement  et  du  couronnement  de  Baudouin, 
le  jour  de  Noël,  1  100),  les  Pisans  et  les  Génois  s'emparèrent  de  Giblet,  et 
remirent  cette  villfi  à  Raymond  de  Saint-Gilles,  comme  devant  en  élre  le  soi- 
gneur naturel.  Si  l'on  ado|)tc  de  préférence  ce  récit  d'un  contemporain.  01 


01- 
1 


'  Lignages  d' outre-mer,  c.  .\ix,  xw.  sale  mhtli  ili  Gemva,  j)!.  iv.)  D'après  lagra- 

-  Allïei-liis  Aquensis.l.V,  c.xxxviii;  i.lX-  viire.  l'écu   est  d'argent  à   trois  lions   de 

c.  XXVI.  —  Roljerl.  Monaeli.  l.VIll.j).  71.  jj-ueules. 

apud  Bongars.  —  Jacoljus  de  \  itriaco  ,1.1.  '   Scliast.  Paoli ,  (M. diplomal.  1. 1 .  p.  /i3o. 

p    ^Liv.  —  lo.  Pliocas,  n'  5.  'i3i. — Gontin.  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXXVII, 

'  Emhriachi  de  Gênes,  selon    VArmorial  c.  vni.  p.  aatj. 

de  Gênes  du  Fransoncî,  rror  à  trois  lions  de  '  Willclmus  Tyr.  1.  XI,  c.  ix. 

sable,  -2,  1."  (Ag.  Franzone,  AriM  délie  ca-  ''  Alberlus  Aquensis,  I.  IX.  c.  xxvi. 


LES  SEIGNEUliS  DE  GIlîLET.  .'ilT 

pourra,  sans  trop  forcer  les  textes  el  les  claies,  admettre  la  possii)ililé  d'im 
diplôme  de  Raymond  de  Saint-Gilles,  du  17  janvier  1  100  '  (  1  io4".')-  pai- 
lecniel  le  chef  de  la  croisade,  Princeps  militiœ  cltristianœ  in  Jerosolimitano  itnwrc. 
donne  à  l'abbaye  de  Sainl-Victor-lez-Marseille,  la  moitié  de  la  ville  de  Giblel 
et  de  tout  ce  qui  en  dépend,  églises,  villœ.  châteaux,  casaux,  terres  incultes 
et  cultivées.  Si  l'acte  n'est  pas  supposé,  et  personne  jusqu'ici  n'en  a  contesté 
l'authenticité,  quoirpie  aucun  autre  document,  dans  le  Carlulaire  de  Saint- 
Victor,  ne  rappelle  cette  donation,  peut-être  Raymond  donnait-il  ce  qu'il  ne 
possédait  pas  encore  (c'est  l'opinion  de  dom  Vaissete),  comme  ont  fait  f[uelques 
rois  de  Jérusalem,  ainsi  qu'on  l'a  vu  précédemment.  Mais  ce  diplôme  n'indi([ue 
aucune  condition  d'éventualité.  Raymond  y  parle  comme  étant  à  ce  moment 
seigneur  de  Giblet  sans  opposition.] 

"  Les  François  en  avoieiil  tenté  le  siéj'je  auparavant  ',  mais  sans  aucun 
eiïet.  Hugues  espousa  une  dauie  provençale,  nommée  Sanchc,  et  en 
eut  Hugues  II,  seigneui'  de  Giblet-;  Bertrand,  Raymond,  Guillaume, 
qui  eurent  postérité;  et  Agnès,  femme  de  Garmond  ou  Grémond,  sei- 
gneur de  Bessan  ^  L'histoire  fait  encore  mention*  d'un  Guillaume  de 
l'Embriac  ou  Ehriacus,  noble  génois,  qui  se  trouva  à  la  prise  de  la 
ville  de  Hiérusalem,  ((ui  possédoit  quelques  biens  en  la  ville  de  Lao- 
dicée,  en  l'an  ii5û-',  comme  on  recueille  d'un  titre  d(!  Renaud, 
prince  d'Antioclie,  de  celte  année-là.  11  eut  pour  fils  Hugues  Embriac, 
qui  possédoit  les  mesmes  biens  et  vivoit  en  l'an  1170  [ainsi  que  le 
prouve  un  acte  de  Boémoiid  III,  prince  d'Antioche'\  confirmant  celui 
de  Renaud.]  Mais  il  n'est  ])as  constant  en  quel  degré  de  parenté  il 
atlouchoit  le  prince  ^  de  Gddet. 

'   llist.  gciwi:  de  Langtied.  t.  Il,  p.  SSy.  clans  rarlicle  concernant  Les   Seigneurs  de 

et  Preuves,   col.    r>6o.  36 1.  —  Beng-not.  Bessan,  p.  •2hç). 

Assises  de  Jériis.  t.  Il,  p.  '179.—  Cm-tul.  ms.  "  Raymond  d'Agiles,  |).  1  77.  —  Tudeb. 

deSaint-Viclor-let-Marseille ,  fol.  iS.'i.  Cnrt.  p.  808.  — Willelnuis  Tyr.  1.  VIll,  c.  x. 

imprimé,  t.  11,  p.  i5i.  '   Llghelli,  Itidia  sacra,  t.  111,   col.  hdlt. 

-  Raymond  d'Agiles,  p.    iliô.  —  Belli  "  Vi^lieWi,  Itniia  sacra,  co\.  h-jo ,  h']6. 

«icn /i/iwr.  Mabilloii,il/«s. //»//V.  l.l,p.-3o/i.  '   H  fanl  lire  ici  seigneur  de  Giblel;  par- 

—  Lignages  d'outre-mer,  loc.  cil.  tout  ailleurs,  dans  cet  article.  Du  Cange  a 

'  Voir,  sur  cette  alliance  d'Agnès  avec  suhstituéleraot  dese/g-HCKr  à  celui  dey^ciHce, 

Gre'mond,  ce  que  nous  avons  dit  plus  haut,  qu'il  avait  éeiit  d'abord. 


.318  m;s  familles  d  uutp.l-mei;. 

I  L'iiiccr(i(ii(lc  (Ir  Dm  (laii|;t;  à  I  égard  de  (iiiillauiiic  de  LciiiLriac  l'I  de 
Hugues,  sou  lils.  |)r(i\ienl  de  re  (|ue  le  Liguage  d'outre-mer  a  évidemmenl 
omis  une  gén(''rali()ii  au  lomuieuceujeul  di'  sa  géuéalogie  des  Giblel,  comnu' 
le  |)r(iii\eii(  plusieurs  actes  et  d'autres  documents  hisloritjues;  et  d'abord  le 
(ïiii.LAtMi;  i)K  LKMiiniAC  (|ui  Se  Irouva  à  la  [)rise  de  Jérusalem,  en  )0()C),  est 
distinct  de  celui  (|ui  vivait  eu  l'an  i  i5A.  On  peut  croire,  et  c'est  l'avis  de  Sé- 
bastien Paoli  '.  ipie  le  premier  est  le  père  de  Hdgues  de  Lembriac;  mais  nous 
nr  trouvons  aucune  indication  ipu  nous  autorise  à  supposer,  avec  cet  auteui-. 
(]ue  Hugues  de  Lembriac  et  Ansald  aient  été  frères. 

Hugues  de  Lembriac ,  resté  seigneur  de  Giblet  sous  la  suzeraineté  des  princes 
de  la  maison  de  Toulouse  qui  furent  depuis  les  comtes  de  Tripoli,  vivait  en- 
core en  l'an  i  197,  année  où  il  souscrivit  un  acte  de  Pons-,  comte  de  Tripoli. 
Il  ne  vivait  |)lus  en  1  i35.  comme  l'atteste  un  acte  de  sa  veuve,  Adalaxu'  ou 
Adélaïde  ^,  ijui,  d'accord  avec  son  fds  Guillaume,  donne  au  Saint-Sépulcre  une 
rente  annuelle  de  douze  besants  et  de  cent  vingt  litres  d'buile,  pour  l'âme  de 
son  mari,  Hugues  Ebriac;  pour  son  propre  salut,  et  pour  celui  de  ses  lils  et 
de  ses  filles.  Dès  cette  épocjue,  et  même  auj)aravant,  Guillaume  Edhiac,  ou  de 
Lembriac.  était  donc  le  seigneur  de  Giblet,  d'abord  peut-être  sous  la  tutelle  de 
sa  mère.  Il  est  nommé  GuiUaume  Ebriac.  dans  un  acte  de  Raymond  I",  comte 
de  Tripoli  '  (1  iH(j,  i3  décembre),  comme  étant  un  de  ses  barons.  Il  souscrit 
un  autre  act<'  du  même  seigneur^  (1 1  65),  sous  Iç  même  nom,  sans  autre  fjua- 
lilication.  Il  est  témoin  d'un  acte  d'Armesende  de  Château-Neuf"  (  1  i.5i  ).  où 
il  est  nonnué  Guillaume  Embriac.  Enfin,  dans  un  acte"  dressé  en  son  nom 
(  t  i5c)).  Guillaume  Ebriacus  prend  le  titre  de  seigneur  de  Giblet,  ce  tpii  ne 
veut  pas  dire  cependant  (ju'il  n'ait  pas  joui  de  ce  titre  avant  cette  époque,  car. 
déjà  vingt-deux  ans  au  moins  s'étaient  écoulés  depuis  la  mort  de  son  père.  Par 
let  acte,  (niillaume  Lembriac  vend  une  maison  à  lui  appartenant  dans  la  ville 
de  Tripoli,  du  consentement  de  sa  femme  Sansa  et  de  son  fils  Hugues.  On  lui 
voit  aussi  un  autre  fils  iinnnué  Raymonfl .  mentionné  dans  les  actes  de  ce  même 


'    Cod.  diplomal.  l.  1,  p.  '177,  /i7(S.  ''  Cod.  dlplomnt.  l.  1  .  11'  :>.'.>.  [i.  -'.L. 

'   Cod.  diplomal.  I.  1 .  lï'  1 1  .  ]>.  it>.  "  (^od.  diploimil.  l.  I.  11"  19A,  p.  yiit). 

■   Cniiiil.  S.  Scpiilr.  n"'  f)('),  97.  |).   iSf).  '  (Àid.  diplomal.  t.  I.  11°  31),  p.  35. 

i()i.  ^  Coll.  diplotiiulA.\  .n"  ^i'\ .  \).^.}:  n' ii')']. 


Cod.  diplomal.  I.  I.  11"  i<S.  p.  u).  p.  -.mu. 


LES  SEIGNEURS  DE  GIHLET.  319 

Ainsi  c'est  Guillaume  de  Lembriac.  et  non  son  père  Hugues,  (jui  eut  |)oiu' 
l'einme  Sansa,  ou  Sancbe,  et  pour  fils  Hugues  H  et  Raymond.  Quant  aux  trois 
autres,  Bertrand,  Guillaume  appelé  aussi  Raymond^,  et  Agnès,  mentionnés 
par  le  Lignage  d'outre-mer,  ils  peuvent  avoir  été  en  effet  les  enfants  de  Hugues 
de  Lembriac  et  d'Adélaïde,  et,  par  conséquent,  frères  et  sœur  de  Guillaume. 

Voici  donc  comment  on  pourrait  établir  le  commencement  de  cette  généa- 
logie : 


tiuiLUlME  DE  LeMBRUC  , 

au  sit'ge  d**  Jérusalpni. 

1 

Hugues  de  LEMonuc , 

premier  seigneur  de  Gibiet, 

épouse  Adiilaide, 


\.  Ac\tS.  (ilItLilME   DE  LeMBBUC  GviLLALME  DERTRANC, 

fille  inconnue.  tipoust?  Sanclie.  ou  Raïuomj. 


1170-1186.         '  lÎAlllONP. 

Hugues  II.  j 

1184-1196.  Jean  DE  filBLET, 

Hugues  UI  ,  le  Boiteux,  maréchal  du  royaume  ,  etc. 


épouse 


Estéfémie. 


Gui .  Hcgdes  , 

seigneur  de  Giblet,  etc.  tué  vers  1306. 

Nous  développerons  plus  tard  les  motifs  qui  peuvent  faire  supposer  deux 
seigneurs  du  nom  de  Hugues  entre  Guillaume  de  Lembriac  et  Gui.  | 

Hugues,  H*^  du  nom,  seigneur  de  Giblet,  surnommé  le  Boueux-,  es- 
pousa  Estiennette,  fiUe  de  Henry  de  Milly,  dit  le  Buffle,  frère  de  Phi- 
lippes,  seigneur  de  Naples  [laquelle  était  veuve  eu  premières  noces 
de  Gudlaume  Dorel  ou  Rostain,  seigneur  de  Boutron'].  Il  eut  de  cette 
alliance  Guy,  seigneur  de  Giblet;  Hugues,  décédé  sans  enfans;  Plai- 
sance, femme  de  Boémond,  dit  le  Borgne,  prince  d'Antioche;  et  Pavie. 
mariée  à  Garnier  Aleman. 

'  Lignages  d'outre-mer,  c.  xavi.  édition  '  Continuai,  de  Guill.  tle  Tyr.  I.  XXI II . 

Labbe.  c.  xxxiv,  p.  5i.  —  Assises  de  Jerusal.  l.  I. 

^  Lignages  d'oiitre-mer,  loc.  cit.  p.  5i3,  note  a. 


320  F,KS  F\MILI>i;s  I)  OUTRE-MER. 

Guy,  sei|{(i('iir  de  Gil)l('l,  osl  iioinnH'  Hlglks  par  (jiiillaume  de  Tyr', 
du  teiii[)s  du(|iiel  il  vivoil,  eesl-à-dirc  sons  l'ompire  de  Manuel,  escri- 
\aiil  (jiril  esloit  pctit-lils  (\u  ])remier  de  celte  famdle  (jiii  posséda  Gi- 
blet.  Mais  il  \  a  lieu  de  cioii'e  (iu'il  s'est  mépris,  d'autant  (pu;  le  Juil' 
Benjamin  eu  son  ltinéiaii'e'%  (pii  vivoit  au  mesme  tem^iJS  (pH3  Guillaume 
de  Tyi'.  nous  ajtprend  (ju'il  s'appeloit  Guy,  nous  ayant  mesme  marqué 
quelques  vestiges  de  son  surnom  et  de  sa  nation,  que  les  deux  inter- 
pi'ètes  de  cet  auteur  ont  mal  conceuz  et  et  expliquez. 

I  Le  texte  liébreu  porte  -v-i^^iW  DiiN'^'?''^,  Gillmms  Ainhmmi,  ce  (jui  rapj)elle 
Guillname  Eiiibriac,  et  se  rapporte  à  ce  seigneur  beaucoup  mieux  qu'à  Gui, 
sou  petit-lils.  En  elïel ,  lors([ue  Benjamin  arrivait  à  Giblet,  peu  de  jours  aupa- 
ravant. Tri|ioli  avait  éli'  alllijjé  d'un  violent  IremJjiement  de  terre.  Or  cette 
catastrophe  eut  lieu  en  i  170.  selon  L'Arl  (k  vrnjier  lesd/ites,  on,  selon  Guil- 
laume de  Tjr '^  '^^  septième  année  du  règne  d'Anuuu-i,  au  mois  de  juin,  c'est- 
à-dire  en  1  I  Gf).  Guillaume  Embriac  aurait  donc  vécu  au  moins  jusqu'en  cette 
année  ou  la  suivante,  mais  pas  au  delà,  puis(pie  nous  avons  vu,  en  1170, 
Hupues  en  possession  des  liiens  de  son  père '.  | 

D'ailleurs  VVillebrand  d'Oldenbourg  \  descnvant  le  \oyage  qu'il  lit 
en  la  teiTe  sainte,  l'an  1  •>.  1  1 ,  dit  que  le  seigneur  de  Gibiet  qui  vivoit 
alors  se  noiumoit  6»//. 

I  Du  Gange  connnencc  Iroj)  tel  et  ne  prolonge  pas  assez  la  vie  de  Hugues  II. 
On  a  vu  (ju'il  succéda  à  son  père  en  1170,  et  divers  actes  prouvent  qu'd  a 
vécu  au  moins  juscpi'en  1  18/1,  l'année  même  où  s'arrête  le  récit  de  Guillaume 
de  Tyr.  Gonune  seigneur  de  Giblet  et  va.ssal  dn  comte  de  Tripoli,  Hugues 
souscrit*,  avec  Ravmond,  son  frère,  un  acte  de  Raymond  11.  comte  de  Tripoli 
(1  17/1,  décembre):  la  même  année,  du  consentement  du  comte  de  Tripoli, 
de  concert  avec  Raymond,  son  frèn;,  et  Hugues,  son  fils  ',  il  accorde  une  terre 
à  l'Hôpital  de  Jérusalem.  Parmi  les  témoins  de  l'acli',  on  remar((ue  Henri  et 

■   Willelimis  Tyr.  I.  XI,  c.  ix.  "   Ujflirlli.   Ilali'i  ■■<iicni .  i.  Itl,  col.  /lyo, 

-  Benjarii.  Itiiirr.  l'dition  Arias  Monlani.  'lyCi. 

p.  35;  édition  Const.  L'Empereur,  p.  33.  '   \Viliel)r.  Olclenlj.  ]>.  i-jy.  1-38. 

'  Willelnius  Tyr.  1.  XX,  c.  xu  .  p.  38G.  "  CW.  (Ilploinrii.  L  1 .  11°  5/i,  p.  55. 

édit.  Boiijjars.  '   <mI.  diphiimt.  l.  1.  n"  1G7,  p.  a  10. 


LES  SEIGNEURS  DE  G1I5LET.  '  321 

Rainaud  de  Giblct;  mais  nous  ne  pouvons  dire  s'ils  appartenaient  à  la  l'ainille. 
ou  si  c'étaient,  seulement  dos  chevaliers  habitants  de  la  ville.  Henri  de  Gihiet 
avait  déjà  souscrit  deux  actes',  de  Roger  de  Cayphas,  et  de  Vivien,  seigneur 
de  ce  fiel':  le  dernier  de  ces  actes  est  de  1 165. 

Hugues  II,  seigneur  de  Giblet,  souscrivit  encore  un  acte  de  Baudouin 
de  Rames'-  (iiyG),  et  trois  titres  de  Raymond  H,  cmnte  de  Tripoli  ■ 
(1177.  octobre;  1181,  mars;  1186.  juin);  ces  trois  derniers  avec  son  fils 
Hugues.  Ici  s'arrêtent  les  documents  c[ue  nous  possédons  relativement  à  ce 
seigneur. 

Son  frère  Raymond  souscrit  avec  lui  plusieurs  des  mêmes  actes;  dans  celui 
de  mars  1181,  il  a  le  titre  de  connétable  de  Tripoli^;  seul,  il  en  signe  en- 
core d'autres,  avril  1  i85  ';  1"  février  1  186'^^.  Au  même  mois  de  la  même 
année  ^,  il  vend  un  casai  à  l'Hôpital  de  Jérusalem.  Dans  cet  acte,  il  s'intitule 
Raymond  de  Giblet,  fils  de  Guillaume  Embriac,  et  déclare  agir  avec  l'assenti- 
ment de  son  seigneur,  Boémond  (III),  prince  il'Antioche.  Depuis  cette  époque 
nous  le  perdons  de  vue,  aussi  bien  que  son  frère.  Sa  postérité  est  rapportée 
par  le  Lignage  d'outre-mer,  et  donnée  ci-après  dans  le  premier  tableau  généa- 
logique de  la  famille  des  Giblet. 

Quant  à  Hugues,  fils  de  Hugues  II,  que  nous  voyons  souscrire  des  actes 
de  son  père  entre  les  années  1  177  et  1  1 84,  il  y  a  tout,  lieu  de  croire  que 
ce  fut  Hugues  le  Clopin  ou  le  Boiteux,  mort  avant  1  kj'^.  De  son  vivant,  la 
forteresse  de  Giblet  était  tomb('e  au  pouvoir  de  Salali  ed-Din,  après  la  bataille 
de  Hatlin.  Sa  femme  Estéfénie,  restée  tutrice  de  ses  enfants,  parvint  à  re- 
prendre la  seigneurie  de  Giblet  en  1  197^.  grâce  aux  intelligences  qu'elle  avait 
su  se  créer  dans  la  garnison  nmsuimane. 

De  son  mariage  avec  Estéfénie,  Hugues  III  paraît  avoir  eu  deux  fils,  dont 
l'aîné.  Gui,  lui  succéda  comme  seigneur  de  Giblet-',  étant  encore  mineur,  et  le 
second  fut,  selon  toute  apparence.  Hugues,  tué  en  1906  '".  durant  la  guerre 

'    Cininlarhnii  Sanrti  Sepulcri .  n°'   laS.  '    f^od.  diphimat.  (.1.  n'  77.  p.  «^i. 

197,  p.asg,  aSfl.  —  Voir  Les  Seigneurs  de  '   Cod.  diplomot.  t.  I.  n"  76.  p.  7G,  77. 

Cayphas.  '  Continunt.  île  (niill.  de  Tyr,  1.  XXVIl, 

'   Cod.  diplomnl.  I.  [,  11°  Gi.  ji.  (h .  C-  '-  P-  217.  a  18. 

'  Cod.  diplomat.   t.  I.  11°  170.  p.  21  3  :  '  Continuât,  de  Guiil.  de  Tyi.  1.  XX III, 

n°  70,  p.  70;  n°  75,  p.  7G.  c-  xxsiv,  p.  5i. 

*   Cod.  diplomat.  t.  I,  n°  70.  p.  70.  '"  Continuai,  de  Guill.  de  Tyr,  i.  XX Xi  , 

^   Cod.  diplomat.  t.  1.  n"  7,  p,  287.  c.  iv.  p.  ?>ili.  3i.'i. 

Al 


;!-22  I.HS  FAMILLES  i)OUÏRE-MER. 

ijui  eut  lieu  entre  lioénioiul  l\'.  (rAntioclu".  et  Renaurl.  seiptKMir  de  Méphin. 

Telle  est  (lu  moins  l'opinion  de  Paoli  '. 

De  ce  (]ue  nous  venons  de  dire,  on  peut  conclure  qu'en  i  i8A,  iiu  monienl 
où  (iuillauine  de  Tyr  arrêtait  la  composition  de  son  Histoire,  Hugues  H  était 
encore  le  seigneur  de  Giblet,  et  que  par  conséquent  cet  historien  ne  s'est  pas 
trompé.  Rien  n'empêche,  sans  doute,  qu'en  1211  le  seigneur  de  Giblet  n'ail 
été  Gui,  son  fils  ou  son  petit-lils.  Et,  s'il  n'y  a  point  eu  deux  seigneurs  du 
même  nom  (|ui  se  soient  succédé  de  père  en  fils.  Gui  a  pu  hériter  du  titre 

son    père  dès  l'année  1187.  comme  le  pensait  Du  (lange;  mais  rien  ne  le 


iirouve. 


Ainsi  [ou  ne  peut  «lire  avec  certitude  si]  ce  t'ul  de  son  temps  [,  ou 
du  vivant  de  son  père,  Hueues  II'-,]  que  Saladdin  se  rendit  niaistre 
(le  la  ville  de  Giblet,  l"an  1  187.  Mais  après  la  mort  de  ce  suitan,  les 
Sarrazins  qui  la  gardoient  ayant  esté  gagnez  par  argent  par  celui  à 
qui  elle  appartenoit'\  la  luy  livrèrent  sans  que  le  sultan  qui  gouvei- 
noit  alors  eust  avis  de  cette  trahison.  Ce  qui  arriva  vers  l'an  1  199. 

I  Ou  1197.  Nous  avons  vu  (pie  c'est  l'ancienne  dame  de  Giblet  ',  Estélénie, 
veuve  de  Hugues  le  Boiteux,  qui  ménagea  cette  affaire  et  l'amena  à  un  heu- 
reux r(5sultat.  Les  héritiers  dont  parlent  Jacques  de  Vitry  et  Marin  Sanudo,  sans 
mentionner  cette  dame,  étaient  les  enfants  de  Hugues  et  d'Estéfénie ,  desquels 
Philippe  de  Navarre^  ne  nomme  (pie  Gui,  et  Pavie,  l'emme  de  GarnierLaleman. 

Gui  peut  donc  être  considéré  comme  étant,  à  cette  époque,  le  seigneur  de 
Giblet,  mais  peut-être  encore  mineur  et  sous  la  tutelle  de  sa  mère.] 

II  espousa  Alix",  sœur  de  Boémond,  dit  le  Borgne,  prince  d'Antioche 
[qui  lui  apporta  en  dot  i.ooo  besants  de  rente],  de  laquelle  i\  eut 
Henry,  seigneur  de  Giblet;  Raimond  [dit  le  Jeune],  chambellan  du 
prince  d'AntiocIie,  qui  souscrit  un  titre  d'Aimery,  roy  de  Hiérusalem  ■. 

'   Cod.  diplomal.  t.  1 ,  p.  /178.  "  Cmitiiiual.  de  GuilL  de  Tyr.  I.  XXVll, 

-  Jac.  de  Vitiiaco,  L  1,  c.  m;v. —  Saiiut.  c  1.  \i-  -217-  218. 

i.  III ,  part,  (j,  c.  V. —  I\a(L  de  Diceto .  p.  (J4 1 .  '  As.iises  de  Jérus.  l.  I ,  p.  o43. 

—  Hovedeii .  p.  (130.  —  Rad.  Coggesli.  apiid  Lignages  d'oiitre-tnei:  —  Cod.  diptomat. 

Martèrie,  Ampllss.  collect.  l.  V,  col.  564  a.  t.  I,  n"  98,  p.  10a  ,  108. 

■  Jacobus  de  Vitriaco.  i.  I.  c  c— Sanut.  '  Cartul.  de  Manosque.  —  Cod.  diplomal. 

\.  111.  part.  10,  c.  i\.  t.  i,  n-S.  p.  aSy. 


LES  SEIGNEL'IÎS  DE  GIT.F.ET.  '  323 

de  Tau  1  198  [octobre,  ol  un  aiUie  litre'  de  Boéiuoud  111  d'Aiitioche, 
comte  de  Tripoli  (91  août,  même  année),  avec  son  l'rère];  Bertrand, 
décédé  sans  enfans  [le  môme,  peut-être,  (jui  souscrivit,  en  itaoG'^ 
un  acte  de  Geolîroi  le  Rath,  grand  maître  de  rHopital];  et  Agnès, 
femme  de  Barthélémy  du  Sacliin,  ou  Donssacliin,  seigneur  du  Soudin  ■ 
(Seleucie,  aujourd'iiui  Souedieli),  ([ui  est  une  place  assise  à  l'embou- 
chure du  fleuve  d'Oronte. 

[Gui,  en  janvier  1  2  1  ■>,  concéda  à  rHôpilul  de  Jérusalem  les  1,000  besanls 
de  rente  qu'il  avait  reais  de  Boémond  IV  pour  la  dot  de  sa  femme  *.  Eni  2  1  7, 
il  prit  une  part  active  à  la  croisade^  avec  Bertrand  de  Giblet,  petit-fds  du 
ureniier  Bertrand,  Irère  de  Guillaume  Endiriac,  et  Guillaume  de  Giblet,  fds 
de  Hugues  de  Giblet,  seigneur  de  Besmedin.  Dans  le  cours  de  cette  expédi- 
dition.  au  mois  de  septembre  de  la  même  année'',  il  |)rêla  au  duc  d'Autriche 
00,0  0  0  besants  pour  l'engager  à  rester  au  siège  de  Dannette,  et  ce  prince  ne 
se  retira  qu'à  Pâques  1218. 

En  1928'.  il  prit  parti  pour  l'empereur  Frédéric  II  contre  les  Ibelin,  el 
Aia  à  ce  prince,  lors  de  son  arrivée  en  Chypre.  3 0.000  besants  sarrasinois.] 


on 


Henry,  seigneur  de  Giblet,  s'allia  avec  Isabelle  ^  fille  de  Balian 
dlbelin,  seigneur  de  Barut,  et  eut  d'elle  Balian,  décédé  en  enfance; 
Guy  II,  seigneur  de  Giblet;  Jean,  (|ui  eut  deux  enfans  morts  en  jeu- 
nesse, de  la  fille  de  Hugues  Salaman  ou  Alaman;  Baudouin^,  décédé, 
sans  enfans;  et  Marie,  femme  de  Balian  le  Jeune,  ])rince  de  Sagelte. 

|i\ous  ne  pouvons  dire  en  ([uel  temps  Henri  succéda  à  son  père.  Il  signe, 
comme  vassal'",  un  acte  de  Boémond  VI,  prince  d'Antioche  et  comte  de  Tri- 

'    Cod.  diplomat.  1.  I.  n'  211.  p.  a5a.  '   Coiiti}inat.  de  (!uill.  d(?  Tyr,  t.  XXXIII, 

^  Cod.  diplomat.  (.  1.  n°  1  70 .  p.  ai8.  ci,  p.  366;  c.  m.  p.  368. 

'  Voir  iV^of.  ad  Aiiii.  Coin.  p.  Sig.  368.  °  Lignages  d'outic-mer. 

"  Cod.  diplomat.  1. 1.  n"  98,  p.  loj-io'i.  »  Du  Gange  a  mis  dans  son  toxle  Ber- 

^  Continuât,  de  Guill.  do  Tyr,  1.  XXXI .  trand,  mais  le  Lignage  d'outre-mer,  seul 

c.  X.  p.  332.  monument  sur  lequel  il  s'appuie  en  cet  en- 

"  tvontinual.  de  Guill.  de  Tyr,  1.  XXXll.  droit,  dit  Baudouin. 

I-.  Ml.  p.  332.  "  Cod.  diplomat.  t.  1,  n°  221,  p.  203. 

il. 


30/,  |,ES  FAMIM.es  D'OUTRE-MER. 

poli  (i"  mai  i  aGti).  Dans  un  acle  de  Hugues  do  Revel,  {jiaud  maître  de  l'Hô- 
iiilal  '  (i  -171 ,  s  juin),  il  est  rappelé  eomme  défunt,  et  nommé  père  de  Gui  II. 
alors  seigneur  de  Giblet.] 

(ji:\.  II"  (lu  nom,  seigneur  de  Giblol,  succéda  à  son  père;  mais  l'his- 
loiie  ne  marijnaiit  pas  pi'écisémcnt  le  temps  auquel  il  vécut,  il  est 
incertain  si  c'est  lu\  ([ui  eut  a  démesler  avec  Boémond  VU-,  comte 
de  Tripoli,  en  l'an  1275,  ou  quelqu'un  de  ses  descendans,  encore  que 
le  mariage  <pi'il  contracta  avec  Marguerite,  fille  de  Julian,  seigneur 
de  Sagclte^,  qui  vivoit  vers  ce  temps-là,  le  doive  faire  présumer.  Il  en 
eut  deux  fils  et  deux  filles;  sçavoir,  Pierre,  décédé  sans  eni'aus;  Sauve, 
Marie,  femme  de  Piiilippe  d'ibelin,  séuesclial  de  Gypre:  et  Catlierine. 
n)ariée  à  Jean  d'Antioclie. 

I  Quelques-unes  des  époques  où  vécut  Gui  H"  sont  marquées  par  des  actes 
ou  par  les  récits  de  l'histoire.  Ainsi  le  diplôme  du  -2  juin  1271,  que  nous 
venons  de  mentionner,  nous  apj)rend  que  ce  seigneur  avait  redemandé  et  re- 
•  •ouvré  quarante -quatre  chartes  de  privilèges  qui  avaient  été  déposées  chez 
les  Hospitaliers  par  son  père,  Henri,  seigneur  de  Giblet;  ce  qui  peut  faire  sup- 
poser que  ce  dernier  était  mort  depuis  peu  de  temps.  L'histoire  ^  nous  ap- 
prend aussi  (pie  c'est  Gui  H,  (pii,  en  1275,  ayant  pris  parti  pour  l'évéque  de 
Tripoli,  Paul,  et  pour  le  Temple,  contre  l'évéque  de  Tortose,  que  soutenait 
Roémond  VIL  s'attira  ainsi  la  haine  de  ce  prince.  Par  suite  des  démêlés  qui 
s'élevèrent  entre  eux,  il  essaya  trois  fois,  à  l'instigation  du  Temple,  d'enlever 
Tripoli  au  prince  d'Antioclie.  G'est  ce  qu'atteste  une  relation  ''  dressée  sur  les 
aveu.v  du  seigneur  de  Giblet,  et  faite  à  Néphin,  le  26  février  1282,  jiar-devant 
notaire,  en  présence  du  prince  d'Anlioche  et  de  nombreux  témoins.  La  ville 
de  Giblet  avait  été  enlevée  aux  chrétiens  peu  de  temps  auparavant.  Gui  II  fut 
donc  le  dernier  seigneur  réellement  possesseur  de  Giblet.] 

■  Cod.dijdowal.l.  I .  il"  ili-a,}).  196,195.  '   Continuât,  de  Guill.  fie  'fyr,  I.  \X\1V. 

'  Sanut.  I.  lit.  part.  12,  c.  xiv,  xvn.  c.  .x\i,  p.  '168,  iOg. 

'  Lignages  d'uiiii-c-mci:  "  De  Mas-Latrie.  Hisi.  di' Chypre .  t.  111. 

'  Cof/.  f///;/»»»»/.  I.  l.n"  1 .12  ,  p.  ifl'i,  195.  p.  (5 ((•■>-(■)(■) S. 


I.KS  SEIGNEURS  DE  GIBLET. 


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32fi  IJ'S   F<AMIMJ:s  T)OI!TP.E-MEli. 

[Hu(,ii,b  DK  (iiiiLET.  lils  cl(j  Bertrand  cl  petil-lils  du  premier  Hugues  de  Lein- 
briar  csl-il  celui  doiil  parlent  lo  Gontinualeur  de  Guillaume  de  Tyr  el  le  cava- 
lier Lorédan.  dans  les  années  i  927-1  •>.'.]  1  ?  On  peul  en  douter;  car  il  se  trou- 
verait à  cette  époque  séparé  de  son  aïeul  par  un  espace  de  plus  de  cent  vingt 
ans.  Si  l'on  admet  (pie  Bertrand,  son  père,  soit  iils  et  non  frère  de  Guillaume 
de  Leinbriac  (voir  plus  jiaut,  p.  3i8),  on  aura  une  génération  de  plus  pour 
remplir  cet  intervalle.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  Hugues  de  Giblet  du  xiii' siècle  ne 
se  présente  pas  sous  les  rapports  les  plus  honorables.  On  le  voit,  en  1227  ^ 
prendre  part,  avec  quatre  seigneurs  de  ses  amis,  à  un  infâme  guet-apens 
contre  un  chevalier  toscan,  cousin  de  Philippe  d'Ibelin.  En  1229,  de  concert 
avec  ces  (piatre  mêmes  seigneurs-,  il  acheta  de  Frédéric  H  la  bailie  du  royaume 
de  Jérusalem  pour  trois  ans,  moyennant,  la  somme  de  10,000  marcs  d'argent. 
Après  la  défaite  de  l'armée  des  bailes  à  Nicosie  ^  (2  4  juin  1  2  2  9  ) .  par  Jean  d'Ibe- 
lin le  \ieu\,  sire  de  Barulh,  il  se  retira  dans  le  château  de  Dieu-d'Amour,  où 
il  entraîna  le  roi  de  force.  Plus  tard  (i23i),  persistant  dans  son  animosité 
contre  les  Ibelin  '',  il  .se  joignit  à  Richard  Filangieri ,  sous  prétexte  que  le  roi 
Henri  I"'  était  trop  jeune ,  et  que  son  véritable  chef  était  i'empereur.  Après  la 
défaite  de  Richard  à  Cérines.  et  l'expulsion  des  Impériaux  hors  de  l'île  de 
Chypre  (1202),  Hugues,  sur  la  plainte  du  roi,  fut  déclaré  rebelle  par  la  haute 
cour  du  royaume  ^,  et  ses  biens  furent  confis(|ués.  Dejiuis  ce  moment,  nous  ne 
voyons  plus  qu'il  soit  fait  mention  de  lui  dans  Thistoire.] 

'   LoredaïKi.  I.  I,  p.  Sy-AM;  ti;i(l.  franc.  c.  \,  ]>.  377. —  Loredano.  1.  11.  p.  71  bis. 

I.  1.  p.  ii-/i().  —  Assixcs  lie  .lenisiil.  t.  I.  7^  :  trad.  franc,  t.  I,  p.  83.  84. 
|).  /1/18.  note  a.  '  (iontiniiat.  de  Guill.  de  Tyr,  i.  XXXIU, 

-  Continuai,  de  Guill.  de  Tvr.  I.  XXXlll.  c.  xxvn,  ]).  31)3. 
c.  IX,  p.  37.').  —  Loredano.  1.  1.  |).  63-(ii:  '  Loredano.  \.  II,   p.    ni.    1 1  .t:  tind. 

trad.  franc.  1.  1.  p.  73-7^.  franc,  t.  I.  p.  i33.  i34. 

'  Continuât,  de  Guill.  do  Tvr,  1.  XXXlll. 


LES  SEIGNEURS  DE  GIDLET. 


:i-21 


AUTRE   SUITE   DE  LA   MESME   GENEALOGIE. 

fTABLEAli    AI 


GUILIALME  DE  (îlELET    . 

liis  pui^né  (le  Hugues,  seigueur  de  liesmedin  . 
espouse  Anue  de  Mnnlifjnac. 


El- DES , 

GininD, 

morts 

JeaS   de  r.IBLET, 

seigneur  de  Sainl-Foucv, 
espousL-  Giietk' , 

1 
KSTÉFÉME. 

feniinr- 
'le'Ainauri  le  lîeniier. 

Marie  de  GielKt, 
femme  d'Amalric  le  Fiameiic. 

ans  pnJ'niis. 

lillc  (lu  spi^m^ur  il'Aiigillcr, 

1 

Fémif.. 

AC«KS. 

1 

ClILLAIME 

ItE 

ÎIBELET.                        MaBIR. 

ESCHIVI.,                                 EcKBMlE 

ft'ninie 
.le 

[A 

1 

i,E  Flamem:  . 

d'Aiigelier 

r.ibk-t. 

1 

MaRGIEIU'I].  , 

;lllié.' 

il  Riijmond  dAiiliin-l 

opouse  Heivis, 

de  (ïibiet-  de  Fleurv. 


[Guillaume  de  Giblet,  lils  \minô  de  Hugues,  seigneur  de  Besiuediii,  es(-i! 
le  même  qui  souscrit,  en  décembre  i  aoi  ',  un  acte  de  Boémond  IV  d'Antioche; 
le  même  qui,  en  février  i  207  ',  souscrit  un  acte  de  Julienne  de  Césarée,  sous 
le  nom  de  Guillaume  Embriac  ?  Il  est  probable  que  c'est  lui  qui  prit  part  à  la 
croisade  de  1917  •'  avec  Boémond  IV,  d'Antioche,  et  André,  roi  de  Hongrie  ; 
et  qui.  en  i-iiq,  fut  envoyé  par  les  chrétiens  réunis  devant  Damiette  vers  Ir 
sultan  iMalek  el-kamel,  pour  traiter  de  la  paix;  mais  le  légat  enqxVliH  d"a(- 
cepter  les  conditions  raisonnables  proposées  par  le  sultan. 

Relativement  aux  Aivcelier  de  Giblet,  voir  au  tableau  des  Seigiteum  <lr  Muni- 
cli'e.  p.  38 7.  note  •j..\ 


'  Lignages  d'outre-mer,  édition  Labbe. 
I-.  \i\  ,  p.  098.  h!ifi\  édit.  Bpugnot.  c.  x\\. 

•  Gihkl  n'est  (jii'uiie  faute  (rimpression 
dans  les  lableaux  généalogiques  de  Labbe 
[Ligiuigen.c.  vix  .  p.  398):  il  faut  lire  Gis- 
Jebert ,  comme  le  porte  le  texte  même  du  cha- 
pitre XIX.  dans  I^abbe.  p.  ^l'i^i;  ceux  de  La 


Thaumassière ,  p.  -i'i-i ,  et  de  M.  Beuguot. 
Assises,  t.  II,  c.  XXX,  p.  466. 

'■  Cod.  diplomiU.  t.  I .  n°  98,  p.  lu-"). 

'  Cod.  diplomiil.  t.  I .  n"  91)  ..p.  90  ;  n"  1  o. 
p.  989. 

'  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr.  I.  XXXI. 
c.  X,  p.  3'2-2;  1.  XXXII.  c.  i\,  p.  339. 


328 


LES  FAMILLES  DOLTIiK-MER. 


LES  SEIGNEURS   DE    PILES 


DE  LA  MAISON  DE  GIBLET. 


JEA^  DB  GlBLET, 

seigneur  ilc  Piles  '. 

espousp  Tortcrelle  . 

lllle  (rÂiiiaury  le  CtlamlR'rlan 

et  (le  Marie  de  Tor. 


(itlLLArUE  DB  ItlBLBT, 

espouee  : 

1°  Douce . 

tille  de  Jean  de  Brie; 

2°  Isabelle . 

fille  de  Gautier  Ijambert. 


Suio\E , 

es  pou  se 

Philippe  le  Petit. 


Léoaor  ,  Jei>ne,  Catheri^ie. 

fut  aveugle.  espouse  religieuse  '". 

Baudouin  de  Mimars. 

seigneur  d'Aquie. 


Amai^hï  pe  Giblet. 

[épouse  N. 

lille  de  Jean  Babin^I 


ToRTEl.LE  DE  GlBLBT. 


rfHfOHS    r>fi    (ilRI.ET  ^ 


\Ullf.l  tItITE  . 

éiiôuse 
Raymond  d'Antioclie? 


'  Lignages  d'outre-wer,  édition  Labhe, 
c.  xviii.  p.  .'>9^-  àli'7:  (•ilition  Beugnot. 
c.  xm,  xxix. 

^  A  la  place  de  Catherine .  Du  Gange  avait 
mis  ffHelvis.  l'enimede  riaulier  le  Norman,^ 


qui  se  retrouvera  dans  la  généalogie  de  la 
famille  de  Tor.  Nous  avons  rectilié  cette  er- 
reur d'après  le  Lignage  doutre-iner. 

^  Voir  La  Famille  de  Babin. 

'    Voir  L((  Famille  du  surnom  d'Anhnchf. 


AUTRES  SEIGNEURS  DU  SURNOM  DE  GIBLET.  329 


AUTRES  SEIGNEURS  DU  SURNOM  DE  GIBLET. 


[Nous  avons  déjà  vu,  parmi  les  sires  tic  Giblel  dont  on  ne  peut  établir  la 
généalogie,  Henri  et  Rainaud,  témoins  d"un  acte  de  Hugues  II.  seigneur  de 
Giblet.  en  1176.] 

Renier  de  Giblet'  fut  envoyé  en  l'an  1  196,  par  Guy  de  Luzignan, 
roy  de  Hiérusaleni,  vers  l'empereur  Frédéiic  II,  pour  obtenir  de  luy 
ie  titre  de  roy  de  Gypre. 

Arnaud  [de]  Giblet"^  estoit  en  la  cour  du  roy  de  Gypre  Tau  i23a. 

[Renier  ou  Rainier  de  Giblet,  dit  le  Vieux,  homme  sage,  subtil  et  bon  plai- 
deur', au  témoignage  de  Philippe  de  Navarre,  est  peut-être  celui  qui  avait 
été  témoin  d'un  acte  de  Hugues  de  Césarée  en  i  1  (3 1  ".  En  1  1 C)  1  ,  3  1  janvier^, 
il  souscrivit  un  acte  du  roi  de  Jérusalem,  Gui  de  Lusignan.  En  1 1  gi  ou  1 1 95. 
il  fut  envoyé,  non  par  Gui  de  Lusignan '',  vers  l'empereur  Frédéric  11,  mai.s 
par  Aimeri,  successeur  de  Gui,  vers  l'empereur  Henri  VI,  pour  obtenir  de  lui 
le  titre  de  roi  de  Chypre.  Il  souscrivit  encore  deux  actes  du  même  Aimeri^ 
(  1  ig5,  2g  septembre;  1 1  97,  i'"  novembre).  Nous  ne  savons  s'il  prolongea  sa 
carrière  beaucoup  au  delà.  Mais  il  mourut  avant  le  roi  Aimeri.  En  mourant  il 
partagea  ses  fiefs  entre  ses  tjuatre  fils'*,  Amauri,  Arnéis,  Rainier  le  Jeune  et 
Josselin. 

'  Loredano,  I.  1.  p.  17.  c.  x.xn ,  j).  209.  —  Loredano,  I.  I.  |i.   17: 

*  Loredano,  I.  II,  p.  119.  trad.  fianç.  t.  I,  p.  19. 

'  Assises  de  Jcrus.  t.  1,  c.  lxxiv,  p.  6/i5;  '  De  Mas-Latrie,  Hisl.  de  Chypre,  t.  III, 

c.  \civ,  p.  070.  ■  p.  599,607. 

'   Cod.  dqilomiil.  t.  I.n°  196,  p.  -2/11.  *  Assises  de  Jénts.  t.  I,  p.  fi/iS;  c.  lixiv 

*  Cod.  diphimni.  f.  I,  11°  79,  p.  8G.  de  Philippe  de  Navare. 
'  Continuât,  de  Guill.  de  Tyr,  I.  XXVI, 


no  MvS  FAMII-LES  D'()IJT1\E-MER. 

Amauih,  rpii  «'tail  l'aiiii",  avait  reçu  de  soa  père,  soit  tie  son  vivant,  soit 
après  sa  mort .  lont  ic  fief  de  Piles;  mais  il  prélendit  avoir  seul  tout  l'Iiéritage 
paternel,  et  réclama  auprès  du  roi  Aimeri,  qui  mainlinl  le  parlaj;e  entre  les 
quatre  livres.  V  a-l-il  (pu^hpie  rappori  entre  cet  Amauri,  possesseur  du  fief 
de  Piles,  et  Anuuiri  de  (iiblel ,  (ju'on  a  vu  mentionné  dans  le  tai)leau  généa- 
lo;ji(pie  des  seigneurs  de  Piles  de  la  maison  de  Giblet  ?  L'ascendance  n'est  pas 
la  mênu';  et  les  dates  ne  concordent  pas;  car,  d'après  le  nombre  des  généra- 
tions de  la  famille  de  Piles,  depuis  Pierre  de  Barutli,  bisaïeul  de  Torterelle, 
jusqu'à  cet  Amauri  de  (iiblet,  (pii  eu  est  le  dernier  représentant,  il  a  du  s'é- 
couler environ  un  siècle  et  demi.  Pierre  de  Bnrufli  vivait  en  i  i.56.  Amauri 
devait  vivre  à  la  fin  du  siècle  suivant. 

AuNÉis,  Heisnois  ou  Arnacd  de  Giblet,  le  second  (ils  de  Rainier  le  Vieux,  eut 
une  part  des  liei's  de  son  père,  mais  on  ne  dit  pas  laquelle,  (le  fut  aussi  un 
bon  plaideur,  c'est-à-dire  un  habile  jurisconsulte  '.  dont  Philijipe  de  Navarre 
fait  l'éloge  en  plusieurs  endroits  de  son  livre.  En  1282,  laissé  capitaine  de  la 
terre  de  Chypre  par  Jean  d'Ibelin  le  Vieux ,  sire  de  Baruth  "^,  il  défendit  le 
château  de  Dieu-d'Anio(n',  qu'assiégeait  Richard  Filangieri.  En  i233,  il  était 
membre  de  la  haute  cour  du  roi  de  Chypre,  Henri  I"  ^.  Nous  voyons  des  actes 
sionés  de  lui,  en  mars  i2!U):  laoS,  2  décembre;  i234,  juillet  et  aoiit: 
1289,  décembre''.  On  a  pensé  qu'il  était  l'auteur  de  la  première  partie  des 
Continuations  de  Guillaume  de  Tyr^. 

.Iean  de  Giblet,  signe  comme  homme  lige  ou  vassal  de  Boémond  V,  prince 
d'Antioche  ",  un  acte  d'Albert ,  patriarche  de  cette  ville  (  1  a  A  1 ,  18  novembre). 
C'est  peut-être  le  même  qui,  maréchal  du  royaume  de  Jérusalem  ^  fut  vaincu 
et  pris  par  les  Turcomans,  en  1  260,  puis  racheté  peu  après;  et  qui  .signa, 
avec  la  qualité  de  maréchal,  un  accord  entre  l'Hôpital  et  le  Temple'*  (1262. 
I  c)  décembre).  Mais  il  est  bien  difficile  d'admettre  que  ce  personnage,  maré- 
chal du  royaume  en  1  2(10.  si>it  le  même  f[ue  celui  qui.  dans  le  premier  ta- 

'   Assiseii(leJériis.l.[.i-.\\\\\\i.]).î>i[i:  t.    Il,  [>■    âG;   I.  III,  p.   lin,  (138,  tJSg, 

c.\Lix,  p.  5-25;  c.  \civ,  p.  570.  ()5?>. 

'  Continuât,  de  (niill.  de  Tyr.  1.  XXXIll.  '  De  Mas-Latrie,  Hist.  do  Chypre,  t.  II. 

1;.  xxxiu,  p.  3()r).  ]).  .î(),  note  7. 

'  Assises  (le  .lenis.  l.  I .  p.  08!)  ;  c.  cc\\m\  "   Cod.  tliplotniil.  t.  1 ,  n '  1  1 8  ,  p.  1  33. 

lie  .lean  d'Ibelin.  —  Loredano,  I.  I   p.  i  1  9  ;  '  Continuât.  île  Guili.  <li'  Tyr,  1.  XXXIV, 

had.  franc,  t.  I,  p.  i38.  c.  m,  p.  i45. 

'   De   Mas-Latrie.    Histoiie    de    Clii/prr.  ''  Coil.  diplomul.  t.  1,  n"  l'i-j.  p.  179. 


s 


AUTRES  SEIGNEURS  DU  SUliNOM   DE  (.llil.l'/r.  331 

bleau  jjénéalogi([ue  des  Giblet,  est  présenté  oomiue  petit-lils  de  HiiPues  de 
Lembriac,  établi  premier  seigneur  de  Gililet  plus  de  cent  cimpiante  ans  au|)a- 
ravant.  D'après  la  rectification  que  nous  avons  faite  du  commencement  de 
cette  généalogie,  Jean  de  Giblet,  maréchal  du  royaume,  n'est  plus,  il  est 
\Tai,  que  l'arrière  petit-fds  de  Hugues  de  Lembriac.  Trois  générations,  sans 
doute,  suilisent  à  grand'peine  pour  remplir  cet  intervalle.  Cependant,  on  en 
trouve  des  exemples.  Nous  remarquerons  aussi  cpie  l'alliance  de  Jean  de  Giblet 
avec  la  fdle  de  Gautier  111.  seigneur  de  Césarée, nommée  Fémie  ou  Euphémie 
dans  la  généalogie  des  seigneurs  de  Gésai'ée,  concorde,  pour  le  temps  où 
vivaient  Gautier  III  et  Fémie,  avec  l'époque  où  Jean  de  Giblet  fut  maréchal 
du  royaume  de  Jérusalem.  Ainsi  nous  nous  en  tiendrons,  jusqu'à  de  plus 
jn-écis  renseignements,  à  ce  tableau  généalogique  et  au  Lignage  d'outre-mer 
rectifiés;  car  nous  n'avons  point  de  données  suffisantes  pour  attribuer  le  titre 
de  maréchal  du  royaume,  et  les  deux  mariages  mentionnés  dans  la  généa- 
logie, d'après  le  Lignage  d'oulre-mer,  à  tel  ou  tel  autre  Jean  de  Giblet,  que 
nous  voyons  dans  ce  tableau  généalogique  ou  dans  le  suivant. 

Philippe  ue  Giblet  est  mentionné  comme  un  des  seigneurs  de  la  cour  du 
roi  de  Chypre  '.  Henri  I",  dans  un  traité  d'alliance  offensive  conclu  pour  cinq 
ans,  le  a  décembre  laSS,  entre  les  Cypriotes  et  les  Génois.  C'est  lui  qui 
refusa  formellement  le  service  à  ce  même  roi  '-.  s'il  n'était  payé  de  ce  qui  lui 
était  dû,  l'ait  dont  fut  témoin  Jean  d'Ibelin,  le  rédacteur  des  Assises. 

RaimoiX'd  de  Giblet,  qui  avait  été  fait  sénéchal  du  royaume  de  Jérusalem  par 
l'empereur  Frédéric  H,  et  baile  du  royaume,  au  nom  de  son  fils  Conrad,  lut, 
selon  la  coutume  du  royaume,  dépossédé  de  cette  charge^  quand  Alix,  reine 
de  Chypre,  fut  reconnue  reine  de  Jérusalem  en  1289  ou  12/10. 

Nous  ne  pouvons  dire  si  ce  Raimond  est  Raimond  de  Giblet,  seigneur  de 
Besmedin,  ou  Raimond,  chambellan  d'Antioche,  fds  de  Gui  L',  seigneur  de 
Giblet.] 

Henry  de  Giblet,  chancelier  de  Cypre  sous  le  roy  Hugues  \\ ,  i  an 
i33o,  el  archidiacre  de  Nicossie*,  ayant  esté  éleu  arclievesque  de  la 

'   De  Mas-Latrie.  Hisl.  de  Clii/pre,  t.  II.  '  Assines  de  Jériis.  t.  II,  p.  4oo. 

p.  5y.  *  \Vadding.  t.  II,  In  regestro,  p    182. 

^  Assises  de  Jérns.  1. 1.  p.  SiGrc.  cciii  de  iNicolaslV.  A.  i.  ep.  aSy. 
Jean  d'Ibelin. 


332  MvS   FAMILLES  DOUTRE-MER. 

mesme  ville  a|)ri's  le  déccz  de  l'archevesque  Ranuire,  Tau  1298,  se 
(léinit  (le  sou  élection  eiilre  les  mains  du  pape  Nicolas  IV,  c{ui  pourvut 
de  celte  di<;uité  Jean,  de  l'ordre  des  frères  Mineurs. 

[Mais  il  |;ar(la  son  ancien  lilrc  d'arcliidiacre  de  Nicosie.  En  conséquence. 
l'est  avec  la  double  (|uali(ica(ion  de  chancelier  et  d'archidiacre,  qu'il  est  men- 
lionni'-'  coinuie  témoin  du  Irailé  de  paix  et  de  commerce  (1  828 ,  h  septembre) 
(•oiulu  eulre  le  roi  Hugues  IV  et  Jean  Soranzo,  doge  de  Venise;  de  la  rali- 
(icatiou  du  contrat  de  mariage-  eulre  Gui,  le  fds  aîné  du  roi,  et  Marie  de 
Bourbon  (  i33o,  1 /i  janvier);  el  de  la  constitution  du  douaire  de  celte  priu- 
îsse  ■\  3  )  janvier,  même  année.] 


ce 


PiERiiK  Di:  GuîLET  suivil  la  fortune  de  Henry,  ro\  de  Cypre  *,  et  l'ac- 
compagna [dans  son  exil  à  Strovilo,  proche  Nicosie;  mais  non  peut- 
être  en  Ai'niénie,]  lorscpril  fut  [dépouillé  de  la  royauté,  puis]  chassé 
du  royainne  par  son  frèi'e  Alméric,  l'an  i3o5. 

I  Ou  mieux  1807.  Il  hit  un  de  ceux  qui  signèrent  l'accord  fait  en  mai 
i3o6'\  par  lequel  le  roi  abandonnait  l'autorité  à  son  frère,  lequel  s'enga- 
geait en  retour  à  lui  payer  une  pension  annuelle  de  1/18,000  besants.] 

Je  crois  (pie  c'est  celuy  qui  est  (jualilié  tils  de  Guy,  11''  du  nom. 
seigneur  de  Giblet,  dans  le  Lignage  d'outre-mer. 

Henry  de  Giblet  fui  un  des  barons  de  Cypre  [précédemment  par- 
tisans du  prince  Almericj  ([iii  allèrent  au-devanl  du  roy  Henry  [pour 
faire  leui'  soumission  '',  el  lui  preslèrent  serment  de  fidélité  entre  les 
mains  de  la  reine  mère.]  lorsqu'il  rentra  en  ses  Estais,  l'an  iSog  [ou 
plutôt  1010]. 

[(iuiLLAUME  DE  (jiBLET  siguc ,  coiume  témoin,  uii  traité  ihi   roi  Hugues  IV 

'  De  Mas-Lalrio.  Ilisi.  de  Chypre.  I.  11.  *  Loredano.  1.  IV,  j).  -jiS.  319;  trad. 

n.  i/i3.  franc,  t.  I,  p.  aii,  aifl. 

'  De  Mas-L;iliie,  Hint.  de  Cliijpre ,  t.  II.  '  De  Mas-Latrie,  Hist.  de  Chypre ,  t.  Il, 

p.  1G3.  p.  101,  102. 

'  De  Mas-Latrie,  Hisl.  de  Chypre,  t.  11.  "  Loredano,  1.  V,  p.  ^58;  trad,  franc, 

j).  iCylx.  t.  1,  p.  -iSô. 


AUTRES  SEIGNEURS  DU  SUIt.NOM  J)E  GIRLET.  '  333 
avec  Gènes',  du  i  (j  levriei-  lo-jy.  Il  e>l  |ieiil-r(re  le  père  Av  Jean  de  (iililel. 
nommé  en  i  3  6  c)  et  i  3  7  :i .  ] 

Jean  dk  Giblet  [est  nommé  comme  témoin  (l'un  traité  (h;  commerce - 
conclu  avec  Venise  ])ar  Amauri,  prince  de  Tyr,  gouverneur  de  Cypce. 
H]  se  trouva  présent  au  traité  de  maria|;c  de  Fernand  de  Majorcpie. 
prince  de  la  Morée,  et  d'Isabelle  d'Ibelin,  conclu  eu  la  présence  An 
roy  Hugues ^  Tan  i3i5.  Il  souscrivit  encon;  lassinat  du  douaire  de 
Marie  de  Bourbon,  femme  de  Guy  de  Cy|>i-e  -,  fils  aisné  du  mesnu^  ro\. 
avec  les  autres  barons  de  ce  royaume,  l'an  i33o  |3i  janvier.  Dans 
cet  acte,  il  est  nommé  sireJolian  de  Giblet  d'Araizon].  Je  ci'ois  (pie  c  esl 
ce  Jean  de  Giblet  cpie  Cantacuzène^  (pialiiie  baron  et  noble  de  (apie. 
([ui  altouclioit  de  parenté  aux  roys  de  ce  royaume,  et  ([ni,  eu  I  an 
iSâS,  estant  dans  les  armées  d'Andronique  le  Jeune,  empereur  de 
Gonstantiuople,  lut  clioisy  par  luy  avec  Andronique  Tornices,  grand 
cliambellan  de  cet  empire,  pour  aller  faire  la  recbercbe,  au  nom  de 
l'empereur  Andronique  le  Jeune,  d'Anne  ou  de  Jeanne  de  Savoye. 
fille  d'Ame,  V*"  du  nom,  comte  de  Savoye. 

I  C'est  probablement  aussi  le  même  Jean  de  (iiblel  ipii  écril,  le  ad  mai'. 
année  inc(n'taine,  au  roi  d'Aragon,  Ja(-(pies  11,  une  lettre  où  il  se  félicite  de 
ce  (jue  le  roi  de  Chypre,  Henri  H,  dont  il  est  l'homme  lige,  l'a  admis  au 
nombre  de  ses  conseillers,  et  où  il  se  promet  de  lui  conserver  une  lidélité  à 
toute  épreuve.  M.  de  Mas-Latrie''  pense  (pi'il  pourrait  bien  être  le  fils  de  cet 
Henri  de  (iiblet,  partisan  d'Amauri,  d'abord  exilé  par  le  roi  Henri  11,  malgré 

'   De  Mas-Latrie,  llist.  de  Chiipii' .  I.  II.  les  einpeiriirs/ruiiçiiis,  de  Dii  (loiiije.  -i'  éd. 

1).  i58.  (loiiiiiV;   |)ar  Diiclion .   (.   11.    |i.    371-370. 

■  De  Mas-Latrie,  llisl.  de  (Jnjiire,  t.  11,  xuiii'  pièce,  a  la  ilale  du  .')  ocluhre  i3iâ. 
p.  ,o3.  '  Titres    originaux.  —  l'i'   Ma---Latrif. 

'  Du  Gange  n'indique  [las  ici  ses  aiUo-  lUst.  de  Unjpre ,  t.  H,  )i.  iG'i. 
rites.  Mais  comme  ce  mariage  l'ut  réellement  '   (ialilaciizène,  !.  I,  c.  xi.. 

conclu  en    i3i.5    [llist.  de   Cotislanliuople,  "  \h  Mas-Lalfia.  llist.  de  Cliiijir(  .  l.  {[[. 

I.  VII,  n'  18,  p.  -(.îo),  il  faut  lire  lleitri  au  p.  700.  701. 

iitu   de  Unîmes.   Ge   traiti'  ou   coniral,   se  '   De  Mas-Latrie.  /7w;.  de  Chijpre ,  i.  II. 

trouve  dans  ïllistoiie  de  ('.onstuntinople  sous  p.   i-'i;  I.  111.  p.  700.  note  'i. 


.33'r  LKS  KAMILLKS   l)  0 llTUK-MHIi. 

sa  soumission  ;  mais  (|iii  rentra  plus  tard  en  grâce,  el  recou\ra  ses  biens  coii- 
lis(jLiés.  C'est  ce  (jiii  e.\|)li(|iienut  la  reconnaissance  el  le  dévouement  de  son 
fils. 

En  135^.  on  voit  un  (lu  de  GnsLET,  seigneur  de  Anisio  (tu  d'AraisoiiK 
évèciue  de  iNémosie  (Limassol),  com'onner,  dans  Sainte-Sophie  de  Nicosie. 
Pierre  I",  du  vivant  et  par  la  volonté  de  son  père,  Hugues  IV.  11  est  nommé, 
dans  la  (Jlironiipie  do  Diomèdes  Strambaldi,  rpii  nous  apprend  ce  fait,  Gîte 
Iniijoli.  i-f  i|iii  jKiiivait  signifier  aussi  Gui  dlbelin ;  et.  en  effet,  un  acte  de 
Pierre  1"  (  i  o6o  ,  i  3  août)  le  nomme  expressément  Gui  d'Ibelin.  Mais  le  titre 
de  seiîTueur  de  Arasio ,  que  nous  avons  vu  appartenir  incontesiahlemenf  à  un  Jean 
de  Giblet.  nous  l'ait  incliner  pour  la  première  interprétation.  On  pourrait  in- 
férer de  celle  circonstance  que  l'évêque  de  Némosie  était  son  lils.  et  avait 
hérité  de  son  titre.] 

Carion  de  Giblet.  vicomte  de  Nicossic.  Tan  1867 '^  fut  tué  par  les 
Génois,  ioi'squils  semparèreiit  de  Famaj-ouste,  Fan  13-3. 

[Carion,  Charin  ou  Henri  de  Giblet,  était  le  père  de  cette  dame  Marie  ^ 
nui,  outragée  par  le  roi  Pierre  I  ".  provo(|ua  le  complot  des  seigneurs  qui  mit 
fin  aux  jours  de  ce  prince.  Il  y  prit  une  part  active.  Le  1  6  novembre  suivant 
(  i36()),  il  fut  choi.si  avec  quinze  autres  seigneurs*  pour  la  réunion  des  assises 
du  rovaume.  11  fut  mis  à  mort,  avec  quelques  autres  nobles  personnages^,  par 
les  Génois,  en  137/1.  jieu  après  qu'ils  se  furent  emparés  de  Famagouste.] 

Jean  de  Giblet  vivoii  en  la  cour  du  roy  de  Gypre.  1  an  1372''. 
[C'est  lui  sans  doute  (|ui  est  nommé //.s  de  sire  Guillaume'  parmi  le,s 
seize  .seigneui-s  chargés,  en  1369,  de  i-éviser  les  Assises  du  royaume 
de  Cxpre.] 

'   De  Mns-lAdvu: .  HisL  lie  Cliijiiir,  I.  U.              '   Assms   ik    .li'nisa/nii,   Préface,    t.    1. 

\i.  aai  et  note  3,  aaS.  [>■  •>• 

'  Loi-eilaiio.  1.  VII.  S.  '  Lorediuio.  1.  \  lit.  y.  '171  :  trad.  t'raiu;. 

■   Loredaiio.   1.  VII.  [i.   ioli-icuS,  /118.         l.  II.  p.  IJo. 

iig;  Irad.  IVaiiç.  f.  I.  p.   44i-ii6.  455,              '   Loredano.  i.  \lli.  |i.  'jOo;  trad.  franr. 
'450.— De  Mas-Lalrie .  Ilisi.  r/c  Cliiipre .  t.  II .         t.  Il .  p.  48. 

ij.  336.  338.  36i.  '   Assises  de  Jvrns.  I.  I .  |).  ti. 


AUTUES  SEIGNEURS  DU  SURNOM   DE  GIHLET.  335 

[Jacques  DE  GiBLET,riiPvali('r.  signe  coiiinif  lénioin  un  acti>  du  rdi  .la((iui'>  I"' 

(  i3q5,   16  août).  Il  est   inoiilioiiné,  dans  h  traité  de  paix  <■!   de  coiiiiiifrci- 

(in  roi  .lacipiPs  aver  la  r(>|iulili(|nf  de  (iènos-  I  1  'lo.'î.  7  jnillcl).  coiiinic  /•lanl 

nn  des  ministres  (pii  i'avaieni  négocié. | 

Cario^  [du  HE^^.l  I  m:  (jiiiLKT^  vivoil  en  l'an  i/iaf).  [!!  lui  nuinnié  à 
cette  époque  gouverneur  «le  Nicosie,  après  la  désaslreusc  journée  de 
Chierocbitia.] 

Hemu  i)k  GuiLiiT,  uiaistre  iriioslel  Au  roy  .îauus',  se  trouva  préseiil 
au  traité  de  uiaria'je  d'Aune,  tille  de  ce  ro\,  avec  LoiijjS,  comte  de 
Genève,  et  depuis  duc  de  Savoye  [1"  janvier]  Tau  1  ioa.  |  Ce  person- 
uage  est  très-probablement  ie  uiême  (jue  le  |)récédent.  | 

[Une  dame  de  Giblet,  Eschive,  demanda  an  mi  .lacques  11  -'  et  obtint  de  ce 
prince  (1/168,  19  mars),  pour  elle  et  ses  entants,  un  secours  annuel  de 
36  muids  de  froment,  36  mesures  de  vin,  et  3oo  besanls  en  argent.  Cette 
libéralité  du  roi  est  d'autant  pins  remanpiahle  (|ne  la  famille  des  (iiblet  se 
distingua  en  général  par  son  attachement  au  parti  de  la  reine  Charlotte. 

Nous  pensons  c[ue  c'est  la  même  dame  qui,  dans  un  autre  article  du  re- 
gistre de  la  secrète''  (i468,  ?!7  janvier),  est  nommée  Cleiia  de  Ciblet,  par 
altération  du  nom  de  Cliivn,  ou  Eschive;  la  même  qui,  dans  une  liste  des  ca- 
saux  de  l'île  de  Chypre  est  appelée",  par  suite  d'une  altération  encore  pluN 
forte,  Vera  Zumbet,  pour  Cira  Zinihlet.  forme  italienne  de  Chive  on  Eschive  de 
(nblet. 

Enlin  nous  voyons  un  Tbistan  de  (iiBLET\  nommé  dans  la  Cluoniipir  grecque 
de  Georges  Bustron,  comme  un  adversaire  di'clari''  de  .lacqni's  II.  lorsque  ce 

'  De  Mns-r>atrie,  Hist.  île  Cliiiprc .  I.  II.  '   De  Mns-Eatrie ,  Hisi.  de  Clii/jne.  t.  III. 

p.  lio.t).  )).  i()/i  et  note  h.  195. 

'  De  Mas-Eatric.  Ilist.  de  Cliijprc .  l.  11.  "  De  Mas-t.atrie.  Hisi.  de  Idnipir .  i.  III. 

j).  '167.  [>■  -y^^i- 

'  Lovcdano.  I.  IX,  p.  ôtii);  ti-ad.  IVanç.  '   De  Mas-Latrie,  Hkt.  de  Chi/pre.  I.  III. 

t.  II.  p.  i6i.--De  Mas-Lalric,  I.  Il,  p. .'162  p.  ôt?>  et  note  2. 
et  note  1.  '  De  Was-Latrie .  Hist.  de  Chypre ,  t.  III. 

'  Hist.  de  Saroije,  de  (jiiiclienoii .  l.  II.  p.  85  et  note  3.  —  Et.  de  Ijisigiian.  Hist. 

Preuves,  p.  3G5.  de  Cypre,  fol.   iGS  a. 


;J3C  I.KS  FAVIUJ.ES  I)  OliTI'.K-MEli. 

|irincc'  n'était  ciicorc  (|ir;ircli('V('''(|iio  noniiii('  de  Nicosie  (i^i^cSj.  En  ili-jli,  il 
l'tail  siisppff  au  iTOUvoriiPiiu'iil  vénitien',  eonnne  [lartisan  de  la  reine  Oliar- 
Idtle.  Quand  (ont  espoir  fut  pi'rdu  |)(>iii'  lliéritière  légitime  des  Lusignans.  il 
naraît  im'll  --e  rallarlia  à  la  reine  (Catherine  pnur  sauver  du  moins  la  natio- 
nalité du  pays.  En  octobre  i'i.S8'-.  une  entpnlle  lut  ordonnée  par  le  conseil 
des  Dix,  sur  les  menées  faites  |)ar  Tristan,  de  concert  avec  Rizzo  de  Marin. 
|)onr  marier  Catlierine  à  un  lils  du  roi  de  Naples.  Pris  par  les  agents  de  la 
Répul)li(pns  et  conduit  de  Chypre  à  Venise  (  i  /i8S).  Tristan  de  (iiblet  se  donna 
la  mort'  pendant  la  travers(''e.  en  avainni  une  liiepie  de  brillants  (pi'il  avait  au 
doigl,  I 

'    De  Mas-b.itnr.  /7^^■/.  ilc  Clujinf .  I.  !ll.  '   l->c  Mas-l.atne.  Hisl.  ili-  Chyinc .  t.  il!  . 

p.  HyS  et  noie  i.  i'-  'i'"'  <"*  ""'''  '• 

'"  ])(>  AIas-F,ali'ii'.  /.  c.  p.  ?)iW-'i9(). 


LES  SEIGNEURS  DE  HARICH.  '        337 


LES   SEIGNEURS   DE   flARICH. 


Glido  Fkwims,  seigneur  de  Haricli,  en  la  [)iincipaulé  d "Aniioclie. 
est  nommé  par  Albert  d"Ai\  '  entre  les  seigneurs  voisins  de  la  princi- 
pauté d'Antioclie,  ou  qui  esloient  de  cette  niesme  principauté,  qui  se 
trouvèrent  à  Antioche  avec  le  roy  Baudouin  l",  lorsqu'il  entre})rit 
d'aller  faire  une  course  sur  les  Sarrazins,  l'an  iiia.  Il  semble  (jue 
(•est  le  mesiue  (|ui  se  nomiiu^  GuiDO  Fiiemel  [et  VVido  Traimel,  dans  le 
texte  de  Sébastien  Paoli,]  en  un  titre  de  Roger,  prince  d'Antioclie,  du 
/i'=  jour  de  juin,  l'an  i  1 1  8  ,  au  Cartulaire  de  Manosque  ^;  et  encore  le 
mesnie  que  ce  Glido  Frenellcs,  dont  Gautier^,  chancelier,  et  Guil- 
laume *,  arclievesque  de  Tyr,  racontent  les  actions  dans  cette  princi- 
pauté, dans  les  années  i  i  i5  et  1119. 

GriLEAUME  Fremel  OU  Fn.vis\EL  luy  succéda,  comme  je  crois,  eu  cette 
seigneurie,  et  fut  probablement  son  fds.  Tant  y  a  qu'il  se  trouve  nommé 
dans  un  titre  de  Raymond,  prince  d'Antioche,  de  l'an  1  1  60  [1 9  avril  ■. 
et  dans  un  second  titre  du  même  piince,  daté  du  menu.'  jourj,  au  Car- 
tulaire du  Saint-Sépulchre.  Au  reste,  je  ne  scay  si  Haricli  est  la  mesme 
place  qui  est  nommée  Harenc,  qui  estoit  le  plus  fort  chasteau  de  la 
principauté  d'Antioche,  et  qui  appartint  depuis  en  domaine  au  pa- 
ti'iarcbe  d'Antioche'',  de  laipielle  ville  il  estoit  distant  d'environ  qua- 
torze milles.  Orderic  Vital  "  parle  de  la  maison  de  Fresnel  en  divers 
endroits  de  son  histoire,  et  fait  voir  qu'elle  estoit  Normande. 

'   Albeitiis  Aquensis,  XI.  I.  c.  xl:  I.  XII.  '   Willelni.  Tyi-.  I.  \II.  c.  ix. 

e.  \x.                                       ■  '  Oirt.  S.  Sep.  n"  8(S.  89,  p.  171.  177. 

"   Ccirliil.  (le  Manosque.  —  Coil.  diphmat.  "  Willelni.  Tvr.  1.  V.  c.  vi.  mi. 

I.  I.  n°  6.  j).  G.  Orderic.  1.   \.  p.  C).  l'i;  p.  687.  bgti, 

'  Gauler.  Anlioch.  p.  i68.  453.     _  625.  85o. 

h:>, 


338  LES  FAMILLES  D'OL'TliE-MER. 


LES  COMTES  DE  J4PHE  ET  D'ASCALON. 


Gorldroy.  <Uu-  de  Bouillon,  ayant  tronvr  la  ville  de  Japhe',  dite  en 
latin  Joppc,  démolie  et  ruinée,  se  résolut,  après  la  prise  d'Arsur,  de 
la  rebaslir  et  de  la  l'ernuM-  de  murs,  afin  d'y  faire  un  poii  où  les  vais- 
seaux des  chrestiens  pussent  aborder  et  y  estre  en  seureté.  Ce  qu'ayant 
l'ait,  il  en  donna  la  {jaide  à 

Roger,  seigneur  de  Rosay  [ou  Rosoy],  en  Tierasse"-;  mais  il  ne  jouit 
pas  seul  des  revenus  de  la  place,  car  Gérard,  chevalier  de  la  maison 
et  de  la  suite  de  Baudouin  1".  roy  de  Hiérusalem.  en  eut  une  partie 
pour  récompense  des  services  qu'il  avoit  rendus  dans  les  guerres. 
Après  eux. 

HiGiES  Dr  PuisET^,  filsd'Everard,  vicomte  de  Chartres,  qui  se  trouva 
pareillement  en  la  première  entreprise  des  guerres  saintes,  et  d'Adèh; 
de  Montlhéry,  du  diocèse  d'Orléans  [sœur  de  Mélissende,  mère  du  roi 
Raudouin  11 J,  seigneui-  d'illustre  extraction  et  puissant  en  biens,  estant 
arrivé  par  dévotion  en  la  teri'e  sainte  avec  sa  femme,  Mabile  ou  Ma- 
milié,  fille  de  Hugues,  surnonnné  Chokt,  comte  de  Roucy,  obtint  du 
rov  Baudouin  II  soi  cousin  germain,  le  comté  de  Ja|)lie  avec  ses  dé- 
pendances, pour  en  jouir  par  luy  et  ses  héritiers. 

'  Albert.  Aquens.  1.  Vit.  I-.  \ii. —  Ilayni.  "  VVillelmus    Tyreiisis.    I.  XIV,    c.    \v. 

de  Agiliis,   p.    17.1.   —  Georg.  Elmacin,  — Ivo.  Carnotens  epist.   168,  et  ibi  Sou- 

ann.  Iieg.  /i()û.  —  Chron.  orient,  p.  81.  —  cliet.   Histoire  de    Chistilhn  .  1.    II,   c.    xi. 

Ecchard.  Aiiipliss.  collect.  t.  V,  col.  oo.ln-. —  —  Henrir.  Huntindon.  I.  \ll,  p.  Syi.  ■ — 

Sebast.Paoli,  Cod.  diploniA.  I,  p.  Vio,  4'i->.  L'Art  de  vérifier  les  dates  :  Sires  de  Mont- 

'  Albert.  Aquens.  1.  III,  c.  wviii;  I.  \,  llieri. 

c.   IX,  X,  XI. 


LES  COMTES   DE  JAIMIE  ET   DASGALON.  '         339 

|0n  voil  un  acte  de  Baiulouin  I"  ',  du  -H)  septembre  i  i  lo.  confirmant  le 
don  fait  aux  Hospitaliers  par  Hugues,  dit  Picilli.  ou  du  Pitixel .  d'un  casai  situé 
dans  le  territoire  d'Ascalon;  et  ce  même  Hugues  est  le  premier  des  témoins 
(pii  signent  ce  diplôme.  Paoli  conclut  di-  la  date  (jue  ce  ne  peut  être  le  sei- 
gneur de  Japhe,  et  pense  (pi'il  était  seiilemeul  un  de  ses  [)arents;  mais,  avant 
d'être  investi  du  comté  de  Japlie  [lar  Baudouin  11,  Hugues  du  Puiset  a  pu 
recevoir  de  Baudouin  I"  (piehpies  domaines  dans  ces  parages.  ] 

L'histoire  reiiiarqiuï  (|u"il  accoiiipagiia  le  |)riiice  Boéiiioiid  lorsque. 
après  son  mariage  avec  Constance  de  France,  il  reprit  le  clieinin  d  Ita- 
lie, d'où  Hupues  passa  dans  la  terre  sainte.  Estant  décédé  inconti- 
nent après,  le  niesme  roy  fit  espouser  sa  veuve  à 

Albkrt,  fils  d'Albert  et  frère  de  Godefroy,  comte  de  Namur-.  L'un 
et  l'anti'e  estaiil  pareillenn^nt  morts  peu  do  temps  après  leur  mariage, 

HiGUKs  DU  Pliset\  fils  de  Hugues  T'  et  de  Mabile  de  Fioucy,  de- 
manda au  roy  le  comté  de  Ja|)he,  qui  lui  appartenoit  du  chef  de  son 
père,  (le  qu'avant  obtenu  [avant  i  i  22.  ])iiis(pie  eu  cette  année*,  sous  le 
titre  de  consul  de  Joppé,  il  permet  à  Baliaii,  son  connétable,  de  faire 
un  don  à  l'hospice  des  pauvres  de  l'église  de  Saint-Jean,  à  INaploiise], 
il  espousa  Émelote  [Emma  ou  Ermeline  ),  nièce  d'Arnoul,  patriarche 
de  Hiérusaleni,   pour  lors  veuve  d'Eustache  Graner,' prince  de  Gé- 


saree ■ 


[Ce  mariage  semble  avoir  eu  lieu  [leu  avant  le  8  avril  de  l'année  ii-ilx. 
époque  où  Emma*^  confirma  le  don  d'un  moulin  (pi'elle  avait  fait,  d'accord 
avec  son  premier  mari,  à  l'église  de  Sainte-Quarantaine.  On  voit  encore  cette 
dame  mentionnée  dans  des  actes  de  Hugues  11  du  Puiset.  du  -28  juin  1  ia6, 
et  de  l'anné-e   1  1  33".]     . 

'    Coilic.  diplomat.  t.  I.  11"  ■>. .  {).  y  ,  65a,  "    Cuil.  diploimil.  l.  1,  ii'  191  ,  [J.  aSG. 

'i.'')3,  et  11°  3o.  1).  3a.  ^  Voir  Les  Seigneurs  de  Césmée. 

'  Willelmus  Tyr.  I.  XIV,  c.  xv.  "   Ciirtiil.  S.  Sepiilcr.  11°  119,  p.  aaS. 

'   Willelmus  Tyr.  1.  \IV.  c.  xv,  wi.xvii.  '   Cod.  diplomat.  t.  1.  n"  10  ,  p.  10.  1 1  ; 

\vin. —  %icl.  deRoya,  ann.  ii33.  n°  lôy,  p.  aoi. 

43. 


;V,0  LES   l'WlILI.ES  DOUTHE-MKR. 

Jl  eut  ensuite  nu  jjrand  déiiieslé  avec  le  roy  FoiujMes,  (kniiiel  il  es- 
toit  cousin  jjcrniain,  («slans  cnfans  des  deux  sœurs. 

|(iuillaiMiic  (l(>  T\r  '  (lil  scidiMiieul  ([iio  Hn;jues  H  du  Puiscl  était  |)aren( 
de  la  roiuc  Mélissendi'.  al  tendu  ([uc  leurs  |)ères  étaient  cousins  germains, 
comme  on  vient  de  le  xoir  dans  l'article  de  Hu;',ues  1"  du  Puisel.  | 

Le  sujet  iiCn  est  pas  hieu  constant,  sinon  que  Guiihuune  de  Tyr 
dit  (lue  le  coniti',  estant  ])lein  de  cœur  et  orné  de  tontes  les  qnalitez 
(ini  relèvent  un  seigneur,  avoit  peine  à  se  soumettre  an  ro\  [  Guillaume 
de  Tyr-  dit  aussi  que  le  roi  était  animé  par  un  violent  sentiment  de 
jalousie];  lequel  suborna  Gautier,  prince  de  Gésarée,  fils  de  la  com- 
tesse Émelotte.  pour  l'appeler  en  duel,  s'oH'rant  de  prouver  le  crinn- 
de  ti-ahison  dont  il  Faccnsoit.  D'abord  le  comte  se  trouva  en  la  cour 
des  barons,  on  le  duel  l'ut  arresté;  mais,  soit  qu'eireclivement  il  se 
sentist  coupable,  ou  qu'il  appi'éhendast  la  puissance  du  roy,  il  alla  cher- 
cher du  secours  à  Ascalon,  qui  estoit  alors  tenue  par  les  Sarrazins,  à 
dessein  de  Iny  l'aire  la  guerre.  Enfin  les  bai'ons  s'entremirent  d'accom- 
modement, et  firent  un  traité  par  le(jn(d  le  comte  seroil  tenu  de  .s'ab- 
senter du  royaume  l'esjjace  de  trois  ans,  pendant  lesquels  ses  revenus 
du  comt(''  de  Japlie  seroient  enqjloiez  au  payement  de  ses  dettes.  Le 
comte,  irrité  de  ce  ipi'il  avoit  esté  maltraité  en  la  ville  de  Hiérusalem 
par  un  soldat  breton,  comme  il  estoit  prest  d'en  partir,  et,  d'ailleurs, 
ne  pouvant  souffrir  de  se  voir  dépouillé  de  ses  biens  dans  des  pays 
inconnus,  quitta  la  terre  sainte  et  vint  im  la  Fouille,  en  la  cour  de 
Roger,  qui  Iny  donna  le  comté  de  Gargano.  d'où  il  ne  l'elourna  plus 
ontre-mer,  ayant  esté  ])ré\enu  d'une  mort  prématurée. 

I  Les  actes  (pi'on  voit  donnés  eu  son  nom  ou  signés  j)ar  lui.  et  ijui  suji- 
|)i)senl  sa  |irésence  dans  la  terre  sainte,  sont  des  années  i  i-j-î.  i  i  -î/i,  i  i  '2(3. 
1  I  38,  11  39  et  1  I  33  ^.  Ce  doit  donc  être  peu  après  cette  dernière  année  (ju'il 
aliandonna  le  ])ays  pour  toujours.  Dans  ce  diplôme  de  11  33,  il  concède  un 

'    Wiilelmiis  Tyi'.  I.  \1\ .  c.  \\  1.  11°  hh  .  \).  8-.!  ;  n'  O7,  )>.  1  .'îg.  —  f.W.  diploni. 

-   Wijieimus  Tjr.  loc.  cit.  I.  I.  11'    m,  la,  107.   i()i  :  ]).  ui.  11.  i.3. 

^   Cartul.  S.   SeptiIcT.  n"    iii),   |).    i-io;         -.'.o  1 ,  aoO. 


LES   COMTES   DE  .lAl'HE    ET    DASCAEON.  '  .l'i  I 

casai  aux  IIospitalicM's,  sur  la  rccoiiiiiiandalioii  de  sa  rcininc  Kinnia  (  jurovc  ii.ninx 
mee  Emme).  (H  coiiliriiic  le  don.  l'ail  lii  Irnr  la\riir  par  un  de  ses  vassaux,  de 
plusieurs  (tMTCs  ot  de  f[uel(iues  moulins.  Kn  rclour,  il  reçoit  comnie  cadeau. 
|)res(|ue  comme  aumône  [caritalwc),  loo  besanls  et  une  nulle.  On  pourrait 
induire  de  ce  fait  qu'il  était  déjà  dépouillé  d'une  partie  de  ses  biens,  on  du 
moins  d(>  ses  revenus. 

Il  en  résulte  (|ue  Hupues  de  Joppé.  (pii .  pai'  un  aile  du  •>.)  mars  i  ilto  '. 
reçoit  du  Saint-Sépulcre  une  place  pour  bàlii'  el  <les  concessions  de  terres, 
n'est  pas  le  seigneur  Hujfues,  mort  depuis  longtemps,  mais  un  personnage 
considérable.  Iiabitaut  de  Joppé,  peul-ètre  un   lils  de  Hugues  II   du  Pniset.  | 

Gioxeiiazzo-  nous  appieiid  (lUc  la  l'aniillc  du  Pui.s('t,  ([u'il  iKunincf/f 
Puleaco,  subsistott  eiicort:"  au  royaume  de  Naples  sous  le  l'oy  Charles  I'". 
et  niesme  je  crois  qu'elle  s'habitua  pareilleuient  en  Cypre,  si  toutefois 
c'est  la  inesnie  qui  porta  le  surnom  de  Pinani ,  aiiisy  que  les  escrivaiiis 
des  guerres  saintes  nomment  toujours  la  maison  du  Puiset,  l'hisloiie 
de  ce  royaume  faisant  mention  de  Scirro  de  Puisât  ^  chevalier,  (pii  fut 
envové  en  ambassade  en  Savoye,  l'an  ià58,  pour  le  mariage  de  Louys 
de  Savoye  avec  la  fdle  du  roy  de  Gypre  (que  je  crois  esti-e  celuy 
qn'Estienne  deLuzignan"  nomme  Thétore  ou  Théodore  Pansât);  et 
d'Augustin  de  Puisât,  l'avory  de  la  reyne  Ghailolte. 

[Il  parait  (pie  Hugues  il  du  Puiset  n'eut  pas  de  successeur  innnédial  au 
comté  de  Joppé,  et  ipu'  ce  iief  resta  entre  les  mains  des  rois  Foul([ues  et  Bau- 
douin lll .  jusipi'à  c(>  (jue| 

Alméric  [Amaliuc,  ou  AiiAURij,  IVère  de  Baudouin  lll,  roy  de  Hiéru- 
salem  ^,  estant  en  l'agc  de  pouvoir  estre  chevalier  et  de  porter  les 
armes,  fut  fait  [on  ne  sait  en  quelle  année]  comte  di'  Japhe,  ]jar  le 

'  (larUd.  S.  Sepukr.n"  t'^6.  p.  aai.  ''  Loredano,  De'  re  Liisign.  I.  X,  p.  (i-j^i; 

'  Ammirato  ndla  famigl .  Caracc.  \>.  loS.  I.  XI,  p.  71  i. 

\IatteodiGiovenazzo,S  ig^.pariebiend'anc  '  Etienne  de  Lusip,'nan  .  Hi.tt.  de  C.inire , 

raniillc  napolitaine  C|u"il  nomme  c««r(  di  Pu-  p.  idi  1). 

'/jco/o,  ceqiii  |)euls'er]tendref/ePoMî;o/c«;  en  '  VVillelmus  Tyr.  I.  Wlil.  c.  \i\  ;I.X1X, 

tout  cas  il  n'y  a  pas  de  Puleaco  dans  son  texte.  c.  1. 


3i2  LES  FAMILLES  DOLTRE-MEi;. 

rov  son  frèrf,  (|iii  Inv  donna  encore  (le])iiis  la  \illc  dAscalon'.  quil 
a\oil  enl('V(''('  ;m\  inlidrles  le  i'?/'  jonr  daoïisl.  lan  i  i5/i,  dont  il  se 
(|naldioil  coiiilc  des  Ijih   i  luB. 

I  Ihins  ili'iix  :i(li'>.  (lu  'i  jiiillcl  1  l'i'^  cl  di'  I  lôo.  Ainaiin  ik^I  (|Ui'  (Us  de 
hi  iciiii'  cl  Iri'i'i'  (lu  roi  ".   i-c  plus  ancien  aclc  (pic  ikhis  jnons  de  lui.  c(innne 

(■(iiillc  (le  .IdlilK'.  esl  (le  I  1  . >  I  ■*,  et  le  ])|-einler  (lù  il  se  (|lilllllie  (le  (■(inile  d'As- 
(  aldii  esl   (lu    1  'l   |;iii\  ICI'  1  I  .).i.  I 

Le  ro\  lîaudoMin  II  avoit  fait  don  aupai'avant  an\  ViMiitiens  de  la 
li'oisi('Mne  [larlic  d  \sralnn\  au  cas  (|n"elle  vins!  an  ponvoir  des  ehres- 
liens. 

Aniaur\,  n'eslani  encore  que  conile  d  \scalon  el  de  .laplie  '.  donna 
à\illain.  arclievesque  de  Pise,  el  à  la  coiuiniinanh'  des  Pisans,  du 
consentenienl  du  rov  Baudouin,  son  Irère,  la  uioiti(''  des  droits  d'en- 
li'ée  et  de  sortie  (juils  luy  pourroient  devoir  dans  .la])lie  ])our  leurs 
niarcliaadises,  et  encore  une  rue  dans  la  mesnie  \ille,  pour  y  bastir 
des  maisons  à  leur  usajje,  avec  une  place  jiour  y  (d(>ver  une  église, 
par  lettres  doinn-es  à  .\scalon  au  mois  de  jnni,  1  an  iiby.  [Sans 
compte)-  plusieurs  autres  concessions  faites  au  Saint -Sépulcre'''  et  ta 
Tordie  des  IIos|)itaiiers  '.J  II  succéda  de[)uis  à  s(ui  lièic  au  royaume 
de  Hiérusaleiii. 


Guillaume  \  marquis  de  Montferrat ,  suriiounné  Longue  Espée,  fds 
de  Guillaume,  dil  le  McU,  et  frère  de  Conrad,  ayant  esté  mandé  par 
le  rov  Baudouin  IV.  ai-riva  à  Sidon  vers  Tan  i  lyB.  au  commencement 
du  mois  dOctobre,  et.  ayant  espousé  Sibylle,  sœur  de  ce  roy,  il  fut 

'    Willenuis  Tvrpiis.  1.  WII,  c.  xxi-xx\:  '   \A'illclimis  Tyr.  I.  MI.  c.  \\v,  p.  S3i. 

I.  XVIII.  c.  xxiv.  xxi\.  —  Cliroii.   'Sormann.  '    Ugliell.  luilla  nacra .  t.  III.  p.  h*ih. 

nnn.  i  lôs  .    i  1.51).  —  ("laiifr.    IV^;  .S.  Bei-  "■   Cartul.  S.  Scptiki:  n"  'ig.  58.  Ô9.  60. 

lundi.  I.  1,  \il.  .').  c.  n.- — Malli.  Paris,  ann.  Gi. 

t  i.Vi.  —  Prctiics  do  r Histoire  de  liélliune ,  Cod.  di/doiiiiit.  1.1.  11"'  -'./j  ,  -28.  p.  -iG. 

p.   358.  —  ('od.  diphniwt.  l.  I,  p.  hhh.  00.  etc. 

■'  Cod.diidiiiiiiiiA    I.  p.  aG-3o.  '  VVillelinus  Tyr.  I.  WI.c.  xiu.  —  Abl). 

'   Cartul.  S.  Si'i)alcr.  n"  '13.  p.  91  ;n°59.  Uspoig.  ann.  1  187.  —  Alberic.  ann.  1 191  . 


p.  1 17-iao. 


190-!.  —  Hovedeii.  [i.  5i5.  G3i.  635. 


LES  COMTES  DE  JAPHE  ET  DASCAI.ON.  '         3/i3 

ci'i'é  coiulc  dt'  Japlie  cl  d'Ascaloii.  H  niouiiil  iiicontiiiciil  apirs.  sravoir 
au  mois  dt;  juin  de  laniu'c  suivante,  a\ant  laissé  sa  feniuic  ;;i()ssi'  d  lui 
lils,  (|ui  lut  Baudouin,  V''  du  nom,  roy  de  Hiérusalcm. 

|(iiiilhuiiiir  sei-ail  iiKHi  en  i  17G,  d'après  co  |)assa!;c  de  Du  (Ijiumv.  (,(_>|icii- 
(lajil  nous  voyons  (|u'il  visiiil  encore  en  1  177.  |iiiis(|H"il  ^oiiscrll  un  acto  du 
roi  Baudouin  IV,  et  esl  nicutiouné  dans  un  autriMle  sa  fcninii'  Sili\llr.  iiclcs  i|ui 
tous  (leu\  sohI  de   I  177.  sans  date  du  mois'.] 

Giv  DK  LizHiNw-  succéda  au  marquis  au  comté  de  Japlie  et  d'Asca- 
lon,  par  le  mariaoe  (pi'il  contracta  avec  sa  veuve,  au  droit  de  laquelle 
il  lut  aussy  depuis  roy  de  Hiérusalem,  en  ayant  esté  l'ait  réjfent  au|)a- 
ravant,  durant  l'indisposition  du  roy,  son  beau-frère.  [Dès  le  i''  mars 
Il8l^  il  si.cne  un  diplônu"  du  roy  Baudouin  IV,  avec  la  (pialité  de 
comte  do  .loppé  et  d'Ascalon.]  Au  tenqis  de  son  rèone  ',  les  Sarrazins 
prirent  la  ville  d'Ascalon  sur  les  clirestiens,  le  k  de  seplend)re,  l'an 
1187,  en  laquelle  année  ce  roy  fut  pris  et  déliait  en  bataille,  avec 
toutes  les  forces  du  rovamiie,  par  Saladin,  à  cpii  les  cliicstiens  furent 
obligez  de  rendie  pour  sa  délivrance  plusieurs  places,  et  entre  autres 
celle  de  Japlie. 

I  II  y  a  ici  inoxaclilndc  et  coufusion  dans  l'ordre  des  l':iils.  V|irès  la  bataille 
de  Tibériade^,  livrée  le  samedi  '(juillet,  où  (iin  l'ut  lail  |alM>nuirr.  .Sapliadin, 
frère  de  Saladin,  soumit  |iluslnirs  villes,  mais  ne  put  jinMidir  d  abord  Asca- 
lon,  parce  tpi'elle  était  soliilement  fortifiée.  Saladui'^  en  forma  cusiute  le  si('f;-e 
et  le  poussa  vigoureusement;  [)rès  de  s'en  rendre  maître  par  la  force,  il  olirit 
aux  habitants  de  les  recevoir  à  composition  \  et,  en  échange,  il  mettrait  en 


'  Cartul.  S.  Sepiilcr.  11°  1O9,  p.  .3o8.  — 
(Jod.  (liplomat.  t.  I,  n"  63.  p.  63. 

-  Willel.  Tyr.  1.  XXII,  c.  i,  \\v,  xxvii, 
wvin;  I.  WIII,  c.  I.  —  Wiith.  Paris,  ann. 
118/1,  ]).  68. 

■   (jiid.  (liplotiuil.  I.  I.  1]°  .') .  |).  a83. 

*  Monach.  S.  Mariani .  p.  90.  —  i'Àron. 
orient,  p.  100. 

'  Piadulph.  Ciigijeshal.  Chr.  lerrœ  sanctte. 


AiiipUsR.  collect.  t.  V,  col.  o5f),  5 60.  — 
Benofliet.  Petrolmrg.  Viln  Hrniki  II.  His- 
tmioHS  (le  France,  t.  XVII.  p.  /176,  iyy. — 
Conlin.  ileGuiii.  de  Tyr,  I.  \\\1II,  c.  xlv, 
p.  68;  c.  XLMI,  ]).  71;  c.  LI,  p.  78. 

'  liadulpli.  VjOgg(i%\\i\\.(^hr.  lerrœ  sanclœ. 
A iiipliss.  collect.  t.  V,  coi.  564,  565. 

'  Conlinuateur  de  Guill.  de  Tyr,  i.  XXIII . 
c.  Li,  p.  78,  79;  1.  XXIV,  c.  XI,  ]j.  121. 


.•î'i-'i  LES   FAMILLES   D  OLTME-MEU. 

Iil)('rl(''  le  l'di  :i\('c  dix  aiilrcs  m'isoniiicrs  dv  iiiar(|iie,  au  clioiv  de  ce  pniicii: 
ce  (iiii  lui  arci'pli'.  Selon  (iojfjjcslialc .  rc  liirciil  les  habitants  d'Ascalon  eux- 
mêmes  (lin  iiniiKisèi'ciil  ci's  ruiidilKiiis  r'ii  laxeiir  du  l'oi.  tie  s(in  Irère  Aimeri . 
de  l'évêiiiie  de  Saiiil-tieorjjes  ou  de  Raines,  l't  di'  douze  aiili'es  nobles  person- 
iia;jes.  La  reddition  de  la  place  eut  Heu  le  'i  septembre  i  iSy.  Aussitôt  rpie 
ia  ville  d'Acre  eut  été  reprise  par  les  chrétiens.  i3  juillel  i  i  y  i  ',  et  même 
a\aiit  sa  d(''laile  du  ■>■>  août  suivant.  Saladin  lil  abattre  les  lortilications  d'As- 
calon afin  ipie  l'ette  ville  ne  |iùl  ofïrir  auciiiie  ressource  aii\  cliri'tiens.  Le  roi 
I\ic!iard  en  lit  relever  les  murs'-;  mais  il  fut  obli;[(''  de  les  ({l'Iruire  en  \ertu  de 
sa  Iréve  avec  Saladin '(q  septembre  i  H)->.).  tpii  assurait  aii\  cliréliens  la  jxis- 
session  de  Jojipé,  Arsur,  (lésarée,  Gayplias.  Acre  et  ïyr. 

.lapbe  ou  Jojipé  '  fut  prise  par  Saladin .  immédiatement  après  la  bataine  de 
Tibériade:  mais  Saladin  la  di'iiiantela  en  nn'nie  temps  cprAscalon,  et  pour  le 
ini'me  motif.  La  trêve  de  i  icp)  la  rendit  à  Richard,  (pu  en  lit  réparer  les 
forlilications.  | 

Depuis,  par  i  accord  ([ui  se  fil  le  •^7'' jour  de  juillel  ou  le  suivant, 
laii  1191  ■'.  par  Pliilippes-Auguste,  ro\  de  France,  et  Richard,  roy 
(lAngleterre,  entre  le  roy  Guv  et  Conrad  de  Montferrat.  touchant  le 
royaume  de  Hiérusalem.  il  fut  convenu  ipie  Guv  tiendroit  le  royaume" 
sa  vie  dui'ant,  et  que 

GEOFi-nov  iJE  Llzignan,  sou  frère,  aiiroit  pour  lii\  cl  ses  hoirs  le 
comté  de  Japlie  et  Césarée,  sous  rhomiiiaoc  el  le  service  ordinaire 
deus  aux  l'ovs  de  Hiérusalem. 

I  (le  seijjneiir.  C(Uinu  sous  le  nom  de  denffroi  à  hi  jn-mulc  ilnit  '.  était  célèbre 

'    Benedicl.   l'elrolmrg.  lilu   Uenviii  II.  — Loiiliiiiial.  de  Giiill.  de  T\r.   I.  WXill, 

p.    53o  e.  —  (lonlinuat.  de  Guili.  de  Tyr.  c.  li.  p.  78;  I.  XWI.  c.  m,  p.  17M;  c.  vu. 

I.  WVI.  c.  m.  |).   178;  c.  vu.  p.  182.  p.  18a;  c.  wii.  p.  iy8.  199. 

■  Continuai,  de  Guili.  de  Tyr.  1.  XWI.  ^  Hoveden,  p.   G97.  —  Jo.  Brompton. 

c.  i\.  p.  187;  c.  X.  p.  188,  189.  C(jl.  i-ioH.  —  Benedict.  l'etrobuig.  Histor. 

'   Continuât,  de  Guili.  de  Tvr.  I.  WVI.  ilc  France .  I.  XMI  ,  p.  5aG.  a.  b. 
c.  \\n.  p.  198,   1  (19.  '   (i Vsl-ii-dir(^  le  titre  de  co; .  eoninie  il  a 

*  Radulpli.  Coggeshal.  Clir.lerrwsanclœ .  été  dit  ji.   18.  à  l'nriicle  des  Rois  de  Jêni- 

col.  559  d.  —  Benedict.  Petroburg.  Hktnr.  salem. 
de  Frrince.  t.  XVII.  p;  ^76.  .53oe.  53o  L.  '   De  Mas-Latrie,  llist.  de  Chypre,  t.  11. 


LES  COMTES  DE  JAPHE  ET  D'ASC ALON.  345 

par  sa  vaillance  et  s'était  notamment  dislinjjué  an  siège  crAcre.  Il  était  allé 
ensuite  se  joindre  à  Richard,  en  Chypre,  avec  son  frère  (lui.  et  plusieurs 
antres  jjrands  |)ersonnages.  | 

La  ville  de  Japhe  esloit  |)nii]'  lors  en  la  puissance  des  Turcs  et  de 
Saladin',  lequel,  après  la  perte  de  la  ville  d'Acre,  ayaiil  esté  dell'ail  en 
bataille  par  le  roy  Richard,  le  23'=  jour  d'aoust  de  la  mesiiie  année,  sur 
l'avis  qu'il-eut  qu'il  avoil  dessein  d'attaquer  Japhe,  donna  ordie  de  la 
démanteler  en  diligence,  el  en  fit  enlever  tout  ce  qu'il  y  avoit  de  ])lus 
précieux.  Cependant,  Richard  y  estant  ari'ivé  avec  trois  galères  et  dix 
clie\aliers  de  sa  suite,  el  s'en  estant  emparé,  il  la  lit  leleiiner  et  y 
ajouta  de  nouvelles  t'ortifications.  Raoul  de  Dieet'  semble  attribuer  la 
prise  de  Japhe  à  Margarit,  amiral  de  Sicile,  (]ui  avoit  esté  envoyé  ]»ar 
le  loy  Guillaume  au  secours  de  la  terre  sainte  avec  quatre-vingts  ga- 
lères, escrivant,  en  Tan  1  189,  (pi'il  s'en  rendit  le  maistre,  et  y  tua  tous 
les  Turcs  qui  s'y  rencontrèrent.  Tant  y  a  que  Richard  ^  ayant  rebasly 
Japlie  et  Césarée,  mit  ces  deux  places  entre  les  mains  du  comte  GeolTroy, 
à  qui  elles  appartenoient.  Mais  à  [leine  il  fut  entré  en  possession*,  ijue 
l'année  suivante,  1  icj-î,  Saladin  vint  assiéger  Japhe.  Albéric  de  Rains, 
(itii  V  avoit  esté  laissé  gouverneur  j)ar  Richard,  se  delliant  de  la  pou- 
voii-  garder,  lui  rendit  la  ville  sous  quelques  conditions,  le  ciiasteau 
tenant  toujours  bon.  La  garnison  ayant  donné  avis  à  Richard  de  l'ex- 
trémité en  la(pielle  elle  estoit,  le  roy  s'y  rendit  en  diligence  pai-  nier, 
avec  sept  galères,  tandis  que  Henry,  comte  de  Champagne,  venoit  par 
terre  avec  la  cavalerie;  et  fit  si  bien,  qu'il  arriva  devant  Japhe  le  sa- 
niedv  devant  la  leste  de  Saint-Pierre-aux-Liens  [aS  juillet],  et  estant 
entré  dans  le  chasteau.  il  fit  une  sortie  sur  les  assiégeans.  (ju'il  delTit, 
prit  la  ville,  et  esloigna  ainsy  les  <;nnemis^  Elle  demeura  depuis  ce 

p.  aa  ,  a 3.  —  Çoiitinufit.  de  (iuill.  de  Tvr.  ilen,  p.  iu)-j. —  Jac.  deVilriaco.  I.  1 .  r.  xcix. 
I.  XXIV.  c.  XVIII,  |).  129;  c.  MX,  p.  i3o. —  '  Rad.  de  Diceto  ,  hnagines  liistnrmrum , 

Benedicl.  Petrobur;;.   Historiens  de  France:,  col.  6'ii. — Jac.  de  Vitriaco,  I.  J.  c.  xcv. 
t.  XVII.  p.  5i8  a.  '  Hoveden,  p.  716. 

'   Jîriimplon.  ]i.  i".  1/1.  — Sanut.  1.  III.  *  Hoveden,  p.  717. 

part.  10,  c.  V.  —    Malli.  Paris,  ann.  1191.  '   Remaud,  Extraits  des  Hislorieiis  iirabe-: , 

—  Rad.  de  Diceto .  [k  (IO-j  .  6G7.  —  Hove-  p.  3/i8-.3.5i . 

Uli 


346  LES  FAMILLES  D'OUTRE-MER. 

temps-là  en  la  {juissaïu'c  des  chreslieiis  jnsques  en  Tan  i  197  ',  que  les 
Turcs,  irritez  fie  ce  que  les  Ailemans,  qui  estoient  arrivez  nouvellemenl 
dans  la  terre  sainte,  avoient  rompu  les  tresves  par  la  prise  de  Barutii, 
mirent  le  sié<Tc  devant  la  ville  de  Japhe,  (|ui  avoit  esti'  l'ortiflée  peu 
auparavanl",  ]  tuèrenl  Idus  ceux  qui  se  irouvèreni  dedans,  el  rui- 
nèrent de  fond  en  comhie  toutes  les  i'ortifications. 

Uieollroi  iiV-lail  pas  rest('>  ioiijjliMiips  iiosscsscnr  du  ('(iinlé  et  de  la  ville  de 
.loppé.  il  souscrivit ,  avec  ce  titre,  un  acte  du  loi  (lui  de  Lusifjnan,  son  frère, 
(lu  01  janvier  1  1  9  1  "  (  1  1  ()•>  h  mais  il  paraît  qu'il  rclouriia  en  France  au 
mois  d'octobre  1  19Q  ';  et  ([u'après  son  d(^|)art 

AniERi .  son  frère,  ipn  déjà  avait  été  investi  du  comté  de  Jojipé  par  dui  et 
Sibylle ',  c'est-à-dire  a\ani  1  njo.  épocpie  de  la  mort  de  cette  reine,  recouvra 
la  possession  de  ce  comté,  puisque,  en  1  1  ()'i,  au  moment  où  il  fut  appelé  à  Ja 
souveraineté  de  Chypre,  il  fut  obligé  de  le  céder  au  comte  Henri  de  Cham- 
pagne, roi  de  Jérusalem.  Vers  l'an  1  j  gS  ,  le  roi  Henri .  réconcilié  avec  Aimeri . 
lui  vendit  le  comté  de  .loppé  ".  à  condition  (pie  ce  comté  formerait  le  douaire 
de  sa  fille  Alix,  qui  devait  épouser,  el  qui  épousa  en  efTet  Hugues  1",  (ils 
d'Aimeri.  En  i  197,  le  roi  H(>iiri,  vovani  Joppi'  menacé  par  les  Sarrasins,  d(^- 
inaiida  du  secours  à  Aimeri'.  Celui-ci  exigea,  jiour  pouvoir  mieux  défeufh'e  la 
place,  qu'elle  fût  remise  entre  ses  mains,  conformément  aux  conditions  du 
traité  précédent,  qui,  en  rj;  point,  n'avait  jias  encore  reçu  son  exécution.  Il 
l'obtint  en  etTel .  et  y  établit  pour  la  défendre  un  riche  personnage  de  Chypre. 
Renaud  Barlais,  (pii  agit  niolieinent,  et  ne  |)ut  empêcher  les  Sarrasins  de 
prendre  te  château  aussi  bien  (pie  la  ville\| 

Elle  fut  toutefois  répai'ée  depuis;  car 

'  Innocent.  111.  Episl.  I.  I,  p.  ■>  1 -^  .   îiq.  (Jontimiaf.  de  Guill.  de  Tyr,  t  \XVI. 

—  Monncli.  S.  Mariani ,  p  9^1.  p.  ■>.  1  ?> .  grande  variante.  —  De  Mas-Latrie. 

■  Jac.  de  Vilriaco.  I.  1,  <:.  c.  —  Sanul.  Ilim.  de  Chypre ,  l,  li!.  p.  .igy,  extrait  du 
I.  111,  part.  10,  r.  viii.  ins.  de  Florence.  —  Lignages  d'outre-mer. 

■  Cod.  diplo/iiiit.  t.  1,  n°  79,  p.  8().  c.  111,  l'dit.  Reiignol. 

'  De  Mas-Latrie,   Hist.  de  Chypre,  t.  11,  "   Continuât,  de  Gnill.  de  Tyr,  1,  XXVH, 

p.  -39,  -20.  1;.  ii-iv.  p.  a  18-29  1. 

'  Continuât,  de  Onill.  de  Tyi'.  I.  XXVl,  *   De  Mas-Laliie.  Illsl.  de  Chypre,  t.  11. 

c.  XVI,  p.  908.  p.  -iô. 


LES   COMTES   DE  JAPHE   ET    D  ASCALON. 


Ul 


Gautikr  [ÎIl''  ou  1\"'  ',  Je  Grand],  comle  de  Brienne.  en  Clianipagne, 
et  de  Japhe,  la  tint  [probablement  du  roi  Jean  de  Brienne ,  son  oncle  '^ 
sous  la  tutelle  duquel  il  avait  été  élevé]  et  la  conserva  tant  ([tiil  vécut, 
ayant  delTait  les  Sarrazins  en  plusieurs  rencontres,  au  rapport  i\u  siie 
de  Joiuville^  et  des  antres  auteurs '. 

[De  son  t(:'iii|is.  lenipcreur  Frédéric  11  ■'.  .sur  la  riemande  de  (ieoliVoi  Ba- 
iian.  l'rèrp  de  rHôpital  de  Jérusalcin,  confia  aux  Hospitaliers  la  !;arde  d'As- 
calon  (la-jS).  Cette  disposilnm  Inl  conlirmce  jiar  un  acte  de  son  lils  (iom'ad 
du  3o  novembre  i9  43''.| 

Enlin  il  l'ut  lait  prisonnier  au  siéjje  de  la  Cliamelle  "  par  Barba- 
ipiau,  sultan  de  Perse,  (pii  l'envoya  au  sultan  de  Babylone,  et  liiy  eu 
fit  présent,  ensemble  du  maistre  de  THospital  et  de  plusieurs  autres 
chevaliers,  en  l'an  126/1;  où,  après  avoir  souffert  tous  les  tourmens 
imaginables  durant  sa  captivité,  le  sultan  n'ayant  pu  obtenir  de  luy  la 
reddition  de  Japlie,  qui  estoit  gardée  par  ses  gens,  ou  plus  probable- 
ment, comme  escrit  le  sire  de  Joinville,  ayant  esté  livié  aux  marchands 
de  Babylone,  (piil  avoit  destroussez  plusieurs  fois,  il  lut  mis  à  mort, 
ce  que  Mathieu  Paris**  semble  rapporter  à  fan  laSi'';  mais  il  y  a 
lieu  de  croire  ((u'il  mourut  avant  ce  temps-là.  L'année  suivante  "*, 
le  rov  saint  Louys  estant  venu  à  Japhe,  le  1  5"  jour  d'avril,  il  fit  re- 
t'ortifier  la  place,  comme  il  avoit  l'ait  auparavant  Césarée;  et,  vers 
ce  niesme  temps '\  Marguej'ite  de  Brienne,  princesse  de  Sidon  ou  de 


'   Du   (langp.  Histoire  de  ('.unslunluwjile , 
[).  317. 

'  Continuai,  de  Guili.  de  Tyr.  1.  XWII , 
c.  XVI.  p.  a.38;  I.  XXX.  c.  xiv,  p.  3o8. 

'  Joinville.  p.  ().S-ioi  .  édit.  Du  Cange; 
et  Ohscmitioits  .  p.  gS-gi. 

'  Alberic.  anii.  1  aSy. 
Co<l.  {lijiIoiiKii.  1.  1 .  n'  1  1 1,  p.  1 1<|. 

"   Cod.  diploiiHit.  iiiênie  charte. 

■   Math.  Paris,  ann.  i-ihh  ,  p.  619,  h-n. 
iaS.  —  Sanut.  I.  III,  part.  l'î.  c.  1. 


Malli.  Paris,  ann.  i-ih\  ,  p.  ïjUk. 

'  Cod.  dijilomal.  t.  I .  n°  43  ,  p.  3a3.  — 
Conlin.  de  Guill.  de  Tyr.  I.  XXXIU.  c.  lvii, 
(I.  h'io.  —  Sauut.  I.  III ,  part,  i  ■>. ,  c.  iv. 

'"  Joinville.  édit.  Ménard.  p.  -207,  aai; 
édit.  Du  Cange,  p.  gy,  io5.  —  Xangis,  in 
S.  Liidov.  ann.  it>5fl.  Ilistoriois  de  France, 
I.  W.p.  3,S/i.  —  (jaufrid.  de  lîello  Loto, 
c.  .\vv!.  Ilisivr.  de  France,  t.  XX,  p.  iG. 

"  Joinville,  édit.  Ménard,  p.  189;  édit. 
Du  Cange.  p.  88,  89. 

hli. 


.ViS  LES  FAMILLES  DOUTRE-MEU. 

Sagetlo.  cousine  {jerinaiiie  de  Gautier,  lit  rapjioiter  ses  os.  et  les  lil 
iiiluiinei'  hniioi-aWcîiiieiit  en  l'église  de  lllospital  d'Acre.  Ce  comte 
Gautier  esl  mal  nommé  Walleran  par  Jean  Viliani  '•  |  Il  avait  épousé, 
en  1  933-.  Marie,  lllle  du  l'oi  Hugues  1'',  de  Chypre,  et  d'Alix,  de  Jéru- 
salem, j 

Jkan  n'IiîiaiN  '  luy  succéda  au  comté  de  Japhe,  jiour  la  conservation 
(hnpiel  il  fit  <le  grandes  dépenses. 

I  Innoiciil  IV,  j)ar  une  lettre  du  â6  mars  laSa  \  lui  confirme  la  donation 
qui  lui  a  éti'  taile  du  comté  do  Joppé  par  le  roi  de  (ihypre.  Ce  qui  suppose 
la  donation  du  roi  autérunn-e  de  peu  à  la  lettre  du  pape.  | 

H  est  nommé  avec  ce  titre  en  l'an  l 'ib'],  dans  Sanudo,  qui  rapporte 
sa  mort  au  mois  de  décembre  1266. 

I  Jean  d'ibelin  avait  éti'  baile  du  royaume  de  Jérusalem  en  t-jïih^;  il  rcm- 
plarait  dans  cette  dignité  Jean  d'ibelin.  seigneur  d'Arsur,  sou  cousin,  en 
faveur  duquel  il  se  déuut  en  ta56.  On  a  plusieurs  actes  de  ce  seigneur 
en  tàvenr  des  Hospitaliers,  et  d'autres  aux  années  lûSa,  m'Oi,  t-yJi'j. 
1  -î.^t)  ",  etc.  I 

II  semble  ijue  c'est  le  nn'sme  (pii  tut  seigneur  de  Barntli',  car  le 
sire  de  Joinville^  dit  ipu-  le  comte  de  Ja])he  qui  se  ti(niva  a\ec  le  ro\ 
sain!  Louys  en  son  voyage  d'Egypte,  l'an  it^iS,  et  (jui  estoil  à  Japbe 
lorsque  ce  roy  entreprit  de  la  fo.rtifier,  estoit  cousin  {jermain  du  comte 
de  Montbéliard,  et  du  lignage  de  la  maison  de  Joinville,  c'est-à-dire 
allié  de  celte  l'amille,  pintant,  pour  armes,  d'or  aune  croix  patlée  de 


'   .1.  Villaiii,  I.  IV,  .,■.  xu. 

'  Continuât,  do  (hiill.  de  Tyr,  I.  XWJI. 
r.  \\i  ,  |).  .'Uin;  i.  XXXIll  ,  i:  xswiii  . 
f).  /io3. 

'  Sanut.  I.  m.  part.  1-2.  c.  v.  vin.  — 
liainaid.  anii.  ia56,n"  '46. 

'  De  Mas-Latrie.  Hisi.  ilr  (llii/jirr.  1.  il, 
p.  ()G;  t.  III,  |).  6A(),  G.5o. 

'   Voir  Le«  Seiirneurs  d'Arsur.    -  Conti- 


nuateur lie  (lui!!,  lie  Tyr,  1.  XXM\.  c.  m. 
p.  64 1,  44-2. 

"  (jod.  diploiimt.  l.  1.  p.  \'Mt,  i.35,  i.5o. 
1.55,  -'.ga.  —  De  Mas-Laliie,  Histoire  de 
Chfipre,  t.  III,  p.  636,  G/17.  648. 

'  Voir  Les  Princes  de  Raruth  et  l'addition 
ci-après. 

'  Joinville.  édit.  Ménard,  p.  Tig,  207, 
édit.  du  Gange,  p.  -19,  97. 


LES  COMTES   DE  .lAl'IlE   ET   D  ASGAF.ON.  '  349 

(Tueules.  Or  la  iim'Iv  de  Jean  (lllx'liii  ,  l'ciiiiiio  do  Baliaii  .  s.m|;ii("ui- 
de  Barutii,  se  noniiiKjil  Esclave,  el  esloit  (ille  de  Gaiilier  de  Moiil- 
béliard,  frère  du  coiiili'  de  Monlbéliai'd.  Ji'  ciois  encore  que  cesl  le 
niesnu' (jui  mit  les  Slaluls  et  les  \ssises  du  royaume  di'  îliôrusalcin 
en  ordi'e  '. 

IJean  d'Ibelin.  coiuîe  de  ,ln])lie  ou  de  J(>|ii)i'.  don!  d  l'sl  ici  i|iii'sIi(Mi.  piirail 
être  le  même  (jue  le  comte  de  Jnphe  dont  parle  Joinville  %  mort  l'ii  i  •>()(). 
selon  Sanudo\  et  le  même  aussi  qui  rédigea  le  priiicipai  livre  des  Assises  de 
la  haute  cour  de  Jérusalem;  mais  il  élail  dilléreut  de  Jean  d'Ilx'liu  \  seigneur 
de  Barutli,  fds  d'Eschive  de  Monlhéliard,  (|ui  était  son  pelil-cousin. 

En  effet,  les  ral)ri(|ues  du  livre  des  Assises  (|ui  existe  s(Uis  le  nom  de  Je;in 
d'Ibeliu  nomment  ainsi  l'aulenr  au([uel  il  esl  allribué*'  :  -Jolian  de  \l)elni. 
:5 comte  de  Japhe  et  d'Escalone,  et  seignor  de  Rames.;' 

Cet  auteur  parle  souvent  des  membres  de  sa  i'amille.  Au  cluqiitre  ia\  ".  il 
nomme  Belian  ou  Balian  d'Ibelin,  son  aïeul,  père  de  madame  Marguerite  de 
Césarée,  qu'il  appelle  iiiiidiiiiu'  Mante',  c'est-à-dire  mmldinc  wn  latitc .  ainsi 
que  Balian  d'Ibeliu,  seigneur  de  Barutli.  neveu  de  cette  dame,  et  lils  d'un 
frère  aîné.  Ce  frère  aîné  de  ^blrgue^ite  "^  est  cet  oncli'  que  .)ean  d'Ibeliu  raji- 
pelle  fréquemment  sous  cette  désignation  :  ■•Mon  oncle,  le  vieux  seigneur  de 
Barulli.v, 

Au  chapitre  ccni^,  il  parle  aussi  du  seigneur  de  Cesaire  ou  de  Césarée.  suii 
cousin,  ([ui  était  Jean,  lils  de  la  tante  Mar;;uerite  nommée  plus  haut,  et  de 
(jautier,  prince  de  Césarée. 

Au  chapitre  ii  '"  De  h  successibilili^  au  Iroiic  cl  de  la  régence,  il  luiuniie  l'ii- 
core  son  cousin  Jean,  seigneur  de  Césarée;  son  cousin  Belleem  ou  Balian. 
seigneur  de  Seette  ou  de  Sajetle;  et  sa  cousine,    la  jeune  reine  Isabelle   ou 

'    Assi-^e.i  lie  Hin-usnlem  .   p.    467,   561,  iwtofficiiic ,  t.  I,  p.  ''iSy,  ôlià.   —  Mpugiml . 

56i.  édil.  I-ablii",  Abrégé  royal  de  l'alliance  t.  1 .  p.  i  ,  (j  ,  a)  .  sa. 
chronologique.  "  Beugiiot,  t.  I ,  p.  108.   1  o(|. 

-  Joiiiviile,  p.   ai).   ;)(),   97.  ('■ililiiiii  Du  '   Mamisciil  Saint-Omiain.    'i3o.   citi'' 

Ganffp.  |»ar  M-  lieugnot. 

'   Saillit,  /oc.  tv>.  '   Beuifiiol.   I.    I,   c.   i.xiu   bis.    \>.    luo: 

'   Voirla  Généalogie  Jc.s  Ibeliii .  i"  tableau  c.cciii.  p.  oaSi  t.  11,  p.  3;)!).  oie. 
et  tableau  D.  "  iJeugnot,  t.  I,  p.  3a. f). 

^  Labbe,  Abrégé  royal  de  l'alliance  ehro-  '°  Beugnot .  t.  H.  p.  3y(). 


350  LES   FAMllJ.ES  1)  OLiTUE-MEU. 

Yolande,  fonime  de  rein|icri'iir  KiY-dt^ric  II.  pclile-niii'  d'Isabelle,   reine   de 

.lérusaleiii. 

Dans  un  acte  de  Jean  d'Ilieiln,  seljjiienr  de  lîaruth,  el  de  Jean,  seijjneur 
de  Césarée,  du  '\  avril  i  •!;)■>  ',  il  est  lail  nieulion  de  Jean  d'Ibelin,  fils  de 
défunt  Pliili|i|)e.  el  de  feu  la  comtesse  Alix,  l'enune  de  Pliilippe,  el  de  Marie, 
leur  fille. 

Ces  données  el  d'autres  que  |)ûurrait  encore  nous  fournir  le  livre  des 
A.ssises  de  Jean  d'll)elin,  con)l)inées  avec  les  chapitres  vui  et  xni  du  Lignage 
d'outre-nier'-.  dmil  le  premier  seul  était  connu  de  Du  Cange,  nous  font  con- 
naître claiienient  la  généalogie  de  ce  Jean  d'ibelin  et  ses  rapports  de  parenté 
avec  les  différents  personnages  qu'il  a  nommés  dans  son  livre. 

Nous  voyons  au  chapitre  viii,  (jue  Balian  11,  lils  du  premier  Balian,  dit  le 
François,  ou  Barisan,  eut  de  Marie  Comnène,  veuve  d'Amauri ,  roi  de  Jéru- 
salem, et  mère  de  la  r(Mne  Isabelle,  Jean  d'Ibelin,  sire  de  Baruth ,  baile 
ou  régent  du  royaume  de  Jérusalem  3;  Philippe;  Helvis,  qui  épousa  Re- 
naud, le  seigneur  de  Sajette;  et  Marguerite,  femme  de  Gautier,  seigneur  de 
Césarée. 

Le  chapitre  xiii  nous  apprend  que  Philippe,  qui  fut  baile  de  Chypre,  eut 
d'Alix  de  Monthéliard.  sœur  de  Gantier  et  tante  d'Eudes  de  Montbéliard,  Jean, 
comte  de  Japlie.  Or  Jean  (ribelin .  comte  de  Japhe,  auteur  du  livre  des  Assises, 
(}ui  avait  pour  tante  Marguerite,  |>our  cousins  les  seigneurs  de  Sajette  et  de 
Césarée.  ne  peut  être  que  le  fils  de  Philippe,  baile  de  Chypre:  lequel  est 
évidemment  le  même  que  le  Philippe  du  chapitre  \iii,  frère  d'Helvis,  de  Mar- 
îmerite  el  de  Jean  d'Ibelin,  sire  de  Baruth,  cet  oncle  dont  parle  si  souvent 
Jean  d'Ibelin  dans  son  livre. 

On  voit  par  là  comment  Jean  d'Ibelin,  comte  de  Japhe,  était,  ainsi  que  le 
dit  Joinville.  cousin  germain  du  comte  de  Montbéliard.  Sa  mère,  Alix,  était 
sœur  de  Richard  et  tante  de  Thierri  III,  comte  de  Montbéliard  après  1387; 
sœur  de  Gautier  et  tante,  par  conséquent,  d'Eudes  de  Montbéliard  et  d'Es- 
chive,  enfants  de  ce  dernier.  Eschive  fut  mariée  au  fils  du  Vieux  Sire  de  Ba- 
ruth,  Balian   III  \   celui-là  même  (pii    disputa  en  vain   la  |)ossession  du  fief 

'    Cod.  dijilomat.  I.  1.  11'    \h.  \^.  ag-J.  —  '   Voir  Les  Seigneurs  de  Baïuth  et  \es  Gé- 

Lignages  d'outrc-mcr.  c.  xiii.  édit.  Reugnot.  nèalogics  de  In  famille  d'Ibelin. 

-  Lignages  d'ovlre-mev.   édit.    Beugnot.  "  Beiigiiot.  t.  I.  c.  lxv.  [>.  108.  107. 

c.  vni.  xni:  édit.  Labbe.  c.  vi. 


LES  COMTES   DE   JAPHE   ET   D'ASCALON.  '         351 

(l'Ilicliii  H  sa  lante  Mar;;ii(^i'itc.  coouik^  l'Iaiil  lils  du  l'W'n'  aîiK'.  Ainsi  Eschivc 
au  lieu  (ViMtc  la  inèiv  do  iiotro  Jean  d'Ilx'lii),  élail  doid>liMiiciil,  sa  i-(iusiiic. 
par  naissance,  du  côté  de  la  dame  Alix,  mère  de  Jean:  par  alliance,  élanl 
devenue  la  femme  de  Balian  III,  cousin  j;ei'niain  du  même  Jean  d'Ihelin. 

Jean  d'Ibelin ',  comte  de  Japlie,  eut  pour  femme  Marie,  lille  de  Constant. 
haile  ou  ré(5ent  d'Arménie,  et.  sœur  d'Etiennette,  première  femme  de  Henri  I". 
roi  de  (lliypre. 

Les  actions  militaires  de  Jean  d'Ihdin.  siu'tont  dans  la  guerre  (pu-  son 
oncle,  Jean  d'Ibelin,  le  Vieux  Sire  de  Barutli,  soutint  en  i-jo-^  contre  Richard 
Filanijieri,  maréchal  de  l'empereur  Frédéric  II,  (pii  voulait  le  dépouiller  de 
la  régence  du  royaume  de  Jérusalem  el  de  la  seigneurie  de  Barulh,  sont 
mentionnées  d'après  Bustron  -  et  le  Continuateur  de  Guillaume  de  T\r  '.  par 
M.  Beupnot',  dans  une  courte  notice  siu-  Jean  d'Ihelin.  et  |)ar  l'Ilisloire  litté- 
raire de  la  France  '\| 

Deux  aiis  après  sa  inoi'L",  Beiiclocbar,  sultan  (J'Egyplv.  |)iil  la  \ili 
(ieJaphe  par  intelligence,  durant  les  tresves,  le  7"  jour  de  mars,  la 
12G8.  Je  nay  point  reinarcpié  le  nom  de  celuy  cpii  estoit  ahus  eonit 
de  Japlie,  n'est  que  ce  soit 


(■■ 

an 

e 


(jV\,  comte  de  Japlie,  duquel  il  est  parié  dans  les  auteurs  '.  sous 
les  années  1  298  et  fiQy,  qui  espousa  Marie  \  fille  di'  Philippe  d'Ibe- 
lin, connestable  de  Cyj>re,  prince  de  Tabarie.  Le  cavalier  Lorcdano' 
luy  donne  le  surnom  (ïJheJm,  en  Tan  i3o^i.  Il  lut  père  d'Isabelle'", 
qui  espousa  Senibat,  roy  d'Arménie. 

I  Ce  (iui,  presque  iiK'oniui  à  UuCiange.  est  le  lils  de  Jean  d'Ihelin  dont  on 


'    Voir  ics  Bois  de  Chi/pi-e  el  trArmoiiie. 

—  Lign.  (l'oHlrc-mer,  c.  w.  édil.  Iicugnol. 

'  Buslron.  Cniiiiiienl.  de  Cipro.  loi.  100. 

—  Martène,  Ampliss.  collecl.l.  \.  col.  680, 
711,  71-?. 

CoiUiiui.'il.  detiuill.  ilc  Tyi',  I.  XWIIL 
0.  XXX,  j).  097. 

'   Reu{;'iiot,    Assises  de  .lèiusakm,   t.   1. 
p.  ■>  1,  i-> ,  nnfes. 


'   Hist.   littéraire  de  In   France.    \.   XM, 
|).  àl,8.  Ixhç,. 

'  Sanut.  I.  III,  part,  i-j,  c.  i.v. 

'  Oflor.  Rainald.  anii.    i-k)8.  n.  20.  — 
Saïuit,  I.  m,  part.  10,  c.  x. 

'   fj/riiiiires  d'onire-iiier.  r.  \i,  \iii. 
De'  re  Lxisiguiini .  I.  iV.  p.  tîoO. 

'^  Rainald.  ann.  1298,  n.  200. 


352  LES   FAMILLES  D'OUTRE-\IEP,. 

vicnl  (lo  parinr  loii{>ueiiK'nl,  coninic  nous  l'apprciKl  un  des  iioiivoniix  chapitres 
(lu  LijjUiijjc  (roiitre-nior '.  (pii  le  iiomnic  rrs/»/  (iitiolin,  c'est-à-dire  actuelle- 
ment vivant  au  moment  de  la  n^action  de  ce  chapitre.  On  sait  déjà  (pi'il 
épousa  Marie  (Tihelin.  laipirlle  é-tail  veuve  de  lui  en  i  ;^>  A ''.  peut-être  dès 
i;]io,  et  i|u'il  lui  père  disahelle.  Ou  j)eul  supposer,  sans  invraisemblance, 
(ju'il  était  aussi  le  père  ou  l'aïeul  de 

HcGiiES  d'Iiif.i.in,  comte  de  Joppé  et  d'Ascalon,  seigneur  de  Rame,  sénéchal 
lu  royaume  de  Jérusalem  en  i338.  et  tpii  épousa  Isabelle  d'Ihelin \  veuve 
le  Fernand  de  Majocrpu'  '.  Seid  des  seigneurs  de  la  cour  du  roi  Hugues  IV.  il 
témoigna  de  l'intérêt  au  prime  Fernand,  (ils  du  premier  mari  de  sa  femme, 
qui  avait  épousé  Esclave,  la  (ille  du  roi-'.  Ludolphe.  dans  le  récit  de  son 
vovage  en  terre  sainte*^  (i3.^)o),  fait  mention  de  la  magnificence  de  ce  sei- 
gneur, ipii  entretenait  plus  de  cin(|  cents  clnens  de  chasse.] 

Le  coiulc  (le  Japlie  et.  d'Ascaion  '  avoit  cour,  cniii  ou  droit  de  iiioii- 
noye,  et  justice;  et,  dans  ces  de'ux  villes,  il  y  avoil  coiii'  de  bourgeoisie 
et  justice. 

ftjuehpies  actes  du  xii"  siècle  nous  font  connaître  les  titres  de  plusieurs 
ollices  existant  dans  le  comté  de  Joppé,  avec  les  noms  de  ceux  qui  les  rem- 
j>lissaient.  Ces  ollices  ou  dignités  existaient  é;;alement  dans  les  autres  seigneu- 
ries importantes  du  royaume. 

Connétable,  Balian'.  en  i  i  i '1 .  i  i  ofi  :  chancelier,  Eudes''.  ii33:  maré- 
chal, Hugues'".  M  33:  sénéchal.  Halelme  ".  ii33,  et  peut-être  André'-, 
I  I  -îfi;  vicomte,  Séjorrt  '■\    i  1 1)3:  châtelain.  Jean  de  Welves  ''.   i  193.] 


'    Lignages  d'oiilir-iiicr.   r.    \iii,   ('■dilioii  '   Axxisi's   de  .Irnixiilrm .    édition  l>ahl)e. 


IJeugnot. 


lîOUfTIIOl  .   l.    f .    c.    cci.xx . 


'   De  Mas-I^atrie.  ///.W.  de  CJnjiK-e  .  I.  il .  |i.  'ii<). 
p.  1 1  /i ,  1 1 5  .  1  30.  '   '  ''"'■  'lijiloiiiat.  l.  l .  Il"  1  o  ,  p.  1  o  :  n°  1  ()  1 . 

'   De  Mas-L;itri(',  llisl.  île  Cliijprc .  t.  II.  p.  o.'M);  n"  iSy.  p.  -îoi  el  469. 
p.    178.  i7()   cl    iKilc   3,   i83   el   note   >! .  "   Cud.  dlphimil.  i.  l.  n"  iSy,  p.  aoi. 

,,j5^  etc.  '"   Cod.  diphmiil.  t.  1,  n"  iSy.  p.  201. 

'   Voir  la  Généalogie  des  Iheliii .  labl.  C.  "    Cod.  diplomiil.  I.  I ,  n"  lô;.  p.  -Jo  1 . 

'   Voii-  Les  fhis  de  Cln/prc.  "    Cod.  diphwnl.  t.  1 ,  11"  lo.  p.   11. 

°   De  Mas-l-nirie.  Hisl.  de  Clujprc .  t.  II.  "   Cod.  diphmmt.  t.  I ,  n"  1 78  .  p.  9  1  G. 

"    Cod.dijdotnat.  t.  I.  n"  178.  p.  -M 6. 


FAMILLE  QUI   A   PORTÉ  LE  NOM    DE  JAPHE.  353 


FAMILLE  ()U(  A  PORTÉ  LE  NOM  DE  JAPHE. 


Guillaume  (le  Tyr  parle  assez  souvent  do  deux  chevalieis  (]u"il  sur- 
nomme de  Japhe,  sans  que  j'aye  pu  descouvrir  d'où  ce  surnom  leur  a 
esté  donné;  sçavoir  de  Rohard  de  Japhe',  dit  le  Jeune-,  (pii  iïit  cliiistel- 
lain  de  Hiérusaiem;  lequel  il  traite  assez  mal,  escrivant  que  c'estoit  un 
chevalier  du  bas  étage,  grogarivs.  Iiomo  [et  un  homme  peu  capable. 
minus  siijficiens].  L'autre  l'ut  Ballan  de  Japhe,  son  frère \  (jui  tut  [ainsi 
que  Rohard]  employé  en  quelques  négociations.  Je  crois  que  l'un  et 
l'autre  estoient  enfans  de  Rohaud,  dit  l'Ancien,  et  qui  depuis  lut  sur- 
nommé de  Naples,  au  rapport  du  mesme  auteur  \  lequel  vivoit  au  temps 
du  règne  de  Fouques  et  de  Baudouin  IIL  vers  l'an  ii3o  et  ii5o. 
Quant  à  Rohard  le  Jeune  et  Balian,  ils  vécurent  sous  les  règnes  du 
mesme  Baudouin  III.  d'Amalric  et  de  Baudouin  IV, 

I  Quand  on  parcourt  une  suite  d'actes  de  i  i  -jo  à  i  170,  où  l'on  voit  figurer 
le  nom  de  Roard,  seul  ou  avec  la  (jualification  de  Joppé;  quchpiei'ois  avec  le 
titre  de  vicomte  ou  châtelain  de  Jérusalem;  (pu^hpiefois  associé  au  nom  de 
Balian  ou  Barisan,  son  frère,  il  est  impossible  de  ne  ]ias  admettre,  avec  i'his- 
torien  des  croisades,  deux  Roard,  dont  l'un  est  siu'iiommé  l'Ancien,  et  l'autre 
est  son  parent,  peut-être  son  iiis. 

L'ancien  Roard  ^.  qui  prit  ensuite  le  nom  de  Roard  de  Naples  ou  Naplouse, 
et  (pi'ou  voit,  dans  les  premières  années  du  règne  de  Foulques  d'Anjou,   haï 

'   Willclnuis  Tyr.  1.  XV,  c.  x\i;  1.  XVTII.  dénominntioii  pour  le  distinguer  de  Rohard 

c.  \iv;  I.  \X.  c.  .\xiv;  L  XXI,  c.  IV.  r Ancien. 

"  Nous  ne  trouvons  pas,  dans  les  quatre  ^  Will.  Tyr.  I.  XVIII,  c.  xiv;  1.  XXI, c.  iv. 

passages  de  Guillaume  de  Tyr  inditpids  par  '  Will.  Tyr.  I.  \1V.  c.  wiii  :  I.  XVII .  c.  xiv. 

Du  Gange ,  fpie  ce  Rohard  ait  été  surnommé  '  Will.  Tyr.  1.  XIV.  c.  wiii.  -  Voiries 

Ir  Jeune;  mais  on  peut  lui  conserver  cette  Scii^nciiis  de  Xaples. 


35/1  LES   FAMH.LES  nOlITRE-MER. 

ot  porsériilô  par  In  roino  Mélisscndc;  (]iii  es(  iioninié  vers  i  i  48  par  Guillaume 
de  Tyr ';  (jui  (^sl  Iriiioiti  on  iiSS'-,  d'un  ado  de  la  reine  Mélissende  ,  en 
I  i6o-^  d'un  ado  du  roi  Baudoin  111,  est  poul-èiro  aussi  celui  qui  a  souscrit 
des  actes  de  Baudoin  H  '  (  i  i  '!().  i  i  98)  sans  aucune  <|uali(ication  ;  un  acte  de 
Hneues  di'  .loppé  ■  (i  1  -jG ,  a  8  juin),  sous  le  nom  de  Roard  de  Jérusalem;  celui 
encore  qui  éfail  cliàlelain  de  Jt-rusalom  en  1  i36'',  et  qui  souscrit,  en  qualité 
de  châtelain  et  de  vicomte  de  Jérusalem,  des  actes  de  1  1 35  à  1 1 62  ',  et  peut- 
être  jusqu'en  1  i65. 

Dans  les  signatures  de  ce  dernier  acte'  (7  avril  1  1  Go  ),  on  voit  immédiate- 
ment avant  son  nom  celui  de  Roard  de  Joppé.  Si  ce  n'est  pas  une  inadvertance 
des  copistes  ou  des  imprimeurs,  qui  auront  séparé  les  deux  qualifications, 
Joppnisis,  castellanus  turris  David,  données  à  un  seul  personnage,  il  faut  re- 
connaître que  Roard  l'Ancien  a  poussé  sa  carrière  au  moins  jusqu'en  cette 
année. 

11  avait  ou  pour  femme  Gilla  ou  Geltide,  nommée  dans  deux  actes,  l'un  de 
11/11',  comme  vivante;  l'autre  de  1  i  Sa  '",  comme  défunte.  Roard  signe  ce  der- 
nier diplôme  avec  son  neveu  Raoul  ;  ce  qui  pourrait  faire  supposeï'  qu'il  n'avait 
pas  d(^  fils. 

Après  lui,  Roard  le  jeune  eut  roffice  et  le  titre  de  châtelain  do  Jérusalem, 
qu'il  posséda  depuis  l'année  1  1G8  "  au  moins  (s'il  ne  l'avait  pas  déjà  en  1  iG5), 
jusqu'à  sa  mort'-;  mais  nous  ne  lui  voyons  pas  le  titre  de  vicomte. 

(Test  lui  qui  était  le  frère  de  Balian  de  Joppé,  avec  lequel  il  l'ut  fait  prison- 
nier par  les  infidèles  '^,  ainsi  que  Hugues  d'Ibelin,  fils  de  l'ancien  Balian,  vers 
1  I  5G  ou  1  tSy.  Avec  son  frère,  il  souscrivit  un  acte  d'Ainauri,  comte  d'As- 
calon  ''  (  3o  novembre  1  160). 

Roard  le  Jeune  fut  comme  le  prèto-nom  de  Miles  de  Plancy,  qui  périt  assas- 
siné dans  une  rue  d'Acre,  par  suite  de  la  haine  universelle  que  lui  avait  attirée 

'  (îuill.  de  Tyr,  I.  XVII,  c.  xiv.  i6/i.  197.  p.  18,  îm,  -i-?. .  jG,  9,07,  aii. 

'   Carinl.  S.  Scpulc.  n"  00,  p.  g:!.  ^   CmI.  dipimnnt.  t.  1,  n"  197,  p.  iki. 

■'   Cod.  diplnnml.  t.  1,  n"  5o,p.  T)!.  '    Cnd.  di plumai,   t.  I,  n"  -lo.  ■?  1 ,  Ji.  ai. 

'   Cnrlul.  S.  Scpulc.  n"  Vi ,  'iT) ,  p.  83 .  8,î.  ■>.•?..  —  V.avUd.  S.  Scpulc.  n"  1 1 7,  p.  220. 

'   Cod.  dl.plnmal.  t.  I,  11'  10,  p.  10.  '"   Cuilul.  S.  Sepulc.  n"  48,  p.  88,  89. 

°  Giiill.  lie  Tyr,  I.  \V,  0.  \xi.  "   (iuill.  il(3  Tyr,  I.  XX,  c.  xxiv. 

'   Cartul.S.  Sepulc. n'  02,  33,  34,  lo-!,  '"  Ciuill.  de  Tyr,  1.  XXI,  c.  iv. 

112,  1 1  7.  p.  59,  03  ,  68,  202  ,  2t4  ,  220.  '^  Giiill.  de  Tyr,  1.  XVIII,  c.  xiv. 

—  (lOd.  diplomal.  t.  1,  n"'  17,  ao,  21,  ai,  "   Cuitul.  S.  Scpulc.  11°  58,  p.  1  t6. 


FAMILLE   QUI    A   PORTÉ   LE   NOM   DE   JAPHE.  '         35î 

son  insolence  (i  ly'i)'-  Depuis,  il  a  soiiscril  des  ades,  tanlôl  sous  le  nom  de 
Roardde  Joppé,  tantôt  avec  le  fifre  de  cliàfeiain  de  Jénisal.-ni.  juscpi'en  l'année 
Il  77-. 

Dans  un  acte  du  18  décemlire  1175^  il  est  mentionné  comme  père  de 
Stéphanie,  qui  avait  épousé  Baudoin,  seijjneur  du  casai  de  Saint-Gilles. 

Un  acte  de  Balian  d'Ibelin  *,  seigneur  de  Naples  (1  180),  est  signé  de  Roger, 
abbé  du  Teni|)le,  fils  du  seigneur  Roard.  Ce  seigneur  était  pi'uf-élre  Roard  de 
Joppé,  le  jeune,  châtelain  de  Jérusalem. 

Quant  à  Balian  de  Joppé,  frère  de  Roard  le  Jeune,  nous  éprouvons  encore 
plus  d'i'nibarras.  D'après  l'inspection  attentive  de  divers  actes  de  1  120  à  1  178, 
souscrits  des  noms  de  Balian  ou  Barisan,  sans  qualification,  Balian,  connétable 
de  Joppé,  Balian  de  Joppé,  Balian,  frère  de  Roard,  on  esf  amené  à  dislinguer 
trois  Balian.  vivant  en  même  temps,  mais  de  diflerents  âges.  Le  premier  et  le 
plus  ancien  paraît  être  un  Ralian  qui  prend  le  titre  de  connétable  de  Joppé 
dans  un  acte  ^  où  il  concède  des  dîmes  à  l'hospice  des  pauvres  de  l'église  Saint- 
Jean  de  Naples  (mai  1129),  et  dans  la  souscription  d'un  acte  de  Hugues  de 
Jopjié  (1  laf))'^.  Le  premier  de  ces  deux  actes  mentionne  un  autre  Balian. 
Plusieurs  diplômes  des  années''  iiao.  112/1,  1129-  11 33,  ii3(j,  11 38, 
1  lû/i,  sont  signés  de  Balian  sans  autre  qualiiicafion.  Il  nous  est  impossible  de 
décider  si  ce  Balian  est  le  connétable,  ou  l'autre  personnage  du  même  nom. 
Un  acte  de  1 1  5o  est  signé  de  Balian  et  de  son  fils  Hugues  \  Ce  même  Balian, 
avec  les  noms  de  ses  fils,  Hugues,  Baudouin,  Balian,  etc.  se  retrouve  dans  des 
actes'-"  de  1  i58  et  1160.  Il  n'y  a  pas  de  doute  sur  celui-ci;  c'est  Balian,  dit 
le  Français,  premier  seigneur  d'Ibelin,  dont  nous  parlerons  ci-après  dans  les 
seigneurs  de  Rame.  Enfin  nous  voyons  Balian ,  frère  de  Roard  le  Jeune ,  nommé 
par  Guillaume  de  Tyr,  vers  ii56  ou  1157'°.  et  signant  un  acte  d'Amauri, 
comte  d'Ascalon",  avec  son  frère  Roard  de  Joppé  (3o  novembre  t  160).  Ce 

'   Guill.  de  Tyr,  i.  XXI,  c.  iv ,  et  voyez,  °   Cod.  diplomat.  n°  10,  p.  10. 

pfusloiil.  Les  Seigneurs  de  Montréal.  '    Curl.  S.  Sepulc.  n"  4.'j,  119,  67,  3i, 

'-  Cod.  dlphmaïAA ,  n"  l>8 .  &o .61,  i88,  33,  36,  p.  85.223,  1 39,59,  63,67.— 

197,  aot,  9  02.  2o3,  p.  5o,6i,  234.  266,  Cod.  diplomat.  (.1.  n"  17,  167,  p.  67,  201. 

245,   946.  —  Cnriul.  S.  Sepulc.  n"   i44,  '   Cod.  diplomat.  t.  I,  11°  28,  p.  3o. 

169.  170,  i84.  p.  268,  3o8,  309,  328.  '  Cartul.  S.  Sepulc,  n°  60,  p.  lao,  121; 

'  Cnrtiil. S. Sepulc.  n°  i4i,  p.  257.  258.  11°'  64,  65,  p.  i3i,  i33. 

'   Cod.  diplomat.  t.  I,  n"  68,  p.  69.  '°  Guiil.  delyr,  l.XVllLc.  xiv;XXI,c.it. 

'   Cod.  diplomat.  t.  I.  n°  191.  p.  236.  "   Cartul.  S.  Sepulc.  li"  58,  p.  116. 

45. 


356  LES  FAMILLES  DOUTRE-MER. 

troisième  Balian  vivait  encore  an  moment  de  la  mort  de  son  frère,  en  1177.  (j'est 
peut-être  lui  qni  sij^ne  un  acte  du  roi  Baudouin  IV  (  i"  avril  1  1  78)  ',  comme 
châtelain  de  Jèrusali'ui  ;  il  a  |iu  être,  en  effet,  revêtu  de  ce  titre  après  la  mort 
de  son  frère  Roard.  mais  il  ne  le  conserva  |)as  louijtemps,  puisqu'un  diplôme 
du  même  roi-,  du  17  novembre  suivant,  nous  montre,  parmi  les  témoins  qui 
l'ont  souscrit,  Pierre  de  Cveseca  ou  de  Creseto,  châtelain  de  Jérusalem,  et  en 
même  temps  Balian,  seif^neur  d'Abylène;  ce  qui  nous  paraît  être  un  titre  ho- 
norifique (pii  lui  aura  été  donné  en  dédommagement  de  sa  châtellenie,  si  tou- 
tefois il  s'ajjit  dans  ces  deux  actes  de  Balian,  frère  de  Roard.  ] 

H  est  encore  probal)le  que  ce  Guy  de  Japhr,  Guido  Joppeiwi>,  qui 
souscril  un  litre  (lu  roy  Baudouin  IV  avec  GuiHauu)e,  arclievesque  de 
Tyr,  chancelier  de  Hiérusalem,  de  Tau  1181,  au  carlulaire  de  Ma- 
nosque\  estoit  issu  de  liin  d'eux. 

[Si,  comme  il  est  vraisemblable,  ce  diplôme  est  celui  que  rapporte  Sébas- 
tien Paoli  ',  ce  Gri  DE  Joi'PK  n'est  autre  que  Guy  de  Lusignan,  le  mari  de  Si- 
bylle, qui  souscrit  l'acte  avec  cette  (jualification  :  Domiino!  Guido.  Joppoisis  et 
AschûlomtiDins  cornes.  Guy,  comte  de  Joppé  et  d'Ascalon.] 

'    Cod.  (Upinmnt.  t.  I,  n"  sol),  p.  ".h?,.  '   Cnrtul.  Mnnosc. 

-  Cod.  diphmwt.  t.  I .  n"  65 .  p.  66.  '  Cod.  diphmal.  t.  ! ,  n'  ?, ,  p.  aSa  .  -i.SS. 


LES  COMTES  TITULAIRES  DE  JAPHE.  '         357 


LES  COMTES  TiTULAIRES  DE  JAPHE. 


Entre  les  litres  de  dignité  qui  ont  eu  cours  dans  le  royaume  de  Hié- 
rusaleni,  que  les  roys  de  Cypre  conservèrent  dans  leur  cour,  fut  celuy 
de  comtes  de  Japlie,  (jui  tut  premièrement  possédé  par 

Guy  d"1beli?j,  dont  je  viens  de  parler',  letpiel  vivoit  en  Tan  i3o/i. 

Quelques  anciens  mémoires  de  la  Chambre  des  comptes  de  Paris, 
de  l'an  loAo,  font  mention  du  comte  et  de  la  comtesse  de  Japlie,  et 
donnent  à  cette  comtesse  la  qualité  de  mère  de  Fernand  de  Majorque, 
qui  espousa  Eschive,  fdle  du  roy  Hu<jues  IV.  Elle  se  nommoit  Isabelle 
(fibelin,  et  estoit  fdle  de  Plnlippes  d'ihelin,  hail  du  royaume  de  Hié- 
rusalem,  et  a  voit  espousé  Fernand  de  Majorque,  prince  de  la  Morée, 
décédé  ou  tué  en  la  Morée,  l'an  i3i6  ;  de  sorte  qu'il  faut  que  cette 
comtesse  ait  esté  remariée  en  secondes  noces  à  un  comte  de  Japhe 
dont  j'ignore  le  nom  [Nous  avons  vu  que  ce  second  mari  d'Isabelle, 
veuve  de  Fernand,  était  Hugues  d'Ibelin,  iils  ou  petit-iils  de  Gui 
d'ibelin.] 

Nous  ne  lisons  point  (pii  ait  tenu  le  titre  [de  comte  de  Japhe]  après 
Guy  d'Il)clin  [ou  plutôt  après  Hugues  d'ibelin]  jusques  à 

Floisin  ou  FioRiNo'%  qui  fut  fait  comte  titulaire  de  Japhe  par  le  roy 
Jean  II,  et  qui,  ayant  esté  envoyé  par  la  reyne Charlotte, à  Constanti- 
nople,  en  ambassade  vers  Mahomet  II,  sultan  des  Turcs,  y  fut  mis  à 
mort  par  le  principal  Bassa,  l'an  i  6G3. 

'  Voir  p.  35 1 .  Cypre ,  p.  1 77  b.  —  Loredann ,  De'  re  Lusi- 

'  Etienne   de  Lusignan,    Généalogie  des        giiani,  I.  X  à  XI,  p.  678;  trad.  franc,  t.  II 
coynif.i   (le   Joppé ,  p.  48  b;  —  Histoire  de        p.  278. 


358  LES   FAMILLES  DOUTHE-MER. 

[Florin  (Mait-il  ce  S{'i|;noiir  de  Japlie  et  de  (larpasso^  qui,  en  i/i33,  seion 
Lorédan.  avail  prétendu  à  la  main  d'Anne  ou  d'Affnès ,  lille  du  roi  Janus,  ou 
était-il  un  de  ses  suceesseurs  ?  (lonnue  Lorédan  ne  Ta  pas  nommé,  nous  ne  pou- 
vons ru'ii  di'i  idi'r  là-dessus. 

En  I  47/1  nous  voyons  Florence  de  Rames,  comtesse  de  JafTa,  à  laquelle  le 
grand  maître  de  Rhodes,  sur  la  demande  de  la  reine  Charlotte,  accorde,  ainsi 
qu'à  plusieurs  autres  noiahles  personnages,  des  lettres  de  sauf-conduit^ 
(1"  juillet  i/i^'ijpour  pouvoir  lilirciuent  habiter  ou  quitter  Rhodes  à  son  gré. 
Cette  dame  nous  |)araîlrait  assez  vraisemblablement  être  la  veuve  de  Florin, 
mort  au  service  de  Charlotte ,  si  l'Iiistoire  ne  nous  apprenait  tpie  la  femme  de 
Florin  était  la  sœur  d'une  Cantacuzène.  Florence  de  Rames  était  peut-être  la 
femme  ou  la  veuve  d'un  autre  comte  de  Jaffa  postérieur  à  Florin. 

Les  mêmes  lellres  du  1"  juillet  ifijli  nous  montrent  une  Charlotte  Canta- 
cuzène de  Flory,  femme  de  Hugues  de  Bussat.  qui  pourrait  bien  être  la  fdle 
de  Florin,  dont  elle  rappelle  le  nom  ainsi  (jue  le  nom  de  famille  de  sa  mère.  | 

.Iean  Pebez  Fabrice,  gentilhomme  espa;;nol  ou  catelan,  s'eslant attaché 
au  party  de  Jaques  leBastard  contre  la  reyne  Charlotte,  fut  honoré  par 
luy  de  la  dignité  de  comte  titulaire  de  Japlie  ^  puis  fut  l'ail  comte  de 
Carpasso,  premier  baron  du  royaume  et  capitaine  général  de  ses  ga- 
lères. Il  luy  donna  en  mariage  Appollonie  de  Pandes,  de  laquelle  d  eut 
Louys  Ferez",  qui  luy  succéda  aux  comtez  de  Japhe  et  de  Carpasso; 
Charlotte,  comtesse  de  Carpasso;  Isabeau,  mariée  à  Philippes  de  Lu- 
siunan,  père  d'Estienne  de  Lusignan;  Jacobin,  auteur  de  lliistoire  de 
Cypre,  et  Ursule,  femme  d'Eugène  Podocator,  frère  du  cardinal  Louys 
Podocator,  archevesque  de  Cypre.  [Lucrèce,  fille  naturelle,  épousa  Ni- 
colas Strambali,  qui  fut  le  premier  ambassadeur  envoyé  au  sénat  de 
Venise  pour  lui  prêter  serment  d'obéissance,  lorsque  le  royaume  vint 
au  pouvoir  des  Vénitiens.] 

Louys  Perez  Fabrice  succéda  à  son  père  aux  comtez  de  Japhe  et  de 

'   Loredano,   I.  X,  p.  67/1;  trnd.  fianç.  '  Et.  dehusignunjlisl.  deCypre,^.!']-. 

t.  II.  p.  170.  '  ^^'t-  de  Lusignan,  Gcnéalogie  des  comtei 

■  De  Mas-Laine,  t.  III,  p.  127,  note  3,        de  Japhe,  p.  .'19,  5u 


LES   COMTES   TITULAIRES   DE  JAPIIE.  '         359 

Carpasso.  Mais,  depuis,  la  rcyne  Catherine  Cornaro  Itii  osta  le  rointé  de 
Japli(>  et  le  donna  à  Geoi'oe  Contai'fii.  Il  fiiourul  jeune  sans  avoir  pris 
alliance. 

Georges  Cointaren.  noble  Vénitien,  fut  fait  comte  de  .laphe  par  la 
reyne  Catherine  Cornaro  sa  parente,  laquelle  ordonna  en  sa  laveur 
que  ce  comté  précéderoit  tous  les  autres,  au  contraire  de  ce  que  le 
roy  Jaques  le  Bastard,  son  mary,  avoit  fait.  Il  laissa  entre  autres  enfans 
\.  comte  de  Japlie,  et  Jides  Coidaren,  procurateur  de  Saint-Marc.  Il 
fut  inhumé  dans  le  chœur  de  léjjlise  des  jacobins  de  Aicossie'. 

N.  Gor<T,\REN  fut  comte  de  Japhe  après  le  decez  de  son  père,  et  eut 
pour  successeur  en  ce  titi'e 

Georges  Go^TAHi;^^,  son  fds.  lequel  fut  mai'ié  deux  fois,  ayant  laissé 
des  enfans  de  ses  deux  femmes.  Il  vivoil  l'an  i^^g. 

'    Et.  de  Lusignian.  llisl.  de  Ciipir .  p.   i5.3  b. 


360  LES   1<^AMILLES  DOL'TRE-MER. 


LES   SEIGINEl  KS   D'IBELIN   ET    DE    RAME. 


Fouques,  roy  de  Hiérusalem ',  fil  construire  un  cliasleau  et  une  for- 
teresse sur  une  colline  près  de  la  ville  de  Rame  et  assez  près  de  Lidde 
ou  Diospolis,  en  un  lieu  appelle  Ibelin.  mal  nommé  AbcHn  dans  Albert 
d'Aix.  pour  répi'imer  les  courses  des  Sarrazins,  qui  leuoient.  pour  lors 
la  ville  d'Ascalon,  et  en  investit 

Idelfe  loi'alil(''  jiaraÎL  s'idciitilier  avec  lebiieli .  viila;;c  arabe  qui  a  reiuplacé 
i;i  .hniiiiiii  anliijue  el  J'ibeiin  des  croisades;  on  y  voit  encore  une  chapelle  et 
une  grosse  nuiraille,  derniers  vestifjes  du  château.] 

Balian  ou  Bauisan-.  ainsi  (|u"il  es!  nommé  dans  les  anciens  litres, 
brave  cbevalier,  lequel  s'acquitta  avec  beaucoup  d'bonneur  et  de  répu- 
tation de  la  !;arde  de  cette  place,  comme  fii-ent  encore  depuis  ses  en- 
l'ans,  jusques  à  ce  que  la  \ille  d'Ascalon  l'ust  réduite  sous  l'obéissance 
des  chrestiens.  Le  Lignage  d'outre-nier  le  nomme  Balian  le  François^, 
et  dit  qu'il  esloit  frère  au  comte  Guillin  de  Cbartres,  et  qu'il  vint  en 
la  terre  sainte  tcsoy  dixiesme  de  cbevaliers,n  c'est-à-dire  de  ses  vas- 
saux, et  que  le  rov  Fouques,  qui  avoit  alors  élevé  la  forteresse  d'Ibelin, 
la  luy  donna,  avec  celle  de  Mirabel,  et  autant  de  terre  qu'il  en  falloit 
])our  le  service  de  dix  chevaliers,  et  enfin  ([ue  de  ce  cliasteau  luy  et  sa 
postérité  prirent  le  surnom  iYlbeJiii.  Il  n'est  pas  aisé  de  deviner  (jui  fut 
ce  Guillin,  comte  de  Chartres,  veu  qu'en  ce  ten)ps  là  le  comté  de 
(Ihartres  estoit  tenu  ]»ai'  les  comtes  de  Blois;  ce  (pii   pouiroit  donnei' 

'   Willelnnis   Tyrciisis.    I.    \tt.    c.    \\i;  t.  M,  [>.  i55 .  iiolon.  —  ^W/.  f//y'A»/("'.  t.  I . 

1.    \V,   c.   xxi\.  —  Jnrolms    do  Vitriaco.  p.  hUli. 

1.  I.  c.  xLi.  —  Albfitus  Aqiiensis,  1.  I\.  =  Witl.  Tyr.  1.  XV.  p.  lU;  1.  XIV,  c.  xvi. 

c.     vLMii.    Li.    —    Assises  (le    Jérusalem-  '"  Lignages  d'outr'e-tner,  c.  m. 


LES  SEUINKLJRS